Dictionnaire de musique
Jean-Jacques Rousseau
Jean-Jacques Rousseau
VOLUME 9. Dictionnaire de musique.
VOLUME 9. Dictionary of Music.
in Collection complète des oeuvres, Genève, 1780-1789, vol. 9, in-4°
in Complete Works Collection, Geneva, 1780-1789, vol. 9, quarto
édition en ligne www.rousseauonline.ch
online edition www.rousseauonline.ch
version du 7 octobre 2012
version dated October 7, 2012
http://www.rousseauonline.ch/Text/volume-9-dictionnaire-de-musique.php
http://www.rousseauonline.ch/Text/volume-9-dictionnaire-de-musique.php
VOLUME 9
VOLUME 9
DICTIONNAIRE
DICTIONARY
DE MUSIQUE
OF MUSIC
L'ÉDITION DU PEYROU ET MOULTOU.
THE PEYROU AND MOULTOU EDITION.
J.M. GALLANAR, ÉDITEUR
J.M. GALLANAR, PUBLISHER
TABLE
TABLE
PREFACE p.v.
PREFACE p.v.
A p.1.
A p.1.
В р.52.
В р.52.
C p.87.
C p.87.
D p.194.
D p.194.
E p.260.
E p.260.
F p.301.
F p.301.
G p.315
G p.315
Η p.331.
Η p.331.
I p.351.
I p.351.
J p.367.
J p.367.
K aucun
K none
L p.369.
L p.369.
M p.378.
M p.378.
N p.448.
N p.448.
O p.471
O p.471
P p.507.
P p.507.
Q p.554.
Q p.554.
R p.561.
R p.561.
S p.598
S p.598
T p.702.
T p.702.
UV p.746
UV p.746
W aucun
W none
X aucun
X none
Y aucun
Y none
Z p.772.
Z p.772.
PLANCHES 772ff.
PLATES 772ff.
JEAN JACQUES ROUSSEAU
JEAN JACQUES ROUSSEAU
DICTIONNAIRE DE MUSIQUE
DICTIONARY
OF MUSIC
PAR J. J. ROUSSEAU
BY J. J. ROUSSEAU
[1753-1764, décembre: Bibliothèque publique et universitaire de Neuchâtel, ms. R. 55, Bibliothèque municipale de Lille, ms. 270; Veuve Duchesne, Paris, 1768 etc.; le Pléiade édition, t. V. pp. 603-1154 == Du Peyrou/Moultou 1780-89 quarto édition, t. IX, pp. i-193 (A-C); pp. 194-377 (D-L); pp. 378-561 (M- Q): pp. 562-772 (R-Z)]
[1753-1764, December: Bibliothèque publique et universitaire de Neuchâtel, ms. R. 55, Bibliothèque municipale de Lille, ms. 270; Veuve Duchesne, Paris, 1768 etc.; Pléiade edition, vol. V, pp. 603-1154 == Du Peyrou/Moultou 1780-89 quarto edition, vol. IX, pp. i-193 (A-C); pp. 194-377 (D-L); pp. 378-561 (M-Q); pp. 562-772 (R-Z)]
DICTIONNAIRE DE MUSIQUE
DICTIONARY
OF MUSIC
PAR J. J. ROUSSEAU
BY J. J. ROUSSEAU
PRÉFACE
PREFACE
La Musique est, de tous les beaux Arts, celui dont le Vocabulaire est le plus étendu, & pour lequel un Dictionnaire est, par conséquent, le plus utile. Ainsi, l'on ne doit pas mettre celui-ciau nombre de ces compilations ridicules, que la mode ou plutôt la manie des Dictionnaires multiplie de jouir en jour. Si ce Livré est bien fait, il est utile aux; Artistes, S'il est mauvais, ce n'est ni par le choix du sujet, ni par la forme de l'ouvrage. Ainsi l'on auroit tort de le rebuter, sur son titre. Il faut le lire pour en juger.
Of all the Fine Arts, Music possesses the most extensive vocabulary, and thus a Dictionary for it proves most indispensable. This work should not be numbered among those ridiculous compilations multiplied daily by the fashion—or rather mania—for Dictionaries. If well-executed, it serves Artists; if flawed, its defects lie neither in the subject’s choice nor the work’s form. Thus, it would be wrong to dismiss it based on its title alone. One must read it to judge.
L'utilité du sujet n'établit pas, j'en conviens, celle du Livré; elle me justifie seulement de l'avoir entrepris, & c'est aussi tout ce que je puis prétendre; car, d'ailleurs, je sens bien ce qui manque à l'exécution. C'est ici moins un Dictionnaire en forme, qu'un recueil de matériaux pour un Dictionnaire, qui n'attendent qu'une meilleure main pour être employés. Les fondemens de cet Ouvrage furent jettes si à la hâte, il y a quinze ans dans l'Encyclopédie, que, quand j'ai voulu le reprendre sous œuvre, je n'ai pu lui donner la solidité qu'il auroit eue, si j'avois eu plus de tems pour en digérer le plan & pour l'exécuter.
The subject’s utility does not, I concede, establish the work’s merit; it merely justifies my undertaking it—and that is all I can claim. For I am well aware of the deficiencies in its execution. This is less a formal Dictionary than a collection of raw materials awaiting a more skilled hand. The foundations of this Work were laid fifteen years ago in the Encyclopédie with such haste that, upon revisiting it, I could not impart the solidity it might have attained had I more time to refine its plan and execution.
[vi] Je ne formai pas de moi-même cette entreprise, elle me fut proposée; on ajouta que le manuscrit entier de l'Encyclopédie devoit être complet avant qu'il en fût imprimé une seule ligne; on ne me donna que trois mois pour remplir ma tâche, & trois ans pouvoient nie suffire à peine pour lire, extraire, comparer & compiler les Auteurs dont j'avois besoin: mais le zele de l'amitié m'aveugla sur l'impossibilité du succès. Fidele a ma parole, aux dépens d ma réputation, je fis vite & mal, ne pouvant bien faire en si peu de tems; au bout de trois mois mon manuscrit entier fut écrit, mis au net & livré; je ne l'ai pas revu depuis. Si j'avois travaillé volume à volume comme les autres, cet essai, mieux digéré, eût pu rester dans l'état où je l'aurois mis. Je ne me repens pas d'avoir été exact; mais je me repens d'avoir été téméraire, & d'avoir plus promis que je ne pouvois exécuter.
[vi] This enterprise was not my own conception but proposed to me. It was stipulated that the entire manuscript of the Encyclopédie must be complete before a single line was printed. I was given three months to fulfill my task—three years would scarcely have sufficed to read, extract, compare, and compile the necessary authors. Yet the zeal of friendship blinded me to the impossibility of success. True to my word at the expense of my reputation, I worked swiftly and poorly, unable to do better in such time. Within three months, my full manuscript was written, revised, and delivered—unseen since. Had I worked volume by volume like others, this draft, better digested, might have remained as I left it. I do not regret my punctuality but my temerity in promising more than I could perform.
Blessé de l'imperfection de mes articles, à mesure que les volumes de l'Encyclopédie paroissoient, je résolus de refondre le tout sur mon brouillon, & d'en faire à loisir un ouvrage à part traité avec plus de soin. J'étois, en recommençant ce travail, à portée de tous les secours nécessaires. Vivant au milieu des Artistes & des Gens-de-Lettres, je pouvois consulter les uns & les autres. M. l'Abbé Sallier me fournissoit, de la Bibliotheque du [vii] Roi, les livres & manuscrits dont j'avois besoin, & souvent je tirois, de ses entretiens, que des lumieres plus sures que de mes recherches. Je crois devoir a la mémoire de cet honnête & savant homme un tribut de reconnoissance que tous les Gens-de-Lettres qu'il a pu servir partageront surement avec moi.
Wounded by the imperfections of my articles as each Encyclopédie volume appeared, I resolved to rework the whole from my notes and craft, at leisure, a more polished independent work. Upon resuming, I had access to all necessary aids. Living among Artists and Men of Letters, I could consult both. The Abbé Sallier supplied me from the [vii] Royal Library with books and manuscripts I required, and his conversations often provided surer insights than my own researches. To the memory of this honorable and learned man, I owe a tribute of gratitude that all Men of Letters he served will surely share.
Ma retraite à la campagne m'ôta toutes ces ressources, au moment que je commençois d'en tirer parti. Ce n'est pas ici le lieu d'expliquer les raisons de cette retraite: on conçoit que, dans ma façon de penser, l'espoir de faire un bon Livré sur la Musique n'en étoit pas une pour me retenir. Eloigné des amusemens de la Ville, je perdis bientôt les goûts qui s'y rapportoient; privé des communications qui pouvoient m'éclairer sur mon ancien objet, j'en perdis aussi toutes les vues; & soit que depuis ce tems l'Art ou sa théorie aient fait des progrès, n'étant pas même a porte d'en rien savoir, je ne fus plus en état de les suivre. Convaincu, cependant, de l'utilité du travail que j'avois entrepris, je m'y remettois de tems a autre, mais toujours avec moins de succès, & toujours éprouvant que les difficultés d'un Livré de cette espece demandent, pour les vaincre, des lumieres que je n'étois plus en état d'acquérir & une chaleur d'intérêt que j'avois cessé d'y mettre. Enfin, désespérant d'être jamais a porte de [viii] mieux faire, & voulant quitter pour toujours des idées dont mon esprit s'éloigné de plus en plus, je me suis occupé,dans ces Montagnes, à rassembler ce que j'avois fait à Paris & à Montmorenci; &, de cet amas indigeste, est sorti l'espece de Dictionnaire qu'on voit ici.
My retreat to the countryside deprived me of all these resources just as I began to benefit from them. This is not the place to explain the reasons for this withdrawal: one may conceive that, given my way of thinking, the hope of writing a good book on Music was not sufficient to retain me. Removed from urban diversions, I soon lost all tastes relating to them; deprived of the exchanges that might have enlightened me on my original purpose, I also lost all vision for it. Whether the Art or its theory has progressed since that time, being beyond reach of such knowledge, I was no longer in a position to follow it. Yet convinced of the utility of the work I had undertaken, I returned to it intermittently, but always with diminishing success, perpetually finding that the difficulties inherent to a book of this kind demand for their conquest both insights I was no longer equipped to acquire and a fervor of interest I had ceased to invest. Finally, despairing of ever being in a position [viii] to improve it, and wishing to abandon forever ideas from which my mind increasingly strayed, I occupied myself in these mountains by gathering what I had composed in Paris and Montmorency; from this indigestible mass emerged the sort of Dictionary now before you.
Cet historique m'a paru nécessaire pour expliquer comment les circonstances m'ont forcé de donner en si mauvais état un Livré que j'aurois pu mieux faire, avec les secours dont je suis privé. Car j'ai toujours cru que le respect qu'on doit au Public n'est pas de lui dire des fadeurs, mais de ne lui rien dire que de vrai & d'utile, ou du moins qu'on ne jugé tel; de ne lui rien présenter sans y avoir donne tous les soins dont on est capable, & de croire qu'en faisant de sou mieux, on ne fait jamais assez bien pour lui.
This account has seemed necessary to explain how circumstances compelled me to present in so flawed a state a book I might have better executed with the aids now denied me. For I have always believed that the respect owed to the Public consists not in flattering him with blandishments, but in telling him nothing but what is true and useful, or at least deemed so; in offering him nothing without having devoted all possible care to it, and in holding that by doing one's utmost, one never does well enough for him.
Je n'ai pas cru, toutefois, que l'état d'imperfection où j'étois forcé de laisser cet ouvrage, dût m'empêcher de le publier, parce qu'un Livré de cette espece étant utile à l'Art, il est infiniment plus aisé d'en faire un bon sur celui que je donne, que de commencer par tout créer. Les connoissances nécessaires pour cela ne sont peut-être pas fort grandes, mais elles sont fort variées, & se trouvent rarement réunies dans la même tête. Ainsi, mes compilations peuvent épargner beaucoup de travail a ceux qui sont en état d'y mettre l'ordre nécessaire; & [ix] tel, marquant mes erreurs, peut qui faire un excellent Livré, n'eût jamais rien fait de bon sans le mien.
I did not think, however, that the state of imperfection in which I was forced to leave this work should prevent its publication, for a book of this kind being useful to the Art, it is infinitely easier to produce a good one based on mine than to create entirely anew. The knowledge required for this may not be vast, but it is exceedingly varied, and rarely united within a single mind. Thus, my compilations may spare much labor to those capable of imposing necessary order; and [ix] he who marks my errors may perhaps craft an excellent book where without mine, he might have produced nothing good.
J'avertis donc ceux qui ne veulent souffrir que des Livres bien faits, de ne pas entreprendre la lecture de celui-ci; bientôt ils en seroient rebutés: mais pour ceux que le mal ne détourne pas du bien; ceux qui ne sont pas tellement occupés des fautes, qu'ils comptent pour rien ce qui les rackette; ceux, enfin, qui voudront bien chercher ici de quoi compenser les miennes, y trouveront peut-être assez de bons articles pour tolérer les mauvais, &, dans les mauvais même, assez d'observations neuves & vraies, pour valoir la peine d'être triées & choisies parmi le reste. Les Musiciens lisent peu, & cependant je connois peu d'Arts où la lecture & la réflexion soient plus nécessaire. J'ai pensé qu'un Ouvrage de la forme de celui-ci seroit précisément celui qui leur convenoit, & que pour le leur rendre aussi profitable qu'il étoit possible, il faloit moins y dire ce qu'ils savent, que ce qu'ils auroient besoin d'apprendre.
I therefore caution those who will tolerate only well-made books against undertaking the reading of this one; soon they would be repelled by it. But for those whom the bad does not deter from the good; those not so preoccupied with faults that they count as nothing what compensates for them; those, in short, who may seek here materials to counterbalance my own errors—they may perhaps find enough good articles to tolerate the bad, and even within the bad, sufficient novel and true observations to warrant the effort of sifting and selecting. Musicians read little, yet I know few Arts where reading and reflection are more necessary. I have thought that a work of this form would be precisely suited to them, and that to render it as profitable as possible, one must less recount what they already know than what they need to learn.
Si les Manoeuvres & les Croque-Notes relevent souvent ici des erreurs, j'espere que les vrais Artistes & les hommes de génie y trouveront des vues utiles dont ils sauront bien tirer parti. Les meilleurs Livres sont ceux que le Vulgaire décrie, & dont les gens à talent profitent sans en parler.
If Mechanics and Note-Grinders here often expose errors, I trust that true Artists and men of genius will find useful insights from which they may profit. The best books are those decried by the vulgar, yet quietly exploited by men of talent.
[x] Après avoir exposé les raisons de la médiocrité de l'Ouvrage & celles de l'utilité que j'estime qu'on en peut tirer, j'aurois maintenant à entrer dans le détail de l'Ouvrage même, à donner un précis du plan que je me suis tracé & de la maniere dont j'ai tâché de le suivre. Mais à mesure que les idées qui s'y rapportent se sont effacées de mon esprit, le plan sur lequel je les arrangeois s'est de même effacé de ma mémoire. Mon premier projet étoit d'en traiter si relativement les articles, d'en lier si bien les suites par des renvois, que le tout, avec la commodité d'un Dictionnaire, eût l'avantage d'un Traité suivi; mais pour exécuter ce projet, il eût falu me rendre sans cessé présentes toutes les parties de l'Art, & n'en traiter aucune sans me rappeller les autres; ce que le défaut de ressources & mon goût attiédi m'ont bientôt rendu impossible, & que j'eusse en même bien de la peine à faire, au milieu de mes premiers guides, & plein de ma premiere serveur. Livré à moi seul, n'ayant plus ni Savans ni Livres à consulter; forcé, par conséquent, de traiter chaque article en lui-même sans égard a ceux qui s'y rapportoient, pour éviter des lacunes, j'ai dû faire bien des redites. Mais j'ai cru que dans unLivré de l'espece de celui-ci, c'étoit encore un moindre mal de commettre des fautes, que de faire des omissions.
[x] Having explained the reasons for this Work's mediocrity and those for the utility I believe may be drawn from it, I would now need to enter into the Work's particulars—to outline the plan I traced for myself and the manner in which I strove to follow it. But as the ideas relating to it faded from my mind, the framework through which I arranged them likewise faded from memory. My initial design was to treat the articles so relatively, to link their sequences so thoroughly with cross-references, that the whole might combine a Dictionary's convenience with a Treatise's cohesive advantages. Yet to execute this plan, I would have needed to keep all parts of the Art perpetually present, addressing none without recalling the others—a task my dwindling resources and cooled enthusiasm soon rendered impossible, and which I would have struggled to achieve even amidst my earliest guides and in the fullness of my initial zeal. Left to myself, with neither Scholars nor Books to consult, I was forced to treat each article in isolation, heedless of its connections, and thus obliged to repeat much to avoid gaps. Yet I judged that in a Work of this kind, repetition remained a lesser evil than omission.
[xi] Je me suis donc attaché sur-tout à bien compléter le Vocabulaire, & non-seulement à n'omettre aucun terme technique, mais à passer plutôt quelquefois les limites de l'Art, que de n'y pas toujours atteindre: & cela m'a mis dans la nécessité de parsemer souvent ce Dictionnaire de mots Italiens & de mots Grecs; les uns, tellement consacrés par l'usage, qu'il faut les entendre même dans la pratique; les autres, adoptés de même par les Savans, auxquels, vu la désuétude de ce qu'ils expriment, on n'a pas donne de synonymes en François. J'ai tâché, cependant, de me renfermer dans ma regle, & d'éviter l'excès de Brossard, qui, donnant un Dictionnaire François, en fait le Vocabulaire tout Italien, & l'enfle de mots absolument étrangers à l'Art qu'il traité. Car qui s'imaginera jamais que la Vierge, les Apôtres, la Messe, les Morts , soient des termes de Musique, parce qu'il y a des Musiques relatives à ce qu'ils expriment; que ces autres mots, Page, Feuillet, Quatre, Cinq, Gosier, Raison, Déjà, soient aussi des termes techniques, parce qu'on s'en sert quelquefois en parlant de l'Art?
[xi] I therefore focused above all on completing the Vocabulary thoroughly—not only omitting no technical term but occasionally overstepping the Art's boundaries rather than falling short. This necessitated frequent sprinkling of Italian and Greek terms: the former so consecrated by usage that they must be understood even in practice; the latter similarly adopted by Scholars for concepts our French tongue lacks synonyms to express. Still, I endeavored to adhere to my rule and avoid Brossard's excesses, who, while offering a French Dictionary, filled his Vocabulary with wholly Italian terms foreign to the Art he treated. For who could imagine that Virgin, Apostles, Mass, Dead are Musical terms merely because music relates to what they signify? Or that Page, Leaf, Four, Five, Throat, Reason, Already are technical terms simply because they are occasionally used in discussing the Art?
Quant aux parties qui tiennent à l'Art sans lui être essentielles, & qui ne sont pas absolument nécessaires a l'intelligence du reste, j'ai évité, autant que j'ai pu, d'y entrer. Telle est celle des Instrumens de Musique, partie vaste & qui rempliroit seule un Dictionnaire, [xii] sur-tout par rapport aux Instrumens des Anciens. M. Diderot s'étoit chargé de cette partie dans l'Encyclopédie, & comme elle n'entroit pas dans mon premier plan, je n'ai en garde de l'y ajouter dans la suite après avoir si bien senti la difficulté d'exécuter ce plan tel qu'il étoit.
As for subjects connected to the Art without being essential to it—and unnecessary for understanding the rest—I avoided addressing them where possible. Such is the case with Musical Instruments, a vast domain that alone could fill a Dictionary, [xii] particularly regarding Ancient Instruments. Mr. Diderot had undertaken this portion for the Encyclopédie, and as it lay beyond my original plan, I took care not to add it later, having so keenly felt the difficulty of executing even that limited design.
J'ai traité la partie Harmonique dans le systême de la Basse-fondamentale, quoique ce systême, imparfait & défectueux à tant d'égards, ne soit point, selon moi, celui de la Nature & de la vérité, & qu'il en résulte un remplissage sourd & confus, plutôt qu'une bonne Harmonie. Mais c'est un systême, enfin; c'est le premier, & c'étoit le seul, jusqu'à celui de M. Tartini, ou l'on ait lié, par des principes ces multitudes des de regles isolées qui sembloient toutes arbitraires, & qui faisoient, de l'Art Harmonique, une étude de mémoire plutôt que de raisonnement. Le systême de M. Tartini, quoique meilleur, à mon avis, n'étant pas encore aussi généralement connu, & n'ayant pas, du moins en France, la même autorité que celui de M. Rameau, n'a pas dû lui être substitué dans un Livré destiné principalement pour la Nation Françoise. Je me suis donc contenté d'exposer de mon mieux les principes de ce systême dans un article de mon Dictionnaire; &, du reste, j'ai cru devoir cette déférence a la [xiii] Nation pour laquelle j'écrivois, de préférer son sentiment au mien sur le fond de la doctrine Harmonique. Je n'ai pas du cependant m'abstenir, dans l'occasion, des objections nécessaires à l'intelligence des articles que j'avois à traiter; c'eût été sacrifier l'utilité du Livré au préjugé des Lecteurs; c'eût été flatter sans instruire, & changer la déférence en lâcheté.
I treated the Harmonic portion according to the system of the Fundamental Bass, though this system—flawed and deficient in so many respects—is not, in my view, that of Nature and Truth, yielding instead a dull and muddled filler rather than true Harmony. Yet it is a system, after all—the first, and until Mr. Tartini's, the only one linking multitudes of isolated rules (which seemed wholly arbitrary and made Harmonic Art a study of memory rather than reason) through principles. Mr. Tartini's system, though superior in my opinion, being less widely known and lacking (at least in France) the authority of Mr. Rameau's, could not supplant it in a Work primarily intended for the French Nation. I thus confined myself to expounding the principles of this system as best I could in one article of my Dictionary. For the rest, I deemed it proper deference to the [xiii] Nation for whom I wrote to prefer its sentiment over my own regarding Harmonic doctrine. Yet I could not abstain from necessary objections where they clarified the articles I treated—to have done so would have sacrificed the Work's utility to Readers' prejudices, exchanging deference for cowardice, flattery for instruction.
J'exhorte les Artistes & les Amateurs de lire ce Livré sans défiance, & de le juger avec autant d'impartialité que j'en ai mis à l'écrire. Je les prie de considérer que ne professant pas, je n'ai d'autre intérêt ici que celui de l'Art, & quand j'en aurois, je devrois naturellement appuyer en faveur de la Musique Françoise, où je puis tenir une place, contre l'Italienne où je ne puis être rien. Mais cherchant sincérement le progrès d'un Art que j'aimois passionnément, mon plaisir a fait taire ma vanité. Les premieres habitudes m'ont long-tems attaché à la Musique Françoise, & j'en étois enthousiaste ouvertement. Des comparaisons attentives & impartialesm'ont entraîné vers la Musique Italienne, & je m'y suis livré avec la même bonne-foi. Si quelquefois j'ai plaisanté, c'étoit pour répondre aux autres sur leur propre ton; mais je n'ai pas, comme eux, donne des bons-mots pour toute preuve, & je n'ai plaisanté qu'après avoir raisonné. Maintenant que les malheurs & les maux m'ont enfin [xiv] détaché d'un goût qui n'avoit pris sur moi que trop d'empire, je persiste, par le seul amour de la vérité, dans les jugemens que le seul amour de l'Art m'avoit fait porter. Mais, dans un Ouvrage comme celui-ci, consacré à la Musique en général, je n'en connois qu'une, qui d'étant d'aucun pays, est celle de tous; & je n'y suis jamais entré dans la querelle des deux Musiques, que quand il s'est agi d'éclaircir quelque point important au progrès commun. J'ai fait bien des fautes, sans doute; mais je suis assuré que la partialité ne m'en a pas fait commettre une seule. Si elle m'en fait imputer à tort par les Lecteurs, qu'y puis-je faire? Ce sont eux alors qui ne veulent pas que mon Livré leur soit bon.
I exhort Artists and Connoisseurs to read this Book without distrust and to judge it with the same impartiality I employed in writing it. I beg them to consider that as I do not hold any professional post, my sole interest here lies in the Art itself. Even were I to have personal stakes, I should naturally favor French Music—where I might hold some standing—over Italian Music, where I can be nothing. Yet in earnestly seeking the advancement of an Art I once passionately loved, my zeal silenced my vanity. Early habits long bound me to French Music, and I was openly its enthusiast. Attentive and impartial comparisons drew me toward Italian Music, and I surrendered to it with equal sincerity. If I occasionally indulged in jest, it was to meet others on their own terms; but unlike them, I did not substitute wit for proof, reserving humor only after reasoned argument. Now that misfortunes and sufferings have at last [xiv] detached me from a taste that once held too great a sway, I persist—through love of truth alone—in the judgments originally formed by love of the Art. But in a Work such as this, dedicated to Music in general, I acknowledge only one Music: that which, belonging to no country, belongs to all. I have entered into the quarrel between the two Musics only when necessary to clarify points vital to their shared progress. I have doubtless committed many errors, but I am certain partiality caused none. Should readers falsely impute such bias, what can I do? It is they who then refuse to let my Book serve them.
Si l'on a vu, dans d'autres Ouvrages, quelques articles peu importans qui sont aussi dans celui-ci, ceux qui pourront faire cette remarque, voudront bien se rappeller que, dès l'année 1750, le manuscrit est sorti de mes mains sans que je sache ce qu'il est devenu depuis ce tems-là. Je n'accuse personne d'avoir pris mes articles; mais il n'est pas juste que d'autres m'accusent d'avoir pris les leurs.
If some insignificant articles in other Works resemble those found here, let those who notice recall that since 1750, my manuscript left my hands, its subsequent fate unknown to me. I accuse none of borrowing my articles, but neither is it just for others to accuse me of taking theirs.
A Motiers-Travers le 20 Décembre 1764.
At Motiers-Travers, 20 December 1764.
AVERTISSEMENT
NOTICE
Quand l'espece grammaticale des mots pouvoit embarrasser quelque Lecteur, on l'a désignée par les abbréviations usitées. V. n. verbe neutre s. m. substantif masculin, &c. On ne s'est pas asservi a cette spécification pour chaque article, parce que ce n'est pas ici un Dictionnaire de Langue. On a pris un soin plus nécessaire pour des mots qui out plusieurs sens, en les distinguant par une lettre majuscule quand ou les prend dans le sens technique, & par une petite lettre quand on les prend dans le sens du discours. Ainsi, ces mots: air & Air, mesure & Mesure, note & Note, tems & Tems, portée & Portée, ne sont jamais équivoques, & le sens en est toujours déterminé par la maniere de les écrire. Quelques autres sont plus embarrassans, comme Ton, qui a dans l'Art deux acceptions toutes différentes. On a pris le parti de l'écrire en italique pour distinguer un intervalle, & en romain pour désigner une Modulation. Au moyen de cette précaution, la phrase suivante, par exemple, n'a plus rien d'équivoque.
Where a word’s grammatical gender might perplex readers, it is indicated by standard abbreviations: V. n. (verb neuter), s. m. (masculine noun), etc. We have not enslaved ourselves to such specification for every entry, as this is not a Language Dictionary. Greater care has been taken with polysemous words: those taken in their technical sense are capitalized, while their common usage remains lowercase. Thus, air vs. Air, mesure vs. Mesure, note vs. Note, tems vs. Tems, portée vs. Portée are never equivocal, their meanings fixed by orthography. More troublesome terms like Ton—which holds two distinct acceptations in the Art—are disambiguated through typography: italicized for an interval, roman for a Modulation. This precaution renders even the following phrase unambiguous:
«Dans les Tons majeurs, l'Intervalle de la Tonique a la Médiante est compose d'un Ton majeur & d'un Ton mineur.»
“In Major Keys, the Interval from the Tonic to the Mediant comprises a Major Tone and a Minor Tone.”
DICTIONNAIRE DE MUSIQUE.
DICTIONARY OF MUSIC.
A
A
A mi la, A la mi re, ou simplement A, seizieme son de la Gamme diatonique & naturelle; lequel s'appelle autrement la. (Voyez GAMME.)
A mi la, A la mi re, or simply A: the sixteenth note of the natural diatonic scale, otherwise called la. (See SCALE.)
A battuta. (Voyez MESURE.)
A battuta. (See MEASURE.)
A Livre ouvert, ou A l'ouverture du Livre. (Voyez LIVRE.)
A Livre ouvert, or A l'ouverture du Livre. (See BOOK.)
A Tempo. (Voyez MESURE.)
A Tempo. (See MEASURE.)
ACADÉMIE de MUSIQUE. C'est ainsi qu'on appelloit autrefois en France, & qu'on appelle encore en Italie, une assemblée de Musiciens ou d'Amateurs, à laquelle les François ont depuis donné le nom de Concert. (Voyez Concert.)
ACADÉMIE de MUSIQUE. This was the former French term—still used in Italy—for an assembly of Musicians or Connoisseurs, later renamed Concert by the French. (See CONCERT.)
ACADÉMIE ROYALE de MUSIQUE. C'est le titre que porte encore aujourd'hui l'Opéra de Paris. Je ne dirai rien ici de cet établissement célebre, sinon que de toutes les Académies du Royaume & du Monde, c'est assurément celle qui fait le plus de bruit. (Voyez OPERA.)
ACADÉMIE ROYALE de MUSIQUE. The title still borne by the Paris Opera. I shall say nothing here of this celebrated institution, save that among all the Academies of the Realm and the World, it is assuredly the noisiest. (See OPERA.)
ACCENT. On appelle ainsi, selon l'acception la plus générale, toute modification de la voix parlante, dans la durée, ou dans le ton des syllabes & des mots dont le [2] discours est composé; ce qui montre un rapport très-exact entre les deux usages des Accens & les deux parties de la Mélodie, savoir le Rhythme & l'Intonation. Accentus, dit le Grammairien Sergius dans Dont, quasi ad cantus. Il y a autant d'Accens différens qu'il y a de manieres de modifier ainsi la voix; & il y a autant de genres d'Accens qu'il y a de causes générales de ces modifications.
ACCENT. In its broadest sense, this term denotes any modification of the speaking voice in the duration or pitch of syllables and words comprising discourse—revealing an exact correspondence between the two functions of accents and the two components of Melody: Rhythm and Intonation. Accentus, remarks the grammarian Sergius in Donatus, quasi ad cantus (“as if toward song”). There are as many accents as ways to thus modify the voice, and as many categories of accents as general causes for these modifications.
On distingue trois de ces genres dans le simple discours; savoir, l'Accent grammatical qui renferme la regle des Accens proprement dits, par lesquels le son des syllabes est grave ou aigu, & celle de la quantité, par laquelle chaque syllabe est breve ou longue: l'Accent logique ou rationel, que plusieurs confondent mal-à-propos avec le précédent; cette seconde sorte d'Accent , indiquant le rapport, la connexion plus ou moins grande que les propositions & les idées ont entr'elles, se marque en partie par la ponctuation enfin l'Accent pathétique ou oratoire, qui, par diverses inflexions de voix, par un ton plus ou moins élevé, par un parler plus vis ou plus lent, exprime les sentimens dont celui qui parle est agité, & les communique à ceux qui l'écoutent. L'étude de ces divers Accens & de leurs effets dans la langue doit être la grande affaire du Musicien, & Denis d'Halicarnasse, regarde avec raison l'Accent en général comme la semence de toute Musique. Aussi devons-nous admettre pour une maxime incontestable que le plus oumoins d'Accent est la vraie cause qui rend les langues plus ou moins musicales: car quel seroit le rapport de la Musique au discours, si des les tons de la voix chantante n'imitoient les Accens de la [3] parole? D'où il suit que, moins une langue à de pareils Accens, plus la Mélodie y doit être monotone, languissante & fade; à moins qu'elle ne cherche dans le bruit & la forcé des sons le charme qu'elle ne peut trouver dans leur variété.
Three genres of these are distinguished in simple discourse: the grammatical accent, which contains the rule of proper accents determining whether syllables are grave or acute in tone, and that of quantity determining whether they are short or long; the logical or rational accent (often confused improperly with the former), indicating the connection between propositions and ideas through partial punctuation; finally, the pathetic or oratorical accent, which through vocal inflections, pitch variations, and tempo changes expresses the speaker's emotions and communicates them to listeners. The study of these diverse accents and their linguistic effects must be the musician's paramount concern. Dionysius of Halicarnassus rightly considers accent as the seedbed of all Music. Thus we must accept as incontestable truth that the presence or absence of accent determines a language's musicality. For what relation could Music have to discourse if sung tones did not imitate speech's accents? Hence, the fewer accents a language possesses, the more monotonous, languid, and insipid its melody becomes – unless it substitutes clamor and force for absent variety.
Quant à l'Accent pathétique & oratoire, qui est l'objet le plus immédiat de la Musique imitative du théâtre, on ne doit pas opposer à la maxime que je viens d'établir, que tous les hommes étant sujets aux mêmes passions doivent en avoir également le langage: car autre chose est l'Accent universel de la Nature qui arrache à tout homme des cris inarticulés, & autre chose l'Accent de la langue qui engendre la Mélodie particuliere à une Nation. La seule différence du plus ou moins d'imagination & de sensibilité qu'on remarque d'un peuple à l'autre en doit introduire une infinie dans l'idiome accentué, si j'ose parler ainsi. L'Allemand, par exemple, hausse également & fortement la voix dans la colere; il crie toujours sur le même ton: l'Italien, que mille mouvemens divers agitent rapidement & successivement dans le même cas, modifie sa voix de mille manieres. Le même fond de passion regne dans son ame: mais quelle variété d'expressions dans tes Accens & dans son langage! Or, c'est à cette seule variété, quand le Musicien sait l'imiter, qu'il doit l'energie & la grace de son chant.
Regarding the pathetic/oratorical accent – chief concern of theatrical Music – let none oppose my axiom by claiming all men share passions' universal language. For Nature's primal accent (yielding inarticulate cries) differs wholly from linguistic accents generating national melodies. The variance in nations' imaginative and sensitive capacities creates infinite differences in their "accented idioms," if I may so speak. The German, for instance, uniformly raises his voice in anger with unvarying vehemence; the Italian, agitated by rapid successive emotions, modulates his voice through countless inflections. Though both feel passion's core, what expressive variety in the latter's accents! This very variety – when captured by musicians – grants Music its vigor and grace.
Malheureusement tous ces Accens divers, qui s'accordent parfaitement dans la bouche de l'Orateur, ne sont pas si faciles à concilier sous la plume du Musicien déjà si gêné par les regles particulieres de son Art. On ne peut douter que la Musique la plus parfaite ou du moins la plus expressive, ne [4] soit celle où tous les Accens sont le plus exactement observés; mais ce qui rend ce concours si difficile est que trop de regles dans cet Art sont sujettes à se contrarier mutuellement, & se contrarient d'autant plus que la langue est moins musicale; car nulle ne l'est parfaitement: autrement ceux qui s'en servent chanteroient au lieu de parler.
Alas, these diverse accents harmonized in oratory prove recalcitrant under musicians' pens, already bound by Art's strictures. Undoubtedly, the most expressive Music observes all accents scrupulously. Yet their reconciliation grows arduous where rules conflict – particularly in less musical languages (for none is perfectly musical, else speech would become song).
Cette extrême difficulté de suivre à la sois les regles de tous les Accens oblige donc souvent le Compositeur à donner la préférence à l'une ou à l'autre, selon les divers genres de Musique qu'il traité. Ainsi, les Airs de Danse exigent sur-tout un Accent rhythmique & cadence, dont en chaque Nation le caractere est déterminé par la langue. L'Accent grammatical doit être le premier consulté dans le Récitatif, pour rendre plus sensible l'articulation des mots, sujette à se perdre par la rapidité du débit, dans la résonnance harmonique: mais l'Accent passionne l'emporte à sort tour dans les Airs dramatiques; & tous deux y sont subordonnés, sur-tout dans la Symphonie, à une troisieme forte d'Accent, qu'on pourroit appeller musical, & qui est en quelque sorte déterminé par l'espece de Mélodie que le Musicien veut appropriera aux paroles.
This extreme difficulty composesrs to prioritize accents according to genre. Dance Airs demand rhythmic/cadenced accents shaped by national tongues. Grammatical accent dominates Recitative to clarify diction threatened by harmonic resonance. Yet passionate accent prevails in dramatic Airs, while both yield to a third musical accent in Symphonies – one determined by the melody's adaptation to text. (See GENIUS.)
En effet, le premier & le principal objet de toute Musique est de plaire à l'oreille; ainsi tout Air doit avoir un chant agréable: voilà la premiere loi, qu'il n'est jamais permis, d'enfreindre. L'on doit donc premièrement consulter la Mélodie & l'Accent musical dans le dessein d'un Air quelconque. Ensuite, s'il est question d'un chant dramatique & imitatif, il faut chercher l'Accent pathétique qui donne au sentiment [5] son expression, & l'Accent rationel par lequel le Musicien rend avec justesse les idées du Poete; car pour inspirer aux autres la chaleur dont nous sommes animés en leur parlant, il faut leur faire entendre ce que nous disons. L'Accent grammatical est nécessaire par la même raison; & cette regle, pour être ici la derniere en ordre, n'est pas moins indispensable que les deux précédentes, puisque le sens des propositions & des phrases dépendabsolument de celui des mots: mais le Musicien qui fait sa langue à rarement besoin de songer à cet Accent; il ne sauroit chanter son Air sans s'appercevoir s'il parle bien ou mal, & il lui suffit de savoir qu'il doit toujours bien parler. Heureux, toutefois, quand une Mélodie flexible & coulante ne cesse jamais de se prêter à ce qu'exige la langue! Les Musiciens François ont en particulier des secours qui rendent sur ce point leurs erreurs impardonnables, & sur-tout le traité de la Prosodie Françoise de M. l'Abbé d'Olivet, qu'ils devroient tous consulter. Ceux qui seront en état de s'élever plus haut, pourront étudier la Grammaire de Port-royal & les savantes notes du Philosophe qui l'a commentée. Alors en appuyant l'usage sur les regles, & les regles sur les principes, ils seront toujours sûrs de ce qu'ils doivent faire dans l'emploi de l' Accent grammatical de toute espece.
Indeed, the first and principal object of all Music is to please the ear; thus every Air must have an agreeable melody: this is the primary law, which it is never permissible to violate. One must therefore first consult Melody and musical Accent when designing any Air. Then, if it concerns a dramatic and imitative chant, one must seek the pathetic Accent that gives [5] expression to sentiment, and the rational Accent through which the Musician accurately renders the Poet's ideas; for to inspire in others the ardor animating us as we speak, we must make them comprehend our words. The grammatical Accent is necessary for the same reason; and though this rule comes last in order here, it is no less indispensable than the preceding two, since the meaning of propositions and phrases depends absolutely on that of words. Yet the Musician who masters his language rarely needs to consider this Accent; he cannot sing his Air without noticing whether he speaks well or poorly, and it suffices for him to know he must always speak well. Fortunate indeed when a supple and flowing Melody never ceases to conform to the language's demands! French Musicians in particular have aids that render their errors on this point inexcusable – especially the treatise on French Prosody by Mr. Abbé d'Olivet, which they all ought to consult. Those capable of higher study may examine the Port-Royal Grammar and the learned notes of the Philosopher who annotated it. By grounding usage in rules, and rules in principles, they will then remain certain of their handling of grammatical Accents of every kind.
Quant aux deux autres sortes d'Accens, on peut moins les réduire en réglés, & la pratique en demande moins d'étude & plus de talent. On ne trouvé point de sang-froid le: langage des passions, & c'est une vérité rebattue qu'il faut être ému soi-même pour émouvoir les autres. Rien ne peut [6] donc suppléer dans la recherche de l'Accent pathétique à ce génie qui réveille à volonté tous les sentimens; & il n'y a d'autre Art en cette partie que d'allumer en son propre cœur le feu qu'on veut porter dans celui des autres. (Voyez GÉNIE.) Est-il question de l'Accent rationel: l'Art a tout aussi-peu de prise pour le saisir, par la raison qu'on n'apprend point à entendre à des sourds. Il faut avouer aussi que cet Accent est, moins que les autres, du ressort de la Musique, parce qu'elle est bien plus le langage des sens que celui de l'esprit. Donnez donc au Musicien beaucoup d'images ou de sentimens & peu de simples idées à rendre car il n'y a que les passions qui chantent, l'entendement ne fait que parler.
As for the other two Accents, they submit less readily to codification, requiring less study and more innate talent. One cannot coldly discover the language of passions, and it is a trite truth that one must be moved oneself to move others. [6] Nothing can substitute for genius in seeking the pathetic Accent – that genius which awakens all sentiments at will. In this realm, the only Art lies in kindling within one's own heart the fire to be carried into others'. (See GENIUS.) As for the rational Accent: Art has even less purchase here, for the simple reason that one cannot teach comprehension to the deaf. We must admit this Accent belongs less than others to Music's domain, since Music is far more the language of senses than of intellect. Give the Musician therefore many images or sentiments to express, and few abstract ideas – for only passions sing, while understanding merely speaks.
ACCENT. Sorte d'agrément du Chant François qui se notoit autrefois avec la Musique, mais que les Maîtres de Goût-du-Chant marquent aujourd'hui seulement avec du crayon, jusqu'à ce que les Ecoliers sachent le placer d'eux-mêmes. L'Accent ne se pratique que sur une syllabe longue, & sert de passage d'une Note appuyée à une autre Note non appuyée, placée sur le même Degré; il consiste en un coup de gosier qui élevé le son d'un Degré, pour reprendre à l'instant sur la Note suivante le même son d'où l'on est parti. Plusieurs donnoient le nom de Plainte à l'Accent. (Voyez le signe & l'effet de l'Accent Planche B.Figure 13.)
ACCENT. A type of ornament in French Song, formerly notated with the music but now indicated in pencil by Masters of Taste-in-Singing until pupils learn to place it themselves. The Accent occurs only on a long syllable, serving as a passage from an emphasized Note to an unemphasized Note on the same degree. It consists of a throat articulation raising the pitch by one degree, instantly returning to the original pitch on the following Note. Some gave this Accent the name Lament. (See the sign and effect of the Accent in Plate B. Figure 13.)
ACCENS. Les Poetes emploient souvent ce mot au pluriel pour signifier le Chant même, & l'accompagnent ordinairement d'une épithete, comme doux, tendres, tristes [7] Accens. Alors ce mot reprend exactement le sens de sa racine; car il vient de canere, cantus, d'où l'on a fait Accentus, comme Concentus.
ACCENTS. Poets often use this plural form to signify Song itself, typically modified by epithets like sweet, tender, or mournful [7] Accents. Here the word precisely recovers its etymological sense; for it derives from canere, cantus, whence comes Accentus as well as Concentus.
ACCIDENT. ACCIDENTEL. On appelle Accidens ou Signes Accidentels les Bémols, Dièses ou Béquarres qui se trouvent, par accident, dans le courant d'un Air, & qui, par conséquent, n'étant pas à la Clef, ne se rapportent pas au Mode ou Ton principal. (Voyez DIÈSE, BÉMOL, TON, MODE, CLEF TRANSPOSÉE.)
ACCIDENTAL. ACCIDENTAL. We call Accidentals or Accidental Signs the Flats, Sharps, or Naturals that appear incidentally within a piece, and which – not being in the Key Signature – do not pertain to the principal Mode or Tone. (See SHARP, FLAT, TONE, MODE, TRANSPOSED CLEF.)
On appelle aussi Lignes Accidentelles, celles qu'on ajouta au-dessus ou au-dessous de la Portée pour placer les Notes qui passent son étendue. (Voyez LIGNE, PORTÉE.)
We also call Accidentals those ledger lines added above or below the Staff to notate pitches beyond its range. (See LINE, STAFF.)
ACCOLADE. Trait perpendiculaire aux Lignes, tiré à la marge d'une Partition, & par lequel on joint ensemble les Portées de toutes les Parties. Comme toutes ces Parties doivent s'exécuter en même tems, on compte les Lignes d'une Partition, non par les Portées, mais par les Accolades, & tout ce qui est compris sous une Accolade, ne forme qu'une seule Ligne. (Voyez PARTITION.)
BRACE. A perpendicular line intersecting the staff lines, drawn in the margin of a Score, by which the staves of all Parts are joined together. As all these Parts must be performed simultaneously, the lines of a Score are counted not by staves but by Braces, and everything contained under one Brace forms a single line. (See SCORE.)
ACCOMPAGNATEUR. Celui qui dans un Concert accompagne de l'Orgue, du Clavecin, ou de tout autre Instrument d'accompagnement. (Voyez ACCOMPAGNEMENT.)
ACCOMPANIST. One who in an Ensemble accompanies on the Organ, Harpsichord, or any other accompanying instrument. (See ACCOMPANIMENT.)
Il faut qu'un bon Accompagnateur soit grand Musicien, qu'il sache à fond l'Harmonie, qu'il connoisse bien son Clavier, qu'il ait l'oreille sensible, les doigts souples & le goût sur.
A good Accompanist must be an accomplished musician, thoroughly versed in Harmony, intimately familiar with the keyboard, possessing a sensitive ear, supple fingers, and refined taste.
C'est à l'Accompagnateur de donner le ton aux Voix & le mouvement à l'Orchestre. La premiere de ces fonctions [8] exige qu'il ait toujours sous un doigt la Note du Chant pour la refrapper au besoin & soutenir ou remettre la Voix, quand elle foiblit ou s'égare. La seconde exige qu'il marque la Basse & son Accompagnement par des coups fermes, égaux, détachés & bien réglés à tous égards, afin de bien faire sentir la Mesure aux Concertans, sur-tout au commencement des Airs. On trouvera dans les trois Articles suivans, les détails qui peuvent manquer à celui-ci.
It falls to the Accompanist to set the pitch for the Voices and the tempo for the Orchestra. The first of these duties [8] requires keeping a finger poised to restrike the Melody's note when necessary, supporting or correcting the Voice should it falter or stray. The second demands marking the Bass and its accompaniment with firm, even, detached strokes—perfectly regulated in all respects—to clearly convey the Measure to performers, particularly at the commencement of Airs. Further details supplementing this may be found in the three subsequent Articles.
ACCOMPAGNEMENT. C'est l'exécution d'une Harmonie complete & réguliere sur un Instrument propre à la rendre, tel que l'Orgue, le Clavecin, le Théorbe, la Guitare, &c. Nous prendrons ici le Clavecin pour exemple; d'autant plus qu'il est presque le seul Instrument qui soit demeuré en usage pour l'Accompagnement.
ACCOMPANIMENT. The execution of complete and regular Harmony upon an instrument suited to render it—such as the Organ, Harpsichord, Theorbo, Guitar, etc. We shall here take the Harpsichord as our example, it being nearly the sole instrument remaining in common use for Accompaniment.
On y a pour guide une des Parties de, la Musique, qui est ordinairement la Basse. On touche cette Basse de la main gauche, & de la droite l'Harmonie indiquée par la marche de la Basse, par le chant des autres Parties qui marchent en même tems, par la Partition qu'on a devant les yeux, ou par les chiffres qu'on trouvé ajoutés à la Basse. Les Italiens méprisent les chiffres; la Partition même leur est peu nécessaire: la promptitude & la finesse de leur oreille y supplée, & ils accompagnent fort bien sans tout cet appareil. Mais ce n'est qu'à leur disposition naturelle qu'ils sont redevables de cette facilité, & les autres Peuples, qui ne sont pas nés comme eux pour la Musique, trouvent à la pratique de l'Accompagnement des obstacles presque insurmontables. [9] Il faut des huit à dix années pour y réussir passablement. Quelles sont donc les causes qui retardent ainsi l'avancement des éleve de embarrassent si long-tems les Maîtres, si la seule difficulté de l'Art ne fait point cela?
One is guided by one of the musical Parts, typically the Bass. This Bass is played with the left hand, while the right hand executes the Harmony implied by the Bass's progression, the concurrent movement of other Parts, the Score before one's eyes, or the numerals appended to the Bass. Italians disdain numerals; even the Score holds little necessity for them. The quickness and acuity of their ear compensates, allowing them to accompany admirably without such apparatus. Yet this facility springs solely from their natural disposition, while other nations—not born, as they, for Music—confront in Accompaniment nearly insurmountable obstacles. [9] Eight to ten years are required for tolerable proficiency. What causes so retard the progress of students and long perplex their Masters, if not inherent difficulties of the Art itself?
Il y en a deux principales: l'une dans la manioc de chiffrer les Basses: l'autre dans la méthode de l'Accompagnement. Parlons d'abord de la premiere.
Two principal causes exist: one in the method of numeral notation for Basses; the other in the practice of Accompaniment. Let us first address the former.
Les Signes dont on se sert pour chiffrer les Basses sont en trop grand nombre: il y a si peu d'Accords fondamentaux! Pourquoi faut-il tant de chiffres pour les exprimer? Ces mêmes Signes sont équivoques, obscurs, insuffisans. Par exemple, ils ne déterminent presque jamais l'espece des Intervalles qu ils expriment, ou, qui pis est, ils en indiquent d'une autre espece. On barre les uns pour marquer des Dièses; on en barre d'autres pour marquer des Bémols: les Intervalles Majeurs & les Superflus, même les Diminues, s'expriment souvent de la même maniere: quand les chiffres sont doubles, ils sont trop confus; quand ils sont simples, ils n'offrent presque jamais que l'idée d'un seul Intervalle; de sorte qu'on en a toujours plusieurs à déterminer.
The symbols employed for Bass numeral notation are overabundant: so few fundamental Chords! Why must so many numerals express them? These same symbols prove equivocal, obscure, inadequate. For instance, they scarcely ever specify the type of Intervals they denote—or worse, indicate intervals of another type. Some are barred to mark Sharps; others barred for Flats. Major and Augmented Intervals, even Diminished ones, are often expressed identically. When numerals are compound, they grow too confused; when simple, they convey scarcely more than a single Interval—thus leaving several to be determined.
Comment remédier à ces inconvéniens? Faudra-t-il multiplier les Signes pour tout exprimer? Mais on se plaint qu'il y cri à déjà trop. Faudra-t-il les réduire? On laissera plus dechoses à deviner l'Accompagnateur, qui n'est déjà que trop occupé ; & dès qu'on fait tant que d'employer des chiffres, il faut qu'ils puissent tout dire. Que faire donc ? Inventer de nouveaux Signes, perfectionner [10] le Doigter, & faire, des Signes & du Doigter, deux moyens combines qui concourent à soulager l'Accompagnateur. C'est ce que M. Rameau a tenté avec beaucoup de sagacité, dans si Dissertation sur les différentes méthodes d'Accompagnement. Nous exposerons aux mots Chiffres & Doigter les moyens qu'il propose. Passions aux méthode.
How to remedy these inconveniences? Must we multiply Signs to express everything? Yet complaints already abound that there are too many. Should we reduce them? This would leave more to the accompanist's conjecture – he who is already overtaxed; and since we go so far as to employ figures, they must be capable of conveying all. What then is to be done? Invent new Signs, perfect [10] Fingering, and combine both means to relieve the accompanist. This is what M. Rameau has sagaciously attempted in his Dissertation on Different Methods of Accompaniment. We shall expound his proposed solutions under the entries Figures and Fingering. Let us now turn to methods.
Comme l'ancienne Musique n'étoit pas si composée que la nôtre, ni pour le Chant, ni pour l'Harmonie, & qu'il n'y avoir gueres d'autre Basse que la fondamentale, tout l'Accompagnement ne consistoit qu'en une suite d'Accords parfaits, dans lesquels l'Accompagnateurs substituoit de tems en tems quelque Sixte à la Quinte, selon que l'oreille le conduisoit : ils n'en savoient pas davantage. Aujourd'hui qu'on a varié les Modulations, renverse les Parties, surcharge, peut-être gâté l'Harmonie par des foules de Dissonances, on est contraint de suivre d'autres regles. Campion imagina, dit-on, celle qu'on appelle Regle de l'Octave ; (Voyez REGLE DE L'OCTAVE.) & c'est par cette méthode que la plupart des Maîtres enseignent encore aujourd'hui l'Accompagnement.
As ancient Music was less complex than ours – whether in Melody or Harmony, with scarcely any bass but the fundamental – accompaniment consisted merely of perfect Chords, where accompanists occasionally substituted Sixths for Fifths as their ears dictated: beyond this they knew nothing. Now that Modulations have grown varied, Parts inverted, Harmony perhaps corrupted by dissonant accumulations, we are compelled to follow other rules. Campion, they say, devised the so-called Rule of the Octave (See RULE OF THE OCTAVE), and through this method most masters still teach accompaniment today.
Les Accords sont déterminés par la Regle de l'Octave, relativement au rang qu'occupent les Notes de la Basse, & à la marche qu'elles suivent dans un Ton donne. Ainsi le Ton étant connu, la Note de la Basse-continue aussi connue, le rang de cette Note dans le Ton, le rang de la Note qui la précede immédiatement, & le rang de la Note qui la suit, on ne se trompera pas beaucoup, en accompagnant [11] par la Regle de l'Octave, si le Compositeur a suivi l'Harmonie la plus simple & la plus naturelle ; mais c'est ce qu'on ne doit gueres attendre de la Musique d'aujourd'hui, si ce n'est peut-être en Italie où l'Harmonie paroît se simplifier à mesure qu'elle s'altere ailleurs. De plus, le moyen d'avoir toutes ces choses incessamment présentes, & tandis que l'Accompagnateur s'en instruit, que deviennent les doigts ? A peine atteint-on un Accord, qu'il s'en offre un autre, & le moment de la réflexion est précisément celui de l'exécution. Il n'y a qu'une habitude consommée de Musique, une expérience réfléchie, la facilité de lire une ligue de Musique d'un coup-d'oeil, qui puissent aider en ce moment. Encore les plus habiles se trompent-ils avec ce secours. Que de fautes échappent, durant l'exécution, à l'Accompagnateur le mieux exercé !
Chords are determined by the Rule of the Octave relative to the position of Bass notes within a given key and their progression. Thus, knowing the key, the continuo bass note, its position within the key, and the positions of preceding and succeeding notes, one may accompany [11] tolerably via this Rule – provided the Composer adheres to simplest, most natural Harmony. But this can scarcely be expected in today's Music, save perhaps in Italy where Harmony appears to simplify even as it grows corrupted elsewhere. Moreover, how can one keep all these elements perpetually present? While the accompanist labors to ascertain them, what becomes of his fingers? Scarcely has he struck one Chord when another arises, the moment of reflection coinciding precisely with execution. Only consummate musical habit, reflective experience, and fluency in sight-reading can aid here. Even the most skilled err despite such aids. How many faults escape even the most practiced accompanist during performance!
Attendra-t-on, même pour accompagner, que l'oreille soit formée ; qu'on fache lire aisément & rapidement toute Musique ; qu'on puisse débrouiller, à livre ouvert, une Partition ? Mais, en fût-on là, on auroit encore besoin d'une habitude du Doigter fondée sur d'autres principes d'Accompagnement que ceux qu'on a donnés jusqu'à M. Rameau.
Shall we delay accompaniment practice until the ear is trained – until one reads Music fluently, until one can decipher a Score at sight? Yet even then, one would still require fingering habits founded upon accompaniment principles other than those predating M. Rameau.
Les Maîtres zélés ont bien senti l'insuffisance de leurs Regles. Pour y suppléer, ils ont eu recours à l'énumération & à la description des Consonnances, dont chaque Dissonance se prépare, s'accompagne & se sauve dans tous les différens cas : détail prodigieux que la multitude des Dissonances & de leurs combinaisons fait assez sentir, & dont la mémoire demeure accablée.
Zealous masters have keenly felt their Rules' inadequacy. To compensate, they resort to enumerating and describing how each Dissonance prepares, accompanies, and resolves in every possible case – a prodigious catalog whose immensity (from countless Dissonances and their combinations) overwhelms memory.
[12] Plusieurs conseillent d'apprendre la Composition avant de passer à l'Accompagnement : comme si l'Accompagnement n'étoit pas la Composition même, a l'invention près, qu'il faut de plus au Compositeur. C'est comme si l'on proposoit de commencer par se faire Orateur pour apprendre a lire. Combien de gens, au contraire, veulent qu'on commence par l'Accompagnementà apprendre la Composition? & cet ordre est assurément plus raisonnable & plus naturel.
[12] Several advise learning Composition before proceeding to Accompaniment: as if Accompaniment were not Composition itself, excepting the invention required of the Composer. This would be akin to proposing that one become an Orator before learning to read. Conversely, how many insist that one should begin with Accompaniment to learn Composition? This latter order is assuredly more reasonable and natural.
La marche de la Basse, la Regle de l'Octave, la maniere de préparer & sauver les Dissonances, la Composition en général, tout cela ne concourt gueres qu'à montrer la succession d'un Accord à un autre; de sorte qu'à chaque Accord, nouvel objet, nouveau sujet de réflexion. Quel travail continuel! Quand l'esprit sera-t-il assez instruit? Quand l'oreille sera-t-elle assez exercée, pour que les doigts ne soient plus arrêtés?
The progression of the Bass, the Rule of the Octave, the manner of preparing and resolving Dissonances, Composition in general — all these scarcely converge except to show the succession from one Chord to another. Thus each Chord presents a new object, a fresh subject for reflection. What incessant labor! When will the mind be sufficiently instructed? When will the ear be sufficiently trained for the fingers to cease faltering?
Telles sont les difficultés que M. Rameau s'est propos d'applanir par ses nouveaux Chiffres, & par ses nouvelles Regles d'Accompagnement.
Such are the difficulties M. Rameau sought to alleviate through his new Figures and rules of Accompaniment.
Je tacherai d'exposer en peu de mots les principes sur les quels sa méthode est fondée. Il n'y a dans l'Harmonie que des Consonnances & des Dissonances. Il n'y a donc que des Accords consonnans & des Accords dissonans.
I shall endeavor to briefly expound the principles underlying his method. Harmony contains only Consonances and Dissonances. Therefore, there are only consonant Chords and dissonant Chords.
Chacun de ces Accords est fondamentalement divisé par Tierces. (C'est le systême de M. Rameau.) L'Accord consonnant est composé de trois Notes, comme ut mi sol; [13] & le dissonant de quatre, comme sol si re fa: laissant à part la supposition & la suspension, qui, à la place des Notes dont elles exigent le retranchement, en introduisent d'autres comme par licence: mais l' Accompagnement n'en porte toujours que quatre. (Voyez SUPPOSITION & SUSPENSION.)
Each Chord is fundamentally divided by Thirds. (This is M. Rameau's system.) The consonant Chord comprises three Notes, such as ut mi sol; [13] the dissonant Chord four, as sol si re fa — setting aside Supposition and Suspension, which introduce other Notes by license while requiring the omission of certain tones: yet the Accompaniment still carries only four. (See SUPPOSITION & SUSPENSION.)
Ou des Accords consonnans se succedent, on dés Accords dissonans sont suivis d'autres Accords dissonans, ou les consonnans & les dissonans sont entrelacés.
Either consonant Chords succeed one another, dissonant Chords follow other dissonant Chords, or consonant and dissonant Chords are interwoven.
L'Accord consonnant parfait ne convenant qu'à la Tonique, la succession des Accords consonnans fournit autant de Toniques, & par conséquent autant de changemens de Ton.
The perfect consonant Chord being proper only to the Tonic, a succession of consonant Chords yields as many Tonics, and consequently as many changes of Key.
Les Accords dissonans se succedent ordinairement dans un même Ton, si les Sons n'y sont point altérés. La Dissonance lie le sens harmonique: un Accord y fait desirer l'autre, & sentir que la phrase n'est pas finie. Si le Ton change dans cette succession, ce changement est toujours annoncé par un Dièse ou par un Bémol. Quant à la troisieme succession, savoir l'entrelacement des Accords consonnans & dissonans, M. Rameau la réduit à deux cas seulement; & il prononce en général, qu'un Accord consonnant ne peut être immédiatement précédé d'aucun autre Accord dissonant, que celui de septieme de la Dominante-Tonique, ou de celui de Sixte-Quinte de la sous-Dominante; excepté dans la Cadence rompue & dans les suspensions: encore prétend-il qu'il n'y a pas d'exception quant au fond. Il me amble que l'Accord parfait peur encore [14] être précède de l'Accord de Septieme diminuée, & même de celui de Sixte-superflue; deux Accords originaux, dont le dernier ne se renverse point.
Dissonant Chords normally succeed one another within the same Key, provided the Notes remain unaltered. Dissonance binds the harmonic sense: one Chord creates desire for the next, signaling the phrase remains unfinished. Should the Key change during this succession, it is always announced by a Sharp or Flat. As for the third succession — the interweaving of consonant and dissonant Chords — M. Rameau reduces it to two cases only. He asserts generally that a consonant Chord cannot be immediately preceded by any dissonant Chord except the Dominant-Tonic's Seventh or the Subdominant's Sixth-Fifth, excepting the deceptive Cadence and suspensions — though he maintains these exceptions are superficial. It seems to me the perfect Chord may also [14] be preceded by the Diminished Seventh Chord, even the Augmented Sixth — two original Chords of which the latter admits no inversion.
Voilà donc textures différentes des phrases harmoniques. 1. Des Toniques qui se succedent & forment autant de nouvelles Modulations. 2. Des Dissonances qui se succedent ordinairement dans le même Ton. 3. Enfin des Consonnances & Dissonances qui s'entrelacent, & ou la Consonnance est, selon M. Rameau, nécessairement précédée de la Septieme de la Dominante, ou de la Sixte-Quinte de la Sous-Dominante. Que reste-t-il donc à faire pour la facilité de l'Accompagnement, sinon d'indiquer à l'Accompagnateur quelle est celle de ces textures qui regne dans ce qu'il accompagne? Or c'est ce que M. Rameau veut qu'on exécute avec des caracteres de son invention.
Thus we have distinct textures of harmonic phrases. 1. Successive Tonics forming new Modulations. 2. Dissonances succeeding within the same Key. 3. Lastly, consonant and dissonant Chords interwoven, where — according to M. Rameau — the Consonance must be preceded by the Dominant's Seventh or Subdominant's Sixth-Fifth. What then remains for facilitating Accompaniment but indicating to the accompanist which texture governs the passage? This is what M. Rameau proposes to achieve through his invented notation.
Un seul Signe peut aisément indiquer le Ton, la Tonique & son Accord.De-là se tire la connoissance des Dièses & des Bémols qui doivent entrer dans la composition des Accords d'une Tonique à une autre.
A single Sign may easily denote the Key, Tonic, and its Chord. From this derives knowledge of Sharps and Flats required in composing Chords from one Tonic to another.
La succession fondementale par Tierces, eu par Quintes, tant en montant qu'en descendant, donne la premiere texture des phrases harmoniques, toute composée d'Accordes consonans.
The fundamental succession by Thirds or Fifths, ascending or descending, yields the first texture of harmonic phrases — all consonant Chords.
La succession fondamentale par Quinte, ou par Tierces, en descendant donne la seconde texture, compose d'Accords dissonans, savoir, des Accords de Septieme; & cette succession donne une Harmone descendante.
The fundamental succession by Fifths or Thirds descending produces the second texture — dissonant Chords of the Seventh — creating descending Harmony.
[15] L'Harmonie ascendante est fournie par une succession de Quintes en montant ou de Quartes en descendant, accompagnées de la Dissonance propre à cette succession, qui est la Sixte-ajoutée; & c'est la troisieme texture des phrases harmoniques. Cette derniere n'avoit jusqu'ici été observée par personne, pas même par M. Rameau, quoiqu'il en ait découvert le principe dans la Cadence qu'il appelle Irréguliere. Ainsi, par les Regles ordinaires, l'Harmonie qui naît d'une succession de Dissonances, descend toujours, quoique selon les vrais principes, & selon la raison, elle doive avoir, en montant, une progression tout aussi réguliere qu'en descendant.
[15] Ascending Harmony arises from successions of Fifths ascending or Fourths descending, accompanied by their proper Dissonance, the added Sixth — the third harmonic texture. This latter had escaped notice until now, even by M. Rameau, though he discovered its principle in the so-called Irregular Cadence. Thus, by ordinary rules, Harmony born of dissonant successions must descend, though by true principles and reason, its ascending progression should be as regular as descending.
Les Cadences fondamentales donnent la quatrieme texture de phrases harmoniques, où les Consonnances & les Dissonances s'entrelacent.
Fundamental Cadences provide the fourth texture where Consonances and Dissonances interweave.
Toutes ces textures peuvent être indiquées par des caracteres simples, clairs, peu nombreux, qui puissent, en même tems, indiquer, quand il le faut, la Dissonance en général; car l'espece en est toujours déterminée par la texture même. On commence par s'exercer sur ces textures prises séparément; puis on les fait succéder les unes aux autres sur chaque Ton & sur chaque Mode successivement.
All these textures may be indicated by simple, clear, and few characters that can simultaneously denote general Dissonance when required — its specific type being determined by the texture itself. One first practices these textures separately, then sequences them through successive Keys and Modes.
Avec ces précautions, M. Rameau prétend qu'on apprend plus d'Accompagnement en six mois qu'on n'en apprenoit auparavant en six ans, & il a l'expérience pour lui. (Voyez CHIFFRES & DOIGTER.)
With these precautions, M. Rameau claims one learns more Accompaniment in six months than previously in six years — and experience supports him. (See FIGURES & FINGERING.)
A l'égard de la maniere d'accompagner avec intelligence, [16] comme elle dépend plus de l'usage & du goût que des Regles qu'on en peut donner, je me contenterai de faire ici que ici quelques observations générales que ne doit ignorer aucun Accompagnateur.
Regarding intelligent accompanying — [16] as it depends more on practice and taste than prescriptive rules — I shall content myself with a few general observations no Accompanist should ignore.
I. Quoique dans les Principes de M. Rameau, l'on doive toucher tous les Sons de chaque Accord, il faut bien se garder de prendre toujours cette Regle à la lettre. Il y a des Accords qui seroient insupportables avec tout ce remplissage. Dans la plupart des Accord dissonans, sur-tout dans les Accords par supposition, il y a quelque Son à retrancher pour en diminuer la dureté: ce Son est quelquefois la Septieme, quelquefois la Quinte; quelquefois l'une & l'autre se retranchent. On retranche encore assez souvent la Quinte ou l'Octave de la Basse dans les Accords dissonans, pour éviter des Octaves ou des Quintes de suite qui peuvent faire un mauvais effet, sur-tout aux extrémités. Par la même raison, quand la Note sensible est dans la Basse, on ne la met pas dans l'Accompagnement; & l'on double, au lieu de cela, la Tierce ou la Sixte, de la main droite. On doit éviter aussi les Intervalles de Seconde, & d'avoir deux doigts joints; car cela fait une Dissonance fort dure, qu'il faut garder pour quelques occasions où l'expression la demande. En général on doit penser, en accompagnant, que quand M. Rameau veut qu'on remplisse tous les Accords, il a bien plus d'égard'a la méchanique des doigts & à son systême particulier d'Accompagnement, qu'à la pureté de l'Harmonie. Au lieu du bruit confus quefait un pareil Accompagnement, il faut chercher à [17] le rendre agréable & sonore, & faire qu'il nourrisse & renforce la Basse, au lieu de la couvrir & de l'étouffer.
I. Although Mr. Rameau’s Principles dictate that all notes of each Chord should be played, one must beware of applying this rule too literally. Certain Chords would become unbearable with such fullness. In most dissonant Chords—particularly those by supposition—some notes must be omitted to soften their harshness: sometimes the Seventh, sometimes the Fifth; occasionally both. The Fifth or Octave of the Bass is also frequently omitted in dissonant Chords to avoid consecutive Octaves or Fifths, which may produce a disagreeable effect, especially at extremes. For the same reason, when the leading tone is in the Bass, it is excluded from the Accompaniment; instead, the Third or Sixth is doubled in the right hand. Seconds must also be avoided, as well as adjacent fingers, for they create harsh dissonances reserved only for moments demanding expressive force. Generally, when accompanying, one should recognize that Mr. Rameau’s insistence on filling all Chords prioritizes finger mechanics and his peculiar system of Accompaniment over harmonic purity. Rather than the confused noise that a such accompaniment makes, one must seek to [17] render it pleasing and resonant, ensuring it nourishes and reinforces the Bass rather than obscuring or stifling it.
Que si l'on demande comment ce retranchement de Sons s'accorde avec la définition de l' Accompagnement par une Harmonie complete, je réponde que ces retranchemens ne sont, dans le vrai, qu'hypothétiques & seulement dans le systême de M. Rameau; que, suivant la Nature, ces Accords, en apparence ainsi mutilés, ne sont pas moins complets que les autres, puisque les Sons qu'on y suppose ici retranchés les rendroient choquans & souvent insupportables; qu'en effet les Accords dissonans ne sont point remplis dans le systême de M. Tartini comme dans celui de M. Rameau; que par conséquent des Accords défectueux dans celui-ci sont complets dans l'autre; qu'enfin le bon goût dans l'exécution demandant qu'on s'écarte souvent de la regle générale, & l'Accompagnement le plus régulier n'étant pas toujours le plus agréable, la définition doit dire la regle, & l'usage apprendre quand on s'en doit écarte.
If asked how such omissions align with the definition of Accompaniment as a complete Harmony, I reply that these omissions are, in truth, hypothetical and exist solely within Mr. Rameau’s system. By Nature’s laws, these seemingly mutilated Chords remain as complete as others, for the very notes omitted would render them grating and often intolerable. Indeed, dissonant Chords are not fully realized in Mr. Tartini’s system as they are in Mr. Rameau’s; thus, defective Chords in the latter are complete in the former. Ultimately, good taste in execution often demands deviation from general rules, and since the most regular Accompaniment is not always the most agreeable, definitions must state the rule while practice teaches when to depart from it.
II. On doit toujours proportionner le bruit de l'Accompagnement au caractere de la Musique & à celui des Instrumens ou des Voix que l'on doit accompagner. Ainsi dans un Chœur on frappe de la main droite les Accords pleins; de la gauche on redouble l'Octave ou la Quinte; quelquefois tout l'Accord. On en doit faire autant dans le Récitatif Italien; car les sons de la Basse n'y étant pas soutenus ne doivent se faire entendre qu'avec toute leur Harmonie, & de maniere à rappeller fortement & pour long-tems [18] l'idée de la Modulation. Au contraire dans un Air lent & doux, quand on n'a qu'une voix foible ou un seul Instrument à accompagner, on retranche des Sons, on arpège doucement, on prend le petit Clavier. En un mot, on a toujours attention que l'Accompagnement, qui n'est fait que pour soutenir & embellir le Chant, ne le gâte & ne le couvre pas.
II. The volume of the Accompaniment must always correspond to the character of the Music and the nature of the Instruments or Voices being accompanied. In a Choir, strike full Chords with the right hand; with the left, double the Octave or Fifth—sometimes the entire Chord. The same applies to Italian Recitative, where unsustained Bass notes require their full Harmony to be emphatically and enduringly impressed [18] upon the listener’s modulation-conscious ear. Conversely, in a slow, tender Air accompanying a weak voice or solo instrument, omit notes, arpeggiate softly, and use the small keyboard. In short, remember that Accompaniment—meant solely to support and embellish the Melody—must never distort or drown it.
III. Quand on frappe les même touches pour prolonger le Son dans une Note longue ou une Tenue, que ce soit plutôt au commencement de la Mesure ou du Tems fort, que dans un autre moment: on ne doit rebattre qu'en marquent bien la Mesure. Dans le Récitatif Italien, quelque durée que puisse avoir une Note de Basse, il ne faut jamais la frapper qu'une fois & sortement avec tout, son Accord; on refrappe seulement l'Accord quand il change sur la même Note: mais quand un Accompagnement de Violons regne sur le Récitatif, alors il faut soutenir la Basse & en arpéger l'Accord.
III. When reiterating keys to prolong sound during a long note or sustained passage, do so preferably at the measure’s beginning or on the strong beat rather than elsewhere. Reiteration must strictly mark the measure. In Italian Recitative, however lengthy a Bass note may be, strike it only once with its full Chord; re-strike the Chord solely when it changes over the same note. But when Violins dominate the Recitative’s Accompaniment, sustain the Bass and arpeggiate its Chord.
IV. Quand on accompagne de la Musique vocale, on doit par l'Accompagnement soutenir la Voix, la guider, lui donner le Ton à toutes les rentrées, & l'y remettre quand elle détonne: l'Accompagnateur ayant toujours le Chant sous les yeux & Harmonie présente à l'esprit, est chargé spécialement d'empêcher que la Voix ne s'égare. (Voyez ACCOMPAGNATEUR.
IV. When accompanying vocal Music, the Accompaniment must support the Voice, guide it, provide pitch at every re-entry, and correct it when off-key. The Accompanist—with the Melody ever before their eyes and Harmony present in their mind—bears special responsibility for preventing the Voice from straying. (See ACCOMPANIST.)
V. On ne doit pas accompagner de la même maniere la Musique Italienne & la Françoise. Dans celle-ci, il faut soutenir les bons, les arpéger gracieusement & continuellement [19] de bas en haut; remplir toujours l'Harmonie, autant qu'il se peut; jouer proprement la Basse; en un mot, se prêter à tout ce qu'exige le genre. Au contraire, en accompagnant de l'Italien, il faut frapper simplement & détacher les Notes de la Basse; n'y faire ni Trills ni Agremens, lui conserver la marche égale & simple qui lui convient; l'Accompagnement doit être plein, sec & sans arpéger, excepté le cas dont j'ai parlé numéro 3, & quelques Tenues ou Points d'Orgue. On y peut, sans scrupule, retrancher dis Sons; mais alors il faut bien choisir ceux qu'on fait entendre; en sorte qu'ils se fondent dans l'Harmonie & se marient bien avec la Voix. Les Italiensne veulent pas qu'on entende rien dans l'Accompagnement, ni dans la Basse, qui puisse distraire un moment l'oreille du Chant; & leurs Accompagnemens sont toujours dirigés sur ce principe, que le plaisir & l'intention s'évaporent en se partageant.
V. One should not accompany Italian Music and French Music in the same manner. In the latter, one must sustain the chords, arpeggiate them gracefully and continuously [19] from bottom to top; fill out the harmony as fully as possible; execute the bass line precisely; in short, conform to all the genre's demands. Conversely, when accompanying Italian music, one must strike the bass notes simply and detachedly; avoid trills or ornaments, maintaining the even and plain progression proper to it; the accompaniment should be full, dry, and unarpeggiated, except for the case mentioned in No. 3, and certain sustained notes or fermatas. Here one may freely omit some tones, but must carefully select those retained so they blend into the harmony and marry well with the vocal line. The Italians forbid any element in the accompaniment or bass that might momentarily distract the ear from the melody; their accompaniments are always guided by this principle: that pleasure and intent evaporate when divided.
VI. Quoique l'Accompagnement de l'Orgue soit le même que celui du Clavecin, le goût en est très-différent. Comme les Sons de l'Orgue sont soutenus, la marche en doit être plus liée & moins sautillante: il faut lever la main entiere le moins qu'il se peut; glisser les doigts d'une touche à l'autre, sans ôter ceux qui, dans la place où ils sont, peuvent servir à l'Accord où l'on passe. Rien n'est si désagréable que d'entendre hacher sur l'Orgue cette espece d' Accompagnement sec, arpégé, qu'on est forcé de pratiquer sur le Clavecin. (Voyez le mot DOIGTER.) En général l'Orgue, cet Instrument si sonore & si majestueux, ne s'associe avec aucun autre, & ne fait qu'un mauvais effet dans l'Accompagnement, [20] si ce n'est tout au plus pour fortifier les Rippienes les Chœurs.
VI. Though organ accompaniment uses the same chords as the harpsichord, their aesthetic differs profoundly. As the organ's tones are sustained, its progression must be more legato and less jumpy: one should lift the entire hand as little as possible; slide fingers from key to key without removing those that may serve the transitioning chord. Nothing is more disagreeable than hearing that dry, arpeggiated harpsichord-style accompaniment chopped out on the organ. (See FINGERING.) Generally, this sonorous and majestic instrument associates poorly with others in accompaniment, [20] being fit only to reinforce ripieni and choruses.
M. Rameau, dans ses Erreurs sur la Musique, vient d'établir ou du moins d'avancer un nouveau Principe, dont il me censure fort de n'avoir pas parlé dans l'Encyclopédie; savoir, que l' Accompagnement représente le Corps Sonore. Comme j'examine ce Principe dans un autre écrit, je me dispenserai d'en parler dans cet article qui n'est déjà que trop long. Mes disputes avec M. Rameau sont les choses du monde les plus inutiles au progrès de l'Art, & par conséquent au but de ce Dictionnaire.
Mr. Rameau, in his Errors on Music, has recently posited – or at least advanced – a new principle for which he strongly censures me for omitting in the Encyclopédie: namely, that accompaniment represents the Corps Sonore. As I examine this principle elsewhere, I shall refrain from discussing it here in an article already overlong. My disputes with Mr. Rameau rank among the world's least useful matters for the Art's progress, and thus for this Dictionary's purpose.
ACCOMPAGNEMENT, est encore toute Partie de Basse ou d'autre Instrument, qui est composée sous un Chant pour y faire Harmonie. Ainsi un Solo de Violon s'accompagne du Violoncelle ou du Clavecin, & un Accompagnement de Flûte se marie fort bien avec la voix. L'Harmonie de l'Accompagnement ajoute à l'agrément du Chant en rendant les Sons plus sûrs, leur effet plus doux, la Modulation plus sensible, & portant à l'oreille un témoignage de justesse qui la flatte. Il y a même, par rapport aux Voix, une sorte raison de les faire toujours accompagner de quelque Instrument, soit en Partie, soit à l'Unisson. Car, quoique plusieurs prétendent qu'enchantant la Voix se modifie naturellement selon les loix du tempérament, (voyez TEMPÉRAMENT.) cependant l'expérience nous dit que les Voix les plus justes & les mieux exercées ont bien de la peine à se maintenir long-tems dans la justesse du Ton, quand rien ne les y soutient. A forcé de chanter on monte ou l'on descend insensiblement, [21] & il est très-rare qu'on se trouvé exactement en finissant dans le Ton d'où l'on étoit parti. C'est pour empêcher ces variations que l'Harmonie d'un Instrument est employée; elle maintient la Voix dans le même Diapason, ou l'y rappelle aussi-tôt, quand elle s'égare. La Basse est, de toutes les Parties, la plus propre à l'Accompagnement, celle qui soutient le mieux la Voix, & satisfait le plus l'oreille; parce qu'il n'y en a point dont les vibrations soient si fortes, si déterminantes, ni qui laisse moins d'équivoque dans le jugement de l'Harmonie fondamentale.
ACCOMPANIMENT further denotes any bass part or instrumental line composed beneath a melody to harmonize it. Thus a violin solo may be accompanied by cello or harpsichord, while a flute accompaniment blends admirably with voice. The harmony of accompaniment enhances the melody's charm by making pitches more secure, their effect gentler, modulations more perceptible, and by offering the ear a flattering testimony of accuracy. There exists, regarding voices, a rationale for always supporting them with instrumental accompaniment – whether harmonic or unisonal. For though some claim the voice naturally adjusts to temperament laws when singing (see TEMPERAMENT), experience shows even the most accurate, trained voices struggle to maintain pitch over time when unsupported. Through prolonged singing, one imperceptibly sharpens or flats, [21] rarely ending precisely in the initial key. Instrumental harmony counteracts this drift, anchoring the voice's diapason or swiftly recalling it when strayed. The bass, among all parts, proves most apt for accompaniment – best supporting the voice and satisfying the ear, as no other's vibrations are so forceful, so determinative, nor leave less ambiguity in judging fundamental harmony.
ACCOMPAGNER, v. a. & n. C'est en général jouer les Parties d'Accompagnement dans l'exécution d'un morceau de Musique; c'est plus particulièrement, sur un Instrument convenable, frapper avec chaque Note de la Basse les Accords qu'elle doit porter, & qui s'appellent l'Accompagnement. J'ai suffisamment expliqué dans les précédens articles en quoi consiste cet Accompagnement. J'ajouterai seulement que ce mot même avertit celui qui accompagne dans un concert qu'il n'est chargé que d'une partie accessoire, qu'il ne doit s'attacher qu'à en faire valoir d'autres, que sitôt qu'il a la moindre prétention pour lui-même, il gâte l'exécution & impatiente à la sois les Concertans & les Auditeurs: plus il croit se faireadmirer, plus il se rend ridicule; & sitôt qu'à force de bruit ou d'ornemens déplacés il détourne à soi l'attention due à la partie principale, tout ce qu'il montre de talent & d'exécution, montre à la fois sa vanité & son mauvais goût. Pour Accompagner avec intelligence & avec applaudissement, il ne faut songer qu'à soutenir [22] & faire valoir les Parties essentielles, & c'est exécuter fort habilement la sienne que d'en faire sentir l'effet sans la laisser remarquer.
ACCOMPANY, v. a. & n. In general terms, this denotes performing the accompanying parts during the execution of a musical piece; more specifically, it involves striking on a suitable instrument the chords corresponding to each bass note, which collectively form the accompaniment. I have sufficiently explained the nature of this practice in preceding articles. I shall only add that the very word "accompany" reminds the performer in an ensemble that their role is subsidiary – they must devote themselves to enhancing others' parts. The moment they aspire to personal distinction, they mar the performance and irritate both fellow musicians and listeners. The more they strive to be admired, the more ridiculous they become. Whenever misplaced ornamentation or excessive volume diverts attention from the principal part, their displays of skill only expose their vanity and poor taste. To accompany intelligently and earn approval, one must focus solely on supporting [22] and elevating the essential parts. True mastery lies in making one's contribution felt without drawing notice to it.
ACCORD, s. m. Union de deux ou plusieurs Sons rendus à la fois, & formant ensemble un tout harmonique.
CHORD, s. m. The union of two or more sounds produced simultaneously, forming a harmonic whole.
L'Harmonie naturelle produite par la résonnance d'un Corps sonore est composée de trois Sons différens, sans compter leurs Octaves; lesquels forment entre eux l'Accord le plus agréable & le plus parfait que l'on puisse entendre d'où on l'appelle par excellence Accord parfait. Ainsi pour rendre complete l'Harmonie, il faut que chaque Accord soit au moins composé de trois Sons. Aussi les Musiciens trouvent ils dans le Trio la perfection harmonique, soit parce qu'ils y emploient les Accords en entier, soit par ce que dans les occasions où ils ne les emploient pas en entier, ils ont l'art de donner le change à l'oreille, & de lui persuader le contraire, en lui présentant les Sons principaux des Accords de maniere à lui faire oublier les autres. (Voyez Trio.) Cependant l'Octave du Son principal produisant de nouveaux rapports & de nouvelles Consonnances par les complémens des Intervalles, (voyez COMPLÉMENT) on ajoute ordinairement cette Octave pour avoir l'ensemble de toutes les Consonnances dans un même Accord. (Voyez CONSONNANCE.) De plus, l'addition de la Dissonance, (voyez DISSONANCE.) produisant un quatrieme Son ajouté à l'Accord parfait, c'est une nécessité, si l'on veut remplir l' Accord, d'avoir une quatrieme Partie pour exprimer cette Dissonance. Ainsi la suite des [23] Accords ne peut être complete & liée qu'au moyen de quatre Parties.
The natural harmony arising from a resonating body comprises three distinct sounds (excluding their octaves), which together create the most agreeable and perfect audible combination – hence its designation as the perfect chord par excellence. To achieve complete harmony, each chord must contain at least three sounds. This explains why musicians find trios harmonically perfect: either through full chord deployment or through the art of suggesting completeness by emphasizing principal tones, thereby deceiving the ear into perceiving absent elements. (See TRIO.) However, as the octave of the fundamental sound introduces new relationships and consonances through interval complements (see COMPLEMENT), this octave is typically added to encompass all consonances within a single chord. (See CONSONANCE.) Furthermore, the inclusion of dissonance (see DISSONANCE) introduces a fourth sound to the perfect chord, necessitating a fourth voice to express it fully. Thus, coherent chord progressions [23] require four parts for completion.
On divise les Accords en parfaits & imparfaits. L'Accord parfait est celui dont nous venons de parler, lequel est composé du Son fondamental au grave, de sa Tierce, de sa Quinte, & de son Octave; il se subdivise en Majeur ou Mineur, selon l'espece de sa Tierce. (Voyez MAJEUR, Mineur.) Quelques Auteurs donnent aussi le nom de parfaits à tous les Accords, même Dissonans, dont le Son fondamental est au grave. Les Accords imparfaits sont ceux ou regne la Sixte au lieu de la Quinte, & en général tous ceux où le Son grave n'est pas le fondamental. Ces dénominations, qui ont été données avant que l'on connût la Basse--fondamentale, sont fort mal appliquées: celles d'Accords directs ou renversés sont beaucoup plus convenables dans le même sens. (Voyez RENVERSEMENT.)
Chords are divided into perfect and imperfect. The perfect chord, as described above, consists of the fundamental in the bass, its third, fifth, and octave. It subdivides into Major or Minor based on its third's quality. (See MAJOR, MINOR.) Some theorists extend the "perfect" designation even to dissonant chords retaining the fundamental in the bass. Imperfect chords include those where the sixth replaces the fifth, and generally all chords where the bass note isn't the fundamental. These labels, coined before understanding of the Fundamental Bass, prove ill-applied. The terms direct chords and inverted chords better serve this distinction. (See INVERSION.)
Les Accords se divisent encore en Consonants & Dissonans. Les Accords Consonants sont l' Accord parfait & ses dérivés: tout autre Accord est Dissonant. Je vais donner une Table des uns & des autres, selon le systême de M. Rameau.
Chords are further classified as Consonant or Dissonant. Consonant chords include the perfect chord and its derivatives; all others are Dissonant. Below is a table of both categories following M. Rameau's system.
[IMAGES MANQUANTES] [24] [25] [26] [27] [28] [29]
[MISSING IMAGES] [24] [25] [26] [27] [28] [29]
Nous parlerons aux mots HARMONIE, BASSE-FONDAMENTAL, COMPOSITION, &c. de la maniere d'employer tous ces Accords pour en former une Harmonie réguliere. J'ajouterai seulement ici les observations suivantes.
We shall discuss at entries HARMONY, FUNDAMENTAL BASS, COMPOSITION, etc., the methods for deploying these chords into regular harmonic progressions. Here I shall only append these observations:
[30] I. C'est une grande erreur de penser que le choix des renversemens d'un même Accord soit indifférent pour l'Harmonie ou pour l'expression. Il n'y a pas un de ces renversemens qui n'ait son caractere propre. Tout le monde sent l'opposition qui se trouvé entre la douceur de la Fausse-Quinte & l'aigreur du Triton, & cependant l'un de ces Intervalles est renversé de l'autre.Il en est de même de la Septieme diminuée & de la Seconde superflue, de la Seconde ordinaire & de la Septieme. Qui ne sait combien la Quinte est plus sonore que la Quarte? L'Accord de Grande-Sixte & celui de Petite-Sixte mineure, sont deux faces du même Accord fondamental; mais de combien l'une n'est elle pas plus harmonieuse que l'autre? L'Accord de Petite-Sixte majeure, au contraire, n'est-il pas plus brillant que celui de fausse Quinte? Et pour ne parler que du plus simple de tous les Accords, considérez la majesté de l'Accord parfait, la douceur de l' Accord de Sixte, & la fadeur de celui de Sixte-Quarte; tous cependant composés des mêmes Sons. En général les Intervalles superflus, les Dièses dans le haut, sont propres par leur dureté à exprimer l'emportement, la colere & les passions aiguës. Au contraire, les Bémols a l'aigu & les Intervalles diminués forment une Harmonie plaintive, qui attendrit le cœur. C'est une multitude d'observations semblables, qui, lorsqu'un habile Musicien sait s'en prévaloir, le rendent maître des affections de ceux qui l'écoutent.
[30] I. It is a grave error to assume that the choice of inversions within the same Chord is indifferent to Harmony or expression. Each inversion possesses its own distinct character. All perceive the contrast between the sweetness of the false fifth and the harshness of the tritone – yet one interval is but the inversion of the other. The same applies to the diminished seventh and augmented second, to the ordinary second and seventh. Who does not recognize how much more resonant the fifth is than the fourth? The major sixth chord and the minor sixth chord are two facets of the same fundamental chord; yet how vastly more harmonious is one than the other? Conversely, is not the major sixth chord more brilliant than the false fifth? To speak only of the simplest chord, consider the majesty of the perfect chord, the sweetness of the sixth chord, and the insipidity of the sixth-fourth chord – all composed of identical tones. Generally, augmented intervals and sharps in the upper register, through their asperity, express vehemence, anger, and piercing passions. Conversely, flats in the treble and diminished intervals create a plaintive harmony that softens the heart. These multitudinous observations, when skillfully wielded by a consummate musician, render him sovereign over his listeners' emotions.
II. Le choix des Intervalles simples n'est gueres moins important que celui des Accords pour la place où l'on doit [31] les employer. C'est, par exemple, dans le bas qu'il faut placer les Quintes & les octaves par préférence, dans le haut les Tierces & les Sixtes. Transposez cet ordre, vous gâterez l'Harmonie en laissant les mêmes Accords.
II. The selection of simple intervals proves scarcely less crucial than chord choices for their [31] placement. For instance, fifths and octaves should preferentially occupy the lower register, thirds and sixths the upper. Transpose this order, and you corrupt the harmony while retaining identical chords.
III. Enfin l'on rend les Accords plus harmonieux encore, en les rapprochant par de petits Intervalles, plus convenables que les grands à la capacité de l'oreille. C'est ce qu'on appelle resserrer l'Harmonie, & que si peu de Musiciens savent pratiquer. Les bornes du Diapason des voix sont un raison de plus pour resserrer les Chœurs. On peut assurer qu'un Chœur est mal fait, lorsque les Accords divergent, lorsque les Parties crient, sortent de leur Diapason, & sont si éloignées les unes des autres qu'elles semblent n'avoir plus de rapport entre elles.
III. Lastly, chords gain enhanced sonority through compaction into smaller intervals, better suited to the ear's capacity than wide spans. This tightening of harmony, practiced by so few musicians, becomes doubly necessary given the vocal compass's constraints. One may affirm a chorus is poorly constructed when chords diverge wildly, when voices shriek beyond their natural range, and when parts lie so distanced they seem unrelated.
On appelle encore Accord l'état d'un Instrument dont les Sons fixes sont entre eux dans toute la justesse qu'ils doivent avoir. On dit en ce sens qu'un Instrument est d'Accord, qu'il n'est pas d'Accord, qu'il garde ou ne garde pas sort Accord. La même expression s'emploie pour deux Voix qui chantent ensemble, pour deux Sons qui se sont entendre à la sois, soit à l'Unisson, soit en Contre-parties.
The term "accord" further denotes an instrument's state of precise tonal alignment. In this sense, we say an instrument is "in tune," "out of tune," or "holds its tuning." The expression equally applies to two voices singing together – whether in unison or counterpoint – and to simultaneous tones blending harmoniously.
ACCORD DISSONANT, FAUX ACCORD, ACCORD FAUX, sont autant de différentes choses qu'il ne faut pas confondre. Accord dissonant est celui qui contient quelque Dissonance; Accord faux, celui dont les Sons sont mal accordés, & ne gardent pas entre eux la justesse des Intervalles; faux Accord, celui qui choque l'oreille, parce qu'il est mal composé, & que les Sons, quoiques justes, n'y forment pas un tout harmonique.
[32] DISSONANT CHORD, OUT-OF-TUNE CHORD, and FALSE CHORD represent distinct concepts requiring differentiation. A dissonant chord contains intentional dissonance; an out-of-tune chord suffers imprecise intervals; a false chord offends the ear through faulty construction, its tones – though individually correct – failing to coalesce harmonically.
[32] ACCORDER des Instrumens, c'est tendre ou lâcher les cordes, alonge ou raccourcir les tuyaux, augmenter ou diminuer la masse du Corps sonore, jusqu'à ce que toutes les parties de l'Instrument soient au Ton qu'elles doivent avoir.
TUNING instruments involves tightening/loosening strings, lengthening/shortening pipes, or modifying a sonorous body's mass until all components attain their proper pitch.
Pour Accorder un Instrument, il faut d'abord fixer un Son qui serve aux autres de terme de comparaison. C'est ce qu'on appelle, prendre ou donner le Ton. (Voyez Ton.) Ce Son est ordinairement l'ut pour l'Orgue & le Clavecin, le la pour le Violon & la Basse, qui ont ce la sur une corde à vide & dans un Medium propre à être aisément saisi par l'oreille.
To tune, one must first establish a reference tone – termed "taking or giving the pitch" (See Tone). For organ and harpsichord, this is typically ut; for violin and bass, la – this latter being an open string's note within a middle register easily grasped by the ear.
A l'égard des Flûtes, Hautbois, Bassons, & autres Instrumens à vent, ils ont leur Ton à-peu- près fixé, qu'on ne peut gueres changer qu'en changeant quelque piece de l'Instrument. On peut encore les alonge un peu à l'emboîture des pieces, ce qui baisse le Ton de quelque chose; mais il doit nécessairement résulter des tons faux de ces variations, parce que la justeproportion est rompue entre la longueur totale de l'Instrument & les distances d'un trou à l'autre.
Regarding Flutes, Oboes, Bassoons, and other wind instruments, their pitch remains largely fixed and can scarcely be altered except by modifying parts of the instrument. One may slightly extend them at the joint of their sections, which lowers the pitch marginally; however, such adjustments inevitably produce impure tones, as the proper proportion between the instrument's total length and the spacing between finger holes becomes disrupted.
Quand le ton est déterminé, on y fait rapporter tous les autres Sons de l'Instrument, lesquels doivent être fixés par l'Accord selon les Intervalles qui leur conviennent. L'Orgue & le Clavecin s'accordent par Quintes, jusqu'à ce que la Partition soit faite, & par Octaves pour le reste du Clavier; la Basse & le Violon par Quintes; la Viole & la Guitare par Quartes & par Tierces, &c. En général on choisit toujours des Intervalles consonants & harmonieux, afin que l'oreille en saisisse plus aisément la justesse.
Once the fundamental pitch is established, all other notes on the instrument must align with it through tuning according to their proper intervals. Organs and harpsichords are tuned by fifths until the temperament is established, then by octaves across the remaining keyboard; the Bass and Violin by fifths; the Viola and Guitar by fourths and thirds, etc. In general, consonant and harmonious intervals are always chosen so the ear may more readily discern their accuracy.
[33] Cette justesse des Intervalles ne peut, dans la pratique, s'observer à toute rigueur, & pour qu'ils puissent tous s'Accorder entre eux, il faut que chacun en particulier souffre quelque altération. Chaque espece d'Instrument à pour cela ses regles particulieres & sa méthode d' Accorder. (Voyez TEMPÉRAMENT.
[33] This precision of intervals cannot be rigorously observed in practice. To ensure mutual compatibility, each interval must undergo slight compromise. Each type of instrument has its own rules and tuning method. (See TEMPERAMENT.)
On observe que les Instrumens dont on tire le Son par Inspiration, comme la Flûte & le Hautbois, montent insensiblement quand on a joué quelque tems; ce qui vient, selon quelques-uns, de l'humidité qui, sortant de la bouche avec l'air, les renfle & les raccourcit; ou plutôt, suivant la Doctrine de M. Euler, c'est que la chaleur & la réfraction que l'air reçoit pendant l'inspiration rendent ses vibrations plus fréquentes, diminuent ton poids, & augmentant ainsi le poids relatif de l'Atmosphere, rendent le Son un peu plus aigu.
It is observed that instruments producing sound through breath—such as the Flute and Oboe—gradually rise in pitch during prolonged play. Some attribute this to moisture from the player's breath swelling and shortening the instrument; however, following M. Euler's doctrine, it is more likely that the heat and refraction of inspired air increase vibrational frequency, reduce its density, and thereby heighten the relative pressure of the atmosphere, sharpening the tone.
Quoi qu'il en soit de la cause, il faut, en Accordant; avoir égard à l'effet prochain, & forcer un peu le vent quand on donne ou reçoit le Ton sur ces Instrumens; car pour rester d'Accord durant le Concert, ils doivent être un peu trop bas en commençant.
Regardless of cause, tuners must account for this imminent effect by slightly overblowing when setting or receiving pitch on such instruments. To remain in tune during performance, they must begin slightly flat.
ACCORDEUR, f. m. On appelle Accordeurs d'Orgue ou de Clavecin, ceux qui vont dans les Eglises ou dans les maisons accommoder & accorder ces Instrumens, & qui, pour l'ordinaire, en sont aussi les Facteurs.
TUNER, s. m. Those who adjust and tune Organs or Harpsichords in churches or private residences are called Organ or Harpsichord Tuners. Typically, they also serve as makers of these instruments.
ACOUSTIQUE, f. F. Doctrine ou Théorie des Sons. (Voyez Son.) Ce mot est de l'invention de M. Sauveur, & vient du Grec, j'entends.
ACOUSTICS, s. f. The doctrine or theory of sound. (See SOUND.) This term was coined by M. Sauveur, derived from the Greek "I hear."
L'Acoustique est proprement la Partie théorique de la Musique: [34] c'est elle qui donne ou doit donner les raisons du plaisir que nous sont l'Harmonie & le Chan, qui détermine les rapports des Intervalles harmoniques, qui découvre les, affections ou propriétés des cordes vibrantes, &c. (Voyez CORDES, HARMONIE.)
Acoustics properly constitutes the theoretical branch of Music: [34] it explains—or ought to explain—the reasons for our pleasure in Harmony and Song, determines the relations of harmonic intervals, and reveals the properties or behaviors of vibrating strings, etc. (See STRINGS, HARMONY.)
Acoustique est aussi quelquefois adjectif; on dit: l'Organe Acoustique; un Phénomene Acoustique, &c.
"Acoustic" may also function adjectivally: one speaks of the acoustic organ, an acoustic phenomenon, etc.
ACTE, s. m. Partie d'un Opéra séparée d'une autre dans autre représentation par un espace appellé Entr'Acte. (Voyez. Entre'Acte.)
ACT, s. m. A division of an Opera separated from others during performance by an interval called Entr'acte. (See ENTRE'ACTE.)
L'unité de tems & de lieu doit être aussi rigoureusement observée dans un Acte d'Opéra que dans, une Tragédie entiere du genre ordinaire, & même plus, à certains égards; car le Poete ne doit point donner à un Acte d'Opéra une durée hypothétique plus longue que celle qu'il a réellement, parce qu'on ne peut supposer que ce qui se passe sous nos yeux dure plus long-tems que nous ne le voyons durer est effet: mais il dépend du Musicien de précipiter ou, ralentir l'action jusqu'à un certain point, pour augmenter la vraisemblance ou l'intérêt; liberté qui l'oblige à bien étudier la gradation des passions théâtrales, le tems qu'il faut pour les développer, celui où le progrès est au plus haut point, & celui où il convient de s'arrêter pour prévenir l'inattention, la langueur, l'épuisement du Spectateurs. Il n'est pas non plus permis dechanger de décoration & de faire sauter le théâtre d'un lieu à un autre, au milieu d'un Acte, même dans le genre merveilleux; parce qu'un pareil faut choque la raison, la vérité, la vraisemblance, & détruit l'illusion, que la premiere [35] loi du Théâtre est de favoriser en tout. Quand donc l'action est interrompue par de tels changemens, le Musicien ne peut savoir ni comment il les doit marquer, ni ce qu'il doit faire de son Orchestre pendant qu'ils durent, à moins d'y représenter le même cahos qui regne alors sur la Scene.
The unities of time and place must be as rigorously observed in an Opera Act as in an entire Tragedy of the ordinary genre – even more so in certain respects. For the Poet must not grant a hypothetical duration to an Opera Act longer than its actual one, since we cannot suppose that events unfolding before our eyes last longer than we perceive them to last. Yet the Musician may hasten or slow the action to some degree to enhance verisimilitude or dramatic interest – a liberty obliging him to study carefully the gradation of theatrical passions, the time required for their development, their climactic peak, and the moment to pause so as to forestall the Spectator's inattention, languor, or exhaustion. Nor is it permissible to change scenery or shift the stage abruptly between locations mid-Act, even within the marvelous genre; for such a fault offends reason, truth, plausibility, and destroys the illusion that the Theater's primary law should foster above all. When the action is thus interrupted by such changes, the Musician cannot discern how to mark them musically or what to do with his Orchestra during their duration – unless he chooses to represent the very chaos reigning upon the Stage.
Quelquefois le premier Acte d'un Opéra ne tient point à l'action principale & ne lui sert que d'introduction. Alors il s'appelle Prologue. (Voyez ce mot.) Comme le Prologue ne fait pas partie de la Piece, on ne le compte point dans le nombre des Actes qu'elle contient & qui est souvent de cinq dans les Opéra François, mais toujours les Italiens. (Voyez OPÉRA.)
Sometimes the first Act of an Opera bears no direct relation to the principal action, serving merely as an introduction. It is then called a Prologue. (See this term.) As the Prologue forms no part of the main work, it is excluded from the Act count – which often numbers five in French Operas but remains fixed at three among the Italians. (See OPERA.)
ACTE DE CADENCE, est un mouvement dans une des Parties, & sur-tout dans la Basse, qui oblige toutes les autres Parties à concourir à former une Cadence, ou à l'éviter expressément. (Voyez CADENCE, EVITER.)
ACT OF CADENCE refers to a motion in one of the Parts – particularly the Bass – compelling all other Parts to converge in forming a Cadence or deliberately avoiding one. (See CADENCE, EVITER.)
ACTEUR, f. m. Chanteur qui fait un rôle dans la représentation d'un Opéra. Outre toutes les qualités qui doivent lui être communes avec l'Acteur dramatique, il doit en avoir beaucoup de particulieres pour réussir dans son Art. Ainsi, il ne suffit pas qu'il ait un bel organe pour la parole, s'il ne l'a tout aussi beau pour le Chant; car il n'y a pas une telle liaison entre la voix parlante & la voix chantante, que la beauté de l'une suppose toujours celle de l'autre. Si l'on pardonne à un Acteur le défaut de quelque qualité qu'il a pu se flatter d'acquérir, on ne peut lui pardonner d'oser se destiner au Théâtre, destitué des qualités naturelles qui y sont nécessaires, telles entre autres que la voix dans un Chanteur. Mais [36] par ce mot voix, j'entends moins la forcé du timbre, que l'étendue, la justesse & la flexibilité. Je pense qu'un Théâtre dont l'objet est d'émouvoir le cœur par les Chants, doit être interdit à ces voix dures & bruyantes qui ne sont qu'étourdir les oreilles; & que, quelque peu de voix que puisse avoir un Acteur, s'il l'a juste, touchante, facile, & suffisamment étendue, il en a tout autant qu'il faut; il saura toujours bien se faire entendre, s'il sait se faire écouter.
ACTOR, m. A Singer performing a role in an Opera. Beyond qualities shared with dramatic Actors, he requires many particular ones to excel in his Art. Thus, a fine speaking voice alone does not suffice if unaccompanied by an equally fine singing voice; for the speaking and singing voices share no inherent bond such that beauty in one guarantees beauty in the other. While we may forgive an Actor lacking some acquirable skill, we cannot pardon his presumption in pursuing the Stage while deficient in natural gifts – chief among these, for a Singer, being voice. By "voice," however, [36] I intend less sheer power or timbre than compass, accuracy, and flexibility. I maintain that a Theater aiming to stir hearts through Song should exclude harsh, clamorous voices that merely assault ears; and that however modest an Actor's voice may be, if it is true, affecting, supple, and sufficiently expansive, it suffices. He will always make himself heard – provided he first compels others to listen.
Avec une voix convenable, l'Acteur doit l'avoir cultivée par l'Art, & quand sa voix n'en auroit pas besoin, il en auroit besoin lui-même pour saisir & rendre avec intelligence la partie musicale de ses rôles. Rien n'est plus insupportable & plus dégoûtant que de voir un Héros dans les transports des passions les plus vives, contraint & gêné dans son rôle, peiner & s'assujettir en écolier qui répete mal sa leçon; montrer, au lieu des combats de l'Amour & de la Vertu, ceux d'un mauvais Chanteur avec la Mesure & l'Orchestre, & plus incertain sur le Ton que sur le parti qu'il doit prendre. Il n'y a ni chaleur ni grace sans facilité, & l'Acteur dont le rôle lui coûte, ne le rendra jamais bien.
With a suitable voice, the Actor must have refined it through Art. Even were his voice to need no such cultivation, he himself would require training to grasp and intelligently render the musical dimension of his roles. Nothing proves more insufferable or repellent than witnessing a Hero in the throes of passion constrained and awkward in his part – laboring like a schoolboy poorly reciting his lesson; substituting the struggles of Love and Virtue with those of a bad Singer against Measure and Orchestra; more uncertain of his Pitch than his character's resolve. Without facility, there can be neither ardor nor grace: the Actor who finds his role laborious will never perform it well.
Il ne suffit pas à l'Acteur d'Opéra d'être un excellent Chanteur, s'il n'est encore un excellent Pantomime; car il ne doit pas seulement faire sentir ce qu'il dit lui-même, mais aussi ce qu'il laissé dire à la Symphonie. L'Orchestre ne rend pas un sentiment qui ne doive sortir de son ame; ses pas, les regards, son geste, tout doit s'accorder sans cessé avec la Musique, sans pourtant qu'il paroisse y songer; il doit intéresser toujours, même en gardant le silence, & quoiqu'occupé [37] d'un rôle difficile, s'il laissé un instant oublier le Personnage pour s'occuper du Chanteur, ce n'est qu'un Musicien sur la Scene; il n'est plus Acteur. Tel excella dans les autres Parties, qui s'est fait siffler pour avoir négligé celle-ci. Il n'y a point d'Acteur à qui l'on ne puisse,à cet égard, donner le célebre Chasse pour modele. Cet excellent Pantomime, en mettant toujours son Art au-dessus de lui, & s'efforçant toujours d'y exceller, s'est ainsi mis lui-même fort au-dessus de les Confreres: Acteur unique & homme estimable, il laissera l'admiration & le regret de ses talens aux Amateurs de son Théâtre, & un souvenir honorable de si personne à tous les honnêtes gens.
An Opera Actor must not only be an excellent Singer but also an excellent Pantomime; for he must convey not merely what he himself utters, but also what the Symphony expresses. The Orchestra projects no sentiment that should not emanate from his soul; his steps, glances, gestures – all must ceaselessly align with the Music, yet without apparent effort. He must perpetually engage interest, even in silence. If [37], while occupied with a demanding role, he allows the spectator to forget the Character for even an instant by fixating on the Singer, he becomes a mere Musician upon the stage; he ceases to be an Actor. Many who excelled in other aspects have been hissed for neglecting this. In this regard, all Actors might take the celebrated Chasse as their model. This consummate Pantomime, ever placing his Art above himself while striving to perfect it, has thereby risen far above his peers. A singular Actor and estimable man, he will leave the admiration and regret for his talents to the Connoisseurs of his Theater, and an honorable memory of his person to all people of good taste.
ADAGIO, adv. Ce mot écrit à la tête d'un Air désigne le second, du lent au vite, des cinq principaux degrés de Mouvement distingués dans la Musique Italienne. (Voyez MOUVEMENT.) Adagio est un adverbe Italien qui signifie, à l'aise, posément, & c'est aussi de cette maniere qu'il faut battre la Mesure des Airs auxquels il s'applique.
ADAGIO, adv. This word written at the head of an Air denotes the second of the five principal degrees of Tempo in Italian Music, ranging from slow to fast. (See MOVEMENT.) Adagio is an Italian adverb meaning "at ease," "leisurely," and this is also the manner in which the Measure of such Airs should be beaten.
Le mot Adagio se prend quelquefois substantivement, & s'applique par métaphore aux morceaux de Musique dont il détermine le mouvement: il en est de même des autres mots semblables. Ainsi, l'on dira: un Adagio de Tartini, un Andante de S. Martino, un Allegro de Locatelli, &c.
The word Adagio is sometimes used substantively and metaphorically applied to musical pieces whose tempo it determines – as is true of similar terms. Thus one may speak of "an Adagio by Tartini," "an Andante by S. Martino," "an Allegro by Locatelli," &c.
AFFETTUOSO, adj. pris adverbialement. Ce mot écrit à la tête d'un Air indique un mouvement moyen entre l'Andante & l'Adagio, & dans le caractere du Chant une expression affectueuse & douce.
AFFETTUOSO, adj. used adverbially. This word written at the head of an Air indicates a tempo midway between Andante and Adagio, and in the character of the Melody, an affectionate and tender expression.
AGOGE. Conduite. Une des subdivisions de l'ancienne Mélopée, [38] laquelle donne les regles de la marche du Chant par degrés alternativement conjoints ou disjoints, soit en montant, soit en descendant. (Voyez MÉLOPÉE.)
AGOGE. Guidance. One of the subdivisions of the ancient Melopoeia, [38] providing rules for the progression of Melody through conjunct or disjunct degrees, whether ascending or descending. (See MELOPOEIA.)
Martianus Cappella donne, après Aristide Quintilien, au mot Agogé, un autre sens que j'exposé au mot TIRADE.
Martianus Capella, following Aristides Quintilianus, assigns another meaning to the word Agogé, which I shall expound under the entry TIRADE.
AGREMENS DU CHANT. On appelle ainsi dans la Musique que Françoise certains tours de gosier & autres ornemens affectés aux Notes qui sont dans telle ou telle position, selon les regles prescrites par le goût du Chant. (Voyez GOUT DU CHANT.)
ORNAMENTS OF SONG. In French Music, this term designates certain throat embellishments and other ornaments applied to Notes in specific positions according to rules prescribed by the Taste of Singing. (See TASTE IN SINGING.)
Les principaux de ces Agrémens sont: l'ACCENT, le COULE, le FLATTE, le MARTELLEMENT, la CADENCE PLEINE, la CADENCE BRISÉ & le PORT DE VOIX. (Voyez ces articles chacun en son lieu; & la Planche B. Figure 13.)
The principal Ornaments are: the ACCENT, the SLUR, the FLATTE, the MARTELLEMENT, the FULL CADENCE, the BROKEN CADENCE, and the PORT-DE-VOIX. (See each of these articles in their proper place; and Plate B, Figure 13.)
AIGU, adj. Se dit d'un Son perçant ou élevé par rapport à quelque autre Son. (Voyez SON.) En ce sens, le mot Aigu est opposé au mot Grave. Plus les vibrations du corps sonore sont fréquentes, plus le Son est Aigu.
ACUTE, adj. Describes a piercing or high-pitched Sound relative to another. (See SOUND.) In this sense, Acute is opposed to Grave. The more frequent the vibrations of a sonorous body, the more Acute the Sound.
Les Sons considérés sous les rapports d'Aigus & de Graves sont le sujet de l'Harmonie. (Voyez HARMONIE, ACCORD.)
Sounds considered in their relations of Acute and Grave form the subject of Harmony. (See HARMONY, CHORD.)
AJOUTÉE, ou Acquise, ou Surnuméraire, adj. pris substantivement. C'étoit dans la Musique Grecque la Corde ou le Son qu'ils appelloient PROSLAMBANOMENOS. (Voyez ce mot.)
ADDED, or Acquired, or Supernumerary, adj. used substantively. In Greek Music, this was the String or Sound they called PROSLAMBANOMENOS. (See this term.)
Sixte ajoutée est une Sixte qu'on ajoute à l'Accord parfait, & de laquelle cet Accord ainsi augmenté prend le nom. (Voyez ACCORD & SIXTE.)
Added Sixth is a Sixth appended to the Perfect Chord, from which this augmented Chord takes its name. (See CHORD and SIXTH.)
[39] AIR. Chant qu'on adapte aux paroles d'une Chanson, ou, d'une petite Piece de Poésie propre à être chantée, & par extension l'on appelle Air la Chanson même.
[39] AIR. A melody adapted to the words of a song or a short lyric poem suited for singing; by extension, the term Air is sometimes applied to the song itself.
Dans les Opéra l'on donne le nom d'Airs à tous les Chants mesurés pour les distinguer du Récitatif, & généralement on appelle Air tout morceau complet de Musique vocale ou instrumentale formant un Chant, soit que ce morceau fasse lui seul une Piece entiere, soit qu'on puisse le détacher du tout dont il fait partie, & l'exécuter séparément.
In Opera, the term Airs is given to all measured vocal pieces to distinguish them from Recitative. Generally, an Air is any complete vocal or instrumental musical piece forming a melody — whether standing alone as an entire work or detachable from the whole for separate performance.
Si le sujet ou le Chant est partagé en deux Parties, l'Air s'appelle Duo; si en trois, Trio, &c..
If the subject or melody is divided between two parts, it is called a Duo; if among three, a Trio, &c.
Saumaise croit que ce mot vient du Latin oera; & Burette est de son sentiment, quoique Ménage le combatte dans ses étymologies de la Langue Françoise.
Saumaise believes this term derives from the Latin aera, a view Burette shares despite Ménage contesting it in his etymologies of the French language.
Les Romains avoient leurs signes pour le Rhythme ainsi que les Grecs avoient les leurs; & ces signes, tirés aussi de leurs caracteres, se nommoient non-seulement numerus, mais encore aera, c'est-à-dire, nombre, ou la marque du nombre, numeri nota, dit Nonnius Marcellus. C'est en ce sens que le mot aera se trouvé employé dans ce Vers de Lucile:
The Romans, like the Greeks, had rhythmic notation marks drawn from their alphabetic characters. These signs were called not only numerus but also aera — that is, "number" or "measure," as Nonnius Marcellus terms it, numeri nota. It is in this sense that aera appears in Lucilius’s verse:
Haec est ratio? Perversa aera! Summa subducta improbe!
Haec est ratio? Perversa aera! Summa subducta improbe!
Et Sextus Rufus s'en est servi, de même.
Sextus Rufus employs the term similarly.
Or quoique ce mot ne se prît originairement que le nombre ou la Mesure du Chant, dans la suite on en fit le même usage qu'on avoit fait du mot numerus, & l'on se servit du mot aera pour désigner le Chant même; d'ou est venu, selon les deux Auteurs cités, le mot François Air, & l'Italien Aria pris dans le même sens.
Though originally denoting only the measure or rhythm of a melody, the word aera later came to signify the melody itself. From this usage, according to the cited authors, arose the French Air and Italian Aria in their musical senses.
[40] Les Grecs avoient plusieurs sortes d'Airs qu'ils appelloient Nomes ou Chansons. (Voyez CHANSONS) Les Nomes avoient chacun leur caractere & leur usage, & plusieurs étoient propres à quelque Instrument particulier, à peu-près comme ce que nous appellons aujourd'hui Pieces ou Sonates.
[40] The Greeks had various types of Airs called Nomes or Songs. (See SONGS.) Each Nome possessed its distinct character and purpose, many being suited to specific instruments — akin to what we now term Pieces or Sonatas.
La Musique moderne à diverses especes d'Airs qui conviennent chacune à quelque espece de Danse dont ces Airs portent le nom. (Voyez MENUET, GAVOTTE, MUSETTE, PASSE-PIED, &c.)
Modern Music includes diverse Airs named after the dances they accompany. (See MINUET, GAVOTTE, MUSETTE, PASSE-PIED, &c.)
Les Airs de nos Opéra sont, pour ainsi dire, la toile ou le fond sur quoi se peignent les tableaux de la Musique imitative; la Mélodie est le dessein, l'Harmonie est le coloris; tous les objets pittoresques de la belle Nature, tous les sentimens réfléchis du cœur humain sont les modeles que l'Artiste imite; l'attention, l'intérêt, le charme de l'oreille, & l'émotion du cœur, sont la fin de ces imitations. (Voyez IMITATION.) Un Air savant & agréable, un Air trouvé par le Génie & composé par le Goût, est le chef-d'oeuvre de la Musique; c'est-là que se développe une belle voix, que brille une belle Symphonie; c'est-là que la passion vient insensiblement émouvoir l'ame par le sens. Après un bel Air, on est satisfait, l'oreille ne desire plus rien; il reste dans l'imagination, on l'emporte avec soi, on le répete à volonté; sans pouvoir en rendre une seule Note, on l'exécute dans son cerveau tel qu'on l'entendit au spectacle; on voit la Scene, l'Acteur, le Théâtre; on entend l'accompagnement, l'applaudissement, le véritable Amateur ne perd jamais les beaux [41] Airs qu'il entendit en sa vie; il fait recommencer l'Opéra quand il veut.
The Airs of our Opera serve as the canvas upon which imitative Music paints its scenes. Melody is the sketch, Harmony the coloring. All picturesque objects of nature and reflective sentiments of the human heart become models for artistic imitation — their aim being to captivate the ear and stir emotion. (See IMITATION.) A masterful Air, born of genius and shaped by Taste, stands as Music’s highest achievement. Here, a fine voice unfolds and orchestral brilliance shines; here, passion gradually stirs the soul through the senses. A beautiful Air leaves one satiated — the ear desires nothing more. It lingers in memory, carried within, recalled at will. Though unable to reproduce a single note, one hears it again in the mind as first encountered: the stage, the actor, the theater revive; the accompaniment, the applause return. The true Amateur never loses the great [41] Airs heard in life; he restarts the Opera whenever he wishes.
Les paroles des Airs ne vont point toujours de suite, ne se débitent point comme celles du Récitatif; quoiqu'assez courtes pour l'ordinaire, elles se coupent, se répetent, se transposent au gré du Compositeur: elles ne sont pas une narration qui passe; elles peignent, ou un tableau qu'il faut voir sous divers points de vue, ou un sentiment dans lequel le cœur se complaît, duquel il ne peut, pour ainsi dire, se détacher, & les différentes phrases de l'Air ne sont qu'autant de manieres d'envisager la même image. Voilà pourquoi le sujet doit être un. C'est par ces répétitions bien entendues, c'est par ces coups redoublés qu'une expression qui d'abordn'a pu vous émouvoir, vous ébranle enfin, vous agite, vous transporte hors de vous, & c'est encore par le même principe que les Roulades, qui, dans les Airs pathétiques paroissent si déplacées, ne le sont pourtant pas toujours: le cœur presse d'un sentiment très-vif l'exprime souvent par des Sens inarticulés plus vivement que par des paroles. (Voyez NEUME.)
The lyrics of Airs do not proceed linearly nor declaim like those of Recitative; though typically brief, they fragment, repeat, and transpose at the Composer's discretion. They are not transient narratives but depict either a tableau demanding multiple perspectives or a sentiment in which the heart lingers, unable – as it were – to detach itself. The Air's distinct phrases become manifold ways of contemplating the same image. Hence the subject must remain unified. Through judicious repetitions and reiterated emphases, an expression that initially failed to stir may ultimately unsettle, agitate, transport one beyond oneself. By this same principle, Roulades – seemingly misplaced in pathetic Airs – are not always so: a heart gripped by vivid sentiment often expresses itself through inarticulate sounds more powerfully than through words. (See NEUME.)
La forme des Airs est de deux especes. Les petits Airs sont ordinairement composés de deux Reprises qu'on chante chacune deux fois; mais les grands Airs d'Opéra sont le plus souvent en Rondeau. (Voyez RONDEAU.)
Airs take two principal forms. Smaller Airs typically comprise two Reprises each sung twice; however, grand Opera Airs most often adopt Rondeau structure. (See RONDEAU.)
AL SEGNO. Ces mots écrits à la fin d'un Air en Rondeau, manquent qu'il faut reprendre la premiere Partie, non tout-à-fait au commencement, mais à l'endroit où est marqué le renvoi.
AL SEGNO. These words concluding a Rondeau Air indicate that the first Part should resume not from the beginning, but from the marked repeat sign.
[42] ALLA BREVE. Terme Italien qui marque une sorte de Mesure à deux Tems fort vite, & qui se note pourtant avec une Ronde ou semi-breve par Tems. Elle n'est plus gueres d'usage qu'en Italie, & seulement dans la Musique d'Eglise. Elle répond assez à ce qu'on appelloit en France du Gros-fa.
[42] ALLA BREVE. Italian term denoting a brisk duple meter, notated with whole or half notes per beat. Now largely obsolete outside Italy, preserved chiefly in church music. Corresponds approximately to the French Gros-fa.
ALLA ZOPPA. Terme Italien qui annonce un mouvement contraint, & syncopant entre deux Tems, sans syncoper entre deux Mesures; ce qui donne aux Notes une marché inégale & comme boiteuse. C'est un avertissement que cette même marche continue ainsi jusqu'à la fin de l'Air.
ALLA ZOPPA. Italian term signaling constrained, syncopated motion between beats (though not between measures), creating uneven, limping progression. This notation warns that such staggered movement persists throughout the Air.
ALLEGRO, adj. pris adverbialement. Ce mot Italien écrit à la tête d'un Air indique, du vite au lent, le second des cinq principaux degrés de Mouvement distingués dans la Musique Italienne. Allegro, signifie gai; & c'est aussi l'indication d'un mouvement gai, le plus vis de tous après le après le presto. Mais il ne faut pas croire pour cela que ce mouvement ne soit propre qu'à des sujets gais; il s'applique souvent à des transports de fureur, d'emportement, & de désespoir, qui n'ont rien moins que de la gaieté. (Voyez MOUVEMENT.)
ALLEGRO, adj. used adverbially. This Italian heading indicates – from fast to slow – the second of five principal tempo gradations in Italian music. While allegro means "cheerful," it here signifies a lively tempo, second only to presto. Yet one must not assume this tempo suits only joyous subjects: it frequently conveys transports of fury, passion, or despair far removed from gaiety. (See TEMPO.)
Le diminutif Allegretto indique une gaieté plus modérée, un peu moins de vivacité dans la Mesure.
The diminutive Allegretto denotes moderated cheerfulness, slightly reduced vivacity in measure.
ALLEMANDE, s. f. Sorte d'Air ou de Pièce de Musique dont la Musique est à quatre Tems & le bat gravement. Il paroît par ton nom que ce caractere d'Air nous est venu d'Allemagne, quoiqu'in n'y soit point connu du tout. L'Allemande en Sonate est par-tout vieillie, & à peine les Musiciens
[43]
s'en servent-ils aujourd'hui: ceux qui s'en servent encore, lui donnent un mouvement plus gai.ALLEMANDE, n. f. Type of Air or instrumental piece in quadruple meter with grave beat. Despite its name suggesting German origin, this musical character remains unknown there. The Sonata Allemande has become universally antiquated,
[43]
scarcely employed by modern Musicians. Those who retain it accelerate the tempo.ALLEMANDE, est aussi l'air d'une Danse fort commune en Suisse & en Allemagne. Cet Air, ainsi que la Danse, à beaucoup de gaieté: il se bat à deux tems.
ALLEMANDE also designates the tune of a dance common in Switzerland and Germany. Both Air and Dance exude marked gaiety, set in duple meter.
ALTUS. Voyez HAUTE-CONTRE.
ALTUS. See COUNTER-TENOR.
AMATEUR, Celui qui, sans être Musicien de profession, fait sa Partie dans un Concert pour son plaisir & par amour pour la Musique.
AMATEUR, One who – without professional musicianship – performs in Concerts for pleasure and love of Music.
On appelle encore Amateurs ceux qui, sans savoir la Musique, ou du moins sans l'exercer, s'y connoissent, ou prétendent s'y connoître, & fréquentent les Concerts.
The term further denotes those who, lacking musical training or practice, claim discernment and frequent Concerts.
Ce mot est traduit de l'Italien Dilettante.
This word translates the Italian Dilettante.
AMBITUS, s. m. Nom qu'on donnoit autrefois à l'étendue de chaque. Ton ou Mode du grave à l'aigu: car quoique l'étendue d'un Mode fût en quelque maniere fixée à deux Octaves, il y avoit des Modes irréguliers dont l'Ambitus excédoit cette étendue, & d'autres imparfaits où il n'y arrivoit pas.
AMBITUS, s. m. Term formerly designating the range of each Tone or Mode from grave to acute. For though a Mode's range was somewhat fixed at two octaves, there existed irregular Modes whose Ambitus exceeded this span, and others deemed imperfect that fell short.
Dans le Plain-Chant, ce mot est encore usité: mais l'Ambitus des Modes parfaits n'y est que d'une Octave: ceux qui la passent s'appellent Modes superflus; ceux qui n'y arrivent pas, Modes diminués. (Voyez MODES, TONS DE L'EGLISE.)
In Plainchant, this term remains current. Yet the Ambitus of perfect Modes spans only one octave: those exceeding it are called superfluous Modes; those falling short, diminished Modes. (See MODES, CHURCH TONES.)
AMOROSO. Voyez TENDREMENT.
AMOROSO. See TENDREMENT.
ANACAMPTOS. Terme de la Musique Grecque, qui signifie une suite de Notes rétrogrades, ou procédant de l'aigu au grave; c'est le contraire de l'Euthia. Une des parties [44] de l'ancienne Mélopée portoit aussi le nom d'Anacamptosa (Voyez MELOPEE.)
ANACAMPTOS. Term from Greek music denoting a retrograde sequence of notes descending from acute to grave—the inverse of Euthia. One subdivision [44] of ancient Melopoeia was likewise named Anacamptos. (See MELOPOEIA.)
ANDANTE, adj. pris substantivement. Ce mot écrit à la tête d'un Air désigne, du lent au vite, le troisieme des cinq principaux degrés de Mouvement distingués dans la Musique Italienne. Andante est le Participe du verbe Italien Andare, aller. Il caractérise un mouvement marqué sans être gai, & qui répond à-peu-près à celui qu'on désigne en François par le mot Gracieusement. (Voyez MOUVEMENT.
ANDANTE, adj. used substantively. This word, inscribed at an Air's head, signifies—from slow to fast—the third principal degree of Movement in Italian music. Andante, the participle of Italian andare ("to go"), denotes a marked yet unhurried movement roughly equivalent to the French Gracieusement. (See MOVEMENT.)
Le diminutif ANDANTINO, indique un peu moins de gaieté dans la Mesure: ce qu'il faut bien remarquer, le diminutif Larghetto signifiant tout le contraire. (Voyez LARGO.)
The diminutive ANDANTINO indicates slightly less liveliness in measure—a crucial distinction, as the diminutive Larghetto conveys the opposite effect. (See LARGO.)
ANONNER, v. n. C'est déchiffrer avec peine & en hésitant la Musique qu'on a sous les yeux.
ANONNER, v. n. To sight-read music laboriously, hesitating over the notation before one's eyes.
ANTIENNE, s. f. En Latin, Antiphona. Sorte de Chant usité dans l'Eglise Catholique.
ANTIENNE, s. f. From Latin Antiphona. Type of chant used in Catholic liturgy.
Les Antiennes ont été ainsi nommées parce que dans leur origine on les chantoit à deux chœurs qui se répondoient alternativement, & l'on comprenoit sous ce titre les Pseaumes & les Hymnes que son chantoit dans l'Eglise. Ignace, Disciple des Apôtres, a été, selon Socrate, l'Auteur de cette maniere de chanter parmi les Grecs, & Ambroise l'a introduite dans l'Eglise Latine. Théodoret en attribue l'invention à Diodore & à Flavien.
Antiphons were so named because originally sung alternately by two choirs. This term encompassed Psalms and Hymns chanted in church. According to Socrates, Ignatius (disciple of the Apostles) introduced this practice among the Greeks, while Ambrose established it in the Latin church. Theodoret attributes its invention to Diodorus and Flavian.
Aujourd'hui la signification de ce terme est restreinte certains passages courts tirés de l'Ecriture, qui conviennent à la Fête qu'on célebre, & qui précédant les Pseaumes & Cantiques, en reglent l'intonation.
Today, the term is restricted to brief scriptural passages appropriate to feast days. These precede Psalms and Canticles, regulating their intonation.
[45] L'on a aussi conservé le nom d'Antiennes à quelques Hymnes qu'on chante en l'honneur de la Vierge, telles que Regina coeli; Salve Regina, &c.
[45] The name Antienne persists for certain Marian hymns like Regina coeli and Salve Regina.
ANTIPHONIE, s. f. Nom que donnoient les Grecs à cette espece de Symphonie qui s'exécutoit par diverses Voix ou par divers Instrumens à l'Octave ou à la double Octave, par opposition à celle qui s'exécutoit au simple Unisson, & qu'ils appelloient Homophonie. (Voyez, SYMPHONIE, HOMOPHONIE.)
ANTIPHONIE, s. f. Term used by Greeks for symphonic execution through diverse voices or instruments at the octave or double octave—contrasted with Homophonie (unison performance). (See SYMPHONY, HOMOPHONY.)
Ce mot vient d'I're, & de , comme qui diroit, opposition de voix.
Etymologically, from ἀντὶ ("against") and φωνὴ ("voice")—a clashing of voices.
ANTIPHONIER ou ANTIPHONAIRE, f, m. Livré qui contient en Notes les Antiennes & autres Chants dont on use dans l'Eglise Catholique.
ANTIPHONIER or ANTIPHONAIRE, s. m. Book containing notated Antiphons and other Catholic liturgical chants.
APOTHETUS. Sorte de Nom propre aux Flûtes dans l'ancienne Musique des Grecs.
APOTHETUS. Proper name for specific flutes in ancient Greek music.
APOTOME, f. m. Ce qui reste d'un Ton majeur après qu'on en a retranché un Limma, qui est un Intervalle moindre d'un Comma que le semi-Ton majeur. Par conséquent, l'Apotome est d'un Comma plus grand que le semi-Ton moyen. (Voyez COMMA, SEMI-ΤΟΝ.)
APOTOME, s. m. Remainder of a major Tone after subtracting the Limma (an interval smaller than a major semitone by one comma). Thus, the Apotome exceeds the mean semitone by one comma. (See COMMA, SEMITONE.)
Les Grecs, qui n'ignoroient pas que le Ton majeur ne peut, par des divisions rationelles, se partager en deux parties égales, le partageoient inégalement de plusieurs, manieres. (VoyezDe l'une de ces divisions, inventée par Pythagore, ou plutôt, par Philolaus son Disciple, résultoit le Dièse ou Limma d'un côté, & de l'autre l'Apotome, dont la raison est de 2048 à 2187.
The Greeks, who were not unaware that the major tone cannot be divided into two equal parts through rational divisions, partitioned it unequally in several manners. (See TON.) From one of these divisions — invented by Pythagoras, or rather by his disciple Philolaus — emerged the Dièse or Limma on one side, and the Apotome on the other, whose ratio is 2048 to 2187.
[46] La génération de cet Apotome se trouvé à la Septieme Quinte ut Dièse en commençant par ut naturel: car la quantité dont cet ut Dièse surpasse l'ut naturel le plus rapproché, est précisément le rapport que je viens de marquer.
[46] The generation of this Apotome occurs at the seventh fifth ut Dièse (C-sharp), starting from ut naturel (natural C). For the interval by which this ut Dièse exceeds the nearest ut naturel is precisely the ratio I have just described.
Les Anciens donnoient encore le même nom à d'autres Intervalles. Ils appelloient Apotome majeur un petit Intervalle que M. Rameau appelle Quart-de-Ton enharmonique, lequel est formé de deux Sons en raison de 125 à 128.
The Ancients also gave the same name to other intervals. They called Apotome majeur (Greater Apotome) a small interval that Mr. Rameau terms the enharmonic quarter-tone, formed by two sounds in the ratio of 125 to 128.
Et ils appelloient Apotome mineur l'Intervalle de deux Sons en raison de 2025 à 2048: Intervalle encore moins sensible d l'oreille que le précédent.
And they named Apotome mineur (Lesser Apotome) the interval of two sounds in the ratio of 2025 to 2048 — an interval even less perceptible to the ear than the former.
Jean de Muris & ses Contemporains, donnent par-tout le nom d'Apotome au semi-Ton mineur, & celui de Dièse au semi-Ton majeur.
Jean de Muris and his contemporaries universally applied the term Apotome to the minor semitone and Dièse to the major semitone.
APPRÉCIABLE, adj. Les Sons Appréciables sont ceux dont on peut trouver ou sentir l'Unisson & calculer les Intervalles. M. Euler donne un espace de huit Octaves depuis le Son le plus aigu jusqu'au Son le plus grave appréciables à notre oreille: mais ces Sons extrêmes n'étant gueres agréables, on ne passe pas communément dans la pratique les bornes de cinq Octaves, telles que les donne le Clavier à Ravalement. Il y a aussi un degré de forcé au-delà duquel le Son ne peut plus s'Apprécier. On ne sauroit Apprécier le Son d'une grosse cloche dans le clocher même; il faut en diminuer la forcé en s'éloignant, pour le distinguer. De même les Sons d'une voix qui crie, cessent d'être Appréciables; c'est pourquoi ceux qui chantent fort sont [47] sujets à chanter faux. A l'égard du bruit, il ne s'Apprécie jamais; & c'est ce qui fait sa différence d'avec le Son (Voyez BRUIT & SON.)
APPRÉCIABLES (Apprehensible), adj. Appréciables sounds are those whose unison can be discerned or felt, and whose intervals calculated. Mr. Euler allocates a span of eight octaves — from the highest to the lowest sound apprehensible to our ear. Yet as these extreme sounds are scarcely agreeable, practice seldom exceeds five octaves, such as those provided by the Clavier à Ravalement (extended keyboard). There exists likewise a degree of force beyond which sound becomes unapprehensible. The tolling of a great bell cannot be apprehended within the belfry itself; one must soften its force by retreating to distinguish it. Similarly, the sounds of a shouting voice cease to be apprehensible — hence why loud singers [47] often sing out of tune. As for noise, it is never apprehended; herein lies its distinction from sound. (See BRUIT & SON.)
APYCNI, adj. plur. Les Anciens appelloient ainsi dans les Genres épais trois des huit Sons stables de leur systême ou Diagramme, lesquels ne touchoient d'aucun côté les Intervalles serrés; savoir, la Proslambanomene, la Néte Synnéménon, & la Néte Hyperboléon.
APYCNI, adj. pl. The Ancients thus designated three of the eight stable sounds in their dense Genres, within their system or diagram, which did not border any compressed intervals: namely, the Proslambanomene, Néte Synnéménon, and Néte Hyperboléon.
Ils appelloient aux Apycnos ou non épais le Genre Diatonique, parce que dans les Tétracordes de ce Genre la somme des deux premiers Intervalles étoit plus grande que le troisieme. (Voyez EPAIS, GENRE, SON, TÉTRACORDE.)
They termed the Diatonic Genre Apycnos (non-dense), because in its tetrachords the sum of the first two intervals exceeded the third. (See ÉPAIS, GENRE, SON, TÉTRACORDE.)
ARBITRIO. Voyez CADENZA.
ARBITRIO. See CADENZA.
ARCO, Archet, s. m. Ces mots Italiens Con l'Acro, marquent qu'après avoir pincé les cordes, il faut reprendre l'Archet à l'endroit où ils sont écrits.
ARCO (Bow), s. m. The Italian phrase Con l'Acro indicates that after plucking the strings, one must resume the bow where these words are notated.
ARIETTE, s. F. Ce diminutif, venu de l'Italien proprement petit Air; mais le sens de ce mot est changé en France, & l'on y donne le nom d'Ariettes à de grands morceaux de Musique d'un mouvement pour l'ordinaire assez gai & marqué, qui se chantent avec des Accompagnemens de Symphonie, & qui sont communément en Rondeau. (Voyez AIR, RONDEAU.)
ARIETTE (Arietta), s. f. This diminutive, derived from the Italian aria, properly signifies "little air." Yet in France its meaning has shifted: here Ariettes denote substantial musical pieces — typically in a lively, marked tempo — sung with orchestral accompaniment and often structured as rondos. (See AIR, RONDEAU.)
ARIOSO, adj. pris adverbialement. Ce mot Italien à la tête d'un Air, indique une manière de Chant soutenue développée, & affectée aux grands Airs.
ARIOSO, adj. used adverbially. This Italian term at the head of an aria indicates a sustained, expansive manner of singing reserved for grand arias.
ARISTOXENIENS. Secte qui eût pour Chef Aristoxene [48] de Tarente, Disciple d'Aristote, & qui étoit opposée aux Pythagoriciens sur la Mesure des Intervalles & sur la maniere de déterminer les rapports des Sons; de sorte que les Aristoxéniens s'en rapportoient uniquement au jugement de l'oreille, & les Pythagoriciens à la précision du calcul. (VoyezPYTHAGORICIENS.)
ARISTOXENIANS. Sect whose leader was Aristoxenus [48] of Tarentum, disciple of Aristotle, opposed to the Pythagoreans regarding the measurement of intervals and methods for determining sound ratios. While Aristoxenians relied solely on aural judgment, Pythagoreans insisted on mathematical precision. (See PYTHAGOREANS.)
ARMER LA CLEF. C'est y mettre le nombre de Dièses ou de Bémols convenables au Ton & au Mode dans lequel on veut écrire de la Musique. (Voyez BéMOL, CLEF, DIÈSE.)
ARMING THE CLEF. Marking it with the requisite number of sharps or flats appropriate to the key and mode in which one intends to compose. (See FLAT, CLEF, SHARP.)
ARPÉGER, v. n. C'est l'article suivant d'Arpèges. (Voyez l'article suivant)
ARPEGE (to arpeggiate), v.n. The action described in the following entry on Arpeggios. (See next article)
ARPEGGIO, ARPÈGE, ou ARPEGEMENT, s. m. Maniere de faire entendre successivement & rapidement les divers Sons d'un Accord, au lieu de les frapper tous à fois.
ARPEGGIO, ARPÈGE, or ARPEGGIATION, s.m. Technique of sounding the individual notes of a chord successively and rapidly, rather than striking them simultaneously.
Il y a des Instrumens sur lesquels on ne peut former un Accord plein qu'en Arpégeant; tels sont le Violon, le Violoncelle, la Viole, & tous ceux dont on joue avec l'Archet; car la convexité du Chevalet empêche que l'Archet ne puisse appuyer à la fois sur toutes les cordes. Pour former donc des Accords sur ces Instrumens, on est contraint d'Arpéger, & comme on ne peut tirer qu'autant de Sons qu'il y a de cordes, l'Arpège du Violoncelle ou du Violon ne sauroit être composé de plus de quatre Sons. Il faut pour Arpéger que les doigts soient arrangés chacun sur sa corde, & que l'Arpège se tire d'un seul & grand coup d'Archet qui commence fortement sur la plus grosse [49] corde, & vienne finir en tournant & adoucissant sur la Chanterelle. Si les doigts ne s'arrangeoient sur les cordes que successivement, ou qu'on donnât plusieurs coups d'Archet, ce ne seroit plus Arpéger; ce seroit passer très-vite plusieurs Notes de suite.
Certain instruments necessitate arpeggiation for chordal execution – such as violin, cello, viola da gamba, and all bowed instruments. The bridge's curvature prevents the bow from contacting all strings at once. Thus arpeggiation becomes obligatory, though limited to four notes maximum on cello or violin due to their four strings. Proper execution requires fingers pre-positioned on their respective strings, with a single vigorous bow stroke commencing forcefully on the lowest [49] string and tapering delicately on the chanterelle. Sequential finger placement or multiple bow strokes would constitute rapid passagework rather than true arpeggiation.
Ce qu'on fait sur le Violon par nécessité, on le pratique par goût sur le Clavecin. Comme on ne peut tirer de cet Instrument que des Sons qui ne tiennent pas, on est obligé de les refrapper sur des Notes de longue durée. Pour faire durer un Accord plus long-tems, on le frappe en Arpégeant, commençant par les Sons bas, & observant due les doigts qui ont frappé les premiers ne quittent point leurs touches que tout l'Arpège ne sois achevé, afin que l'on puisse entendre à la fois tous les Sons de l'Accord. (Voyez ACCOMPAGNEMENT.)
What necessity imposes on the violin, taste dictates on the harpsichord. As its tones cannot sustain, prolonged chords require arpeggiation – beginning with lower notes while holding depressed keys until completion, allowing all chord tones to resonate collectively. (See ACCOMPANIMENT.)
Arpeggio est un mot Italien qu'on a francisé dans celui d'Arpège. Il vient du mot Arpa, à cause que c'est du jeu de la Harpe qu'on a tiré l'idée de l'Arpégement.
The term Arpeggio, Italian in origin and Gallicized as Arpège, derives from Arpa (harp), the instrument that inspired this technique.
ARSIS & THESIS. Termes de Musique & de Prosodie, Ces deux mots sont Grecs. Arsis vient du Verbe , tollo, j'éleve, & marque l'élévation de la voix ou de la main, l'abaissement qui suit cette élévation est ce qu'on appelle sitio, remissio.
ARSIS & THESIS. Musical and prosodic terms of Greek etymology. Arsis (from αἴρω, "to lift") denotes vocal/hand elevation; Thesis (θέσις, "placing") the subsequent lowering.
Par rapport donc à la Mesure, per Arsin signifie, en levant, ou durant le premier tems; per Thesin, en baissant, ou durant le dernier tems. Sur quoi l'on doit observer que notre maniere de marquer la Mesure est contraire à celle des Anciens; car nous frappons le premier tems & levons [50] le dernier. Pour ôter toute équivoque, on peut dite qu'Arsis indique le tems fort, & Thesis le tems foible. (Voyez MESURE, TEMS, BATTRE LA MESURE.)
In mensural context: per Arsin indicates the upbeat/initial beat; per Thesin the downbeat/final beat. Note our modern time-beating reverses Ancient practice – we strike the downbeat and lift on the upbeat. To avoid confusion, consider Arsis as strong beat, Thesis as weak beat. (See MEASURE, BEAT, CONDUCTING.)
Par rapport à la voix, on dit qu'un Chant, un Contre-Point, une Fugue, sont per Thesin, quand les Notes montent du grave à l'aigu; per Arsin, quand elles descendent de l'aigu au grave. Fugue per Arsin & Thesin, est celle, qu'on appelle aujourd'hui Fugue renversée ou Contre-fugue, dans laquelle la réponse se fait en sens contraire; c'est-à dire, en descendant si la Guide à monté en montant si la Guide à descendu. (Voyez FUGUE.)
Melodically: A line ascending from low to high is per Thesin; descending from high to low, per Arsin. Fugue per Arsin & Thesin denotes what moderns call Inverted Fugue or Counter-Fugue, where the answer mirrors the subject's contour – descending if the subject ascends, ascending if it descends. (See FUGUE.)
ASSAI. Adverbe augmentatif qu'on, trouvé assez souvent joint au mot qui, indique le mouvement d'un Air. Ainsi presto Assai, largo Assai, signifient fort vite, fort lent. L'Abbé Brossard a fait sur ce mot une de ses bévues ordinaires, en substituant à son vrai & unique sens celui d' une sage médiocrité de lenteur ou de vitesse. Il a cru qu'Assai signifioit assez. Sur quoi l'on doit admirer la singuliere idée qu'à eu cet Auteur de préférer, pour son vocabulaire, à sa langue maternelle, une langue étrangere qu'il n'entendoit pas.
ASSAI. An augmentative adverb frequently found modifying terms indicating musical tempo. Thus presto Assai, largo Assai signify very fast, very slow. Abbé Brossard committed one of his characteristic blunders regarding this word by substituting its true and sole meaning with that of a prudent moderation in slowness or speed. He believed Assai meant "sufficiently." This reveals the singular notion of an author preferring, for his lexicon, a foreign language he did not comprehend over his native tongue.
AUBADE, s. f. Concert de nuit en plein air sous les fenêtres de quelqu'un. (Voyez SÉRÉNADE.)
AUBADE, s. f. Nocturnal open-air concert performed beneath someone's windows. (See SERENADE.)
AUTHENTIQUE ou AUTHENTE, adj. Quand l'Octave se trouvé divisée harmoniquement, comme dans cette proportion 6, 4, 3 c'est-à-dire, quand la Quinte est au grave, & la Quarte à l'aigu, le Mode ou le Ton s'appelle Authentique ou Authente; à la différence du Ton Plagal ou l'Octave est divisée arithmétiquement, comme dans cette [51] proportion 4. 3. 2: ce qui met la Quarte au grave & la Quinte à l'aigu.
AUTHENTIC or AUTHENTE, adj. When the octave is divided harmonically, as in the proportion 6, 4, 3 – that is, when the fifth lies in the lower register and the fourth in the upper – the Mode or Key is called Authentic or Authente; distinct from the Plagal Mode where the octave is divided arithmetically as 4, 3, 2 [51], placing the fourth below and the fifth above.
A cette explication adoptée par tous les Auteurs, mais qui ne dit rien, j'ajouterai la suivante; le Lecteur pourra choisir.
To this universally accepted yet unilluminating explanation, I shall add the following; the reader may choose between them.
Quand la Finale d'un Chant en est aussi la Tonique, & que le Chant ne descend pas jusqu'à la Dominante au-dessous, le Ton s'appelle Authentique: mais si le Chant descend ou finit à la Dominante, le Ton est Plagal. Je prends ici ces mots de Tonique & de la Dominante dans l'acception musicale.
When the Final of a chant serves simultaneously as its Tonic, and the chant does not descend below the Dominant, the Mode is called Authentic. But if the chant descends to or concludes on the Dominant, the Mode becomes Plagal. Here I employ Tonic and Dominant in their musical acceptation.
Ces différences d'Authente & de Plagal ne s'observent plus que dans le Plain-Chant: &, soit qu'on place la Finale au bas du Diapason, ce qui rend le Ton Authentique; soit qu'on la place au milieu, ce qui le rend Plagal; pourvu qu'au surplus la Modulation soit réguliere, la Musique moderne admet tous les Chants comme Authentiques également, en quelque lieu du Diapason que puisse tomber la Finale. (Voyez Mode.)
These distinctions between Authentic and Plagal are now observed solely in Plainchant. Provided the modulation remains regular, modern music considers all chants equally Authentic, regardless of the Final's position within the range – whether placed low (making the Mode Authentic) or centrally (Plagal). (See Mode.)
Il y a dans les huit Tons de l'Eglise Romaine quatre Tons Authentiques; savoir, le premier, le troisieme, le cinquieme & le septieme. (Voyez TONS DE L'EGLISE.)
Among the eight Church Tones of Rome, four are Authentic: namely the first, third, fifth, and seventh. (See CHURCH TONES.)
On appelloit autrefois Fugue Authentique celle dont le sujet procédoit en montant; mais cette dénomination n'est plus d'usage.
Formerly, a Fugue Authentique designated one whose subject ascended; this nomenclature has fallen into disuse.
[52]
[52]
B
B
B fa si, ou B fa b mi, ou simplement B. Nom du septieme Son de la Gamme de l'Arétin, pour lequel les Italiens & les autres Peuples de l'Europe répetent le B, disant B mi quand il est naturel, B fa quand il est Bémol; mais les François l'appellent Si. (Voyez Si.)
B fa si, or B fa b mi, or simply B. The seventh note in Guido's Scale, for which Italians and other Europeans repeat B – saying B mi when natural, B fa when flat – while the French call it Si. (See SI.)
B Mol. (Voyez BéMOL.)
B FLAT. (See FLAT.)
B Quarre. (Voyez Béquarre.)
B NATURAL. (See NATURAL.)
BALLET, s. m. Action théâtrale qui se représente par la Danse guidée par la Musique. Cemot vient du vieux François Baller, danser, chanter, se réjouir.
BALLET, s. m. Theatrical action expressed through dance guided by music. This term derives from the Old French Baller – to dance, sing, revel.
La Musique d'un Ballet doit avoir encore plus de cadence & d'accent que la Musique vocale, parce qu'elle est chargée de signifier plus de choses, que c'est à elle seule d'inspirer au Danseur la chaleur & l'expression que le Chanteur peut tirer des paroles, & qu'il faut, de plus, qu'elle supplée, dans le langage de l'ame & des passions, tout ce que la Danse ne peut dire aux yeux du Spectateur.
Ballet music requires greater rhythmic precision and accentuation than vocal music, being tasked with conveying more signification. It must alone inspire dancers with the fervor and expression that singers derive from lyrics, while compensating through the soul's language of passions for all that dance cannot communicate to spectators' eyes.
Ballet est encore le nom qu'on donne en France à une bizarre sorte d'Opéra, où la Danse n'est gueres mieux placée que dans les autres, & n'y fait pas un meilleur effet. Dans la plupart de ces Ballets les Actes forment autant de sujets différens liés seulement entre eux par quelques rapports généraux étrangers à l'action, & que le Spectateur n'appercevoit jamais si l'Auteur n'avoit soin de l'en avertir dans le Prologue.
In France, "Ballet" also designates an eccentric opera variety where dance proves as misplaced as in other genres, achieving equally poor effect. Most such Ballets contain Acts forming distinct subjects linked merely by extraneous general relations – connections the spectator would never perceive were the author not careful to announce them in the Prologue.
Ces Ballets contiennent d'autres Ballets qu'on appelle autrement [53] Divertissemens ou Fêtes. Ce sont des suites de Danses qui se succedent sans sujet, ni liaison entre elles, ni avec l'action principale, & où les meilleurs Danseurs ne savent vous dire autre chose sinon qu'ils dansent bien. Cette Ordonnance peu théâtrale suffit pour un Bal où chaque Acteur à rempli son objet lorsqu'il s'est amusé lui-même, & où l'intérêt que le Spectateur prend aux personnes le dispense d'en donner à la chose; mais ce défaut de sujet & de liaison ne doit jamais être souffert sur la Scene, pas même dans la représentation d'un Bal, où le tout doit être lié par quelque action secrete qui soutienne l'attention & donne de l'intérêt au Spectateur. Cette adresse d'Auteur n'est pas sans exemple, même à l'Opéra François, & l'on en peut voir un très-agréable dans les Fêtes Vénitiennes, Acte du Bal.
These Ballets incorporate other Ballets called [53] Divertissements or Festivities: sequences of dances succeeding without subject, internal cohesion, or connection to the main plot – where even skilled dancers communicate nothing beyond technical proficiency. Such untheatrical arrangement suffices for balls where participants fulfill their purpose through self-amusement, and spectators' interest in persons excuses engagement with substance. But subjectless incoherence remains intolerable onstage, even in ball representations requiring secret connective action to sustain attention. This authorial artifice finds rare precedent even in French Opera, notably in Venetian Festivities, Act of the Ball.
En général, toute Danse qui ne peint rien qu'elle même, & tout Ballet qui n'est qu'un Bal, doivent être bannis du Théâtre lyrique. En effet, l'action de la Scene est toujours la représentation d'une autre action, & ce qu'on y voit n'est que l'image de ce qu'on y suppose; de sorte que ce ne doit jamais être un tel ou un tel Danseur qui se présente à vous, mais le personnage dont il est revêtu. Ainsi, quoique la Danse de Société puisse ne rien représenter qu'elle-même, la Danse théâtrale doit nécessairement être l'imitation de quelque autre chose, de même que l'Acteur chantant représente un homme qui parle, & la décoration d'autres lieux que ceux qu'elle occupe.
Generally, all dances merely exhibiting themselves, and Ballets reducible to balls, merit banishment from lyric theater. Stage action always represents other action; what spectators see constitutes images of supposed realities. Thus dancers must present characters they embody, not themselves. While social dancing may remain self-referential, theatrical dance must necessarily imitate external realities – as singing actors represent speaking persons, and scenery depicts other locales.
La pire sorte de Ballets est celle qui roule sur des sujets allégoriques de où par conséquent il n'y a qu'imitation d'imitation. [54] Tout l'art de ces sortes de Drames consiste à présenter sous des images sensibles des rapports purement intellectuels, & à faire penser au Spectateur toute autre chose que ce qu'il voit, comme si, loin de l'attacher à la Scene c'étoit un mérite de l'en éloigner. Ce genre exige, d'ailleurs, tant de subtilité dans le Dialogue, que le Musicien se trouvé dans un Pays perdu parmi les pointes, les allusions, & les épigrammes, tandis que le Spectateur ne s'oublie pas un moment: comme qu'on fasse, il n'y aura jamais que le sentiment qui puisse amener sur la Scene & l'identifier, pour ainsi dire, avec les Acteurs; tout ce qui n'est qu'intellectuel l'arrache à la Piece, & le rend à lui-même. Aussi, voit-on que les Peuples qui veulent & mettent le plus d'esprit au Théâtre sont ceux qui se soucient le moins de l'illusion. Que sera donc le Musicien sur des Drames qui ne donnent aucune prise à son Art? Si la Musique ne peint que des sentimens ou des images, comment rendra-t-elle des idées purement métaphysiques, telles que les allégories, où l'esprit est sans cessé occupé du rapport des objets qu'on lui présente avec ceux qu'on veut lui rappeller?
The worst sort of Ballets is that which turns upon allegorical subjects where consequently there is only imitation of imitation. [54] The entire art of these kinds of dramas consists in presenting purely intellectual relations through sensible images, and in making the Spectator think of anything but what he sees – as if, far from binding him to the Scene, it were a merit to estrange him from it. This genre moreover requires such subtlety in Dialogue that the Musician finds himself in a wilderness of witticisms, allusions, and epigrams, while the Spectator never forgets himself for a moment: do what one may, only sentiment can ever bring him onto the Scene and identify him, so to speak, with the Actors; all that is purely intellectual tears him from the Piece and restores him to himself. Thus we see that Peoples who demand and put the most wit into their Theatre are those who care least for illusion. What then becomes of the Musician in dramas offering no purchase to his Art? If Music paints only sentiments or images, how shall it render purely metaphysical ideas such as allegories, where the mind is ceaselessly occupied with relating presented objects to those meant to be recalled?
Quand les Compositeurs voudront réfléchir sur les vrais principes de leur Art, ils mettront avec plus de discernement dans le choix des Drames dont ils se chargent, plus de vérité dans l'expression de leurs sujets; & quand les paroles des Opéra diront quelque chose, la Musique apprendra bientôt à parler.
When Composers reflect upon the true principles of their Art, they will apply more discernment in choosing the dramas they undertake, more truth in expressing their subjects; and when Opera libretti actually say something, Music will soon learn to speak.
BARBARE, adj. Mode Barbare. (Voyez LYDIEN.)
BARBARE, adj. Barbarian Mode. (See LYDIEN.)
BARCAROLLES, s. f. Sorte de Chansons en Langue [55] Vénitienne que chantent les Gondoliers à Venise. Quoique les Airs des Barcarolles soient faits pour le Peuple, & souvent composés par les Gondoliers mêmes, ils ont tant de mélodie & un accent si agréable, qu'il n'y a pas de Musicien dans toute l'Italie qui ne se pique d'en savoir & d'en chanter. L'entrée gratuite qu'ont les Gondoliers à tous les Théâtres, les met à portée de se former sans frais l'oreille & le goût; de sorte qu'ils composent & chantent leurs Airs en gens qui, sans ignorer les finesses de la Musique, ne veulent point altérer le genre simple & naturel de leurs Barcarolles. Les paroles de ces Chansons sont communément plus que naturelles, comme les conversations de ceux qui les chantent: mais ceux à qui les peintures fidelles des moeurs du Peuple peuvent plaire, & qui aiment d'ailleurs le Dialecte Vénitien, s'en passionnent facilement, séduits par la beauté des Airs; de sorte que plusieurs Curieux en ont de très-amples recueils.
BARCAROLLES, s.f. Type of songs in the Venetian [55] language sung by Gondoliers in Venice. Though Barcarolle melodies are made for the People and often composed by the Gondoliers themselves, they possess such melodiousness and agreeable accent that no Musician in all Italy fails to pride himself on knowing and singing them. The Gondoliers' free admission to all Theatres enables them to cultivate their ear and taste without expense; thus they compose and sing their Airs as men who, without ignoring musical refinements, refuse to adulterate the simple and natural style of their Barcarolles. The words of these Songs are commonly more than natural – like the conversations of those who sing them: but those who relish faithful depictions of popular customs and appreciate the Venetian dialect often become enamored, seduced by the beauty of the Airs; hence many Connoisseurs possess extensive collections.
N'oublions pas de remarquer à la gloire du Tasse, que la plupart des Gondoliers savent par cœur une grande partie de son Poeme de la Jérusalem délivrée, que plusieurs le savent tout entier, qu'ils passent les nuits d'été sur leurs barques à le chanter alternativement d'une barque à l'autre, que c'est assurément une belle Barcarolle que le Poeme du Tasse, qu'Homere. seul eût avant lui l'honneur d'être ainsi chanté, & que nul autre Poeme Epique n'en a eu depuis un pareil.
Let us not omit to honor Tasso by noting that most Gondoliers know by heart large portions of his poem Jerusalem Delivered, that several know it entire, that on summer nights they sing it alternately from boat to boat, that Tasso's Poem is assuredly a noble Barcarolle, that Homer alone before him had the honor of being thus chanted, and that no other Epic Poem since has enjoyed such distinction.
BARDES. Sorte d'hommes très-singuliers, & très-respectés jadis dans les Gaules, lesquels étoient à la sois Prêtres, Prophetes, Poetes & Musiciens.
BARDES. A singular and highly revered class of men in ancient Gaul, who were at once Priests, Prophets, Poets, and Musicians.
Bochard fait dériver ce nom de Parat, chanter; & Camden [56] convient avec Festus que Barde signifie un Chanteur; en Celtique Bard.
Bochart derives this name from Parat, to sing; and Camden [56] agrees with Festus that Barde signifies a Singer; in Celtic, Bard.
BARIPYCNI, adj. Les Anciens appelloient ainsi cinq des huit Sons ou cordes stables de leur systême ou Diagramme; savoir, l'Hypaté-Hypaton, l'Hypaté Méson, la Mèse, la Paramèse, & laNeté-Diézeugménon. (Voyez PYCNI, SON, TÉTRACORDE.)
BARIPYCNI, adj. The Ancients thus named five of the eight stable Sounds or strings in their system or Diagram: namely, the Hypaté-Hypaton, Hypaté Méson, Mese, Paramese, and Neté-Diézeugménon. (See PYCNI, SOUND, TETRACHORD.)
BARYTON. Sorte de voix entre la Taille & la Basse. (Voyez CONCORDANT.)
BARYTON. A type of voice between the Tenor and the Bass. (See CONCORDANT.)
BAROQUE. Une Musique Baroque est celle dont l'Harmonie est confuse, chargée de Modulations & Dissonances, le Chant dur & peu naturel, l'Intonation difficile, le Mouvement contraint.
BAROQUE. Baroque Music is that whose harmony is confused, overloaded with Modulations and Dissonances, whose melody is harsh and unnatural, intonation difficult, and movement constrained.
Il y a bien de l'apparence que ce terme vient du Baroco des Logiciens.
It is highly probable this term derives from the Baroco of the Logicians.
BARRE, C barré, sorte de Mesure. (Voyez C.)
BARRE, C barré, a type of Measure. (See C.)
BARRES. Traits tirés perpendiculairement à la fin de chaque Mesure, sur les cinq lignes de la Portée, pour séparer la Mesure qui finit de celle qui recommence. Ainsi les Notes contenues entre deux Barres forment toujours une Mesure complete, égale en valeur & en durée à chacune des autres Mesures comprises entre deux autres Barres, tant que le Mouvement ne change pas: mais comme il y a plusieurs sortes de Mesures qui different considérablement en durée, les mêmes différences se trouvent dans les valeurs contenues entre cieux Barres de chacune de ces especes de Mesures. Ainsi dans le grand Triple qui se marque par ce signe; & qui se bat lentement, la somme des Notes comprises [57] entre deux Barres doit faire une Ronde & demie; & dans le petit triple 3/8, qui se bat vite, les deux Barres n'enferment que trois Croches ou leur valeur: de sorte que huit sois la valeur contenue entre deux Barres de cette derniere Mesure, ne sont qu'une sois la valeur contenue entre deux Barres de l'autre.
BARRES. Perpendicular lines drawn at the end of each Measure across the five lines of the Staff to separate the concluding Measure from the commencing one. Thus, the Notes contained between two Barlines always form a complete measure, equal in value and duration to each subsequent Measure between other Barlines, provided the Tempo remains unchanged. Yet as there are multiple types of Measures differing considerably in duration, these same differences apply to the values enclosed between two Barlines for each type. For instance, in the grand Triple marked by this sign 3, which is beaten slowly, the sum of Notes between [57] two Barlines must equal a Whole Note and a half; whereas in the small triple 3/8, beaten rapidly, the two Barlines enclose only three Eighth Notes or their equivalent. Thus, eight times the value contained between two Barlines of this latter Measure equal but once the value in the former.
Le principal usage des Barres est de distinguer les Mesures & d'en indiquer le Frappé, lequel se fait toujours sur la Note qui suit immédiatement la Barre. Elles servent aussi dans les Partitions à montrer les Mesures correspondantes dans chaque Portée. (Voyez PARTITION.)
The primary use of Barlines is to distinguish Measures and indicate the Downbeat, which always falls on the Note immediately following the Barline. They also serve in Scores to align corresponding Measures across Staves. (See SCORE.)
Il n'y a pas plus de cent ans qu'on s'est avisé de tirer des Barres de Mesure en Mesure. Auparavant la Musique étoit simple; on n'y voyoit gueres que des Rondes, des Blanches & des Noires, peu de Croches, presque jamais de Doubles-croches. Avec des divisions moins inégales, la Mesure en étoit plus aisée à suivre. Cependant j'ai vu nos meilleurs Musiciens embarrassés à bien exécuter l'ancienne Musique d'Orlande & de Claudin. Ils se perdoient dans la Mesure, faute des Barres auxquelles ils étoient accoutumés, & ne suivoient qu'avec peine des Parties chantées autrefois couramment par les Musiciens de Henri III & de Charles IX.
It is scarcely a century since the practice emerged of placing Barlines between Measures. Formerly, Music was simpler; one saw mostly Whole Notes, Half Notes, and Quarter Notes, few Eighth Notes, and almost no Sixteenth Notes. With less irregular subdivisions, the Measure was easier to follow. Yet I have witnessed our finest musicians struggle to properly execute the ancient Music of Orlando and Claudin. They lost the Meter, lacking the Barlines they were accustomed to, and could scarcely follow Parts once fluently sung by musicians under Henry III and Charles IX.
BAS, en Musique, signifie la même chose que Grave, & ce terme est opposé à haut ou aigu. On dit ainsi que le Ton eût trop bas, qu'on chante trop bas, qu'il faut renforcer les Sons dans le bas. Bas signifie aussi quelquefois doucement, à demi-voix; & en ce sens il est opposé à sort. On dit parler bas, chanter ou psalmodier à Basse-voix. [58] Il chantoit ou parloit si bas qu'on avoit peine à l'entendre.
BAS, in Music, signifies the same as Low, and this term is opposed to high or acute. Thus, one may say the Key is too low, that one sings too low, that the lower Sounds must be reinforced. Bas also sometimes means softly, in a subdued voice; in this sense, it opposes loud. One says to speak low, to sing or chant in a low voice. [58] He sang or spoke so low he could scarcely be heard.
Coulez si lentement & murmurez si bas,
Flow so slowly and murmur so low,
Qu'Issé ne vous entende pas.
That Issé may not hear you.
La Motte.
La Motte.
Bas se dit encore, dans la subdivision des Dessus chamans, de celui des deux qui est au- dessous de l'autre; ou, pour mieux dire, Bas-Dessus est un Dessus dont le Diapason est au- dessous du Medium ordinaire. (Voyez DESSUS.)
In the subdivision of Treble Voices, Bas further denotes the lower of two parts; or more precisely, a Low Treble is a Treble whose Diapason lies below the ordinary Medium. (See TREBLE.)
BASSE. Celle de quatre Parties de la Musique qui est au-dessous des autres, la plus basse de toutes, d'où lui vient le nom de Basse. (Voyez PARTITION.)
BASSE. The lowest of Music’s four Parts, lying beneath all others—hence its name, Bass. (See SCORE.)
La Basse est la plus importante des Parties, c'est sur elle que s'établit le corps de l'Harmonie; aussi est-ce une maxime chez les Musiciens que, quand la Basse est bonne,rarement l'Harmonie est mauvaise.
The Bass is the most important of the parts, as the body of Harmony is established upon it; hence musicians hold as maxim that when the Bass is good, the Harmony is rarely bad.
Il y a plusieurs sortes de Basses. Basse-fondamentale, dont nous serons un Article ci-après.
There are several types of Basses. Basse-fondamentale [Fundamental Bass], which we shall treat in a subsequent article.
Basse-continue: ainsi appellée, parce qu'elle dure pendant toute la Piece. Son principal usage, outre celui de régler l'Harmonie, est de soutenir la Voix & de conserver le Ton. On prétend que c'est un Ludovico Viana, dont il en reste un Traité, qui, vers le commencement du dernier siecle, la mit le premier en usage.
Basse-continue [Continuo Bass]: so called because it persists throughout the entire piece. Its primary use, beyond regulating Harmony, is to sustain the Voice and maintain the Tonality. It is claimed that Ludovico Viadana, whose treatise on the subject remains, first introduced this practice around the beginning of the last century.
Basse-figurée, qui, au lieu d'une seule Note, en partage la valeur en plusieurs autres Notes sous un même Accord. (Voy. HARMONIE-FIGURÉE.)
Basse-figurée [Figured Bass], which divides a single note's value into multiple notes under the same Chord. (See FIGURED HARMONY.)
Basse-contrainte, dont le sujet ou le Chant, borné à un petit nombre de Mesures, comme quatre ou huit, recommence [59] sans cessé, tandis que les Parties supérieures poursuivent leur Chant & leur Harmonie, & les varient de différentes manieres. Cette Basse appartient originairement aux Couplets de la Chaconne; mais on ne s'y asservit plus aujourd'hui. La Basse-contrainte descendant diatoniquement ou chromatiquement & avec lenteur de la Tonique ou de la Dominante dans les Tons mineurs, est admirable pour les morceaux pathétiques. Ces retours fréquens & périodiques affectent insensiblement l'ame, & la disposent à la langueur & à la tristesse. On en voit des exemples dans plusieurs Scenes des Opéra François. Mais si ces Basses sont un bon effet à l'oreille, il en est rarement de même des Chants qu'on leur adapte, & qui ne sont, pour l'ordinaire, qu'un véritable accompagnement. Outre les modulations dures & mal amenées qu'on y évite avec peine, ces Chants, retournés de mille manieres & cependant monotones, produisent des renversemens peu harmonieux & sont eux-mêmes assez peu chantans, en sorte que le Dessus s'y ressent beaucoup de la contrainte de la Basse.
Basse-contrainte [Ground Bass], whose theme or Melody, confined to a small number of measures (four or eight), repeats [59] incessantly while upper parts pursue their own Melody and Harmony, varying them diversely. This Bass originally belongs to Chaconne verses, though modern practice has abandoned such strictness. The Basse-contrainte descending diatonically or chromatically – slowly from the Tonic or Dominant in minor keys – proves admirable for pathetic passages. These frequent periodic returns imperceptibly affect the soul, disposing it to languor and melancholy. Examples may be found in several scenes of French Opera. Yet while such Basses please the ear, the Melodies adapted to them rarely succeed, being ordinarily mere accompaniments. Beyond the harsh modulations scarcely avoided, these Melodies – though varied endlessly – remain monotonous, producing inharmonious inversions and lacking true singability, so that the Treble palpably suffers from the Bass's constraint.
Basse-chantante est l'espece de Voix qui chante la Partie de la Basse. Il y a des Basses-récitantes & des Basses-de-Choeur; des Concordans ou Basse-tailles qui tiennent le milieu entre la Taille & la Basse; des Basses proprement dites, que l'usage fait encore appeller Basse-tailles, & enfin des Basse-contres les plus graves de toutes les Voix, qui chantent la Basse sous la Basse même, & qu'il ne faut pas confondre avec les Contre-basses, qui sont des Instrumens.
Basse-chantante [Lyric Bass] designates the vocal type singing the Bass part. There exist Basses-récitantes [Solo Basses] and Basses-de-Choeur [Choral Basses]; Concordans or Basse-tailles [Bass-Baritones] intermediate between Tenor and Bass; proper Basses (still conventionally termed Basse-tailles); and finally Basse-contres [Contrabasses], the gravest voices singing Bass beneath the Bass itself – not to be confused with Contre-basses [Contrabasses], which are instruments.
BASSE-FONDAMENTALE, est celle qui n'est formée [60] que des Sons fondamentaux de l'Harmonie; de sorte qu'au-dessous de chaque Accord elle fait entendre le vrai Son fondamental de cet Accord, c'est-à-dire, celui duquel il dérive par les regles de l'Harmonie. Par où l'on voit que la Basse-fondamentale ne peut avoir d'autre contexture que celle d'une succession réguliers & fondamentale, sans quoi la marche des Parties supérieures seroit mauvaise.
BASSE-FONDAMENTALE [FUNDAMENTAL BASS] consists solely [60] of Harmony's fundamental tones, sounding beneath each Chord its true generative tone – that from which it derives by harmonic rules. Thus the Fundamental Bass can only follow a regular and foundational progression, without which the upper parts' motion would prove defective.
Pour bien entendre ceci, il saut savoir que, selon le systême de M. Rameau que j'ai suivi dans cet Ouvrage, tout Accord, quoique formé de plusieurs Sons, n'en a qu'un qui lui soit fondamental; savoir, celui qui a produit cet Accord; & qui lui sert de Basse dans l'ordre direct & naturel. Or, la Basse qui regne sous toutes les autres Parties n'exprime pas toujours les Sons fondamentaux des Accords: car entre tous les Sons qui forment un Accord, le Compositeur peut porta à la Basse celui qu'il croit préférable, eu égard à la match de cette Basse, au beau Chant, & sur-tout à l'expression comme je l'expliquerai dans la suite. Alors le vrai Son fondamental, au lieu d'être à sa place naturelle qui est la Basse, se transporte dans les autres Parties, ou même ne s'exprime point du tout; & un tel Accord s'appelle Accord renverse. Dans le fond un Accord renversé ne différé point de l'Accord direct qui l'a produit; car ce sont toujours les mêmes Sons: mais ces Sons formant des combinaisons différentes, on a longtems pris toutes ces combinaisons pour autant d'Accords fondamentaux, & on leur a donne différens noms qu'anpeut voir au mot Accord, & qui ont achevé de les distinguer, comme si la différence des noms en produisoit réellement dans l'espece.
To properly grasp this, one must understand that according to Mr. Rameau's system – which I have followed in this Work – every Chord, though formed of multiple sounds, has only one fundamental note: namely, that which generated the Chord and serves as its Bass in direct and natural order. Yet the Bass governing the upper parts does not always express the fundamental sounds of Chords. For among all the sounds forming a Chord, the composer may place in the Bass whichever he deems preferable, considering its progression, melodic beauty, and above all expressive intent – as I shall later explain. In such cases, the true fundamental sound, instead of occupying its natural position in the Bass, is transposed to other parts or even left entirely unexpressed; such a Chord is called an inverted Chord. Essentially, an inverted Chord differs not from its generating direct Chord, for the constituent sounds remain identical. But as these sounds form different combinations, they were long mistaken for distinct fundamental Chords, being given various names (see CHORD) that perpetuated their false distinction – as if nominal differences could create substantive ones.
[61] M. Rameau a montré, dans son Traité dé l'Harmonie, & M. d'Alembert, dans ses Elémens de Musique, à fait voir encore plus clairement, que plusieurs de ces prétendus Accords n'étoient que des renversemens d'un seul. Ainsi l'Accord de Sixte n'est qu'un Accord parfait dont la Tierce est transportée à la Basse; en y portant la Quinte on aura l'Accord de Sixte-Quarte. Voilà donc trois combinaisons d'un Accord qui n'a que trois Sons; ceux qui en ont quatre sont susceptibles de quatre combinaisons, chaque Son pouvant être porté à la Basse. Mais en portant au-dessous de celle-ci une autre Basse qui, sous out les combinaisons d'un même Accord, présente toujours le Son fondamental, il est évident qu'on réduit au tiers le ombre des Accords consonnans, & au quart le nombre des dissonans. Ajoutez à cela tous les Accords par supposition qui se réduisent encore aux mêmes fondamentaux, vous trouverez l'Harmonie simplifiée à un point qu'on n'eût jamais espéré dans'état de confusion ou étoient ses regles avant M. Rameau. C'est certainement, comme l'observe cet Auteur, une chose étonnante qu'on ait pu pousser la pratique de cet Art au point où elle est parvenue sans en connoître le fondement, & qu'on ait exactement trouvé toutes les regles, sans avoir découvert le principe qui les donne.
[61] Mr. Rameau demonstrated in his Treatise on Harmony, and Mr. d'Alembert made even clearer in his Elements of Music, that many so-called Chords were mere inversions of a single one. Thus the Sixth Chord is simply a perfect Chord with its third transposed to the Bass; placing the fifth there yields the Sixth-Fourth Chord. Here then are three combinations of a Chord containing only three sounds. Those with four sounds permit four combinations, each sound being successively placed in the Bass. By adding beneath this a Fundamental Bass that consistently presents the generating sound through all inversions, we reduce consonant Chords by two-thirds and dissonant ones by three-fourths. Include supposition Chords reducible to these same fundamentals, and Harmony simplifies beyond expectation – particularly considering the confused state of its rules before Mr. Rameau. As this Author observes, it is astonishing that practice could advance so far without understanding first principles, that rules were meticulously followed while their generating principle remained obscure.
Après avoir dit ce qu'est la Basse-fondamentale sous les Accords, parlons maintenant de sa marche & de la maniere dont elle lie ces Accords entre eux. Les préceptes de l'Art sur ce point peuvent se réduire aux six regles suivantes.
Having explained the Fundamental Bass's role in Chords, let us now address its progression and manner of connecting them. The Art's precepts here may be distilled to six rules:
[62] I. La Basse-fondamentale ne doit jamais sonner d'autres Notes que celles de la Gamme du Ton où l'on es, ou de celui où l'on veut passer. C'est la premiere & la plus indispensable de toutes ses regles.
[62] I. The Fundamental Bass must never sound notes outside the scale of the current Key or that to which one modulates. This first rule admits no exception.
II. Par la seconde, sa marche doit être tellement soumise aux loix de la modulation, qu'elle ne laissé jamais perdre l'idée d'un Ton qu'en prenant celle d'un autre; c'est-à-dire que la Basse-fondamentale ne doit jamais être errante ni laisser oublier un moment dans quel Ton l'on est.
II. By the second, its progression must adhere so strictly to modulation's laws that it never abandons one Key without establishing another – meaning the Fundamental Bass must never wander aimlessly nor let the current Key be forgotten.
III. Par la troisieme, elle est assujettie à la liaison des Accords & à la préparation des Dissonances: préparation qui n'est, comme le serai voir, qu'un des cas de la liaison, & qui, par conséquent, n'est jamais nécessaire quand la liaison peut exister sans elle. (Voyez LIAISON, PRÉPARER.)
III. The third rule binds it to Chord connections and dissonance preparation – this preparation being but a case of connection (as I shall show) and thus unnecessary when connection exists without it. (See CONNECTION, PREPARATION)
IV. Par la quatrieme, elle doit, après toute Dissonance, suivre le progrès qui lui est prescrit par la nécessité de la sauver. (Voyez SAUVER.)
IV. By the fourth rule, after any dissonance, it must follow the progression required for proper resolution. (See RESOLUTION)
V. Par la cinquieme, qui n'est qu'une suite des précédentes, la Basse fondamentale ne doit marcher que par Intervalles consonants, si ce n'est seulement dans un acte de Cadence rompue, ou après un Accord de Septieme diminuée, qu'elle morte diatoniquement. Toute autre marche de la Basse-fondamentale est mauvaise.
V. The fifth rule, a consequence of the preceding, dictates that the Fundamental Bass may only progress through consonant intervals – except in deceptive cadences or after diminished seventh Chords, where it moves diatonically. Any other progression constitutes error.
VI. Enfin, par la seizieme, la Basse-fondamentale ou l'Harmonie ne doit pas syncoper, mais marquer la Mesure & les Tems par des changemens d'Accords bien cadencés; en sorte, par exemple, que les Dissonances qui doivent être [63] préparées le soient sur le Tems foible, mais sur-tout que tous les repos se trouvent sur le Tems fort. Cette seizieme regle souffre une infinité d'exceptions: mais le Compositeur doit pourtant y songer, s'il veut faire une Musiqueoù le mouvement soit bien marqué, & dont la Mesure tombe avec grace.
VI. Finally, by the sixteenth rule, the Fundamental Bass or Harmony must not syncopate, but rather mark the Measure and Beats through well-cadenced chord changes; such that, for instance, Dissonances requiring preparation occur [63] on the weak beat, but above all that all rests fall on the strong beat. This sixteenth rule admits countless exceptions: yet the Composer must consider it if he wishes to create Music where the pulse is clearly marked, and whose Measure flows gracefully.
Par-tout où ces regles seront observées, l'Harmonie sera réguliere & sans faute; ce qui n'empêchera pas que la Musique n'en puisse être détectable. (Voyez COMPOSITION.)
Wherever these rules are observed, the Harmony will be regular and faultless; though this does not prevent the Music from remaining detestable. (See COMPOSITION.)
Un mot d'éclaircissement sur la cinquieme regle ne sera peut-être pas inutile. Qu'on retourne comme on voudra une Basse-fondamentale, si elle est bien faite, on n'y trouvera jamais que ces deux choses: ou des Accords parfaits sur des mouvemens consonants, sans lesquels ces Accords n'auroient point de liaison, ou des Accords dissonans dans des actes de Cadence; en tout autre cas la Dissonance ne sauroit être ni bien placée, ni bien sauvée.
A clarifying remark on the fifth rule may prove useful. However one examines a Fundamental Bass, if properly constructed, one will find only two possibilities: either perfect Chords over consonant movements (without which these Chords would lack connection), or dissonant Chords within cadential actions; in all other cases, Dissonance can be neither well-placed nor properly resolved.
Il suit de-là que la Basse-fondamentale ne peut marcher régulierement que d'une de ces trois manieres. 1°. Monter ou descendre de Tierce ou de Sixte. 2°. De Quarte ou de Quinte. 3°. Monter diatoniquement au moyen de la Dissonance qui forme la liaison, ou par licence sur un Accord parfait. Quant à la descente diatonique, c'est une marche absolument interdite à la Basse- fondamentale, ou tout au plus tolérée dans le cas de deux Accords parfaits consécutifs, séparés par un repos exprimé ou sous-entendu: cette regle n'a point d'autre exception, & c'est pour n'avoir pas [64] démêlé le vrai fondement de certains passages, que M. Rameau a fait descendre diatoniquement la Basse-fondamentale sous des Accords de Septieme; ce qui ne se peut en bonne Harmonie. (Voyez CADENCE, DISSONANCE.)
It follows that the Fundamental Bass can move regularly only in three ways: 1. Ascending or descending by Third or Sixth. 2. By Fourth or Fifth. 3. Ascending diatonically through the Dissonance forming the connection, or by license over a perfect Chord. As for diatonic descent, this progression is strictly forbidden to the Fundamental Bass—or at most tolerated between two consecutive perfect Chords separated by an expressed or implied rest. This rule admits no other exception. It was through failing [64] to discern the true foundation of certain passages that Mr. Rameau made the Fundamental Bass descend diatonically under Seventh Chords—a practice inadmissible in proper Harmony. (See CADENCE, DISSONANCE.)
La Basse-fondamental qu'on n'ajoute que pour servir de preuve à l'Harmonie, se retranche dans l'exécution souvent elle y seroit un fort mauvais effet; car elle est, comme dit très-bien M. Rameau, pour le jugement & non pour l'oreille. Elle produiroit tout au moins une monotonie très-ennuyeuse par les retours fréquens du même Accord qu'on déguisé & qu'on varie plus agréablement en le combinant en différentes manieres sur la Basse-continue; sans compter que les divers renversemens d'Harmonie fournissent mille moyens de prêter de nouvelles beautés au Chant, & une nouvelle énergie à l'expression. (Voyez ACCORD, RENVERSEMENT.)
The Fundamental Bass, added merely to validate the Harmony, is often omitted in performance where it would create poor effect; for as Mr. Rameau aptly observes, it exists for judgment rather than the ear. At best, its frequent returns to the same Chord—disguised and varied more agreeably through different combinations over the continuo bass—would produce tiresome monotony. Moreover, harmonic inversions offer infinite means to enhance the Melody's beauty and the expression's vigor. (See CHORD, INVERSION.)
Si la Basse-fondamentale ne sert pas à composer de bonne Musique, me dira-t-on; si même on doit la retrancher dans l'exécution, à quoi donc est-elle utile? Je réponds qu'en premier lieu elle sert de regle aux Ecoliers pour apprendre à former une Harmonie réguliere & à donner à toutes les parties la marche diatonique & élémentaire qui leur est prescrite par cette Basse-fondamentale. Elle sert, de plus, comme je l'ai déjà dit, à prouver si une Harmonie déjà faite est bonne & réguliere; car toute Harmonie qui ne peut être soumise à une Basse fondamentale est régulièrement mauvaise. Elle sert enfin à trouver une Basse-continue sous un Chant donne; quoiqu'à la vérité celui qui ne [65] saura pas faire directement une Basse-continue, ne sera gueres mieux une Basse fondamentale, & bien moins encore saura-t-il transformer cette Basse-fondamentale en une bonne Basse-continue. Voici toutefois les principales regles que donne M. Rameau pour trouver la Basse-fondamentale d'un Chant donné.
If the Fundamental Bass serves not to compose good Music—if it must even be omitted in performance—what purpose does it serve? I answer: first, it guides Students in forming regular Harmony and assigning each part the diatonic progression prescribed by this Fundamental Bass. Second, as noted, it verifies whether existing Harmony is sound; for any Harmony irreducible to a Fundamental Bass is inherently flawed. Lastly, it aids in deriving a continuo bass from a given Melody—though truthfully, he who [65] cannot directly compose a continuo bass will scarcely improve by first devising a Fundamental Bass, let alone transform the latter into an adequate continuo. Nevertheless, here are Mr. Rameau's principal rules for finding the Fundamental Bass of a given Melody:
I. S'assurer du Ton & du Mode par lesquels on commence, & de tous ceux par où l'on passe. Il y a aussi des réglés pour cette recherche des Tons, mais si longues, si vagues, si incompletes, que l'oreille est formée, à cet égard, long-tems avant que les regles soient apprises, & que le stupide qui voudra tenter de les employer, n'y gagnera que l'habitude d'aller toujours Note à Note, sans jamais savoir ou il est.
I. Determine the initial Tone and Mode, and all those subsequently modulated through. Rules exist for this tonal investigation—but they are so lengthy, vague, and incomplete that the ear becomes attuned long before the rules are mastered. The dullard attempting their application will gain only the habit of proceeding note by note, forever ignorant of his location.
II. Essayer successivement sous chaque Note les cordes principales du Ton, commençant par les plus analogues, & passant jusqu'aux plus éloignées, lorsque l'on s'y voit forcé.
II. Successively attempt under each note the principal tones of the key, beginning with the most analogous and proceeding to more remote ones when compelled.
III. Considérer si la corde choisie peut cadrer avec le Dessus dans ce qui précede & dans ce qui suit par une bonne succession fondamentale, & quand cela ne se peut, revenir sur ses pas.
III. Consider whether the selected tone aligns with the treble in preceding and following passages through proper fundamental progression. If not, retrace steps.
IV. Ne changer la Note de Basse-fondamentale que lorsqu'on a épuisé toutes les Notes consécutives du Dessus qui peuvent entrer dans son Accord, ou que quelque Note syncopant dans le Chant peut recevoir deux ou plusieurs Notes de Basse, pour préparer des Dissonances sauvées ensuite régulièrement.
IV. Change the Fundamental Bass note only after exhausting all consecutive treble notes compatible with its chord, or when a syncopated melody note permits multiple bass notes to prepare properly resolved dissonances.
V. Etudier l'entrelacement des Phrases, les successions possibles [66] de Cadences, soit pleines, soit évitées, & sur-tout les repos qui viennent ordinairement de quatre en quatre Mesures ou de deux en deux, afin de les faire tomber toujours sur les Cadences parfaites ou irrégulieres.
V. Study the interweaving of phrases, possible [66] cadential progressions (whether full or evaded), and particularly rests typically occurring every four or two measures. Ensure these coincide with perfect or irregular cadences.
VI. Enfin, observer toutes les regles données ci-devant pour la composition de la Basse-fondamentale. Voilà les principales observations à faire pour en trouver une sous un Chant donne; car il y en a quelquefois plusieurs de trouvables: mais, quoiqu'on en puisse dire, si le Chant à de l'Accent & du Caractere, il n'y a qu'une bonne Basse-fondamentale qu'on lui puisse adapter.
VI. Finally, observe all previously stated rules for Fundamental Bass composition. These are the principal guidelines for deriving it from a given melody. While multiple solutions may exist, any melody possessing true accent and character will admit only one valid Fundamental Bass.
Après avoir exposé sommairement la maniere de composer une Basse-fondamentale, il resteroit à donner les moyens de la transformer en Basse-continue; & cela seroit facile, s'il ne faloit regarder qu'à la marche diatonique & au beau Chant de cette Basse: mais ne croyons pas que la Basse qui est le guide & le soutien de l'Harmonie, l'ame &, pour ainsi dire, l'interprete du Chant, se borne à des regles si simples; il y en a d'autres qui naissent d'un principe plus sur & plus radical; principe second, mais caché, qui a été senti par tous les Artistes de génie, sans avoir été développé par personne. Je pense en avoir jetté le germe dans ma Lettre sur la Musique Françoise. J'en ai dit assez pour ceux qui m'en tendent; je n'en dirois jamais assez pour les autres. (Voyez toutefois UNITÉ DE MÉLODIE.)
Having outlined Fundamental Bass construction, transforming it into continuo bass remains. This would prove straightforward were we concerned solely with diatonic motion and melodic contour. But the bass – that harmonic guide, the soul and interpreter of melody – obeys deeper principles. These secondary, esoteric rules, intuited by genius practitioners yet never systematized, were hinted in my Letter on French Music. Adept minds require no further elaboration; others would remain unenlightened by volumes. (See however UNITY OF MELODY.)
Je ne parle point ici du Systême ingénieux de M. Serre de Geneve, ni de sa double Basse-fondamentale; parce que les principes qu'il avoit entrevus avec une sagacité digne [67] d'éloges, ont été depuis développés par M. Tartini dans un Ouvrage dont je rendrai compte avant la fin de celui-ci. (VOYEZ SYSTÉME.)
I omit discussion of Mr. Serre of Geneva's ingenious system and his double Fundamental Bass, as his glimpsed principles – worthy [67] of praise for their sagacity – were later expanded by Mr. Tartini in a work I shall examine hereafter. (SEE SYSTEM.)
BATARD. Nothus. C'est l'épithete donnée par quelques-uns au Mode Hypophrygien, qui a sa finale en si, & conséquemment sa Quinte fausse; ce qui le retranche des Modes authentiques: & au Mode Eolien, dont la finale est en fa, & la Quarte superflue; ce qui l'ôte du nombre des Modes des plagaux.
BATARD (Nothus). Epithet given to: 1) The Hypophrygian Mode (final on B with its false fifth), excluding it from authentic modes; 2) The Aeolian Mode (final on F with augmented fourth), removing it from plagal modes.
BACON. Sorte de barre épaisse qui traverse perpendiculairement une ou plusieurs lignes de la Portée, & qui, selon le nombre des lignes qu'il embrasse, exprime une plus grande ou moindre quantité de Mesures qu'on doit passer en silence.
BACON. Thick perpendicular bar crossing one or more staff lines, indicating silent measures proportional to its spanned lines.
Anciennement il y avoit autant de sortes de Bâtons que de différentes valeurs de Notes, depuis la Ronde qui vaut une Mesure, jusqu'à la Maxime qui en valoit huit, & dont la durée en silence s'évaluoit par un Bâton qui, partant d'une ligne, traversoit trois espaces & alloit joindre la quatrieme ligne.
Historically, distinct bars represented note values from whole note (one measure) to maxima (eight measures). The maxima's rest was shown by a bar spanning three spaces from one line to the fourth.
Aujourd'hui le plus grand Bâton est de quatre de Mesures: ce Bâton, p autant d'une ligne, traverse la suivante & va joindre la troisieme. (Planche A. figure 12.) On le répété une fois, deuxfois, autant de fois qu'il faut pour exprimer huit Mesures, ou douze, ou tout autre multiple de quatre, & l'on ajoute ordinairement au-dessus un chiffre qui dispense de calculer la valeur de tous ces Bâtons. Ainsi les signes couverts du chiffre 16 dans la même figure 12, [68] indiquent un silence de seize Mesures. Je ne vois pas trop à quoi bon ce double signe d'une même chose: Aussi des Italiens, à qui une plus grande pratique de la Musique suggere toujours les premiers moyens d'en abréger les sigues, commencent-ils a supprimer les Bâtons, auxquels ils substituent le chiffre qui marque le nombre de Mesures à compter. Mais une attention qu'il faut avoir alors, est de ne pas confondre ces chiffres dans la Portée avec d'autres chiffres semblables qui peuvent marquer l'espece de la Mesure employée. Ainsi dans la figure 13, il faut bien distinguer le signe du trois Tems d'avec le nombre des Pauses à compter, de peur qu'au lieu de 31 Mesures ou Pauses, on n'en comptât 1.
Today the longest Bar spans four measures: this Bar, starting from one line, crosses the next and joins the third. (Plate A. figure 12.) It is repeated once, twice, as many times as needed to denote eight measures, twelve, or any multiple of four, with a numeral typically added above to avoid calculating the total value of these Bars. Thus the symbols marked "16" in the same figure 12 [68] indicate a sixteen-measure rest. I see little purpose in this redundant notation. Indeed, Italians—whose greater musical practice always suggests the most efficient notational shortcuts—are beginning to suppress Bars altogether, replacing them with numerals denoting the count of measures. Yet one must take care not to confuse these measure-counting numerals with similar ones indicating time signatures. In figure 13, for instance, the three-beat time signature must be distinguished from the numeral for rests, lest one mistake 31 measures of rest for a single measure.
Le plus petit Bâton est de deux seul espace, il s'étend seulement d'une ligne à sa voisine. ( Même Planche, figure 12.)
The smallest Bar spans two spaces, extending only from one line to its neighbor (Same Plate, figure 12).
Les autres moindres silences, comme demi-Mesure, d'un Tems, d'un demi-Tems, &c. s'expriment par les mots de Pause, de demi-Pause, de Soupir, de demi-Soupir, &c. (Voyez ces mots.) Il est aisé de comprendre qu'en combinant tous ces signes, on peut exprimer à volonté des silences d'un durée quelconque.
Shorter rests—such as half-measures, single beats, half-beats, etc.—are expressed by terms like Pause (whole rest), demi-Pause (half rest), Soupir (quarter rest), demi-Soupir (eighth rest), etc. (See these terms.) By combining these symbols, one may freely denote rests of any duration.
Il ne faut pas confondre avec les Bâtons des silences, d'autres Bâtons précisément de même figure, qui, sous le nom de Pauses, initiales servoient dans nos anciennes Musiques à annoncer le Mode, c'est-à-dire la Mesure, & dont nous parlerons au mot Mode.
Do not confuse these rest Bars with identically shaped Bars called initial Pauses, which in older music announced the Mode (i.e., the time signature). We shall discuss this under MODE.
BÂTON DE MESURE, est un Bâton fort court, ou [69] même un rouleau de papier dont le Maître de Musique se sert dans un Concert pour régler le mouvement & marquer la Mesure & le Tems. (Voyez BATTRE LA MESURE.)
MEASURE BATON refers to a short baton or [69] even a paper roll used by the Master of Music in an ensemble to regulate tempo and mark measure divisions. (See BEATING TIME.)
A l'Opéra de Paris il n'est pas question d'un rouleau de papier, mais d'un bon gros BÂTON de bois bien dur, dont le Maître frappe avec forcé pour être entendu de loin.
At the Paris Opera, no paper roll is used—instead, a good, sturdy WOODEN BATON is struck forcefully to ensure audibility across the hall.
BATTEMENT, s. m. Agrément du Chant François, qui consiste à élever & battre un Trill sur une Note qu'on a commencée uniment. Il y a cette différence de la Cadence au Battement, que la Cadence commence par la Note supérieure à celle sur laquelle elle est marquée; après quoi l'on bat alternativement cette Note supérieure & la véritable: au lieu que le Battement commence par le son même de la Note qui le porte; après quoi l'on bat alternativement cette Note & celle qui est au-dessus. Ainsi ces coups de gosier, mi re mi re mi re ut ut sont une Cadence; & ceux-ci, re mi re mi re mi re ut re mi, sont un Battement.
BATTEMENT, n.m. An ornament in Frankish Chant involving a struck Trill on a note initially sung plainly. It differs from the Cadence: the Cadence begins on the note above the written pitch, alternating between that upper note and the principal one; whereas the Battement starts on the written note itself before alternating with the note above. Thus the throat articulations mi re mi re mi re ut ut constitute a Cadence, while re mi re mi re mi re ut re mi form a Battement.
BATTEMENS au pluriel. Lorsque deux Sons forts & soutenus, comme ceux de l'Orgue, sont mal d'accord & dissonent entre eux à l'approche d'un Intervalle consonnant, ils forment, par secousses plus ou moins fréquentes, des renflemens de son qui sont, à-peu-près, à l'oreille, l'effet des battemens du pouls au toucher; c'est pourquoi M. Sauveur leur a aussi donne le nom de Battemens. Ces Battemens deviennent d'autant plus fréquens que l'Intervalle approche plus de la justesse, & lorsqu'il y parvient, ils se confondes avec les vibrations du Son.
BATTEMENS (pl.). When two strong, sustained sounds—such as organ tones—are poorly tuned and dissonant near a consonant Interval, their collision produces pulsations akin to the beating of a pulse under one's touch. Mr. Sauveur thus named these pulsations "Battemens." Their frequency increases as the Interval approaches consonance; upon achieving perfect consonance, the pulsations merge with the sound’s vibrations.
M. Serre prétend, dans ses Essais sur les Principes de [70] l'Harmonie, que ces Battemens produits par la concurrence de deux Sons, ne sont qu'une apparence acoustique, occasionnée par les vibrations coincidentes de ces deux Sons. Ces Battemens, selon lui, n'ont pas moins lieu lorsque l'Intervalle est consonnant; mais la rapidité avec laquelle ils se confondent alors, ne permettantpoint à l'oreille de les distinguer, il en doit résulter, non la cessation absolue de ces Battemens, mais une apparence de Son grave & continu, une espece de foible Bourdon, tel précisément que celui qui résulte, dans les expériences citées par M. Serre, & depuis détaillées par M. Tartini, du concours de deux Sons aigus & consonants. (On peut voir au mot Systême, que des Dissonances les donnent aussi.) «Ce qu'il y a de bien certain, continue M. Serre, c'est que ces Battemens, ces vibrations coincidentes qui se suivent avec plus ou moins de rapidité, sont exactement isochrones aux vibrations que seroit réellement le Son fondamental, si, par le moyen d'un troisieme Corps sonore, on le faisoit actuellement résonner.»
Mr. Serre asserts in his Essays on the Principles of Harmony that these beats produced by two concurrent sounds are merely an acoustic illusion caused by coinciding vibrations. According to him, such beats occur even in consonant intervals; however, their rapid merging prevents the ear from distinguishing them, resulting not in their absolute cessation but in a faint continuous drone – precisely like that observed in experiments cited by Mr. Serre and later detailed by Mr. Tartini through the concurrence of two high consonant tones. (See SYSTEM for similar effects in dissonances.) "What remains certain," continues Mr. Serre, "is that these beats – these coinciding vibrations occurring with greater or lesser rapidity – are precisely isochronous to the vibrations that would theoretically emanate from a fundamental tone if made audible through a third resonating body."
Cette explication, très-spécieuse, n'est peut-être pas sans difficulté; car le rapport de deux Sons n'est jamais plus composé que quand il approche de la simplicité qui en sait une consonnance, & jamais les vibrations ne doivent coincider plus rarement que quand elles touchent presque à l'Isochranisme. D'où il suivroit, ce me semble, que les Battemens devroient se ralentir à mesure qu'ils s'accélerent, puis se réunir tort d'un coup à l'instant que l'Accord est juste.
This plausible explanation may not be without difficulty; for the ratio between two sounds never becomes more complex than when approaching the simplicity of consonance, nor do vibrations coincide less frequently than when nearing isochronism. Hence it would follow, methinks, that beats should slow as they accelerate before abruptly merging when the chord becomes pure.
[71] L'observation des Battemens est une bonne regle à consulter sur le meilleur systême de Tempérament: (Voyez TEMPÉRAMENT.) Car il est clair que de tous les Tempérament possibles celui qui laissé le moins de Battemens dans l'Orgue, est celui que l'oreille & la Nature préferent. Or, c'est une expérience constante & reconnue de tous les Facteurs, que les altérations des Tierces majeures produisent des Battemens plus sensibles & plus désagréables que celles des Quintes. Ainsi la Nature elle-même a choisi.
[71] Observing beats provides valuable insight into optimal temperament systems (See TEMPERAMENT). Clearly, among all possible temperaments, that which produces the fewest beats in organ tones is naturally preferred by both ear and Nature. Empirical evidence confirms that alterations in major thirds create more perceptible and disagreeable beats than those in fifths. Thus Nature herself has spoken.
BATTERIE, s. f. Maniere de frapper & répéter successivement sur diverses cordes d'un Instrument les divers Sons qui composent un Accord, & de passer ainsi d'Accord en Accord par un même mouvement de Notes. La Batterie n'est qu'un Arpège continué, mais dont toutes les Notes sont détachées, au lieu d'être liées comme dans l'Arpége.
ARPEGGIATED ACCOMPANIMENT (Batterie), n. A technique of striking and successively repeating the various chord tones across an instrument's strings, thereby transitioning between chords through uniform note motion. This differs from conventional arpeggio only in its detached execution rather than legato phrasing.
BATTEUR DE MESURE. Celui qui bat la Mesure dans un Concert. (Voyez l'Article suivant.)
CONDUCTOR (Batteur de Mesure). One who marks time during a performance. (See following article.)
BATTRE LA MESURE. C'est en marquer les Tems par des mouvemens de la main ou du pied, qui en reglent la durée, & par lesquels toutes les Mesures semblables sont rendues parfaitement égales en valeur chronique ou en Tems, dans l'exécution.
BEATING TIME. The act of indicating beats through hand or foot motions that regulate temporal duration, ensuring metrical consistency throughout execution.
Il y a des Mesures qui ne se battent qu'à un Tems d'autres à deux, à trois ou à quatre, ce qui est le plus grand nombre de Tems marqués que puisse renfermer une Mesure: encore une Mesure à quatre Tems peut-elle toujours se réfoudre en deux Mesures deux Tems. Dans toutes ces différentes Mesures le Tems frappé est toujours sur la Note [72] qui suit la barre immédiatement; le Tems levé est toujours celui qui la précede, à moins que la Mesure ne soit à un seul Tems; & même, alors, il faut toujours supposer le Tems foible, puisqu'on ne sauroit frapper sans avoir levé.
Measures may be beaten in one, two, three, or four beats – the maximum subdivisions – though a four-beat measure can always be reduced to two two-beat measures. In all cases, the downbeat falls on the note immediately following the barline [72], while the upbeat precedes it. Even single-beat measures imply an unaccented upbeat, for no downstroke can occur without prior preparation.
Le degré de lenteur ou de vitesse qu'on donne à la Mesure dépend de plusieurs choses. 1°. De la valeur des Notes composent la Mesure. On voit bien qu'une Mesure qui contient une Ronde doit se battre plus posément & durer davantage que celle qui ne contient qu'une Noire. 2°. Du Mouvement indiqué par le mot François ou Italien qu'on trouvé ordinairement à la tête de l'Air; Gai, Vite, Lent, &c. Tous ces mots indiquent autant de modifications dans le Mouvement d'une même sorte de Mesure. 3°. Enfin du caractere de l'Air même, qui, s'il est bien sait, en sera nécessairement sentir le vrai Mouvement.
A measure's tempo depends on three factors: 1) The note values comprising it (e.g., a whole-note measure requires slower beating than a quarter-note measure); 2) Tempo markings like Gai, Vite, or Lent modifying basic pulse; 3) The inherent character of a well-composed air, which naturally dictates its proper movement.
Les Musiciens François ne battent pas la Mesure comme les Italiens. Ceux-ci, dans la Mesure à quatre Tems, frappent successivement les deux premiers Tems & levent les deux autres; ils frappent aussi les deux premiers dans la Mesure à trois Tems, & levent le troisieme. Les François ne frappent jamais que le premier Tems, & marquent les autres par différens mouvemens de la main à droite & à gauche. Cependant la Musique Françoise auroit beaucoup plus besoin que l'Italienne d'une Mesure bien marquée; car elle ne porte point sa cadence en elle-même; ses Mouvemens n'ont aucune précision naturelle: on presse, on ralentit la Mesure au gré du Chanteur. Combien les oreilles ne sont-elles [73] pas choquées à l'Opéra de Paris du bruit désagréable & continuel que fait, avec son bâton, celui qui bat la Mesure, & que le petit Prophete compare plaisamment à un Bucheron qui coupe du bois! Mais c'est un mal inévitable; sans ce bruit on ne pourroit sentir la Mesure; la Musique par elle-même ne la marque pas: aussi les Etrangers n'apperçoivent-ils point le Mouvement de nos Airs. Si l'on y fait attention, l'on trouvera que c'est ici l'une des différences spécifiques de la Musique Françoise à l'Italienne. En Italie la Mesure est l'ame de la Musique; c'est la Mesure bien sentie qui lui donne cet accent qui la rend si charmante; c'est la Mesure aussi qui gouverne le Musicien dans l'exécution. En France, au contraire, c'est le Musicien qui gouverne la Mesure; il l'énerve & la défigure sans scrupule. Que dis-je? Le bon goût même consiste à ne la pas laisser sentir; précaution dont, au reste, elle n'a pas grand besoin. L'Opéra de Paris est le seul Théâtre de l'Europe où l'on batte la Mesure sans la suivre; par-tout ailleurs on la suit sans la battre.
French and Italian musicians employ divergent beating techniques. In four-beat measures, Italians strike the first two beats and lift through the latter two; in three-beat measures, they strike the first two and lift the third. The French only strike the first beat, indicating others through lateral hand motions. Yet French music – lacking inherent rhythmic precision, with tempi subject to singers' whims – desperately requires clearer beating. How jarring [73] at the Paris Opera is the conductor's ceaseless woodchopping with his baton – a noise foreign ears scarcely tolerate! This necessary evil arises because our music's pulse remains imperceptible without such crudity. Herein lies a fundamental distinction: Italian music breathes through its measure, which governs execution and lends enchanting accent; French music lets musicians dictate enervated measures. Taste here paradoxically demands rhythmic obscurity. Paris stands unique in Europe – the sole theater where time is beaten yet not followed, while elsewhere it is followed without beating.
Il regne là-dessus une erreur populaire qu'un peu de réflexion détruit aisément. On s'imagine qu'un Auditeur ne bat par instinct la Mesure d'un Air qu'il entend, que parce qu'il la sent vivement; & c'est, au contraire, parce qu'elle n'est pas assez sensible ou qu'il ne la sent pas assez, qu'il tâche, à forcé de mouvemens des mains & des pieds, de suppléer ce qui manque en ce point à son oreille. Pour peu qu'une Musique donne prise à la cadence, on voit la plupart des François qui l'écoutent faire mille contorsions & un bruit terrible [74] pour aider la Mesure à marcher ou leur oreille à la sentir. Substituez des Italiens ou des Allemands, vous n'entendrez pas le moindre bruit & ne verrez pas le moindre geste qui s'accorde avec la Mesure. Seroit-ce peut-être que les Allemands, les Italiens sont moins sensibles à la Mesure que les François? Il y a tel de mes Lecteurs qui ne se seroit gueres presser pour le dire; mais, dira-t-il aussi, que les Musiciens les plus habiles sont ceux qui sentent le moins la Mesure? Il est incontestable que ce sont ceux qui la battent le moins; & quand, à forcé d'exercice, ils ont acquis l'habitude de la sentir continuellement, ils ne la battent plus du tout; c'est un fait d'expérience qui est sous les yeux de tout le monde. L'on pourra dire encore que les mêmes gens à qui je reproche de ne battre la Mesure que parce qu'ils ne la sentent pas assez, ne la battent plus dans les Airs où elle n'est point sensible; & je répondrai que c'est parce qu'alors ils ne la sentent point du tout. Il faut que l'oreille soit frappée au moins d'un foible sentiment de Mesure pour que l'instinct chercheà le renforcer.
A popular error prevails here that reflection easily dispels. One imagines that a listener instinctively beats the measure of an air heard because he keenly feels it; yet inversely, it is precisely because the measure lacks sufficient perceptibility – or his ear insufficiently grasps it – that he compensates through exaggerated hand and foot motions. Wherever music offers the slightest rhythmic foothold, observe most French listeners contorting themselves [74] with terrible noise to prop up the measure's progression or their own faltering perception. Replace them with Italians or Germans: no clamor arises, no gesture aligns with the measure. Would this imply Germans and Italians are less sensitive to rhythm than the French? Some readers may hesitate to affirm this; yet would they also claim that the most skilled musicians are those least attuned to measure? Unquestionably, these are precisely the performers who least mark the beat; through rigorous training, having internalized perpetual rhythmic awareness, they cease beating it altogether – an empirical truth evident to all. Critics may object that those I reproach for beating time due to deficient perception abstain from doing so in airs lacking clear measure; I counter that here, their ears detect no measure whatsoever. Even a faint rhythmic sensation must strike the ear before instinct seeks to amplify it.
Les Anciens, dit M. Burette, battoient la Mesure en plusieurs façons. La plus ordinaire consistoit dans le mouvement du pied qui s'élevoit de terre & la frappoit alternativement, selon la mesure des deux Tems égaux ou inégaux. (Voyez RHYTHME.) C'étoit ordinairement la fonction du Maître de Musique appelle Coryphée, .........., parce qu'il étoit placé au milieu du Chœur des Musiciens & dans une situation élevée pour être plus facilement vu & entendu de toute la troupe. Ces Batteurs de Mesure se nommoient [75] en Grec .........., & .........., à cause du bruit de leur à cause de l'uniformité du geste, &, si l'on peut parler ainsi, de la monotonie du Rhythme qu'ils battoient toujours à deux Tems. Ils s'appelloient en Latin pedarii, podarii, pedicularii. Ils garnissoient ordinairement leurs pieds de certaines chaussures ou sandales de bois ou de fer, destinées à rendre la percussion rhythmique plus éclatante, nommées en Grec, .........., .........., .........., pedicula, scabella ou scabilla, à cause qu'elles ressembloient à de petits marche-pieds ou de petites escabelles.
The Ancients, observes M. Burette, beat measure diversely. Their most common method involved foot motions – lifting from and striking the ground alternately, according to binary or ternary rhythms. (See RHYTHM.) This duty typically fell to the music master called Coryphée, positioned centrally within the choir for optimal visibility. These time-beaters bore Greek names [75] reflecting their percussive function: .......... and .......... (from rhythmic uniformity, one might say "monotonous" beating). Latin terms included pedarii, podarii, pedicularii. Their feet were often shod in wooden or iron sandals – Greek .........., .........., ..........; Latin pedicula, scabella or scabilla – designed to amplify rhythmic strikes, resembling small footstools or clogs.
Ils battoient la Mesure, non-seulement du pied, mais aussi de la main droite dont ils réunissoient tous les doigts pour frapper dans le creux de la main gauche, & celui qui marquoit ainsi le Rhythme s'appelloit Manuductor. Outre ce claquement de mains & le bruit des sandales, les Anciens avoient encore, pour battre la Mesure, celui des coquilles, des écailles d'huîtres, & des ossemens d'animaux, qu'on frappoit l'un contre l'autre, comme on fait aujourd'hui les Castagnettes, le Triangle & autres pareils Instrumens.
Measure was marked not only by feet but by hands: the right hand's fingers gathered to strike the left palm. The rhythm-director thus earned the title Manuductor. Beyond hand-claps and sandal-stamps, Ancients employed oyster shells, animal bones clashed together – precursors to modern castanets and triangles – for percussive timekeeping.
Tout ce bruit si désagréable & si superflu parmi nous, à cause de l'égalité constante de la Mesure, ne l'étoit pas de même chez eux, où les fréquens changemens de pieds & de Rythmes exigeoient un Accord plus difficile & donnoient au bruit même une variété plus harmonieuse & plus piquante. Encore peut-on dire que l'usage de battre ainsi ne s'introduisit qu'à Mesure que la Mélodie devint plus languissante, & perdit de son accent & de son énergie. Plus on remonte, moins on trouvé d'exemples de ces Batteurs de Mesure, & dans [76] la Musique de la plus haute antiquité l'on n'en trouvé plus du tout.
This cacophony – so grating and superfluous today given our constant metrical regularity – held purpose in antiquity's shifting rhythmic feet and complex syncopations. Their noise acquired a varied, harmoniously pungent quality. Yet one might argue such beating emerged only as melody grew languid, losing its innate accentual vigor. The further back we probe, fewer time-beaters appear; in earliest antiquity's music [76], none exist at all.
BÉMOL ou B MOL, s. m. Caractere de Musique auquel on donne. à-peu-près la figure d'un b, & qui sait abaisser d'un semi-Ton mineur la Note à laquelle il est joint. (Voyez, SEMI-ΤΟΝ.)
FLAT or B MOL, n. A musical character roughly shaped like a b, lowering its note by a minor semitone. (See SEMI-TONE.)
Guy d'Arezzo ayant autrefois donne des noms à six des Notes de l'Octave, desquelles il fit son célebre Hexacorde, laissa la septieme sans autre nom que celui de la lettre B qui lui est propre, comme le C à l'ut, le D au re, &c. Or ce B se chantoit de deux manieres; savoir, à un ton au-dessus du la, selon l'ordre naturel de la Gamme, ou seulement à un semi-Ton du même la, lorsqu'on vouloit conjoindre les Tétracordes; car il n'étoit pas encore question de nos Modes ou Tons modernes. Dans le premier cas, le si sonnant assez durement, à cause des trois Tons consécutifs, on jugea qu'il faisoit à l'oreille un effet semblable à celui que les corps anguleux & durs sont à la main: c'est pourquoi on l'appella B dur ou B quarre, en Italien B quadro. Dans le second cas, au contraire, on trouva que le si étoit extrêmement doux; c'est pourquoi on l'appella B mol; par la même analogie on auroit pu l'appeller aussi B rond, & en effet les Italiens le nomment quelquefois B tondo.
When Guido d'Arezzo assigned names to six octave notes for his famed Hexachord, the seventh retained only its letter B – as C belongs to ut, D to re, etc. This B was sung two ways: a whole tone above la (natural scale order) or a semitone above (for tetrachord conjunction, predating modern Modes). The former "hard" B (Italian B quadro) – harsh to ears accustomed to three consecutive whole tones – evoked angular objects' tactile discomfort. The latter "soft" B (Italian B mol/tondo) proved exquisitely smooth, meriting its designation through tactile analogy – though "B round" might equally have served.
Il y a deux manieres d'employer le Bémol; l'une accidentelle, quand dans le cours du Chant on le place à la gauche d'une Note. Cette Note est presque toujours la Note-sensible dans les Tons majeurs, & quelquefois la seizieme Note dans les Tons mineurs, quand la Clef n'est pas correctement [77] armée. Le Bémol accidentel n'altere que la Note qu'il touche & celles qui larebattent immédiatement, ou tout au plus, celles qui, dans la même Mesure, se trouvent sur le même degré sans aucun signe contraire.
There are two ways to employ the Flat: one accidental, when in the course of the melody it is placed to the left of a note. This note is almost always the leading tone in Major Keys, and sometimes the sixteenth note in Minor Keys when the clef is not properly [77] armed. The accidental flat alters only the note it touches and those immediately repeating it, or at most those found on the same degree within the same measure without any contrary sign.
L'autre maniere est d'employer le Bémol à la Clef, & alors il la modifie, il agit dans toute la suite de l'Air & sur toutes les Notes placées sur le même degré, à moins que ce Bémol ne soit détruit accidentellement par quelque Dièse ou Béquarre, ou que la Clef ne vienne à changer.
The other method is to employ the flat at the clef, where it modifies it, acting throughout the entire piece and upon all notes placed on the same degree, unless this flat is accidentally canceled by some sharp or natural, or unless the clef itself changes.
La position des Bémols à la Clef n'est pas arbitraire; en voici la raison. Ils sont destinés à changer le lieu des semi-Tons de l'Echelle: or ces deux semi-Tons doivent toujours garder entre eux des Intervalles prescrits; savoir, celui d'une Quarte d'un côté, & celui d'une Quinte de l'autre. Ainsi la Note mi inférieure de son semi-Ton fait au grave la Quinte du si qui est son homologue dans l'autre semi-Ton, & à l'aigu la Quarte du même si, & réciproquement la Note si fait au grave la Quarte du mi, & à l'aigu la Quint du même mi.
The positioning of flats at the clef is not arbitrary; here is the reason. They are intended to shift the location of semitones within the scale. These two semitones must always maintain prescribed intervals between them: namely, a Fourth on one side and a Fifth on the other. Thus, the lower mi, through its semitone, forms a Fifth below the si (its counterpart in the other semitone) and a Fourth above the same si. Conversely, the si forms a Fourth below the mi and a Fifth above it.
Si donc laissant, par exemple, le si naturel, on donnoit un Bémol au mi, le semi-Ton changeroit de lieu & se trouveroit descendu d'un degré entre le re & le mi Bémol. Or, dans cette position, l'on voit que les deux semi-Tons ne garderoient plus entre eux la distance prescrite; car le re, qui seroit la Note inférieure de l'un, seroit au grave la Sixte du si son homologue dans l'autre; & à l'aigu, la Tierce du même si; & ce si seroit au grave la Tierce du re, & à l'aigu, la Sixte du même re. Ainsi les deux semi-Tons [78] seroient trop voisins d'un côté & trop éloignés de l'autre.
If, for example, leaving the natural si, one were to apply a flat to mi, the semitone would shift downward between re and mi-flat. In this position, the two semitones would no longer maintain the required distance. For the re, as the lower note of one semitone, would lie a Sixth below its counterpart si, and a Third above it; while this si would lie a Third below the re and a Sixth above it. Thus, the two semitones [78] would be too close on one side and too distant on the other.
L'ordré des Bémols ne doit donc pas commencer par mi, ni par aucune autre Note de l'Octave que par si, la seule qui n'a pas le même inconvénient; car bien que le semi-Ton y change de place, &, cessant d'être entre le si & l'ut descende entre le si Bémol & le la toutefois l'ordre prescrit n'est point détruit; le la, dans ce nouvel arrangement, se trouvant d'un côté à la Quarte, & de l'autre à la Quinte du mi son homologue, & réciproquement.
The order of flats must not, therefore, begin with mi or any other note of the octave except si—the sole note free from this inconvenience. For even if the semitone shifts from between si and ut to between si-flat and la, the prescribed order remains intact: in this new arrangement, the la forms a Fourth on one side and a Fifth on the other relative to its counterpart mi, and vice versa.
La même raison qui fait placer le premier Bémol sur le si, fait mettre le second sur le mi, & ainsi de suite, en montant de Quarte ou descendant de Quinte jusqu'au sol, auquel on s'arrête ordinairement, parce que le Bémol de l'ut, qu'on trouveroit ensuite ne différé point du si dans la pratique. Cela fait donc une suite de cinq Bémols dans cet ordre:
The same logic that places the first flat on si dictates placing the second on mi, and so forth, ascending by Fourths or descending by Fifths up to sol, where one typically stops, as the flat on ut would not differ practically from si. This results in a sequence of five flats in this order:
1 2 3 4 5 Si Mi La Re Sol.
1 2 3 4 5 B E A D G.
Toujours, par la même raison, l'on ne sauroit employer les derniers Bémols à la Clef, sans employer aussi ceux qui: ainsi le Bémol du mi ne se pose qu'avec celui du si, celui du la qu'avec les deux précédens, & chacun des suivans qu'avec tous ceux qui le précedent.
By the same principle, one cannot employ later flats at the clef without also including the earlier ones. Thus, the flat on mi is only placed alongside that on si, the flat on la with the two preceding, and each subsequent flat with all its predecessors.
On trouvera dans l'Article Clef une formule pour savoir tout d'un coup si un Ton ou un Mode donne doit porter des Bémols à la Clef, & combien.
In the article Clef, one will find a formula to instantly determine whether a given Tone or Mode requires flats at the clef, and how many.
BÉMOLISER, v. A. Marquer une Note d'un Bémol, ou [79] armer la Clef par Bémol. Bémolisez ce mi. Il faut bémoliser la Clef pour le Ton de fa
TO FLAT, v. a. To mark a note with a flat or [79] arm the clef with a flat. Flat this mi. The clef must be flatted for the key of fa.
BEQUARRE ou B QUARRE, s. m. Caractere de Musique qui s'écrit ainsi II, & qui, placé à la gauche d'une Note, marque que cette Note, ayant été précédemment haussée par un Dièse ou baissée par un Bémol, doit être remise à son élévation naturelle ou diatonique.
NATURAL or B QUADRO, s. m. A musical character written as ♮, which, placed to the left of a note, indicates that this note—previously raised by a sharp or lowered by a flat—must be restored to its natural or diatonic pitch.
Le Béquarre fut inventé par Guy d'Arezzo. Cet Auteur, qui donna des noms aux six premieres Notes de l'Octave, n'en laissa point d'autre que la lettre B pour exprimer le si naturel. Car chaque Note avoir, dès-lors, sa lettre correspondante; & comme le Chant diatonique de ce si est dur quand on y monte depuis le fa, il l'appella simplement b dur, b quarré, ou b quarre, par une allusion dont j'ai parlé dans l'Article précédent.
The Natural Sign [Béquarre] was invented by Guido d'Arezzo. This author, who gave names to the first six notes of the octave, left no other designation than the letter B to express natural si. For each note already had its corresponding letter; and since the diatonic progression to this si sounds harsh when ascending from fa, he simply called it hard B [b dur], square B [b quarré], or b quarre, through an allusion I discussed in the previous Article.
Le Béquarre servit dans la suite à détruire l'effet du Bémol antérieur sur la Note qui suivoit le Béquarre: c'est que le Bémol se plaçant ordinairement sur le si, le Béquarre qui venoit ensuite, ne produisoit, en détruisant ce Bémol, que son effet naturel, qui étoit de représenter la Note si sans altération. A la fin on s'en servit par extension, & faute d'autre signe, pour détruire aussi l'effet du Dièse, & c'est ainsi qu'il s'emploie encore aujourd'hui. Le Béquarre efface également le Dièse ou le Bémol qui l'ont précédé.
The Natural Sign later served to cancel the effect of a preceding flat on the subsequent note. Since flats were typically placed on si, the Natural Sign following would merely restore the natural si by negating the flat. Eventually, through extension and for lack of another symbol, it came to cancel sharps as well. The Natural Sign thus erases both sharps and flats that precede it.
Il y a cependant une distinction à faire. Si le Dièse ou le Bémol étoient accidentels, ils sont détruits sans retour par le Béquarre dans toutes les Notes qui le suivent médiatement ou immédiatement sur le même degré, jusqu'à ce qu'il [80] s'y présente un nouveau Bémol ou un nouveau Dièse. Mais si le Bémol ou le Dièse sont à la Clef, le Bémol ou le Dièse sont à la Clef, le Béquarre ne les efface que pour la Note qu'il précede immédiatement, tout au plus pour toutes celles qui suivent dans la même Mesure & sur le même degré; & à chaque Note altérée à la Clef dont on veut détruire l'altération, il faut autant de nouveaux Béquarres. Tout cela est allez mal entendu; tel est l'usage.
A distinction must be observed: If the sharp or flat was accidental, the Natural Sign cancels it irrevocably for all subsequent notes on the same degree — whether immediately or mediately — until a new flat or sharp appears. But if the flat or sharp belongs to the key signature, the Natural Sign only affects the note it immediately precedes, or at most those within the same measure and degree. Each altered note in the key signature requires its own Natural Sign. All this is rather poorly understood; such is the custom.
Quelques-uns donnoient un autre sens au Béquarre, & lui accordant seulement le droit d'effacer les Diètes ou Bémols accidentels, lui ôtoient celui de rien changer à l'état de la Clef: de sorte qu'en ce sens sur un fa diésé, ou sur un si bémolisé à la Clef, le Béquarre ne serviroit qu'à détruire un Dièse accidentel sur ce si, ou un Bémol sur ce fa, & signifieroit toujours le fa Dièse ou le si Bémol tel qu'il est a la Clef.
Some attributed a narrower function to the Natural Sign, allowing it to cancel only accidental sharps or flats while leaving the key signature untouched. Thus, a Natural Sign on fa sharped in the key signature would merely negate an accidental flat on si, preserving the key's fa sharp or si flat as written.
D'autres, enfin, se servoient bien du Béquarre pour effacer le Bémol, même celui de la Clef, mais jamais pour dater le Dièse: c'est le Bémol seulement qu'ils employoient dans ce dernier cas.
Others used the Natural Sign to cancel flats — even those in the key signature — but never sharps. For sharps, they employed the flat sign instead.
Le premier usage à tout-ir-fait prévalu; ceux-ci deviennent, plus rares, & s'abolissent de jour en jour; mais il est bon d'y faire attention en lisant d'anciennes Musiques, sans quoi l'on se tromperoit souvent.
The first practice has largely prevailed; these latter practices grow rarer and fade daily. Yet one must remain attentive when reading early scores, lest frequent errors arise.
BI. Syllabe dont quelques Musiciens étrangers se servoient autrefois pour prononcer le Son de la Gamme que les François appellent Si. (Voyez Si.)
BI. A syllable once used by foreign musicians to pronounce the gamut note the French call Si. (See Si.)
BISCROME, s. f. Mot Italien qui signifie Triples-croches. [81] Quand ce mot est écrit sous une suite de Notes égales & de plus grande valeur que des Triples-croches, il marque qu'il faut diviser en Triples-croches les valeurs de toutes ces Notes, selon la division réelle qui se trouvé ordinairement faite au premier Tems. C'est une invention des Auteurs adoptée par les copistes, sur-tout dans les Partitions, pour épargner le papier & la peine. (Voyez CROCHET.)
THIRTY-SECOND NOTE [BISCROME], n. f. An Italian term meaning triples-croches. [81] When written beneath a sequence of equal notes longer than thirty-seconds, it indicates that all notes must be subdivided into thirty-second values, following the actual division typically marked in the first beat. This convention — adopted by composers and copyists, particularly in scores — saves paper and labor. (See HOOK.)
BLANCHE, s. f. C'est le nom d'une Note qui vaut deux Noires ou la moitié d'une Ronde. (Voyez l'Article NOTES, & la valeur de la Blanche, Pl. D. Fig. 9.)
HALF NOTE [BLANCHE], n. f. A note worth two quarter notes or half a whole note. (See the Article NOTES, and the value of the Half Note, Pl. D. Fig. 9.)
BOURDON. Basse-continue qui résonne toujours sur le même Ton, comme sont communément celles des Airs appelles Musettes. (Voyez POINT D'ORGUE.)
DRONE [BOURDON]. A continuo bass sustained on the same pitch, as commonly heard in pieces called Musettes. (See ORGAN POINT.)
BOURRÉE, s. f. Sorte d'Air propre à une Danse de même nom, que l'on croit venir d'Auvergne, & qui est encore en usage dans cette Province. La Bourrée est à deux Tems gais, &commence par une Noire avant le frappé. Elle doit avoir, comme la plupart des autres Danses, deux Parties & quatre Mesures, ou un multiple de quatre à chacune. Dans ce caractere d'Air on lie assez fréquemment la seconde moitié du premier Tems & la premiere du second, par une Blanche syncopée.
BOURRÉE, n. f. Type of tune suited to a dance of the same name, believed to originate from Auvergne and still practiced in that province. The Bourrée is in lively duple meter and begins with a quarter note preceding the downbeat. Like most other dances, it should comprise two sections with four measures each, or multiples thereof. In this character of melody, the latter half of the first beat and the first half of the second are frequently connected by a syncopated half note.
BOUTADE, s. f. Ancienne sorte de petit Ballet qu'on exécutoit ou qu'on paroissoit exécuter impromptu. Les Musiciens ont aussi quelquefois donne ce nom aux Pieces ou Idées qu'ils exécutoient de même sur leurs Instrumens, & qu'on appelloit autrement CAPRICE, FANTAISIE. (Voyez ces mots.)
BOUTADE, n. f. Formerly, a type of impromptu ballet performed or appearing to be performed extemporaneously. Musicians have also occasionally applied this term to spontaneous instrumental pieces or ideas, otherwise called CAPRICE or FANTAISIE. (See these entries.)
BRAILLER, v. n. C'est excéder le volume de sa voix & [82] chanter tant qu'on a de forcé, comme sont au Lutrin les Marguilliers de Village, & certains Musiciens ailleurs.
BRAILLER, v. n. To strain one's vocal capacity by singing as loudly as possible – a practice common among village churchwardens at the lectern and certain musicians elsewhere.
BRANLE, s. m. Sorte de Danse fort gaie qui se danse en rond sur un Air court & en Rondeau; c'est-à-dire, avec un même refrain à la fin de chaque Couplet.
BRANLE, n. m. Lively round dance performed to a short rondeau-style tune, featuring a recurring refrain at the end of each verse.
BREF, Adverbe qu'on trouvé quelquefois écrit dans d'anciennes Musiques au-dessus de la Note qui finit une phrase ou un Air, pour marquer que cette Finale doit être coupée par un son bref & sec, au lieu de durer toute sa valeur. (Voyez COUPER.) Ce mot est maintenant inutile, depuis qu'on un sigue pour l'exprimer.
BREF, Adv. Occasional marking in early scores above the concluding note of a phrase or piece, indicating that this final note should be abruptly shortened rather than sustained for its full value. (See CUT.) This term has become obsolete since the adoption of a specific notation symbol.
BREVE, s. f. Note qui passe deux fois plus vite que celle qui la précede: ainsi la Noire est Breve après une Blanche pointée, la Croche après une Noire pointée. On ne pourroit pas de même appeller Breve, une Note qui vaudroit la moitie de la précédente: ainsi, la Noire n'est pas une Breve après la Blanche simple, ni la Croche après la Noire, à moins qu'il ne soit question de syncope.
BREVE, n. f. Note moving twice as fast as its predecessor: thus a quarter note becomes a Breve following a dotted half note, an eighth note following a dotted quarter. This term does not apply to notes merely halving the preceding note's value – a quarter note after a whole note, or an eighth after a quarter (unless in syncopation).
C'est autre chose dans le Plain-Chant. Pour répondre exactement à la quantité des syllabes, la Breve y vaut la moitie de la Longue. De plus, la Longue a quelquefois une que pour la distinguer de la Breve qui n'en a jamais; ce qui est précisément l'opposé de la Musique, où la Ronde, qui n'a point de queue, est double de la Blanche, qui en a une. (Voyez MESURE, VALEUR DES NOTES.)
The concept differs in plainchant. To precisely match syllabic quantities, the Breve equals half a Long. Furthermore, the Long sometimes bears a tail to distinguish it from the tailless Breve – precisely opposing modern notation where the whole note (tailless) doubles the half note (tailed). (See METER, NOTE VALUES.)
BREVE est aussi le nom que donnoient nos anciens Musiciens, & que donnent encore aujourd'hui les Italiens à cet vieiıız figure de Note que nous appellons. Quarrée. Il y avoit [83] deux sortes de Breves; savoir, la droite ou parfaite, qui se divise en trois parties égales & vaut trois Rondes ou Semi-breves dans la Mesure triple, & la Breve altérée ou imparfaite, qui se divise en deux parties égales, & ne vaut que deux Semi-breves dans la Mesure double. Cette derniere sorte de Breve est celle qui s'indique par le signe du C barré, & les Italiens nomment encore alla Breve la Mesure à deux Tems fort vîtes, dont ils se servent dans les Musiques da Capella. (Voyez ALLA BREVE.)
BREVE also designates the antiquated square note figure still called "Quarrée" by Italians. [83] Two types existed: the "perfect" Breve dividing into three equal parts (worth three whole notes or semibreves in triple meter), and the "imperfect" Breve dividing into two (worth two semibreves in duple meter). The latter corresponds to the barred C sign (𝄵) and retains the name "alla Breve" for rapid duple meter in Italian da Capella music. (See ALLA BREVE.)
BRODERIES, DOUBLES, FLEURTIS. Tout cela se dit en Musique de plusieurs Notes de goût que le Musicien ajoute à sa Partie dans l'exécution, pour varier un Chant souvent répété, pour orner des Passages trop simples, ou pour faire briller la légéreté de son gosier ou de ses doigts. Rien ne montre mieux le bon ou le mauvais goût d'un Musicien, que le choix & l'usage qu'il fait de ces ornemens. La vocale Françoise est fort retenue sur les Broderies; elle le devient même davantage de jour en jour, &, si l'on excepte le célebre Jélyote & Mademoiselle Fel, aucun Acteur François ne se hazarde plus au Théâtre à faire des Doubles; car le Chant François ayant pris un ton plus traînant & plus lamentable encore depuis quelques années, ne les comporte plus. Les Italiens s'y donnent carriere: c'est chez eux à qui en sera davantage; émulation quimene toujours à en faire trop. Cependant l'accent de leur Mélodie étant très-sensible, ils n'ont pas à craindre que le vrai Chant disparoisse sous ces ornemens que l'Auteur même y a souvent supposés.
BRODERIES, DOUBLES, FLEURTIS. In Music, these terms denote ornamental notes added by the performer to vary oft-repeated melodies, embellish overly simple passages, or showcase the agility of one's throat or fingers. Nothing better reveals a musician's taste – whether refined or vulgar – than their selection and deployment of such embellishments. French vocal practice shows great restraint in ornamentation, growing increasingly austere by the day. Save for the celebrated Jélyote and Mademoiselle Fel, no French stage performer now dares attempt Doubles, as our national singing style – having adopted an ever more languid and lugubrious character in recent years – no longer permits them. Italians indulge with abandon in such flourishes, engaging in rivalrous excess. Yet the marked accent of their melodic phrasing prevents the true cantabile from being obscured beneath these ornaments, which composers themselves often prefigure.
A l'égard des Instrumens, on fait ce qu'on veut dans un [84] Solo, mais jamais Symphoniste qui brode ne fut souffert dans un bon Orchestre.
As for instruments, soloists may indulge freely in [84] such embroidery, but no symphonic player who busies himself with ornamentation will ever be tolerated in a proper orchestra.
BRUIT, s. m. C'est, en général, toute émotion de l'air qui se rend sensible à l'organe auditif. Mais en Musique le mot Bruit est opposé au mot Son, & s'entend de toute sensation de l'ouïe qui n'est pas sonore & appréciable. On peut supposer, pour expliquer la différence qui se trouvé à cet égard, entre le Bruit & le Son, que ce dernier n'est appréciable que par le concours de ses Harmoniques, & que le Bruit ne l'est point, parce qu'il en est dépourvu. Mais outre que cette maniere d'appréciation n'est pas facile à concevoir, si l'émotion de l'air, causée par le Son, fait vibrer, avec une corde, les aliquotes de cette corde, on ne voit pas pourquoi l'émotion de l'air, causée par le Bruit, ébranlant cette même corde, n'ébranleroit pas de même ses aliquotes. Je ne fache pas qu'on ait observé aucune propriété de l'air qui puisse faire soupçonner que l'agitation qui produit le Son, & celle qui produit le Bruit prolongé, ne soient pas de même nature, & que l'action & réaction de l'air & du corps sonore, ou de l'air & du corps bruyant, se fassent par des loix différentes dans l'un & dans l'autre effet.
BRUIT (Noise), s. m. Generally, any aerial vibration perceptible to the auditory organ. In Music, however, Noise stands opposed to Sound, denoting any aural sensation lacking sonorous and measurable pitch. To explain this distinction, some posit that Sound becomes appreciable through its harmonic partials, while Noise remains indeterminate through their absence. Yet this hypothesis falters: if air vibrations from a Sound set both a string and its aliquots in motion, why should vibrations from Noise – agitating the same string – not similarly excite its harmonics? I find no observable property of air suggesting that the agitation producing Sound differs essentially from that producing prolonged Noise, nor that the reciprocal action between air and sonorous or noisy bodies follows divergent physical laws.
Ne pourroit-on pas conjecturer que le Bruit n'est point d'une autre nature que le Son; qu'il n'est lui-même que la somme d'une multitude confuse de Sons divers, qui se sont entendre à la fois & contrarient, en quelque sorte, mutuellement leurs ondulations? Tous les corps élastiques semblent être plus sonores à mesure que leur matiere est plus homogene, que le degré de cohésion est plus égal par-tout, & que [85] le corps n'est pas, pour ainsi dire, partagé en une multitude de petites masses qui, ayant des solidités différentes, résonnent conséquemment à différens Tons.
Might we not conjecture that Noise shares Sound's nature, being merely the confused sum of multiple simultaneous tones whose undulations interfere? Elastic bodies seem more sonorous as their matter grows homogeneous and cohesive – [85] unlike bodies fractured into myriad small masses vibrating at disparate pitches.
Pourquoi le Bruit ne seroit-il pas du Son, puisqu'il en excite? Car tout Bruit fait résonner les cordes d'un Clavecin, non quelques-unes, comme fait un Son, mais toutes ensemble, parce qu'il n'y en a pas une qui ne trouvé son unisson ou ses harmoniques. Pourquoi le Bruit ne seroit- il pas du Son, puisqu'avec des Sons on fait du Bruit? Touchez à la fois toutes les touches d'un Clavier, vous produirez une sensation totale qui ne sera que du Bruit, & qui ne prolongera son effet, par la résonnance des cordes, que comme tout autre Bruit qui seroit résonner les mêmes cordes. Pourquoi le Bruit ne seroit-il pas du Son, puisqu'un Son, trop fort n'est plus qu'un véritable Bruit, comme une Voix qui crie à pleine tête, & sur-tout comme le Son d'une grosse cloche qu'on entend dans le clocher même? Car il est impossible de l'apprécier, si, sortant du clocher, on n'adoucit le Son par l'éloignement.
Why should Noise not be Sound, since Noise excites Sound? For any Noise causes all strings of a harpsichord to resonate – not select ones as with a pure Tone, but the entire set, as each string finds its unisons or harmonics within the cacophony. Why should Noise not be Sound, since with Sounds one produces Noise? Strike all keys of a keyboard at once: the resultant sensation is pure Noise, its lingering resonance no different from that caused by any other Noise agitating the same strings. Why should Noise not be Sound, since excessive volume transforms Tone into Noise – as when a voice shrieks at full force, or when hearing a great bell's sound within the belfry itself? For such overwhelming vibration becomes unmeasurable Tone, only softening into appreciable Sound through distance.
Mais, me dira-t-on, d'ou vient ce changement d'un Son excessif en Bruit? C'est que la violence des vibrations rend sensible la résonnance d'un si grand nombre d'aliquotes, que le mélange de tant de Sons divers fait alors son effet ordinaire & n'est plus que du Bruit. Ainsi les aliquotes qui résonnent ne sont pas seulement la moitié, le tiers, le quart & toutes les consonnances; mais la septieme partie, la neuvieme, la centieme, & plus encore. Tout cela fait ensemble un effet semblable à celui de toutes les touches d'un Clavecin frappées [86] à la fois: & voilà comment le Son devient Bruit.
"But," one might object, "why does excessive Sound become Noise?" Because violent vibrations excite so many aliquot resonances that their chaotic mixture produces Noise's customary effect. These partials include not just the consonant divisions – halves, thirds, quarters – but dissonant sevenths, ninths, hundredths, and beyond. Their aggregate resembles striking all harpsichord keys [86] simultaneously – thus Sound becomes Noise.
On donne aussi, par mépris, le nom de Bruit à une Musique étourdissante & confuse, oùl'on entend plus de fracas que d'Harmonie, & plus de clameurs que de Chant. Ce n'est que du Bruit . Cet Opéra fait beaucoup de Bruit & peu d'effet.
The term Noise is also used contemptuously to describe deafening and confused music where clatter overwhelms harmony, and clamor supplants melody. "This is mere noise." "This opera generates much commotion but little effect."
BUCOLIASME. Ancienne Chanson des Bergers. (Voyez CHANSON.)
BUCOLIASME. Ancient pastoral song. (See SONG.)
C
C
[87] C. Cette lettre étoit, dans nos ancienne Musiques, le signe de la Prolation mineure imparfaite, d'ou la même lettre est restée parmi nous celui de la Mesure à quatre Tems, laquelle renferme exactement les mêmes valeurs de Notes. (Voyez MODE, PROLATION.)
[87] C. In early musical notation, this letter signified the minor imperfect prolation. Hence it remains our symbol for quadruple meter, which precisely retains the same note values. (See MODE, PROLATION.)
C. BARRE. Signe de la Mesure à quatre Tems vîtes, ou à deux Tems posés. Il se marque en traversant le C de haut en bas par une ligne perpendiculaire à la Portée.
C BARRÉ. Symbol for either brisk quadruple meter or stately duple meter. It is marked by a vertical line bisecting the C from top to bottom across the staff.
C sol ut, C sol fa ut, ou simplement C. Caractere ou terme de Musique qui indique la premiere Note de la Gamme que nous appellons ut. (Voyez GAMME.) C'est aussi l'ancien signe d'une des trois Clefs de la Musique. (Voyez CLEF.)
C sol ut, C sol fa ut, or simply C. A notational sign indicating the first note of the scale we call ut. (See SCALE.) It also denotes one of three historical clefs. (See CLEF.)
CACOPHONIE, s. f. Union discordante de plusieurs Sons mal choisis ou mal accordés. Ce mot vient de mauvais, &c'est mal-à-propos que la plupart des Musiciens prononcent Cacaphonie. Peut-être seront-ils, à la fin, passer cette prononciation, comme ils ont & déjà fait passer celle de Colophane.
CACOPHONY, n. A discordant combination of ill-chosen or misaligned sounds. Derived from Greek kakos (bad), this term is often mispronounced as "Cacaphony" by musicians—a corruption likely to persist, as occurred with "colophane" for rosin.
CADENCE, s. f. Terminaison d'une phrase harmonique sur un repos ou sur un Accord parfait: ou, pour parler plus généralement, c'est tout passage d'un Accord dissonant un Accord quelconque; car on ne peut jamais sortir d'un Accord dissonant que par un Acte de Cadence. Or, comme toute phrase harmonique est nécessairement liée par des Dissonances [88] exprimées ou sous-entendues, il s'ensuit que toute l'Harmonie n'est proprement qu'une suite de Cadences.
CADENCE, n. The conclusion of a harmonic phrase through a rest or perfect chord. More broadly, any transition from a dissonant chord to another chord constitutes cadence, for dissonance demands resolution through cadential motion. As harmonic phrasing is inherently bound by expressed or implied dissonances [88], all harmony fundamentally unfolds as a chain of cadences.
Ce qu'on appelle Acte de Cadence, résulte toujours de deux Sons fondamentaux, dont l'un annonce la Cadence & l'autre la termine.
An act of cadence always arises from two fundamental tones: one announcing the cadence, the other resolving it.
Comme il n'y a point de Dissonance sans Cadence, il n'y a point non plus de Cadence sans Dissonance exprimée ou sous-entendue: car pour faire sentir le repos, il faut que quelque chose d'antérieur le suspende, & ce quelque chose ne peut être que la Dissonance, ou le sentiment implicite de la Dissonance. Autrement les deux Accords étant également parfaits, on pourroit se repose sur le premier; le second ne s'annonceroit point & ne seroit pas nécessaire. L'accord formé sur le premier Son d'une Cadence doit donc toujours être dissonant, c'est-à-dire, porter ou supposer une Dissonance.
Just as dissonance necessitates cadence, cadence in turn requires dissonance—whether explicit or implicit. For repose to be felt, anticipation must first create suspense, and only dissonance (or its latent perception) achieves this. Without it, two successive perfect chords would allow repose on the first, rendering the second redundant. Thus, the initial chord in a cadence must carry dissonance—either expressed or implied.
A l'égard du second, il peut être consonnant ou dissonance selon qu'on veut établir ou éluder le repos. S'il est consonnant, la Cadence est pleine; s'il est dissonant, la Cadence est évitée ou imitée.
The resolving chord may be consonant (establishing closure) or dissonant (eluding it). The former creates a full cadence; the latter, an evaded or imitated cadence.
On compte ordinairement quatre especes de Cadences; savoir, Cadence parfaite, Cadence imparfaite ou irréguliere, Cadence interrompue & Cadence rompue. Ce sont les dénominations que leur à donne M. Rameau, & dont on verre ci-après les raisons.
Four principal cadence types are recognized: perfect, imperfect (or irregular), interrupted, and deceptive. These terms, coined by M. Rameau, will be justified below.
I. Toutes les fois qu'après un Accord de Septieme la Balle-fondamentale descend de Quinte sur un Accord parfait, c'est une Cadence parfaite pleine, qui procede toujours [89] d'une Dominante-tonique à la Tonique: mais si la Cadence parfaite est évitée par une Dissonance ajoutée à la seconde Note, on peut commencer une seconde Cadence en évitant la premiere sur cette seconde Note, éviter derechef cette seconde Cadence & en commencer une troisieme sur la troisieme Note; enfin continuer ainsi tant qu'on veut, en montant de Quarte ou descendant de Quinte sur toutes les cordes du Ton, & cela forme une succession de Cadences parfaites évitées.
I. When the Fundamental Bass descends a fifth after a seventh chord to a perfect chord, a full perfect cadence occurs, progressing from dominant-tonic to tonic [89]. If this cadence is evaded by adding dissonance to the second note, a chain of evaded perfect cadences may ensue—ascending fourths or descending fifths through the tonal framework until resolving conclusively.
Dans cette succession, qui est sans contredit la plus harmonique, deux Parties, savoir, celles qui sont la Septieme & la Quinte, descendent sur la Tierce & de l'Accord suivant, tandis que deux autres Parties, savoir, celles qui sont la Tierce & l'Octave, restent pour faire, à leur tour, la Septieme & la Quinte, & descendent ensuite alternativement avec les deux autres. Ainsi une telle succession donne une harmonie descendante. Elle ne doit jamais s'arrêter qu'à une Dominante-tonique pour tomber ensuite sur la Tonique par une Cadence pleine. (Planche A Fig. 1 .)
In this progression (unquestionably the most harmonically rich), two voices—the seventh and fifth—descend to the third and octave of the next chord, while the remaining third and octave become the new seventh and fifth, cascading alternately. This creates descending harmony, which must ultimately reach a dominant-tonic before finalizing with a full cadence. (Plate A Fig. 1.)
II. Si la Basse-fondamentale, au lieu de descendre de Quinte après un Accord de Septieme, descend seulement de Tierce, la Cadence s'appelle interrompue: celle-ci ne peut jamais être pleine, mais il faut nécessairement que la seconde Note de cette Cadence porte un autre Accord dissonant. On peut de même continuer à descendre de Tierce ou monter de Sixte par des Accords de Septieme; ce qui fait une deuxieme succession de Cadences évitées, mais bien moins parfaite que la précédente: car la Septieme, qui se sauve sur la Tierce dans la Cadence parfaite, se sauve ici sur l'Octave, [90] qui rend moins d'Harmonie & fait même sous-entendre deux Octave; de sorte que pour les éviter, il faut retrancher la Dissonance ou renverser l'Harmonie.
II. If the Fundamental Bass descends a third rather than a fifth after a seventh chord, an interrupted cadence results. This cadence cannot resolve fully, requiring the second note to carry another dissonant chord. Subsequent thirds or sixths may continue the evasion, forming a secondary chain of evaded cadences—less satisfactory than the first, as the seventh resolves to the octave [90], thinning harmonic texture and implying parallel octaves unless dissonance is suppressed or harmony inverted.
Puisque la Cadence interrompue ne peut jamais être pleine, il s'ensuit qu'une phrase ne peut finir par elle; mais il faut recourir à la Cadence parfaite pour faire entendre l'Accord dominant. (Fig. 2.)
Since interrupted cadences lack finality, phrases cannot end with them; perfect cadences must reintroduce the dominant chord. (Fig. 2.)
La Cadence interrompue forme encore, par sa succession, une Harmonie descendante; mais il n'y a qu'un seul Son qui descende. Les trois autres restent en place pour descendre, chacun à son tour, dans une marche semblable. (Même Figure.)
Interrupted cadences also generate descending harmony, but only one voice descends at a time, the others awaiting their turn. (Same figure.)
Quelques-uns prennent mal-à-propos pour une Cadence interrompue un reversement de la Cadence parfaite, ou la Basse, après un Accord de Septieme, descend de Tierce portant un Accord de Sixte: mais chacun qu'une telle marche, n'étant point fondamentale, ne peut constituer une Cadence particuliere.
Some erroneously label as "interrupted cadence" the inversion of a perfect cadence where the bass descends a third under a sixth chord. However, this non-fundamental motion cannot constitute a distinct cadence type.
III. Cadence rompus est celle où la Basse-fondamentale, comme dans la Cadence parfaite, monte seulement d'un degré. Cette Cadence s'évite le plus souvent par une Septieme sur la seconde Note. Il est certain qu'on ne peut la faire pleine que par licence; car alors il y a nécessairement default de liaison. (Voyez Fig. 3.)Une succession de Cadences rompues évitées est encore descendante; trois Sons y descendant & l'Octave reste seule pour préparer la Dissonance; mais une reste succession est dure, mal modulée, & se pratique rarement.
III. Cadence rompue [Broken Cadence] is that in which the Fundamental Bass, as in the perfect cadence, ascends only by one degree. This cadence is most often avoided by adding a Seventh to the second note. It is certain that it can only be fully realized through license; for in such cases there is necessarily a lack of connection. (See Fig. 3.) A succession of avoided broken cadences remains descending; three voices descend while the Octave alone remains to prepare the Dissonance. However, such a succession is harsh, poorly modulated, and rarely employed.
[91] IV. Quand la Basse descend, par un Intervalle de Quinte, de la Dominante sur la Tonique, c'est, comme je l'ai dit, un Acte de Cadence parfaite. Si au contraire la Basse monte par Quinte de la Tonique à la Dominante, c'est un Acte de Cadence irrégutiere ou imparfaite. Pour l'annoncer on ajoute une Sixte majeure à l'Accord de la Tonique; d'où cet Accord prend le nom de Sixte-ajoutée. (Voyez ACCORD.) Cette Sixte qui fait Dissonance sur la Quinte, est aussi traitée comme Dissonance sur la Basse-fondamentale, &, comme telle, obligée de se sauver en montant diatoniquement sur la Tierce de l'Accord suivant.
[91] IV. When the Bass descends by a Fifth interval from the Dominant to the Tonic, this constitutes, as I have stated, an Act of perfect cadence. If conversely the Bass ascends by Fifth from the Tonic to the Dominant, it becomes an Act of imperfect or irregular cadence. To announce it, a major Sixth is added to the Tonic chord; hence this chord takes the name of added sixth. (See CHORD.) This Sixth, creating a Dissonance against the Fifth, is also treated as a Dissonance over the Fundamental Bass and, as such, must resolve by ascending diatonically to the Third of the following chord.
La Cadence imparfaite forme une opposition presque entiere à la Cadence parfaite. Dans le premier Accord de l'une & de l'autre on divise la Quarte qui se trouvé entre la Quinte & l'Octave par une Dissonance qui y produit une nouvelle Tierce, & cette Dissonance doit aller se résoudre sur l'Accord suivant, par une marche fondamentale de Quinte. Voilà ce que ces deux Cadences ont de commun: voici maintenant ce qu'elles ont d'opposé.
The imperfect cadence forms an almost complete antithesis to the perfect cadence. In the first chord of both, the Fourth between the Fifth and Octave is divided by a Dissonance that introduces a new Third. This Dissonance must resolve into the following chord through a fundamental motion of Fifth. Here lies their commonality; now follows their opposition.
Dans la Cadence parfaite, le Son ajouté se prend au de l'Intervalle de Quarte, auprès de l'Octave, formant Tierce avec la Quinte, & produit une Dissonance mineure qui se sauve en descendant; tandis que la Basse-fondamental monte de Quarte ou descend de Quinte de la Dominante à la Tonique, pour établir un repos parfait. Dans la Cadence imparfaite, le Son jouté se prend au bas de l'Intervalle de Quarte auprès de la Quinte, & forment Tierce avec l'Octave il produit une Dissonance majeure qui se sauve en montant, [92] tant. tandis que la Basse-fondamentale descend de Quarte ou monte de Quinte de la Tonique à la Dominante pour établir un repos imparfait.
In the perfect cadence, the added note is taken at the top of the Fourth interval near the Octave, forming a Third with the Fifth, and produces a minor Dissonance that resolves downward. Meanwhile, the Fundamental Bass ascends by Fourth or descends by Fifth from Dominant to Tonic to establish a perfect repose. In the imperfect cadence, the added note is taken at the bottom of the Fourth interval near the Fifth, forming a Third with the Octave. It produces a major Dissonance that resolves upward, [92] while the Fundamental Bass descends by Fourth or ascends by Fifth from Tonic to Dominant to establish an imperfect repose.
M. Rameau, qui a le premier parlé de cette Cadence, & qui en admet plusieurs renversemens, nous défend, dans son Traité de l'Harmonie, pag. 117, d'admettre celui où le Son ajouté est au grave portant un Accord de Septieme, & cela, par une raison peu solide dont j'ai parlé au mot Accord. Il a pris cet Accord de Septieme pour fondamental; de forte qu'il fait sauver une Septieme par une autre Septieme, une Dissonance par une Dissonance pareille, par un mouvement semblable sur la Basse-fondamentale. Si une telle manier de Traiter les Dissonances pouvoit se tolérer, il faudroit se boucher les oreilles & jetter les regles au feu. Mais l'Harmonie sous laquelle cet Auteur a mis une si étrange Basse fondamentale, est visiblement renversée d'une Cadence imparfaite, évitée par une Septieme ajoutée sur la seconde Note. (Voyez Pl. A. Fig. 4.) Et cela est si vrai, que la Basse-continue qui frappe la Dissonance, est nécessairement obligé de monter diatoniquement pour la sauver, sans quoi le passage ne vaudroit rien. J'avoue que dans le même ouvrage, pag. 272, M. Rameau donne un exemple semblable avec la vrai Basse-fondamentale; mais puisqu'il improuve, en termes formels, le renversement qui résulte de cette Basse, un tel passage ne sert qu'a montrer dans son Livré une contradiction de plus; &, bien que dans un ouvrage postérieur, (Génér. Hamon. p.186.) le même Auteur semble reconnoître le vrai fondement de ce passage, il en parle si obscurément, [93] & dit encore si nettement que la Septieme est sauvée par une autre, qu'on voit bien qu'il ne fait ici qu'entrevoir, qu'au fond il n'a pas changé d'opinion: de forte qu'on est en droit de rétorquer contre lui le reproche qu'il fait à Masson de n'avoir pas sû voir la Cadence imparfaite dans un deses Renversemens.
M. Rameau, who first discussed this Cadence and admitted several inversions, explicitly forbids in his Traité de l'Harmonie (p.117) the inversion where the added tone lies in the bass bearing a Seventh Chord. His reasoning – which I addressed under the entry ACCORD – proves rather weak. He mistook this Seventh Chord for fundamental, thereby resolving a Seventh with another Seventh, a dissonance with an identical dissonance through parallel motion in the Fundamental Bass. Were such treatment of dissonances permissible, we might as well plug our ears and cast all rules to the flames. Yet the harmony underpinned by this Author's peculiar Fundamental Bass clearly derives from an inverted imperfect cadence, evaded by an added Seventh on the second note. (See Pl. A. Fig.4.) The truth shines through in the continuo bass: the dissonant note must ascend diatonically to resolve, lest the passage fail entirely. I concede that in the same work (p.272), Rameau provides a similar example with the true Fundamental Bass; but since he formally condemns the inversion arising from this Bass, such passages merely compound the contradictions in his treatise. Even in a later work (Génération Harmonique p.186), where he feebly grasps this passage's true foundation, his muddled exposition [93] and persistent claim that "a Seventh resolves via another Seventh" reveal unchanged convictions. Thus we may counter his reproach against Masson – who allegedly failed to recognize the imperfect cadence in an inversion – with equal force against himself.
La même Cadence imparfaite se prend encore de la sous-Dominante à la Tonique. On peut aussi l'éviter & lui donner, de cette maniere, une succession de plusieurs Notes, dont les Accords formeront une Harmonie ascendante, dans laquelle la Sixte & l'Octave montent sur la Tierce & la Quinte de l'Accord, tandis que la Tierce & la Quinte restent pour faire l'Octave & préparer la Sixte.
This same imperfect cadence may also proceed from Subdominant to Tonic. Through evasion, we may extend it into a sequence where ascending harmonies carry added Sixths and Octaves over static Thirds and Fifths that prepare subsequent resolutions.
Nul Auteur, que je sache, n'a parlé, jusqu'à M. Rameau, de cette ascension harmonique; lui-même ne la fait qu'entrevoir, & il est vrai qu'on ne pourroit ni pratiquer une longue suite de pareilles Cadences, à cause des Sixtes majeures qui éloigneroient la Modulation, ni même en remplir, sans précaution, toute l'Harmonie.
No theorist prior to Rameau, to my knowledge, addressed this harmonic ascension. Even he merely glimpsed it, for extended sequences prove impractical – major Sixths disrupt modulation, and unprepared harmonic filling risks incoherence.
Après avoir exposé les Regles & la constitution des diverses Cadences, passons aux raisons que M. d'Alembert donne, d'après M. Rameau, de leurs dénominations.
Having expounded cadential rules and structures, let us examine the etymological justifications M. d'Alembert (following Rameau) provides for their nomenclature.
La Cadence parfaite consiste dans une marche de Quinte en descendant; & au contraire, l 'imparfaite consiste dans une marche de Quinte en montant: en voici la raison. Quand je dis, ut sol, sol est déjà renfermé dans l'ut, puisque tout Son, comme ut, porte avec lui sa douzieme, dont sa Quinte sol est l'Octave; ainsi, quand on va d'ut à sol, c'est le Son générateur [94] qui passe à son produit, de maniere l'oreille desire toujours de revenir à ce premier générateur; au contraire, quand on dit sol ut, c'est le produit qui retourne au générateur; l'oreille est satisfaite & ne desire plus rien. De plus, dans cette marche sol ut, le sol se fait encore entendre dans ut; ainsi, l'oreille entend à la fois le générateur & son produit: au lieu que dans la marche ut sol, l'oreille qui, dans le premier Son, avoit entendu ut & sol n'entend plus, dans le second, que sol sans ut. Ainsi le repos ou la Cadence de sol à ut a plus de perfection que la Cadence ou le repos d'ut à sol.
The perfect cadence involves a descending fifth, the imperfect an ascending fifth. Consider this: in the progression ut-sol, sol already resides within ut as its twelfth partial (whose octave is the fifth). Thus moving from generator (ut) to product (sol) leaves the ear yearning to return; whereas sol-ut satisfies by restoring product to generator. Moreover, in sol-ut, sol still resonates within ut, allowing simultaneous perception of generator and product. But in ut-sol, the ear – having initially heard both tones – now hears only sol bereft of ut. Hence the sol-ut cadence achieves greater perfection. [94]
Il semble, continue M. d'Alembert, que dans les Principes de M. Rameau on peut encore expliquer l'effet de la Cadence rompue & de la Cadence interrompue. Imaginons, pour cet effet, qu'après un Accord de Septieme, sol si re fa, on monte diatoniquement par une Cadence rompue à l'Accord la ut mi sol; il est visible que cet Accord est renverse de l'Accord de sous-Dominante ut mi sol la: ainsi la marche de Cadence rompue équivaut à cette succession sol si re fa, ut mi sol la, qui n'est autre chose qu'une Cadence parfaite, dans laquelle ut, au lieu d'être traitée comme Tonique, est rendue sous-Dominante. Or toute Tonique, dit M. d'Alembert, peut toujours être rendue sous-Dominante, en changeant de Mode; j'ajourerai qu'elle peut même porter l'Accord de Sixte-ajoutée, sans en changer.
M. d'Alembert contends that Rameau's principles also explain the deceptive cadence and interrupted cadence. Imagine a Seventh Chord sol si re fa ascending diatonically via deceptive cadence to la ut mi sol. This latter chord inverts the Subdominant ut mi sol la. Thus the deceptive progression equates to sol si re fa, ut mi sol la – a perfect cadence where ut, instead of functioning as Tonic, becomes Subdominant. Now any Tonic, d'Alembert observes, may be rendered Subdominant through modal shift – though I add that even without modal change, it may bear the added Sixth chord.
A l'égard de la Cadence interrompue, qui consiste à descendre d'une Dominante sur une autre par l'Intervalle de Tierce en cette forte, sol si re fa, mi sol si re, il semble [95] qu'on peut encore l'expliquer. En effet, le second Accord mi sol si re est renversé de l'Accord de sous-Dominante sol si re mi: ainsi la Cadence interrompue équivaut à cette succession, sol si re fa, sol si re mi, où la Note sol, après avoir été traitée comme Dominante, est rendue sous-Dominante en changeant de Mode; ce qui est permis & dépend du Compositeur.
Regarding the interrupted cadence – descending from one Dominant to another via third (e.g., sol si re fa, mi sol si re) [95] – explanation follows: the second chord mi sol si re inverts the Subdominant sol si re mi. Thus the interrupted cadence equates to sol si re fa, sol si re mi, where sol shifts from Dominant to Subdominant through modal alteration – a permissible choice at the Composer's discretion.
Ces explications sont ingénieuses & montrent quel usage on peut faire du Double-emploi dans les passages qui semblent s'y rapporter le moins. Cependant l'intention de M. d'Alembert n'est surement pas qu'on s'en serve réellement dans ceux-ci pour la pratique, mais seulement pour l'intelligence du Renversement. Par exemple, le Double-emploi de la Cadence interrompue sauveroit la Dissonance fa par la Dissonance mi, ce qui est contraire aux regles, à l'esprit des regles, & sur-tout au jugement de l'oreille: car dans la sensation du second Accord, sol si re mi, àla suite du premier sol si re fa, l'oreille s'obstine plutôt à rejetter le re du nombre des Consonnances, que d'admettre le mi pour Dissonant. En général, les Commençans doivent savoir que le Double-emploi peut être admis sur un Accord de Septieme à la suite d'un Accord consonnant; mais que si-tôt qu'un Accord de Septieme en suit un semblable, le Double-emploi ne peut avoir lieu. Il est bon qu'ils sachent encore qu'on ne doit changer de Ton par nul autre Accord dissonant que le sensible; d'ou il suit que dans la Cadence rompue on ne peut supposer aucun changement de Ton.
These explanations are ingenious and demonstrate how one might apply the Double-emploi to passages that seem least related to it. However, M. d'Alembert surely does not intend for it to be practically used here, but merely to clarify the inversion. For instance, applying the Double-emploi to the interrupted cadence would resolve the dissonance fa with the dissonance mi — contrary to rules, the spirit of rules, and above all to the ear's judgment. For in perceiving the second chord sol si re mi following the first sol si re fa, the ear stubbornly rejects the re as consonant rather than admitting mi as dissonant. In general, novices must know that the Double-emploi may be permitted on a Seventh chord following a consonant chord; but as soon as one Seventh chord follows another, the Double-emploi becomes inadmissible. They should also know that no dissonant chord other than the leading tone may effect a key change — hence no key change can be assumed in a deceptive cadence.
Il y a une autre espece de Cadence que les Musiciens [96] ne regardent point comme telle, & qui, selon la définition, en est pourtant une véritable: c'est le passage de l'Accord de Septième diminuée sur la Note sensible à l'Accord de la Tonique. Dans ce passage, il ne se trouvé aucune liaison harmonique, & c'est le second exemple de ce défaut dans ce qu'on appelle Cadence. On pourroit regarder les transitions enharmoniques, comme des manieres d'éviter cette même Cadence, de même qu'on évite la Cadence parfaite d'une Dominante à si Tonique par une transition chromatique: mais je nie borne expliquer ici les dénominations établies.
There exists another type of Cadence which musicians [96] do not recognize as such, though by definition it truly is one: the progression from the diminished Seventh chord on the leading tone to the tonic chord. This passage lacks harmonic connection, marking the second instance of this flaw in so-called Cadences. One might view enharmonic transitions as ways to avoid this Cadence, much as chromatic transitions avoid a perfect cadence from Dominant to tonic. But I shall confine myself here to explaining established terminology.
CADENCE est, en terme de Chant, ce battement de gosier que les Italiens appellent Trillo, que nous appellons autrement Tremblement, & qui se fait ordinairement sur la pénultieme Note d'une phrase Musicale, d'où, sans douté, il a pris le nom de Cadence. On dit: Cette Actrice à un belle Cadence; ce chanteur bat mal la Cadence, &c.
CADENCE, in vocal terms, denotes that throat pulsation Italians call Trillo, which we otherwise term Tremblement. It typically occurs on the penultimate note of a musical phrase — whence it likely derives its name. We say: "This actress has a beautiful Cadence," "This singer executes the Cadence poorly," etc.
Il y a deux sortes de Cadences: l'une est la Cadence pleine. Elle consiste à ne commencer le battement de voix qu'après en avoir appuyé la Note supérieure: l'autre s'appelle Cadence brisée, & l'on y fait le battement de voix sans aucune préparation. Voyez l'exemple de l'une & de l'autre, Pl.B.. Fig. 13.
There are two kinds of Cadences: the first is the full Cadence, where the vocal pulsation begins only after sustaining the upper note. The second is called broken Cadence, executed without preparatory sustain. See examples of both in Pl. B. Fig. 13.
CADENCE (la) est une qualité de la bonne Musique, qui donne à ceux qui l'exécutent ou qui l'écoutent un sentiment vif de la Mesure, en sorte qu'ils la marquent & la sentent tomber à propos, sans qu'ils y pensent & comme par instinct Cette qualité est sur-tout requise dans les Airs [97] à danser. Le Menuet marque bien la Cadence, cette Chaconne manque de Cadence. La Cadence, en ce sens étant une qualité, porte ordinairement l'Article défini la; au lieu que la Cadence harmonique porte, comme individuelle, l'Article numérique. Une Cadence parfaite. Trois Cadences évitées, &c.
THE CADENCE (la) signifies a quality of good music that imbues performers and listeners with vivid metrical awareness, making them mark and instinctively feel the downbeats. This quality is particularly essential in dance [97] airs. "The Minuet marks the Cadence well," "This Chaconne lacks Cadence." As a quality, it typically takes the definite article the, whereas harmonic cadences take numerical articles: "a perfect Cadence," "three avoided Cadences," etc.
Cadence signifie encore la conformité des pas du Danseur avec la Mesure marquée par l'Instrument. Il sort de Cadence; il est bien en Cadence. Mais il faut observer que la Cadence ne se marque pas toujours comme se bat la Mesure. Ainsi, le Maître de Musique marque le mouvement du Menuet en frappant au commencement de chaque Mesure; au lieu que le Maître å danser ne bat que de deux en deux Mesures, parce qu'il en faut autant pour former les quatre pas du Menuet.
Cadence also denotes the dancer's steps aligning with the instrumental meter. "He steps out of Cadence," "He maintains good Cadence." Note that dance Cadence is not always marked as the measure is beaten. Thus, the music master marks the Minuet's movement by striking at each measure's start, while the dance master beats only every two measures — the space required for the Minuet's four steps.
CADENCE. adj. Une Musique bien Cadencée est celle où la Cadence est sensible, où le Rhythme & l'Harmonie concourent le plus parfaitement qu'il est possible a faire sentir le mouvement: car le choix des Accords n'est pas indifférent pour marquer les Tems de la Mesure, & l'on ne doit pas pratiquer indifféremment la même Harmonie sur le Frappé & sur le Levé. De même il ne suffit pas de partager les Mesures en valeurs égales, pour en faire sentir les retours égaux; mais le Rhythme ne dépend pas moins de l'Accent qu'on donne à la Mélodie que des valeurs qu'on donne aux Notes; car on peut avoir des Tems très-égaux en valeurs, & toutefois très-mal Cadencés; ce n'est pas assez que l'égalité y soit, il faut encore qu'on la sente.
CADENCE. adj. Well-cadenced Music is that in which the cadence is perceptible, where rhythm and harmony most perfectly cooperate to make the measure felt. For the choice of chords is not indifferent in marking the beats of the measure, and one must not indiscriminately use the same harmony on the downbeat and upbeat. Similarly, merely dividing measures into equal note values does not suffice to make their regular returns perceptible; for rhythm depends no less on the accent given to the melody than on the note durations. One may have perfectly equal beats in value yet very poorly cadenced – equality alone is insufficient, it must be felt.
[98] CADENZA, s. f. Mot Italien, par lequel on indique un Point d'Orgue non écrit, & que l'Auteur laissé à la volonté de celui qui exécute la Partie principale, à fin qu'il y relativement au caractere de l'Air, les passages les plus venables à sa Voix, à son Instrument, ou à son goût.
[98] CADENZA, f. Italian term indicating an unwritten Organ Point that the composer leaves to the discretion of the principal performer, allowing them to improvise passages most suited to their voice, instrument, or taste relative to the air's character.
Ce Point d'Orgue s'appelle Cadenza, parce qu'il se ordinairement sur la premiere Note d'une Cadence finale, & il s'appelle aussi Arbitrio, à cause de la liberté qu'on y laissé à l'Exécutant de se livrer à ses idées, & de suivre son propre goût. La Musique Françoise, sur-tout la vocale qui est extrêmement servile, ne laissé au Chanteur aucune pareille liberté, dont même il seroit fort embarrasse de faire usage.
This Organ Point is called Cadenza because it usually occurs on the first note of a final cadence. It is also termed Arbitrio [discretion] due to the liberty granted the performer to follow their own ideas and taste. French music – particularly vocal music, which is extremely rigid – allows singers no such freedom, which they would moreover be quite embarrassed to use.
CANARDER, v. n. C'est, en jouant du Hautbois, tirer un Son nasillard & rauque, approchant du cri du Canard: c'est ce qui arrive aux Commençans, & sur-tout dans le bas, pour ne pas serrer assez l'anche des levres. Il est aussi très-ordinaire à ceux qui chantent la Haute- Contre de Carnarder; parce que la Haute-Contre est une Voix factice forcée, qui se sent toujours de la contrainte avec laquelle elle sort.
CANARDER, v.n. In oboe playing, to produce a nasal, raucous sound approximating a duck's quack. This occurs among novices, particularly in lower registers from insufficient lip pressure on the reed. Countertenors also frequently "quack," as the countertenor voice is an artificial, strained vocal production that always betrays its forced nature.
CANARIE, s. f. Espece de Gigue dont l'Air est dont l'air d'un mouvement encore plus vis que celui de la Gigue ordinaire: c'est pourquoi l'on le marque quelquefois par 6/16: cette Danse n'est plus en usage aujourd'hui. (Voyez GIGUE.)
CANARIE, f. A type of gigue whose air moves even more briskly than the ordinary gigue, sometimes notated in 6/16 time. This dance has fallen out of use. (See GIGUE.)
CANEVAS, s. m. C'est ainsi qu'on appelle à l'Opéra de Paris des paroles que le Musicien ajuste aux Notes d'un Air à parodier. Sur ces paroles, qui ne signifient rien, le Poete [99] en ajuste d'autres qui ne signifient pas grand chose, où l'on ne trouvé pour l'ordinaire pas plus d'esprit que de sens, où la Prosodie Françoise est ridiculement estropiée, & qu'on appelle encore, avec grande raison, des Canevas.
CANEVAS, m. At the Paris Opera, placeholder lyrics adapted by the composer to the notes of a parodied air. Upon these nonsensical words [99], the poet substitutes others scarcely more meaningful – usually devoid of both wit and sense, with French prosody crudely mangled – which are still, quite rightly, called "canevas" [canvas/drafts].
CANON, s. m. C'étoit dans la Musique ancienne une regle ou méthode pour déterminer les rapports des Intervalles. L'on donnoit aussi le nom de Canon à l'Instrument par lequel on trouvoit ces rapports, & Ptolomée à donne le même nom au Livré que nous avons de lui sur les rapports de tous les Intervalles harmoniques. En général on appelloit Sectio Canonis, la division du Monocorde par tous ces Intervalles, & Canon universalis, le Monocorde ainsi divisé, ou la Table qui le représentoit. (Voyez MONOCORDE.)
CANON, m. In ancient music, a rule or method for determining interval ratios. The term also designated the instrument measuring these ratios, and Ptolemy gave this name to his treatise on harmonic interval relations. Generally, Sectio Canonis referred to the division of intervals on the monochord, while Canon universalis denoted either the divided monochord itself or its tabular representation. (See MONOCHORD.)
CANON, en Musique moderne, est une sorte de Fugue qu'on appelle perpétuelle, parce que les Parties, partant l'une après l'autre, répetent sans cessé le même Chant.
CANON, in modern music, is a type of perpetual fugue where voices entering successively endlessly repeat the same melody.
Autrefois, dit Zarlin, on mettoit à la tête des Fugues perpétuelles, qu'il appelle Fughe in conseguenza, certains avertissemens qui marquoient comment il faloit chanter ces sortes de Fugues, & ces avertissemens étant proprement les regles de ces Fugues, s'intituloient Canoni, réglés, Canons. De-là prenant le titre pour la chose, on a, par métonymie, nommé Canon, cette espece de Fugue.
"In former times," says Zarlino, "perpetual fugues – which he calls Fughe in conseguenza – were prefaced by specific instructions indicating how to perform them. These instructions, being the actual rules governing such fugues, were titled Canoni, réglés, Canons." Through metonymy, the title came to designate the fugue itself.
Les Canons les plus aisés à faire & les plus communs, se prennent à l'Unisson ou à l'Octave; c'est-à-dire, que chaque Partie répete sur le même ton le Chant de celle qui la précede. Pour composer cette espece de Canon, il ne [100] faut qu'imaginer un Chant à son gré; y ajouter en Partition; autant de Parties qu'on veut, à voix égales: puis, de toutes ces Parties chantées successivement, former un seul Air: tâchant que cette succession produise un tout agréable, soit dans l'Harmonie, soit dans le Chant.
The simplest and most common canons operate at the Unison or Octave – that is, each part repeats the preceding part's melody at the same pitch. To compose this type of canon, one need only [100] imagine a melody freely, then add as many equal voices as desired in the score. These successive parts are then consolidated into a single line, striving to produce a harmonious and melodious whole.
Pour exécuter un tel Canon, celui qui doit chanter le premier, part seul, chantant de suite l'Air entier, & le recommençant aussi-tôt sans interrompre la Mesure. Dès que celui-ci à fini le premier couplet, qui doit servir de sujet perpétuel, & sur lequel le Canon entier a été composé, le second entre, & commence ce même premier couplet, tandis que le premier entré poursuit le second: les autres partent de même successivement, dès que celui qui les précede est à la fin du même premier couplet: en recommençant ainsi, sans cessé, on ne trouvé jamais de fin générale, & l'on poursuit le Canon, aussi long-tems qu'on veut.
To perform such a canon, the first singer begins alone, completing the entire melody before immediately restarting it without breaking measure. As the first singer finishes the initial section (which serves as the perpetual subject), the second singer enters with this same section while the first continues to the next. Others follow successively, each beginning when their predecessor reaches the end of the initial section. This cyclical repetition continues indefinitely, allowing the canon to extend perpetually.
L'on peut encore prendre une Fugue perpétuelle à la Quinte, ou à la Quarte; c'est-à-dire, que chaque Partie répétera le Chant de la précédente, une Quinte ou une Quarte plus haut ou plus bas. Il faut alors que le Canon soit imaginé tout entier, di prima intenzione, comme disent les Italiens, & que l'on ajoute des Bémols ou des Dièses aux Notes, dont les degrés naturels ne rendroient pas exactement, à la Quinte ou à la Quarte, le Chant de la Partie précédente. On ne doit avoir égard ici à aucune modulation, mais seulement à l'identité du Chant; ce qui rend la composition du Canon plus difficile: car à chaque fois qu'une Partie reprend la Fugue elle entre dans un nouveau Ton: [101] elle en change presque à chaque Note, & qui pis est, nulle Partie ne se trouvé à la fois dans le même Ton qu'une autre, ce qui fait que ces sortes de Canons, d'ailleurs peu faciles à suivre, ne sont jamais un effet agréable, quelque bonne qu'en soit l'Harmonie, & quelque bien chantés qu'ils soient.
Canons may also be constructed at the Fifth or Fourth – each part repeating the prior melody transposed up/down a fifth or fourth. Here, the entire canon must be conceived di prima intenzione (as Italians say), with accidentals added where natural intervals would disrupt transpositional accuracy. Modulatory considerations yield to melodic identity, complicating composition: each part's entry initiates a new key [101], creating constant tonal shifts. Worse still, no two parts ever share the same key simultaneously. Thus these canons – challenging to execute and lacking inherent charm – rarely prove satisfying regardless of harmonic rigor or skilled performance.
Il y a une troisieme sorte de Canons très-rares, tant à cause de l'excessive difficulté, que parce qu'ordinairement dénués d'agrémens, ils n'ont d'autre mérite que d'avoir coûté beaucoup de peine à faire. C'est ce qu'on pourroit appeller double Canon renversé, tant par l'inversion qu'on y met, dans le Chant des Parties, que par celle qui se trouvé entre les Parties mêmes, en les chantant. Il y a un tel artifice dans cette espece de Canons, que, soit qu'on chante les Parties dans l'ordre naturel, soit qu'on renverse le papier pour les chanter dans un ordre rétrograde, en sorte que l'on commence par la fin, & que la Basse devienne le Dessus, on a toujours une bonne Harmonie & un Canon régulier. (Voyez Pl. D. Fig. 11.) deux exemples de cette espece de Canons tirés de Bontempi, lequel donne aussi des regles pour les composer. Mais on trouvera le vrai principe de ces regles au mot SYSTêME, dans l'exposition de celui de M. Tartini.
A third, exceedingly rare canon type combines double counterpoint with palindromic inversion. Here lies the double inverted canon: whether performed forward or backward (with the score literally flipped, bass becoming treble), the harmonic structure remains intact. (See Pl. D. Fig. 11. for examples from Bontempi, who provides compositional rules.) The true principles underlying such artifices, however, reside in Mr. Tartini's SYSTEM as expounded elsewhere.
Pour faire un Canon dont l'Harmonie soit un peu variée, il faut que les Parties ne se suivent pas trop promptement, que l'une n'entre que long-tems après l'autre. Quand elles se suivent si rapidement, comme à la Pause ou demi-Pause, on n'a pas le tems d'y faire passer plusieurs Accords, & le [102] Canon ne peut manquer d'être monotone; mais c'est un moyen de faire, sansbeaucoup de peine, des Canons à tant de Parties qu'on veut: car un Canon de quatre Mesures seulement, sera déjà à huit Parties si elles se suivent à la demi-Pause y & à chaque Mesure qu'on ajouterai, l'on gagnera encore deux Parties.
To create a Canon with varied harmony, the parts must not follow too closely – each should enter long after the preceding. When entries occur rapidly at the whole rest or half rest, there remains no time for harmonic diversity, rendering [102] the Canon inevitably monotonous. Yet this method allows effortless multiplication of parts: a mere four-measure Canon becomes eight-part when entries follow at half rests, with each added measure yielding two additional parts.
L'Empereur Charles VI, qui étoit grand Musicien & composoit très-bien, se plaisoit beaucoup à faire & chanter de Canons. L'Italie est encore pleine de fort beaux Canons qui ont été faits pour ce Prince, par les meilleurs Maîtres de ce pays-là.
Emperor Charles VI, an accomplished musician and skilled composer, took great pleasure in crafting and performing Canons. Italy remains filled with exquisite Canons composed for this Prince by that country's finest masters.
CANTABILE. Adjectif Italien, qui signifie Chantable, commode a chanter. Il se dit de tous les Chants dont, en quelque Mesure que ce soit, les Intervalles ne sont pas trop grands, ni les Notes trop précipitées, de forte qu'on peur les chanter aisément sans forcer ni gêner la Voix. Le mot Cantabile passe aussi peu-à-peu dans l'usage François. On dit parlez-moi du Cantabile; un beau Cantabile me plaît plus qui tous vos Airs d'exécution.
CANTABILE. Italian adjective denoting singable, vocally convenient. It describes melodies whose intervals – regardless of meter – avoid excessive leaps or rushed note values, allowing effortless delivery without vocal strain. This term gradually enters French usage. One might say: "Speak to me of Cantabile; a beautiful Cantabile pleases me more than all your virtuosic Airs."
CANTATE. s. f. Sorte de petit Poeme Lyrique qui se chante avec des Accompagnemens, &qui, bien que fait pour la chambre, doit recevoir du Musicien la chaleur & le graces de la Musique imitative & théâtrale. Les Cantates sont ordinairement composées de trois Récitatifs, & d'autant d'Airs. Celles qui sont en récit, & les Airs en maximes, sont toujours froides & mauvaises; le Musicien doit les rebuter. Les meilleures sont celles où, dans une situation vive & touchante, le principal personnage parle lui-même; car nos [103] Cantates sont communément à Voix seule. Il y en a pourtant quelques unes à deux Voix cri forme de Dialogue, & celles-là sont encore agréables, quand on y sait introduire de l'intérêt. Mais comme il faut toujours un peu d'échafaudage, pour faire une sorte d'exposition, & mettre l'auditeur au fait, ce n'est pas sans raison que les Cantates ont passé de Mode, & qu'on leur a substitué, même dans les Concerts, des Scènes d'Opéra.
CANTATE. n. f. A lyrical miniature intended for chamber performance with instrumental accompaniments, yet demanding from the composer theatrical vigor and the graces of imitative music. Typically comprising three Recitatives and as many Airs. Those employing abstract narration or sententious Airs remain cold and defective – musicians should reject them. Superior examples place [103] a protagonist in vivid emotional situations (our Cantatas being generally solo works), though some employ two voices in Dialogues when skillfully imbued with dramatic interest. As these forms require cumbersome expositional scaffolding, their eclipse by Opera scenes in concerts appears justified.
La Mode des Cantates nous est venue d'Italie, on le voit par leur nom qui est Italien, & c'est l'Italie aussi qui les à proscrites la premiere. Les Cantates qu'on y sait aujourd'hui, sont de véritables Pieces dramatiques à plusieurs Acteurs, qui ne different des Opéra, qu'en ce que ceux-ci se représentent au Théâtre, & que les Cantates ne s'exécutent qu'en Concert: de sorte que la Cantate est sur un sujet profane, ce qu'est l'Oratorio sur un sujet sacré.
The Cantata fashion originated in Italy (as its name betrays), though Italy first abandoned it. Modern Italian Cantatas resemble unstaged dramatic works – secular counterparts to the sacred Oratorio – differing from Opera only in their concert setting.
CANTATILLE, s. s. Diminutif de Cantate, n'est en effet qu'une Cantate fort courte, dont le sujet est lié par quelques vers de Récitatif, en deux ou trois Airs en Rondeau pour l'ordinaire, avec des Accompagnemens de Symphonie. Le genre de la Cantatille vaut moins encore que celui de la Cantate, auquel on l'a substitué parmi nous. Mais comme on n'y peut développer ni passions ni tableaux, & qu'elle n'est susceptible que de gentillesse, c'est une ressource pour les petits faiseurs de vers, & pour les Musiciens sans génie.
CANTATILLE, n. f. Diminutive Cantata – a brief work unified by scant recitative verses, typically featuring two or three Rondeau-style Airs with Symphony accompaniments. Inferior even to the Cantate it supplanted among us, this genre permits neither passion nor imagery – mere prettiness offering refuge to versifiers and uninspired composers.
CANTIQUE, s. m. Hymne que l'on chance en l'honneur de la Divinité.
CANTIQUE, n. m. Hymn chanted in divine honor.
[104] Les premiers & les plus anciens Cantiques furent composes à l'occasion de quelque événement mémorable, & doivent être comptés entre les plus anciens monumens historiques.Ces Cantiques étoient chantés par des Chœurs de Musique, & souvent accompagnés de danses, comme il paroît par l'écriture. La plus grande Piece qu'elle nous offre, en ce genre, est le Cantique des Cantiques, Ouvrage attribue à Salomon, & que quelques Auteurs prétendent n'être que l'Epithalame de son mariage avec la fille du Roi d'Egypte. Mais les Théologiens montrent, sous cet emblême, l'union de Jésus-Christ & de l'Eglise. Le lieur de Cahusac ne voyoit, dans le Cantique des Cantiques, qu'un Opéra très-bien fait; les Scenes, les Récits, les Duo, les Chœurs, rien manquoit, selon lui; & il ne doutoit pas même que cet Opéra n'eût été représenté.
[104] The first and most ancient Canticles were composed to commemorate memorable events and should be counted among the earliest historical monuments. These Canticles were sung by musical choruses, often accompanied by dances, as Scripture suggests. The most significant work of this kind it presents is the Song of Songs, a text attributed to Solomon that some authors claim to be merely the Epithalamium for his marriage to the daughter of the Egyptian King. Yet theologians interpret this allegory as symbolizing the union of Christ and the Church. The author Cahusac saw in the Song of Songs nothing less than a well-structured Opera, complete with scenes, recitatives, duets, and choruses—lacking nothing, in his view—and even speculated that this Opera had been staged.
Je ne sache pas qu'on ait conservé le nom de Cantique aucun des chants de l'Eglise Romaine, si ce n'est le Cantique de Siméon, celui de Zacharie, & le Magnificat appellé le Cantique de la Vierge. Mais parmi nous on appelle Cantique tout ce qui se chante dans nos Temples, excepte les Pseaumes qui conservent leur nom.
I know of no preserved Canticles bearing this title within the Roman Church’s liturgy, save for the Canticle of Simeon, that of Zechariah, and the Magnificat, called the Virgin’s Canticle. Among us [Protestants], however, the term Canticle encompasses all sung texts in our churches except the Psalms, which retain their distinct name.
Les Grecs donnoient encore le nom de Cantiques à certains Monologues passionnés de leurs Tragédies, qu'on chantoit sur le Mode Hypodorien, ou sur l'Hypophrygien; comme nous l'apprend Aristote au dix-neuvieme de ses Problèmes.
The Greeks also applied the term Canticles to impassioned monologues in their Tragedies, sung in the Hypodorian or Hypophrygian mode, as Aristotle informs us in the nineteenth chapter of his Problems.
CANTO. Ce mot Italien, écrit dans une Partition sur la Portée vide du premier Violon, marque qu'il doit jouer à l'unisson sur la Partie chantante.
CANTO. This Italian word, written in a score on the empty staff of the first Violin, indicates that it should play in unison with the vocal part.
[105] CAPRICE, s. m. Sorte de Piece de Musique libre, dans laquelle l'Auteur, sans s'assujettir à aucun sujet, donne carriere à son génie & se livré à tout le feu de la Composition. Le Caprice de Rebel étoit estimé dans son tems. Aujourd'hui les Caprices de Locatelli donnent de l'exercice à nos Violons.
[105] CAPRICE, n. m. A type of free-form musical piece in which the author, unbound by any subject, gives rein to their genius and surrenders to the fervor of composition. Rebel’s Caprice was esteemed in its time. Today, Locatelli’s Caprices provide ample exercise for our Violinists.
CARACTERES DE MUSIQUE. Ce sont les divers signes qu'on emploie pour représenter tous les Sons de la Mélodie, & toutes les valeurs des Tems & de la Mesure; de sorte qu'à l'aide de ces Caracteres on puisse lire & exécuter la Musique exactement comme elle a été composée, & cette maniere d'écrire s'appelle Noter. (Voyez NOTES.)
MUSICAL CHARACTERS. These are the various signs used to represent all melodic sounds and the temporal values of beats and measures, enabling one to read and perform music precisely as composed. This method of writing is called Notation. (See NOTES.)
Il n'y a que les Nations de l'Europe qui sachent écrire leur Musique. Quoique dans les autres parties du Monde chaque Peuple ait aussi la sienne, il ne paroît pas qu'aucun d'eux ait poussé ses recherches jusqu'à des Caracteres pour la noter. Au moins est-il sur que les Arabes ni les Chinois, les deux Peuples étrangers qui ont le plus cultivé les Lettres, n'ont, ni l'un ni l'autre, de pareils Caracteres. A la vérité les Persans donnent des noms de Villes de leur pays ou des parties du corps humain aux quarante-huit Sons de leur Musique. Ils disent, par exemple, pour donner l'intonation d'un Air: Allez de cette Ville à celle-là; ou allez du doigt au coude: mais ils n'ont aucun signe propre pour exprimer sur le papier ces mêmes Sons; &, quant aux Chinois, on trouvé dans le P. du Halde, qu'ils furent étrangement surpris de voir les Jésuites noter & lire sur cette même Note tous les Airs Chinois quoi: leur faisoit entendre.
Only European nations have mastered the art of writing their music. Though other peoples across the globe possess their own musical traditions, none appear to have developed dedicated Characters for notation. At least it is certain that neither the Arabs nor the Chinese—the two foreign civilizations most devoted to letters—have such Characters. To be sure, the Persians name the forty-eight tones of their music after cities in their land or parts of the human body. For instance, to dictate the intonation of a melody, they might say: Go from this city to that one, or Move from the finger to the elbow. Yet they lack any written symbols to express these tones on paper. As for the Chinese, Father du Halde recounts their astonishment upon seeing Jesuits notate and perform Chinese airs directly from such scores.
[106] Les anciens Grecs se servoient pour Caracteres dans le Musique, ainsi que dans leur Arihmétique, des lettres de leur Alphabet: mais au lieu de leur donner, dans la Musique, une valeur numéraire qui marquât les Intervalles, se contentoient de les employer comme Signes, les combinant en diverses manieres, les mutilant, les accouplant, les couchant, les retournant différemment, selon les Genres & les Modes, comme on peut voir dans le Recueil d'Alypius. Les Latins les imiteront, en se servant, à le exemple, des lettres de l'Alphabet, & il nous en reste encore la lettre jointe au nom de chaque Note de notre Echelle diatonique & naturelle.
[106] The ancient Greeks employed letters of their alphabet as Characters in music, much as they did in arithmetic. However, instead of assigning them numerical values to denote intervals, they used them as mere signs—truncating, combining, inverting, and reorienting them according to genre and mode, as seen in the compilation by Alypius. The Latins followed this practice, adopting letters for notation, a vestige of which remains in the letters still attached to each note of our natural diatonic scale.
Gui Arétin imagina les Lignes, les Portées, les Signes particuliers qui nous font demeurés sous le nom de Notes & qui sont aujourd'hui la Langue Musicale & universelle toute l'Europe.Comme ces derniers Signes, quoiqu'admis unanimement & perfectionnés depuis l'Arétin, ont encore de grands défauts, plusieurs ont tenté de leur substituer d'autres Notes: de ce nombre ont été Parran, Souhaitti Sauveur, Dumas, & moi-même. Mais comme, au fond, tous ces systèmes, en corrigeant d'anciens défauts auxquels on est tout accoutumé, ne faisoient qu'en substituer d'autre dont l'habitude est encore à prendre; je pense que le Public à très-sagement fait de laisser les choses comme elles sont, & de nous renvoyer, nous & nos systêmes, au pays des vaines spéculations.
Guido of Arezzo devised the staff lines, the staves, and the specific signs which have remained with us under the name of Notes, now constituting the universal Musical Language of all Europe. Though these latter signs, despite being unanimously adopted and refined since Guido's time, still possess great imperfections, many have sought to replace them with other notations: among these were Parran, Souhaitti, Sauveur, Dumas, and myself. Yet since all these systems, while correcting ancient flaws to which we had grown accustomed, merely substituted new ones requiring fresh habits, I believe the Public has wisely left matters as they stand, consigning us and our systems to the realm of vain speculation.
CARRILLON. Sorte d'Air fait pour être exécuté par plusieurs Cloches accordées à différens Tons. Comme on fait [107] plutôt le Carrillon pour les Cloches que les Cloches pour le Carrillon, l'on n'y fait entrer qu'autant de Sons divers qu'il y a de Cloches. Il faut observer de plus, que tous leurs Sons ayant quelque permanence, chacun de ceux qu'on frappe doit faire Harmonie avec celui qui le précede & avec celui qui le suit; assujettissement qui, dans un mouvement gai, doit s'étendre à toute une Mesure & même au-delà, afin que les Sons qui durent ensemble ne dissonent point à l'oreille. Il y a beaucoup d'autres observations à faire pour composer un bon Carrillon, & qui rendent ce travail plus pénible que satisfaisant: car c'est toujours une sotte Musique que celle des Cloches, quand même tous les Sons en seroient exactement justes; ce qui n'arrive jamais. On trouvera, (Planche AFig. 14,) l'exemple d'un Carrillon consonnant, composé pour être exécuté sur une Pendule à neuf timbres, faite par M. Romilly, célebre Horloger. On conçoit que l'extrême gêne à laquelle assujettissent le concours harmonique des Sons voisins, & le petit nombre des timbres, ne permet gueres de mettre du Chant dans un semblable Air.
CARILLON. A type of Air designed to be performed by multiple bells tuned to different pitches. As one creates [107] the Carillon for the bells rather than bells for the Carillon, only as many distinct Sounds are included as there are bells. It must further be observed that since each struck Sound possesses some lingering resonance, every note must harmonize with both its predecessor and successor—a constraint that, in lively movements, must extend across entire measures and beyond, ensuring that simultaneous resonances do not clash to the ear. Many other considerations apply to composing a proper Carillon, rendering this labor more arduous than gratifying: for bell music remains inherently crude, even were all its tones perfectly tuned—a circumstance which never occurs. (See Plate A, Fig. 14) for an example of a consonant Carillon composed for a nine-chime pendulum clock crafted by M. Romilly, the renowned Clockmaker. One grasps how the extreme constraints of harmonic concurrence between adjacent tones and the limited number of chimes scarcely permit melodic invention in such an Air.
CARTELLES. Grandes feuilles de peau d'âne préparées, sur lesquelles on entaille les traits des Portées, pour pouvoir y noter tout ce qu'on veut en composant, & l'effacer ensuite avec une éponge; l'autre côté qui n'a point de Portées peut servir à écrire & barbouiller, & s'efface de même, pourvu qu'on n'y laissé pas trop vieillir l'encre. Avec une Cartelle un Compositeur soigneux en a pour sa vie, & épargne bien des rames de papier réglé; mais il y a ceci d'incommode, [108] que la plume passant continuellement sur les lignes entaillées, gratte & s'émousse facilement. Les Cartelles viennent toutes de Rome ou de Naples.
CARTELLES. Large sheets of prepared donkey vellum, grooved with staff lines, allowing composers to notate whatever they wish while drafting and later erase it with a sponge. The reverse side, unlined, may serve for writing and sketching, erasable provided the ink does not age too long. With a Cartelle, a meticulous Composer has a lifelong tool, sparing reams of ruled paper—though with this inconvenience: [108] the pen, perpetually scraping over grooved lines, wears down and dulls easily. All Cartelles originate from Rome or Naples.
CASTRATO, s. m. Musicien qu'on a privé, dans son enfance, des organes de la génération, pour lui conserver la voix aiguë qui chante la Partie appellée Dessus ou Soprano. Quelque peu de rapport qu'on apperçoive entre deux organes si différons, il est certain que la mutilation de l'un prévient & empêche dans l'autre cette mutation qui survient aux hommes à l'age nubile, & qui baisse tout-à-coup leur voix d'un Octave. Il se trouvé, en Italie, des peres barbares qui, sacrifiant la Nature à la fortune, livrent leurs enfans à cette opération, pour le plaisir des gens voluptueux & cruels, qui osent rechercher le Chant de ces malheureux. Laissons aux honnêtes femmes des grandes Villes les ris modestes, l'air dédaigneux, & les propos plaisans dont ils sont l'éternel objet; mais faisons entendre, s'il se peut, la voix de la pudeur & de l'humanité qui crie & s'éleve contre cet infame usage; & que les Princes qui l'encouragent par leurs recherches, rougissent une fois de nuire, en tant de façons, à la conservation de l'espece humaine.Au reste, l'avantage de la voix se compense dans les Castrati par beaucoup d'autres pertes. Ces hommes qui chanteur si bien, mais sans chaleur & sans passion, sont, sur le Théatre, les plus maussades Acteurs du monde ; ils perdent leur voix de très-bonne heure & prennent un embonpoint dégoûtant. Ils parlent & prononcent plus mal que les vrais hommes, & il y a même des lettres telles que Yr, qu'ils ne peuvent point prononcer du tout.
CASTRATO, n. m. A musician deprived in childhood of the organs of generation to preserve the high-pitched voice singing the Treble or Soprano part. However obscure the connection between such disparate organs, it is certain that mutilating one prevents the vocal mutation occurring at puberty, which abruptly lowers a man’s voice by an octave. In Italy, barbaric fathers sacrifice Nature to fortune by subjecting their children to this operation for the pleasure of voluptuous and cruel individuals who dare seek song from these wretches. Let modest laughter, disdainful airs, and mocking jests about them remain the province of virtuous ladies in great cities. But let us amplify, if possible, the voice of decency and humanity that cries out against this infamous practice. May princes who encourage it through their patronage blush at their complicity in undermining human propagation.
Moreover, the vocal advantage of castrati is offset by manifold losses. These men sing well yet without fire or passion, proving the dullest actors on stage. Their voices fade early, replaced by revolting corpulence. Their speech and pronunciation falter worse than true men’s, with letters like Yr remaining wholly unutterable.
[109] Quoique le mot Castrato ne puisse offenser les plus délicates oreilles, il n'en est pas de même de son synonyme François ; preuve évidente que ce qui rend les mots indécens ou deshonnêtes dépend moins des idées qu'on leur attache, que de l'usage de la bonne compagnie, qui les toléré ou les proscrit à son gré.
[109] Though the term Castrato may not offend delicate ears, its French synonym does — clear proof that a word’s indecency depends less on its attached ideas than on polite society’s arbitrary tolerance or proscription.
On pourroit dire, cependant, que le mot Italien s'admet comme représentant une profession ; au lieu que le mot François ne représente que la privation qui y est jointe.
One might argue the Italian term is admissible as denoting a profession, whereas the French term merely signifies the deprivation itself.
CATABAUCALESE. Chanson des Nourrices chez le Anciens. (Voyez CHANSON.)
CATABAUCALESE. Nurses’ song among the Ancients. (See SONG.)
CATACOUSTIQUE, s. f. Science qui a pour objet les Sons réfléchis, ou cette partie de l'Acoustique qui considere les propriétés des Echos. Ainsi la Catacoustique est à l'Acoustique ce que la Catoptrique est à l'Optique.
CATACOUSTICS, n. f. Science of reflected sounds, or that branch of Acoustics treating echoes. Thus Catacoustics is to Acoustics what Catoptrics is to Optics.
CATAPHONIQUE, s. f. Science des Sons réfléchis qu'on appelle aussi Catacoustique. (Voyez l'Article précédent.)
CATAPHONICS, n. f. Science of reflected sounds, also termed Catacoustics. (See preceding Article.)
CAVATINE, s. f. Sorte d'Air pour l'ordinaire assez court, qui n'a ni Reprise, ni seconde Partie, & qui se trouvé souvent dans des Récitatifs obligés. Ce changement subit du Récitatif au Chant mesuré, & le retour inattendu du Chant mesuré au Récitatif, produisent un effet admirable dans les grandes expressions, comme sont toujours celles du Récitatif obligé.
CAVATINE, n. f. A typically brief air lacking reprises or second sections, often appearing in Obbligato Recitatives. The sudden shift from recitative to measured song — and its unexpected return — produces marvelous effects in heightened expressions, as always found in obbligato recitative.
Le mot Cavatina est Italien, & quoique je ne veuille pas, comme Brossard, expliquer dans un Dictionnaire François tous les mots techniques Italiens, sur-tout lorsque ces mots ont des synonymes dans notre Langue ; je me crois pour [110] tant obligé d'expliquer ceux de ces mêmes mots qu'on emploie dans la Musique notée ; parce qu'en exécutant cette Musique, il convient d'entendre les termes qui s'y trouvé & que l'Auteur n'y a pas mis pour rien.
The term Cavatina is Italian. Though I share not Brossard’s zeal to explain every Italian technical term in a French dictionary — especially when synonyms exist in our tongue — I feel bound to clarify those employed in notated music. For in performing such works, one must grasp terms the composer included purposefully.
CENTONISER, v. n. Terme de Plain-Chant. C'est composer un Chant de traits recueillis & arrangés pour la Mélodie qu'on a en vue. Cette maniere de composer n'est pas de l'invention des Symphoniastes modernes ; puisque, selon l'Abbé Le Beuf, Saint Grégoire lui-même à Centonisé.
CENTONIZE, v. n. Plainchant term. To compose a chant by gathering and arranging melodic fragments toward a unified line. This method predates modern symphonists: according to Abbé Le Beuf, even Saint Gregory centonized.
CHACONNE, s. f. Sorte de Piece de Musique faite pour la Danse, dont la Mesure est bien marquée & le Mouvement modéré. Autrefois il y avoit des Chaconnes à deux tems & à trois ; mais on n'en fait plus qu'à trois. Ce sont, pour l'ordinaire, des Chants qu'on appelle Couplets, composés & variés en diverses manieres, sur une Basse-contrainte, de quatre en quatre Mesures, commençant presque toujours par le second tems pour prévenir l'interruption. On s'est affranchi peu-à-peu de cette contrainte de la Basse, & l'on n'y a presque plus aucun égard.
CHACONNE, n. f. Dance piece in marked triple meter at moderate tempo. Formerly written in duple or triple time, now exclusively triple. Typically comprises varied couplets over a four-measure Ground Bass, nearly always starting on the second beat to avoid interruption. Gradually this bass constraint has been disregarded.
La beauté de la Chaconne consiste à trouver des Chants qui marquent bien le Mouvement, & comme elle est souvent fort longue, à varier tellement les Couplets qu'ils contrastent bien ensemble, & qu'ils réveillent sans cessé l'attention de l'auditeur. Pour cela, on passe & repasse à volonté du Majeur au Mineur, sans quitter pourtant beaucoup le Ton principal, & du grave au gai, ou du tendre au vis, sans presser ni ralentir jamais la Mesure.
The chaconne’s beauty lies in crafting melodies that emphasize the pulse. As pieces are often lengthy, couplets must contrast sharply to sustain attention. To this end, one shifts between major and minor modes while adhering to the principal key, alternating grave and gay affects, tender and lively expressions — never rushing nor dragging the tempo.
La Chaconne est née en Italie, & elle y étoit autrefois [111] fort en usage, de même qu'enEspagne. On ne la connoît plus aujourd'hui qu'en France dans nos Opéra.
The Chaconne originated in Italy, & was formerly [111] much in vogue there, as well as in Spain. It is now known only in France through our Operas.
CHANSON.
SONG.
Espece de petit Poeme lyrique fort court, qui roule ordinairement sur des sujets agréables, auquel on ajoute un Air pour être chanté dans des occasions familieres, comme à table, avec ses amis, avec sa maîtresse, & même seul, pour éloigner, quelques instans, l'ennui si l'on est riche; & pour supporter plus doucement la misere & le travail, si l'on est pauvre.
A type of short lyrical poem, typically addressing pleasant subjects, set to an Air for singing in informal occasions – at table with friends, with one's beloved, or even alone to briefly dispel boredom if wealthy, or to sweeten the burden of poverty and labor.
L'usage des Chansons semble être une suite naturelle de celui de la parole, & n'est en effet pas moins général; car par-tout où l'on parle, on chante. Il n'a falu, pour les imaginer, que déployer ses organes, donner un tour agréable aux idées dont on aimoit à s'occuper, & fortifier par l'expression dont la voix est capable, le sentiment qu'on vouloit rendre, ou l'image qu'on vouloit peindre. Aussi les Anciens n'avoient-ils point encore l'art d'écrire, qu'ils avoient déjà des Chansons. Leurs Loix & leurs histoires, les louanges des Dieux & des Héros, furent chantées avant d'être écrites. Et de-là vient, selon Aristote, que le même nom Grec fut donne aux Loix & aux Chansons.
The practice of Songs seems a natural extension of speech, & is indeed no less universal; for wherever there is speech, there is song. Their invention required only the deployment of one's vocal organs, the graceful shaping of cherished thoughts, & the amplification through vocal expression of sentiments or images to be conveyed. Thus, the Ancients had Songs before mastering writing. Their Laws & histories, praises of Gods & Heroes, were sung before being written. Hence, as Aristotle notes, the same Greek term denoted both Laws & Songs.
Toute la Poésie lyrique n'étoit proprement que des Chansons; mais je dois me borner ici à parler de celle qui portoit plus particulièrement ce nom, & qui en avoit mieux le caractere selon nos idées.
All lyric poetry was essentially Songs; but I must here confine myself to those bearing this name most distinctly & embodying its character by our modern understanding.
Commençons par les Airs de table. Dans les premiers tems, dit M. de la Nauze, tous les Convives, au rapport de Dicéarque, de Plutarque & d'Artémon, chantoient ensemble, [112] & d'une seule voix, les louanges de la Divinité. Ainsi ces Chansons étoient de véritables Péans ou Cantiques sacrés. Les Dieux n'étoient point pour eux des trouble-fêtes; & ils ne dédaignoient pas de les admettre dans le plaisirs.
Let us begin with table Airs. In earliest times, says M. de la Nauze, all banqueters – according to Dicaearchus, Plutarch, & Artemon – sang together [112] in unison, praising the Divinity. Thus these Songs were veritable Paeans or sacred Canticles. The Gods were no killjoys to them, & were gladly admitted to their revels.
Dans la suite les Convives chantoient successivement, chacun à ton tour, tenant une branche de Myrthe, qui passoit de la main de celui qui venoit de chanter, à celui qui chantoit après lui. Enfin quand la Musique se perfectionna dans la Grece, & qu'on employa la Lyre dans les festins, il n'y eût plus, disent les Auteurs déjà cités, que les habiles gens qui fussent en état de chanter à table du moins en s'accompagnant de la Lyre. Les autres, contraints de s'en tenir la branche de Myrthe, donnerent lieu à un proverbe Grec, par lequel on disoit qu'un homme chantoit au Myrthe, quand on vouloit le taxer d'ignorance.
Later, banqueters sang successively, each holding a Myrtle branch passed from the last singer to the next. Finally, when Music attained refinement in Greece & the Lyre graced feasts, only skilled individuals – say our cited authors – could sing at table while accompanying themselves. Others, confined to the Myrtle branch, inspired a Greek proverb: to "sing to the Myrtle" mocked one's ignorance.
Ces Chansons accompagnées de la Lyre, & dont Terpandre fut l'inventeur, s'appellent Scolies , mot qui signifie oblique ou tortueux, pour marquer, selon Plutarque; la difficulté de la Chanson; ou comme le veut Artémon la situation irréguliere de ceux qui chantoient: car, comme il faloit être, habile pour chanter ainsi, chacun ne chantoit à son rang; mais seulement ceux qui savoient la Musique, lesquels se trouvoient dispersés çà & là, & placés obliquement l'un par rapport à l'autre.
These Lyre-accompanied Songs, invented by Terpander, were called Scolies – a term meaning "oblique" or "twisted," signifying, per Plutarch, the Song's difficulty; or, as Artemon claims, the irregular seating of singers. For as skill was required, participants sang not in order but as ability dictated – scattered here & there, obliquely positioned relative to one another.
Les Sujets des Scolies se tiroient non-seulement de l'amour & du vin, ou du plaisir en général, comme aujourd'hui; mais encore de l'Histoire, de la Guerre, & même [113] de la Morale. Telle est la Chanson d'Aristote sur la mort d'Hermias son ami & son allié, laquelle fit accuser son Auteur d'impiété.
Scolies drew subjects not merely from love, wine, or general mirth (as today), but also from History, War, & even [113] Morality. Such is Aristotle's Song on the death of Hermias, his friend & ally – a work that provoked charges of impiety against its author.
«O vertu, qui, malgré les difficultés que vous présentez aux foibles mortels, êtes l'objet charmant de leurs recherches! Vertu pure & aimable! ce fut toujours aux Grecs un destin digne d'envie de mourir pour vous, & de souffrir avec constance les maux les plus affreux. Telles sont les semences d'immortalité que vous répandez dans tous les coeurs. Les fruits en sont plusprécieux que l'or, que l'amitié des parens, que le sommeil le plus tranquille. Pour vous le divin Hercule & les fils de Léda supporterent mille travaux, & le succès de leurs exploits annonça votre puissance. C'est par amour pour vous qu'Achille & Ajax descendirent dans l'Empire de Pluton, & c'est en vue de votre céleste beauté, que le Prince d'Atarne s'est aussi privé de la lumiere du Soleil. Prince à jamais célebre par ses actions, les filles de Mémoire chanteront sa gloire toutes les fois qu'elles chanteront le culte de Jupiter Hospitalier, & le prix d'une amitié durable & sincere.»
"O virtue! You who present such difficulties to feeble mortals yet remain the cherished object of their pursuit! Pure and amiable virtue! It was ever the enviable destiny of Greeks to die for you and endure the most dreadful sufferings with constancy. Such are the seeds of immortality you sow in all hearts. Their fruits surpass gold in worth, familial bonds in tenderness, and even the sweetest slumber in peace. For you, divine Hercules and Leda's sons underwent countless labors, their triumphs proclaiming your power. Through love of you did Achilles and Ajax descend to Pluto's realm, and through vision of your celestial beauty did the Prince of Atarneus deprive himself of sunlight. This ever-celebrated prince shall have his glory sung by Memory's daughters whenever they hymn the rites of Hospitable Jupiter and the rewards of enduring, sincere friendship."
Toutes leurs Chansons morales n'étoient pas si graves que celle-là. En voici une d'un goût différent, tirée d'Athénée.
Not all their moral songs maintained such gravity. Consider this differing example from Athenaeus:
«Le premier de tous les biens cil: la santé, le second la beauté, le troisieme les richesses amassées sans fraude, & le quatrieme la jeunesse qu'on passe avec ses amis.»
"First among blessings stands health; beauty follows second; third, wealth gained without deceit; fourth, youth spent in friendship's bloom."
Quant aux Scolies qui roulent sur l'amour & le vin, on en peut juger par les soixante & dix Odes d'Anacréon, qui [114] nous restent. Mais dans ces sortes de Chansons mêmes, on voyoit encore briller cet amour de la Patrie & de la liberté dont tous les Grecs étoient transportés.
As for Scolies celebrating love and wine, Anacreon's seventy surviving Odes [114] provide ample testimony. Yet even in these amatory verses shone that patriotic fervor and love of liberty which inflamed all Greek hearts.
«Du vin & de la santé, dit une de ces Chansons, pour ma Clitagora & pour moi, avec le secours des Thessaliens. C'est qu'outre que Clitagora étoit Thessalienne, les Athéniens avoient autrefois reçu du secours des Thessaliens, contre la tyrannie des Pisistratides.
"Wine and health," proclaims one such song, "for my Clitagora and me, with Thessalian aid." This dual reference honors both Clitagora's Thessalian origin and Athenian gratitude for Thessalian support against Pisistratid tyranny.
Ils avoient aussi des Chansons pour les diverses professions. Telles étoient les Chansons des Bergers, dont une espece appellée Bucoliasme, étoit le véritable Chant de ceux qui conduisoient le bétail; & l'autre, qui est proprement la Pastorale, en étoit l'agréable imitation: la Chanson des Moissonneurs, appellée le Lytierse, du nom d'un fils de Midas, qui s'occupoit par goût à faire la moisson: la Chanson des Meuniers appellée Hymée, ou Epiaulie; comme celle-ci tirée de Plutarque; Moule, meule, moulez: car Pittacus qui regne dans l'auguste Mitylene, aime à moudre; parce que Pittacus étoit grand mangeur: la Chanson des Tisserands, qui s'appelloit Eline: la Chanson Yule des Ouvriers en laine: celle des Nourrices, qui s'appelloit Catabaucalèse ou Nunnie: la Chanson des Amans, appellée Nomion: celle des femmes, appellée Carlyce; Harpalice, celle des filles. Ces deux dernieres, attendu le sexe, étoient aussi des Chansons d'amour.
Vocational songs abounded: the herdsmen's Bucoliasme – authentic cattle-driving chants – contrasted with stylized Pastoral imitations; the Lytierse harvest song, named for Midas' son who reaped for pleasure; the Hymée or Epiaulie millers' chant ("Grind, millstones, grind! Pittacus rules Mitylene's heights yet loves to mill," mocking that ruler's gluttony); the Eline weavers' tune; the Nunnie or Catabaucalèse nurses' lullaby; the Nomion lovers' air; Carlyce for matrons; Harpalice for maidens – these last two being love songs by virtue of their singers' sex.
Pour des occasions particulieres, ils avoient la i des noces, qui s'appelloit, Hyménée, Epithalame: la Chanson de Datis, pour des occasions joyeuses: les lamentations, [115] l'laleme & le Linos pour des occasions funebres & tristes. Ce Linos se chantoit aussi chez les Egyptiens, & s'appelloit par eux Maneros, du nom d'un de leurs Princes, au deuil duquel ir avoir été chanté. Par un passage d'Euripide, cité par Athénée, on voit que le Linos pouvoit aussi marquer la joie.
Special occasions demanded specific forms: the nuptial Hymen and Epithalamium; Datis for merrymaking; the lamentational Ialeme and Linos [115] for funerals. Egyptians too sang their Linos as Maneros, mourning Prince Maneros. Yet Euripides (per Athenaeus) shows the Linos could also express joy.
Enfin, il y avoir encore des Hymnes ou Chansons en l'honneur des Dieux & des Héros. Telles étoient les Iules de Cérès & Proserpine, la Philelie d'Apollon, les Upinges de Diane, &c.
Divine hymns completed this taxonomy: the Iules for Ceres and Proserpine, Apollo's Philelie, Diana's Upinges, etc.
Ce genre passa des Grecs aux Latins, & plusieurs Odes d'Horace, sont des Chansons galantes ou bachiques. Mais cette Nation, plus guerriere que sensuelle, fit, durant très long-tems, un médiocre usage de la Musique & des Chansons, & n'a jamais approché, sur ce point, des graces de la volupté Grecque. Il paroît que le Chant resta toujours rude & grossier chez les Romains. Ce qu'ils chantoient aux noces, étoit plutôt des clameurs que des Chansons, & il n'est gueres à présumer que les Chansons satyriques des Soldats, aux triomphes de leurs Généraux, eussent une Mélodie fort agréable.
This tradition passed from Greeks to Latins. Horace's Odes contain gallant and Bacchic songs, yet Rome – more warlike than sensual – long treated music carelessly, never matching Greek voluptuous grace. Roman chant remained harsh and crude. Their nuptial clamors resembled shouts more than songs, while soldiers' satirical triumph-chants likely possessed little melodic charm.
Les Modernes ont aussi leurs Chansons de différentes especes, selon le génie & le goût de chaque Nation. Mais les François l'emportent sur toute l'Europe, dans l'art de les composer,sinon pour le tour & la Mélodie des Airs, au moins pour le sel, la grace & la finesse des paroles; quoique pour l'ordinaire l'esprit & la satyre s'y montrent bien mieux encore que le sentiment & la volupté. Ils se sont plus à cet amusement & y ont excellé dans tous les tems, témoin les anciens Troubadours. Cet heureux peuple est toujours gai, [116] tournant tout en plaisanterie: les femmes y sont fort galantes, les hommes fort dissipés, & le pays produit d'excellent vin; le moyen de n'y pas chanter sans cessé? Nous avons encore d'anciennes Chansons de Thibault, Comte de Champagne, l'homme le plus galant de son siecle, mises en Musique par Guillaume de Machault. Marot en fit beaucoup nous restent, &grace aux Airs d'Orlande & de Claudin, nous en avons aussi plusieurs de la Pléiade de Charles IX. Je ne parlerai point des Chansons plus modernes, par lesquelles les Musiciens Lambert, du Bousset, la Garde & autres, ont acquis un nom, & dont on trouvé autant de Poetes, qu'il y a de gens de plaisir parmi le Peuple du monde qui s'y livré le plus, quoique non pas tous aussi célebres que le Comte de Coulange & l'Abbé de Lattaignant. La Provence & le Languedoc n'ont point non plus, dégénéré de leur premier talent. On voit toujours régner dans ces Provinces un air de gaieté qui porte sans cessé leurs habitans au Chant & à la Danse. Un Provençal menace, dit-on, son ennemi d'une Chanson, comme un Italien menaceroit le sien d'un coup de stilet; chacun à ses armes. Les autres Pays ont aussi leurs Provinces Chansonniers; en Angleterre, c'est l'Ecosse; en Italie, c'est Venise. (Voyez BARCAROLLES.)
Modern nations likewise possess their own varieties of songs, shaped by each country's genius and taste. Yet the French surpass all Europe in the art of composing them – if not in melodic turns of phrase, at least in the wit, grace, and subtlety of lyrics; though here, cleverness and satire usually shine brighter than sentiment and sensuality. This diversion has long delighted them, excelling through all eras, as evidenced by ancient Troubadours. This happy people remains ever cheerful, [116] transforming all into jest: their women brim with gallantry, their men with dissipation, and the land yields excellent wine – how could they cease singing? We still preserve ancient songs by Thibault, Count of Champagne – the most gallant man of his age – set to music by Guillaume de Machaut. Marot left us many, while the Pléiade of Charles IX survives through Airs by Orlande and Claudin. I shall pass over modern songs through which musicians like Lambert, Du Bousset, La Garde and others gained renown, finding as many poets as there are pleasure-seekers among worldly folk – though few rival the fame of the Count of Coulange or Abbé de Lattaignant. Provence and Languedoc retain their ancestral talent. These provinces still breathe an air of mirth that drives inhabitants to ceaseless song and dance. They say a Provençal threatens foes with a song as an Italian might with a stiletto – each wields their weapon. Other lands too have their songwriting regions: Scotland for England, Venice for Italy. (See BARCAROLLES.)
Nos Chansons sont de plusieurs sortes; mais en général elles roulent ou sur l'amour, ou sur le vin, ou sur la satyre. Les Chansons d'amour sont; les Airs tendres qu'on appelle encore Airs sérieux; les Romances, dont le caractere est d'émouvoir l'ame insensiblement par le récit tendre & naïf de quelque histoire amoureuse & tragique; les Chansons pastorales [117] & rustiques, dont plusieurs sont faites pour danser; comme les Musettes, les Gavottes, les Branles, &c.
Our songs fall into several types, generally treating love, wine, or satire. Love songs include tender Airs still called serious Airs; Romances, characterized by their artless narration of amorous and tragic tales to gently stir the soul; [117] pastoral songs and rustic ditties, many meant for dancing – Musettes, Gavottes, Branles, etc.
Les Chansons à boire sont assez communément des Airs de Basse ou des Rondes de table: c'est avec beaucoup de raison qu'on en fait peu pour les Dessus; car il n'y a pas une idée de débauche plus crapuleuse & plus vile que celle d'une femme ivre.
Drinking songs commonly employ bass Airs or table Rondes. Wisdom dictates few are written for high voices, as no image proves more sordidly debauched than that of an intoxicated woman.
A l'égard des Chansons satyriques, elles sont comprises sous le nom de Vaudevilles, & lancent indifféremment leurs traits sur le vice & sur la vertu, en les rendant également ridicules; ce qui doit proscrire le Vaudeville de la bouche des gens de bien.
As for satirical songs, they fall under Vaudevilles – indiscriminately mocking vice and virtue into equal ridicule, which should banish the Vaudeville from lips of the virtuous.
Nous avons encore une espece de Chanson qu'un appelle Parodie. Ce sont des paroles qu'on ajuste comme on peut sur des Airs de Violon, ou d'autres Instrumens, dit qu'on fait rimer tant bien que mal, sans avoir égard à la mesure des vers, ni au caractere de l'Air, ni au sens des paroles, ni le plus souvent à l'honnêteté. (Voyez PARODIE.)
We possess another song type called Parody – verses crudely fitted to violin Airs or instrumental pieces, rhyming haphazardly without regard for poetic meter, the Air's character, lyrical meaning, or oftentimes decency. (See PARODY.)
CHANT, s. m. Sorte de modification de la voix humaine, par laquelle on forme des Sons variés & appréciables. Observons que pour donner à cette définition toute l'universalité qu'elle doit avoir, il ne faut pas seulement entendre par Sons appréciables, ceux qu'on peut assigner par les Notes de notre Musique, & rendre par les touches de notre Clavier; mais tous ceux dont on peut trouver ou sentir l'Unisson & calculer les Intervalles de quelque manière que ce soit.
CHANT (Song), n. A modulation of human voice producing varied and appreciable sounds. Note: To preserve this definition's universality, appreciable sounds must include not merely those notated in our music or played on keyboards, but all sounds whose unison can be discerned and intervals calculated by any means.
Il est très-difficile de déterminer en quoi la voix qui forme la parole, différé de la voix qui forme le Chant. Cette différence [118] est sensible, mais on ne voit pas bien clairement en quoi elle consiste, & quand on veut le chercher, on ne le trouvé pas M. Dodart à fait des observationsanatomique à la faveur desquelles il croit, à la vérité, trouver dans les différentes situations du Larynx, la cause de ces deux sortes de voit. Mais je ne sais si ces observations, ou les conséquences qu'il en tire, sont bien certaines. (Voyez VOIX.) Il sensible ne manquer aux Sons qui forment la parole, que la permanence, pour former un véritable Chant: il paroît aussi que les diverses inflexions qu'on donne à la voix en parlant, forment des Intervalles qui ne sont point harmoniques, ne sont pas partie de nos systêmes de Musique, & qui, par conséquent, ne pouvant être exprimés en Note, ne sont proprement du Chant pour nous.
It is exceedingly difficult to determine how the voice that forms speech differs from that which forms Song. This distinction [118] is perceptible, yet its precise nature remains elusive; when sought, it evades capture. M. Dodart conducted anatomical investigations through which he claims to identify in varying laryngeal positions the cause of these two vocal modes. But I question whether these observations, or the conclusions he draws from them, are entirely reliable. (See VOICE.) It appears that speech sounds lack only sustained pitch to become true Song; moreover, the inflections of speaking voice produce intervals foreign to harmonic systems – intervals unquantifiable by our musical notation, thus not constituting Song in our understanding.
Le Chant ne semble pas naturel à l'homme. Quoique Sauvages de l'Amérique chantent, parce qu'ils parlent, vrai Sauvage ne chanta jamais. Les Muets ne chantent point; ils ne forment que des voix sans permanence, des mugissemens sourds que le besoin leur arrache. Je douterois que le sieur Pereyre, avec tout sort talent, pût jamais tira d'eux aucun Chant musical. Les enfans crient, pleureur, & ne chantent point. Les premieres expressions de la nature n'ont rien en eux de mélodieux ni de sonore, & ils apprennent à Chanter comme à parler, à notre exemple. Le Chant mélodieux & appréciable n'est qu'une imitation paisible & artificielle des accens de la Voix parlante ou passionnée; on crie & l'on se plaint sans chanter: mais: mais on imite en chantant les cris & les plaintes, & comme, de toutes les imitations, [119] la plus intéressante est celle des passions humaines, de toutes les manieres d'imiter, la plus agréable est le Chant.
Song does not seem natural to mankind. Though American Savages sing because they speak, the true Savage never sang. Mutes cannot sing; they produce only transient sounds – guttural moans torn from necessity. I doubt even the esteemed Sieur Pereyre, despite his talents, could ever extract musical song from them. Children wail and weep but do not sing. Nature's primal utterances hold no melodiousness; they learn to Sing as they learn speech – through imitation. Harmonious, measurable Song is but an artful simulation of speech's passionate accents: one shouts and laments without singing, yet through Song imitates cries and sorrows. Among all imitations, [119] none proves more compelling than that of human passions; among modes of imitation, none more pleasing than Song.
Chant, appliqué plus particulièrement à notre Musique, en est la partie mélodieuse, celle qui résulte de la durée & de la succession des Sons, celle d'où dépend toute l'expression, & à laquelle tout le reste est subordonné. (Voyez MUSIQUE, MÉLODIE.) Les Chants agréables frappent d'abord, ils se gravent facilement dans la mémoire; mais ils sont souvent l'écueil des Compositeurs, parce qu'il ne faut que du savoir pour entasser des Accords, & qu'il faut du talent pour imaginer des Chants gracieux. Il y a dans chaque Nation des tours de Chant triviaux & usés, dans lesquels les mauvais Musiciens retombent sans cessé; il y en a de baroques qu'on n'use jamais, parce que le Public les rebute toujours. Inventer des Chants nouveaux, appartient à l'homme de génie: trouver de beaux Chants, appartient à l'homme de goût.
Song, considered specifically within our Music, constitutes its melodic essence – the product of durations and tonal succession, the wellspring of expression to which all else remains subordinate. (See MUSIC, MELODY.) Pleasing melodies strike immediately, imprinting themselves on memory; yet they often prove composers' downfall, for mere knowledge suffices to pile up chords, whereas talent is required to devise graceful melodies. Every nation possesses trivial, overused melodic turns into which inferior musicians perpetually relapse, alongside grotesque ones eternally rejected by the Public. To invent novel melodies belongs to genius; to discover beautiful ones, to the man of taste.
Enfin, dans son sens le plus resserré, Chant se dit seulement de la Musique vocale, & dans celle qui est mêlée de Symphonie, on appelle Parties de Chant, celles qui sont destinées pour les Voix.
Finally, in its most restricted sense, Song refers solely to vocal music. In pieces combining instrumental symphony, vocal parts are termed Parties de Chant.
CHANT AMBROSIEN.
AMBROSIAN CHANT
Sorte de Plain-Chant dont l'invention est attribuée à Saint Ambroise, Archevêque de Milan. (Voyez PLAIN-CHANT.)
A form of Plainchant whose invention is ascribed to Saint Ambrose, Archbishop of Milan. (See PLAINCHANT.)
CHANT GREGORIEN.
GREGORIAN CHANT
Sorte de Plain-Chant dont l'invention est attribuée à Saint Grégoire Pape, & qui a été substitué ou préféré dans la plupart des Eglises, au Chant Ambrosien. (Voyez PLAIN-CHANT.)
A form of Plainchant attributed to Pope Saint Gregory, which supplanted or surpassed Ambrosian Chant in most churches. (See PLAINCHANT.)
CHANT en ISON ou CHANT EGAL. On appelle ainsi[120] un Chant ou une Psalmodie qui ne roule que sur deux Sons & ne forme, par conséquent, qu'un seul Intervalle. Quelques Ordres Religieux n'ont dans leurs Eglises d'autre Chant que le Chant en Ison.
ISON CHANT or EQUAL CHANT. This term denotes [120] a Chant or psalmody that revolves solely around two notes, forming but a single interval. Certain religious orders employ no other chant in their liturgy than Ison Chant.
CHANT SUR LE LIVRÉ.
SIGHT-SINGING
Plain-Chant ou Contre-point à quatre Parties, que les Musiciens composent & chantent impromptu sur une seule; savoir, le Livré de Chœur qui est au Lutrin: en sorte, qu'excepté la Partie notée, qu'on met ordinairement à la Taille, les Musiciens affectes aux trois autres Parties, n'ont que celle-là pour guide, & composent chacun la leur en chantant.
Plainchant or four-part counterpoint composed and performed extemporaneously by musicians based on a single notated part – typically the Tenor line placed on the choir lectern. Excepting this notated part, musicians assigned to the three other voices use it as their sole guide, composing their respective lines while singing.
Le Chant sur le Livré demande beaucoup de science, d'habitude & d'oreille dans ceux qui l'exécutent, d'autant plus qu'il n'est pas toujours aisé de rapporter les Tons du Plain. Chant àceux de notre Musique. Cependant il y a des Musiciens d'Eglise, si versés dans cette sorte de Chant, qu'ils y commencent & poursuivent même des Fugues, quand le sujet en peut comporter, sans confondre & croiser les Parties, ni faire de faute dans l'Harmonie.
SINGING UPON THE BOOK requires extensive knowledge, practice, and a trained ear in its performers, especially since it is not always easy to reconcile the Tones of Plainsong with those of our modern Music. Nevertheless, there are Church Musicians so versed in this type of singing that they can initiate and even sustain Fugues within it – whenever the subject permits – without confounding the Parts or violating Harmonic rules.
CHANTER, v. n. C'est, dans l'acception la plus générales former avec la voix des Sons variés & appréciables. (Voyez CHANT.) Mais c'est plus communément faire diverses inflexions de voix, sonores, agréables à l'oreille, par des Intervalles admis dans la Musique, & dans les regles de la Modulation.
TO SING, v. n. In its broadest sense, this signifies producing varied and measurable Sounds with the voice. (See CHANT.) More commonly, however, it denotes making sonorous vocal inflections pleasing to the ear through Intervals recognized in Music and governed by Modulation rules.
On Chante plus ou moins agréablement, à proportion qu'on a la voix plus ou moins agréable & sonore, l'oreille plus ou moins juste, l'organe plus ou moins flexible, le [121] goût plus ou moins formé, & plus ou moins de pratique de l'Art du Chant. A quoi l'on doit ajouter, dans la Musique imitative & théâtrale, le degré de sensibilité qui nous affecte plus ou moins des sentimens que nous avons à rendre. On a aussi plus ou moins de disposition à Chanter selon le climat sous lequel on est né, & selon le plus ou moins d'accent de sa langue naturelle; car plus la langue est accentuée, & par conséquent mélodieuse & chantante, plus aussi ceux qui la parlent ont naturellement de facilité à Chanter.
One sings more or less agreeably depending on the quality of one's voice (whether pleasing and resonant), the accuracy of one's ear, the flexibility of one's vocal organ, [121] the refinement of one's taste, and the extent of one's training in the Art of Song. To this we must add, in imitative and theatrical Music, the degree of sensibility enabling us to convey the emotions we are meant to express. Natural aptitude for singing also varies by climate of origin and the accentuated character of one's native tongue; for the more accentuated – and thus melodious and song-like – a language is, the more innate facility its speakers possess for Singing.
On a fait un Art du Chant, c'est-à-dire que, des observations sur les Voix qui chantoient le mieux, on a composé des regles pour faciliter & perfectionner l'usage de ce don naturel. (Voyez MAÎTRE A CHANTER.) Mais il reste bien des découvertes à faire sur la maniere la plus facile, la plus courte & la plus sure d'acquérir cet Art.
An Art of Singing has been codified – that is to say, observations on the most skilled voices have been distilled into rules to cultivate and perfect this natural gift. (See SINGING MASTER.) Yet much remains to be discovered regarding the easiest, swiftest, and most reliable methods for acquiring this Art.
CHANTERELLE, s. f. Celle des cordes du Violon, & des Instrumens semblables, qui a le Son le plus aigu. On dit d'une Symphonie qu'elle ne quitte pas la Chanterelle, lorsqu'elle ne roule qu'entre les Sons de cette Corde & ceux qui lui sont les plus voisins, comme sont presque toutes les Parties de Violon des Opéra de Lully & des Symphonies de son tems.
CHANTERELLE, s. f. The highest-pitched string on the Violin and similar instruments. A Symphony is said to "never leave the Chanterelle" when confined to notes between this string and its immediate neighbors – as is typical of most Violin parts in Lully's Operas and the Symphonies of his era.
CHANTEUR, Musicien qui chante dans un Concert.
SINGER, a Musician who performs in a Concert.
CHANTRE, s. m. Ceux qui chantent au Chœur dans les Eglises Catholiques, s'appellent Chantres. On ne dit point Chanteur à l'Eglise, ni Chantre dans un Concert.
CANTOR, s. m. Those who sing in the choir of Catholic Churches are called Cantors. The term "Singer" is not used in Church contexts, nor "Cantor" in Concert settings.
Chez les Réformés on appelle Chantre celui qui entonne & soutient le Chant des Pseaumes dans le Temple; il est [122] assis au-dessous de la Chaire du Ministre sur le devant. Sa fonction exige une voix très-sorte, capable de dominer sur celle de tout le peuple, & de se faire entendre jusqu'aux extrémités du Temple. Quoiqu'il n'y ait ni Prosodie ni Mesure dans notre maniere de chanter les Pseaumes, & que le Chant en soit si lent qu'il est facile à chacun de le suivre, il me semble qu'il seroit nécessaire que le Chantre marquât une sorte de Mesure. La raison en est, que le Chantre se trouvant fort éloigné de certaines parties de l'Eglise, & le Son parcourant assez lentement ces grands intervalles, sa voix se fait à peine entendre aux extrémités, qu'il a déjà pris un autre Ton, & commencé d'autres Notes; ce qui devient d'autant plus sensible en certains lieux, que le Son arrivant encore beaucoup plus lentement d'une extrémité à l'autre, que du milieu ou est le Chantre, la masse d'air qui remplit le Temple, se trouvé partagée à la fois en divers Sons fort discordans qui enjambent sans cessé les uns sur les autres & choquent fortement une oreille exercée, défaut que l'Orgue même ne fait qu'augmenter, parce qu'au lieu d'être au milieu de l'édifice, comme le Chantre, il ne donne le Ton que d'une extrémité.
Among Reformed congregations, the Cantor is he who intones and sustains the Psalm singing in the Temple; he is [122] seated below the Minister's pulpit at the front. This role demands an exceptionally strong voice capable of dominating the entire congregation and reaching the Temple's farthest corners. Though our Psalmody lacks both Prosody and Measured rhythm – being so slow that anyone may follow – it seems to me essential for the Cantor to mark a kind of Measure. The reason is this: as the Cantor stands far removed from certain sections of the Church, and as Sound traverses these vast spaces slowly, his voice barely reaches the extremities before he has already shifted Tones and commenced new Notes. This discordance grows more acute in some spaces where Sound travels even more sluggishly from one end to another. The air filling the Temple thus becomes fractured into clashing Tones that overlap incessantly – a jarring effect to trained ears that the Organ exacerbates, for unlike the centrally positioned Cantor, it projects its Tone from one extremity alone.
Or le remede a cet inconvénient me paroît très-simple; car comme les rayons visuels se communiquent à l'instant de l'objet à l'oeil, ou du moins avec une vîtesse incomparablement plus grande que celle avec laquelle le Son se transmet du corps sonore à l'oreille, il suffit desubstituer l'un à l'autre, pour avoir, dans toute l'étendue du Temple, un Chant bien simultané & parfaitement d'Accord. Il ne faut pour [123]cela que placer le Chantre, ou quelqu'un chargé de cette partie de sa fonction, de maniere qu'il soit à la vue de tout le monde, & qu'il se serve d'un bâton de Mesure dont le mouvement s'apperçoive aisément de loin, comme, par exemple, un rouleau de papier: car alors, avec la précaution de prolonger assez la premiere Note, pour que l'intonation en soit par-tout entendue avant qu'on poursuive, tout le reste du Chant marchera bien ensemble, & la discordance dont je parle disparoîtra infailliblement. On pourroit même, au lieu d'un homme, employer un Chronometre dont le mouvement seroit encore plus égal dans une Mesure si lente.
Now the remedy for this inconvenience appears to me quite simple; for as visual rays communicate instantaneously from object to eye, or at least with incomparably greater speed than sound transmits from sonorous body to ear, it suffices to substitute one for the other to achieve perfectly simultaneous singing and harmonic agreement throughout the Temple. This requires only that the Cantor, or someone entrusted with this part of their function, be positioned visibly to all, using a measure baton whose movements are easily discerned from afar – such as a paper scroll. Thus, by prolonging the first note sufficiently for its intonation to be heard everywhere before continuing, the remainder of the chant will proceed in unison, and the discordance I mention will assuredly vanish. One might even substitute a chronometer for the human agent, ensuring more regular motion in such slow measure.
Il résulteroit de-la deux autres avantages; l'un que, sans presque altérer le Chant des Pseaumes, il seroit aisé d'y introduire un peu de Prosodie, & d'y observer du moins les longues & les breves les plus sensibles; l'autre, que ce qu'il y a de monotonie & de langueur dans ce Chant, pourroit, selon la premiere intention de l'Auteur, être effacé par la Basse & les autres Parties, dont l'Harmonie est certainement la plus majestueuse & la plus sonore qu'il soit possible d'entendre.
Two further advantages would emerge: first, without altering psalmody substantially, one might easily introduce some prosody, observing at least the most perceptible long and short syllables; second, the inherent monotony and languor of this chant could, following the author's original intent, be alleviated by bass and other harmonic parts – harmonies which remain the most majestic and resonant conceivable.
CHAPEAU, s. m. Trait demi-circulaire, dont on couvre deux ou plusieurs Notes, & qu'on appelle plus communément liaison. (Voyez LIAISON.)
HAT, s. m. A semicircular stroke covering two or more notes, more commonly called a tie. (See TIE.)
CHASSE, s. f. On donne ce nom à certains Airs ou à certaines Fanfares de Cors ou d'autres Instrumens qui réveillent, à ce qu'on dit, l'idée des Tons que ces mêmes Cors donnent à la Chasse.
CHASSE, s. f. This term designates certain airs or fanfares for horns or other instruments said to evoke the tones of hunting calls.
[124] CHEVROTTER, v. n. C'est, au lieu de battre nettement & alternativement du gosier les deux Sons qui forment la Cadence ou le Trill (Voyez ces mots), en battre un seul a coups précipités, comme plusieurs doubles croches détachées & à l'unisson; ce qui se fait en forçant du poumon l'air contre la glotte fermée, qui sert alors de soupape: en sorte qu'elle s'ouvre par secousses pour livrer passage à cet air, & se referme à chaque instant par une mécanique semblable à celle du Tremblant de l'Orgue. Le Chevrottement est la désagréable ressource de ceux qui n'ayant aucun Trill en cherchent l'imitation grossiere; mais l'oreille ne peut supporter cette substitution, & un seul Chevrottement au milieu du plus beau Chant du monde, suffit pour le rendre insupportable & ridicule.
[124] BLEAT, v. n. This occurs when, instead of cleanly alternating throat vibrations between the two tones forming a cadence or trill (See these terms), one rapidly pulsates a single tone through forced lung pressure against the closed glottis – acting as a valve that opens in jerks to release air, akin to an organ's tremulant mechanism. Bleating constitutes the disagreeable recourse of those lacking true trill capability who seek crude imitation. Yet the ear cannot endure this substitution, for a single bleat amidst the finest singing renders it intolerable and absurd.
CHIFFRER. C'est écrire sur les Notes de la Basse des Chiffres ou autres caracteres indiquant les Accords que ces Notes doivent porter, pour servir de guide à l'Accompagnateur. (Voyez CHIFFRES, ACCORD.)
FIGURING. The act of writing figures or characters above or below bass notes to indicate required chords, guiding the accompanist. (See FIGURES, CHORD.)
CHIFFRES. Caracteres qu'on place au-dessus ou au-dessous des Notes de la Basse, pour indiquer les Accords qu'elles doivent porter. Quoique parmi ces caracteres il y ait plusieurs qui ne sont pas des Chiffres, on leur en a généralement donne le nom, parce que c'est la sorte de signes qui s'y présente le plus fréquemment.
FIGURES. Characters placed above or below bass notes to denote chords. Though these signs include non-numerical elements, they are collectively called "figures" due to the predominance of numerical symbols.
Comme chaque Accord est composé de plusieurs Sons s'il avoit falu exprimer chacun de ces Sons par un Chiffre, on auroit tellement multiplié & embrouillé les Chiffres, que l'Accompagnateur n'auroit jamais eu le tems de les lire au [125] moment de l'exécution. On s'est donc appliqué, autant qu'on a pu, à caractériser chaque Accord par un seul Chiffre; de sorte que ce Chiffre peut suffire pour indiquer, relativement à la Basse, l'espece de l'Accord, & par conséquent tous les Sons qui doivent le composer. Il y a même un Accord qui se trouvé chiffréen ne le chiffrant point; car selon la précision des Chiffres toute Note qui n'est point chiffrée, ou ne porte aucun Accord, ou porte l'Accord parfait.
Since each Chord comprises multiple Sounds, had it been necessary to express each through distinct Figures, such multiplication and entanglement would have rendered them unreadable to the accompanist in [125] real-time execution. Thus, every effort was made to characterize each Chord through a single figure, so that this figure might sufficiently indicate both the Chord's species relative to the Bass and its constituent Sounds. There even exists one Chord left uncharted by its absence: by the precision of figures, any uncharted Note either bears no Chord or the perfect Chord.
Le Chiffre qui indique chaque Accord, est ordinairement celui qui répond au nom de l'Accord: ainsi l'Accord de seconde, se Chiffre 2; celui de Septieme 7; celui de Sixte 6, &c. Il y a des Accords qui portent un double nom, & qu'on exprime aussi par un double Chiffre: tels sont les Accords de Sixte-Quarte, de Sixte-Quinte, de Septieme-&-Sixte, &c. Quelquefois même on en met trois, ce qui rentre dans l'inconvénient qu'on vouloit éviter; mais comme la composition des Chiffres est venue du tems & du hazard, plutôt que d'une étude réfléchie, il n'est pas étonnant qu'il s'y trouvé des fautes & des contradictions.
The figure designating each Chord typically corresponds to its name: thus, the second Chord is marked 2; the seventh, 7; the sixth, 6, &c. Some Chords bear dual names and are expressed through compound figures, such as the sixth-fourth, sixth-fifth, seventh-and-sixth Chords, &c. Occasionally, three figures are used—a relapse into the very confusion sought to be avoided. Yet as the system of figures emerged haphazardly over time rather than through deliberate study, its flaws and contradictions prove unsurprising.
Voici une Table de tous les Chiffres pratiqués dans l'Accompagnement, sur quoi l'on observera qu'il y a plusieurs Accords qui se chiffrent diversement en différens Pays, ou dans le même Pays par différens Auteurs, ou quelquefois par le même. Nous donnons toutes ces manieres, afin que chacun, pour chiffrer, puisse choisir celle qui lui paroîtra la plus claire; &, pour Accompagner, rapporter chaque Chiffre à l'Accord qui lui convient, selon la maniere de chiffrer l'Auteur.
Below is a Table of all figures employed in Accompaniment. Note that many Chords are charted diversely across nations, among different authors, or even inconsistently by the same hand. We present all variations so that composers may adopt the clearest method for charting, and accompanists may interpret each figure according to the author's practice.
[IMAGES MANQUANTES] [126] [127] [128] [129]
[MISSING IMAGES] [126] [127] [128] [129]
[130] Quelques Auteurs avoient introduit l'usage de couvrir d'un trait toutes les Notes de la Basse qui passoient sous un même Accord; c'est ainsi que les jolies Cantates de M. Clerambault sont chiffrées: mais cette invention étoit trop commode pour durer; elle montroit aussi trop clairement à l'oeil toutes les syncopes d'Harmonie. Aujourd'hui quand on soutient le même Accord sous quatre différentes Notes de Basse, ce sont quatre Chiffres différens qu'on leur fait porter, de sorte que l'Accompagnateur, induit en erreur, se hâte de chercher l'Accord même qu'il a sous le main. Mais c'est la mode en France de charger les Basses d'une confusion de Chiffres inutiles: on chiffre tout, jusqu'aux Accords les plus évidens, & celui qui met le plus de Chiffres croit être le plus savant. Une Basse ainsi hérissée de Chiffres triviaux rebute l'Accompagnateur & lui fait souvent négliger les Chiffres nécessaires. L'Auteur doit supposer, ce me semble, que l'Accompagnateur fait les élémens de l'Accompagnement, qu'il fait placer une Sixte sur une Médiante, une Fausse-Quinte sur une Note sensible, une Septieme sur une Dominante, &c. Il ne doit donc pas chiffrer des Accords de cette évidence moins qu'il ne faille annoncer un changement de Ton. Les Chiffres ne sont faits que pour déterminer le choix de l'Harmonie dans les cas douteux, ou le choix des Sons dans les Accords qu'on ne doit pas remplir. Du reste, c'est très-bien fait d'avoir des Basses chiffres exprès pour les Ecoliers. Il faut que les Chiffres montrent à ceux-ci l'application des Regles; pour les Maîtres il suffit d'indiquer les exceptions.
[130] Certain authors once introduced the practice of spanning a single line over all Bass Notes belonging to one Chord—thus were Mr. Clérambault's charming Cantatas charted. But this invention, too convenient to endure, also revealed harmonic syncopations too plainly. Today, when the same Chord persists beneath four distinct Bass Notes, four separate figures are imposed, misleading the accompanist into scrambling for Chords already at hand. Yet in France, it is fashionable to burden Basses with superfluous figures: all is charted, even the most evident Chords, and he who crowds the most figures deems himself most learned. A Bass thus bristling with trivial figures repels the accompanist, who often neglects essential ones. The composer ought, methinks, to presume the accompanist's elementary knowledge: that a sixth belongs over the Mediant, a false fifth over the leading tone, a seventh over the Dominant, &c. Such obvious Chords need not be charted unless indicating a key change. Figures exist solely to resolve ambiguous harmonic choices or incomplete Chords. That said, charted Basses for students remain commendable. Let figures teach them rule application; for masters, exceptions suffice.
[131] M. Rameau, dans sa Dissertation sur les différentes Méthodes d'Accompagnement, a trouvé un grand nombre de défauts dans les Chiffres établis. Il a fait voir qu'ils sont trop nombreux & pourtant insuffisans, obscurs, équivoques; qu'ils multiplient inutilement les Accords, & qu'ils n'en montrent en aucune maniere la liaison.
[131] Mr. Rameau, in his Dissertation on Different Methods of Accompaniment, exposed grave flaws in established figures. He demonstrated their excessive yet inadequate number, their obscurity and equivocation, their futile multiplication of Chords, and their utter failure to reveal harmonic continuity.
Tous ces défauts viennent d'avoir voulu Chiffres aux Notes arbitraires de la Basse-continue, au lieu de les rapporter immédiatement à l'Harmonie fondamentale. La Basse-continue fait, sans doute, une partie de l'Harmonie; mais elle n'en fait pas le fondement, cette Harmonie est indépendante des Notes de cette Basse, & elle a son progrès déterminé auquel la Basse mêmedoit assujettir sa marche. En faisant dépendre les Accords & les Chiffres qui les annoncent des Notes de la Basse & de leurs différentes marches, on ne montre que des combinaisons de l'Harmonie au lieu d'en montrer la base, on multiplie à l'infini le petit nombre des Accords fondamentaux, & l'on forcé en quelque sorte l'Accompagnateur de perdre de vue à chaque instant la véritable succession harmonique.
All these defects arise from having assigned figures to the arbitrary notes of the continuo bass rather than directly relating them to the fundamental harmony. The continuo bass undoubtedly forms part of the harmony; yet it does not constitute its foundation. This harmony remains independent of the bass notes, following its own determined progression to which even the bass must conform. By making chords and their accompanying figures dependent on bass notes and their varied movements, we merely display harmonic combinations instead of revealing their basis. We infinitely multiply the limited number of fundamental chords, thereby forcing the accompanist to lose sight, at every moment, of the true harmonic succession.
Après avoir fait de très-bonnes observations sur la mécanique des doigts dans la pratique de l'Accompagnement, M. Rameau propose de substituer à nos Chiffres d'autres Chiffres beaucoup plus simples, qui rendent cet Accompagnement tout-à-fait indépendant de la Basse- continue; de forte que, sans égard à cette Basse & même sans la voir, on accompagneroit sur les Chiffres seuls avec plus de précision [132] qu'on ne peut faire par la méthode établie avec le concours de la Basse & des Chiffres.
After making excellent observations on finger mechanics in accompaniment practice, M. Rameau proposes replacing our figures with simpler ones that render accompaniment wholly independent of the continuo bass. Thus, disregarding this bassline — even without seeing it — one could accompany solely from the figures with greater precision [132] than through the established method requiring both bass and figures.
Les Chiffres inventés par M. Rameau indiquent deux choses 1?. l'Harmonie fondamentale dans les Accords parfaits; qui n'ont aucune succession nécessaire, mais qui constatent toujours le Ton. 2?. la succession harmonique déterminée par la marche réguliere des doigts dans les Accords dissonans.
The figures invented by M. Rameau indicate two elements: 1° The fundamental harmony in perfect chords, which lack necessary progression but always confirm the tone. 2° The harmonic succession determined by regular finger movement through dissonant chords.
Tout cela se fait au moyen de sept Chiffres seulement. I. Une lettre de la Gamme indique le Ton, la Tonique & son Accord: si l'on passe d'un Accord parfait à un autre, on change de Ton; c'est l'affaire d'une nouvelle lettre. II. Pour passer de la Tonique à un Accord dissonant, M. Rameau n'admet que six manieres, à chacune desquelles il assigne un caractere particulier, savoir:
All this is achieved through just seven figures. I. A letter from the scale denotes the tone, the tonic, and its chord. Moving from one perfect chord to another changes the tone, requiring a new letter. II. For moving from the tonic to a dissonant chord, Rameau permits only six methods, each marked by a distinct character:
1. Un X pour l'Accord sensible: pour la Septieme diminuée il suffit d'ajouter un Bémol sous cet X. 2. Un 2 pour l'Accord de Seconde sur la Tonique. 3. Un 7 pour son Accord de Septieme. 4. Cette abréviation aj. pour sa Sixte ajoutée. 5. Ces deux Chiffres 4/3; relatifs à cette Tonique pour l'Accord de qu'il appelle de Tierce-Quarte, & qui revient à l'Accord de Neuvieme sur la seconde Note. 6. Enfin ce Chiffre 4 pour l'Accord de Quarte & Quinte sur la Dominante.
1. An X for the leading-tone chord: for the diminished seventh, adding a flat below this X suffices. 2. A 2 for the second chord on the tonic. 3. A 7 for its seventh chord. 4. The abbreviation "aj" for his added sixth. 5. The fraction 4/3 relative to this tonic for what he terms the third-fourth chord, equivalent to the ninth chord on the second note. 6. Lastly, the figure 4 for the fourth-and-fifth chord on the dominant.
III. Un Accord dissonant est suivi d'un Accord parfait ou d'un autre Accord dissonant: dans le premier cas, l'Accord s'indique par une lettre; le second se rapporte à la mécanique des doigts: (voyez DOIGTER.) C'est un doigt qui doit [133] descendre diatoniquement, ou deux, ou trois. On indique cela par autant de points l'un sur l'autre, qu'il faut descendre de doigts. Les doigts qui doivent descendre par préférence sont indiqués par la mécanique, les Dièses ou Bémols qu'ils doivent faire sont connus par le Ton ou substitués dans les Chiffres aux points correspondans: ou bien, dans le Chromatique & l'Enharmonique, on marque une petite ligne inclinée en descendant ou en montant depuis la libre d'une Note connue pour marquer qu'elle doit descendre ou monter d'un semi-Ton. Ainsi, tout est prévu, & ce petit nombre de Signes suffit pour exprimer toute bonne Harmonie possible.
III. A dissonant chord may resolve to a perfect chord or another dissonance. In the first case, the chord is marked by a letter; the second relates to finger mechanics (see FINGERING). This involves one finger descending diatonically, or two, or three — indicated by corresponding stacked dots. Priority fingers for descending are determined by mechanics, while required sharps or flats derive from the key signature or substitute for corresponding dots. In chromatic or enharmonic passages, a small ascending or descending diagonal line from a known note shows semitone movement. Thus, all contingencies are foreseen, and this minimal notation suffices for every viable harmony.
On sent bien qu'il faut supposer ici que toute Dissonance se sauve en descendant; car s'il y en avoit qui se dussent sauver en montant, s'il y avoit des marches de doigts ascendantes dans des Accords dissonans, les points de M. Rameau seroient insuffisance pour exprimer cela.
One must assume here that all dissonances resolve downward; had some required upward resolution or ascending finger motions in dissonant chords, Rameau's dots would prove inadequate for such expressions.
Quelque simple que soit cette méthode, quelque favorable qu'elle paroisse pour la pratique, elle n'a point eu de cours; peut-être a-t-on cru que les Chiffres de M. Rameau ne corrigeoient un défaut que pour en substituer un autre: car s'il simplifie les Signes, s'il diminue le nombre des Accords, non-seulement il n'exprime point encore la véritable Harmonie fondamentale; mais il rend, de plus, ces Signes tellement dépendans les uns des autres, que sil'on vient à s'égarer ou à se distraire un instant, à prendre un doigt pour un autre, on est perdu sans ressource, les points ne signifient plus rien, plus de moyen de se remettre jusqu'à un nouvel Accord parfait. Mais avec tant de raisons de préférence[134] n'a-t-il point falu d'autres objections encore pour faire rejetter la méthode de M. Rameau? Elle étoit nouvelle; elle étoit proposée par un homme supérieur en génie à tous ses rivaux; voilà sa condamnation.
However simple this method may appear, however favorable it seems for practical use, it never gained currency. Perhaps it was believed that M. Rameau's numerals corrected one defect only to substitute another: for while simplifying the signs and reducing the number of chords, not only does he still fail to express the true fundamental harmony, but he also renders these signs so interdependent that if one becomes lost or distracted for an instant—mistaking one finger for another—all is irrecoverably ruined. The dots cease to signify anything, leaving no means of recovery until a new perfect chord is reached. Yet despite these reasons for preference[134], were further objections not required to reject M. Rameau’s method? It was novel; it was proposed by a man superior in genius to all his rivals—therein lay its condemnation.
CHOEUR, s. m. Morceau d'Harmonie complete à quarte Parties ou plus, chanté à la fois par toutes le Voix par tout l'Orchestre. On cherche dans les Chœurs un bruit agréable & harmonieux qui charme & remplisse l'oreille. Un beau Chœur est le chef-d'oeuvre d'un commençant, & c'est par ce genre d'ouvrage qu'il se montre suffisamment instruit de toutes les Regles de l'Harmonie. Les François passent, en France, pour réussir mieux dans cette Partie, qu'aucune autre Nation de l'Europe.
CHORUS, n. m. A complete harmonic piece in four parts or more, sung simultaneously by all voices and the entire orchestra. In choruses, one seeks a pleasant and harmonious sonority to charm and fill the ear. A fine chorus is the masterpiece of a novice, and through this genre of work, he sufficiently demonstrates his mastery of all harmonic rules. The French, in France, are considered to excel in this aspect more than any other European nation.
Le Chœur, dans la Musique Françoise, s'appelle quelquefois Grand-Choeur, par opposition au Petit-Choeur qui est seulement composé de trois Parties, savoir deux Dessus & la Haute-contre qui leur sert de Basse. On fait de tems en tems entendre séparément ce Petit-Choeur, dont la douceur contraste agréablement avec la bruyante Harmonie du grande.
In French music, the chorus is sometimes called Grand Chœur (Grand Chorus), as opposed to the Petit Chœur (Small Chorus), which comprises only three parts: two trebles and a haute-contre serving as their bass. This Petit Chœur is occasionally heard separately, its sweetness forming an agreeable contrast to the boisterous harmony of the grand.
On appelle encore Petit-Choeur, à l'Opéra de Paris, un certain nombre de meilleurs Instrumens de chaque genre qui forment comme un petit Orchestre particulier autour de Clavecin & de celui qui bat la Mesure. Ce Petit-Choeur est destiné pour les Accompagnemens qui demandent le plus délicatesse cet de précision.
At the Paris Opera, Petit Chœur also refers to a select group of the finest instrumentalists of each type, forming a small dedicated ensemble around the harpsichord and the conductor. This Petit Chœur is reserved for accompaniments requiring the utmost delicacy and precision.
Il y a des Musiques à deux ou plusieurs Chœurs qui se répondent & chantent quelquefois tous ensemble. On en peut voir un exemple dans l'Opéra de Jephté. Mais cette pluralité [135] de Chœurs simultanés qui se pratique assez souvent en Italie, est peu usitée en France: on trouvé qu'elle ne fait pas un bien grand effet, que la composition n'en est pas fort facile, & qu'il faut un trop grand nombre de Musiciens pour l'exécuter.
There exist compositions for two or more choruses that answer one another and sometimes sing together. An example may be seen in the opera Jephté. However, this multiplicity[135] of simultaneous choruses, fairly common in Italy, is seldom used in France. It is deemed to produce little effect, to pose compositional challenges, and to demand too large a body of musicians for execution.
CHORION. Nome de la Musique Grecque, qui se chantoit en l'honneur de la mere des Dieux, & qui, dit-on, fut inventé par Olympe Phrygien.
CHORION. A genre of Greek music sung in honor of the Mother of the Gods, said to have been invented by Olympus of Phrygia.
CHORISTE, s. m. Chanteur non récitant & qui ne chante que dans les Chœurs.
CHORISTER, n. m. A non-solo singer who participates only in choruses.
On appelle aussi Choristes les Chantres d'Eglise qui chantent au Chœur. Un Antienne à deux Choristes.
The term chorister also applies to church singers performing in the choir. An anthem for two choristers.
Quelques Musiciens étrangers donnent encore le nom de Choriste à un petit Instrument destiné à donner le Ton pour accorder les autres. (Voyez Ton.)
Some foreign musicians further use chorister to denote a small instrument providing the reference pitch for tuning others. (See Ton.)
CHORUS. Faire Chorus, c'est a répéter en Chœur, à l'Unisson, ce qui vient d'être chanté à voix seule.
CHORUS. To "make chorus" is to repeat in chorus, in unison, what has just been sung by a solo voice.
CHRESES ou CHRESIS. Une des Parties de l'ancienne Mélopée, qui apprend au Composteur à mettre un tel arrangement dans la suite diatonique des Sons, qu'il en résulte une bonne Modulation & une Mélodie agréable. Cette Partie s'applique à différentes successions de Sons appellées par les Anciens, Agoge, Euthia, Anacamptos. (Voyez TIRADE.)
CHRÊSES or CHRESIS. A component of ancient melopoeia instructing the composer to arrange the diatonic sequence of tones such that good modulation and agreeable melody result. This practice applies to various successions of tones termed by the ancients Agogé, Euthia, Anacamptos. (See TIRADE.)
CHROMATIQUE, adj. pris quelquefois substantivement. Genre de Musique qui procede par plusieurs semi-Tons consécutifs. Ce mot vient du Grec ████, qui signifhear, soit parce que les Grecs marquoient ce genre par des caracteres rouges ou diversement colorés; soit, disent les Auteurs, [136] parce que le genre Chromatique est moyen entre les deux autres, comme la couleur est moyenne entre le blanc & le noir; ou, selon d'autres, parce que ce Genre varie & embellit leDiatonique par ses semi-Tons, qui sont, dans la Musique, le même effet que la variété des couleurs fait dans la Peinture.
CHROMATIC, adj. sometimes used substantively. A genre of Music proceeding by several consecutive semitones. This word derives from the Greek ████, meaning color, either because the Greeks marked this genre with red or variously colored characters; or, as authorities claim[136], because the Chromatic genre mediates between the other two, as color mediates between white and black; or, according to others, because this Genre varies and embellishes the Diatonic through its semitones—which produce in Music the same effect as color variety in Painting.
Boece attribue à Timothée de Milet l'invention du Genre Chromatique; mais Athénée la donne à Epigonus.
Boethius attributes the invention of the Chromatic Genre to Timotheus of Miletus, yet Athenaeus credits Epigonus.
Aristoxène divise ce Genre en trois especes qu'il appelle Molle, Hemiolion & Tonicum, dont on trouvera les rapports, (Pl. M. Fig. 5. N°. A.) le Tétracorde étant supposé divisé en 60 parties égales.
Aristoxenus divides this Genre into three species called Molle (Soft), Hemiolion, and Tonicum, whose ratios (see Plate M, Fig. 5, No. A) are shown with the tetrachord divided into 60 equal parts.
Ptolomée ne divisé ce même Genre qu'en deux especes, Molle ou Anticum, qui procede par de plus petits Intervalles, & Intensum, dont les Intervalles sont plus grands. Même Fig. N?.B.
Ptolemy divides this same Genre into only two species: Molle or Anticum (Ancient), which proceeds through smaller intervals, and Intensum (Tense), with larger intervals. Same Fig., No. B.
Aujourd'hui le Genre Chromatique consiste à donner une telle marche à la Basse fondamentale, que les l'Harmonie, ou du moins quelques-unes, puissent procéder par semi-Tons, tant en montant qu'en descendant; ce se trouvé plus fréquemment dans le Mode mineur, à cause des altérations auxquelles la Seizieme & la Septieme Note y sont sujettes par la Nature même du Mode.
Today, the Chromatic Genre consists of directing the fundamental bass such that the Harmony—or at least some part of it—may proceed by semitones, ascending or descending. This occurs more frequently in the minor mode, due to the alterations naturally required by the sixth and seventh degrees.
Les semi-Tons successifs pratiqués dans le Chromatique ne sont pas tous du même Genre, mais presque alternativement Mineurs & Majeurs, c'est-à-dire, Chromatiques & Diatoniques: car l'Intervalle d'un Ton mineur contient un semi-Ton mineur ou Chromatique, & un semi-Ton majeur ou [137] Diatonique; mesure que le Tempérament rend commune à tous les Tons: de sorte qu'on ne peut procéder par deux semi-Tons mineurs conjoints & successifs, sans entrer dans l'Enharmonique; mais deux semi-Tons majeurs se suivent deux fois dans l'ordre Chromatique de la Gamme.
The successive semitones in the Chromatic are not all of the same type but alternate between Minor and Major—that is, Chromatic and Diatonic. For a minor whole tone contains a minor (or Chromatic) semitone and a major (or Diatonic) semitone[137]. Temperament renders this division uniform across all keys: thus, two consecutive minor semitones would encroach upon the Enharmonic, whereas two major semitones may follow twice in the Chromatic scale.
La route élémentaire de la Basse-fondamentale pour engendrer le Chromatique ascendant, est de descendre de Tierce & remonter de Quarte alternativement, tous les Accords portant la Tierce majeure. Si la Basse-fondamentale procede de Dominante en Dominante par des Cadences parfaites évitées, elle engendre le Chromatique descendant. Pour produire à la fois l'un & l'autre, on entrelace la Cadence parfaite, & l'interrompue en les évitant.
The elementary path of the fundamental bass to generate ascending Chromaticism alternates between descending thirds and ascending fourths, all chords bearing the major third. When the fundamental bass progresses from Dominant to Dominant via evaded perfect cadences, it generates descending Chromaticism. To produce both simultaneously, one interlaces perfect and interrupted cadences while avoiding their resolution.
Comme à chaque Note on change de Ton dans le Chromatique, il faut borner & régler ces Successions de peur de s'égarer. On se souviendra, pour cela, que l'espace le plus convenable pour les mouvemens Chromatiques, est entre la Dominante & la Tonique en montant, & entre la Tonique & la Dominante en descendant. Dans le mode majeur on peut encore descendre chromatiquement de la Dominante sur la seconde Note. Ce passage est fort commun en Italie, &, malgré sa beauté, commence à l'être un peu trop parmi nous.
As each note shifts keys in Chromatic passages, one must bound and regulate these successions to avoid confusion. Remember that Chromatic motion is most fitting between the Dominant and Tonic when ascending, and between the Tonic and Dominant when descending. In the major mode, one may also descend chromatically from the Dominant to the second degree. This progression, though beautiful, has become overly common in Italy and is now growing wearisome among us.
Le Genre Chromatique est admirable pour exprimer la douleur & l'affliction: ses Sons renforcés, en montant. arrachent l'ame. Il n'est pas moins énergique en descendant; on croit alors entendre de vrais gémissemens. Chargé de son Harmonie, ce même Genre devient propre à tout; mais son [138] remplissage, en étouffant le Chant, lui ôte une partie de son expression; & c'est alors au caractere du Mouvement à lui rendre ce dont le prive la plénitude de son Harmonie. Au reste, plus ce Genre à d'énergie, moins il doit être prodigué. Semblable à ces mets délicats dont l'abondance dégoûte bientôt, autant il charme sobrement ménagé, autant devient-il rebutant quand on le prodigue.
The Chromatic Genre excels at expressing grief and affliction: its reinforced ascending tones wrench the soul. Equally potent in descent, it evokes true lamentations. When enriched with Harmony, it adapts to all expressions—yet its [138] density, by smothering the Melody, robs it of part of its force. Here, the character of the Movement must compensate for what harmonic fullness obscures. Moreover, the greater this Genre's power, the more sparingly it should be used. Like delicate delicacies that cloy in excess, Chromaticism delights when judiciously deployed but repels when prodigally squandered.
CHRONOMETRE, s. m. Nom générique des Instrumens qui servent à mesurer le Tems. Ce mot est composé de & de
CHRONOMETER, s. m. Generic term for instruments measuring Time. This word derives from χρόνος [chronos] and μέτρον [metron].
On dit, en ce sens, que les montres, les horloges sont des Chronometres.
In this sense, watches and clocks are considered Chronometers.
Il y a néanmoins quelques Instrumens qu'on a appellés en particulier Chronometres, & nommément un que M. Sauveur décrit dans ses principes d'Acoustique. C'étoit un Pendule particulier, qu'il destinoit à déterminer exactement les Mouvemens en Musique. L'Affilard, dans ses Principes dédiés aux Dames Religieuses, avoir mis à la tête de tous les Airs des Chiffres qui exprimoient le nombre des vibrations de ce Pendule, pendant la durée de chaque Mesure.
Nevertheless, certain instruments have been specifically named Chronometers – notably one described by M. Sauveur in his Principles of Acoustics. This particular pendulum was designed to precisely determine musical Tempo. Affilard, in his Principles dedicated to Nuns, prefaced each Air with numerical indicators denoting the pendulum's vibrations per Measure.
Il y a une trentaine d'années qu'an vit paroître le projet d'un Instrument semblable, sous le nom de Métrometre, qui battoit la Mesure tout seul; mais il n'a réussi ni dans un tems ni dans l'autre. Plusieurs prétendent, cependant, qu'il seroit fort à souhaiter qu'on eût un tel Instrument pour fixer avec précision le Tems de chaque Mesure dans une Piece de Musique: on conserveroit par ce moyen plus facilement le vrai Mouvement des Airs, sans lequel ils perdent leur caractere, [139] & qu'on ne peut connoître, après la mort des Auteurs, que par une espece de tradition fort sujette à s'éteindre ou à s'altérer. On se plaint déjà que nous avons oublié les Mouvemens d'un grand nombre d'Airs, & il est à croire qu'on les a ralentis tous. Si l'on eût pris la précaution dont je parle & à laquelle on ne voit pas d'inconvénient, on auroit aujourd'hui le plaisir d'entendre ces mêmes Airs tels que l'Auteur les faisoit exécuter.
Thirty years ago, a similar instrument called the Metrometer – which mechanically beat Time – was proposed but found no success in either era. Yet many contend such a device would ideally fix the exact Tempo of musical compositions, thereby preserving the true Movement of Airs [melodies] that lose their character when altered. [139] After composers' deaths, we rely on fragile oral traditions prone to distortion or extinction. Complaints already arise that we've forgotten the original Tempi of many Airs, likely all having been slowed. Had we adopted this precaution (which appears harmless), we might today hear these Airs as their creators intended.
A cela les Connoisseurs en Musique ne demeurent pas sans réponse. Ils objecteront, dit M. Diderot, (Mémoires sur différens sujets de Mathématiques) contre tout Chronometre en général, qu'il n'y a peut-être pas dans un Air deux Mesures qui soient exactement de la même durée; choies contribuant nécessairement à ralentir les unes, & à précipiter les autres, le goût & l'Harmonie dans les Pieces à plusieurs Parties; le goût & le pressentiment de l'Harmonie dans les solo. Un Musicien qui fait son Art, n'a pas joué quatre Mesures d'un Air, qu'il en saisit le caractere, & qu'il s'y abandonne; il n'y a que le plaisir de l'Harmonie qui le suspende. Il veut ici que les Accords soient frappés, là qu'ils soient dérobés; c'est-à-dire, qu'il chante ou joue plus ou moins lentement d'une Mesure à l'autre, & même d'un Tems & d'un quart-de-Tems à celui qui le suit.
Connoisseurs counter this argument. As M. Diderot observes (Memoirs on Various Mathematical Subjects), any Chronometer would fail because no two Measures in an Air maintain identical duration. Taste and Harmony necessarily require accelerations and decelerations – in ensemble pieces through harmonic intent, in solos through harmonic anticipation. A skilled musician grasps an Air's character within four Measures, surrendering to its flow. Only harmonic pleasure may briefly suspend this surrender. Here chords demand emphasis, there stealth – implying fluctuating Tempo between Measures, even between beats and half-beats.
A la vérité, cette objection qui est d'une grande forcé pour la Musique Françoise, n'en auroit aucune pour l'Italienne, soumise irrémissiblement à la plus exacte Mesure: rien même ne montre mieux l'opposition parfaite de ces [140] deux Musiques; puisque ce qui est beauté dans l'une, seroit dans l'autre le plus grand défaut. Si la Musique Italienne tire son énergie de cet asservissement à la rigueur de Mesure, la Françoise cherche la sienne à maîtriser à son gré cette même Mesure, à la presser, à la ralentir selon l'exige le goût du Chant ou le degré de flexibilité des organes du Chanteur.
While this objection carries weight for French Music, it holds none for Italian Music – ruthlessly bound to exact Measure. Nothing better illustrates [140] their absolute opposition: what constitutes beauty in one becomes defect in the other. If Italian Music draws vigor from metrical rigor, French Music seeks power through dominating Time – hastening or delaying it according to Melody's demands or the Singer's vocal flexibility.
Mais quand on admettroit l'utilité d'un Chronometre, il faut toujours, continue M. Diderot, commencer par rejetter tous ceux qu'on a proposés jusqu'à présent, parce qu'on y a fait, du Musicien & du Chronometre, deux machines distinctes, dont l'une ne peut jamais bien assujettir l'autre: cela n'a presque pas besoin d'être prouvé; il n'est pas possible que le Musicien ait, pendant toute sa Piece, l'oeil au mouvement, & l'oreille au bruit du Pendule, & s'il s'oublie un instant, adieu le frein qu'on a prétendu lui donner.
Even granting a Chronometer's utility," continues M. Diderot, "we must reject all existing models. Their fatal flaw lies in separating Musician and Chronometer into distinct machines that cannot constrain each other – a truth needing little proof. No musician can simultaneously watch the dial and listen to the pendulum's tick throughout a performance. One moment's distraction destroys the proposed restraint.
J'ajouterai que, quelque Instrument qu'on pût trouver pour régler la durée de la Mesure, il seroit impossible, quand même l'exécution en seroit de la derniere facilité, qu'il eût jamais lieu dans la pratique. Les Musiciens, gens confians, & faisant, comme bien d'autres, de leur propregoût la regle du bon, ne l'adopteroient jamais; ils laisseroient le Chronometre, & ne s'en rapporteroient qu'à eux du vrai caractere & du vrai mouvement des Airs. Ainsi le seul bon Chronometre que l'on puisse avoir, c'est un habile Musicien qui ait du goût, qui ait bien lu la Musique qu'il doit faire exécuter, & qui fache en battre la Mesure. Machine pour machine, il vaut mieux s'en tenir à celle-ci.
I would add that, whatever Instrument might be devised to regulate the duration of the Measure, it would prove impossible – even were its execution perfectly effortless – to ever implement it in practice. Musicians, trusting souls who (like many others) make their personal taste the arbiter of quality, would never adopt it; they would abandon the Chronometer, relying solely on themselves to determine the true character and tempo of Airs. Thus, the only reliable Chronometer one might possess is a skilled Musician endowed with taste, who has thoroughly studied the Music he must perform, and who strives to beat its Measure. Machine for machine, it is better to adhere to this one.
[141] CIRCONVOLUTION, s. f. Terme de Plain-Chant. C'est une sorte de Périélèse, qui se sait en insérant entre la pénultieme & la derniere Note de l'intonation d'une Piece de Chant, trois autres Notes; savoir, une au-dessus & deux au-dessous de la derniere Note, lesquelles se lient avec elle, & forment un contour de Tierce avant que d'y arriver; comme si vous avez ces trois Notes mi fa mi pour terminer l'Intonation, vous y interpolerez par Circonvolution ces trois autres, fa re re, & vous aurez alors votre Intonation terminée de cette sorte, mi fa sa re re mi, &c. (Voyez. PERIELESE.)
[141] CIRCONVOLUTION, n. f. Plainchant term. A type of Périélèse involving the insertion of three Notes between the penultimate and final Note of a chant's intonation: one above and two below the final Note, linked to it and forming a contour of a Third before resolution. For example, if concluding an Intonation with the three Notes mi fa mi, one interpolates through Circonvolution these three others: fa re re, resulting in an Intonation terminated thus: mi fa sa re re mi, &c. (See PERIELESE.)
CITHARISTIQUE, s. f. Genre de Musique & de Poésie, approprié à l'Accompagnement de la Cithare. Ce Genre, dont Amphion, fils de Jupiter & d'Antiope, sut l'inventeur, prit depuis le nom de Lyrique.
CITHARISTIC, n. f. Genre of Music and Poetry adapted to accompany the Cithara. This Genre – invented by Amphion, son of Jupiter and Antiope – later became known as Lyrical.
CLAVIER, s. m. Portée générale ou somme des Sons de tout le systême qui résulte de la position relative des trois Clefs. Cette position donne une étendue de douze Lignes, & par conséquent de vingt-quatre Degrés ou de trois Octaves & une Quarte. Tout ce qui excede en haut ou en bas cet espace, ne peut se noter qu'à l'aide d'une ou plusieurs Lignes postiches ou accidentelles, ajoutées aux cinq qui composent la Portée d'une Clef. Voyez (Pl. A. Fig. 5.) l'étendue générale du Clavier.
KEYBOARD, n. m. General staff or totality of Sounds within the entire system arising from the relative positions of the three Clefs. This arrangement spans twelve Lines, thus comprising twenty-four Degrees or three Octaves and a Fourth. Any notes exceeding this range above or below can only be notated using auxiliary Lines added to the five composing a Clef's Staff. (See Pl. A. Fig. 5. for the Keyboard's full compass.)
Les Notes ou touches diatoniques du Clavier, lesquelles sont toujours constantes, s'expriment par des Lettres de l'Alphabet, à la différence des Notes de la Gamme, qui étant mobiles & relatives à la Modulation, portent des [142] noms qui expriment ces rapports. (Voyez GAMME & SOLFIER.)
The diatonic Notes or keys of the Keyboard – being fixed – are designated by Alphabet letters, unlike the movable Notes of the Gamut, which bear names expressing their modulatory relations. (See GAMUT & SOLFÈGE.)
Chaque Octave da Clavier comprend treize Sons diatoniques & cinq chromatiques, représentés sur la Clavier instrumental par autant de touches. (Voyez Pl. I. Fig.1.) Autrefois ces treize touches répondoient à quinze cordes; savoir, une de plus entre le re Dièse & le mi naturel, l'autre entre le sol Dièse & le la, & ces deux corde formoient des Intervalles enharmoniques, & qu'on faisoit sonner à volonté au moyen de deux touches brisées, furent regardées alors comme la perfection du systême; mais, en vertu de nos regles de Modulation, ces deux ont été retranchées, parce qu'il en auroit falu mettre par-tout. (Voyez CLEF, PORTÉE.)
Each Octave of the Keyboard contains thirteen diatonic and five chromatic Sounds, represented on the instrumental Keyboard by corresponding keys. (See Pl. I. Fig.1.) Formerly, these thirteen keys corresponded to fifteen strings: one additional between D-sharp and natural E, another between G-sharp and A. These strings formed enharmonic Intervals activated by split keys, once considered the system's perfection. Yet by our rules of Modulation, these two were eliminated, as their universal application would have been required. (See CLEF, STAFF.)
CLEF, s. f. Caractere de Musique qui se met au commencement d'une Portée, pour déterminer le Degré d'élévation de cette Portée dans le Clavier général, & indiquer les noms de toutes les Notes qu'elle contient dans la ligne de cette Clef.
CLEF, n. f. Musical symbol placed at a Staff's beginning to determine its pitch position within the general Keyboard and indicate the names of all Notes contained along that Clef's line.
Anciennement on appelloit Clefs les lettres par lesquelles on désignoit les Sons de la Gamme. Ainsi la lettre A étoit la Clef de la Note la, C la Clef d'ut, E la Clef de mi, &c. A mesure que le systême s'étendit, on sentit l'embarras & l'inutilité de cette multitude de Clefs. Gui d'Arezzo, qui les avoit inventées, marquoit une lettre ou Clef au commencement de chacune des lignes de la Portée; car il ne plaçoit point encore de Notes dans les espaces. Dans la suite on ne marqua plus qu'une des sept Clefs au commencement d'une des lignes seulement; & celle-là suffisant pour fixer la position [143] de toutes les autres, selon l'ordre naturel. Enfin de ces sept lignes ou Clefs, on en choisit quatre qu'on nomma Claves signatae ou Clefs marquées, parce qu'on se contentoit d'en marquer une sur une des lignes, pour donner l'intelligence de toutes les autres; encore en retrancha-t-on bientôt une des quatre; savoir, le Gamma dont on s'étoit servi pour désigner le sol d'en bas; c'est-a-dire, l'Hypoproslambanomene ajoutée au systême des Grecs.
Formerly, the letters designating the notes of the gamut were called Clefs. Thus the letter A was the Clef for the note la, C the C clef, E the E clef, etc. As the system expanded, the inconvenience and redundancy of this multitude of Clefs became apparent. Guido of Arezzo, their inventor, marked a letter or Clef at the beginning of each line of the staff — for he did not yet place notes in the spaces. Later, only one of seven Clefs was marked at the start of a single line; this sufficed to fix the position [143] of all others according to the natural order. Ultimately, from these seven lines or Clefs, four were selected and named Claves signatae or marked Clefs, as only one needed marking to clarify all others. Soon even one of these four was discarded: the Gamma, which had denoted the lowest sol — that is, the Hypoproslambanomene added to the Greek system.
En effet Kircher prétend que si l'on est au fait des anciennes & écritures, & qu'on examine bien la figure de nos Clefs on trouvera qu'elles se rapportent chacune à la lettre un peu défigurée de la Note qu'elle représente. Ainsi la Clef de fol étoit originairement un G; la Clef d'ut un C, & la Clef de sa une F.
Kircher indeed claims that if one examines the ancient notations and scrutinizes the shapes of our Clefs, each will correspond to a slightly stylized form of its representative letter. Thus the fol clef originally resembled a G; the ut clef a C; and the sa clef an F.
Nous avons donc trois Clefs à la Quinte l'une de l'autre. La Clef d'F ut fa, ou de fa, qui est la plus basse; la Clef d'ut ou de C sol ut, qui est une Quinte au-dessus de la premiere; & la Clef de sol ou de G re sol, qui est une Quinte au-dessus de celle d'ut, dans l'ordre marqué Pl. A. Fig. 5. sur quoi l'on doit remarquer que, par un reste de l'ancien usage, la Clef se pose toujours sur une ligne & jamais dans un espace. On doit savoir aussi que la Clef de fa se fait de trois manieres différentes; l'une dans la Musique imprimée; une autre dans la Musique écrite ou gravée, & la derniere dans le Plain-Chant. Voyez ces trois Figures, (Pl. M. Fig. 8.)
We thus have three Clefs at fifths from one another: the F fa ut clef (or F clef), the lowest; the C clef (C sol ut), a fifth above the first; and the G clef (G re sol), a fifth above the C clef, as shown in Plate A, Figure 5. Note here that, by lingering custom, a Clef is always placed on a line, never in a space. Observe also that the F clef is drawn three distinct ways: one for printed music, another for manuscript or engraved music, and a third for plainchant. See these three forms in Plate M, Figure 8.
En ajoutant quatre lignes au-dessus de la Clef de sol, & trois lignes au-dessous de la Clef de fa, ce qui donne, de part & d'autre, la plus grande étendue de lignes stables, on voit que le systême total des Notes qu'on peut placer sur [144] les Degrés relatifs à ces Clefs se monte à vingt-quatre; c'est-à-dire, trois Octaves & une Quarte, depuis le fa qui se trouvé au-dessus de la premiere ligne, jusqu'au si qui se trouvé au-dessous de la derniere, & tout cela forme ne ensemble ce qu'on appelle le Clavier général; par où l'on peut juger que cette étendue à fait long-tems celle du systême. Aujourd'hui acquiert sans cessé de nouveaux Degrés, tant à l'aigu qu'au grave, on marque ces Degrés sur des lignes postiches qu'on ajoute en haut ou en bas, selon le besoin.
By adding four lines above the G clef and three below the F clef — thereby establishing the maximal stable range on both sides — the total system of notes placeable on [144] degrees relative to these Clefs amounts to twenty-four: three octaves and a fourth, from the fa above the first line to the si below the last. This ensemble forms what is called the general keyboard, revealing that this range long defined the system’s limits. Today, as new degrees are continually added both above and below, these are marked on ledger lines appended as needed.
Au lieu de joindre ensemble toutes les lignes, comme j'ai fait, (Pl. A. Fig. 5) pour marquer le rapport des Clefs, on les sépare de cinq en cinq, parce que c'est à-peu-près aux Degrés compris dans cet espace qu'est bornée l'étendue d'une commune. Cette collection de cinq lignes s'appelle Portée, & l'on y met une Clef pour déterminer le nom des Note, le lieu des semi-Tons, & montrer quelle place la Portée occupe dans le Clavier.
Rather than grouping all lines together, as I have done (Plate A, Figure 5) to show Clef relations, they are separated into sets of five — for this roughly spans the compass of an average voice. This five-line grouping is called a staff, marked with a Clef to determine note names, semitone positions, and the staff’s place within the keyboard.
De quelque maniere qu'on prenne, dans le Clavier, cinq lignes consécutives, on y trouvé une Clef comprise, & quelquefois deux; auquel cas on en retranche une comme inutile. L'usage a même prescrit celle des deux qu'il faut retrancher, & celle qu'il faut poser; ce qui a fixé aussi le nombre des positions assignées à chaque Clef.
However one selects five consecutive lines from the keyboard, one finds one Clef (sometimes two) included. In the latter case, one is discarded as redundant. Custom dictates which to remove and which to retain, thereby fixing each Clef’s assigned positions.
Si je fais une Portée des cinq premieres lignes du Clavier, en commençant par le bas, j'y trouvé la Clef de fa sur la quatrieme ligne: voilà donc une position de Clef, & cette position appartient évidemment aux Notes les plus graves; aussi est-elle celle de la Clef de Basse.
If I form a staff from the keyboard’s five lowest lines, the F clef appears on the fourth line: thus one Clef position, evidently belonging to the lowest notes — hence its use for the Bass Clef.
[145] Si je veux gagner une Tierce dans le haut, il faut ajouter une ligne au-dessus; il en faut donc retrancher une au-dessous, autrement la Portée auroit plus de cinq lignes. Alors la Clef de fa se trouvé transportée de la quatrieme ligne à la troisieme, & la Clef d'ut se trouvé aussi sur la cinquieme; mais comme deux Clefs sont inutiles, on retranche ici celle d'ut. On voit que la Portée de cette Clef est d'une Tierce plus élevée que la précédente.
[145] To gain a third higher, a line must be added above — requiring one to be removed below, lest the staff exceed five lines. Here, the F clef shifts from the fourth to the third line, while the C clef appears on the fifth. But as two Clefs are superfluous, the C clef is discarded. Observe that this staff lies a third higher than the prior.
En abandonnant encore une ligne en bas pour en gagner une en haut, on a une troisieme Portée où la Clef de fa se trouveroit sur la deuxieme ligne, & celle d'ut sur la quatrieme. Ici l'on abandonne la Clef de fa, & l'on prend celle d'ut. On a encore gagné une Tierce à l'aigu, & on l'aperdue au grave.
By relinquishing another line at the bottom to gain one at the top, we obtain a third staff where the F clef would lie on the second line, and the C clef on the fourth. Here we abandon the F clef and adopt the C clef. We have gained a third higher in pitch while losing one lower.
En continuant ainsi de ligne en ligne, on passe successivement par quatre positions différentes de la Clef d'ut. Arrivant à celle de sol, on la trouvé posée sur la deuxieme ligne, & puis sur la premiere; cette position embrasse les cinq plus hautes lignes, & donne le Diapason le plus aigu que l'on puisse établir par les Clefs.
Continuing this progression line by line, we pass successively through four distinct positions of the C clef. Upon reaching the G clef, we find it placed on the second line, then on the first; this position encompasses the five highest lines, yielding the most acute Diapason establishable through clefs.
On peut voir (PL A. Fig. 6) cette succession des Clefs du grave à l'aigu; ce qui fait en tout huit Portées, Clefs, ou Positions de Clefs différentes.
One may observe (Pl. A. Fig. 6) this succession of clefs from grave to acute, forming in total eight distinct staves, clefs, or clef positions.
De quelque caractere que puisse être une Voix ou un Instrument, pourvu que son étendue n'excede pas à l'aigu ou au grave celle du Clavier général, on peut, dans ce nombre, lui trouver une Portée & une Clef convenables, & il y en a en effet de déterminées pour toutes les Parties de la [146] Musique. (Voyez PARTIES.) Si l'étendue d'une Partie est fort grande, que le nombre de lignes qu'il faudroit ajouter au-dessus ou au-dessous devienne incommode, alors on change la Clef dans le courant de l'Air. On voit clairement par la figure, quelle Clef il faudroit prendre pour élever ou baisser la Portée, de quelque Clef qu'elle soit armée actuellement.
For any vocal or instrumental part—provided its range does not exceed the general keyboard's compass—a suitable staff and clef may be found within this system, as indeed predetermined for all musical Parts. (See PARTS.) Should a Part's range prove extensive, requiring cumbersome added lines above or below, the clef may be altered mid-Air. The figure plainly shows which clef should be adopted to raise or lower the staff, regardless of its current signature.
Or, voit aussi, que, pour rapporter une Clef à l'autre, il faut les rapporter toutes deux sur le Clavier général, au moyen duquel on voit ce que chaque Note de l'une des Clefs est a l'égard de l'autre. C'est par cet exercice réitéré qu'on prend l'habitude de lire aisément les Partitions.
We further discern that to relate one clef to another, both must be mapped onto the general keyboard, thereby revealing each note's relative position across clefs. It is through such repeated exercise that facility in score-reading is acquired.
Il suit de cette mécanique qu'on peut placer telle Note qu'on voudra de la Gamme sur une ligne ou sur un espace quelconque de la Portée, puisqu'on a le choix de huit différentes Positions, nombre des Notes de l'Octave. Ainsi l'on pourroit Noter un Air entier sur la même ligne, en changeant la Clef à chaque Degré. La Figure 7 montre par la suite des Clefs la suite des Notes re fa la ut mi sol si re, montant de Tierce en Tierce, & toutes placées sur la même ligne. La Figure suivante 8 représente sur la suite des mêmes Clefs la Note ut qui paroît descendre de Tierce en Tierce sur toutes les lignes de la Portée, & au-delà, & qui cependant, au moyen des changemens de Clef, garde toujours l'Unisson. C'est sur des exemples semblables qu'on doit s'exercer pour connoître au premier coup-d'oeil le jet de toutes les Clefs.
This mechanism demonstrates that any note of the gamut may be placed on any line or space of the staff, given the choice among eight positions—equal to the number of notes in an Octave. Thus, an entire Air could be notated on a single line by shifting clefs at each degree. Figure 7 displays through successive clefs the ascending sequence re fa la ut mi sol si re, rising by thirds yet all occupying the same line. Subsequent Figure 8 shows the note ut apparently descending by thirds across the staff's lines and beyond—yet maintaining unison through clef changes. Such examples form the basis for mastering clef transitions at a glance.
Il y a deux de leurs positions, savoir, la Clef de sol sur [147] la premiere ligne & la Clef de fa sur la troisieme, dont l'usage paroît s'abolir de jour en jour. La premiere peut sembler moins nécessaire puisqu'elle ne rend qu'une position toute semblable à celle de fa sur la quatrieme ligne, dont elle diffère pourtant de deux Octaves. Pour la Clef de fa, il est évident qu'en l'ôtant tout-à-fait de la troisieme ligne, on n'aura plus de position équivalente, & que la composition du Clavier, qui est complet aujourd'hui, deviendra par-là défectueuse.
Two clef positions—the G clef on [147] the first line and the F clef on the third—appear increasingly obsolete. The former seems less necessary as it duplicates the F clef on the fourth line, differing only by two octaves. As for the F clef, removing it entirely from the third line would disrupt equivalent positions, rendering the keyboard's now-complete structure defective.
CLEF TRANSPOSÉE. On appelle ainsi toute Clef armée de Dièses ou de Bémols. Ces signes y servent à changer le lieu des deux semi-Tons de l'Octave, comme je l'ai expliqué au mot Bémol, & à établir l'ordre naturel de la Gamme, sur quelque Degré de l'Echelle qu'on veuille choisir.
TRANSPOSED CLEF. This term denotes any clef armed with sharps or flats. These signs alter the placement of the octave's two semitones (as explained under FLAT) and reestablish the gamut's natural order on whichever degree of the scale is chosen.
La nécessité de ces altérations naît de la similitude des Modes dans tous les Tons: car comme il n'y a qu'une formule pour le Mode majeur, il faut que tous les Degrés de ce Mode se trouvent ordonnés de la même façon sur leur Tonique; ce qui ne peut se faire qu'à l'aide des Dièses ou des Bémols. Il en est de même du Mode mineur; mais comme la même combinaison qui donne la formule pour un Ton majeur, la donne aussi pour un Ton mineur sur une autre Tonique, (Voyez MODE.) il s'ensuit que pour les vingt-quatre Modes il suffit de douze combinaisons: or si avec la Gamme naturelle on compte six modifications par Dièses, & cinq par Bémols, ou six par Bémols & cinq par Dièses, on trouvera ces douze combinaisonsauxquelles se [148] bornent toutes les variétés possibles de Tons & de Modes dans le Systême établi.
The necessity of these alterations arises from the similarity of Modes across all Keys: for since there exists but one formula for the major mode, all degrees of this Mode must be ordered identically relative to their tonic – a feat achievable only through sharps or flats. The same applies to the minor mode; yet as the same combinatorial logic that provides the formula for a major Key also yields that for a minor Key upon another tonic (See MODE), it follows that twenty-four Modes require merely twelve combinations. Now, counting six modifications through sharps and five through flats (or vice versa) within the natural scale, one arrives precisely at these twelve combinations which [148] exhaust all possible varieties of Keys and Modes within the established system.
J'explique, aux mots Dièse & Bémol, l'ordre selon lequel ils doivent être placés à la Clef. Mais pour transposer tout d'un coup la Clef convenablement à un Ton ou Mode quelconque, voici une formule générale trouvée par M. de Boisgelou, Conseiller au Grand-Conseil, & qu'il a bien voulu me communiquer.
I explain in the entries for Sharp & Flat the order governing their placement at the clef. Yet to transpose the clef instantaneously for any given Key or Mode, consider this universal formula devised by M. de Boisgelou, Counselor to the Grand Conseil, who graciously shared it with me.
Prenant l'ut naturel pour terme de comparaison, nous appellerons Intervalles mineurs la Quarte ut fa, & tous; les Intervalles du même ut à une Note bémolisée quelconque; tout autre Intervalle est majeur. Remarquez qu'on ne doit pas prendre par Dièse la Note supérieure d'un Intervalle majeur, parce qu'alors on seroit un Intervalle superflu: mais il faut chercher la même chose par Bémol; ce qui donnera un Intervalle mineur. Ainsi l'on ne composera pas en la Dièse, parce que la Sixte ut la étant majeure naturellement, deviendroit superflue par ce Dièse; mais on prendra la Note si Bémol, qui donne la même touche par un Intervalle mineur ce qui rentre dans la regle.
Taking natural C as our reference, we shall designate as minor intervals the Fourth C-F and all intervals from this C to any flattened note; all other intervals shall be deemed major. Observe that one must not take the upper note of a major interval as sharpened, for this would create an augmented interval; rather, seek equivalent relationships through flats to produce minor intervals. Thus we avoid composing in A-sharp major, since the natural sixth C-A being major would become augmented through sharpening; instead, we take B-flat, achieving the same pitch through a minor interval – thereby adhering to the rule.
On trouvera (Pl. N. Fig. 5.) une Table des douze Sons de l'Octave divisée par Intervalles majeurs & mineurs, sur laquelle on transposera la Clef de la maniere suivante, selon le Ton & le Mode où l'on veut composer.
A Table of twelve Octave tones divided into major and minor intervals will be found (Pl. N. Fig. 5.), enabling clef transposition through the following method according to the desired Key and Mode.
Ayant pris une de ces douze Notes pour Tonique ou fondamentale, il faut voir d'abord si l'Intervalle qu'elle fait avec ut est majeur ou mineur: s'il est majeur, il faut des Dièses; s'il est mineur, il faut des Bémols. Si cette Note est [149] l'ut lui-même, l'Intervalle est nul, & il ne faut ni Bémol ni Dièse.
Having selected one of these twelve notes as tonic or fundamental, first determine whether its interval from C is major or minor: if major, use sharps; if minor, use flats. Should this note [149] be C itself, the interval becomes void, requiring neither flats nor sharps.
Pour déterminer à présent combien il faut de Dièses ou de Bémols, soit à le nombre qui exprime l'Intervalle d'ut à la Note en question. La formule par Dièses sera a--1 x 2, & le reste donnera le nombre des Dièses qu'il faut
To determine the quantity of sharps or flats required, let a represent the numerical value of the interval from C to the chosen note. The formula for sharps becomes (a - 1) × 2, with the remainder after division by 7 indicating the number of sharps. The formula for flats follows as (a - 1) × 5, the remainder similarly dictating the flats.
7mettre à la Clef. La formule par Bémols sera a--1 x 5, & le reste sera le nombre des Bémols qu'il faut mettre à la Clef.7
7For example, to compose in A major: recognizing the major sixth C-A (interval 6), we subtract 1 (5), multiply by 2 (10), subtract 7 once (remainder 3) – thus requiring three sharps. For D-flat major: the minor fourth C-D♭ (interval 4), subtract 1 (3), multiply by 5 (15), subtract 14 (remainder 1) – requiring one flat.7
Je veux, par exemple, composer en la Mode majeur. Je vois d'abord qu'il faut des Dièses, parce que la fa fait un Intervalle majeur avec ut. L'Intervalle est une Sixte dont le nombre est 6; j'en retranche 1; je multiplie le reste 5 par 2, & du produit & 10 rejettant 7 autant de fois qu'il se peut, j'ai le reste 3 qui marque le nombre de Dièses dont il faut armer la Clef pour le Ton majeur de la.
Observe that the number of sharps or flats never exceeds six, being necessarily remainders of septenary division.
Que si je veux prendre fa Mode majeur, je vois, par la Table, que l'Intervalle est mineur, & qu'il faut par conséquent des Bémols. Je retranche donc 1 du nombre 4 de l'Intervalle'; je multiplie par 5 le reste 3, & du produit 15 rejettant 7 autant de fois qu'il se peut, j'ai 1 de reste un Bémol qu'il faut mettre à la Clef.
On voit par-là que le nombre des Dièses ou des Bémols de la Clef ne peut jamais passer six, puisqu'ils doivent être le reste d'une division par sept.
[150] Ainsi pour composer en si Mode mineur, je transposerai la Clef comme pour le Ton
[150] Thus to compose in B minor, I transpose the clef as for the
Pour les Tons mineurs il faut appliquer la même formule des Tons majeurs, non sur la Tonique, mais sur la Note qui est une Tierce mineure au-dessus de cette même Tonique, sur sa Médiante.majeur de re. Pour fa Dièse mineur, je la transposerai comme pour la majeur, &c.
For minor Keys, one must apply the same formula used for major Keys, not to the Tonic but to the Note forming a minor Third above this Tonic – its Mediant.major of D. For F sharp minor, I transpose it as for the major, etc.
Les Musiciens ne déterminent les Transpositions qu'à forcé de pratique, ou en tâtonnant; mais regle que je donne est démontrée générale & sans exception.
Musicians determine Transpositions only through extensive practice or trial-and-error; but the rule I provide is demonstrated to be universal and without exception.
COMARCHIOS. Sorte de Nome pour l'ancienne Musique des Grecs.
COMARCHIOS. A type of Nome in ancient Greek Music.
COMMA, s. m. Petit Intervalle qui se trouvé, dans quelques cas, entre deux Sons produits sous le même nom par des progressions différentes.
COMMA, n. A small Interval arising in certain cases between two Notes sharing the same name but derived through different progressions.
On distingue trois especes de Comma. 1°. Le mineur, dont la raison est de 2025 à 2048; ce qui est la quantité dont le si Dièse, quatrieme Quinte de sol Dièse pris comme Tierce majeure de mi, est surpassé par l'ut naturel qui lui correspond. Ce Comma est la différence du semi-Ton majeur au semi-Ton moyen.
Three types of Comma are distinguished. 1. The minor, with a ratio of 2025 to 2048 – the excess by which B sharp (produced as the fourth Fifth from G sharp taken as the major Third of E) surpasses its corresponding natural C. This Comma represents the difference between the major semitone and the mean semitone.
2°. Le Comma majeur est celui qui se trouvé entre le mi produit par la progression triple comme quatrieme Quinte en commençant par ut, & le même mi, ou sa réplique considéré comme Tierce majeur de ce même ut. La raison en est de 80 à 81. C'est le Comma ordinaire, & il est la différence du Ton majeur au Ton mineur.
2. The major Comma arises between E produced through triple progression as the fourth Fifth starting from C, and the same E (or its replica) considered as the major Third of this C. Its ratio is 80 to 81. This is the common Comma, constituting the difference between the major Tone and minor Tone.
3°. Enfin le Comma maxime, qu'on appelle Comma de Pythagore, a son rapport de 524188 à 531441, & il est l'excès du si Dièse produit par la progression triple comme douzieme Quinte de l'ut sur le même ut élevé par ses Octaves au Degré correspondant.
3. Finally, the maxim Comma, called the Pythagorean Comma, has a ratio of 524,288 to 531,441, representing the excess of B sharp (produced as the twelfth Fifth from C through triple progression) over the same C elevated by octaves to the corresponding degree.
[151] Les Musiciens entendent par Comma la huitieme ou la neuvieme partie d'un Ton, la moitié de ce qu'ils appellent on quart-de-Ton. Mais on peut assurer qu'ils ne savent ce qu'ils veulent dire en s'exprimant ainsi, puisque pour des oreilles comme les nôtres un si petit Intervalle n'est appréciable que par le calcul. (Voyez INTERVALLE.)
[151] Musicians understand Comma as an eighth or ninth part of a Tone – half of what they call a quarter-Tone. Yet one may affirm they know not what they mean in such expressions, for to ears like ours so small an Interval is appreciable only through calculation. (See INTERVAL.)
COMPAIR, adj. corrélatif. de lui-même. Les Tons Compairs dans le Plain-Chant, sont l'authente & le plagal qui lui correspond. Ainsi le premier Ton est Compair avec le second; le troisieme avec le quatrieme, & ainsi de suite chaque Ton pair est Compair avec l'impair qui le précede. (Voyez TONS DE L'ÉGLISE.)
COMPAIR, adj. Correlative to itself. Compair Tones in Plainchant are the authentic and their corresponding plagal. Thus the first Tone is Compair with the second; the third with the fourth, and so forth – each even Tone being Compair with the preceding odd one. (See CHURCH TONES.)
COMPLÉMENT d'un Intervalle est la quantité qui lui manque pour arriver à l'Octave: ainsi la Seconde & la Septieme, la Tierce & la Sixte, la Quarte & la Quinte sont Complémens l'une de l'autre. Quand il n'est question que d'un Intervalle, Complément & Renversement sont la même chose. Quant aux especes, le juste est Complément du juste, le majeur du mineur, le superflu du diminué, & réciproquement. (Voyez INTERVALLE.)
COMPLEMENT of an Interval is the quantity required to complete the Octave: thus the Second and Seventh, Third and Sixth, Fourth and Fifth are Complements of each other. When considering a single Interval, Complement and Inversion are identical. Regarding species: just complements just, major complements minor, augmented complements diminished, and vice versa. (See INTERVAL.)
COMPOSÉ, adj. Ce mot a trois sens en Musique; deux par rapport aux Intervalles & un par rapport à la Mesure.
COMPOUND, adj. This term holds three musical meanings: two concerning Intervals and one concerning Measure.
I. Tout Intervalle qui passe l'étendue de l'Octave est un Intervalle Composé, parce qu'en retranchant l'Octave on simplifie l'Intervalle sans le changer. Ainsi la Neuvieme, la Dixieme, la Douzieme sont des Intervalles Composés; le premier, de la Seconde & de l'Octave; le deuxieme, de la Tierce & de l'Octave; le troisieme, de la Quinte & de l'Octave, &c.
I. Any Interval exceeding the Octave's span is a compound Interval, as removing the Octave simplifies it without alteration. Thus the Ninth, Tenth, Twelfth are compound Intervals: the first comprising Second plus Octave; the second, Third plus Octave; the third, Fifth plus Octave, etc.
[152] II. Tout Intervalle qu'on peut diviser musicalement en deux Intervalles peut encore être considere comme Composé. Ainsi la Quinte est composée de deux Tierces, la Tierces de deux Seconde; la Seconde majeure de deux semi-Tons; mais le semi-Ton n'est point Composé, parce qu'on peut plus le diviser ni sur le Clavier ni par Notes. C'est le sens du discours qui, des deux précédentes acceptions, doit déterminer celle selon laquelle un Intervalle est dit Compose.
[152] II. Any Interval divisible musically into two smaller Intervals may also be considered compound. Thus the Fifth comprises two Thirds, the Third two Seconds; the major Second two semitones. But the semitone is not compound, being indivisible on the keyboard or through notation. Context must determine which of these two acceptions applies when an Interval is called compound.
III. On appelle Mesures composées toutes celles qui sont désignées par deux chiffres. (Voyez MESURE.)
III. Composite meters are those designated by two numerals. (See MEASURE.)
COMPOSER, v. a. Inventer de la Musique nouvelle, selon les regles de l'Art.
COMPOSE, v. a. To invent new Music according to the rules of Art.
COMPOSITEUR, s. m. Celui qui compose de la Musique ou qui fait les regles de la Composition. Voyez, au mot COMPOSITION, l'exposé des connoissances nécessaires pour savoir composer. Ce n'est pas encore assez pour former un vrai Compositeur. Toute la science possible ne suffit point sans le génie qui la met en œuvre. Quelque effort que l'on puisse faire, quelque acquis que l'on puisse avoir, il faut être né pour cet Art; autrement on n'y sera jamais rien que de médiocre. Il en est du Compositeur comme du Poete; si la Nature en naissant ne l'a formé tel;
COMPOSER, s. m. One who composes Music or establishes rules of Composition. See under COMPOSITION the exposition of knowledge required to learn composition. Yet this is insufficient to form a true Composer. All possible science proves inadequate without the genius to employ it. However great the effort or acquired skill, one must be born for this Art; otherwise one shall never rise above mediocrity. The Composer resembles the Poet; if Nature did not shape him as such at birth;
S'il n'a reçu du Ciel l'influence secrette, Pour lui Phébus est sourd & Pégase est retif.
If he has not received from Heaven the secret influence, For him Phoebus is deaf and Pegasus is stubborn.
Ce que j'entends par génie n'est point ce goût bisarre & capricieux qui seme par-tout le baroque & le difficile, qui ne sait orner l'Harmonie qu'à forcé de Dissonances, de contrastes [153] & de bruit. C'est ce feu intérieur qui brûle, qui tourmente le Compositeur malgré lui, qui lui inspire incessamment des Chants nouveaux & toujours agréables des expressions vives, naturelles & qui vont au cœur; une Harmonie pure, touchante, majestueuse, qui renforce & pare le Chant sans l'étouffer. C'est ce divin guide qui a conduit Correlli, Vinci, Perez, Rinaldo, Jomelli, Durante plus savant qu'eux tous, dans le sanctuaire de l'Harmonie; Leo, Pergolèse, Hasse, Terradéglias, Galuppi dans celui du bon goût & de l'expression.
By genius I do not mean that bizarre and capricious taste which scatters the grotesque and contrived everywhere, which knows not how to adorn Harmony except through Dissonances, contrasts [153], and noise. Rather, it is that inner fire which burns and torments the Composer despite himself, ceaselessly inspiring new Melodies ever pleasing through vivid, natural expressions that pierce the heart; a pure, touching, majestic Harmony that strengthens and adorns the Melody without smothering it. This divine guide led Corelli, Vinci, Perez, Rinaldo, Jomelli, Durante (more learned than them all) into the sanctuary of Harmony; Leo, Pergolesi, Hasse, Terradéglias, Galuppi into that of good taste and expression.
COMPOSITION, s. f. C'est l'Art d'inventer & d'écrire des Chants, de les accompagner d'une Harmonie convenable, de faire, en un mot, une Piece complete de Musique avec toutes ses Parties.
COMPOSITION, s. f. The Art of inventing and writing Melodies, accompanying them with suitable Harmony – in short, creating a complete Musical work with all its Parts.
La connoissance de l'Harmonie & de ses regles est le fondement de la Composition. Sans doute il faut savoir remplir des Accords, préparer, sauver des Dissonances, trouver des Basses- fondamentales & posséder toutes les autres petites connoissances élémentaires; mais avec les seules regles de l'Harmonie, on n'est pas plus près de savoir la Composition, qu'on ne l'est d'être un Orateur avec celles de la Grammaire. Je ne dirai point qu'il faut, outre cela, bien connoître la portée & le caractere des Voix & des Instrumens, les Chants qui sont de facile ou difficile exécution, ce qui fait de l'effet & ce qui n'en fait pas; sentir le caractere des différentes Mesures, celui des différentes Modulations pour appliquer toujours l'une & l'autre à propos; savoir toutes les regles particulieres établies par convention, par [154] goût, par caprice ou par pédanterie, comme les Fugues les Imitations, les sujets contraints, &c. Toutes ces choses ne sont encore que des préparatifs à la Composition: mais il faut trouver en soi-même la source des beaux Chants, de la grande Harmonie, les Tableaux, l'expression; être enfin capable de saisir ou de former l'ordonnance de tout un ouvrage, d'en suivre les convenances de toute espece, & de se remplir de l'esprit du Poete sans s'amuser à courir après les mots. C'est avec raison que nos Musiciens ont donne le nom de paroles aux Poemes qu'ils mettent en Chant. On voit bien, par leur maniere de les rendre, que ce ne sont en effet, pour eux, que des paroles. Il semble, sur-tout depuis quelques années, que les regles des Accords aient fait oublier ou négliger toutes les autres, & que l'Harmonie n'ait acquis plus de facilité qu'aux dépens de l'Art en général. Tous nos Artistes savent le remplissage, à peint en avons-nous qui sachent la Composition.
Knowledge of Harmony and its rules forms the foundation of Composition. One must indeed understand chord voicing, preparing and resolving Dissonances, finding Fundamental Basses, and possess all elementary knowledge. Yet Harmony's rules alone bring one no closer to mastering Composition than grammar rules make one an Orator. Beyond this, one must know the ranges and characteristics of Voices and Instruments; discern Melodies easy or difficult to execute; sense what produces effect and what does not; grasp the character of different Meters and Modulations to apply them appropriately; master all particular rules established by convention, [154] taste, caprice or pedantry – Fugues, Imitations, constrained subjects, etc. These remain but preparations for Composition. One must find within oneself the source of beautiful Melodies, grand Harmony, tableaux, expression; be capable of conceiving or structuring an entire work's design, following all proprieties, and absorbing the Poet's spirit without chasing after words. Our Musicians aptly call their libretti "paroles" (words). Their manner of setting them proves these are indeed mere words to them. Especially in recent years, chord rules seem to have eclipsed all others, with Harmony's increased facility purchased at the Art's general expense. All our Artists know "filling-in" – but how many truly know Composition?
Au reste, quoique les regles fondamentales du Contrepoint soient toujours les mêmes, elles ont plus ou moins de rigueur selon le nombre des Parties; car à mesure qu'il y a plus de Parties,la Composition devient plus difficile & les regles sont moins séveres. La Composition à deux Parties s'appelle Duo, quand les deux Parties chantent également, c'est-à-dire, quand le sujet se trouvé partagé entr'elles. Que si le sujet est dans une Partie seulement, & que l'autre ne fasse qu'accompagner, on appelle alors la premiere Récit ou Solo; & l'autre, Accompagnement ou Basse-continue, si c'est une Basse. Il en est de même du Trio ou de la Composition [155] à trois Parties, du Quatuor, du Quinque, &c. (Voyez ces mots.)
Moreover, though the fundamental rules of Counterpoint remain ever the same, their rigor varies with the number of Parts; for as Parts multiply, Composition grows more challenging while its rules grow less severe. Composition in two Parts is termed a Duo when both Parts sing equally—that is, when the subject is divided between them. Should the subject lie in one Part alone while the other merely accompanies, the former is then called Recitative or Solo, and the latter Accompaniment or continuo bass if it is a Bass. The same applies to the Trio or three-Part [155] Composition, the Quatuor, the Quinque, &c. (See these entries.)
On donne aussi le nom de Compositions aux Pieces mêmes de Musique faites dans les regles de la Composition: c'est pourquoi les Duo, Trio, Quatuor dont je viens de parler, s'appellent des Compositions.
The name Compositions is also given to the Musical Pieces themselves crafted under Composition’s rules: hence the Duo, Trio, and Quatuor just mentioned are called Compositions.
On compose ou pour les Voix seulement, ou pour les Instrumens, ou pour les Instrumens & les Voix. Le Plain-Chant & les Chansons sont les seules Compositions qui ne soient que pour les Voix; encore y joint-on souvent quelque Instrument pour les soutenir. Les Compositions instrumentales sont pour un Chœur d'Orchestre, & alors elles s'appellent Symphonies, Concerts; ou pour quelque espece particuliere d'Instrument, & elles s'appellent Pieces, Sonates. (Voyez ces mots.)
One composes either for Voices alone, for Instruments, or for both. Plainchant and songs are the sole Compositions intended solely for Voices—though Instruments are often added to support them. Instrumental Compositions serve either an Orchestral Choir (called Symphonies, Concerts) or specific Instrumental types (termed Pieces, Sonatas). (See these entries.)
Quant aux Compositions destinées pour les Voix & pour les Instrumens, elles se divisent communément en deux especes principales; savoir, Musique Latine ou Musique d'Eglise, & Musique Françoise. Les Musiques destinées pour l'Eglise, soit Pseaumes, Hymnes, Antiennes, Répons, portent en général le nom de Mottets. (Voyez MOTTET.) La Musique Françoise se divise encore en Musique de Théâtre, comme nos Opéra, en Musique de Chambre, comme nos Cantates ou Cantatilles. (Voyez CANTATE, OPÉRA.)
As for Compositions blending Voices and Instruments, they divide chiefly into two types: Latin Music or Church Music, and French Music. Works for the Church—Psalms, Hymns, Antiphons, Responsories—bear the general name Motets (see MOTET). French Music subdivides into Theater Music (our Operas) and Chamber Music (our Cantatas or Cantatilles). (See CANTATA, OPERA.)
Généralement la Composition Latine passe pour demander plus de science & de réglés, & la Françoise plus de génie & de goût.
Broadly, Latin Composition is held to demand more erudition and rules, French Composition more genius and taste.
Dans une Composition l'Auteur à pour sujet le Son physiquement [156] considéré, & pour objet le seul plaisir de l'oreille; ou bien il s'élevé à la Musique imitative de cherche à émouvoir ses Auditeurs par des effets moraux. Au premier égard il suffit qu'il cherche de beaux Sons & des Accords agréables; mais au second il doit considérer la Musique par ses rapports aux accens de la voix humaine, & par les conformités possibles entre les Sons harmoniquement combines & le objets imitables. On trouvera dans l'article Opéra quelques idées sur les moyens d'élever & d'ennoblir l'Art, en faisant, de la Musique, une langue plus éloquente que le discours même.
In a Composition, the Author takes as his subject Sound considered physically [156] and as his object mere aural pleasure; or else he ascends to imitative Music, seeking to stir his Listeners through moral effects. For the former, beautiful Tones and agreeable Chords suffice; for the latter, he must weigh Music’s ties to human vocal inflections and the possible harmonies between combined Sounds and imitable objects. The entry Opera offers thoughts on elevating the Art by making Music a language more eloquent than speech itself.
CONCERT, s. m. Assemblée de Musiciens qui exécutent des Pieces de Musique Vocale & Instrumentale. On ne se sert gueres du mot de Concert que pour une assemblée d'au-moins sept ou huit Musiciens, & pour une Musique à plusieurs Parties. Quant aux Anciens, comme ils ne connoissoient pas le Contre-point, leurs Concerts ne s'exécutoient qu'à l'Unisson ou à l'Octave; & ils en avoient rarement ailleurs qu'aux Théâtres & dans les Temples.
CONCERT, s. m. An assembly of Musicians performing Vocal and Instrumental Pieces. The term Concert is scarcely used unless for gatherings of at least seven or eight Musicians and multi-Part Music. The Ancients, ignorant of Counterpoint, performed their Concerts only in Unison or at the Octave, rarely outside Theaters and Temples.
CONCERT SPIRITUEL. Concert qui tient lieu de Spectacle public à Paris, durant les tems ou les autres Spectacles sont fermés. Il est établi au Château des Tuileries; les Concertans y sont très-nombreux & la Salle est fort bien décorée: On y exécute des Mottets, des Symphonies, & l'on se donne aussi le plaisir d'y défigurer de tems en tems quelques Airs Italiens.
CONCERT SPIRITUEL. A Parisian public Concert replacing Spectacles during their closures. Held at the Tuileries Palace, its numerous Performers and well-decorated Hall host Motets and Symphonies—though Italian Airs are occasionally disfigured there for amusement.
CONCERTANT, adj. Parties Concertantes sont, selon l'Abbé Brossard, celles qui ont quelque chose à réciter dans [157] une Piece ou dans un Concert, & ce mot sert à les distinguer des Parties qui ne sont que de Chœur.
CONCERTANTE, adj. Concertante Parts are, according to Abbé Brossard, those which have recitative passages in [157] a piece or concert, distinguishing them from purely choral parts.
Il est vieilli dans ce sens, s'il l'a jamais eu. L'on dit aujourd'hui Parties Récitantes: mais on se sert de celui de Concertant en parlant du nombre de Musiciens qui exécutent dans un Concert, & l'on dira: Nous étions vingt-cing Concertans. Une assemblée de huit à dix Concertans.
This usage is archaic, if indeed it ever existed. Today we say Recitative Parts. However, "Concertante" persists when quantifying performing musicians in a concert, as in: "We numbered twenty-five Concertantes," or "An assembly of eight to ten Concertantes."
CONCERTO, s. m. Mot Italien francisé, qui signifie généralement une Symphonie faite pour être exécutée par tout un Orchestre; mais on appelle plus particulièrement Concerto une Piece faite pour quelque Instrument particulier, qui joue seul de tems en tems avec un simple Accompagnement, après un commencement en grand Orchestre; & la Piece continue ainsi toujours alternativement entre le même Instrument récitant, & l'Orchestre en Chœur. Quant aux Concerto où tout le joue en Rippiéno, & où nul Instrument ne récite, les François les appellent quelquefois Trio, & les Italiens Sinfonie.
CONCERTO, s. m. Italian term Gallicized, generally denoting a symphony for full orchestra. More specifically, it indicates a work featuring a solo instrument alternating between accompanied passages and tutti sections. When entire movements are played Ripieno without soloists, the French sometimes call these Trio, while Italians retain Sinfonie.
CONCORDANT, ou Basse-Taille, ou Baryton; celle des Parties de la Musique qui tient le milieu entre la Taille & la Basse. Le nom de Concordant n'est gueres en usage que dans les Musiques d'Eglise, non plus que la Partie qu'il désigne. Par-tout ailleurs cette Partie s'appelle Basse-Taille & le confond avec la Basse. Le Concordant est proprement la Partie qu'en Italie on appelle Tenor. (Voyez PARTIES.)
CONCORDANT, or Basse-Taille, or Baryton; the middle vocal part between tenor and bass. "Concordant" survives chiefly in sacred music contexts. Elsewhere, this part merges with the bass under the designation Basse-Taille. Properly speaking, it corresponds to the Italian Tenor. (See PARTS.)
CONCOURS, s. m. Assemblée de Musiciens & de connoisseurs autorités, dans laquelle une place vacante de Maître de Musique ou d'Organiste est emportée, à la pluralité [158] des suffrages, par celui qui a fait le meilleur Mottet, ou qui il s'est distingué par la meilleure exécution.
CONCOURS, s. m. Assembly of musicians and qualified judges convened to fill vacant posts of choirmaster or organist through [158] majority vote, awarded to the composer of the finest motet or most distinguished performer.
Le Concours étoit en usage autrefois dans la plupart des Cathédrales; mais d'ans ces tems malheureux où l'esprit d'intrigue s'est emparé de tous les états, il est naturel que le Concours s'abolisse insensiblement, & qu'on lui substitue des moyens plus aisés de donner à la faveur ou à l'intérêt, le prix qu'on doit au talent & au mérite.
Such competitions were once common in cathedrals. But in these lamentable times when intrigue pervades all stations, competitions naturally wane, replaced by expedient methods favoring connections over talent and merit.
CONJOINT, adj. Tétracorde Conjoint est, dans l'ancienne Musique, celui dont la corde la plus grave est à l'unisson de la corde la plus aigue du Tétracorde qui est immédiatement au-dessous de lui, ou dont la corde la plus aiguë est à l'unisson de la plus grave du Tétracorde qui est immédiatement au-dessus de lui. Ainsi, dans le systême des Grecs, tous les cinq Tétracordes sont conjoints par que côté; savoir, 1°. le Tétracorde Méson conjoint au Tétracorde Hypaton; 2°. le Tétracorde Synnéménon conjoint au Tétracorde Méson; 3°. le Tétracorde Hyperboléon conjoint au Tétracorde Diezeugménon: & comme le Tértacorde auquel un autre étoit conjoint lui étoit conjoint réciproquement, cela eût fait en tout six Tétracordes; c'est-a-dire, plus qu'il n'y en avoit dans le systême, si le Tétracorde Méson étant conjoint par ses deux extrémités, n'eût été pris deux sois pour une.
CONJOINT, adj. In ancient theory, a Conjoint Tetrachord has its lowest note at the unison with the highest note of the tetrachord immediately below it, or its highest note at the unison with the lowest of that above. Thus in the Greek system, all five tetrachords are doubly conjunct: 1. The Meson Tetrachord conjunct with Hypaton; 2. Synemmenon Tetrachord conjunct with Meson; 3. Hyperbolaion Tetrachord conjunct with Diezeugmenon. This reciprocal conjunction would yield six tetrachords—exceeding the system's actual count—were the Meson Tetrachord not counted twice through its dual conjunctive role.
Parmi nous, Conjoint se dit d'un Intervalle ou Degré. On appelle Degrés conjoints ceux qui sont tellement disposés entr'eux, que le Son le plus aigu du Degré inférieur, se trouvé à l'unisson du Son le plus grave du Degré supérieur. [159] Il faut de plus qu'aucun des Degrés conjoints ne puisse être partagé en d'autres Degrés plus petits, mais qu'ils soient eux-mêmes les plus petits qu'il soit possible; savoir, ceux d'une seconde. Ainsi ces deux Intervalles ut re, & re mi sont conjoints; mais ut re & fa sol ne le sont pas, faute de la premiere condition; ut mi & mi sol nele sont pas non plus, faute de la seconde.
Among us, Conjunct refers to an Interval or Degree. Conjunct Degrees are those arranged such that the highest note of the lower Degree coincides in unison with the lowest note of the upper Degree. [159] Furthermore, no Conjunct Degree may be subdivided into smaller Degrees but must themselves be the smallest possible – namely, those of a second. Thus, the two Intervals C D and D E are conjunct; but C D and F G are not, lacking the first condition; C E and E G are likewise not conjunct, failing the second.
Marche par Degrés conjoints signifie la même chose que Marche Diatonique. (Voyez Degré Diatonique.)
Progression by Conjunct Degrees means the same as Diatonic Progression. (See DIATONIC DEGREE.)
CONJOINTES, s. f. Tétracorde des Conjointes. (Voyez SYNNéMENON.)
CONJUNCTES, n. f. Tetrachord of the Conjunctes. (See SYNÉMENON.)
CONNEXE, adj. Terme de Plain-Chant. (Voy. MIXTE.)
CONNEXE, adj. Plainchant term. (See MIXTE.)
CONSONNANCE, s. f. C'est, selon l'étymologie du mot, l'effet de deux ou plusieurs Sons entendus à la fois; mais on restreint communément la signification de ce terme aux Intervalles formés par deux Sons, dont l'Accord plaît à l'oreille, & c'est en ce sens que j'en parlerai dans cet article.
CONSONANCE, n. f. Etymologically, this denotes the effect of two or more Sounds heard simultaneously; but the term is commonly restricted to Intervals formed by two Sounds whose agreement pleases the ear – the sense in which I shall treat it here.
De cette infinité d'Intervalles qui peuvent diviser les Sons; il n'y en a qu'un très-petit nombre qui fassent des Consonnances; tous les autres choquent l'oreille & sont appelles pour cela Dissonance. Ce n'est pas que plusieurs de celles-ci ne soient employées dans l'Harmonie; mais elles ne le sont qu'avec des précautions dont les Consonnances, toujours agréables par elles-mêmes, n'ont pas egaremens besoin.
Among the infinite Intervals dividing Sounds, only a very few form Consonances; all others offend the ear and are thus called Dissonances. Not that several of these are not used in Harmony, but they require precautions which Consonances – ever pleasing in themselves – have no need of.
Les Grecs n'admettoient que cinq Consonnances; savoir l'Octave, la Quinte, la Douzieme qui est la réplique de[160] la Quinte, la Quarte, & l'Onzieme qui est sa réplique. Nous y ajoutons les Tierces & les Sixtes majeures & mineures, les Octaves doubles & triples, & en un mot, les diverses répliques de tout cela sans exception, selon toute l'étendue du systême.
The Greeks admitted but five Consonances: the Octave, Fifth, Twelfth (the Fifth's replica), Fourth, and Eleventh (its replica). We add major and minor Thirds and Sixths, double and triple Octaves – indeed, all replicas thereof throughout the system's full compass.
On distingue les Consonnances en parfaites ou justes, dont l'Intervalle ne varie point, & en imparfaites, qui peuvent être majeures ou mineures. Les Consonnances parfaites, sont l'Octave, la Quinte & la Quarte; les imparfaites sont les Tierces & les Sixtes.
Consonances are distinguished as perfect/just (invariable Intervals) and imperfect (major/minor). Perfect Consonances are the Octave, Fifth, and Fourth; imperfect are Thirds and Sixths.
Les Consonnances se divisent encore en simples & composées. Il n'y a de Consonnances simples que la Tierce & la Quarte: car la Quinte, par exemple, est composer à deux Tierces; la Sixte est composée de Tierce & de Quarte, &c.
Consonances further divide into simple and compound. Only the Third and Fourth are simple: the Fifth, for instance, combines two Thirds; the Sixth comprises Third and Fourth, etc.
Le caractere physique des Consonnances se tire de la production dans un même Son; ou, si l'on veut, du frémissement des cordes. De deux cordes bien d'accord formant entr'elles un Intervalle d'Octave ou de Douzieme qui est l'Octave de la Quinte, ou de Dix-septieme majeur qui est la double Octave de la Tierce majeure, si l'on fait sonner la plus grave, l'autre frémit & résonne. A l'égard de la Sixte majeure & mineure, de la Tierce mineure, de la Quinte & de la Tierce majeure simples, qui toutes sont des combinaisons & des renversemens des précédentes Consonnances, elles se trouvent non directement, mais entre les diverses cordes qui frémissent au même Son.
The physical character of Consonances derives from their generation within a single Sound – or, if you will, from string vibrations. If two well-tuned strings form an Octave, Twelfth (Fifth's Octave), or major Seventeenth (Third's double Octave), plucking the lower causes the other to vibrate sympathetically. As for the major/minor Sixth, minor Third, simple Fifth, and major Third – being combinations and inversions of prior Consonances – these emerge not directly but among various strings vibrating sympathetically to the same Sound.
Si je touche la corde ut, les cordes montées à son Octave [161] ut, à la Quinte sol de cette Octave, à la Tierce mi de la double Octave, même aux Octaves de tout cela, frémiront toutes & résonneront à la fois; & quand la premiere corde seroit seule, on distingueroit encore tous ces Sons dans sa résonnance. Voilà donc l'Octave, la Tierce majeure, & la Quinte directes. Les autres Consonnances se trouvent aussi par combinaisons; savoir, la Tierce mineure, du mi au sol; la Sixte mineure, du mêmei mi à l'ut d'en haut; la Quarte, du sol à ce même ut; & la Sixte majeure, du même sol au mi qui est au-dessus de lui.
Plucking string C, the strings tuned to its Octave [161] C, to the Fifth G of this Octave, to the Third E of the double Octave – even to all their Octaves – will vibrate and resonate together. Were the first string alone struck, one would still discern all these Sounds in its resonance. Thus we obtain the direct Octave, major Third, and Fifth. Other Consonances arise through combinations: the minor Third from E to G; minor Sixth from the same E to upper C; Fourth from G to this C; major Sixth from G to the E above.
Telle est la génération de toutes les Consonnances. It s'agiroit de rendre raison des Phénomenes.
Such is the generation of all Consonances. It remains to account for these phenomena.
Premièrement, le frémissement des cordes s'explique par l'action de l'air & le concours des vibrations. (Voyez UNISSON.) 2°. Que le son d'une corde soit toujours accompagné de sesHarmoniques (voyez ce mot.), cela paroît une propriété du Son qui dépend de sa nature, qui en est inséparable, & qu'on ne sauroit expliquer qu'avec des hypotheses qui ne sont pas sans difficulté. La plus ingénieuse qu'on ait jusqu'à présent imaginée sur cette matiere est, sans contredit, celle de M. de Mairan, dont M. Rameau dit avoir fait son profit.
First, the trembling of strings is explained by the action of air and the concord of vibrations. (See UNISON.) 2ndly. That the sound of a string should always be accompanied by its Harmonics (see this term), appears as a property of Sound inherent to its nature, inseparable from it, and which cannot be explained except through hypotheses not without difficulty. The most ingenious hypothesis yet conceived on this matter is undoubtedly that of M. de Mairan, from which Mr. Rameau claims to have profited.
3°. A l'égard du plaisir que les Consonnances sont à l'oreille, à l'exclusion de tout autre Intervalle, on en voit clairement la source dans leur génération. Les Consonnances naissent toutes de l'Accord parfait, produit par un Son unique, & réciproquement l'Accord parfait se forme par l'assemblage des Consonnances. Il est jonc naturel que l'Harmonie de [162] cet Accord se communique à les Parties; que chacune d'elles y participe, & que tout autre Intervalle qui ne fait pas partie de cet Accord n'y participe pas. Or, la Nature qui a doué les objets de chaque sens de qualités propres à le flatter, à voulu qu'un Son quelconque fût toujours accompagné d'autres Sons agréables, comme elle a voulu qu'un rayon de lumiere fut toujours formé des plus belles couleurs. Que si l'on presse la question, & qu'on demande encore d'où naît le plaisir que cause l'Accord parfait à l'oreille, tandis qu'elle est choquée du concours de tout autre Son, que pourroit-on répondre à cela, sinon de demander à son tour pourquoi le verd plutôt que le gris réjouit la vue, & pourquoi le parfum de la rose enchante, tandis que l'odeur du pavot déplaît?
3rdly. Regarding the pleasure that Consonances bring to the ear, to the exclusion of all other Intervals, we clearly see their source in their generation. All Consonances arise from the perfect Chord, produced by a single Sound, and reciprocally, the perfect Chord is formed by the combination of Consonances. It is thus natural that the Harmony of [162] this Chord should communicate itself to its Parts; that each of them should partake in it, and that any other Interval not belonging to this Chord should not partake. Now, Nature, having endowed the objects of each sense with qualities apt to please them, willed that any Sound should always be accompanied by other agreeable Sounds, just as She willed that a ray of light should always be composed of the most beautiful colors. If one presses the question, asking why the perfect Chord pleases the ear while the concurrence of any other Sound offends it, what could be answered except to ask in turn why green rather than gray delights the eye, or why the perfume of roses enchants while the odor of poppies displeases?
Ce n'est pas que les Physiciens n'aient expliqué tout cela; & que n'expliquent-ils point? Mais que toutes ces explications sont conjecturales, & qu'on leur trouvé peu de solidité quand on les examine de près! Le Lecteur en jugera par l'exposé des principales, que je vais tâcher de faire en peu de mots.
Not that Physicists have failed to explain all this — what do they not explain? But how conjectural all these explanations are, and how little solidity they reveal upon close examination! The Reader shall judge by the summary of principal ones I shall attempt to outline briefly.
Ils disent donc que, la sensation du Son étant produite parles vibrations du corps sonore propagées jusqu'au tympan par celles que l'air reçoit de ce même corps, lorsque deux Sons se sont entendre ensemble, l'oreille est affectée à la fois de leurs diverses vibrations. Si ces vibrations sont isochrones, c'est-à-dire, qu'elles s'accordent à commencer & finir en même tems, ce concours forme l'Unisson, & l'oreille, qui saisit l'Accord de ces retours égaux & bien [163] concordans, en est agréablement affectée. Si les vibrations d'un des deux Sons sont doubles en durée de celles de l'autre, durant chaque vibration du plus grave, l'aigu en sera précisément deux, & à la troisieme ils partiront ensemble. Ainsi, de deux en deux, chaque vibration impaire de l'aigu concourra avec chaque vibration du grave, & cette fréquente concordance qui constitue l'Octave, selon eux moins douce que l'Unisson, le sera plus qu'aucune autre Consonnance. Après vient la Quinte dont l'un des Sons fait deux vibrations, tandis que l'autre en fait trois; de sorte qu'ils ne s'accordent qu'à chaque troisieme vibration de l'aigu; ensuite la double Octave, dont l'un des Sons fait quatre vibrations pendant que l'autre n'en fait qu'une, s'accordant seulement à chaque quatrieme vibration de l'aigu: pour la Quarte, les vibrations se répondent de quatre en quatre à l'aigu, & de trois en trois au grave: celles de la Tierce majeure sont comme 4 & 5, de la Sixte majeure comme 3 & 5, de la Tierce mineure comme 5 & 6, & de la Sixte mineure comme 5 & 8. Au-delà de ces nombres il n'y a plus que leurs multiples qui produisent des Consonnances, c'est-à-dire des Octaves de celles-ci; tout le reste est dissonant.
They say, then, that since the sensation of Sound is produced by the vibrations of the sonorous body propagated through the air to the eardrum, when two Sounds are heard together, the ear is simultaneously affected by their diverse vibrations. If these vibrations are isochronous — that is, if they begin and end at the same time — this concurrence forms the Unison, and the ear, grasping the Accord of these equal and concordant returns, is agreeably affected. If the vibrations of one Sound last twice as long as the other’s, during each vibration of the lower, the higher will complete precisely two, and on the third they will start together. Thus, every odd vibration of the higher will coincide with every vibration of the lower, this frequent concordance constituting the Octave, which they deem less sweet than the Unison yet sweeter than any other Consonance. Next comes the Fifth, where one Sound makes two vibrations while the other makes three, so they coincide only at every third vibration of the higher; then the double Octave, where one Sound makes four vibrations while the other makes one, coinciding only at every fourth vibration of the higher. As for the Fourth, the vibrations correspond every four in the higher and every three in the lower. Those of the major third are as 4 to 5, the major sixth as 3 to 5, the minor third as 5 to 6, and the minor sixth as 5 to 8. Beyond these ratios lie only their multiples producing Consonances — that is, their Octaves — all else being dissonant.
D'autres trouvant l'Octave plus agréable que l'Unisson, & la Quinte plus agréable que l'Octave, en donnent pour raison que les retours égaux des vibrations dans l'Unisson & leur concours trop fréquent dans l'Octave confondent, identifient les Sons & empêchent l'oreille d'en appercevoir la diversité. Pour qu'elle puisse, avec plaisir, comparer les [164] Sons, il fautbien, disent-ils, que les vibrations s'accordent par Intervalles, mais non pas qu'elles se confondent trop souvent; autrement au lieu de deux Sons on croiroit n'en entendre qu'un, & l'oreille perdroit le plaisir de la comparaison. C'est ainsi que du même principe on déduit à son gré le pour & le contre, selon qu'on jugé que les expériences l'exigent.
Others, finding the Octave more pleasing than the Unison and the Fifth more pleasing than the Octave, explain this by claiming that the equal recurrence of vibrations in the Unison and their overly frequent concurrence in the Octave confuse and merge the Sounds, preventing the ear from perceiving their diversity. For the ear to compare Sounds pleasurably, they argue, vibrations must align at intervals without excessive blending; otherwise, instead of hearing two distinct Sounds, one would perceive only a single Sound, and the ear would lose the pleasure of comparison. Thus, from the same principle, one deduces pro and contra at will, depending on how experiments are interpreted.
Mais premiérement toute cette explication n'est, comme on voit, fondée que sur le plaisir qu'on prétend que reçoit l'ame par l'organe de l'ouïe du concours des vibrations; ce qui, dans le fond, n'est déjà qu'une pure supposition. De plus, il faut supposer encore, pour autoriser ce systême, que la premiere vibration de chacun des deux corps sonores commence exactement avec celle de l'autre; car de quelque peu que l'une précédât, elles ne concourroient plus dans le rapport déterminé, peut-être même ne concourroient-elles jamais, & par conséquent l'Intervalle sensible devroit changer; la Consonnance n'existeroit plus ou ne seroit plus la même. Enfin il faut supposer que les diverses vibrations des deux Sons d'une Consonnance frappent l'organe sans confusion, & transmettent au cerveau la sensation de l'Accord sans se nuire mutuellement: chose difficile à concevoir & dont j'aurai occasion de parler, ailleurs.
But first, this entire explanation rests – as is evident – solely upon the supposed pleasure the soul receives through the ear from synchronized vibrations, which in itself remains a pure supposition. Moreover, to validate this system, one must further assume that the first vibration of each sounding body begins precisely in tandem with the other. For if one were even slightly antecedent, their vibrations would no longer align in the determined ratio; indeed, they might never coincide, thereby altering the perceived Interval. The Consonance would either vanish or transform. Finally, one must suppose that the diverse vibrations of two Consonant Sounds strike the organ without confusion, transmitting the sensation of Chordal harmony without mutual interference – a phenomenon difficult to conceive, and one I shall address elsewhere.
Mais sans disputer sur tant de suppositions, voyons ce qui doit s'ensuivre de ce systême. Les vibrations ou les Sons de la derniere Consonnance, qui est la Tierce mineure, sont comme 5 & 6, & l'Accord en est fort agréable. Que doit-il naturellement résulter de deux autres Sons dont les [165] vibrations seroient entre elles comme 6 & 7? Une Consonnance un peu moins harmonieuse, à la vérité, mais encore assez agréable, à cause de la petite différence des raisons; car elles ne diffèrent que d'un trente-sixiemie. Mais qu'on me dise comment il se peut faire que deux Sons, dont l'un fait cinq vibrations pendant que l'autre en fait 6, produisent une Consonnance agréable, & que deux Sons, dont l'un fait 6 vibrations pendant que l'autre en fait 7, produisent une Dissonance aussi dure. Quoi! dans l'un de ces rapports les vibrations s'accordent de six en six, & mon oreille est charmée; dans l'autre elles s'accordent de sept en sept, & mon oreille est écorchée! Je demande encore comment il se fait qu'après cette premiere Dissonance la dureté des autres n'augmente pas en raison de la composition des rapports? Pourquoi, par exemple, la Dissonance qui résulte du rapport de 89 à 90, n'est pas beaucoup plus choquante que celle qui résulte du rapport de 12 à 13? Si le retour plus ou moins fréquent du concours des vibrations étoit la cause du degré de plaisir ou de peine que me font les Accords, l'effet seroit proportionné à cette cause, & je n'y trouvé aucune proportion. Donc ce plaisir & cette peine ne viennent point de-là.
But without disputing these suppositions, let us examine their logical consequences. The vibrations (or Sounds) of the last Consonance – the minor third – are in a 5:6 ratio, producing a most agreeable Chord. What should naturally result from two other Sounds vibrating in a 6:7 ratio? A slightly less harmonious Consonance, to be sure, yet still pleasant enough due to the minimal ratio difference (merely 1/36). But how can Sounds vibrating 5:6 create a pleasing Consonance, while those vibrating 6:7 produce so harsh a Dissonance? What! In one ratio, vibrations align every sixth cycle to charm my ear; in the other, they align every seventh cycle to lacerate it! I further ask why subsequent Dissonances do not increase in harshness proportionally to ratio complexity. Why, for instance, is the Dissonance from an 89:90 ratio not infinitely more grating than that from 12:13? If the frequency of vibrational concurrence governed my pleasure or pain in hearing Chords, effect would mirror cause proportionally – yet I find no such proportion. Therefore, this pleasure and pain cannot stem therefrom.
Il reste encore à faire attention aux altérations dont une Consonnance est susceptible sans cesser d'être agréable à l'oreille, quoique ces altérations dérangent entiérement le concours périodique des vibrations, & que ce concours même devienne plus rare à mesure que l'altération est moindre. Il reste à considérer que l'Accord de l'Orgue ou du Clavecin ne [166] devroit offrir à l'oreille qu'une cacophonie d'autant plus horrible que ces Instrumens seroient accordés avec plus de soin puisqu'excepté l'Octave il ne s'y trouvé aucune Consonnance dans son rapport exact.
We must further consider how Consonances remain agreeable to the ear despite alterations that disrupt periodic vibration concurrence – concurrence that becomes rarer as alteration diminishes. We must reflect that the Chord of an Organ or Harpsichord should present only cacophony – increasingly horrific as these instruments are more precisely tuned – since beyond the Octave, no Consonance exists there in exact ratio.
Dira-t-on qu'un rapport approché est supposé tout-a-fait exact, qu'il est reçu pour tel par l'oreille, & qu'elle supplée par instinct ce qui manque à la justesse de l'Accord? Je demande alors pourquoi cette inégalité de jugement & d'appréciation, par laquelle elle admet des rapports plus ou moins rapprochés & en rejetter d'autres selon la diverse nature des Consonnances? Dans l'Unisson, par exemple, l'oreille ne supplée rien; il est juste ou faux, pointde milieu. De encore dans l'Octave, si l'Intervalle n'est exact, l'oreille est choquée; elle n'admet point d'approximation. Pourquoi en admet-elle plus dans la Quinte, & moins dans la Tierce majeure? Une explication vague, sans preuve, & contraire au principe qu'on veut établir, ne rend point raison de ces différences.
Shall it be said that an approximate ratio is assumed entirely exact, that it is received as such by the ear, which supplements through instinct what is lacking in the chord's precision? I then ask why this inequality of judgment and valuation, through which it admits more or less proximate ratios while rejecting others according to the diverse nature of consonances? In the unison, for instance, the ear supplements nothing; it is either exact or false – no middle ground. Similarly in the octave, if the interval is inexact, the ear is offended; it admits no approximation. Why does it permit more latitude in the fifth, and less in the major third? A vague explanation, lacking proof and contradicting the principle one seeks to establish, accounts not for these differences.
Le Philosophe qui nous adonné des principes d'Acoustique, lassant à part tous ces concours de vibrations, renouvellant sur ce point le systême de Descartes, rend raison du plaisir que les Consonnances sont à l'oreille, par la simplicité des rapports qui sont entre les Sons qui le forment. Selon cet Auteur, & selon Descartes, le plaisir diminue à mesure que ces rapports deviennent plus composes, & quant l'esprit ne les saisit plus, ce sont de véritables Dissonances; ainsi c'est une opération de l'esprit qu'ils prennent pour le principe du sentiment de l'Harmonie. D'ailleurs, [167] quoique cette hypothese s'accorde avec le résultat des premieres divisions harmoniques, & qu'elle s'étende même a d'autres phenomenes qu'on remarque dans les beaux Arts, comme elle est sujette aux mêmes objections que la précédente, il n'est pas possible à la raison de s'en contenter.
The philosopher who gave us principles of acoustics – setting aside all these concords of vibrations, reviving Descartes' system on this point – accounts for the pleasure consonances afford the ear through the simplicity of ratios between constituent sounds. According this author (and Descartes), pleasure diminishes as these ratios grow more complex, becoming true dissonances when the mind no longer grasps them; thus they take a mental operation as the principle of harmonic sentiment. Moreover, [167] though this hypothesis aligns with results from harmonic divisions and even extends to other phenomena in the fine arts, being subject to the same objections as the prior system, reason cannot be satisfied by it.
Celle de toutes qui paroît la plus satisfaisante à pour Auteur M. Esteve, de la Société Royale de Montpellier. Voici la-dessus comment il raisonne.
The most satisfactory hypothesis of all comes from M. Esteve of Montpellier's Royal Society. Here follows his reasoning:
Le sentiment du Son est inséparable de celui de ses Harmoniques, & puisque tout Son porte avec soi ses Harmoniques ou plutôt son Accompagnement, ce même Accompagnement est dans l'ordre de nos organes. Il y a dans le Son le plus simple une gradation de Sons qui sont & plus foibles & plus aigus, qui adoucissent, par nuances, le Son principal, & le font perdre dans la grande vitesse des Sons les plus hauts. Voilà ce que c'est qu'un Son; l'Accompagnement lui est essentiel, en fait la douceur & la mélodie. Ainsi toutes les fois que cet adoucissement, cet Accompagnement, ces Harmoniques seront renforcés & mieux développés, les Sons seront plus mélodieux, les mieux soutenues, C'est une sensible.
The sensation of sound is inseparable from that of its harmonics. Since every sound bears its harmonics – or rather its accompaniment – this same accompaniment lies within the order of our organs. In the simplest sound exists a gradation of fainter, higher-pitched tones that soften the principal sound through nuances, dissolving it into the swiftness of upper partials. Such is sound's essence: this accompaniment constitutes its sweetness and melody. Thus whenever this softening, this accompaniment, these harmonics are reinforced and better developed, the sounds become more melodious, better sustained. Here lies their sensory virtue.
Or, les Consonnances ont cette propriété que les Harmoniques de chacun des deux Sons concourant avec les Harmoniques de l'autre, ces Harmoniques se soutiennent mutuellement, deviennent plus sensibles, durent plus long-tems, & rendent ainsi plus agréable l'Accord des Sons qui les donnent.
Now, consonances possess this property: the harmonics of each sound concurring with those of the other, they mutually reinforce each other, grow more perceptible, endure longer, thereby rendering more agreeable the chord formed by these sounds.
[168] Pour rendre plus claire l'application de ce principe, M. Esteve a dressé deux Tables, l'une des Consonnances & l'autre des Dissonances qui sont dans l'ordre de la Gamme; & ces Tables sont tellement disposées, qu'on voit dans chacune le concours ou l'opposition des Harmoniques des deux Sons qui forment chaque Intervalle.
[168] To clarify this principle's application, M. Esteve devised two tables – one of consonances, the other of dissonances within the gamut's order. These tables are arranged to show the concurrence or opposition between harmonics of both sounds forming each interval.
Par la Table des Consonnances on voit que l'Accord de l'Octave conserve presque tous ses Harmoniques, & c'est la raison de l'identité qu'on suppose, dans la pratique de Harmonie, entre les deux Sons de l'Octave; on voit que l'Accord de la Quinte ne conserve que trois Harmoniques, que la Quarte n'en conserve que deux, qu'enfin les Consonnances imparfaites n'en conservent qu'un, excepté la Sixte majeure, qui en porte deux.
Through the consonance table, we observe the octave chord preserves nearly all its harmonics (justifying the assumed identity between octave tones in harmonic practice). The fifth chord preserves three harmonics; the fourth, two; finally, imperfect consonances preserve but one – except the major sixth retaining two.
Par la Table des Dissonances on voit qu'elles ne se conservent aucun Harmonique, excepté la seule Septieme mineur qui conserve son quatrieme Harmonique; savoir, la Tierce majeure de la troisieme Octave du Son aigu.
Through the dissonance table, we observe they preserve no harmonics except the minor seventh retaining its fourth harmonic: namely, the major third in the third octave of the acute sound.
De ces observations, l'Auteur conclud que, plus entre deux Sons il y aura d'Harmoniques concourans, plus l'Accord en sera agréable, & voilà les Consonnances parfaites. Plus il y aura d'Harmoniques détruits, moins l'ame sera satisfaite de ces Accords; voilà les Consonnancesimparfaites. Que s'il arrive enfin qu'aucun Harmonique ne soit conserve, les Sons seront privés de leur douceur & de leur mélodie; ils seront aigres & comme décharnés, l'ame s'y refusera, & au lieu de l'adoucissement qu'elle éprouvoit dans les Consonnances, ne trouvant par-tout qu'une rudesse soutenue, elle [169] éprouvera un sentiment d'inquiétude, désagréable, qui est l'effet de la Dissonance.
From these observations, the Author concludes that the more concurring harmonics exist between two sounds, the more agreeable their Accord will be – hence perfect consonances. The more harmonics are destroyed, the less the soul finds satisfaction in these Accords – hence imperfect consonances. Should no harmonic remain preserved, the sounds lose their sweetness and melody; they become harsh and emaciated. The soul rejects them, and instead of the soothing effect experienced in consonances, it encounters only sustained harshness, [169] producing a disagreeable restlessness – the very effect of Dissonance.
Cette hypothese est, sans contredit, la plus simple, la plus naturelle, la plus heureuse de toutes: mais elle laissé pourtant encore quelque chose à desirer pour le contentement de l'esprit, puisque les causes qu'elle assigne ne sont pas toujours proportionnelles aux différences des effets; que, par exemple, elle confond dans la même cathégorie la Tierce mineure & la Septieme mineure, comme réduites également à un seul Harmonique, quoique l'une soit Consonante, l'autre Dissonante, & que l'effet, à l'oreille, en soit très différent.
This hypothesis is, without question, the simplest, most natural, and most felicitous of all. Yet it still leaves something wanting for intellectual satisfaction, as its assigned causes do not always proportionally align with effectual differences. For instance, it conflates the minor Third and minor Seventh into the same category (both reduced to a single harmonic), though one is consonant, the other dissonant – their aural effects being markedly distinct.
A l'égard du principe d'harmonie imaginé par M. Sauveur, & qu'il faisoit consister dans les Battemens, comme il n'est en nulle façon soutenable, & qu'il n'a été adopté de personne, je ne m'y arrêterai pas ici, & il suffira de renvoyer le Lecteur à ce que j'en ai dit au mot BATTEMENS.
As for M. Sauveur's principle of harmony, founded on beats – being wholly untenable and never widely adopted – I shall not dwell upon it here. The reader may consult my remarks under BEATS.
CONSONNANT, adj. Un Intervalle Consonnant est celui qui donne une Consonnance ou qui en produit l'effet, ce qui arrive, en certains cas, aux Dissonances par la forcé de la modulation. Un Accord Consonnant est celui qui n'est composé que de Consonnances.
CONSONANT, adj. A consonant Interval produces consonance or its equivalent effect (which dissonances may achieve through modulation's force). A consonant Accord contains only consonances.
CONTRA, s. m. Nom qu'on donnoit autrefois à la Partie qu'on appelloit plus communément Altus & qu'aujourd'hui nous nommons Haute-Contre. (Voyez HAUTE-CONTRE.)
CONTRA, s. m. An archaic term for the vocal part later called Altus, now termed COUNTERTENOR. (See COUNTERTENOR.)
CONTRAINT, adj. Ce mot s'applique, soit à la Harmonie, soit au Chant, soit à la valeur des Notes, quand par [170] la nature du dessein on s'est assujetti à une loi d'uniformité dans quelqu'une de ces trois Parties. (Voyez BASSE CONTRAIRE.)
CONSTRAINED, adj. Applies to harmony, melody, or note values when bound by uniform laws in any of these domains. (See COUNTER-BASS.)
CONTRASTE, s. m. Opposition de caracteres. Il y Contraste dans une Piece de Musique, lorsque le Mouvemens passe du lent au vite, ou du vite au lent; lorsque le Diapason de la Mélodie passe du grave à l'aigu, ou de l'aigu au grave; lorsque le Chant passe du doux au fort, ou de fort au doux; lorsque l'Accompagnement passe du simple au figuré, ou du figuré au simple; enfin lorsque l'Harmonie à des jours & des pleins alternatifs: & le Contraste le plus parfait est celui qui réunit à la fois toutes ces oppositions.
CONTRAST, s. m. Opposition of characters. Musical contrast occurs when: tempo shifts from slow to fast (or vice versa); melodic pitch range moves grave to acute (or inversely); dynamics transition soft to loud (or contrarily); accompaniment alternates simple and florid textures; harmony vacillates between open and dense voicings. The most perfect contrast unites all these oppositions.
Il est très-ordinaire aux Compositeurs qui manquent d'invention'd'abuser du Contraste, & d'y chercher, pour nourrir l'attention, les ressources que leur génie ne leur fourni pas. Mais le Contraste, employé à propos & sobrement ménage, produit des effets admirables.
Composers lacking invention often abuse contrast, substituting it for absent genius. Yet judiciously measured contrast yields wondrous effects.
CONTRA-TENOR. Nom donne dans les commencemens du Contre-point à la Partie qu'on a depuis nommes Tenor ou Taille. (Voyez TAILLE.)
CONTRA-TENOR. Early term for the vocal part later called Tenor. (See TENOR.)
CONTRE-CHANT. s. m. Nom donne. par Gerson & de par d'autres à ce qu'on appelloit alors plus communément Déchant, ou Contre point. (Voyez ces mots.)
COUNTER-MELODY. s. m. Term used by Gerson and others for what was more commonly called Descant or Counterpoint. (See these entries.)
CONTRE-DANSE. Air d'une sorte de Danse de même nom, qui s'exécute à quatre, à six & à huit personnes, & qu'on danse ordinairement dans les Bals après les Menuets, comme étant plus gaie & occupant plus de monde Les Airs des Contre-Danses sont le plus souvent à deux tems; [171] ils doivent être bien cadencés, brillans & gais, & avoir cependant beaucoup de simplicité; car comme on les reprend très-souvent, ils deviendroient insupportables, s'ils étoient chargés. En tout genre les choses les plus simples sont celles dont on le lasse le moins.
COUNTRY-DANCE. s. m. Tune for a communal dance (4-8 participants), typically following Minuets at balls for its liveliness. Country-dance Airs are usually in duple meter; [171] they require crisp cadences, brilliance, and cheerfulness with restrained complexity – for frequent repetitions demand simplicity. In all arts, the simplest things weary us least.
CONTRE-FUGUE ou FUGUE RENVERSÉE, s. f. sorte de Fugue dont la marche est contraireà celle d'une autre Fugue qu'on a établie auparavant dans le même morceau. Ainsi quand la Fugue s'est fait entendre en montant de la Tonique à la Dominante, ou de la Dominante à la Tonique, la Contre-Fugue doit se faire entendre en descendant de la Dominante à la Tonique, ou de la Tonique à la Dominante, & vice versa. Du reste ses regles sont entièrement semblables à celles de la Fugue. (Voyez FUGUE.)
COUNTER-FUGUE or INVERTED FUGUE, s.f. Type of Fugue whose progression opposes another Fugue previously established within the same piece. Thus when the Fugue ascends from Tonic to Dominant or Dominant to Tonic, the Counter-Fugue must descend from Dominant to Tonic or Tonic to Dominant, & vice versa. Its rules otherwise remain identical to those of the Fugue. (See FUGUE.)
CONTRE-HARMONIQUE, adj. Nom d'une sorte de proportion. (Voyez PROPORTION.)
COUNTER-HARMONIC, adj. Name of a proportional relation. (See PROPORTION.)
CONTRE-PARTIE. s. f. Ce terme ne s'emploie en Musique que pour signifier; une des deux Parties d'un Duo considérée relativement à l'autre.
COUNTERPART. s.f. This term is used in Music solely to denote one of the two parts in a Duo considered relative to the other.
CONTRE-POINT, s. m. C'est à-peu-près la même chose que Composition; si ce n'est que Composition peut se dire des Chants, & d'une seule Partie, & que Contre-point ne se dit que de l'Harmonie, & d'une Composition à deux ou plusieurs Parties différentes.
COUNTERPOINT, s.m. Nearly synonymous with Composition; except that Composition may refer to Melodies or single parts, whereas Counterpoint applies exclusively to Harmony and works with two or more distinct parts.
Ce mot de Contre-point vient de ce qu'anciennement les Notes ou signes des Sons étoient de simples points, & qu'en composant à plusieurs Parties, on plaçoit ainsi ces points l'un sur l'autre, ou l'un contre l'autre.
The term Counterpoint originates from the ancient practice of denoting sounds with simple points, which were placed either above or adjacent to one another when composing multiple parts.
Aujourd'hui le nom de Contre-point s'applique spécialement aux Parties ajoutées sur un sujet donne, pris ordinairement du Plain-Chant. Le sujet peut être à la Taille ou à quelqu'autre Partie supérieure, & l'on dit alors que le Contre-point est sous le sujet; mais il est ordinairement à la Basse, ce qui met le sujet sous le Contre-point. Quand le Centre-point est syllabique, ou Note sur Note, on l'appelle Contre-point simple; Contre-point figuré, quand il s'y trouvé différentes figures ou valeurs de Notes, & qu'on y fait des Desseins, des Fugues, des Imitations: on sent bien que tout cela ne peut se faire qu'à l'aide de la Mesure, & que ce Plaint-Chant devient alors de véritable Musique. Une Composition faite & exécutée ainsi sur-le-champ & sans préparation sur un sujet donne s'appelle Chant sur le Livré, parce qu'alors chacun compose impromptu sa Partie ou soin Chant sur le Livré du Chœur. (Voyez CHANT SUR LE LIVRÉ.)
Today Counterpoint specifically denotes parts added above a given subject, usually drawn from Plainchant. The subject may reside in the Tenor or upper parts, placing the Counterpoint beneath it; but it typically lies in the Bass, thereby subordinating the subject to the Counterpoint. When syllabic or note-against-note, it is called Simple Counterpoint; Figurative Counterpoint when employing varied note values, designs, fugues, or imitations – all requiring measured structure, thus transforming Plainchant into true Music. Improvised composition and performance on a given subject is termed Sight-Singing, as each musician extemporizes their part from the Choir's score. (See SIGHT-SINGING.)
On a long-tems disputé si les Anciens avoient connu le Contre-point; mais par tout ce qui nous reste de leur Musique & de leurs écrits principalement par les regles de pratique d'Aristoxène, Livré troisieme, on voit clairement qu'ils n'en eurent jamais la moindre notion.
Long debated whether the Ancients knew Counterpoint; but surviving Greek music and writings – particularly Aristoxenus' practical rules in Book III – clearly show they had no conception of it.
CONTRE-SENS, s. m. Vice dans lequel tombe le Musicien quand il rend une autre pensée que celle qu'il doit rendre. La Musique, dit M. d'Alembert, n'étant & ne devant être qu'une traduction des paroles qu'on met en Chant, il est visible qu'on y peut tomber dans des Contre- sens, & ils n'y sont gueres plus faciles à éviter que dans une véritable traduction. Contre-sens dans l'expression, quand la Musique [173] est triste au lieu d'être gaie, gaie au lieu d'être triste, légere au lieu d'être grave, grave au lieu d'être légere, &c. Contre-sens dans la Prosodie, lorsqu'on est bref sur des syllabes longues, long sur des syllabes breves, qu'on n'observe pas l'accent de la Langue, &c. Contre-sens dans la Déclamation, lorsqu'on y exprime par les mêmes Modulations des sentimens opposés ou différens, lorsqu'on y rend moins les sentimens que les mots, lorsqu'on s'y appesantit sur des détails sur lesquels on doit glisser, lorsque les répétitions sont encagées hors de propos. Contre sens dans la ponctuation, lorsque la phrase de Musique se termine par une Cadence parfaite dans les endroits où le sens est suspendu, ou forme un repos imparfait quand le sens est achevé. Je parle ici des Contre-sens pris dans la rigueur du mot; mais le manque d'expression est peut-être le plus énorme de tous. J'aime encore mieux que la Musique dise autre chose que ce qu'elle doit dire, que de parler & ne rien dire du tout.
MISCONSTRUCTION, s.m. Error occurring when a musician conveys unintended meaning. "Music," says M. d'Alembert, "being and needing to remain a translation of poetic text, is evidently prone to Misconstructions no less than textual translations." Misconstruction in expression arises when music turns [173] somber instead of joyful, light instead of grave, etc. Misconstruction in Prosody when short syllables are lengthened, long syllables shortened, or linguistic accents ignored. Misconstruction in Declamation when opposing sentiments share identical modulations, when words overshadow emotions, when trivial details are overemphasized, or repetitions misplaced. Misconstruction in phrasing when perfect cadences conclude suspended thoughts or imperfect cadences terminate completed ones. I speak here of strict Misconstructions; yet failure to express may be the gravest fault. Better for Music to speak amiss than to speak nothing at all.
CONTRE-TEMS, s. m. Mesure à Contre-tems est celle où l'on pause sur le Tems foible, où l'on glisse sur le Tems fort, & où le Chant semble être en Contre-sens avec la Mesure. (Voyez SYNCOPE.)
OFF-BEAT, s.m. Measure with accents on weak beats or passing over strong ones, creating tension between melody and meter. (See SYNCOPATION.)
COPISTE, s. m. Celui qui fait profession de copier de la Musique.
COPYIST, s.m. One who professionally transcribes musical scores.
Quelque progrès qu'ait fait l'Art Typographique, on n'a jamais pu l'appliquer à la Musique avec autant de succès qu'à l'écriture, soit parce que les goûts de l'esprit étant plus constans que ceux de l'oreille, on s'ennuie moins vîte des mêmes livres que des mêmes chansons; soit par les difficultés [174] particulieres que la combinaison des Notes & des Lignes ajoute à l'impression de la Musique: car si l'on imprime premièrement les Portées & ensuite les Notes, il est impossible de donner à leurs positions relatives, la justesse nécessaire; & si le caractere de chaque Note tient à une portion de la Portée, comme dans notre Musique imprimée, les lignes s'ajustent si mal entr'elles, il faut une si prodigieuse quantité de caracteres, & le tout fait un si vilain effet à l'oeil, qu'on a quitté cette maniere avec raison pour lui substituer la gravure. Mais outre que la gravure elle-même n'est pas exempte d'inconvéniens, elle a toujours celui de multiplier trop ou trop peu les exemplaires ou les Parties; de mettre en Partition ce que les uns voudroient Parties séparées, ou en Parties séparées ce que d'autres voudroient en Partition, & de n'offrir gueres aux curieux que de la Mutique déjà vieille qui court dans les mains de tout le monde. Enfin il est sur qu'en Italie, le pays de la tout où l'on fait le plus de Musique, on a proscrit depuis long-tems la Note imprimée sans que l'usage de la gravure ait pu s'y établir; d'où je concluds qu'au jugement des Experts celui de la simple Copie est le plus commode.
Despite typographical advances, musical printing never achieved parity with textual printing – whether because intellectual tastes prove more constant than aural ones (making books endure where songs pall), or due to [174] inherent difficulties combining notes and staves. Printing staves first then notes prevents precise alignment; combined note-staff characters (as in French printed music) create ugly visual clutter through ill-fitting lines and excessive type variants. Engraving replaced this flawed method, yet brings new issues: over/underproduction of copies, mismatched formats between full scores and partbooks, and circulation of stale works. Notably, Italy – Music's true homeland – long ago banned printed scores without adopting engraving, proving experts deem manuscript copies most practical.
Il est plus important que la Musique soit nettement & correctement copiée que la simple écriture; parce que celui qui lit & médite dans son cabinet, apperçoit, corrige aisément les fautes qui sont dans son livré, & que rien ne l'empêche de suspendre sa lecture ou de la recommencer: mais dans un Concert où chacun ne voit que sa Partie, & ou la rapidité & la continuité de l'exécution ne laissent le [175] tems de revenir sur aucune faute, elles sont toutes irréparables: souvent un morceau sublime est estropié, l'exécution est interrompue ou même arrêtée, tout va de travers, partout manque l'ensemble & l'effet, l'Auditeur est & rebuté &l'Auteur déshonoré, par la seule faute du Copiste.
It is more crucial that Music be cleanly and accurately copied than ordinary writing; for one who reads and meditates in their study can easily perceive and correct errors in their book, with nothing preventing them from pausing or restarting their reading. But in a Concert where each performer sees only their part, and where the speed and continuity of execution leave no [175] time to rectify any mistake, all errors become irreparable. Often a sublime piece is mangled, the performance interrupted or even halted, everything goes awry, ensemble and effect collapse, the listener is repelled, and the composer dishonored—all due solely to the Copyist's error.
De plus, l'intelligence d'une Musique difficile dépend beaucoup de la maniere dont elle est copiée; car outre la netteté de la Note, il y a divers moyens de présenter plus clairement au Lecteur les idées qu'on veut lui peindre & qu'il doit rendre. On trouvé souvent la copie d'un homme plus lisible que celle d'un autre qui pourtant note plus agréablement; c'est que l'un ne veut que plaire aux yeux, & que l'autre est plus attentif aux soins utiles. Le plus habile Copiste est celui dont la Musique s'exécute avec le plus de facilité, sans que le Musicien même devine pourquoi. Tout cela m'a persuadé que ce n'étoit pas faire un Article inutile que d'exposer un peu en détail le devoir & les soins d'un bon Copiste: tout ce qui tend à faciliter l'exécution n'est point indifférent à la perfection d'un Art dont elle est toujours le plus grand écueil. Je sens combien je vais me nuire à moi-même si l'on compare mon travail à mes regles: mais je n'ignore pas que celui qui cherche l'utilité publique doit avoir oublié la sienne. Homme de Lettres, j'ai dit de mon état tout le mal que j'en pense; je n'ai sait que de la Musique Françoise, & n'aime que l'Italienne; j'ai montré toutes les miseres de la Société quand j'étois heureux par elle: mauvais Copiste, j'exposé ici ce que sont les bons. O vérité! mon intérêt ne fut jamais rien devant toi; qu'il ne souille en rien le culte que je t'ai voué.
Moreover, the intelligibility of complex Music depends greatly on the manner of its copying. Beyond the clarity of notation, there are various ways to present the performer more clearly with the ideas one aims to depict and that they must convey. One often finds the copy of a certain individual more legible than that of another whose notation appears more elegant—for the former seeks only to please the eye, while the latter attends to practical necessities. The most skilled Copyist is one whose Music is executed with the greatest ease, even if the musician cannot discern why. All this persuades me that detailing the duties and care of a good Copyist is no trivial matter. Anything that facilitates execution is vital to perfecting an Art whose greatest peril lies always in performance. I am keenly aware how this may discredit me should my own work be measured against these rules. Yet I know that he who seeks public utility must forget private interest. As a man of letters, I have spoken ill of my own vocation; I compose only French Music yet adore the Italian; I exposed society's miseries while basking in its favor. A mediocre Copyist, I here describe what the good ones should be. O Truth! My self-interest has never outweighed my devotion to thee; may it never tarnish the homage I have vowed.
[176] Je suppose d'abord que le Copiste est pourvu de toutes les connoissances nécessaires à sa profession. Je lui suppose, de plus, les talens qu'elle exige pour être exercée supérieurement. Quels sont ces talens quelles sont ces connoissances? Sans en parler expressément, c'est de quoi cet Article pourra donner une suffisante idée. Tout ce que j'oserai dire ici, c'est que tel Compositeur qui se croit un fort habile homme, est bien loin d'en savoir assez pour copier correctement la composition d'autrui.
[176] I first assume the Copyist possesses all knowledge requisite to his profession. Further, I ascribe to him the talents demanded for its superior exercise. What are these talents? What constitutes this knowledge? Without explicit enumeration, this Article may suffice to outline them. I dare assert here that many a composer who deems himself most skillful falls far short of the competence required to copy another's work correctly.
Comme la Musique écrite, sur-tout en Partition, est faite pour être lue de loin par les Concertans, la premiere chose que doit faire le Copiste est d'employer les matériaux les plus convenables pour rendre sa Note bien lisible & bien nette. Ainsi il doit choisir de beau papier fort, blanc, médiocrement fin, & qui ne perce point: on préfere celui qui u'pas besoin de laver, parce que le lavage avec l'alun lui ôte un peu de sa blancheur. L'encre doit être très-noire, sans être luisante ni gommée; la Réglure fine, égale & bien marquée, mais non pas noire comme la Note: il faut au contraire que les lignes soient un peu pâles, afin que les Croches, Doubles- croches, les Soupirs, Demi-soupirs & autres petits signes ne se confondent pas avec elles, & que la Note mieux. Loin que la pâleur des Lignes empêche de lire la Musique à une certaine distance, elle aide, au contraire, à la netteté; & quand même la Ligne échapperoit un moment à la vue, la position des Notes l'indique assez le plus souvent. Les Régleurs ne rendent que du travail mal fait; si le Copiste veut se faire honneur, il doit régler son papier lui-même.
As written Music—especially in score—is meant to be read at a distance by performers, the Copyist's foremost task is to employ materials best suited to render notation legible and clean. Thus he must select sturdy, white paper of moderate fineness that does not bleed through. Unruled paper is preferred, as alum-washed sheets lose some whiteness. Ink must be jet-black, neither glossy nor gummed; ruling should be fine, even, and distinct—yet not as dark as the notes. Pale lines prevent quavers, semiquavers, rests, and other small signs from blending with the staves, enhancing clarity. Faint lines aid distant legibility; even if momentarily obscured, note positions often suffice. Professional ruled paper is inferior; a Copyist seeking distinction must rule his own.
[177] Il y a deux formats de papier réglé; l'un pour la Musique Françoise, dont la longueur est de bas en haut; l'autre pour la Musique Italienne, dont la longueur est dans le sens des Lignes. On peut employer pour les deux le même papier, en le coupant & réglant en sens contraire: mais quand on l'achette réglé, il saut renverser les noms chez les Papetiers de Paris, demander du Papier à l'Italienne quand on le veut à la Françoise, & à la Françoise quand on le veut à l'Italienne; ce qui-pro-quo importe peu, dès qu'on en est prévenu.
[177] There are two paper formats: one for French Music (vertical lengthwise), another for Italian Music (horizontal). The same paper may serve both by cutting and ruling inversely. When purchasing pre-ruled sheets in Paris, one must invert the terms: ask for "Italian-style" when desiring French, and vice versa—a misnomer harmless once understood.
Pour copier une Partition il faut compter les Portées qu'enferme l'Accolade, & choisir du Papier qui ait, par page, le même nombre de Portées, ou un multiple de ce nombre afin de ne perdre aucune portée, ou d'en perdre le moins qu'il est possible quand le multiple n'est pas
To copy a score, count the staves within each brace and select paper with matching staves per page (or a multiple thereof) to minimize waste. For Italian Music, pages typically hold ten staves divided into two braces of five: two for violin parts, one for the viola, one for voice, and one for bass. For duets or parts requiring flutes, oboes, horns, or trumpets, only one brace fits per page unless redundant staves (e.g., viola doubling bass) are omitted.
exact.
exact.
Le Papier à l'Italienne est ordinairement à dix Portées; ce qui divise chaque page en deux Accolades de cinq Portées chacune pour les Airs ordinaires; savoir, deux Portées pour les deux Dessus de Violon, une pour la Quinte, une pour le Chant, & une pour la Basse. Quand on a des Duo ou des Parties de Flûtes, de Hautbois, de Cors, de Trompettes; alors, à ce nombre de Portées on ne peut plus mettre qu'une Accolade par page, à moins qu'on ne trouvé le moyen de supprimer quelque Portée inutile, comme celle de la Quinte, quand elle marche sans cessé avec la Basse.
Italian-style paper typically contains ten staves, dividing each page into two braces of five staves each for ordinary airs – namely, two staves for the Violin Treble parts, one for the Fifth, one for the Melody, and one for the Bass. When dealing with Duos or parts for Flutes, Oboes, Horns, or Trumpets, this number of staves allows only one brace per page unless one finds means to suppress unnecessary staves, such as omitting the Fifth part when it perpetually follows the Bass.
Voici maintenant les observations qu'on doit faire pour bien distribuer la Partition. 1°. Quelque nombre de Parties de symphonie qu'on puisse avoir, il faut toujours que les Parties de Violon, comme principales, occupent le haut de l'Accolade [178] où les yeux se portent plus aisément; ceux qui les mettent au-dessous de toutes les autres & immédiatement sur la Quinte pour la commodité de l'Accompagnateur, se trompent; sans compter qu'il est ridicule de voir dans une Partition les Parties de Violon au-dessous, par exemple, de celles des Cors qui sont beaucoup plus basses. 2°. Dans toute la longueur de chaque morceau l'on ne doit jamais rien changer au nombre des Portées, afin que chaque Partie ait toujours la sienne au même lieu. II vaut mieux laisser des Portées vides, ou, s'il le faut absolument, en charger quelqu'une de deux Parties, que d'étendre ou resserrer l'Accolade inégalement. Cette regle n'est que pour la Musique Italienne; car l'usage de la gravure à rendu les Compositeurs François plus attentifs à l'économie de l'espace qu'à la commodité de l'exécution. 3°. Ce n'est qu'à toute extrémité qu'on doit mettre deux Parties sur une même Portée; c'est, sur-tout, ce qu'on doit éviter pour les Parties de Violon; car, outre que la confusion y seroit à craindre, il y auroit équivoque avec la Double-corde: il faut aussi regarder si jamais les Parties ne se croisent; ce qu'on ne pourroit gueres écrire sur la même Portée d'une maniere nette & lisible. 4°. Les Clefs une fois écrites & correctement armées ne doivent plus se répéter non plus que le signe de la Mesure, si ce n'est dans la Musique Françoise, quand, les Accolades étant inégales, chacun ne pourroit plus reconnoître sa Partie; mais dans les Parties séparées on doit répéter la Clef au commencement de chaque Portée, ne fût-ce que pour marquer le commencement de la Ligne au défaut d'Accolade.
Here now are observations for properly arranging the score: 1°. However many orchestral parts one may have, the Violin parts – being principal – must always occupy the top of the brace [178] where the eye naturally falls. Those who place them below all others, immediately above the Fifth for the accompanist's convenience, err grievously – not to mention the absurdity of seeing Violin parts beneath, say, Horn parts that sound far lower. 2°. Throughout any piece, the number of staves must never vary, ensuring each part retains its fixed position. Better to leave staves empty or (if necessary) assign two parts to one staff than irregularly expand or contract the brace. This rule applies solely to Italian Music; French engraving practices have made their composers more attentive to spatial economy than executional clarity. 3°. Two parts on a single staff should be avoided at all costs, particularly for Violin parts – besides risking confusion, this creates ambiguity with double-stops. One must also guard against part-crossing, which can scarcely be rendered legibly on a single staff. 4°. Clefs, once properly notated, need not be repeated – nor time signatures – except in French Music where unequal braces might obscure part recognition. However, in separate parts, clefs should head every staff, compensating for absent braces by marking line beginnings.
[179] Le nombre des Portées ainsi fixé, il faut faire la division des Mesures, & ces Mesures doivent être toutes égales en espace comme en durée, pour mesurer en quelque sorte le tems au compas & guider la voix par les yeux. Cet espace doit être assez étendu dans chaque Mesure pour recevoir toutes les Notes qui peuvent y entrer, selon sa plus grande subdivision. On ne sauroit croire combien ce soin jette de clarté sur une Partition, & dans quel embarras on se jette en le négligeant. Si l'on serre une Mesure sur une Ronde, comment placer les seize Doubles-croches que contient peut-être une autre Partie dans la même Mesure? Si l'on se regle sur la Partie Vocale, comment fixer l'espace des Ritournelles? En un mot, si l'on ne regarde qu'aux divisions d'une des Parties, comment y rapporter les divisions souvent contraires des autres Parties?
[179] With staves thus fixed, measure division follows – each measure's spatial width must equal its temporal duration, making time visually measurable and guiding the voice through the eye. This space must accommodate every possible note subdivision within the measure. The clarity this care brings to a score is incalculable, as is the chaos from neglecting it. How place sixteen sixteenth notes in one part if another contains merely a whole note? If spacing follows vocal parts, how align divergent ritornellos? In short, how reconcile contradictory subdivisions across parts if beholden to one alone?
Ce n'est pas assez de diviser l'Air en Mesures égales, il faut aussi diviser les Mesures en Tems égaux. Si dans chaque Partie on proportionne ainsi l'espace à la durée, toutes les Parties & toutes les Notes simultanées de chaque Partie se correspondront avec une justesse qui sera plaisir aux yeux & facilitera beaucoup la lecture d'une Partition. Si, par exemple, on partage uneMesure à quatre Tems, en quatre espaces bien égaux entr'eux & dans chaque Partie, qu'on étende les Noires, qu'on rapproche les Croches, qu'on resserre les Doubles-croches à proportion & chacune dans son espace, sans qu'on ait besoin de regarder une Partie en copiant l'autre, toutes les Notes correspondantes se trouveront plus exactement perpendiculaires, que si on les eût confrontées [180] en les écrivant; & l'on remarquera dans le tout la plus exacte proportion, soit entre les diverses Mesures d'une même Partie, soit entre les diverses parties d'une même Mesure.
Merely dividing the Air into equal measures is insufficient; one must also subdivide these measures into equal beats. By proportioning spatial intervals to temporal durations within each part, all concurrent parts and their notes will align vertically with a precision that delights the eye and greatly facilitates score reading. Suppose, for instance, a four-beat measure is partitioned into four equal spans across every part—extending quarter notes, clustering eighth notes, condensing sixteenth notes proportionally within their allotted spaces. By this method, all corresponding notes will align perpendicularly without requiring cross-referencing between parts during transcription. [180] The observer shall thereby discern perfect proportionality—both among successive measures within a single part, and between concurrent parts within a given measure.
A l'exactitude des rapports il faut joindre autant qu'il se peut la netteté des signes. Par exemple, on n'écrira jamais de Notes inutiles, mais si-tôt qu'on s'apperçoit que deux Parties le réunissent & marchent à l'Unisson, l'on doit renvoyer de l'une à l'autre lorsqu'elles sont voisines & sur la même Clef. A l'égard de la Quinte, si-tôt qu'elle marche à l'Octave de la Basse, il faut aussi l'y renvoyer. La même attention de ne pas inutilement multiplier les signes, doit empêcher d'écrire pour la Symphonie les Piano aux entrées du Chant, & les Forte quand il cessé: par-tout ailleurs, il les faut écrire exactement sous le premier Violon & sous la Basse; & cela suffit dans une Partition, où toutes les Parties peuvent & doivent se régler sur ces deux-là.
Precision of ratios must be complemented by clarity of notation. For example: never write redundant notes. When two parts converge in unison—particularly neighboring parts sharing the same clef—one should cross-reference them rather than duplicate. Similarly, when the Fifth parallels the Bass at the octave, cross-reference it as well. This principle of minimizing superfluous signs should also prevent scribing piano markings at vocal entrances or forte indications at vocal exits. Elsewhere, position dynamic markings precisely beneath the first Violin and Bass—sufficient guidance for the entire score, as all parts naturally regulate themselves by these two.
Enfin le devoir du Copiste écrivant une Partition est de corriger toutes les fausses Notes qui peuvent se trouver dans son original. Je n'entends pas par fausses Notes les fautes de l'ouvrage, mais celles de la Copie qui lui sert d'original. La perfection de la sienne est de rendre fidèlement les idées de l'Auteur, bonnes ou mauvaises: ce n'est pas son affaire; car il n'est pas Auteur ni Correcteur, mais Copiste. Il est bien vrai que si l'Auteur a mis par mégarde une Note pour une autre, il doit la corriger; mais si ce même Auteur à fait par ignorance une faute de Composition, il la doit laisser. Qu'il compose mieux lui-même, s'il veut ou s'il peut à la [181] bonne heure; mais si-tôt qu'il copie, il doit respecter son original. On voit par-là qu'il ne suffit pas au Copiste d'être bon Harmoniste, & de bien savoir la Composition; mais qu'il doit, de plus, être exercé dans les divers styles, reconnoître un Auteur par sa maniere, & savoir bien distinguer ce qu'il a fait de ce qu'il n'a pas fait. Il y a, de plus, une forte de critique propre à restituer un passage par la comparaison d'un autre, à remettre un Fort ou un Doux où il a oublié, à détacher des phrases liées mal-à-propos, à restituer même des Mesures omises; ce qui r'est pas sans exemple, même dans des Partitions. Sans doute il faut du savoir & du goût pour rétablir un texte dans toute sa pureté: l'on me dira que peu de Copistes le sont; je répondrai que nous le devroient faire.
Ultimately, the Copyist's duty when transcribing a score is to rectify any erroneous notes in their exemplar. By "erroneous," I do not mean compositional flaws, but rather scribal mistakes within the source copy. The Copyist's virtue lies in faithfully rendering the Author's intentions—good or ill—without presumption. He is neither Author nor Editor, but Copyist. Should the Author have misplaced a note through haste, correction is warranted; yet a compositional error born of ignorance must remain untouched. Let the Copyist compose superior works himself if he can [181]—but when copying, he must revere his source. Thus, mere proficiency in harmony and composition proves insufficient. The Copyist must also master diverse styles, recognize an Author's mannerisms, and discern intentional markings from accidental omissions. This demands a critical faculty: restoring passages through comparative analysis, reinstating forgotten forte or piano indications, detaching improperly slurred phrases, even reconstructing omitted measures—a practice not unheard of in extant scores. Such textual restitution requires both erudition and taste. Should one object that few Copyists possess such qualifications, I reply: they ought to.
Avant de finir ce qui regarde les Partitions, je dois dire comment on y rassemblé des Parties séparées; travail embarrassant pour bien des Copistes, mais facile & simple quand on s'y prend avec méthode.
Before concluding this discourse on scores, I must explain how to assemble separate parts into a unified score—a task confounding many Copyists, yet rendered straightforward through method.
Pour cela il faut d'abord compter avec soin les Mesures dans toutes les Parties, pour s'assurer qu'elles sont correctes. Ensuite on pose toutes les Parties l'une l'une sur l'autre en commençant par la Basse & la couvrant successivement des autres Parties dans le même ordre qu'elles doivent avoir sur la Partition. On fait l'Accolade d'autant de Portées qu'on a de Parties; on la divise en Mesures égales, puis mettant toutes ces Parties ainsi rangées devant soi & à sa gauche, on copie d'abord la premiere ligne de la premiere Partie, que je suppose être le premier Violon; on y fait une légere [182] marque en crayon à l'endroit où l'on s'arrêté; puis on la transporte renversée à sa droite. On copie de même la premiere ligne du second Violon, renvoyant au premier partout où ils marchent à l'Unisson; puis faisant une marque comme ci-devant, on renverse la Partie sur la précédente à sa droite; & ainsi de toutes les Parties l'une après l'autre. Quand on est à la Basse, on parcourt des yeux toute l'Accolade pour vérifier si l'Harmonie est bonne, si le tout est bien d'accord, & si l'on ne s'est point trompé. Cette premiere ligne faite, on prend ensemble toutes les Parties qu'on a renversées l'une sur l'autre à sa droite, on les renverse derechef à sa gauche, & elles se retrouvent ainsi dans le même ordre & dans la même situation où elles étoient quand on a commencé; on recommence la seconde Accolade à la petite marque en crayon; l'on fait une autre marque à la fin de la seconde Ligne, & l'on poursuit comme ci-devant, jusqu'à ce que le tout soit fait.
First, meticulously count the measures across all parts to verify their congruence. Next, layer the parts sequentially—beginning with the Bass and superimposing others in their intended score order. Draw a brace encompassing as many staves as there are parts, subdivided into equal measures. Arrange these ordered parts to your left. Transcribe the first line of the uppermost part (presumably the first Violin), marking its endpoint lightly in pencil. Then invert this part face-down to your right. Repeat the process for the second Violin, cross-referencing unison passages with the first, before inverting it atop the previous. Proceed thus through all parts. Upon reaching the Bass, visually scan the entire brace to verify harmonic integrity, coherence, and accuracy. Having completed the first line, gather all inverted parts from your right, flip them collectively back to your left—restoring their original sequence and orientation. Resume at the pencil mark for the second brace, mark its conclusion, and continue iteratively until completion.
J'aurai peu de choses à dire sur la maniere de tirer une Partition en Parties séparées; car c'est l'opération la plus simple de l'Art, & il suffira d'y faire les observations suivantes. 1°. Il faut tellement comparer la longueur des morceaux à ce que peut contenir une page, qu'on ne soit jamais obligé de tourner sur un même morceau dans les Parties Instrumentales, à moins qu'il n'y ait beaucoup de Mesures à compter, qui en laissent le tems. Cette regle oblige de commencer a la page verso tous les morceaux qui remplissent plus d'une page; & il n'y en à gueres qui en remplissent plus de deux. 2°. Les Doux & les Forts doivent [183] être écrits avec la plus grande exactitude sur toutes les Parties, même ceux où rentre & cessé le Chant, qui ne sont pas pour l'ordinaire écrits sur la Partition. 3°. On ne doit point couper une Mesure d'une ligne à l'autre; mais tâcher qu'il y ait toujours une Barre à la fin de chaque Portée. 4°. Toutes les lignes postiches qui excedent, en haut ou en bas, les cinq de la Portée, ne doivent point être continues mais séparées à chaque Note, de peur que le Musicien, venant à les confondre avec celles de la Portée, ne se trompé de Note & ne sache plus où il est. Cette regle n'est pas moins nécessaire dans les Partitions & n'est suivie par aucun Copiste François. 5°. Les Parties de Hautbois qu'on tire sur les Parties de Violon pour un grand Orchestre, ne doivent pas être exactement copiées comme elles sont dans l'original: mais, outre l'étendue que cet Instrument à de moins que le Violon; outre les Doux qu'il ne peut faire de même; outre l'agilité qui lui manque ou qui lui va mal dans certaines vitesses, la forcé du Hautbois doit être ménagée poux marquer mieux les Notes principales, & donner plus d'accent à la Musique. Si j'avois à juger du goût d'un Symphoniste sans l'entendre, je lui donnerais à tirer sur la Partie de Violon, la Partie de Hautbois; tout Copiste doit savoir le faire. 6°. Quelquefois les Parties de Cors & de Trompettes ce sont pas notées sur le même Ton que le reste de l'Air; il faut les transposer au Ton; ou bien, si on les copie telles qu'elles sont, il faut écrire au haut le nom de la véritable Tonique. Corni in D sol re, Corni in E la fa, &c. 7°. Il ne faut point bigarrer la Partie de Quinte ou de Viola de [184] la Clef de Basse & de la sienne, mais transporter à la Clef de Viola tous les endroits où elle marche avec la Basse; & il y a la-dessus encore une autre attention à faire: c'est de ne jamais laisser monter la Viola au-dessus des Parties de Violon; de sorte que, quand la Basse monte trop haut, il n'en faut pas prendre l'Octave, mais l'Unisson, afin que la Viole ne sorte jamais du Medium qui lui convient. 8°. La Partie vocale ne se doit copier qu'en Partition avec la Basse, afin que le Chanteur se puisse accompagner lui-même, & n'ait pas la peine ni de tenir sa Partie à la main, ni de compter les Pauses: dans les Duo ou Trio, chaque Partie de Chant doit contenir, outre la Basse, sa Contre-Partie; & quand on copie un Récitatif obligé, il faut pour chaque Partie d'Instrument ajouter la Partie du Chant à la sienne, pour le guider au défaut de la Mesure. 9°. Enfin dans les Parties vocales il faut avoir soin de lier ou détacher les Croches, afin que le Chanteur voye clairement qui appartiennent à chaque syllabe. Les Partitions qui sortent desmains des Compositeurs sont, sur ce point, très-équivoques, & le Chanteur ne sait, la plupart du tems, comment distribuer la Note sur la parole. Le Copiste verse dans la Prosodie, & qui connoit également l'accent du discours & celui du Chant, détermine le partage des Notes & prévient l'indécision du Chanteur. Les paroles doivent être écrites bien exactement sous les Notes, & correctes quant aux accens & à l'orthographe: mais on n'y doit mettre ni points ni virgules, les répétitions fréquentes & irrégulieres rendant la ponctuation grammaticale impossible; c'est a la [185] Musique à ponctuer les paroles; le Copiste ne doit pas s'en mêler: car ce seroit ajouter des signes que le Compositeur s'est chargé de rendre inutiles.
I shall have few remarks to make concerning the method of extracting separate parts from a score - this being the simplest operation in the art, for which the following observations will suffice. 1°. One must proportion the length of musical sections to what each page can contain, so as never to require turning mid-phrase in instrumental parts unless numerous measures allow time for it. This rule necessitates beginning all pieces exceeding one page on the verso side, though few extend beyond two pages. 2°. Piano and Forte markings must [183] be inscribed with utmost precision across all parts, including those accompanying vocal entrances and exits which are typically omitted in scores. 3°. Never divide a measure between lines; strive to place a barline at each staff's end. 4°. All ledger lines extending above or below the five-line staff must remain discontinuous, appearing separately beneath each note, lest musicians confuse them with staff lines and lose their place. This rule proves equally essential in scores yet remains neglected by French copyists. 5°. Oboe parts derived from violin parts in grand orchestras must not be slavishly transcribed. Considering the oboe's narrower range, its limited dynamic flexibility, and its unsuitability for certain rapid passages, the copyist should emphasize principal notes through strategic accents. Were I to assess a symphonist's taste unheard, I should have him transcribe oboe parts from violin lines - a skill every copyist must possess. 6°. When horn and trumpet parts appear transposed, either rewrite them in concert pitch or indicate their true tonic above (e.g., Corni in D sol re, Corni in E la fa). 7°. Avoid cluttering viola parts with bass clef intrusions; transpose all bass-unison passages into the viola's native clef. Moreover, never let violas ascend above violins - when the bass rises too high, take unison rather than octave to keep violas within their proper medium. 8°. Vocal parts should be copied as mini-scores with bass accompaniment, enabling self-accompaniment without page-turning. Duets and trios must include counterpoints alongside the bass. In obbligato recitatives, each instrumental part should incorporate the vocal line as a guide. 9°. Finally, in vocal parts, clearly beam or separate eighth notes to show syllable distribution. Composer autographs prove notoriously ambiguous here, leaving singers uncertain of text setting. A prosodically adept copyist, understanding both speech rhythms and musical phrasing, must resolve note groupings to prevent hesitation. Lyrics require precise underlay with proper accents and spelling, but [185] avoid punctuation marks - musical phrasing supersedes grammatical stops. Let composers handle rhetorical emphasis through notation rather than editorial interference.
Je m'arrête pour ne pas étendre à l'excès cet article: j'en ai dit trop pour tout Copiste instruit qui a une bonne main & le goût de ton métier, le n'en dirois jamais assez pour les autres. J'ajouterai seulement un mot en finissant: il y a bien des intermédiaires entre ce que le Compositeur imagine & ce qu'entendent les Auditeurs. C'est au Copiste de rapprocher ces deux termes le plus qu'il est possible, d'indiquer avec clarté tout ce qu'on doit faire pour que la Musique exécutée rende exactement à l'oreille du Compositeur ce qui s'est peint dans sa tête en la composant.
I pause here to avoid excessive elaboration on this subject: my instructions exceed the needs of any competent copyist with fair penmanship and professional pride, yet remain insufficient for the uninitiated. Let me conclude thus: multiple mediations exist between the composer's conception and the audience's perception. The copyist's sacred duty lies in bridging this gap - through clarity of notation ensuring the executed music faithfully reproduces the composer's inner hearing.
CORDE SONORE. Toute Corde tendue dont en peut tirer du Son. De peur de m'égarer dans cet article, j'y transcrirai en partie celui de M. d'Alembert, & n'y ajouterai du mien que ce qui lui donne un rapport plus immédiat au Son & à la Musique.
SONOROUS STRING. Any tensioned cord capable of producing sound. To prevent digression, I shall partially transcribe d'Alembert's treatment while supplementing elements more directly pertinent to acoustics and music.
«Si une Corde tendue est frappée en quelqu'un ses points par une puissance quelconque, elle s'éloignera jusqu'à une certaine distance de la situation qu'elle avoit n étant en repos, reviendra ensuite & sera des vibrations en vertu de l'élasticité que sa tension lui donne, comme en fait un Pendule qu'on tire de son à-plomb. Que si, de plus, la matiere de cette Corde est elle- même assez élastique ou assez homogene pour que le même mouvement se communique à toutes ses parties, en frémissant elle rendra du Son, & sa résonnance accompagnera toujours [186] ses vibrations. Les Géometres ont trouvé les loix de ces vibrations, & les Musiciens celles des Sons qui en résultent.»
"When a tensioned string is struck at any point, it oscillates from its resting position through elastic vibrations like a displaced pendulum. Should the string's material prove sufficiently elastic and homogeneous to transmit this motion uniformly, its trembling will produce sound, resonance perpetually accompanying [186] its vibrations. Geometers have quantified these oscillations, musicians the resulting sonic phenomena."
«On savoit depuis long-tems, par l'expérience & par des raisonnemens assez vagues que, toutes choses d'ailleurs, égales, plus une Corde étoit tendue, plus ses vibrations étoient promptes; qu'à tension égale les Cordes faisoient leurs vibrations plus ou moins promptement en même raison qu'elles étoient moins ou plus longues; c'est-à-dire, que la raison des longueurs étoit toujours inverse de celle du nombre des vibrations. M. Taylor, célebre Géometre Anglois, est le premier qui ait démontré les loix des vibrations des Cordes avec quelque exactitude, dans ton savant ouvrage intitulé: Methodus incrementorum directa & inversa, 1715; & ces mêmes loix ont démontrées encore depuis par M. Jean Bernouilli, dans le second tome des Mémoires de l'Académie Impériale de Pétersbourg. De la formule qui résulte de ces loix, & qu'on peut trouver dans l'Encyclopédie, Article Corde, je tire les trois Corollaires suivans qui servent de principes à la théorie de la Musique.
"Long-established yet vaguely reasoned observations held that - all else being equal - increased tension accelerates vibrations, while equal tension produces vibration rates inversely proportional to string length. The English geometer Brook Taylor first rigorously demonstrated string vibration laws in his 1715 treatise Methodus incrementorum directa & inversa, later confirmed by Johann Bernoulli in Volume II of the Memoirs of the Imperial Academy of Petersburg. From the formula derived in the Encyclopédie's 'String' entry, I extract three corollaries fundamental to musical theory:
I. Si deux Cordes de même matiere sont égales en longueur & en grosseur, les nombres de leurs vibrations tems égaux seront comme les racines des nombres qui expriment le rapport des tensions des Cordes.
I. For two strings of identical material, length and thickness, their vibration counts over equal time intervals follow the square roots of their tension ratios.
II. Si les tensions & les longueurs sont égales, les nombres des vibrations en tems égaux seront en raison inverse de la grosseur ou du diametre des Cordes.
II. If tensions and lengths are equal, the number of vibrations in equal durations will be inversely proportional to the thickness or diameter of the strings.
[187] III. Si les tensions & les grosseurs sont égales, les nombres des vibrations en tems égaux seront en raison inverse des longueurs.
[187] III. If tensions and thicknesses are equal, the number of vibrations in equal durations will be inversely proportional to the lengths.
Pour l'intelligence de ces Théorèmes, je crois devoir avertir que la tension des Cordes ne se représente pas par les poids tendans, mais par les racines de ces mêmes poids; ainsi les vibrations étant entr'elles comme les racines quarrées des tensions, les poids tendans sont entr'eux comme les cubes des vibrations, &c.
To aid in understanding these theorems, I must clarify that the tension of strings is not represented by the applied weights themselves, but by the square roots of those weights. Thus, since vibrations are proportional to the square roots of tensions, the applied weights relate to each other as the cubes of the vibrations, etc.
Des loix des vibrations des Cordes se déduisent celles des Sons qui résultent de ces mêmes vibrations dans la Corde sonore. Plus une Corde fait de vibrations dans un tems donne, plus le Son qu'elle rend est aigu; moins elle fait de vibrations, plus le Son est grave: en sorte que, les Sons suivant entr'eux les rapports des vibrations, leurs Intervalles s'expriment par les mêmes rapports; ce qui soumet toute la Mutique au calcul.
From the laws governing string vibrations derive those of the sounds produced by these vibrations in the sonorous string. The more vibrations a string completes in a given time, the higher its pitch; the fewer vibrations, the lower the pitch. Consequently, since sounds follow the same proportional relationships as vibrations, their intervals are expressed through these ratios – thereby subjecting all music to mathematical calculation.
On voit par les Théorèmes précédens qu'il y a trois moyens de changer le Son d'une Corde; savoir, en changeant le Diametre; c'est-a-dire, la grosseur de la Corde, ou sa longueur, ou sa tension. Ce que ces altérations produisent successivement sur une même Corde, on peut le produire à la sois sur diverses Cordes, en leur donnant différens degrés de grosseur, de longueur ou de tension. Cette méthode combinée est celle qu'on met en usage dans la fabrique, l'Accord & le jeu du Clavecin, du Violon, de la Basse, de la Guitare & autres pareils Instruments, composés de Cordes de différentes grosseurs & différemment tendues, [188] lesquelles ont par conséquent des Sons différens. De plus, dans les uns, comme le Clavecin, ces Cordes ont différentes longueurs fixes par lesquelles les Sons se varient encore: & dans les autres, comme le Violon, les Cordes, quoiqu'égales en longueur fixe, se raccourcissent ou s'alongent à volonté sous les doigts du Joueur, & ces doigts avancés ou reculés sur le manche sont alors la fonction de chevalets mobiles qui donnent à la Corde ébranlée par l'archer, autant de Sons divers que de diverses longueurs. A l'égard des rapports des Sons & de leurs Intervalles, relativement aux longueurs des Cordes & à leurs vibrations, voyez SON, INTERVALLE, CONSONNANCE.
The preceding theorems reveal three means of altering a string's sound: changing its diameter (i.e., thickness), length, or tension. What these alterations achieve successively on a single string may be produced simultaneously across multiple strings by varying their degrees of thickness, length, or tension. This combined method informs the construction, tuning, and performance of harpsichords, violins, bass viols, guitars, and similar instruments composed of strings differing in thickness and tension [188], which consequently produce distinct sounds. Furthermore, in some instruments like the harpsichord, these strings have fixed varying lengths that further diversify sounds; while in others like the violin, though strings share equal fixed lengths, players effectively shorten or lengthen them through finger placement on the neck – these movable finger positions functioning as shifting bridges that produce diverse pitches from the bowed strings. Regarding sound ratios, intervals, and consonances relative to string lengths and vibrations, see SOUND, INTERVAL, CONSONANCE.
La Corde sonore, outre le Son principal qui résulte de toute sa longueur, rend d'autres sons accessoires moins sensibles, & ces Sons semblent prouver que cette Corde ne vibre pas seulement dans toute sa longueur, mais fait vibrer aussi ses aliquotes chacune en particulier, selon la loi de leurs dimensions. A quoi je dois ajouter que cette propriété, qui sert ou doit servir de fondement à toute l'Harmonie, & que plusieurs attribuent, non à la Corde sonore, mais à l'air frappé du Son, n'est pas particuliere aux Cordes seulement, mais se trouvé dans tous les Corps sonores. (Voyez CORPS SONORE, HARMONIQUE.)
The sonorous string, beyond its principal tone arising from its full length, emits subsidiary tones less perceptible to the ear. These secondary sounds seem to prove that the string vibrates not only in its entirety but also causes its aliquot parts to vibrate independently according to their proportional divisions. I must add that this property – which serves or should serve as the foundation of all harmony, and which many attribute not to the sonorous string itself but to the air struck by the sound – is not unique to strings but exists in all sonorous bodies. (See SONOROUS BODY, HARMONIC.)
Une autre propriété non moins surprenante de la Corde sonore, & qui tient à la précédente, est que si le chevalet qui la divise n'appuie que légérement & laissé un peu de communication aux vibrations d'une partie à l'autre, alors au lieu du Son total de chaque Partie ou de l'une des deux, [189] on n'entendra que le Son de la plus grande aliquote commune aux deux Parties. (Voyez SONS HARMONIQUES.)
Another equally remarkable property of the sonorous string, related to the former, is this: if the bridge dividing it presses lightly enough to permit vibrational communication between segments, instead of hearing the composite tone of each segment or of either segment alone [189], one perceives only the tone corresponding to the greatest common aliquot part shared by both segments. (See HARMONIC SOUNDS.)
Le mot de Corde se prend figurément en Composition pour les Sons fondamentaux du Mode, & l'on appelle souvent Corde d'Harmonie les Notes de Basse qui, à la faveur de certaines Dissonances, prolongent la phrase, varient & entrelacent la Modulation.
The term Corde (string) is figuratively used in composition to denote the fundamental tones of the Mode. The bass notes that prolong musical phrases through dissonances while interweaving modulations are often called Cordes d'Harmonie (harmonic strings).
CORDE-A-JOUR ou CORDE-A-VIDE. (Voyez VIDE.)
CORDE-A-JOUR or CORDE-A-VIDE. (See VIDE [open string].)
CORDES MOBILES. (Voyez MOBILE.)
CORDES MOBILES. (See MOBILE [movable strings].)
CORDES STABLES. (Voyez STABLE.)
CORDES STABLES. (See STABLE [fixed strings].)
CORPS-DE-VOIX, s. m. Les Voix ont divers degrés de forcé ainsi que d'étendue. Le nombre de ces degrés que chacune embrasse porte le nom de Corps-de-Voix quand il, s'agit de forcé; & de Volume, quand il s'agit d'étendue. (Voyez VOLUME.) Ainsi, de deux Voix semblables formant le même Son, celle qui remplit le mieux l'oreille & se fait entendre de plus loin, est dite avoir plus de Corps. En Italie, les premieres qualités qu'on recherche dans les Voix, sont la justesse & la flexibilité: mais en France on exige sur-tout un bon Corps-de-Voix.
CORPS-DE-VOIX, s.m. Voices possess varying degrees of power and range. The extent of these gradations in vocal strength is termed Corps-de-Voix (vocal body), while their compass is called Volume. (See VOLUME.) Thus, between two voices producing identical pitch, that which fills the ear more completely and projects farther is said to have greater Corps. In Italy, the primary virtues sought in voices are accuracy and flexibility; yet in France, we chiefly demand a robust Corps-de-Voix.
CORPS SONORE, s. m. On appelle ainsi tout Corps qui rend ou peut rendre immédiatement du Son. Il ne suit pas de cette définition que tout Instrument de Musique soit un Corps sonore; on ne doit donner ce nom qu'à la partie de l'Instrument qui sonne elle-même, & sans laquelle il n'y auroit point de Son. Ainsi dans un Violoncelle ou dans un Violon chaque Corde est un Corps sonore, mais la caisse de l'Instrument, qui ne fait que répercuter & réfléchir le Son, n'est [190] point le Corps sonore & n'en fait point partie. On doit avoir cet article présent à l'esprit toutes les fois qu'il sera parlé du Corps sonore dans cet ouvrage.
CORPS SONORE, s.m. This term applies to any body producing or capable of directly emitting sound. Not all musical instruments qualify as Corps sonores; the designation belongs solely to the vibrating component essential for tone generation. Thus, in a cello or violin, each string constitutes a Corps sonore, while the instrument's body—merely reflecting and amplifying sound—is [190] neither itself a Corps sonore nor integral to one. This distinction must guide all references to Corps sonore herein.
CORYPHÉE, s. m. Celui qui conduisoit le Chœur dans les Spectacles des Grecs, & battoit la mesure dans leur Musique. (Voyez BATTRE LA MESURE.)
CORYPHÉE, s.m. In Greek theatrical performances, the leader who directed the chorus and maintained rhythmic precision through manual gestures. (See BATTRE LA MESURE [beating time].)
COULÉ, Participe pris substantivement. Le Coulé se fait lorsqu'au lieu de marquer en Chantant chaque Note d'un coup de gosier, ou d'un coup d'archet sur les Instrumens à corde, ou d'un coup de langue sur les Instrumens à vent, on passe deux ou placeurs Notes sous la même articulation en prolongeant la même inspiration, ou en continuant de tirer ou de pousser le même coup d'archet sur toutes les Notes couvertes d'un Coulé. Il y a des Instrumens, tels que le Clavecin, le Tympanon, &c. sur lesquels le Coulé paroît presque impossible à pratiquer; & cependant on vient à bout de l'y faire sentir par un toucher doux & lié, très-difficile à décrire, & que l'Ecolier apprend plus aisément de l'exemple du maître que de ses discours. Le Coulé se marque par une Liaison qui couvre toutes les Notes qu'il doit embrasser.
COULÉ, Participle used substantively. A Slur occurs when multiple notes are executed under continuous articulation: through sustained breath in singing, unbroken bow strokes on string instruments, or seamless airflow in wind instruments. Instruments like the harpsichord or dulcimer seemingly defy this technique, yet skilled players achieve its effect through supple, connected touch—a nuance more readily demonstrated than described. The Slur is notated by a curved line spanning all affected notes.
COUPER, v. a. On coupe une Note lorsqu'au lieu de la soutenir durant toute sa valeur, on se contente de la frapper au moment qu'elle commence, passant en silence le reste de sa durée. Ce mot ne s'emploie que pour les Notes qui ont une certaine longueur; on se sert du mot Détacher pour celles qui passent plus vite.
COUPER, v.a. To "cut" a note means striking it at its onset while allowing its remaining duration to elapse in silence. This term applies only to notes of substantial length; shorter values employ Détacher (detached articulation).
COUPLET. Nom qu'on donne dans les Vaudevilles & autres Chansons à cette partie du Poeme qu'on appelle Strophe [191] dans les Odes. Comme tous les Couplets sont composés sur la même mesure de vers, on les chante aussi sur le même Air; ce que fait estropier souvent l'Accent & la l'Prosodie, parce que deux vers François n'en sont pas moins dans la même mesure, quoique les longues & breves n'y soient pas dans les mêmes endroits.
COUPLET. In vaudevilles and similar songs, the term for poetic stanzas equivalent to Strophes [191] in odes. As all Couplets share identical metrical patterns, they are sung to the same melody—often mangling prosody, for two French verses may share meter while differing profoundly in syllabic stress.
COUPLETS, se dit aussi des Doubles & Variations qu'on fait sur un même Air, en le reprenant plusieurs fois avec de nouveaux changemens; mais toujours sans défigurer le fond de l'Air, comme dans les Folies d'Espagne & dans de vieilles Chaconnes. Chaque fois qu'on reprend ainsi l'Air en le variant différemment, on fait un nouveau Couplet. (Voyez
COUPLETS also denotes Doubles and Variations performed upon repeating a theme, as in Folies d'Espagne or archaic Chaconnes. Each restatement with fresh ornamentation constitutes a new Couplet. (See
COURANTE, s. f. Air propre à une espece de Danse ainsi nommée à cause des allées & des venues dont elle est remplie plus qu'aucune autre. Cet Air est ordinairement d'une Mesure à trois Tems graves, & se note en Triple de Blanches avec deux Reprises. Il n'est plus en usage, rien plus que la Danse dont il porte le nom.
COURANTE, s. f. Air proper to a type of dance thus named due to its comings and goings, which it contains more than any other. This Air is typically in a grave triple meter, notated as three white notes with two repeats. It is no longer in use, much like the dance it bears.
COURONNE, s. f. Espece de C renversé avec un pont dans le milieu qui se fait ainsi:.
CORONET, s. f. A type of reversed C with a bridge in the middle, formed thus: symbol.
Quand la Couronne, qu'on appelle aussi Point de repos, est à la fois dans toutes les Parties sur la Note correspondante, c'est le signe d'un repos général: on doit y suspendre la Mesure, & souvent même on peut finir par cette Note. Ordinairement la Partie principale y fait, à sa volonté, quelque passage que les Italiens appellent Cadenza, pendant que toutes des autres prolongent & soutiennent le Son qui leur est marque, [192] ou même s'arrêtent tout-a-fait. Mais si la Couronne est sur la Note finale d'une seule Partie, alors on l'appelle en François Point d'Orgue , & elle marque qu'il faut continuer le Son de cette Note, jusqu'à ce que les autres Parties arrivent à leur conclusion naturelle. On s'en sert aussi dans les Canons pour marquer l'endroit où toutes les Parties peuvent s'arrêter quand on veut finir. (Voyez REPOS, CANON, POINT D'ORGUE.)
When the Coronet, also called Rest Point, appears simultaneously in all parts on the corresponding note, it signals a general pause: the measure must be suspended here, and one may often conclude on this note. Typically, the principal part improvises a passage the Italians call Cadenza, while others sustain their marked note [192] or cease entirely. But if the Coronet appears on the final note of a single part, it is termed Organ Point in French, indicating that the note must be prolonged until other parts reach their natural conclusion. It is also used in canons to mark where all parts may pause at will. (See REST, CANON, ORGAN POINT.)
CRIER. C'est forcer tellement la voix en chantant, que les Sons n'en soient plus appréciables, & ressemblent plus à des cris qu'à du Chant. La Musique Françoise veut être criée; c'est en cela que consiste sa plus grande expression.
TO SHOUT. To strain the voice so violently in singing that the sounds become unmeasured, resembling cries more than song. French music demands shouting; herein lies its greatest expression.
CROCHE, s. f. Note de Musique qui ne vaut en durée que le quart d'une Blanche ou la moitié d'une Noire. Il faut par conséquent huit Croches pour une Ronde ou pour une Mesure à quatre Tems. (Voyez MESURE, VALEUR DES NOTES.)
EIGHTH NOTE, s. f. A musical note lasting a quarter of a white note or half a quarter note. Thus, eight eighth notes equal one whole note or a four-beat measure. (See MEASURE, NOTE VALUES.)
On peut voir (Pl. D. Fig. 9.) comment se fait la Croche, soit seule ou chantée seule sur une syllabe, soit liée avec d'autres Croches quand on en passe plusieurs dans un même tems en jouant, ou sur une même syllabe en chantant. Elles se lient ordinairement de quatre en quatre dans les Mesures à quatre Tems & à deux, de trois eu trois dans la Mesure à six-huit, selon la division des Tems; & de six en six dans la Mesure à trois Tems, selon la division des Mesures.
(See Plate D, Fig. 9.) for the notation of single eighth notes or those slurred when multiple pass through a single beat in playing or a syllable in singing. They are typically grouped in fours in 4/4 time, threes in 6/8 according to beat division, and sixes in triple meter per measure division.
Le nom de Croche a été donne à cette espece de Note, à cause de l'espece de Crochet qui la distingue
The name "eighth note" derives from the hook distinguishing it.
CROCHET. Signe d'abréviation dans la Note. C'est un [193] petit trait en travers, sur la queue d'une Blanche ou d'une Noire, pour marquer sa division en Croches, gagner de la place & prévenir la confusion. Ce Crochet désigne par conséquent quatre Croches au lieu d'une Blanche, ou deux au lieu d'une Noire, comme on voit Planche D. à l'exemple A. de la Fig. 10, où les trois portées accolées signifient exactement la même chose. La Ronde n'ayant point de queue, ne peut porter de Crochet; mais on en peut cependant faire aussi huit Croches par abréviation, en la divisant en deux Blanches ou quatre Noires, auxquelles on ajoute des Crochets. Le Copiste doit soigneusement distinguer la figure du Crochet, qui n'est qu'une abréviation, de celle de la Croche, qui marque une valeur réelle.
HOOK. A notational abbreviation mark. A small cross-stroke on the stem of a white or quarter note [193], indicating its division into eighth notes to save space and avoid confusion. This hook thus signifies four eighth notes replacing a white note, or two replacing a quarter note, as shown in Plate D, example A of Fig. 10, where the three bracketed staves mean precisely the same. Whole notes, lacking stems, cannot bear hooks; yet one may abbreviate eight eighth notes by dividing into two white or four quarter notes with added hooks. The copyist must carefully distinguish the Hook (an abbreviation) from the Eighth Note (a real value).
CROME, s. f. Ce pluriel Italien signifie Croches. Quand ce mot se trouvé écrit sous des Notes noires, blanches ou rondes, il signifie la même chose que signifieroit le Crochet, & marque qu'il faut diviser chaque Note en Croches, selon sa valeur. (Voyez CROCHET.)
QUAVERS, s. f. This Italian plural means "eighth notes." When written beneath black, white, or whole notes, it signifies the same as the Hook, directing each note to be divided into eighth notes per its value. (See HOOK.)
CROQUE-NOTE ou CROQUE-SOL, s. m. Non qu'on donne par dérision à ces Musiciens ineptes, qui, versés dans la combinaison des Notes, & en état de rendre à livré ouvert les Compositions les plus difficiles, exécutent au surplus sans sentiment, sans expression, sans goût. Un Croque-Sol rendant plutôt les Sons que les phrases, lit la Musique la plus énergique sans y rien comprendre, comme un Maître d'école pourroit lire un chef-d'oeuvre d'éloquence, écrit avec les caracteres de sa langue, dans une langue qu'il n'tendroit pas.
NOTE-GRINDER or SOL-GRINDER, s. m. Derisive name for inept musicians who, versed in note combinations and able to sight-read complex scores mechanically, execute without feeling, expression, or taste. A Sol-Grinder renders sounds rather than phrases, reading the most energetic music uncomprehendingly—as a schoolmaster might recite an eloquent masterpiece written in an unknown tongue.
D
D
[194] D. Cette lettre signifie la même chose dans la Musique Françoise que P. dans l'Italienne; c'est-à-dire, Doux. Les Italiens l'emploient aussi quelquefois de même pour le mot Dolce, & ce mot Dolce n'est pas seulement opposé à Fort; mais à Rude.
[194] D. This letter signifies the same in French music as P. in Italian: soft (Doux). Italians occasionally use it for Dolce, which connotes not merely softness but gentleness opposed to harshness.
D. C. (Voyez DA CAPO.)
D. C. (See DA CAPO.)
D la re, D sol re, ou simplement D. Deuxieme Note de la Gamme naturelle ou Diatonique, laquelle s'appelle autrement Re. (Voyez GAMME.)
D la re, D sol re, or simply D. The second note of the natural or diatonic scale, otherwise called Re. (See SCALE.)
DA CAPO. Ces deux mots Italiens se trouvent fréquemment écrits à la fin des Airs en Rondeau, quelquefois tout au long, & souvent en abrégé par ces deux lettres, D. C: Ils marquent qu'ayant fini la seconde partie de l'Air, il en faut reprendre le commencement jusqu'au: Point final. Quelquefois il ne faut pas reprendre tout-à-fait au commencement, mais à un lieu marqué d'un Renvoi. Alors, au lieu de ces mots Da Capo, on trouvé écrits ceux-ci, Al Segno.
DA CAPO. These Italian words frequently conclude rondo airs, sometimes spelled out or abbreviated as D. C. They indicate that after finishing the second section, one must return to the beginning until the final point. Occasionally, the return is not to the start but to a marked repeat sign, in which case Al Segno is written instead.
DACTYLIQUE, adj. Nom qu'on donnoit, dans l'ancienne Musique, à cette espece de Rhythme dont la Mesure se partageoit en deux Tems égaux. (Voyez RHYTHME.)
DACTYLIC, adj. In ancient music, a term for rhythms divided into two equal beats. (See RHYTHM.)
On appelloit aussi Dactylique une sorte de Nome ou ce Rhythme étoit, fréquemment employé, tel que le Nome Harmathias & le Nome Orthien.
The name Dactylic also applied to a Nomos where this rhythm was prominent, such as the Harmathias Nomos and Orthian Nomos.
[195] Julius Pollux révoque en doute si le Dactylique étoit une sorte d'Instrument, ou une forme de Chant; doute qui se confirme par ce qu'en dit Aristide Quintilien dans son second Livré, & qu'on ne peut résoudre qu'en supposant que le mot Dactylique signifioit à la fois un Instrument & un Air, comme parmi nous les mots Musette & Tambourin.
[195] Julius Pollux questioned whether Dactylic denoted an instrument or a song form—a doubt echoed by Aristides Quintilian in his second Book, resolvable only by assuming Dactylic meant both, like our terms Musette and Tambourin.
DÉBIT, s. m. Récitation précipitée. Voyez l'Article suivant.
DELIVERY, s. m. Hastened recitation. See the following article.
DEBITER, v. a. pris en sens neutre. C'est presser a dessein le Mouvement du Chant, & le rendre d'une maniere approchante de la rapidité de la parole; sens qui n'a lieu, non plus que le mot, que dans la Musique Françoise. On défigure toujours les Airs en les Débitant, parce que la Mélodie, l'Expression, la Grace y dépendent toujours de la précision du Mouvement, & que presser le Mouvement, c'est le détruire. On défigure encore le Récitatif François en le Débitant, parce qu'alors il en devient plus rude, & fait mieux sentir l'opposition choquante qu'il y a parmi nous entre l'Accent Musical & celui du Discours. A l'égard du Récitatif Italien, qui n'est qu'un parler harmonieux, vouloir le Débiter, ce seroit vouloir parler plus vite que la parole, & par conséquent bredouiller: de sorte qu'en quelque sens que ce soit, le mot Débit ne signifie qu'unechose barbare, qui doit être proscrite de la Musique.
DEBIT, v. a. taken as neuter. To intentionally hasten the Movement of the Song, rendering it in a manner approaching the rapidity of speech; a meaning – like the term itself – existing solely within French Music. Airs are invariably disfigured when Debit-ed, for Melody, Expression, and Grace depend upon rhythmic precision, while hastening the Movement destroys it. Even French Recitative is disfigured by Debit-ing, for this renders it harsher and accentuates the jarring dissonance between Musical Accent and Speech Accent in our tradition. As for Italian Recitative – being but harmonious speech – to Debit it would be to speak faster than speech itself, thus producing mere gibberish. Hence, in all contexts, the term Debit signifies a barbarous practice that must be banished from Music.
DECAMERIDE, s. f. C'est le nom de l'un des Elémens du Systême de M. Sauveur, qu'on peut voir dans les Mémoires de l'Académie des Sciences, année 1701.
DECAMERIDE, s. f. Name given to one of the elements in M. Sauveur's system, as detailed in the Mémoires de l'Académie des Sciences (1701).
Pour former un systême général qui fournisse le meilleur [196] Tempérament; & qu'on puisse ajuster à tous les systêmes, cet Auteur, après avoir divisé l'Octave en 43 parties, qu'il appelle Mérides, & subdivisé chaque Méride en 7 parties, qu'il appelle Eptamérides, devise encore chaque Eptaméride en 10 autres parties, auxquelles il donne le nom de Décamérides. L'Octave se trouvé ainsi divisée en 3010 parties égales, par lesquelles on peut exprimer, sans erreur sensible les rapports de tous les Intervalles de la Musique.
To devise a general system accommodating optimal temperament across all musical systems, this Scholar first divided the Octave into 43 parts called Mérides, then subdivided each Méride into 7 Eptamerides, and each Eptameride into 10 Decamerides. Thus, the Octave becomes 3010 equal microtones through which all musical intervals may be expressed without perceptible error. [196]
Ce mot est formé de
This term derives from
DECHANT ou DISCANT, s. m. Terme ancien par lequel on désignoit ce qu'on a depuis appellé Contre-point. (Voyez CONTRE-POINT.)
DESCANT or DISCANT, s. m. Archaic term denoting what later became known as Counterpoint. (See COUNTERPOINT.)
DÉCLAMATION, s. f. C'est, en Musique, l'art de rendre, par les inflexions & le nombre de la Mélodie, l'Accent grammatical & l'Accent-oratoire, (Voyez ACCENT, RÉCITATIF.)
DECLAMATION, s. f. In Music, the art of rendering grammatical and oratorical accents through melodic inflections and phrasing. (See ACCENT, RECITATIVE.)
DÉDUCTION, s. f. Suite de Notes montant diatoniquement ou par Degrés conjoints. Ce terme n'est gueres en usage que dans. le Plain-Chant.
DEDUCTION, s. f. Sequence of notes ascending diatonically or by Conjunct Degrees. This term is chiefly used in Plainchant.
DEGRÉ f. m. Différence de position ou d'élévation qui se trouvé entre deux Notes placées dans une même Portée Sur la même Ligne ou dans le même espace, elles sont même Degré; & elles y seroient encore, quand même l'une des deux seroit hausse ou baissée d'un semi-Ton par un Dièse ou par un Bémol. Au contraire, elles pourroient être pourroient être à l'Unisson, quoique posées sur différens Degrés; comme, l'ut Bémol & le si naturel; le fa Dièse & le sol Bémol, &c.
DEGREE, s. m. Difference in position or elevation between two notes on the same staff. Notes occupying the same line or space are at the same Degree – even if one is altered by a Sharp or Flat. Conversely, unison may occur between notes at different Degrees (e.g., C-flat and B-natural; F-sharp and G-flat).
Si deux Notes se suivent diatoniquement, de sorte que [197] l'une étant sur une Ligne, l'autre soit dans l'espace voisin, l'Intervalle est d'un Degré; de deux, si elles sont à la Tierce; de trois, si elles sont à la Quarte; de sept, si elles sont l'Octave, &c.
When two notes proceed diatonically – one on a line, the next in the adjacent space – the Interval spans one Degree; two Degrees at the Third; three at the Fourth; seven at the Octave, etc. [197]
Ainsi, en ôtant I du nombre exprimé par le nom de l'Intervalle, on a toujours le nombre des Degrés diatoniques qui séparent les deux Notes.
Thus, subtracting 1 from the Interval's numerical designation yields its diatomic Degree span.
Ces Degrés diatoniques ou simplement Degrés, sont encore appellés Degrés conjoints, par opposition aux Degrés disjoints, qui sont composés de plusieurs Degrés conjoints. Par exemple, l'Intervalle de Seconde est un Degré conjoint; mais celui de Tierce est un Degré disjoint, composé de deux Degrés conjoints; & ainsi des autres. (Voyez CONJOINT, DISJOINT, INTERVALLE.)
These Diatonic Degrees – or simply Degrees – are also called Conjoint Degrees, as opposed to Disjoint Degrees comprising multiple Conjoint Degrees. For instance, a Second is a Conjoint Degree, while a Third – comprising two Conjoint Degrees – is Disjoint. (See CONJOINT, DISJOINT, INTERVAL.)
DÉMANCHER, v. n. C'est, sur les Instrumens à manche, tels que le Violoncelle, le Violon, &c. ôter la main gauche de sa position naturelle pour l'avancer sur une position plus haute ou plus à l'aigu. (Voyez POSITION.) Le Compositeur doit connoître l'étendue qu'a l'Instrument sans Démancher, afin que, quand il passe cette étendue & qu'il Démanche, cela se fasse d'une maniere praticable.
SHIFT, v. n. On necked instruments (Violoncello, Violin, etc.), moving the left hand from its natural position to a higher register. (See POSITION.) The Composer must know an instrument's natural range without Shifting, ensuring passages requiring Shifts remain playable.
DEMI-JEU, A-DEMI-JEU, ou simplement A DEMI. Terme de Musique instrumentale qui répond à l'Italien Sotto voce, ou Mezza voce, ou Mezzo forte, & qui indique une maniere de jouer qui tienne le milieu entre le Fort & le Doux.
HALF-PLAYING, A-DEMI-JEU, or simply A DEMI. Instrumental term equivalent to the Italian Sotto voce, Mezza voce, or Mezzo forte – indicating a manner of playing midway between Forte and Piano.
DEMI-MESURE, s. f. Espace de tems qui dure la moitie d'une Mesure. II n'y a proprement de Demi-Mesures que [198] dans les Mesures dont les Tems sont en nombre pair: car dans laMesure à trois Tems, la premiere Demi-Mesure commence avec le tems fort, & la seconde à contre-tems; ce qui les rend inégales.
DEMI-MESURE, s. f. [Half-Measure] A duration lasting half of a Measure. Properly speaking, half-measures only exist [198] in measures with an even number of beats: for in triple meter, the first half-measure begins on the strong beat, and the second on an offbeat, rendering them unequal.
DEMI-PAUSE, s. f. Caractere de Musique qui se fait comme il est marqué dans la Fig. 9. de la PL D. & qui marque un silence dont la durée doit être égale à celle d'une Demi-Mesure à quatre Tems, ou d'une Blanche. Comme il y'a des Mesures de différentes valeurs, & que celle de la Demi-Pause ne varie point, elle n'équivaut à la moitié d'une Mesure, que quand la Mesure entiere vaut une Ronde; à la différence de la Pause entiere qui vaut toujours exactement une Mesure grande ou petite. (Voy. PAUSE.)
DEMI-PAUSE, s. f. [Half-Rest] A musical symbol written as shown in Fig. 9 of Plate D, indicating silence equal in duration to a half-measure in quadruple meter or to a half note. Since measures vary in value while the half-rest remains constant, it only equates to half a measure when the full measure equals a whole note. This differs from the whole rest, which always precisely fills an entire measure regardless of size. (See PAUSE.)
DEMI-SOUPIR. Caractere de Musique qui se fait comme il est marqué dans la Fig. 9. de la Pl. D. & qui marqué un silence dont la durée est égale à celle d'une Croche ou de la moitié d'un Soupir. (Voyez SOUPIR.)
DEMI-SOUPIR. [Eighth Rest] A musical symbol written as shown in Fig. 9 of Plate D, indicating silence equal in duration to an eighth note or half a quarter rest. (See SOUPIR.)
DEMI-TEMS. Valeur qui dure exactement la moitié d'un Tems. Il faut appliquer au Demi-Tems, par rapport au Tems, ce que j'ai dit ci-devant de la Demi-Mesure par rapport à la Mesure.
DEMI-TEMS. [Half-Beat] A duration precisely half the length of one beat. The same principle applies to the half-beat in relation to the full beat as stated earlier regarding the half-measure and full measure.
DEMI-TON. Intervalle de Musique valant à-peu-près la moitié d'un Ton, & qu'on appelle plus communément Semi-Ton (Voyez Semi-Ton.)
DEMI-TON. [Semitone] A musical interval approximating half a whole tone, more commonly called a semitone. (See SEMI-TON.)
DESCENDRE, v. n. C'est baisser la voix, vocem remittere; c'est faire succéder les Sons de l'aigu au grave, ou du haut au bas. Cela se présente à l'oeil par notre maniere de Noter.
DESCENDRE, v. n. [To Descend] To lower the voice, vocem remittere; to proceed from high to low pitches. This downward motion is visually represented in our notation.
[199] DESSEIN, s. m. C'est l'invention & la conduite du sujet, la disposition de chaque Partie, & l'ordonnance générale du tout.
[199] DESSEIN, s. m. [Design] The invention and development of a subject, the arrangement of each part, and the overall architecture of the whole.
Ce n'est pas assez de faire de beaux Chants & une bonne Harmonie; il faut lier tout cela par un sujet principal, auquel se rapportent toutes les parties de l'ouvrage, & par lequel il soit un. Cette unité doit régner dans le Chant, dans le Mouvement, dans le Caractere, dans l'Harmonie, dans la Modulation. Il faut que tout cela se rapporte à une idée commune qui le réunisse. La difficulté est d'associer ces préceptes avec une élégante variété, sans laquelle tout devient ennuyeux. Sans doute le Musicien, aussi-bien que le Poete & le Peintre, peut tout oser en faveur de cette variété charmante, pourvu que, sous prétexte de contraster, on ne nous donne pas pour des ouvrages bien-dessinés, des Musiques toutes hachées, composées de petits morceaux étranglés, & de caracteres si opposés, que l'assemblage en fasse un tout monstrueux.
Beautiful melodies and harmonies alone are insufficient; they must cohere through a principal theme unifying all elements of the work. This unity must govern melody, tempo, character, harmony, and modulation. All must relate to a common idea binding them together. The challenge lies in reconciling these principles with elegant variety, without which all becomes tedious. Like poets and painters, musicians may dare much for the sake of charming diversity—provided they do not mistake jagged fragments and clashing characters for skillful design, creating monstrous assemblages under the pretext of contrast.
Non ut placidis cocant immitia, non ut Serpentes avibus geminentur, tigribus agni.
Non ut placidis cocant immitia, non ut Serpentes avibus geminentur, tigribus agni. [Lest gentle creatures couple with savage ones, serpents mate with birds, or tigers with lambs.]
C'est donc dans une distribution bien entendue, dans une juste proportion entre toutes les parties, que consiste la perfection du Dessein, & c'est sur-tout en ce point que l'immortel Pergolèse a montré son jugement, son goût, & a laissé si loin derriere lui tous ses rivaux. Son Stabat Mater, son Orfeo, sa Serva Padrona sont, dans trois genres différens, trois chef-d'oeuvres de Dessein également parfaits.
True perfection of Design lies in judicious distribution and proportion among all parts. Herein the immortal Pergolesi demonstrated unmatched judgment and taste, surpassing all rivals. His Stabat Mater, Orfeo, and Serva Padrona stand as three masterpieces of Design, each peerless in its genre.
[200] Cette idée du Dessein général d'un ouvrage, s'applique aussi en particulier à chaque morceau qui le compose. Ainsi l'on dessine un Air, un Duo, un Choeur, &c. Pour cela, après avoir imaginé son sujet, on le distribue, selon les règles d'une bonne Modulation, dans toutes les Parties ou il doit être entendu, avec une telle proportion qu'il ne s'efface point de l'esprit des Auditeurs, & qu'il ne se représente pourtant jamais à leur oreille qu'avec les graces de la nouveauté. C'est une faute de Dessein de laisser oublier son sujet; c'en est une plus grande de le poursuivre jusqu'à l'ennui.
[200] This concept of a work's overarching Design applies equally to each individual movement. Thus one designs an Air, Duo, Chorus, etc. After conceiving the subject, it must be distributed across all voices according to modulation rules, maintaining such balance that the theme remains imprinted on listeners' minds without ever recurring except through novel refinements. To let one's theme be forgotten is a flaw in Design; to belabor it into tedium is a graver error still.
DESSINER, v. a. Faire le Dessein d'une Pièce ou d'un morceau de Musique. (Voyez DESSEIN.) Ce Compositeur Dessine bien ses ouvrages. Voilà un choeur fort mal Dessiné.
DESSINER, v. a. To design a musical piece or composition. (See DESSEIN.) This composer designs his works admirably. Here is a chorus very poorly designed.
DESSUS, s. m. La plus aigue des Parties de la Musique ; celle qui règne au-dessus de toutes les autres. C'est dans ce sens qu'on dit dans la Musique instrumentale, Dessus de Violon, Dessus de Flûte ou de Hautbois, & en général Dessus de Symphonie.
DESSUS, s. m. The highest vocal or instrumental part in music, reigning above all others. In instrumental music, we thus speak of Dessus de Violon (Violin Treble), Dessus de Flûte (Flute Treble), or generally Dessus de Symphonie (Orchestral Treble).
Dans la Musique vocale, le Dessus s'exécute par des voix de femmes, d'enfans, & encore par des Castrati dont la voix, par des rapports difficiles à concevoir, gagne une Octave en haut, & en perd une en bas, au moyen de cette mutilation.
In vocal music, the Dessus is performed by women’s voices, children’s voices, or Castrati — those whose voices, through inconceivable physiological alterations, gain an octave in height while losing one in depth.
Le Dessus se devise ordinairement en premier & second, & quelquefois même en trois. La Partie vocale qui exécute le second Dessus, s'appelle Bas-Dessus, & l'on fait aussi des Récits à voix seule pour cette Partie. Un beau Bas-Dessus [201] plein & sonore, n'est pas moins estimé en Italie que les Voix claires & aiguës ; mais on n'en fait aucun cas en France. Cependant, par un caprice de la mode, j'ai vu sort applaudir, à l'Opéra de Paris, une Mlle. Gondré, qui, en effet, avoit un fort beau Bas-Dessus.
The Dessus is typically divided into first and second parts, sometimes even three. The vocal line performing the second Dessus is termed Bas-Dessus (Low Treble), and solo recitatives are occasionally written for this part. In Italy, a rich and resonant Bas-Dessus [201] is esteemed no less than bright, piercing voices — yet in France, it is disregarded. Nevertheless, by some fashionable caprice, I once witnessed Mlle. Gondré acclaimed at the Paris Opera, she who indeed possessed an exceptionally fine Bas-Dessus.
DETACHE, parti pris substantivement. Genre d'exécution par lequel, au lieu de soutenir les Notes durant toute leur valeur, on les sépare par des silences pris sur cette même valeur. Le Détaché, tout-à-fait bref & sec, se marque sur les Notes par des points alongés.
DETACHE, substantive participle. A style of execution where notes are separated by rests subtracted from their original duration. The sharply detached, wholly brief and dry effect is indicated by elongated dots above the notes.
DETONNER, v. n. C'est sortir de l'Intonation ; c'est altérer mal-à-propos la justesse des Intervalles, & par conséquent Chanter faux. Il y a des Musiciens dont l'oreille est si juste qu'ils ne détonnent jamais ; mais ceux-là sont rares. Beaucoup d'autres ne détonnent point par une raison contraire ; car, pour sortir du Ton, il faudroit y être entré. Chanter sans Clavecin, crier, forcer sa voix en haut ou en bas, & avoir plus d'égard au volume qu'à la justesse, sont des moyens presque sûrs de se gâter l'oreille, & de Détonner.
DETONNER, v. n. To deviate from proper intonation; to distort intervals and thus sing out of tune. Rare are musicians with ears so precise they never detune. Many others avoid detuning for the opposite reason: to stray from pitch, one must first have found it. Singing without harpsichord accompaniment, shouting, straining the voice upward or downward, prioritizing volume over accuracy — these are nearly certain means to ruin one’s ear and detune.
DIACOMMATIQUE, adj. Nom donne par M. Serre à une espece de quatrieme Genre, qui consiste en certaines Transitions harmoniques, par lesquelles la Note restant en apparence sur le même Degré, monte ou descend d'un Comma, en passant d'un Accord à un autre, avec lequel elle paroît faire liaison.
DIACOMMATIQUE, adj. Term coined by M. Serre for a fourth harmonic genus involving transitions where a note, while ostensibly remaining on the same degree, ascends or descends by a comma when shifting between chords with which it appears to bind.
32/27 80Par exemple, sur ce passage de Basse fa re dans le Mode majeur d'ut, le la, Tierce majeure de la premiere
32/27 80For example, over the bass passage F–D in C major, the A, as major third of the first
27/54 80 81 Note, [202] reste pour devenir Quinte de re: or la Quinte juste de re ou de re, n'est pas la, mais la: ainsi le Musicien
27/54 80 81 note, [202] persists to become the fifth of D. Yet the true fifth of D (or D♯) is not A but A♯. Thus, the musician
80 81qui entonne le la doit naturellement lui donner les deux Intonations consécutives la la, lesquelles différent d'un Comma.
80 81intonating A must naturally render two successive pitches, A–A♯, differing by a comma.
De même dans la Folie d'Espagne, au troisieme Tems de la troisieme Mesure: on peut y concevoir que la
Similarly, in La Folie d’Espagne, at the third beat of the third measure: one may observe that the
80 81Tonique re monte d'un Comma pour former la seconde re, du Mode majeur d'ut, lequel se déclare dans la Mesure suivante, & se trouvé ainsi subitement amené par ce paralogisme Musical, par ce Double-emploi du re.Lors encore que, pour passer brusquement du Mode mineur de la en celui d'ut majeur, on change l'Accord de Septieme diminuée sol Dièse, si, re, fa, en Accord de simple Septieme sol, si, re , fa, le Mouvement chromatique du sol Dièse au sol naturel est bien le plus sensible, mais il n'est pas le seul; le re monte aussi d'un Mouvement
80 81Tonic D ascends a comma to form the second D in the major mode of C, which declares itself in the following measure and thus finds itself abruptly introduced through this musical paralogism, this dual usage of D. Similarly, when abruptly transitioning from the minor mode of A to C major, one changes the diminished seventh chord G♯, B, D, F into a simple seventh chord G, B, D, F, the chromatic movement from G♯ to natural G is indeed the most perceptible, though not the sole alteration; the D also ascends through
diacommatique de re à re; quoique la Note le suppose permanent sur le même Degré.
a diacommatic motion from D to D – though the note ostensibly remains on the same degree.
On trouvera quantité d'exemples de ce Genre Diacommatique, particulièrement lorsque la Modulation passe subitement du Majeur au Mineur, ou du Mineur au Majeur. C'est, sur-tout dans l'Adagio, ajoute M. Serre, que les grands Maîtres, quoique guidés uniquement par le sentiment, sont usage de ce genre de Transitions, si propre à donner à la Modulation une apparence d'indécision, dont l'oreille & le sentiment éprouvent souvent des effets qui ne sont point équivoques.
Numerous examples of this Diacommatic genre may be found, particularly when modulation abruptly shifts from major to minor or vice versa. "It is above all in the Adagio," adds M. Serre, "that great masters – though guided solely by intuition – employ such transitional devices, so apt to impart an appearance of indecision to modulation, through which the ear and sensibility often experience unequivocal effects."
[203] DIACOUSTIQUE, s. f. C'est la recherche des propriétés du Son réfracté en passant à travers différens milieux; c'est-à-dire, d'un plus dense dans un plus rare, & au contraire. Comme les rayons visuels se dirigent plus aisément que les Sons par des Lignes sur certains points, aussi les expériences de la Diacoustique sont-elles infiniment plus difficiles que celles de la Dioptrique. (Voyez Son.)
[203] DIACOUSTICS, n. The study of sound's properties when refracted through different media – that is, passing from denser to rarer substances, or conversely. As light rays follow linear paths more readily than sounds, diacoustic experiments prove infinitely more challenging than dioptric ones. (See SOUND.)
Ce mot est formé du Grec █, par, & d'█, j'entends.
This term derives from Greek (through) and
(I hear).
DIAGRAMME, s. m. C'étoit, dans la Musique ancienne, la Table ou le modele qui présentoit à l'oeil l'étendue générale de tous les Sons d'un systême, ou ce que nous appellons aujourd'hui, Echelle, Gamme, Clavier. (Voyez ces mots.)
DIAGRAM, n. In ancient music, the table or model visually representing the full range of sounds within a system – what we now call a scale, gamut, or keyboard. (See these entries.)
DIALOGUE, s. m. Composition à deux voix ou deux Instrumens qui se répondent l'un à l'autre, & qui souvent se réunissent. La plupart des Scenes d'Opéra sont, en ce sens, des Dialogues, & les Duo Italiens en sont toujours mais ce mot s'applique plus précisément à l'Orgue; c'est sur cet Instrument qu'un Organiste joue des Dialogues, en se répondant avec différens jeux, ou sur différens Claviers.
DIALOGUE, n. Composition for two voices or instruments responding to each other, often converging. Most operatic scenes function thus as dialogues, as do Italian duets invariably; though the term applies more precisely to organ works, where players execute dialogues through call-and-response between different stops or manuals.
DIAPASON, s. m. Terme de l'ancienne Musique, par lequel les Grecs exprimoient l'Intervalle ou la Consonnance de l'Octave. (Voyez OCTAVE.)
DIAPASON, n. Ancient Greek term denoting the octave interval or consonance. (See OCTAVE.)
Les Facteurs d'Instrumens de Musique nomment aujourd'hui Diapasons certaines Tables ou sont marquées les Mesures de ces Instrumens & de toutes leurs parties.
Instrument makers now use diapasons to describe measurement charts for instrument dimensions.
On appelle encore Diapason l'étendue convenable à une Voix ou à un Instrument. Ainsi, quand une Voix se forcé, [204] on dit qu'elle sort du Diapason, & l'on dit la même chose d'un Instrument dont les cordes sont trop lâches ou trop tendues, qui ne rend que peu de Son, ou qui rend un Son désagréable, parce que le Ton en est trop haut ou trop bas.
The term also denotes a voice's or instrument's proper range. When straining beyond this compass, [204] it is said to depart from the diapason – equally applicable to instruments with slack or over-tightened strings producing feeble or discordant tones.
Ce mot est formé de █, par, & █, toutes; parce que l'Octave embrasse toutes les Notes du systême parfait.
Etymologically from Greek (through) and
(all), as the octave encompasses a complete system's tones.
DIAPENTE, s. f. Nom donne par les Grecs à l'Intervalle que nous appellons Quinte, & qui est la seconde des Consonnances. (VOYEZ CONSONNANCE, INTERVALLE, QUINTE.)
DIAPENTE, n. Greek term for the fifth interval, second among consonances. (See CONSONANCE, INTERVAL, FIFTH.)
Ce mot est formé de █, par, & de █, cinq, parce qu'en parcourant cet Intervalle diatoniquement on prononce cinq différens Sons.
Derived from (through) and
(five), as five distinct tones emerge when traversing this interval diatonically.
DIAPENTER, en latin DIAPENTISSARE, v. n. Mot barbare employé par Muris & par nos anciens Musiciens. (VOYEZ QUINIER.)
DIAPENTER (Latin: DIAPENTISSARE), v.n. Barbarous term used by Muris and our ancient musicians. (See QUINIER.)
DIAPHONIE, s. f. Nom donne par les Grecs à tout Intervalle ou Accord dissonant, parce que les deux Sons se choquant mutuellement, se divisent, pour ainsi dire, & sont sentir désagréablement leur différence. Gui Arétin donne aussi le nom de Diaphonie à ce qu'on a depuis appellé Discant, à cause des deux Parties qu'on y distingue.
DIAPHONY, n.f. Name given by the Greeks to any dissonant interval or chord, as the two sounds clash mutually, dividing their effect and unpleasantly revealing their difference. Gui d'Arezzo also applied this term to what was later called Discant, due to its two distinguishable parts.
DIAPTOSE, Intercidence, ou petite Chute, s. f. C'est dans le Plain-Chant une sorte de Périélèse, ou de passage qui se fait sur la derniere Note d'un Chant, ordinairement après un grand Intervalle en montant. Alors, pour assurer la justesse de cette finale, on la marque deux fois en séparant cette répétition par une troisieme Note que l'on baisse [205] d'un Degré en maniere de Note sensible, comme ut si ut ou mi re mi.
DIAPTOSE (Intercidence or minor cadence), n.f. In plainchant, a type of circumflexion or passage occurring on the final note of a melody, typically after a large ascending interval. To secure the intonation of this final, it is marked twice, separated by a third note lowered by one degree as a leading tone – e.g., ut si ut or mi re mi.
DIASCHISMA, s. m. C'est, dans la Musique ancienne, un Intervalle faisant la moitié du semi-Ton mineur. Le rapport en est de, & par conséquent irrationnel.
DIASCHISMA, n.m. In ancient music, an interval equal to half a minor semitone. Its ratio is irrational (2048:2025).
DIASTEME, s. m. Ce mot, dans la Musique ancienne, signifie proprement Intervalle, & c'est le nom que donnoient les Grecs à l'Intervalle simple, par opposition à l'Intervalle composé qu'ils appelloient Systême. (Voyez INTERVALLE SYSTÈME.)
DIASTEME, n.m. Greek term denoting a simple interval, as opposed to the compound interval called System. (See INTERVAL, SYSTEM.)
DIATESSARON. Nom que donnoient les Grecs à l'Intervalle que nous appelons Quarte, & qui est la troisieme des Consonnances. Voyez CONSONNANCE, INTERVALLE, QUARTE.)
DIATESSARON. Greek name for the interval we call a fourth – the third consonance. (See CONSONANCE, INTERVAL, FOURTH.)
Ce mot est composé de , par, & du génitif de
, quatre; parce qu'en parcourant diatoniquement cet Intervalle, on prononce quatre différens Sons.
This word combines ("through") with the genitive of
("four"), since traversing this interval diatonically produces four distinct sounds.
DIATESSERONER, en latin DIATESSERONARE, v. n. Mot barbare employé par Muris & par nos anciens Musiciens. (Voyez QUARTER.)
DIATESSERONER (Latin: DIATESSERONARE), v.n. Barbarous term used by Muris and our ancient musicians. (See QUARTER.)
DIATONIQUE, adj. Le Genre Diatonique est celui des trois qui procede par Tons & semi-Tons majeurs, selon la division naturelle de la Gamme; c'est-à-dire, celui dont le moindre Intervalle est d'un Degré conjoint: ce qui n'empêche pas que les Parties ne puissent procéder par de plus grands Intervalles, pourvu qu'ils soient tous pris sur des; Degrés Diatoniques.
DIATONIC, adj. The diatonic genus – one of three – proceeds by whole tones and major semitones according to the natural division of the gamut. Its smallest interval spans a conjunct degree, though parts may employ larger intervals provided they remain diatonic.
Ce mot vient du Grec , par, & de
, Ton; c'est-à-dire, passant d'un Ton à un autre.
Derived from Greek ("through") and
("tone"), signifying movement through distinct tones.
[206] Le genre Diatonique des Grecs resultoit de l'une des trois regles principales qu'ils avoient établie, pour l'Accord des Tétracordes. Ce Genre se divisoit en plusieurs especes, selon les divers rapports dans lesquels se pouvoir diviser l'Intervalle qui le déterminoit; car cet Intervalle ne pouvoir se resserrer au-delà d'un certain point sans changer de Genre. Ces diverses especes du même Genre sont appellées , couleurs, par Ptolomée qui en distingue six; mais la seule en usage dans la pratique étoit celle qu'il appelle Diatonique-Ditonique, dont le Tétracorde étoit composé d'un semi-Ton foible & de deux Tons majeurs. Aristoxène devise ce même Genre en deux especes seulement; savoir, le Diatonique tendre ou mol, & le Syntonique ou dur . Ce dernier revient au Diatonique de Ptolomée. (Voyez les rapports de l'un & de l'autre, Pl. M. Fig.5.)
[206] The Greeks' diatonic genus arose from one of three principal rules governing tetrachord tuning. Ptolemy divided it into six chromatic "species" (), though only the Diatonic-Ditonic species – comprising a weak semitone and two major tones – saw practical use. Aristoxenus distinguished merely the "soft" and "hard" (Syntonic) diatonic. The latter aligns with Ptolemy's system. (Compare their ratios in Plate M, Figure 5.)
Le Genre Diatonique moderne résulte de la marche consonnante de la Basse sur les Cordes d'un même Mode, comme on peut le voir par la Figure 7 de la Planche K. Les rapports en ont été fixés par l'usage des mêmes Cordes en divers Tons; de sorte que, si l'Harmonie a d'bord engendré l'Echelle Diatonique, c'est la Modulation qui l'a modifiée; & cette Echelle, telle que nous l'avons aujourd'hui, n'est exacte ni quant au Chant, ni quant à l'Harmonie seulement quant au moyen d'employer les mêmes Sons à divers usages.
The modern Diatonic Genus arises from the consonant progression of the Bass upon the Strings of a single Mode, as may be observed in Figure 7 of Plate K. Its ratios were established through the use of identical Strings across different Keys; thus, if Harmony first engendered the Diatonic Scale, it was Modulation that refined it. This Scale, as we now possess it, remains inexact both for Melody and pure Harmony – serving rather as a medium to employ the same Sounds for diverse purposes.
Le Genre Diatonique est, sans contredit, le plus naturel des trois, puisqu'il est le seul qu'on petit employer sans changer de Ton. Aussi l'Intonation en est-elle incomparablement [207] plus aisée que celle des deux autres, & l'on ne peut gueres douter que les premiers Chats n'aient été trouvés dans ce Genre: mais il faut remarquer que, selon les loix ce la Modulation, qui permet & qui prescrit même le passage d'un Ton & d'un Mode à l'autre, nous avons presque point, dans notre Musique, de Diatonique lien pur. Chaque Ton particulier est bien, si l'on veut, dans le Genre Diatonique; maison ne sauroit passer de l'un à l'autre sans quelque Transition chromatique, au moins sous-entendue dans l'Harmonie. Le Diatonique pur, dans lequel aucun des Sons n'est altéré ni par la Clef, ni accidentellement, est appellé par appelle par Zarlin Diatono-diatonique, & il en donne pour exemple le Plain-Chant de l'Eglise. Si la Clef est armée d'un Bémol, pour-lors c'est, selon lui, le Diatonique mol, qu'il faut pas confondre avec celui d'Aristoxène. (Voyez Mol.) A l'égard de la Transposition par Dièse, cet Auteur n'en parle point, & l'on ne la pratiquoit pas encore de son tems. Sans doute, il lui auroit donne le nom de Diatonique dur, quand même il en auroit résulté un Mode mineur, comme celui d'E la mi: car dans ces tems ou l'on n'avoit point encore les notions Harmoniques de ce que nous appellons Tons & Modes, & ou l'on avoit déjà perdu les autres notions que les Anciens attachoient aux mêmes mots, on regardoit plus aux altérations particulieres des Notes qu'aux rapports généraux qui en résultoient. (Voyez Transposition.)
The Diatonic Genus is undoubtedly the most natural of the three, being the sole one employable without changing Key. Hence its Intonation proves incomparably [207] easier than the other two Genres. One can scarcely doubt that the earliest Songs were conceived within this Genre. Yet it must be noted that under the laws of Modulation – which permit and even prescribe transitions between Keys and Modes – our Music retains scarcely any pure Diatonic thread. Each particular Key may belong to the Diatonic Genus, yet shifting between them necessitates chromatic transitions, at least implied harmonically. Zarlin terms the pure Diatonic (where no Notes are altered by Key signature or accidentals) Diatono-diatonic, citing Gregorian Plainchant as exemplar. When the Key bears a Flat, he designates this the soft Diatonic – not to be confused with Aristoxenus’s system. (See Mol.) As for transposition by Sharp, this practice postdates Zarlin’s era. Had he known it, he might have termed it hard Diatonic, even if yielding a minor Mode like E la mi. For in an age lacking our Harmonic notions of Keys and Modes – yet having lost Ancient conceptions of these terms – attention focused more on individual Note alterations than their resultant universal ratios. (See Transposition.)
Sons ou Cordes Diatoniques. Euclide distingue sous ce nom, parmi les Sons mobiles, ceux qui ne participent [208] point du Genre épais, même dans le Chromatique & l'Enharmonique. Ces Sons, dans chaque Genre, sont au nombre cinq; savoir, le troisieme de chaque Tétracorde; & ce sont les mêmes que d'autres Auteurs appellent Apycni. (Voyez APYCNI, GENRE, TÉTRACORDE.)
Diatonic Sounds or Strings. Euclid thus distinguishes those mobile Sounds which, even within Chromatic and Enharmonic Genres, remain untainted by [208] the "thick" Genus. These Sounds number five per Genre: specifically, the third of each Tetrachord – equivalent to what other theorists term Apycni. (See APYCNI, GENRE, TETRACHORD.)
DIAZEUXIS, s. f. Mot Grec qui signifie division, séparation, disjonction. C'est ainsi qu'on appelloit, dans l'ancienne Musique, le Ton qui séparoit deux Tétracordes disjointes, & qui, ajouté à l'un des deux, en formoit la Diapente. C'est notre Ton majeur, dont le rapport est de 8 à 9 & qui est en effet la différence de la Quinte à la Quarte.
DIAZEUXIS, n. f. Greek term denoting division, separation, disjunction. In Ancient music, this designated the Tone separating two disjunct Tetrachords – when added to one, forming the Diapente. This corresponds to our major Tone (8:9 ratio), being precisely the difference between Fifth and Fourth.
La Diazeuxis se trouvoit, dans leur Musique, entre la Mèse & Paramèse, c'est-à-dire, entre le Son le plus aigu du second Tétracorde & le plus grave du troisieme; ou bien entre la Note Synnéménon & la Paramese hyperboléon, c'est-à-dire, entre le troisieme & le quatrieme Tétracorde; selon que la Disjonction se faisoit dans l'un ou dans l'autre lieu; car elle ne pouvoit se pratiquer à la fois dans tous les deux.
In their system, Diazeuxis occurred between Mese and Paramese (i.e., between the highest Note of the second Tetrachord and the lowest of the third), or between Synnéménon and Paramese hyperbolaion (between third and fourth Tetrachords). The disjunction could manifest in either location, but never simultaneously in both.
Les Cordes homologues des deux Tétracordes, entre lesquels il y avoit Diazeuxis, sonnoient la Quinte, au lieu qu'elles sonnoient la Quarte quand ils étoient conjoints.
Homologous Strings of Tetrachords joined by Diazeuxis produced Fifths, whereas conjunct Tetrachords yielded Fourths.
DIESER. v. a. C'est armer la Chef de Dièses, pour changer l'ordre & le lieu des semi-Tons majeurs, ou donner a quelque Note un Dièse accidentel, soit pour le Chant, soit pour la Modulation. (Voyez Dièse)
DIESER. v. a. To arm the Clef with Sharps, thereby altering the order and placement of major semitones, or to give an accidental Sharp to certain Notes, whether for Melody or Modulation. (See SHARP)
DIESIS, s. m. C'est, selon le vieux Bacchius, le plus [209] petit Intervalle de l'ancienne Musique. Zarlin dit que Philolaus Pythagoricien, donna le nom de Diésis au Limma ; mais il ajoute peu après que le Diésis de Pythagore est la différence du Limma & de l'Apotome. Pour Aristoxène, il divisoit sans beaucoup de façons le Ton en deux parties égales ; ou en trois, ou en quatre. De cette derniere division résultoit le Dièse enharmonique mineur ou Quart-de-Ton ; de la seconde, le Dièse mineur chromatique ou le tiers d'un Ton ; & de la troisieme, le Dièse majeur qui faisoit juste un demi-Ton.
DIESIS, s. m. According to the ancient Bacchius, this is the [209] smallest Interval in early music. Zarlino states that Philolaus the Pythagorean named the Limma as "Diésis," yet adds that Pythagoras's Diésis denotes the difference between the Limma and the Apotome. Aristoxenus, however, divided the Tone straightforwardly into two, three, or four equal parts. From this fourth division emerged the enharmonic minor Diesis or quarter-tone; from the second, the chromatic minor Diesis (a third of a Tone); and from the third, the major Diesis constituting precisely a semitone.
DISE ou DIESIS, chez les Modernes, n'est pas proprement, comme chez les Anciens, un Intervalle de Musique ; mais un sigue de cet Intervalle, qui marque qu'il faut élever le Son de la Note devant laquelle il se trouvé, au-dessus de celui qu'elle devroit avoir naturellement ; sans cependant la faire changer de Degré ni même de nom. Or comme cette élévation se peut faire du moins de trois manieres dans les Genres établis, il ya trois sortes de Dièses ; savoir,
DISE or DIESIS, among Moderns, is not strictly an Interval as with the Ancients, but a sign indicating that the Note preceding it must be raised above its natural pitch without altering its Degree or name. As this elevation can occur in at least three ways within established Genres, there are three types of Sharps:
1º. Le Dièse enharmonique mineur ou simple Dièse, qui se figure par une croix de Saint André, ainsi. Selon tous nos Musiciens, qui suivent la pratique d'Aristoxène, il éleve la Note d'un Quart-de-Ton ; mais il n'est proprement que l'excès du semi-Ton majeur sur le semi-Ton mineur. Ainsi du mi naturel au fa Bémol, il y a un Dièse enharmonique dont le rapport est de 125 à 128.
1º. The enharmonic minor Sharp or simple Sharp, marked by a Saint Andrew's cross (†), raises the Note by a quarter-tone. Following our Musicians—adherents of Aristoxenian practice—it represents the excess of the major semitone over the minor. Thus, from natural mi to fa Flat lies an enharmonic Sharp with a ratio of 125 to 128.
2º. Le Dièse chromatique, double Dièse ou Dièse ordinaire, marque par une double croix éleve la Note d'un [210] semi-Ton mineur. Cet Intervalle est égal à celui du Bémol ; c'est-à-dire ; la différence du semi-Ton majeur au Ton mineur: ainsi, pour monter d'un Ton depuis le mi naturel, il faut passer au fa Dièse. Le rapport de ce Dièse est de 24 à 25. Voyez sur cet Article une remarque essentielle au mot semi-Ton.
2º. The chromatic Sharp, double Sharp, or ordinary Sharp (‡), elevates the Note by a [210] minor semitone. This Interval equals that of the Flat—i.e., the difference between the major semitone and the minor Tone. To ascend a Tone from natural mi, one moves to fa Sharp. Its ratio is 24 to 25. (See a crucial remark under SEMI-TONE.)
31. LeDièse enharmonique majeur ou triple Dièse, marque par une croix triple éleve, selon les Aristoxéniens, la Note d'environ trois quarts de Ton. Zarlin dit qu'il l'éleve d'un semi-Ton mineur ; ce qui ne sauroit s'entendre de notre semi-Tan, puisqu'alors ce Dièse ne différeroit en rien de notre Dièse chromatique.
3º. The enharmonic major Sharp or triple Sharp (‡‡), per Aristoxenians, raises the Note by approximately three-quarters of a Tone. Zarlino claims it elevates by a minor semitone—a description incompatible with our semitone system, as it would conflate this Sharp with the chromatic Sharp.
De ces trois Dièses, dont les Intervalles étoient tous pratiqués dans la Musique ancienne, il n'y a plus que le chromatique qui soit en usage dans la nôtre, l'Intonation des Dièses enharmoniques étant pour nous d'une difficulté presque insurmontable, & leur usage étant d'ailleurs aboli par notre systême tempéré.
Of these three Sharps—all practiced in ancient music—only the chromatic remains in use today. The intonation of enharmonic Sharps poses near-insurmountable difficulty, and their utility has been abolished by our tempered system.
Le Dièse, dé même que le Bémol, se place toujours à gauche, devant la Note qui le doit porter ; & devant ou après le chiffre, il signifie la même chose que devant une Note. (Voyez CHIFFRES.) Les Dièses qu'on mêle parmi les Chiffres de la Basse-continue, ne sont Couvent que de simples croix comme le Dièse enharmonique: mais cela ne sauroit causer d'équivoque, puisque celui-ci n'est plus en, usage.
The Sharp, like the Flat, is always placed to the left of the Note it modifies. Whether preceding or following a numeral in figured bass, it carries the same meaning. (See FIGURES.) Sharps interspersed among continuo bass numerals often appear as simple crosses (†), akin to the obsolete enharmonic Sharp—a harmless ambiguity, given its disuse.
Il y a deux manieres d'employer le Dièse: l'une accidentelle, quand dans le cours du Chant on le placé à la gauche, [211] d'une Note. Cette Note dans les Modes majeurs se trouvé le plus communément la quatrieme du Ton ; dans les Modes mineurs, il faut le plus souvent deux Dièse accidentels, sur-tout en montant ; savoir, un sur la sixieme Note, & un autre sur la septieme. Le Dièseaccidentel n'altere que la Note qui le suit immédiatement; ou, tout au plus, celles qui dans la même Mesure se trouvent sur le même Degré, & quelquefois à l'Octave, sans aucun signe contraire.
There are two ways to employ the sharp: one accidental, when in the course of the melody it is placed to the left [211] of a note. This note in major modes most commonly becomes the fourth degree of the Tone; in minor modes, two accidentals are often required, especially ascending — namely, one on the sixth degree and another on the seventh. The accidental sharp alters only the note immediately following it, or at most those within the same measure on the same degree, and sometimes at the octave, without any contradictory sign.
L'autre maniere est d'employer le Dièse à la Clef, & alors il agit dans toute la suite de l'Air & sur toutes les Notes qui sont placées sur le même Degré ou est le Dièse, à moins qu'il ne soit contrarié par quelque Bémol ou Béquarre, ou bien que la Clef ne change.
The other method is to place sharps at the clef, where they affect all subsequent notes in the piece positioned on the same degree as the sharp, unless contradicted by a flat, natural, or clef change.
La position des Dièses à la Clef n'est pas arbitraire, non plus que celle des Bémols; autrement les deux semi-Tons de l'Octave seroient sujets à se trouver entr'eux hors des Intervalles prescrits. Il faut donc appliquer aux Dièses un raisonnement semblable à celui que nous avons fait au mot Bémol, & l'on trouvera que l'ordre des Dièses qui convient à la Clef est celui des Notes suivantes, en commençant par fa & montant successivement de Quinte, ou descendant de Quarte jusqu'au la, auquel on s'arrête ordinairement, parce que le Diésé du mi, qui le suivroit, ne différé point du sa sur nos Claviers.
The placement of sharps at the clef is not arbitrary, any more than that of flats; otherwise, the two semitones within the octave risk violating prescribed intervals. We must apply reasoning similar to that used for flats (see BÉMOL) and find that the proper order of sharps at the clef follows these ascending fifths (or descending fourths), starting from F and proceeding to A, where we typically halt — since sharping E becomes indistinguishable from F natural on our keyboards.
[212] ORDRE DES DIESES A LA CLEF. Fa, Ut, Sol, Re, La, &c.
[212] ORDER OF SHARPS AT THE CLEF: F, C, G, D, A, &c.
Il faut remarquer qu'on ne sauroit employer un Dièse à la Clef sans employer aussi ceux qui le précedent; ainsi le Dièse de l'ut ne se pose qu'avec celui du fa; celui du sol qu'avec les deux précédens, &c.
Note that no sharp may appear at the clef without including all preceding ones: thus, the C sharp requires the prior F sharp; the G sharp demands both prior sharps, &c.
J'ai donne, au mot Clef transposée, une formule pour trouver tout d'un coup si un Ton ou Mode doit porter des Dièses à la Clef, & combien.
I have provided, under the entry for Transposed Clef, a formula to instantly determine whether a key or mode requires sharps at the clef, and how many.
Voilà l'acception du mot Dièse, & son usage, dans la pratique. Le plus ancien manuscrit ou j'en aie vu le signe employé, est celui de Jean de Muris; ce qui me fait croire qu'il pourroit bien être en invention. Mais il ne paroît avoir, dans ses exemples, que l'effet du Béquarre: aussi cet Auteur donne-t-il toujours le nom de Dièse au semi-Ton majeur.
Such is the accepted meaning and practical use of the sharp. The oldest manuscript where I have observed its sign employed is that of Jean de Muris, suggesting it may be his invention. Yet in his examples, it appears equivalent to the natural sign. This author also consistently uses "sharp" to denote the major semitone.
On appelle Dièse, dans les calculs harmoniques, certains Intervalles plus grands qu'un Comma & moindres qu'un semi Ton, qui sont la différence d'autres Intervalles engendrés par les progressions & rapports des Consonnances. Il y a trois de ces Dieses. 1o. le Dièse majeur, qui est la différence du semi-Ton majeur au semi-Ton mineur, & dont le rapport est de 125 à 128. 2o. le Dièse mineur, qui est la différence du semi-Ton mineur au Dièse majeur, & en rapport de 3072 à 3125. 3. & le Dièse maxime, en rapport de 243 à 250, qui est la différence du Ton mineur au semi- Ton maxime.. (Voyez SEMI-TON.)
In harmonic calculations, "diesis" refers to intervals greater than a comma but smaller than a semitone — being the difference between intervals generated by consonance ratios. Three such dieses exist: 1o. The major diesis (125:128), difference between major and minor semitones; 2o. The minor diesis (3072:3125), difference between minor semitone and major diesis; 3o. The maximal diesis (243:250), difference between minor tone and maximal semitone. (See SEMITONE.)
[213] Il faut avouer que tant d'acceptions diverses du même mot dans le même Art, ne sont gueres propres qu'à causer de fréquentes équivoques, & à produire un embrouillement continuel.
[213] We must concede that such diverse meanings of a single term within one art breed frequent ambiguities and perpetual confusion.
DIEZEUGMENON, génit. fém. plur. Tétracorde Diezeugmenon ou des Séparées, est le nom que donnoient les Grecs à leur troisieme Tétracorde, quand il étoit disjoint d'avec le second. (Voyez TÉTRACORDE.)
DIEZEUGMENON, gen. fem. pl. The Diezeugmenon Tetrachord or "Disjunct Tetrachord" was the Greeks' third tetrachord when separated from the second. (See TETRACHORD.)
DIMINUE, adj. Intervalle diminué est tout Intervalle mineur dont on retranche un semi- Ton par un Dièse d la Note inférieure, ou par un Bémol à la supérieure. A l'égard des Intervalles justes que forment les Consonnances parfaites, lorsqu'on les diminue d'un semi-Ton l'on ne doit point les appeller Diminués, mais Faux; quoiqu'on dise quelquefois mal-à-propos Quarte diminuée, au lieu de dire Fausse-Quarte, & Octave Diminuée, au lieu de dire Fausse-Octave.
DIMINISHED, adj. A diminished interval is any minor interval reduced by a semitone — through sharping the lower note or flatting the upper. As for perfect consonances reduced by a semitone, they should not be called "diminished" but out-of-tune, though some improperly say "diminished Fourth" instead of "False Fourth," or "diminished Octave" for "False Octave."
DIMINUTION, s. f. Vieux mot, qui signifioit la division d'une Note longue, comme une Ronde ou une Blanche, en plusieurs autres Notes de moindre valeur. On entendoit encore parce mot tous les Fredons & autres passages qu'on a depuis appellés Roulemens ou Roulades. (Voyez ces mots)
DIMINUTION, n. f. Old term denoting the division of a long note, such as a Whole or Half note, into several shorter-value notes. This word also encompassed all Fredons and ornamental passages later called Roulemens or Roulades. (See these entries)
DIOXIE, s. f. C'est, au rapport de Nicomaque, un nom que les Anciens donnoient quelquefois à la Consonnance de la Quinte, qu'ils appelloient plus communément Diapente. (Voyez DIAPEΝΤΕ.)
DIOXIE, n. f. As reported by Nicomachus, an ancient name occasionally given to the consonance of the Fifth, more commonly called Diapente. (See DIAPENTE.)
DIRECT, adj. Un Intervalle direct est celui qui fait un [214] Harmonique quelconque sur le Son fondamental qui le produite. Ainsi la Quinte, la Tierce majeure, l'Octave, & leurs Répliques sont rigoureusement les seuls Intervalles directs: mais par extension l'on appelle encore Intervalles directs tous les autres, tant consonnans que dissonans, que fait chaque Partie avec le Son fondamental pratique, qui est ou doit être au-dessous d'elle; la Tierce mineure est un Intervalle direct sur un Accord en Tierce mineure, & de même la Septieme ou la Sixte-ajoutée sur les Accords qui portent leur nom.
DIRECT, adj. A direct interval is one forming any [214] harmonic with the fundamental tone that generates it. Thus the Fifth, Major Third, Octave, and their replicas are strictly the only direct intervals. By extension, however, all other intervals—both consonant and dissonant—formed by each part with the underlying fundamental (whether real or implied) are also termed direct. For example, a minor third becomes a direct interval over a minor-third chord, as does a seventh or added sixth over their respective chords.
Accord direct est celui qui a le Son fondamental au grave & dont les Parties sont distribuées, non pas selon leur ordre le plus naturel, mais selon leur ordre le plus rapproché. Ainsi l'Accord parfait direct n'est pas Octave, Quinte & Tierce, mais Tierce, Quinte & Octave.
A direct chord is one where the fundamental lies in the bass, with parts arranged not in their most natural order but in closest spacing. Thus the direct perfect chord is not Octave, Fifth, and Third, but Third, Fifth, and Octave.
DISCANT ou DÉCHANT, s. m. C'étoit, dans nos anciennes Musiques, cette espece de Contre-point que composoient sur-le-champ les Parties supérieures en chantent impromptu sur le Tenor ou le Basse; ce qui fait juger de la lenteur avec laquelle devoit marcher la Musique, pour pouvoir être exécutée de cette maniere par des Musiciens aussi peu habiles que ceux de ce tems-là. Discantat, dit Jean de Muris, qui simul cum uno vel pluribus dulciter cantat, ut ex distinctis Sonis Sonus unus fiat, non unitate simplicitatis, sed dulcis concordisque mixtionis unione. Après avoir explique ce qu'il entend par Consonnances, & le choix qu'il convient de faire entre'elles, il reprend aigrement les Chanteurs de son tems qui les pratiquoient presque indifféremment.
DISCANT or DÉCHANT, n. m. In early Western music, this referred to improvised counterpoint composed extemporaneously by upper voices over a Tenor or bass line—a practice revealing both the slow tempo required for such impromptu harmonizing and the limited skill of musicians in that era. Jean de Muris defines it: "Discantat, he says, who sings sweetly with one or more others, so that from distinct sounds a single sound emerges—not through simplicity, but through the union of sweet and concordant blending." After expounding on consonances and their proper selection, he sharply criticizes contemporary singers who applied them indiscriminately:
[512 sic.] [215] «De quel front, dit-il, si nos Regles sont bonnes, osent Déchanter ou composer le Discant, ceux qui n'entendent rien au choix des Accords, qui ne se doutent pas même de ceux qui sont plus ou moins concordans, qui ne savent ni desquels il faut s'abstenir, ni desquels on doit user le plus fréquemment, ni dans quels lieux il les faut employer, ni rien de ce qu'exige la pratique de l'Art bien entendu? S'ils rencontrent, c'est par hasard; leurs Voix errent sans regle sur le Tenor: qu'elles s'accordent, si Dieu le veut; ils jettent leurs Sons à l'aventure, comme la pierre que lance au but une main mal-adroite, & qui de cent fois le touche à peine une.» Le bon Magister Muris apostrophe ensuite ces corrupteurs de la pure & simple Harmonie, dont son siecle abondoit ainsi que le nôtre. Heu! proh dolor! His temporibus aliqui suum defectum inepto proverbio colorare moliuntur. Iste est, inquiunt, novus discantandi modus, novis scilicet uti consonantiis. Offendunt ii intellectum eorum qui tales defectus agnoseunt, offendunt sensum; nam inducere cum deberent delectationem, adducunt tristitiam.O incongruum proverbium! mala coloratio! irrationabilis excusatio! magnus abusus, magna ruditas, magna bestialitas, ut asinus sumatur pro homine, capra pro leone, ovis pro pisce, serpens pro salmon! Sic enim con cordiae confunduntur cum discordiis, ut nullatenus una distinguatur ab alia.! si antiqui periti Musicae doctores tales audissent Discantatores, quid dixissent? Quid fecissent? Sic discantantem increparent, & dicerent: Non hunc discantum quo uteris de me sumis. Non tuum cantum unum & concordantem [216] cum me facis. De quo te intromittis? Mihi non congruis, mihi adversarius, scandalum tu mihi es; ô utinam taceras! Non concordas, fed deliras & discordas.
[512 sic.] [215] "By what right," he asks, "do those who grasp neither the choice of chords nor their relative consonance dare to improvise discant? They wander aimlessly over the Tenor, casting forth tones like stones hurled at random by an unskilled hand—hitting the mark barely once in a hundred attempts." The venerable Magister Muris then rebukes these corruptors of pure harmony—plague of his age as of ours: "Alas! They cloak their ineptitude with the empty proverb: 'This is the new discanting style, using novel consonances.' Yet they assault both intellect and sensibility, bringing grief where delight should reign. What monstrous confusion—ass taken for man, goat for lion, sheep for fish, serpent for salmon! So thoroughly do they mingle concord with discord that none may distinguish them. Had the ancient masters heard such 'discanters,' how they would have thundered: 'Your noise is no descant of mine! You clash where you should unite. Meddle not in what you comprehend not—you are my adversary, my scandal! Would you had kept silent! You harmonize not, but rave and discord."
DISCORDANT, adj. On appelle ainsi tout Instrument dont on joue & qui n'est pas d'accord,toute voix qui chante faux, toute Partie qui ne s'accorde pas avec les autres. Une Intonation qui n'est pas juste fait un Ton faux. Une suite de Tons faux fait un Chant discordant; c'est la différence de ces deux mots.
DISCORDANT, adj. This term applies to any instrument being played that is out of tune, any voice singing off-key, or any part failing to align with others. An imprecise intonation produces False Pitch. A succession of such false pitches creates Discordant Melody – this being the distinction between these two terms.
DISDIAPASON, s. m. Nom que donnoient les Grecs à l'Intervalle que nous appellons double Octave.
DISDIAPASON, s. m. Name given by the Greeks to the interval we call the double octave.
Le Disdiapason est à-peu-près la plus grande étendue que puissent parcourir les voix humaines sans se forcer; il y en a même assez peu qui l'entonnent bien pleinement. C'est pourquoi les Grecs avoient borné chacun de leurs Modes à cette étendue & lui donnoient le nom de Systême parfait. (Voy. MODE, GENRE, SYSTÈME.)
The Disdiapason roughly represents the greatest range human voices can traverse without strain; few singers indeed command its full breadth. Hence the Greeks confined each of their Modes within this compass, designating it as the perfect System. (See MODE, GENRE, SYSTEM.)
DISJOINT, adj. Les Grecs donnoient le nom relatif de Disjoints à deux Tétracordes qui se suivoient immédiatement, lorsque la corde la plus grave de l'aigu étoit un Ton au-dessus de la plus aiguë du grave, au lieu d'être la même. Ainsi les deux Tétracordes Hypaton & Diezeugménon étoient Disjoints, & les deux Tétracordes Synnéménon & Hyperboléon l'étoient aussi. (Voyez TÉTRACORDE.)
DISJOINT, adj. The Greeks used this relative term for two tetrachords following consecutively when the lowest note of the upper tetrachord lay a whole tone above the highest note of the lower, rather than being identical. Thus the Hypaton and Diezeugménon tetrachords were Disjoint, as were the Synnéménon and Hyperboléon tetrachords. (See TETRACHORD.)
On donne, parmi nous, le nom de Disjonts aux Intervalles qui ne se suivent pas immédiatement, mais sont sépares par un autre Intervalle. Ainsi ces deux Intervalles ut mi & sol si sont Disjoints. Les Degrés qui ne sont pas [217] conjoints, mais qui sont composes, de deux ou plusieurs Degrés conjoints, s'appellent aussi Degrés Disjoints. Ainsi chacun des deux Intervalles dont je viens de parler forme un Degré Disjoint.
In modern usage, we apply "Disjoint" to intervals not immediately successive but separated by another interval. Thus the intervals C-E and G-B are Disjoint. Similarly, non-consecutive scale degrees composed of two or more conjunct steps are termed Disjoint Degrees. Each of the aforementioned intervals constitutes a Disjoint Degree.
DISJONCTION. C'étoit, dans l'ancienne Musique, l'espace qui séparoit la Mèse de la Paramèse, ou en général un Tétracorde du Tétracorde voisin, lorsqu'ils n'étoient pas conjoints. Cet espace étoit d'un Ton, & s'appelloit en Grec Diazeuxis.
DISJUNCTION. In ancient music theory, this denoted the space separating the Mese from the Paramese, or more generally, one tetrachord from its neighbor when not conjoined. This interval spanned a whole tone and was called Diazeuxis in Greek.
DISSONANCE, f. s. Tout Son qui forme avec un autre, un Accord désagréable à l'oreille, ou mieux, tout Intervalle qui n'est pas consonnant. Or, comme il n'y a point d'autres Consonnances que celles que forment entr'eux & avec le fondamental les Sons de l'Accord parfait, il s'ensuit que tout autre Intervalle est une véritable Dissonance: même les Anciens comptoient pour telles les Tierces & les Sixtes, qu'ils retranchoient des Accords consonnans.
DISSONANCE, f. s. Any sound forming an unpleasant chord with another, or more precisely, any interval lacking consonance. As only those intervals formed by the perfect chord's constituent tones (both among themselves and with the fundamental) qualify as consonances, all other intervals constitute true Dissonance. Even the Ancients classified thirds and sixths as such, excluding them from consonant chords.
Le terme de Dissonance vient de deux mots, l'un Grec, l'autre Latin, qui signifient sonner à double. En effet, ce qui rend la Dissonance désagréable, est que les Sons qui la forment, loin de s'unir à l'oreille, se repoussent, pour ainsi dire, & sont entendus par elle comme deux Sons distincts, quoique frappés à la fois.
The term Dissonance derives from Greek and Latin roots meaning "to sound doubly." Indeed, what renders dissonance disagreeable is that its constituent tones repel rather than blend in the ear – perceived as two distinct sounds despite simultaneous production.
On donne le nom de Dissonance, tantôt à l'intervalle & tantôt à chacun des deux Sons qui le forment. Mais quoique deux Sons dissonent entr'eux, le nom de Dissonance se donne plus spécialement à celui des deux qui est étranger à l'Accord. [218] Il y a une infinité de Dissonances possibles; mais comme dans la Musique on exclud tous les Intervalles que le Systême reçu ne fournit pas, elles se réduisent à un petit nombre; encore pour la pratique ne doit-on choisir parmi celles-là que celles qui conviennent au Genre & au Mode, & enfin exclure même de ces dernieres celles qui ne peuvent s'employer selon les regles prescrites. Quelles sont ces regles? Ont-elles quelque fondement naturel, ou sont-elles purement arbitraires? Voilà ce que je me propose d'examiner dans cet Article.
Dissonance refers both to the interval itself and to its constituent tones. Though both tones dissonate against each other, the term applies particularly to the tone foreign to the prevailing chord. [218] Infinite dissonances are theoretically possible, but musical practice excludes all intervals beyond the established system. These reduce to a limited number, further constrained by requirements of Genre and Mode. Even among permissible dissonances, many must be excluded according to prescribed rules. What foundation underlies these rules – natural law or arbitrary convention? This I propose to examine herein.
Le principe physique de l'Harmonie se tire de la production de l'Accord parfait par la résonnance d'un Son quelconque: toutes les Consonnances en naissent, & c'est la Nature même qui les fournit. Il n'en va pas ainsi de la Dissonance, du moins telle que nous la pratiquons. Noustrouvons bien, si son veut, sa génération dans les progressions des Intervalles consonnans & dans leurs différences; mais nous n'appercevons pas de raison physique qui nous autorise à l'introduire dans le corps même de l'Harmonie. Le P. Mersenne se contente de montrer la génération par le calcul & les divers rapports des Dissonances, tant de celles qui sont rejetées, que de celles qui sont admises; mais il ne dit rien du droit de les employer. M. Rameau dit en termes formels, que la Dissonance n'est pas naturelle à l'Harmonie, & qu'elle n'y peut être employée que par le secours de l'Art, Cependant, dans un autre Ouvrage, il essaye d'en trouver le principe dans les rapports des nombres & les proportions harmonique & arithmétique, comme s'il y avoit quelque [219] identité entre les propriétés de la quantité abstraite & les sensations de l'ouïe. Mais après avoir bien épuisé des analogies, après bien des métamorphoses de ces diverses proportions les unes dans les autres, après bien des opérations & d'inutiles calculs, il finit par établir, sur de légeres convenances, la Dissonance qu'il s'est tant donne de peine à chercher. Ainsi, parce que dans l'ordre des Sons harmoniques la proportion arithmétique lui donne, par les longueurs des cordes, une Tierce mineure au grave, (remarquez qu'elle la donne à l'aigu par le calcul des vibrations) il ajoute au grave de la sous-Dominante une nouvelle Tierce mineure. La proportion harmonique lui donne une Tierce mineure à l'aigu, (elle la donneroit au grave par les vibrations) & il ajoute à l'aigu de la Dominante une nouvelle Tierce mineure. Ces Tierces ainsi ajoutées ne sont point, il est vrai, de proportions avec les rapports précédens; les rapports mêmes qu'elles devroient avoir se trouvent altérés; mais n'importe: M. Rameau fait tout valoir pour le mieux; la proportion lui sert pour introduire la Dissonance, & le défaut de proportion pour la faire sentir.
The physical principle of Harmony derives from the perfect chord's generation through a sounding body's resonance – nature herself provides these consonances. Not so with Dissonance, at least as we employ it. While we may trace its genesis through consonant interval progressions and their differentials, we find no physical rationale justifying its inclusion in harmonic structure. Father Mersenne merely demonstrates dissonance generation through mathematical ratios, both accepted and rejected, while remaining silent on their legitimate use. Mr. Rameau categorically states that Dissonance is unnatural to Harmony, requiring artful introduction. Yet elsewhere he attempts grounding it in numerical proportions and harmonic/arithmetic means – as if abstract quantity could govern aural sensation. After exhausting analogies, transmuting proportions through vain calculations, he ultimately establishes dissonance through tenuous conveniences rather than natural principles. Thus, because the arithmetic progression (via string lengths) yields a minor third below the Subdominant (though vibration calculations place it above), he adds another minor third below. The harmonic proportion gives a minor third above (vibrationally below), so he adds another above the Dominant. These added thirds lack proportional relation to existing intervals – their ratios become distorted – yet Mr. Rameau presses them into service. Proportions justify dissonance's introduction; disproportions justify its perception.
L'illustre Géometre qui a daigné interpréter au Public le Systême de M. Rameau, ayant supprimé tous ces vains calculs, je suivrai son exemple, ou plutôt je transcrirai ce qu'il dit de la Dissonance, & M. Rameau me devra des remercîmens d'avoir tiré cette explication, des Elémens de Musique, plutôt que de ses propres écrits.
The illustrious Geometer [d'Alembert] who deigned to interpret Mr. Rameau's system for the public having excised these vain calculations, I shall follow his example – or rather transcribe his explanation of Dissonance from Elements of Music. Mr. Rameau owes me thanks for preferring this source to his own writings.
Supposant qu'on connoisse les cordes essentielles du Ton selon le Systême de M. Rameau; savoir, dans le Ton d'ut, [220] la Tonique ut, la Dominante sol & la sous-Dominante fa, on doit savoir aussi que, ce même Ton d'ut a les deux cordes ut & sol communes avec le Ton de sol, & les deux cordes ut & fa communes avec le Ton de fa. Par conséquent cette marche de Basse ut sol petit appartenir au Ton d'ut ou au Ton de sol, comme la marche de Basse fa ut ou ut fa, peut appartenir au Ton d'ut ou au Ton de fa. Donc, quand on paisse d'ut à fa ou à sol dans une Basse-fondamentale, on ignore encore jusques-là dans quel Ton l'on est. Il seroit pourtant avantageux de le savoir & de pouvoir, par quelque moyen, distinguer le générateur de ses Quintes.On obtiendra cet avantage en joignant ensemble les Sons sol & fa dans une même Harmonie; c'est-à-dire, en joignant à l'Harmonie sol si re de la Quinte sol l'autre Quinte fa, en cette maniere sol si re fa: ce fa ajouté étant la Septieme de sol fait Dissonance: c'est pour cette raison que l'Accord sol si re fa est appellé Accord dissonant ou Accord de Septieme. Il sert à distinguer la Quinte sol du générateur ut, qui porte toujours, sans mélange & sans altération, l'Accord parfait ut mi sol ut, donne par la nature même. (Voyez ACCORD, CONSONNANCE, HARMONIE). Par-là on voit que, quand on passe d'ut à sol, on passe en même tems d'ut à fa, parce que le fa se, trouvé compris dans l'Accord de sol, & le Ton d'ut se trouvé, par ce moyen, entiérement déterminé, parce qu'il n'y a que ce Ton seul auquel les Sons fa & sol appartiennent à la fois.
Assuming one knows the essential chords of the Key according to Mr. Rameau's system – namely, in the key of C, [220] the tonic C, the dominant G, and the subdominant F – one must also recognize that this same key of C shares the two chords C and G with the key of G, and the two chords C and F with the key of F. Consequently, this bass progression C-G could belong to the key of C or the key of G, just as the bass progression F-C or C-F could belong to the key of C or the key of F. Thus, when moving from C to F or G in a fundamental bass, one remains uncertain of the key until that point. Yet it would be advantageous to determine this and distinguish the generator of these fifths by some means. This clarity may be achieved by combining the notes G and F within a single harmony – that is, by adding the other fifth F to the G-B-D harmony of the fifth G, resulting in G-B-D-F. This added F, being the seventh of G, creates a dissonance. For this reason, the chord G-B-D-F is called a dissonant chord or seventh chord. It serves to distinguish the fifth G from the generator C, which inherently carries the unaltered perfect chord C-E-G-C as given by nature itself. (See CHORD, CONSONANCE, HARMONY.) Through this, we observe that when moving from C to G, one simultaneously transitions to F, since F is embedded within the G chord. Thus, the key of C becomes fully determined, as no other key concurrently contains both F and G.
Voyons; maintenant, continue M. d'Alembert, ce que nous ajouterons à l'Harmonie fa la ut de la Quinte fa au-dessous [221] du générateur, pour distinguer cette Harmonie de celle de ce même générateur. Il semble d'abord que l'on doive y ajouter l'autre Quinte sol, afin que le générateur ut passant à fa, passe en même tems à sol, & que le Ton soit déterminé par-là: mais cette introduction de sol dans l'Accord fa la ut, donneroit deux Secondes de suite, fa sol, sol la, c'est-à-dire, deux Dissonances dont l'union seroit trop désagréable à l'oreille; inconvénient qu'il faut éviter car si, pour distinguer le Ton, nous altérons l'Harmonie de cette Quinte fa, il ne faut l'altérer que le moins qu'il est possible.
"Let us now examine," continues M. d'Alembert, "what we shall add to the F-A-C harmony of the fifth F below [221] the generator to distinguish this harmony from that of the generator itself. At first glance, one might propose adding the other fifth G, so that the generator C passing to F simultaneously transitions to G, thereby fixing the key. Yet introducing G into the F-A-C chord would produce two consecutive seconds – F-G and G-A – i.e., two dissonances whose union would grate harshly upon the ear. Such an offense must be avoided, for if we alter the harmony of this fifth F to determine the key, we must do so with minimal disruption.
C'est pourquoi, au lieu de sol, nous prendrons sa Quinte re, qui est le Son qui en approche le plus; & nous aurons pour la sous-Dominante fa l'Accord fa la ut re, qu'on appelle Accord de Grande-Sixte, ou Sixte-ajoutée.
Therefore, instead of G, we shall take its fifth D, the closest neighboring note. This yields for the subdominant F the chord F-A-C-D, termed the added sixth chord or chord of the major sixth.
Un peut remarquer ici l'analogie qui s'observe entre l'Accord de la Dominante sol, & celui de la sous-Dominante fa.
One may note here the analogy maintained between the dominant G chord and the subdominant F chord.
La Dominante sol, en montant au-dessus du générateur, a un Accord tout composé de Tierces en montant depuis sol; sol si re fa. Or la sous-Dominante fa étant au-dessous, du générateur ut, on trouvera, en descendant d'ut vers fa par Tierces, ut la fa re, qui contient les mêmes Sons que l'Accord fa la ut re donne à la sous-Dominante fa.
The dominant G, ascending above the generator, forms a chord entirely composed of ascending thirds from G: G-B-D-F. Conversely, the subdominant F lying below the generator C descends from C toward F via thirds: C-A-F-D, which contains the same notes as the F-A-C-D chord assigned to the subdominant F.
On voit de plus, que l'altération de l'Harmonie des deux: Quintes ne consiste que dans la Tierce mineure re fa, cru fa re, ajoutée de part & d'autre a l'Harmonie de ces deux Quintes.
Furthermore, we observe that the alteration to the harmony of both fifths consists solely in adding the minor third D-F (or F-D) to each of these fifths' harmonies.
[222] Cette explication est d'autant plus ingénieuse, qu'elle montre à la fois l'origine, l'usage, la marche de la Dissonance, son rapport intime avec le Ton, & le moyen de déterminer réciproquement l'un par l'autre. Le défaut que j'y trouvé, mais défaut essentiel qui, fait tout crouler, c'est l'emploi d'une corde étrangere au Ton, comme corde essentielle du Ton; & cela par une fausse analogie qui, servant de base au Systême de M. Rameau, le détruit en s'évanouissant.
[222] This explanation proves all the more ingenious by simultaneously revealing the origin, usage, progression of dissonance, its intrinsic relation to the key, and the reciprocal means of determination. The flaw I perceive – yet an essential flaw that topples the entire edifice – lies in employing a foreign chord as an essential chord of the key through a false analogy. This analogy, serving as the foundation of Mr. Rameau's system, collapses upon vanishing.
Je parle de cette Quinte au-dessous de la Tonique, de cette sous-Dominante entre laquelle & la Tonique on n'apperçoit pas la moindre liaison qui puisse autoriser l'emploi de cette sous-Dominante, non-seulement comme corde essentielle du Ton, mais même en quelque qualité que ce puisse être. En effet, qu'y a-t-il de commun entre la résonnance, le frémissement des Unissons d'ut, & le Son de sa Quinte en dessous? Ce n'est point parce que la corde entiere est un fa, que ses aliquotes résonnent au Son d'ut, mais parce qu'elle est un multiple de la corde ut, & il n'y a aucun des multiples de ce même ut qui ne donne un semblable phénomene. Prenez le septuple, il frémira & résonnera dans ses Parties ainsi que le triple; est-ce à dire que le Son de ceseptuple ou ses Octaves soient des cordes essentielles du Ton? Tant s'en faut, puisqu'il ne forme pas même avec la Tonique un rapport commensurable en Notes.
I speak of this Fifth below the Tonic – this Subdominant between which and the Tonic one perceives not the slightest connection that could authorize the use of this Subdominant, not only as an essential chord of the Tone, but even in any conceivable capacity. Indeed, what commonality exists between the resonance, the vibration of the ut Unisons, and the sound of its lower Fifth? It is not because the entire string is an fa that its aliquot parts resonate with the ut sound, but because it is a multiple of the ut string; and there is no multiple of this same ut that would not produce a similar phenomenon. Take the septuple – it will vibrate and resonate through its Parts just as the triple does. Does this imply that the sound of this septuple or its Octaves are essential chords of the Tone? Far from it, since it does not even form a commensurable proportional relationship in notes with the Tonic.
Je sais que M. Rameau a prétendu qu'au Son d'une corde quelconque, une autre corde à sa douzieme en dessous frémissoit sans résonner; mais, outre que c'est un étrange phénomene en acoustique qu'une corde sonore qui vibre & ne [223] résonne pas, il est maintenant reconnu que cette prétendue expérience est une erreur, que la corde grave frémit parce qu'elle se partage, & qu'elle paroît ne pas résonner parce qu'elle ne rend dans ses Parties que l'Unisson de l'aigu, qui ne se distingue pas aisément.
I know that M. Rameau claimed that to the sound of any given string, another string at its twelfth below would vibrate without resonating. But beyond this being a strange acoustic phenomenon – a sonorous string that vibrates yet [223] does not resonate – it is now recognized that this alleged experiment is erroneous: the low string vibrates because it divides itself, and appears not to resonate because its Parts only produce the Unison of the high string, which is not easily distinguished.
Que M. Rameau nous dise donc qu'il prend la Quinte en dessous, parce qu'il trouvé la Quinte en dessus, & que ce jeu des Quintes lui paroît commode pour établir son Systême; on pourra le féliciter d'une ingénieuse invention: mais qu'il ne l'autorise point d'une expérience chimérique, qu'il ne se tourmente point à chercher dans les renversemens des proportions harmonique & arithmétique les fondemens de l'Harmonie, ni à prendre les propriétés des nombres pour celles des Sons.
Let M. Rameau therefore tell us that he takes the Fifth below because he found the Fifth above, and that this play of Fifths seems convenient for establishing his system; one might congratulate him on an ingenious invention. But let him not justify it through chimerical experiments, nor torment himself seeking in the inversions of harmonic and arithmetic proportions the foundations of Harmony, nor mistake numerical properties for those of Sounds.
Remarquez encore que si la contre-génération qu'il suppose pouvoit avoir lieu, l'Accord de la sous-Dominante fa ne devroit point porter une Tierce majeure, mais mineure, parce que le la Bémol est l'Harmonique véritable qui lui
Note further that if the counter-generation he supposes could hold, the Subdominant fa chord should bear not a major third but a minor one, because the la-flat is the true harmonic assigned to it
1⁄1 1⁄3 1⁄5 best assigné par ce renversement ut fa laDe forte qu'à ce compte la Gamme du Mode majeur devroit avoir naturellement la Sixte mineure; mais elle l'a majeure, comme quatrieme Quinte, ou comme Quinte de la seconde Note: ainsi voilà encore une contradiction.
1⁄1 1⁄3 1⁄5 through this inversion ut fa la. So much so that by this account, the major mode Gamut should naturally have the minor sixth; yet it has the major sixth, as fourth Fifth or as Fifth of the second note – thus another contradiction.
Enfin, remarquez que la quatrieme Note donnée par la série des aliquotes, d'ou naît le vrai Diatonique naturel, n'est point l'Octave de la prétendue sous-Dominante dans le rapport de 4 à 3, mais une autre quatrieme Note toute différente dans [224] le rapport de 11 à 8, ainsi que tout Théoricien doit l'appercevoir au premier coup-d'oeil.
Finally, observe that the fourth note given by the series of aliquot parts – from which arises the true Natural Diatonic – is not the Octave of the alleged Subdominant in the 4:3 ratio, but an entirely different fourth note in the [224] 11:8 ratio, as any Theorist must perceive at first glance.
J'en appelle maintenant à l'expérience & à l'oreille des Musiciens. Qu'on écoute combien la Cadence imparfaite de la sous-Dominante à la Tonique est dure & sauvage, en comparaison de cette même Cadence dans sa place naturelle, qui est de la Tonique à la Dominante. Dans le premier cas, peut-on dire que l'oreille ne desire plus rien après l'Accord de la Tonique?
I now appeal to the experience and ear of musicians. Let one hear how harsh and crude the imperfect cadence from the Subdominant to the Tonic sounds compared to this same cadence in its natural place, which is from the Tonic to the Dominant. In the former case, can it be said that the ear desires nothing more after the Tonic chord?
N'attend-on pas, malgré qu'on en ait, une suite ou une fin? Or, qu'est-ce qu'une Tonique après laquelle l'oreille desire quelque chose? Peut-on la regarder comme une véritable Tonique, & n'est-on pas alors réellement dans le Ton de fa tandis qu'on pense être dans celui d'ut? Qu'on observe combien l'Intonation diatonique & successive de la quatrieme Note cet de la Note sensible, tant en montant qu'en descendant, paroît étrangere au Mode, & même pénible à la Voix. Si la longue habitude y accoutume l'oreille & la Voix du Musicien, la difficulté des Commençans à entonner cette Note doit lui-montrer assez combien elle est peu naturelle. On attribut cette difficulté aux trois Tons consécutifs: ne devroit-on pas voir que ces trois Tons consécutifs, de même que la Note qui les introduit, donnent une Modulation barbare qui n'a nul fondement dans la Nature? Elle avoit assurément mieux guidé les Grecs, lorsqu'elle leur fit arrêter leur Tétracorde précisément au mi de notre échelle; c'est-à-dire, à la Note qui précede cette quartrieme; ils aimerent mieux prendre cette quatrieme en dessous, & ils trouverent ainsi avec leur seule oreille, ce que toute notre théorie harmonique n'a pu encore nous faire appercevoir.
Does one not still expect, despite oneself, a continuation or conclusion? What then is a Tonic after which the ear desires something? Can it be considered a true Tonic, and are we not actually in the key of fa while believing ourselves to be in that of ut? Observe how the diatonic and successive intonation of the fourth note and the leading tone — whether ascending or descending — appears foreign to the Mode, even painful to the voice. If long habituation accustoms the musician's ear and voice to it, the difficulty beginners face in intoning this note should sufficiently reveal its unnaturalness. This difficulty is attributed to the three consecutive Tones: ought we not recognize that these three consecutive Tones, like the note introducing them, produce a barbarous modulation with no foundation in Nature? The Greeks were assuredly better guided when they halted their Tetrachord precisely at the mi of our scale — that is, at the note preceding this fourth. They preferred to take this fourth below, thus discovering through ear alone what our entire harmonic theory has yet to unveil.
[225] Si le témoignage de l'oreille & celui de la raison se réunissent, au moins dans le Systême donne pour rejetter la prétendue sous-Dominante, non-seulement du nombre des cordes essentielles du Ton, mais du nombre des Sons qui peuvent entrer dans l'Echelle du Mode, que devient toute cette théorie des Dissonances? que devient l'explication du Mode mineur? que devient tout le Systême de M. Rameau
[225] If the testimony of both ear and reason unite — at least within the given system — to reject the so-called Subdominant, not merely from the essential chords of the Key but even from the notes permissible in the Mode's scale, what becomes of this entire theory of Dissonances? What becomes of the explanation for the minor mode? What becomes of Mr. Rameau's entire system?
N'appercevant donc, ni dans la physique, ni dans le calcul, la véritable génération de la Dissonance, je lui cherchois une origine purement mécanique, & c'est de la maniere suivante que je tâchois de l'expliquer dans l'Encyclopédie, sans m'écarter du Systême pratique de M. Rameau.
Perceiving neither in physics nor in calculation the true generation of Dissonance, I sought for it a purely mechanical origin. It was in the following manner that I attempted to explain it in the Encyclopédie, without departing from Mr. Rameau's practical system.
Je suppose la nécessité de la Dissonance reconnue. (Voyez HARMONIE & CADENCE.) II s'agit de voir ou l'on doit prendre cette Dissonance & comment il faut l'employer.
I assume the necessity of Dissonance to be acknowledged. (See HARMONY and CADENCE.) The question lies in determining where to derive this Dissonance and how to employ it.
Si l'on compare successivement tous les Sons de l'Echelle Diatonique avec le Son fondamental dans chacun des deux Modes, on n'y trouvera pour toute Dissonance que la Seconde., & la Septieme., qui n'est qu'une Seconde renversée, & qui fait réellement Seconde avec l'Octave. Que la Septieme soit renversée de la Seconde, & non la Seconde de la Septieme, c'est ce qui est évident par l'expression des rapports: car celui de la Seconde & 8. 9. étant plus simple que celui de la Septieme 9. 16.l'Intervalle qu'il représente n'est pas, par conséquent, l'engendré, mais le générateur.
If one successively compares all notes of the Diatonic scale with the fundamental note in each of the two Modes, one will find no Dissonance other than the Second and the Seventh — the latter being merely an inverted Second that effectively forms a Second with the Octave. That the Seventh is the inversion of the Second, and not vice versa, is evident from the ratios: for the simpler ratio of the Second (8:9) compared to the Seventh (9:16) shows the former to be generative rather than generated.
Je sais bien que d'autres Intervalles altérés peuvent devenir [226] dissonans; mais si la Second ne. s'y trouvé pas exprimée ou sous-entendue, ce sont seulement des accidens de Modulation auxquels l'Harmonie n'a aucun égard, & ces Dissonances ne sont point alors traitées comme telles. Ainsi c'est une chose certaine qu'où il n'y a point de Seconde il n'y a point de Dissonance; & la Seconde est proprement la seule Dissonance qu'on puisse employer.
I am well aware that other altered intervals may become [226] dissonant; but unless the Second is expressed or implied therein, these are mere accidents of Modulation that Harmony disregards, and such Dissonances are not treated as such. Thus it is certain that where there is no Second, there is no Dissonance — the Second being properly the only employable Dissonance.
Pour réduire toutes les Consonnances a leur moindre espace, ne sortons point des bornes de l'Octave, elles y sont toutes contenues dans l'Accord parfait. Prenons donc cet Accordparfait, sol si re sol, & voyons en quel lieu de cet Accord, que je. ne suppose encore dans aucun Ton, nous: pourrions placer une Dissonance; c'est-à-dire, une Seconde, pour la rendre le moins choquante à l'oreille qu'il est possible. Sur le la entre le sol & le si, elle feroit une Seconde avec l'un & avec l'autre, & par conséquent diffoneroit doublement. Il en seroit de même entre le si & le re, comme entre tout Intervalle de Tierce: l'Intervalle de Quarte entre le re & le sol. Ici l'on peut introduire un Son de deux manieres; 1. on peut ajouter la Notfa qui sera Seconde, avec le sol de Tierce avec le re; 2º. ou la Note mi qui sera Seconde avec le re & Tierce avec le sol. Il est évident qu'on aura de chacune de ces deux manieres la Dissonance la moins dure qu'on puisse trouver, car elle ne dissonera, qu'avec un seul Son, & elle engendrera une nouvelle Tierce. qui, aussi-bien que les deux précédentes, contribuera à la douceur de l'Accord total. D'un coté nous aurons l'Accord de Septieme, de l'autre celui de Sixte-ajoutée, les deux [237sic.] [227] seuls Accords dissonans admis dans le Systême de la Basse-fondamentale.
To reduce all Consonances to their narrowest span, let us not exceed the bounds of the Octave – they are all contained within the perfect chord. Let us take this perfect chord, sol si re sol, and examine where within this chord – which I assume is not yet anchored in any specific key – we might place a Dissonance, that is to say, a Second, in the manner least offensive to the ear. Placing la between sol and si would create a Second with both, thereby producing a double dissonance. The same would occur between si and re, as between any interval of a third. The fourth interval between re and sol allows for two approaches: 1. adding the fa note, which forms a Second with sol and a third with re; 2. adding the mi note, which forms a Second with re and a third with sol. Clearly, both methods yield the least harsh dissonance possible, as each clashes with only one tone while generating a new third that, alongside the two existing ones, contributes to the chord's overall sweetness. Thus we obtain the Seventh chord on one hand, and the added Sixth chord on the other – [237sic.] [227] the only two dissonant chords admitted in the Fundamental Bass system.
Il ne suffit pas de faire entendre la Dissonance, il faut la résoudre; vous ne choquez d'abord l'oreille que pour la flatter ensuite plus agréablement. Voilà deux Sons joints: d'un côté la Quinte & la Sixte, de l'autre la Septieme & l'Octave; tant qu'ils seront ainsi la Seconde, ils resteront dissonans: mais que les Parties qui les sont entendre s'éloignent d'un Degré; que l'une monte ou que l'autre descende diatoniquement, votre Seconde, de part & d'autre, sera devenue une Tierce; c'est-à-dire, une des plus agréables Consonnances. Ainsi après sol fa, vous aurez sol mi, ou sa la, & après re mi, mi ut, ou re fa; c'est ce qu'on appelle sauver la Dissonance.
Merely sounding the Dissonance is insufficient – it must be resolved. You first affront the ear only to flatter it more agreeably afterward. Here we have two paired tones: in one case the Fifth and Sixth, in the other the Seventh and Octave. So long as they remain as Seconds, they retain their dissonance. But let the parts that sound them move diatonically by one degree – whether ascending or descending – and your Seconds become Thirds: that is to say, among the most agreeable Consonances. Thus after sol fa, you will have sol mi or la la; and after re mi, mi ut or re fa – this is what we call resolving the Dissonance.
Reste à déterminer lequel des deux Sons joints doit monter ou descendre, & lequel doit rester en place: mais le motif de détermination saute aux yeux. Que la Quinte ou l'Octave restent comme cordes principales, que la Sixte monte, & que la Septieme descende, comme Sons accessoires, comme Dissonances. De plus, si, des cieux Sons joints, c'est à celui qui a le moins de chemin de faire de marcher par préférence, le sa descendre encore sur le mi, après la Septieme, & le mi de l'Accord de Sixte-ajoutée montera sur le fa: car il n'y a point d'autre marche plus courte pour sauver la Dissonance.
It remains to determine which of the two paired tones should ascend or descend, and which should remain stationary. The rationale for this determination is self-evident. Let the Fifth or Octave remain as principal tones, while the Sixth ascends and the Seventh descends as accessory tones – as Dissonances. Moreover, if priority is given to the tone requiring the shortest intervallic movement, the si will descend to mi after the Seventh, while the mi in the added Sixth chord ascends to fa: for no shorter path exists to resolve the Dissonance.
Voyons maintenant quelle marche doit faire le Son fondamental relativement au mouvement assigné à la Dissonance. Puisque l'un des deux Sons joints reste en place, il [228] doit faire liaison dans l'Accord suivant. L'Intervalle que doit former la Basse-fondamentale en quittant l'Accord, doit donc être déterminé sur ces deux conditions; 1, que l'Octave du Son fondamental précédent puisse rester en place après l'Accord de Septieme, la Quinte après l'Accord de Sixte-ajoutée; 2°. que le Son sur lequel se résout la Dissonance soit un des Harmoniques de celui auquel passe la Basse fondamentale. Or le meilleur mouvement de la Basse étant par Intervalles de Quinte, si elle descend de Quinte dans le premier cas, ou qu'elle monte de Quinze dans le second, toutes les conditions seront parfaitement remplies, comme il est évident, par la seule inspection de l'exemple, Pl. A. Fig. 9.
Let us now examine how the Fundamental Bass should progress relative to the Dissonance's prescribed motion. Since one of the paired tones remains stationary, it [228] must form a connection in the following chord. The interval made by the Fundamental Bass when departing from the chord must therefore satisfy two conditions: 1. The Octave of the previous Fundamental tone may remain in place after the Seventh chord, the Fifth after the added Sixth chord; 2. The tone resolving the Dissonance must be one of the harmonics belonging to the new Fundamental Bass. Now, as the Bass's optimal movement occurs through fifths, if it descends a fifth in the first case or ascends a fifth in the second, all conditions will be perfectly fulfilled – as becomes evident through mere inspection of the example Pl. A. Fig. 9.
De-là on tire un moyen de connoître à quelle corde du Ton chacun de ces deux Accords convient le mieux. Quelles sont dans chaque Ton les deux cordes les plus essentielles? C'est la Tonique de la Dominante. Comment la Basse peut-elle marcher en descendant de Quinte sur deux cordes essentielles du Ton? C'est en passant de la Dominante à la Tonique: donc la Dominante est la corde à laquelle convient le mieux l'Accord de Septieme. Comment la Basse en montant de Quinte peur-elle marcher sur deux corde essentielles du Ton? C'est en passant de la Tonique à la Dominante: donc la Tonique est la corde à laquelle convient l'Accord de Sixte-ajoutée. Voilà pourquoi, dans l'exemple, j'ai donne un Dièse au fa de l'Accord qui suit celui-là: car le re étant Dominante-Tonique doit porter la Tierce majeure. La Basse peut avoir d'autres marches; mais [229] ce sont-là les plus parfaites, & les deux principales Cadences. (Voyez CADENCE.)
From this we derive a method to determine which of the two Chords best suits each principal note of the Key. What are the two most essential notes in every Key? The Tonic and the Dominant. How can the Bass descend by fifths while moving between two essential notes of the Key? By passing from the Dominant to the Tonic: hence the Dominant is the note to which the Seventh Chord is most properly suited. How can the Bass ascend by fifths between two essential notes of the Key? By passing from the Tonic to the Dominant: hence the Tonic is the note to which the added sixth Chord is most properly suited. This explains why, in the example, I placed a sharp on the fa of the following Chord: for the re, being Dominant-Tonic, must bear the major third. The Bass may follow other progressions; but [229] these are the most perfect and constitute the two principal Cadences. (See CADENCE.)
Si l'on compare ces deux Dissonances avec le son fondamental, on trouvé que celle qui descend est une Septieme mineure, & celle qui monte une Sixte majeure, d'ou l'on tire cette nouvelle regle que les Dissonances majeures doivent monter, & les mineures descendre: car en général un Intervalle majeur a moins de chemin à faire en montant, & un Intervalle mineur en descendant; & en général aussi, dans les marches Diatoniques, les moindres Intervalles sont préférer.
If we compare these two Dissonances with their fundamental tone, we find that the descending one is a minor seventh and the ascending one a major sixth, from which we derive this new rule: Major Dissonances must ascend, and minor ones descend. For generally, a major interval has less distance to cover when ascending, and a minor interval when descending; moreover, in diatonic progressions, the smallest intervals are preferred.
Quand l'Accord de Septieme porte Tierce majeure, cette Tierce fait, avec la Septieme, une autre Dissonance qui est la Fausse-Quinte, ou, par renversement, le Triton. Cette Tierce, vis-à-vis de la Septieme, s'appelle encore Dissonance majeure, & lui est prescrit de monter, mais c'est en qualité de Note sensible; & sans la Seconde, cette prétendue Dissonance n'existeroit point ou ne seroit point traitée comme telle.
When the Seventh Chord contains a major third, this third forms another Dissonance with the seventh – the false fifth or, by inversion, the Tritone. This third, opposed to the seventh, is still called a Major Dissonance and is required to ascend, but in its capacity as a leading tone; without the second, this so-called Dissonance would neither exist nor be treated as such.
Une observation qu'il ne faut pas oublier est, que les deux seules Notes de l'Echelle qui ne se trouvent point dans les Harmoniques des deux cordes principales ut &sol, sont précisément celles qui s'y trouvent introduites par la Dissonance, & achevent, par ce moyen, la Gamme Diatonique, qui, sans cela, seroit imparfaite: ce qui explique comment le fa & le la, quoiqu'étrangers au Mode, se trouvent dans son Echelle, & pourquoi leur Intonation, toujours rude malgré l'habitude, éloigné l'idée du Ton principal.
An observation not to be forgotten is that the two notes of the scale absent from the natural harmonics of the principal notes ut and sol – namely fa and la – are precisely those introduced through Dissonance, thereby completing the Diatonic scale which would otherwise remain imperfect. This explains why fa and la, though foreign to the Mode, appear in its scale, and why their intonation – perpetually harsh despite habituation – distances the ear from the principal Key.
[230] Il faut remarquer encore que ces deux Dissonances; savoir, la Sixte majeure & la Septieme mineure, ne diffèrent que d'on semi-Ton, & différeroient encore moins si les Intervalles étoient bien justes. A l'aide à cette, observation l'on peut tirer du principe de la résonnance une origine très-approchée de l'une & de l'autre, comme je vais le montrer.
[230] It must further be noted that these two Dissonances – the major sixth and minor seventh – differ by only a semitone, and would differ even less were intervals perfectly just. With this observation, we may trace both Dissonances to a common origin in the principle of resonance, as I shall now demonstrate.
Les Harmoniques qui accompagnent un Son quelconque ne se bornent pas à ceux qui, composent l'Accord parfait. Il y en a une infinité d'autres moins sensibles à mesure qu'ils deviennent plus aigus & leurs rapports plus composés, ces rapports sont exprimés par la série naturelle des aliquotes 1/2 1/3 1/4 1/5 1/6 1/7, &c. Les six premiers termes de cette série donnent les Sons qui composent l'Accord parfait & ses Répliques, le septieme en est exclus; cependant ce septieme terme entre comme eux dans la résonnance totale du Son générateur, quoique moins sensiblement: mais il n'y entre point comme Consonnance; il y entre donc comme Dissonance, & cette Dissonance est donnée par la Nature. Reste à voir son rapport avec celles dont je viens de parler.
The harmonics accompanying any given tone are not limited to those forming the perfect Chord. There exist infinitely many others, growing fainter as they ascend and their ratios compound. These ratios follow the natural series of aliquot parts: 1/2, 1/3, 1/4, 1/5, 1/6, 1/7, etc. The first six terms yield the tones composing the perfect Chord and its replicas; the seventh is excluded. Yet this seventh term enters into the total resonance of the generating tone – albeit less perceptibly – not as consonance, but as Dissonance. Thus dissonance is given by Nature herself. It remains to examine its relation to the Dissonances I have described.
Or ce rapport est intermédiaire entre l'un & l'autre & fort rapproché de tous deux; car le rapport de la Sixte majeure est 3/5, & celui de la Septieme mineure 9/16. Ces deux rapports réduits aux mêmes termes sont 4/8 8/0 & 4/8 5/0.
Now this relation is intermediary between the two and closely aligned with both: for the ratio of the major sixth is 3/5, and that of the minor seventh 9/16. When reduced to comparable terms, these ratios become 48/80 and 45/80.
Le rapport de l'aliquote 1/7 rapproché au simple par ses Octaves est 4/7, & ce rapport réduit au même terme avec les précédens se trouvé intermédiaire entre les deux, de cette maniere 3/5 3/6 6/0 3/5 2/6 0/0 3/5 1/6 5/0; ou l'on voit que ce rapport moyen ne différé de la Sixte majeure que d'un 1/25, ou à-peu-près deux [231] Comma, & de la Septieme mineure que d'un 1/112 qui est beaucoup moins qu'un Comma. Pour employer les mêmes: Sons dans le genreDiatonique & dans divers Modes, il a falu les altérer; mais cette altération n'est pas assez grande pour nous faire perdre la trace de leur origine.
The ratio of the aliquot 1/7, reduced to its simplest form through octaves, is 4/7. When compared with previous ratios under common terms, it appears intermediate between them as follows: 3/5, 3/6, 6/0, 3/5, 2/6, 0/0, 3/5, 1/6, 5/0. Here we observe that this median ratio differs from the major sixth by approximately 1/25 (or two [231] commas) and from the minor seventh by 1/112 — less than a single comma. To adapt these sounds into the Diatonic genus across various modes, they required alteration — yet not so drastic as to obscure their origin.
J'ai fait voir, au mot Cadence, comment l'introduction de ces deux principales Dissonances, la Septieme & la Sixte-ajoutée, donne le moyen de lier une suite d'Harmonie en la faisant monter ou descendre a volonté par l'entrelacement des Dissonances.
In the entry CADENCE, I demonstrated how introducing these two principal dissonances — the seventh and the added sixth — enables harmonic sequences to ascend or descend at will through interlaced dissonances.
Je ne parle point ici de la préparation de la Dissonances, moins parce qu'elle a trop d'exceptions pour en faire une regle générale, que parce que ce n'en est pas ici le lieu, { Voyez PRÉPARER.} A l'égard des Dissonances par supposition ou par suspension, voyez aussi ces deux mots. Enfin, je ne dis rien non plus de la Septieme diminuée; Accord singulier dont j'aurai occasion de parler au mot ENHARMONIQUE.
I shall not here address the preparation of dissonances, less because exceptions abound than because this is not the proper place. {See PREPARE.} As for dissonances by supposition or suspension, consult those entries. Nor will I discuss the diminished seventh — a singular chord I shall examine under ENHARMONIC.
Quoique cette maniere de concevoir la Dissonance en donne une idée assez nette, comme cette idée n'est point tirée du fond de l'Harmonie, mais de certaines convenances entre les Parties, je suis bien éloigné d'en faire plus de cas qu'elle ne mérite, & je ne l'ai jamais donnée que pour ce qu'elle valoit; mais on avoit jusqu'ici raisonné si mal sur la Dissonance, que je ne crois pas avoir fait en cela pis que les autres. M. Tartini est le premier, & jusqu'à présent le seul qui ait déduit une Théorie des Dissonances des vrais principes de l'Harmonie. Pour éviter d'inutiles répétitions [232] je renvoie là-dessus au mot Systême, où j'ai fait l'exposition du sien. Je m'abstiendrai de juger s'il a trouvé ou non celui de la Nature: mais je dois remarquer au moins queles principes de cet Auteur paroissent avoir dans leurs conséquences cette. universalité & cette connexion qu'on ne trouvé gueres que dans ceux qui menent à la vérité.
Though this conception of dissonance offers clarity, being derived not from harmonic essence but from intervallic proprieties, I am far from overvaluing it beyond its worth. Yet considering the flawed reasoning hitherto applied to dissonance, I trust my approach fares no worse. Mr. Tartini stands first — and still alone — in deducing a theory of dissonance from harmonic principles. To avoid redundancy [232], I refer readers to SYSTEM, where I expound his doctrine. I refrain from judging whether he discovered Nature’s truth, but must observe that his principles exhibit the universality and coherence characteristic of genuine inquiry.
Encore une observation avant de finir cet Article. Tout Intervalle commensurable est réellement consonnant: il n'y a de vraiment dissonans que ceux dont les rapports sont irrationnels; car il n'y a que ceux-là auxquels on ne puisse aligner aucun Son fondamental commun. Mais passé le point ou les Harmoniques naturels sont encore sensibles, cette consonnance des Intervalles commensurables ne s'admet plus que par induction. Alors ces Intervalles sont bien partie du Systême Harmonique, puisqu'ils sont dans l'ordre de sa génération naturelle & se rapportent au Son fondamental commun; mais ils ne peuvent être admis comme Consonance par l'oreille, parce qu'elle ne les apperçoit point dans l'Harmonie naturelle du corps sonore. D'ailleurs, plus l'Intervalle se compose, plus il s'élevé à l'aigu du Son fondamental; ce qui se prouve par la génération réciproque du Son fondamental & des Intervalles supérieurs. (Voyez le Systême de M. Tartini.) Or, quand la distance du Son fondamental au plis aigu de l'Intervalle générateur ou engendré, excede l'étendue du Systême Musical ou appréciable, tout ce qui est au-delà de cette étendue devant être censé nul, un tel Intervalle n'a point de fondement sensible & doit être rejetté de la pratique ou seulement admis comme Dissonant. Voilà, [233] non le Systême de M. Rameau, ni celui de M. Tartini, ni le mien, mais le texte de la Nature, qu'au reste je n'entreprends pas d'expliquer.
One final observation. All commensurate intervals are inherently consonant; true dissonance arises only from irrational ratios lacking a shared fundamental. Yet beyond the threshold of perceptible natural harmonics, such consonance exists merely by induction. These intervals belong to the harmonic system through natural generation, yet the ear rejects them as consonances, unperceived in a sounding body’s natural harmonics. Moreover, complex intervals ascend further from the fundamental — as reciprocal generation of fundamentals and upper intervals proves. (Consult Mr. Tartini’s system.) When such intervals exceed the musical system’s appreciable range, their imperceptible foundation renders them either impractical or admissible solely as dissonances. Here lies [233] neither Mr. Rameau’s system, nor Mr. Tartini’s, nor mine — but Nature’s text, which I dare not presume to explicate.
DISSONANCE MAJEURE, est celle qui se sauve en montant. Cette Dissonance n'est telle que relativement à la Dissonance mineure; car elle fait. Tierce ou Sixte majeure sur le vrai Son fondamental, & n'est autre que la Note sensible, dans un Accord Dominant, ou la Sixte-ajoutée dans son Accord.
MAJOR DISSONANCE is resolved by ascending. This dissonance exists only in relation to the minor dissonance, forming a major third or sixth above the true fundamental. It constitutes either the leading tone in a Dominant chord or the added sixth in its chord.
DISSONANCE MINEURE, est celle qui se sauve en descendant: c'est toujours la Dissonance proprement dite; c'est-à-dire, la Septieme du vrai Son fondamental.
MINOR DISSONANCE, is that which resolves by descending: this remains the properly so-called Dissonance, that is to say, the Seventh of the true fundamental note.
La Dissonance majeure est aussi celle qui se forme par un Intervalle superflu, & la Dissonance mineure est celle qui se forme par un Intervalle diminué. Ces diverses acceptions viennent de ce que le mot même de Dissonance est équivoque & signifie quelquefois un Intervalle & quelquefois un simple Son.
The Major Dissonance is also that formed by a superfluous Interval, while the Minor Dissonance is formed by a diminished Interval. These varied acceptations stem from the equivocal nature of the term "Dissonance," which sometimes denotes an Interval and at other times a mere Sonority.
DISSONANT, partie. (Voyez DISSONER.)
DISSONANT, participle. (See DISSONATE.)
DISSONER, v. n. Il n'y a que les Sons qui dissonent, & un Son dissone quand il forme Dissonance avec un autre Son. On ne dit pas qu'un Intervalle dissone, on dit qu'il est Dissonant.
TO DISSONATE, v. n. Only sounds dissonate; a sound dissonates when it forms a Dissonance with another sound. One does not say that an Interval dissonates, but rather that it is Dissonant.
DITHYRAMBE, s. m. Sorte de Chanson Grecque en l'honneur de Bacchus, laquelle se chantoit sur le Mode Phrygien, & se sentoit du feu cet de la gaieté qu'inspire le Dieu. auquel elle étoit consacrée. Il ne faut pas demander si nos Littérateurs modernes, toujours sages & compassés, se sont [234] récriés sur la fougue & le désordre des Dithyrambes. C'est fort mal fait, sans doute, de s'enivrer, sur-tout en l'honneur de la Divinité; mais j'aimerois mieux encore être ivre moi-même, que de n'avoir que ce sot bon-sens qui mesure sur la froide raison tous les discours d'un homme échauffé par le vin.
DITHYRAMB, s. m. A type of Greek song in honor of Bacchus, sung in the Phrygian Mode and imbued with the fervor and mirth inspired by the deity to whom it was consecrated. Need one ask whether our modern literati — ever prudent and measured — have [234] decried the vehemence and disorder of Dithyrambs? To become intoxicated, especially in homage to divinity, is undoubtedly reprehensible; yet I would sooner be drunk myself than possess that insipid good sense which measures all utterances of a wine-inspired fervor by the cold yardstick of reason.
DITON, s. m. C'est dans la Musique Grecque, un Intervalle composé de deux Tons; c'est-à-dire, une Tierce majeure. (Voyez INTERVALLE, TIERCE.)
DITONE, s. m. In Greek Music, an Interval comprising two whole tones — that is, a major Third. (See INTERVAL, THIRD.)
DIVERTISSEMENT, s. m. C'est le nom qu'on donne à certains recueils de Danses & de Chansons qu'il est de regle à Paris d'insérer dans chaque Acte d'un Opéra, soit Ballet, soit Tragédie: Divertissement importun dont l'Auteur a soin de couper l'action dans quelque moment intéressant, & que les Acteurs assis & les Spectateurs debout ont la patience de voir & d'entendre.
DIVERTISSEMENT, s. m. A term given to certain collections of dances and songs that Parisian convention demands be inserted into each Act of an Opera, whether Ballet or Tragedy: an intrusive interlude whose author takes care to sever the dramatic action at some pivotal moment, and which seated Actors and standing Spectators endure with dutiful patience.
DIX-HUITIEME, s. f. Intervalle qui comprend dix-sept Degrés conjoints, & par conséquent dix-huit Sons Diatoniques en comptant les deux extrêmes. C'est la double Octave de la Quarte. (Voyez QUARTE).
EIGHTEENTH, s. f. An Interval encompassing seventeen consecutive degrees, and thus eighteen Diatonic sounds when counting the two extremes. This is the double octave of the Fourth. (See FOURTH.)
DIXIEME, s. F. Intervalle qui comprend neuf Degrés conjoints, & par conséquent dix Sons Diatoniques en comptant les deux qui le forment. C'est l'Octave de la Tierce ou la Tierce de l'Octave, & la Dixieme est majeure ou mineure, comme l'Intervalle simple dont elle est la Réplique. (Voyez TIERCE).
TENTH, s. f. An Interval encompassing nine consecutive degrees, and thus ten Diatonic sounds when counting the two extremes. It is the octave of the Third or the Third of the octave; the Tenth may be major or minor, like the simple Interval of which it is the replica. (See THIRD.)
DIX-NEUVIEME, s. f. Intervalle qui comprend dix-huit Degrés conjoints, & par conséquent dix-neuf Sons Diatoniques [235] en comptant les deux extrêmes. C'est la double Octave de la Quinte. (Voyez QUINTE.)
NINETEENTH, s. f. An Interval encompassing eighteen consecutive degrees, and thus nineteen Diatonic sounds [235] when counting the two extremes. This is the double octave of the Fifth. (See FIFTH.)
DIX-SEPTIEME, s. f. Intervalle qui comprend seize Degrés conjoints, & par conséquent dix-sept Sons Diatoniques en comptant les deux extrêmes. C'est la double-Octave de la Tierce, & la Dix-septieme est majeure ou mineure comme elle.
SEVENTEENTH, s. f. An Interval encompassing sixteen consecutive degrees, and thus seventeen Diatonic sounds when counting the two extremes. It is the double octave of the Third, and like the Third, the Seventeenth may be major or minor.
Toute corde sonore rend avec le Son principal celui de a Dix-septieme majeure, plutôt que celui de sa Tierce simple ou de sa Dixieme, parce que cette Dix-septieme est produite par une aliquote de la corde entiere; savoir, la cinquieme partie: au lieu que les 4/5 que donneroit la Tierce, ni les 2/5 que donneroit la Dixieme, ne sont pas une aliquote de cette même corde. (Voyez SON, INTERVALLE, HARMONIE.)
Every sonorous string produces, alongside its principal sound, that of the major Seventeenth rather than its simple Third or Tenth. This is because the Seventeenth arises from an aliquot part of the entire string — specifically, one-fifth — whereas the 4/5 ratio yielding the Third and the 2/5 ratio yielding the Tenth are not aliquot divisions of the same string. (See SOUND, INTERVAL, HARMONY.)
DO. Syllabe que les Italiens substituent, en solfiant, à celle d'ut dont ils trouvent le Son trop sourd. Le même motif a fait entreprendre à plusieurs personnes, & entr'autres à M. Sauveur, dechanger les noms de toutes les syllabes de notre Gamme; mais l'ancien usage a toujours prévalu parmi nous. C'est peut-être un avantage: il est bon de s'accoutumer à solfier par des syllabes sourdes, quand on n'en a gueres de plus sonores à leur substituer dans le Chant.
DO. A syllable used by Italians in solfège to replace ut, whose sound they find too dull. This same rationale led several persons – notably M. Sauveur – to propose changing all syllabic names in our gamut; yet ancient usage still prevails among us. This may prove advantageous: it is beneficial to accustom oneself to solmization through muted syllables when no more resonant substitutes exist for vocal performance.
DODECACORDE. C'est le titre donne par Henri Glaréan à un gros livré de sa composition, dans lequel, ajoutant quatre nouveaux Tons aux huit usités de son tems, & qui restent encore aujourd'hui dans le Chant Ecclésiastique Romain, il pense avoir rétabli dans leur pureté les douze [236] Modes d'Aristoxène, qui cependant en avoit treize; mais cette prétention a été refutée par J. B. Doni, dans son Traité des Genres & des Modes.
DODECACORDE. Title of a weighty volume by Henricus Glaréan, wherein he claims to restore purity to the twelve [236] modes of Aristoxenus (who in fact enumerated thirteen) by adding four new tones to the eight in ecclesiastical use during his era – a claim refuted by Giambattista Doni in his Treatise on Genres and Modes.
DOIGTER, v. n. C'est faire marcher d'une maniere convenable & réguliere les doigts sur quelque Instrument, & principalement sur l'Orgue ou le Clavecin, pour en jouer le plus facilement & le plus nettement qu'il est possible.
FINGERING, v.n. The art of coordinating finger movements with propriety and regularity upon instruments – particularly the organ or harpsichord – to achieve optimal facility and clarity of execution.
Sur les Instrumens à manche, tels que le Violon & le Violoncelle, la plus grande regle du Doigter consiste dans les diverses positions de la main gauche sur le manche; c'est par-là que les mêmes passages peuvent devenir faciles ou difficiles, selon les positions & selon les cordes sur lesquelles on peut prendre ces passages: c'est quand un Symphoniste est parvenu à passer rapidement, avec justesse & précision, par toutes ces différentes positions, qu'on dit qu'il possede bien son manche. (Voyez POSITION.)
For necked instruments like the violin or violoncello, fingering chiefly concerns positions of the left hand upon the neck. Through these positions, identical passages become facile or arduous depending on placement and string selection. A symphonist masters his instrument when he navigates these positions with rapidity, precision, and accuracy. (See POSITION.)
Sur l'Orgue ou le Clavecin, le Douter est autre chose. Il y a deux manieres de jouer sur ces Instrumens; savoir, l'Accompagnement & les Pieces. Pour jouer des Pieces on a égard à la facilité de l'exécution & à la bonne grace de la main. Comme il y a un nombre excessif de passages possibles dont la plupart demandent une maniere particulier de faire marcher les doigts, & que d'ailleurs chaque Pays & chaque Maître a sa regle, il faudroit sur cette Partie des détails que cet Ouvrage ne comporte pas, &, sur lesquels l'habitude & la commodité tiennent lieu de regles, quand une fois on a la main bien posée. Les préceptes généraux qu'on peut donner sont, 1º, de placer les deux mains sur [237] le Clavier; de maniere qu'on n'ait rien de géné dans l'attitude; ce qui oblige d'exclure communément le pouce de la main droite, parce que les deux pouces posés sur le Clavier & principalement sur les touches blanches donneroient aux bras une situation contrainte & de mauvaise grace. Il faut observer aussi que les coudes soient un peu plus élevés que le niveau du Clavier, afin que la main tombe comme d'elle-même sur les touches; ce qui dépend de la hauteur du siege: 2º.De tenir le poignet à-peu-près à la hauteur du Clavier; c'est-à-dire, au niveau du coude, les doigts écartés de la largeur des touches & un peu recourbés sur elles pour être prêts à tomber sur des touches différentes. 3º. De ne point porter successivement le même doigt sur deux touches consécutives, mais d'employer tous les doigts de chaque main. Ajoutez à ces observations les regles suivantes que je donne avec confiance, parce que je les tiens de M. Duphli, excellent Maître de Clavecin & qui possede sur-tout la perfection du Doigter.
On organ or harpsichord, fingering assumes another dimension. Two performance practices exist: accompaniment and solo pieces. In solo playing, one prioritizes technical ease and manual grace. As infinite passagework demands specialized fingerings – with regional and pedagogical variations – exhaustive treatment lies beyond this work's scope. Once proper hand posture is achieved, habit and comfort supersede rigid rules. General principles include: 1º Positioning both hands upon [237] the keyboard with unconstrained posture, typically excluding the right thumb (as dual thumb placement – especially on white keys – contorts the arms inelegantly). Elbows should hover slightly above keyboard level, allowing hands to descend naturally onto keys – regulated by stool height. 2º Maintaining wrists level with the keyboard (i.e., elbow height), fingers spread to key width and slightly curved over them. 3º Avoiding consecutive use of the same finger on adjacent keys, employing all digits of each hand. To these observations I add authoritative rules from M. Duphli, an excellent harpsichord master renowned for his fingering method.
Cette perfection consiste en général dans un mouvement doux, léger & régulier.
This perfection resides in gentle, nimble, and uniform motion.
Le mouvement des doigts se prend à leur racine; c'est-à-dire, à la jointure qui les attache à la main.
Finger articulation originates at their root – the metacarpal joint attaching them to the hand.
Il faut que les doigts soient courbés naturellement, & que chaque doigt ait son mouvement propre indépendant des autres doigts. Il faut que les doigts tombent sur les touches & non qu'ils les frappent, & de plus qu'ils coulent de l'une à l'autre en se succédant; c'est-à-dire, qu'il ne faut quitter une touche qu'après en avoir pris une autre. Ceci regarde particulièrement le jeu
Fingers must remain naturally curved, each moving independently. They should fall upon keys rather than strike them, gliding successively from note to note – releasing a key only after engaging the next. This principle particularly governs...
François.
French.
[238] Pour continuer un roulement, il faut s'accoutumer à passer le pouce par-dessous tel doigt que ce soit, & à passer tel quatre doigt par-dessous le pouce. Cette maniere est excellente, sur-tout quand il se rencontre des Dièse ou des Bémols; alors faites en sorte que le pouce se trouvé sur la touche qui précede le Dièse ou le Bémol, ou placez-le immédiatement après: par ce moyen vous vous procurerez autant de doigts de suite que vous aurez de Notes à faire.
[238] To sustain a rolling passage, one must accustom oneself to passing the thumb beneath any finger whatsoever, and to passing any fourth finger beneath the thumb. This method proves excellent, particularly when encountering sharps or flats; in such cases, arrange for the thumb to land on the key preceding the sharp or flat, or position it immediately afterward. By this means, you shall procure as many consecutive fingers as there are notes to execute.
Evitez, autant qu'il se pourra, de toucher du pouce ou du cinquieme doigt une touche blanche, sur-tout dans les roulemens de vitesse. Souvent on exécute un même roulement avec les deux mains dont les doigts se succedent pour lors consécutivement. Dans ces roulemens les mains passent l'une sur l'autre; mais il faut observer que le Son de la premiere touche sur laquelle passe une des mains soit aux lié au Son précédent, que s'ils étoient touchés de la même main.
Avoid, whenever possible, employing the thumb or fifth finger on white keys, especially in rapid runs. Frequently, a single rolling passage is executed with both hands whose fingers follow one another consecutively. During such passages, the hands cross over each other; but observe that the sound of the first key over which a hand passes must be connected to the preceding sound as if struck by the same hand.
Dans le genre de Musique harmonieux & lié, il est bon de s'accoutumer à s'accoutumer à substituer un doigt à la place d'un autre sans relever la touche; cette maniere donne des facilités pour l'exécution & prolonge la durée des Sons.
In harmonically rich and legato playing, it proves beneficial to habituate oneself to substituting one finger for another without releasing the key; this technique facilitates execution and prolongs the duration of sounds.
Pour l'Accompagnement, le Doigter de la main gauche est le même que pour les Pieces, parce qu'il toujours que cette main joue les Basses qu'on doit accompagner; ainsi les regles M. de Duplhi y servent également pour cette partie, excepté dans les occasions ou l'on veut augmenter le bruit au moyen de l'Octave qu'on embrasse du pouce & du petit doigt: car alors au lieu de Doigter, la min entiere se transporte [239] d'une touche à l'autre. Quant à la main droite, son Doigter consiste dans l'arrangement des doigts & dans les marches qu'on leur donne pour faire entendre les Accords & leur succession; de sorte que quiconque entend bien la mécanique des doigts en cette partie, possede l'art de l'Accompagnement. M. Rameau a fort bien expliqué cette mécanique dans si Dissertation sur l'Accompagnement, & je crois ne pouvoir mieux faire que de donner ici un précis de la partie de cette Dissertation qui regarde le Doigter.
For accompaniment, the left hand's fingering remains identical to that of composed pieces, as this hand always plays the basslines requiring accompaniment. Thus, M. Duphli's rules apply equally here, except when seeking to amplify volume through octaves spanned by thumb and pinky – in which case, instead of fingering, the entire hand shifts [239] from one key to another. As for the right hand, its fingering lies in the arrangement of fingers and their movements to articulate chords and their progressions; hence, mastery of this digital mechanics constitutes the art of accompaniment. M. Rameau has admirably explicated this mechanics in his Dissertation on Accompaniment, and I deem it most fitting to present here an abridgement of that section pertaining to fingering.
Tout Accord peut s'arranger par Tierces. L'Accord parfait, c'est-à-dire, l'Accord d'une Tonique ainsi arrangé sur le Clavier, est formé par trois touches qui doivent être frappées du second, du quatrieme & du cinquieme doigt. Dans cette situation c'est le doigt le plus bas, c'est-à-dire, le second qui touche la Tonique; dans les deux autres faces, il se trouvé toujours un doigt au moins au-dessous de cette même Tonique; il faut le placer à la Quarte. Quant au troisieme doigt, qui se trouvé au-dessus ou au-dessous des deux autres, il faut le placer à la Quarte: Quant au troisieme doigt; qui se trouvé au-dessus ou au-dessous des deux autres; il faut le placer à la Tierce de son voisin.
Every chord may be arranged in thirds. The perfect chord – that is, a tonic chord thus arrayed upon the keyboard – is formed by three keys struck by the second, fourth, and fifth fingers. In this configuration, the lowest finger (the second) sounds the tonic; in other inversions, at least one finger always lies below this tonic and must be placed at the fourth. The third finger, positioned above or below its neighbors, requires placement at the third interval.
Une regle générale pour la succession des Accords est qu'il doit y avoir liaison entr'eux; c'est-à-dire, que quelqu'un clés Sons de l'Accord précédent doit être prolongé sur l'accord suivant & entrer dars son Harmonie. C'est de cette regle que se tire toute la mécanique du Doigter.
A universal rule for chord progression demands continuity between them – that is, some tone from the preceding chord must be sustained into the subsequent chord and incorporated within its harmony. From this principle derives the entire mechanics of fingering.
Puisque pour passer régulièrement d'un Accord à un autre, il faut que quelque doigt reste en place, il est évident qu'il n'y a que quatre manieres de succession réguliers entre deux [240] Accords parfaits; savoir, la Basse-fondamentale montant ou descendant de Tierce ou de Quinte.
Since regular progression from one chord to another necessitates a stationary finger, it becomes evident that only four types of regular succession exist between two [240] perfect chords: namely, the fundamental bass ascending or descending by third or fifth.
Quand la Batte procede par Tierces, deux doigts restent en place; en montant, ceux qui formoient la Tierce & la Quinte restent pour former l'Octave & la Tierce, tandis que celui quiformoit l'Octave descend sur la Quinte; en descendant, les doigts qui formoient l'Octave & la Tierce restent pour former la Tierce & la Quinte, tandis que celui qui faisoit la Quinte monte sur l'Octave.
When the bass proceeds by thirds, two fingers remain stationary. In ascending: those forming the third and fifth remain to create the octave and third, while the octave-forming finger descends to the fifth. In descending: the octave and third-forming fingers remain to create the third and fifth, while the fifth-forming finger ascends to the octave.
Quand la Basse procede par Quintes, un doigt seul reste en place, & les deux autres marchent; en montant, c'est la Quinte qui reste pour faire l'Octave, tandis que l'Octave & la Tierce descendent sur la Tierce & sur la Quinte; en descendant, l'Octave reste pour faire la Quinte, tandis que la Tierce & la Quinte montent sur l'Octave & sur la Tierce. Dans toutes ces successions les deux mains ont toujours un mouvement contraire.
When the bass proceeds by fifths, a single finger stays fixed while the others move. In ascending: the fifth remains to form the octave, while the octave and third descend to the third and fifth. In descending: the octave remains to form the fifth, while the third and fifth ascend to the octave and third. In all such progressions, the hands maintain contrary motion.
En s'exerçant ainsi sur divers endroits du Clavier, on se familiarise bientôt au jeu des doigts sur chacune de ces marches, & les suites d'Accords parfaits ne peuvent plus embarrasser.
Through practice across various keyboard positions, one soon becomes conversant with digital maneuvers in each progression, rendering sequences of perfect chords no longer perplexing.
Pour les Dissonances, il faut d'abord remarquer que tout Accord dissonant complet, occupe les quatre doigts, lesquels peuvent être arranges tous par Tierces, ou trois par Tierces, & l'autre joint à quelqu'un des premiers, faisant avec lui un Intervalle de Seconde. Dans le premier cas, c'est le plus bas des doigts; c'est-à-dire, l'index qui sonne le Son fondamental de l'Accord; dans le second cas, c'est le supérieur [241] des deux doigts joints. Sur cette observation l'on connoît aisément le doigt qui fait la dissonance, & qui, par conséquent, doit descendre pour la sauver.
Regarding dissonances, first observe that any complete dissonant chord occupies four fingers, which may either be arranged entirely in thirds or three in thirds with the fourth adjacent to one of them, forming a second interval. In the former case, the lowest finger (the index) sounds the chord's fundamental; in the latter, [241] the upper of two adjacent fingers. From this observation, one readily identifies the dissonance-producing finger that must descend to resolve it.
Selon les differens Accords consonance ou dissonans qui suivent un Accord dissonant, il faut faire descendre un doigt seul, ou deux, ou trois. A la suite d'un Accord dissonant, l'Accord parfait qui le sauve se trouvé aisément sous les doigts. Dans une suite d'Accords dissonans quand un doigt seul descend, comme dans la Cadence interrompue, c'est toujours celui qui a fait la Dissonance; c'est-à-dire, l'inférieur des deux joints, ou le supérieur de tous, s'ils sont arrangés par Tierces. Faut-il faire descendre deux doigts, comme dans la Cadence parfaite: ajoutez, à celui dont je viens de parler, son voisin au-dessous, & s'il n'en a point, le supérieur de tous: ce sont les deux doigts qui doivent descendre. Faut-il en faire descendre trois, comme dans la Cadence rompue: conservez le fondamental sur sa touche, & faites descendre les trois autres.
Depending on whether consonant or dissonant chords follow a dissonance, one, two, or three fingers must descend. The perfect chord resolving a dissonance naturally falls under the fingers. In sequences of dissonances: when a single finger descends (as in an interrupted cadence), it is always the dissonance-producing finger – the lower of two adjacent or the highest if arranged in thirds. When two must descend (as in perfect cadences): add the lower neighbor to the aforementioned finger, or if none exists, the highest – these being the descending pair. When three must descend (as in deceptive cadences): sustain the fundamental while lowering the other three.
La suite de toutes ces différentes successions, bien étudiée, vous montre le jeu des doigts dans toutes les phrases possibles; & comme c'est des Cadences parfaites que se tire la succession la plus commune des phrases harmoniques, c'est aussi à celle-là qu'il faut s'exercer davantage: on y trouvera toujours deux doigts marchant & s'arrêtant alternativement. Si les deux doigts d'en haut descendent sur un. Accord ou les deux inférieurs restent en place, dans l'Accord suivant les deux supérieurs restent, & les deux inférieurs descendent à leur tour; ou bien ce sont les deux [242] doigts extrêmes qui sont le même jeu avec les deux moyens.On peut trouver encore une succession harmonique ascendante par Dissonances, à la faveur de la Sixte-ajoutée; mais cette succession, moins commune que celle dont je viens de parler, est plus difficile à ménager, moins prolongée, & les Accords se remplissent rarement de tous leurs Sons. Toutefois la marche des doigts auroit encore ici ses regles; & en supposant, un entrelacement de Cadencés imparfaites, on y trouveroit toujours, ou les quatre doigts par Tierces, ou deux doigts joints: dans le premier cas, ce seroit aux deux inférieurs à monter, & ensuite aux, deux. supérieurs alternativement: dans le second, le supérieur. des deux doigts, joints doit monter avec celui qui est au-dessus de lui, & s'il n'y en a point, avec le plus bas de tous,&c.
The sequence of all these different progressions, when thoroughly studied, reveals the fingering mechanics for all possible harmonic phrases. Since perfect cadences yield the most common harmonic successions, they demand particular practice. Here one will always find two fingers alternately moving and resting. If the upper two fingers descend over a chord where the two lower ones remain stationary, then in the following chord the upper two remain while the lower two descend in turn; or it is the two [242] extreme fingers that interact with the middle ones. One may also discover an ascending dissonant progression through the added sixth; but this less common sequence proves more challenging to manage, being shorter and rarely filling chords completely. Nevertheless, fingering rules still apply here: assuming interrupted cadences, one will always encounter either four fingers arranged in thirds or two joined fingers. In the first case, the two lower fingers ascend first, then alternately the upper two; in the second, the upper joined finger ascends with its neighbor above (or, lacking that, with the lowest available finger), &c.
On n'imagine pas jusqu'à quel point l'étude du Doigter, prise de cette maniere, peut faciliter la. pratique de l'Accompagnement.. Après un peu d'exercice les doigts prennent insensiblement l'habitude de marcher comme. d'eux-mêmes; ils préviennent l'esprit & accompagnent avec une facilité qui a de quoi surprendre. Mais il faut convenir que l'avantage de cette méthode n'est pas sans inconvénient; car sans parler des Octaves & des Quintes de suite qu'on y rencontre à tout moment, il. résulte de tout ce remplissage une Harmonie brute & dure dont l'oreille est étrangement choquée, sur-tout dans les Accords par supposition.
One cannot fathom how profoundly this method of fingering study facilitates accompaniment practice. After moderate exercise, the fingers unconsciously adopt self-governing motions; they anticipate the mind and execute with startling ease. Yet this method’s advantages are not without drawbacks: beyond the perpetual consecutive octaves and fifths, such dense harmonization produces a crude, grating sonority that offends the ear—particularly in chords by supposition.
Les Maîtres enseignent d'autres manieres de Doigter, fondées sur les mêmes principes, sujettes, il est vrai, à plus d'exceptions; mais par lesquelles retranchant des sons, on [243] gêne moins la main par trop d'extension, l'on évite les Octaves & les Quintes de suite, & l'on rend une Harmonie, non pas aussi pleine, mais plus pure & plus agréable.
Masters teach alternative fingering methods rooted in the same principles—admittedly subject to more exceptions—whereby omitting tones [243] reduces hand strain from overextension, avoids consecutive octaves and fifths, and yields harmonies less full but purer and more pleasing.
DOLCE. (Voyez D.)
DOLCE. (See D.)
DOMINANT, adj. Accord Dominant ou sensible et celui qui se pratique sur la Dominante du Ton, & qui annonce la Cadence parfaite. Tout Accord parfait majeur devient Dominant, si-tôt qu'on lui ajoute la Septieme mineure.
DOMINANT, adj. The Dominant or leading chord is formed on the fifth scale degree, heralding the perfect cadence. Any major triad becomes Dominant upon adding a minor seventh.
DOMINANTE, s. f. C'est, des trois Notes essentielles du Ton, celle qui est une Quinte au-dessus de la Tonique. La Tonique & la Dominante déterminent le Ton; elles y sont chacune la fondamentale d'un Accord particulier; au lieu que la Médiante, qui constitue le Mode, n'a point d'Accord à elle, & fait seulement partie de celui de la Tonique.
DOMINANT, n. f. Among the three essential tones of a key, this is the fifth above the tonic. The tonic and dominant define the key, each serving as root to distinct chords, while the mediant—though determining mode—has no independent chord, merely participating in the tonic’s harmony.
M. Rameau donne généralement le nom de Dominante à toute Note qui porte un Accord de Septieme, & distingue celle qui porte l'Accord sensible par le nom de Dominante-Tonique; mais à cause de la longueur du mot cette addition n'est pas adoptée des Artistes, ils continuent d'appeller simplement Dominante la Quinte de la Tonique, & ils n'appellent pas Dominantes, mais Fondamentales, les autres Notes portant Accord de Septieme; ce qui suffit pour s'expliquer, & prévient la confusion.
M. Rameau broadly terms any note bearing a seventh chord "Dominant," distinguishing the leading-tone chord as Dominant-Tonic. Yet due to its verbosity, practitioners reject this addition. They retain "Dominant" solely for the tonic’s fifth, calling other seventh-chord roots Fundamentals—thus avoiding confusion while preserving clarity.
DOMINANTE. Dans le Plain-Chant, est la Note que l'on rebat le plus souvent, à quelque Degré que l'on soit de la Tonique. Il y a dans le Plain-Chant Dominante & Tonique, mais point de Médiante.
DOMINANT. In Plainchant, the most reiterated note regardless of its relation to the tonic. Here exist Dominant and Tonic, but no Mediant.
[244] DORIEN, adj. Le Mode Dorien étoit un des plus anciens de la Musique des Grecs, & c'étoit le plus grave ou le plus bas de ceux qu'on a depuis appellés authentiques.
[244] DORIAN, adj. The Dorian Mode ranked among the oldest in Greek music, being the lowest-pitched of those later termed authentic.
Le caractere de ce Mode étoit sérieux & grave, mais d'une gravité tempérée; ce qui le rendoit propre pour la guerre& pour les sujets de Religion.
This mode’s character was solemn yet tempered—suited to martial and sacred subjects.
Platon regarde la majesté du Mode Dorien comme très propre à conserver les bonnes moeurs, & c'est pour cela qu'il en permet l'usage dans sa République.
Plato considered the majesty of the Dorian Mode as highly suited to preserving good morals, which is why he permitted its use in his Republic.
Il s'appelloit DORIEN, parce que c'étoit chez les peuples de ce nom qu'il avoit été d'abord en usage. On attribue l'invention de ce Mode à Thamiris de Thrace, qui, ayant eu le malheur de défier les Muses & d'être vaincu, fut privé par elles de la Lyre & des yeux.
It was called DORIAN because it was first employed among peoples of that name. The invention of this Mode is attributed to Thamyris of Thrace, who, having unwisely challenged the Muses and been defeated, was deprived by them of his Lyre and his eyes.
DOUBLE, adj. Intervalles Doubles ou redoublés sont tous ceux qui excedent l'étendue de l'Octave redoublés sont tous qui excedent de l'Octave. En ce sens la Dixieme est double de la Tierce, & la Douzieme double de la Quinte. Quelques-uns donnent aussi le nom d'Intervalles doubles à ceux qui sont composés de deux Intervalles égaux, comme la Fausse-Quinte qui est composée de deux Tierces mineures..
DOUBLE, adj. Double or redoubled Intervals are those exceeding the span of an Octave. In this sense, the Tenth is double the Third, and the Twelfth double the Fifth. Some also apply the term Double Intervals to those composed of two equal intervals, such as the Tritone which consists of two minor Thirds.
DOUBLE, s. m. On appelle Doubles, des Airs d'un Chant simple en lui-même, qu'on figure & qu'on double par l'addition de plusieurs Notes qui varient & ornent le Chant sans le gâter. C'est ce que les Italiens appellent Variazioni.(VOYEZ VARIATIONS.)
DOUBLE, s. m. We call "Doubles" those Airs of simple melodic line that are embellished and varied through the addition of multiple notes – ornamenting the melody without corrupting it. This is what Italians term Variazioni.(SEE VARIATIONS.)
Il y a cette différence des Doubles aux broderies ou Fleurtis, que ceux-ci sont à la liberté du Musicien, qu'il [245] peut les faire ou les quitter quand il lui plaît, pour reprendre le simple. Mais le Double ne se quitte point, & si-tôt. qu'on l'a commencé, il faut le poursuivre jusqu'à la fin de l'Air.
The distinction between Doubles and embroideries or Fleurtis lies in this: the latter are at the discretion of the Musician, who [245] may introduce or abandon them at will to resume the plain melody. But a Double, once begun, must not be abandoned; it must be pursued to the Air's conclusion.
DOUBLE est encore un mot employé a l'Opéra de Paris pour désigner les Acteurs en sous-ordre, qui remplacent les premiers Acteurs dans les rôles que ceux-ci quittent par maladie ou par air, ou lorsqu'un Opéra est sur ses fins & qu'on en prépare un autre. Il faut avoir entendu un Opéra; en Doubles pour concevoir ce que c'est qu'un tel Spectacle & quelle doit être la patience de ceux qui veulent bien le fréquenter en cet état. Tout le zele des bons Citoyens François, bien pourvus d'oreilles à l'épreuve, suffit à peine pour tenir à ce détestable charivari.
DOUBLE is further a term used at the Paris Opera to designate understudies who replace principal actors in roles relinquished due to illness or caprice, or when an Opera nears its end while another is being prepared. One must have heard an Opera performed by Doubles to comprehend the nature of such a spectacle and the forbearance required of those who attend it in this state. Even the zeal of good French citizens – blessed with ears of tempered endurance – scarcely suffices to withstand this detestable cacophony.
DOUBLER, v. a. Doubler un Air, c'est y faire des Doubles; Doubler un rôle, c'est y remplacer l'Acteur principal. (Voyez DOUBLE.)
DOUBLER, v. a. To "Double" an Air is to embellish it with variations; to "Double" a role is to substitute for the principal Actor. (See DOUBLE.)
DOUBLE-CORDE, s. f. Maniere de jeu sur le Violon, laquelle consiste à toucher deux cordes à la fois faisant deux Parties différentes. La Double-corde fait souvent beaucoup d'effet. Il est difficile de jouer très-juste sur la Double-corde.
DOUBLE-STOP, s. f. A violin technique involving simultaneous playing of two strings to produce distinct parts. The Double-stop often creates striking effects. Achieving precise intonation in Double-stops proves exceedingly difficult.
DOUBLE-CROCHE, s. f. Note de Musique qui ne vaut que le quart d'une Noire, ou la moitié d'une Croche. Il faut par conséquent seize Doubles-croches pour une Ronde ou pour une Mesure à quatre Tems. (Voyez MESURE, VALEUR DES NOTES.)
THIRTY-SECOND NOTE, s. f. A musical note worth one quarter of a Quarter Note, or half an Eighth Note. Thus sixteen Thirty-second notes equal a Whole Note or a measure in quadruple time. (See MEASURE, NOTE VALUES.)
On peut voir la figure de la Double-croche liée ou détachée [246] dans la Figure 9. de la Planche D. Elle s'appelle Double-croche, à cause du Double-crochet qu'elle porte à sa queue, & qu'il faut pourtant bien distinguer du Double-crochet proprement dit, qui fait le sujet de l'Article suivant.
The form of the Thirty-second note – beamed or detached [246] – may be seen in Figure 9 of Plate D. It is called "Double-croche" (double-hook) due to the double hook adorning its stem – though this must not be confused with the Double-hook proper, which forms the subject of the following entry.
DOUBLE-CROCHET, s. m. Signe d'abréviation qui marque la division des Notes en Doubles-croches, comme le simple Crochet marque leur division en Croches simples. (Voyez CROCHET.) Voyez aussi la figure & l'effet du Double-crochet, Figure 10. de la Planche D. à l'exemple B.
DOUBLE-HOOK, s. m. An abbreviation sign denoting division of notes into Thirty-second notes, as the simple Hook indicates division into Eighth notes. (See HOOK.) Consult also Figure 10 of Plate D, Example B, for its form and function.
DOUBLE-EMPLOI, s. m. Nom donne par M. Rameau aux deux différentes manieres dont on peut considérer & traiter l'Accord de sous Dominante; savoir, comme Accord fondamental de Sixte-ajoutée, ou comme: Accord de grande Sixte, renversé d'un Accord fondamental de Septieme. En effet, ces deux Accords portent exactement les mêmes Notes, se chiffrent de même, s'emploient sur les mêmes cordes du Ton; de forte que souvent on ne peut discernercelui que l'Auteur a voulu employer qu'à l'aide de l'Accord suivant qui le sauve, & qui est différent dans l'un & dans l'autre cas.
DOUBLE-EMPLOI, s. m. Term coined by Mr. Rameau for the dual manner of considering and treating the Subdominant chord: namely, as a Fundamental added Sixth chord, or as an augmented Sixth chord – the inversion of a Fundamental Seventh chord. Indeed, these two chords contain precisely the same notes, share identical figured bass symbols, and are employed on the same scale degrees; hence one can often discern the composer's intended treatment only through the resolving chord that follows, which differs in each case.
Pour faire ce discernement on considere le progrès diatonique des deux Notes qui sont la Quinte & la Sixte, & qui, formant entr'elles un Intervalle de Seconde, sont l'une ou l'autre la Dissonance de l'Accord. Or ce progrès est déterminé par le mouvement de la Basse. Si donc, de ces deux Notes, la supérieure est dissonante, elle montera d'un Degré dans l'Accord suivant, l'inférieure restera en place, & l'Accord sera une Sixte ajoutée. Si c'est l'inférieure qui est [247] dissonante, elle descendra dans l'Accord suivant, la supérieure restera en place, & l'Accord sera celui de grande Sixte. Voyez les deux: cas Double-emploi, Planche D. Fig.12.
To make this distinction, we observe the diatonic progression of the two notes forming the Fifth and Sixth – which, constituting a Second interval, serve alternately as the chord's dissonance. This progression is determined by the Bass motion. If the upper of these two notes is dissonant, it will ascend by step in the following chord while the lower remains stationary, producing an added Sixth chord. If the lower note is dissonant [247], it will descend in the next chord while the upper remains, forming an augmented Sixth chord. See both cases in Double-emploi, Plate D. Fig.12.
A l'égard Compositeur, l'usage qu'il peut faire du Double-emploi est de considérer l'Accord qui le comporte sous une face pour y entrer & sous l'autre pour en sortir; de forte qu'y étant arrivé comme à un Accord de Sixte-ajoutée, il le fauve comme un Accord de grande-Sixte réciproquement.
Regarding compositional application, the Double-emploi allows a composer to approach a chord under one guise and depart from it under another – entering as an added Sixth chord and resolving as an augmented Sixth chord, or conversely.
M. d'Alembert a fait vois qu'un des principaux usages du Double-emploi est de pouvoir porter la succession diatonique de la Gamme jusqu'à l'Octave, sans changer de Mode, du moins en montant; car en descendant on en change. On trouvera, (Planche D. Fig. 13.) l'exemple de cette Gamma & de sa Basse-fondamentale. Il est évident, selon le Systême de M. Rameau, que toute la succession harmonique qui en résulte est dans le même Ton, car on n'y emploie, à la rigueur, que les trois Accords, de la Tonique, de la Dominante, & de la sous-Dominante; ce dernier donnant par le Double-emploi celui de Septieme de la seconde Note, qui s'emploie sur la Sixieme.
Mr. d'Alembert demonstrated that a principal use of Double-emploi lies in enabling diatonic scale progression through an octave without mode change – at least ascendingly; descending requires mode alteration. An example of this scale and its Fundamental Bass appears in Plate D. Fig. 13. Under Mr. Rameau's system, the entire resulting harmonic progression remains within the same key, strictly employing only three chords: Tonic, Dominant, and Subdominant – the last, through Double-emploi, yielding the Seventh chord on the second scale degree used over the sixth.
[248] La preuve qu'il en donne est que la Dissonance ut du premier Accord ne peut être sauvée dans le second; & cela est vrai, puisqu'elle reste en place: mais dans cet Accord de Septieme re fa la ut renversé de cet Accord fa la ut re de Sixte-ajoutée, ce n'est point ut, mais re qui est la Dissonance; laquelle, par conséquent, doit être sauvée en montant sur mi, comme elle fait réellement dans l'Accord suivant; tellement que cette marche est forcée dans la Basse même, qui de re ne pourroit sans faute retourner à ut, mais doit monter à mi pour sauver la Dissonance.
[248] His proof asserts that the dissonant ut in the first chord cannot resolve properly in the second – true enough, as it remains stationary. But in this Seventh chord re fa la ut (inversion of the fa la ut re added Sixth chord), the dissonance lies not in ut but in re, which must consequently resolve upward to mi as it indeed does in the following chord. Thus this progression is enforced in the Bass itself, where re cannot return faultily to ut but must ascend to mi to resolve the dissonance.
A l'égard de ce qu'ajoute M. d'Alembert dans ses Elémens de Musique, page 80. & qu'il répete dans l'Encyclopédie, Article Double-emploi; savoir, que l'Accord de Septieme re fa la ut, quand même on le regarderoit comme renversé de fa la ut re, ne peut être suivi de l'Accord ut mi sol ut, je ne puis être de son avis sur ce point.M. d'Alembert fait voir ensuite que cet Accord re fa la ut, précédé suivi de celui de la Tonique, ne peut s'autoriser par le Double-emploi; & cela est encore très-vrai, puisque cet Accord, quoique chiffré d'un 7. n'est traité comme Accord de Septieme, ni quand on y entre, ni quand on en sort, ou du moins qu'il n'est point nécessaire de le traiter comme tel, mais simplement comme un renversement de la Sixte-ajoutée, dont la Dissonance est à la Basse; sur quoi l'on ne doit pas oublier que cette Dissonance ne se prépare jamais. Ainsi, quoique dans un tel passage il ne soit pas question du Double-emploi que l'Accord de Septieme n'y soit qu'apparent & impossible à sauver dans les regles, cela n'empêche pas que le passage ne soit bon & régulier, comme je viens de le prouver aux Théoriciens, & comme je vais le prouver aux Artistes, par un exemple de ce passage, qui sûrement ne sera condamné d'aucun d'eux, ni justifié par aucune autre Basse-fondamentale que la mienne. (Voyez Planche D. Fig. 14.)
Regarding what M. d'Alembert adds in his Elements of Music, page 80 and repeats in the Encyclopédie under the Article Double-emploi – namely, that the chord re fa la ut, even when considered as an inversion of fa la ut re, cannot be followed by the chord ut mi sol ut – I cannot concur with this opinion. M. d'Alembert further demonstrates that this chord re fa la ut, when preceded by or followed by the tonic chord, cannot be justified through the Double-emploi; and this remains quite true, since this chord, though marked with a 7, is treated neither as a seventh chord when entering nor exiting, or at least not necessarily as such. Rather, it is treated simply as an inversion of the added sixth, whose dissonance lies in the bass – a dissonance that is never prepared. Thus, even though in such a passage the Double-emploi is irrelevant, and the seventh chord here is merely apparent and impossible to resolve by the rules, this does not prevent the passage from being good and regular, as I have just proven to theorists and will now prove to practitioners through an example (See Planche D. Fig. 14), which surely no musician will condemn, nor justify through any Fundamental Bass other than my own.
[249] J'avoue que ce renversement de l'Accord de Sixte-ajoutée, qui transporte la Dissonance à la Basse, a été blâmé par M. RAMEAU: cet Auteur, prenant pour Fondamental l'Accord de Septieme qui en résulte, a mieux aimé faire descendre Diatoniquement la Basse-fondamentale, & sauver une Septieme par une autre Septieme, que d'expliquer cette Septieme par un renversement. J'avois relevé cette erreur & beaucoup d'autres dans des papiers qui depuis long-tems avoient passé dans les mains de M. d'Alembert, quand il fit ses Elémens de Musique; de sorte que ce n'est pas son sentiment que j'attaque, c'est le mien que je défends.
[249] I acknowledge that this inversion of the added sixth chord, which transfers the dissonance to the bass, was criticized by M. RAMEAU. Preferring to treat the resulting seventh chord as fundamental, this author chose to have the Fundamental Bass descend diatonically and resolve one seventh with another seventh rather than explain this seventh through inversion. I had corrected this error – along with many others – in papers long since passed to M. d'Alembert while he was composing his Elements of Music. Thus, it is not his opinion I attack here, but my own that I defend.
Au reste, on ne sauroit user avec trop de réserve du Double-emploi, & les plus grands Maîtres sont les plus sobres à s'en servir.
In any case, one cannot exercise too much restraint in using the Double-emploi, and the greatest Masters are the most sparing in its employment.
DOUBLE-FUGUE, s. f. On fait une Double-Fugue, lorsqu'à la suite d'une Fugue déjà annoncée, on annonce une autre Fugue d'un dessein tout différent; & il faut que cette seconde Fugue ait réponse & ses rentrées ainsi que la premiere; ce qui ne peut gueres se pratiquer qu'à quatre Parties. (Voyez FUGUE.) On peut, avec plus de Parties, faire entendre à la fois un plus grand nombre encore de différentes Fugues: mais la confusion est toujours à craindre, & c'est alors le chef-d'oeuvre de l'art de les bien traiter. Pour cela il faut, dit M. Rameau, observer autant qu'il est possible, de ne les faire entrer que l'une après l'autre; sur-tout la premiere fois, que leur progression soit renversée, qu'elles soient caractérisées différemment, & que si elles ne peuvent être entendues ensemble, au moins une portion [250] de l'une s'entende avec une portion de l'autre. Mais ces exercices pénibles sont plus faits pour les écoliers que pour les maîtres; ce sont les semelles de plomb qu'on attache aux pieds des jeunes Coureurs pour les faire courir plus légérement quand ils en sont délivrés.
DOUBLE-FUGUE, s. f. A Double Fugue occurs when, following an already established fugue, another fugue of entirely different design is introduced. This second fugue must have its own answer and entries like the first – a practice feasible only in four-part writing. (See FUGUE.) With more parts, one may simultaneously introduce an even greater number of distinct fugues. Yet confusion remains ever a risk; thus, the supreme art lies in skillfully handling them. For this, M. Rameau advises that they be introduced successively (especially at first), that their progression be inverted, that they be distinctly characterized, and that if they cannot be heard together, at least portions [250] of one fugue may harmonize with portions of another. But such laborious exercises suit students more than masters – like lead soles fastened to young runners' feet to make them swifter once unburdened.
DOUBLE-OCTAVE, s. f. Intervalle composé de deux Octaves, qu'on appelle autrement Quinzieme, & que les Grecs appelloient Disdiapason.
DOUBLE-OCTAVE, s. f. An interval comprising two octaves, otherwise called a Fifteenth, and termed Disdiapason by the Greeks.
La Double-Octave est en raison doublée de l'Octave simple, & c'est le seul Intervalle qui ne change pas de nom en se composant avec lui-même.
The Double-Octave stands in a doubled ratio relative to the simple Octave, being the sole interval that retains its name when compounded with itself.
DOUBLE-TRIPLE. Ancien nom de la Triple de Blanches ou de la Mesure à trois pour deux, laquelle se bat à trois Tems, & contient une Blanche pour chaque Tems. Cette Mesure n'est plus en usage qu'en France, ou même elle commence à s'abolir.
DOUBLE-TRIPLE. Former name for the Triple of Half Notes or Measure of three-for-two, beaten in three beats with a Half Note per beat. This Measure survives only in France, where it now begins to fade from use.
DOUX, adj. pris adverbialement. Ce mot en Musique est opposé à Fort, & s'écrit au-dessus des Portées pour la Musique Françoise, & au-dessous pour l'Italienne, dans les endroits ou l'on veut faire diminuer le bruit, tempérer & radoucir l'éclat & la véhémence du Son, comme dans les Echos, & dans les Parties d'Accompagnement. Les Italiens écrivent Dolce & plus communément Pianodans le même sens; mais leurs Puristes en Musique soutiennent que ces deux mots ne sont pas synonymes, & que c'est par abus que plusieurs Auteurs les emploient comme tels. Ils disent que Piano signifie simplement une modération de Son, une diminution de bruit; mais que Dolce indique, outre cela, [251] une maniere de jouer piu soave, plus douce, plus liée, & répondant à- peu-près au mot Louré des François.
DOUX (SOFT), adj. used adverbially. This term in Music is opposed to Fort (LOUD), and is written above the staves in French music, and below in Italian music, in passages where one seeks to diminish volume, tempering and softening the brilliance and vehemence of the sound – as in Echos or accompanying parts. The Italians write Dolce and more commonly Piano with the same intent; yet their musical purists maintain these terms are not synonymous, and that many authors misuse them interchangeably. They argue that Piano signifies mere moderation of sound, a reduction in volume, whereas Dolce indicates, beyond this, [251] a manner of playing piu soave ("more tenderly") – more smoothly connected, approximating the French term Louré.
Le Doux a trois nuances qu'il faut bien distinguer; savoir, le Demi-peu, le Doux & le très-Doux . Quelque voisines que paroissent être ces trois nuances, un Orchestre entendu les rend très- sensibles & très-distinctes.
The Doux (SOFT) admits three gradations requiring careful distinction: the Demi-peu (HALF-SOFT), the Doux (SOFT), and the très-Doux (VERY-SOFT). However proximate these gradations may appear, a skilled orchestra renders them strikingly perceptible and distinct.
DOUZIEME, s. f: Intervalle composé de onze Degrés conjoints; c'est-à-dire, de Douze Sons diatoniques en comptant les deux extrêmes: c'est l'Octave de la Quinte. (Voy. QUINTE.)
DOUZIEME (TWELFTH), s. f. A compound interval spanning eleven consecutive degrees – that is, twelve diatonic tones including both extremes. It constitutes the octave of the Fifth. (See QUINTE [FIFTH].)
Toute corde sonore rend, avec le Son principal, celui de la Douzieme, plutôt que celui de la Quinte, parce que cette Douzieme est produite par une aliquote de la corde entiere qui est le tiers; au lieu que les deux tiers, qui donneroient la Quinte, ne sont pas une aliquote de cette même corde.
Any vibrating string produces the Twelfth alongside its fundamental tone more readily than the Fifth, for this Douzieme arises from a third of the string's length – an aliquot division – whereas two-thirds of the string (which would yield the Fifth) do not form an aliquot portion of the whole.
DRAMATIQUE, adj. Cette épithete se donne à la Musique imitative, propre aux Pieces de Théâtre qui se chantent, comme les Opéra. On l'appelle aussi Musique Lyrique.(Voyez IMITATION.)
DRAMATIQUE (DRAMATIC), adj. This epithet applies to imitative music suited to theatrical works intended for singing, such as Operas. It is also termed Lyrical Music. (See IMITATION.)
DUO, s, m. Ce nom se donne en général à toute Musique à deux Parties; mais on en restreint aujourd'hui le sens à deux Parties récitantes, vocales ou instrumentales, à l'exclusion des simples Accompagnemens qui ne sont comptés pour rien. Ainsi l'on appelle Duo une Musique à deux Voix, quoiqu'il y ait une troisieme Partie pour la Basse-continue, & d'autres pour la Symphonie. En un mot, pour constituer un Duo il faut deux Parties principales, entre lesquelles le Chant soit également distribué.
DUO (DUET), s. m. This name generally denotes any music for two parts; yet its modern usage is restricted to two recitative parts – vocal or instrumental – excluding mere accompaniments deemed insignificant. Thus, we call a Duo a composition for two voices even when accompanied by a continuo bass and symphonic parts. In short, a Duo requires two principal parts between which the melody is equally distributed.
[252] Les regles du Duo & en général de la Musique à deux Parties, sont les plus rigoureuses pour l'Harmonie; on y défend plusieurs passages, plusieurs mouvemens qui seroient permis à un plus grand nombre de Parties: car tel passage ou tel Accord qui plaît à la faveur d'un troisieme ou d'un quatrieme Son, sans eux choqueroir l'oreille. D'ailleurs, on ne seroit pas pardonnable de mal choisir, n'ayant que deux Sons à prendre dans chaque Accord. Ces regles étoient encore bien plus séveres autrefois; mais on s'est relâché sur tout cela dans ces derniers tems ou tout le monde s'est mis à composer.
[252] The rules governing the Duo – and two-part music generally – impose the strictest harmonic constraints. Certain passages and motions permissible in compositions with more parts are here forbidden: for a dissonance tolerated through the mediation of a third or fourth part would offend the ear when stripped of such support. Moreover, poor choices become inexcusable when confined to selecting only two tones per chord. These rules were even more rigorous in former times, but recent laxity has followed the current fashion where all presume to compose.
On peut envisager le Duo sous deux aspects; savoir, simplement comme un Chant à deux Parties, tel, par exemple, que le premier verset du Stabat de Pergolèse, Duo le plus parfait & le plus touchant qui soit sorti de la plume d'aucun Musicien; ou comme partie de la Musique imitative & théâtrale, tels que sont les Duo des Scenes d'Opéra. Dans l'un & dans l'autre cas, le Duo est de toutes les sortes de Musique celle qui demande le plus de goût, de choix, & la plus difficile à traiter sans sortir de l'unité de Mélodie. On me permettra de faire ici quelques observations sur le Duo Dramatique, dont les difficultés particulieres se joignent à celles qui sont communes à tous les Duo.
The Duo may be considered under two aspects: first, simply as a two-part composition – such as the opening verse of Pergolesi's Stabat, the most perfect and moving Duo ever penned by any musician; or as a component of imitative theatrical music, like the Duo in operatic scenes. In either case, the Duo demands more taste, discernment, and difficulty in preserving melodic unity than any other musical form. I shall here offer observations on the Duo Dramatique (DRAMATIC DUET), whose particular challenges compound those common to all Duo.
L'Auteur de la Lettre: sur l'Opéra d'Omphale a sensément remarqué que les Duo sont hors de la nature dans la Musique imitative: car rien n'est moins naturel que de voir deux personnes se parler à la fois durant un certain tems, soit pour dire la même chose, soit pour se contredire, sans [253] jamais s'écouter ni se répondre; & quand cette supposition pourroit s'admettre encertains cas, ce ne seroit pas du moins dans la Tragédie, ou cette indécence n'est convenable ni à la dignité des personnages qu'on y fait parler, ni à l'éducation qu'on leur suppose. Il n'y a donc que les transports d'une passion violente qui puissent porter deux Interlocuteurs héroïques à s'interrompre l'un & l'autre, à parler tous deux à la sois; & même, en pareil cas, il est très ridicule que ces discours simultanés soient prolongés de maniere à faire une suite chacun de leur côté.
The Author of the Letter on the Opera of Omphale rightly observed that Duos are unnatural in Imitative Music: for nothing is less natural than seeing two persons speak simultaneously over a duration, whether to say the same thing or contradict each other, without [253] ever listening or responding; and even if this premise could be admitted in certain cases, it would at least be unsuitable in Tragedy, where such indecorum befits neither the dignity of the characters portrayed nor the education one presumes them to possess. Only the transports of violent passion could drive two heroic interlocutors to interrupt each other, to speak both at once; yet even then, it remains highly ridiculous for these simultaneous speeches to be prolonged in such a way as to form two independent sequences.
Le premier moyen de sauver cette absurdité est donc da ne placer les Duo que dans des situations vives & touchantes, ou l'agitation des Interlocuteurs les jette dans une sorte de délire capable de faire oublier aux Spectateurs & à eux-mêmes ces bienféances théâtrales qui renforcent l'illusion dans les scenes froides, & la détruisent dans la chaleur des passions, Le second moyen est de traiter le plus qu'il est possible le Duo en Dialogue. Ce Dialogue ne doit pas être phrasé & divisé en grandes périodes comme celui du Récitatif, mais formé d'interrogations, de réponses, d'exclamations vives courtes, qui donnent occasion à la Mélodie de passer alternativement & rapidement d'une Partie à l'autre, sans cesser de former une suite que l'oreille puisse saisir. Une troisieme attention est de ne pas prendre indifféremment pour sujets toutes les passions violentes; mais seulement celles qui sont susceptibles de la Mélodie douce & un peu contrastée convenable au Duo, pour en rendre le chant accentué & l'Harmonie agréable. La fureur, l'emportement marchent trop [254] vite; on ne distingue rien, on n'entend qu'un aboiement confus, & le Duo ne fait point d'effet. D'ailleurs, ce retour perpétuel d'injures, d'insultes conviendroit mieux à des Bouviers qu'à des Héros, & cela ressemble tout-à-fait aux fanfaronades de gens qui veulent se faire plus de peur que de mal. Bien moins encore saut-il employer ces propos doucereux d'appas, de chaînes, de flâmes; jargon plat & froid que la passion ne connut jamais, & dont la bonne Musique n'a pas plus besoin que la bonne Poésie. L'instant d'une séparation, celui où l'un des deux Amans va à la mort ou dans les bras d'un autre, le retour sincere d'un infidele, le touchant combat d'une mere & d'un fils voulant mourir l'un pour l'autre; tous ces momens d'affliction où l'on ne laissé pas de verser des larmes délicieuses: voilà les vrais sujets qu'il faut traiter en Duo avec cette simplicité de paroles qui convient au langage du coeur. Tous ceux qui ont fréquenté les Théâtres Lyriques savent combien ce seul mot addio peut exciter d'attendrissement & d'émotion dans tout un Spectacle. Mais si-tôt qu'un trait d'esprit ou un tour phrasé se laissé appercevoir, à l'instant le charme est détruit, & il faut s'ennuyer ou rire.
The first means to mitigate this absurdity is thus to place Duos only in vivid and touching situations where the interlocutors' agitation throws them into a sort of delirium capable of making both spectators and themselves forget theatrical proprieties – those very proprieties that reinforce illusion in cold scenes yet destroy it in the heat of passions. The second means is to treat the Duo as much as possible as Dialogue. This Dialogue must not be phrased and divided into grand periods like that of Recitative, but formed from interrogations, responses, and brief exclamations that allow the Melody to alternate swiftly between Parts while maintaining a coherent sequence the ear can follow. A third consideration is to avoid indiscriminately taking all violent passions as subjects, but rather those susceptible to the gentle and subtly contrasted Melody proper to the Duo, thereby rendering its accents and Harmony agreeable. Fury and impetuosity move too [254] rapidly; one distinguishes nothing but a confused barking, and the Duo produces no effect. Moreover, this perpetual exchange of insults would suit herdsmen better than Heroes, resembling the bluster of those seeking to intimidate rather than harm. Far worse is the employment of saccharine talk of charms, chains, and flames – a flat, frigid jargon unknown to true passion, which good Music needs as little as good Poetry. The moment of separation, when one lover departs for death or another's embrace; the sincere return of an unfaithful partner; the poignant struggle between mother and son each seeking to die for the other – all these moments of affliction where one still sheds delicious tears: these are the true subjects for Duos, treated with that verbal simplicity befitting the heart's language. All frequenters of Lyric Theaters know how powerfully the single word addio can stir tenderness and emotion throughout an audience. But let a witty turn or elaborate phrasing become apparent, and instantly the charm dissolves, leaving one to yawn or laugh.
Voilà quelques-unes des observations qui regardent le Poète. A l'égard du Musicien, c'est à lui de trouver un chant convenable au sujet, & distribué de telle sorte que, chacun des Interlocuteurs parlant à son tour, toute la suite du Dialogue ne forme qu'une Mélodie, qui, sans changer de sujet, ou du moins sans altérer le mouvement, passe dans ton progrès d'une Partie à l'autre, sans cesser d'être [255] une & sans enjamber. Les Duo qui sont le plus d'effet sont ceux des Voix égales, parce que l'Harmonie en est plus rapprochée; & entre les Voix égales, celles qui sont le plus d'effet sont les Dessus, parce que leur Diapason plus aigu se rend plus distinct, & que le Son en est plus touchant. Aussi les Duo de cette espece sont-ils les seuls employés par les Italiens dans leurs Tragédies, & je ne doute pas que l'usage des Castrati dans les rôles d'hommes ne soit dû en partie à cette observation. Mais quoiqu'il doive y avoir égalité entre les Voix, & unité dans la Mélodie, ce n'est pas à dire que les deux Parties doivent être exactement semblables dans leur tour de chant: car outre la diversité de styles qui leur convient, il est triés-rare que la situation des deux Acteurs soit si parfaitement la même qu'ils doivent exprimer leurs sentimens de la même maniere: ainsi le Musicien doit varier leur accent & donner à chacun des deux le caractere qui peint le mieux l'état de son ame, surtout dans le Récit alternatif.
These are some observations concerning the Poet. As for the Musician, it falls to him to devise a melody appropriate to the subject, arranged in such a manner that as each Interlocutor speaks in turn, the entire progression of the Dialogue forms but a single Melody which – without altering its subject or disrupting the tempo – passes successively from one Part to another, remaining ever [255] unified and seamless. The most effective Duos are those for equal Voices, as their Harmony lies in closer proximity; and among equal Voices, the most moving are Trebles, for their higher Diapason renders them more distinct, and their tone more affecting. Hence this type of Duo is the only one employed by Italians in their Tragedies, and I have no doubt that the use of castrati in male roles owes partial origin to this observation. Yet though Voices should be equal and Melody unified, this does not require both Parts to mirror each other exactly in melodic contour: for beyond the stylistic diversity befitting them, it remains exceedingly rare for two Actors' situations to align so perfectly that they must express sentiments identically. Thus the Musician must vary their accents and endow each with the character that best depicts their soul's condition – particularly in alternating Recitative.
Quand on joint ensemble les deux Parties, (ce qui doit se faire rarement & durer peu), il faut trouver un Chant susceptible d'une marche par Tierces ou par Sixtes, dans lequel la seconde Partie fasse son effet sans distraire de la premiere. (Voyez UNITÉ DE MÉLODIE.) Il faut garder la dureté des Dissonances, les Sons perçans & renforcés, le Fortissimo de l'Orchestre pour des instans de désordre & de transports où les Auteurs, semblant s'oublier eux-mêmes; portent leur égarement dans l'ame de tout spectateur sensible, & lui sont éprouver le pouvoir de l'Harmonie sobrement [256] ménagée; mais ces instans doivent être rares, courts & amenés avec art. Il faut, par une Musique douce & affectueuse, avoir déjà disposé l'oreille & le coeur à l'émotion, pour que l'une & l'autre se prêtent à ces ébranlemens violens, & il faut qu'ils passent avec la rapidité qui convient à notre foiblesse; car quand l'agitation est trop forte, elle ne peut durer, & tout ce qui est au-delà de la nature ne touche plus.
When combining both Parts (which should occur sparingly and briefly), one must find a melody permitting progression by Thirds or Sixths, wherein the second Part achieves effect without distracting from the first. (See UNITY OF MELODY.) The harshness of Dissonances, piercing tones, orchestral Fortissimo must be reserved for moments of disorder and transport – when Composers, seeming to forget themselves, imprint their frenzy upon every sensitive spectator's soul, demonstrating Harmony's power through restrained [256] application. Yet such moments must be rare, brief, and artfully prepared. Through tender and affecting Music, the ear and heart must first be disposed to emotion, that they may yield to these violent commotions – which must pass with the rapidity suited to our frailty; for when agitation grows excessive, it cannot endure, and all that exceeds nature ceases to move.
Comme je ne me flatte pas d'avoir pu me faire entendre par-tout allez clairement dans cet article, je crois devoir y joindre un exemple sur lequel le Lecteur, comparant mes idées, pourra les concevoir plus aisément. Il est tiré de l'Olympiade de M.Métastasio; les curieux seront bien de chercher dans la Musique du même Opéra, par Pergolése, comment ce premier Musicien de son tems & du nôtre a traité ce Duo dont voici le sujet.
As I cannot flatter myself with perfect clarity throughout this article, I deem it necessary to append an example wherein Readers may compare my ideas with greater ease. Drawn from Metastasio's Olimpiade, connoisseurs would do well to examine how Pergolesi – foremost Musician of his age and ours – treated this Duo in his setting of the same Opera. The subject follows:
Mégaclès s'étant engagé à combattre pour son ami dans des jeux où le prix du vainqueur doit être la belle Aristée, retrouve dans cette même Aristée la maîtresse qu'il adore. Charmée du combat qu'il va soutenir & qu'elle attribue à son amour pour elle, Aristée lui dit à ce sujet les choses les plus tendres, auxquelles il répond non moins tendrement; mais avec le désespoir secret de ne pouvoir retirer sa parole, ni se dispenser de faire, aux dépens de tout son bonheur, celui d'un ami auquel il doit la vie. Aristée, alarmée de la douleur qu'elle lit dans ses yeux, & que confirment ses discours équivoques & interrompus, lui témoigne son inquiétude, & Mégaclès ne pouvant plus supporter, [257] à la fois, son désespoir & le trouble de sa maîtresse, part sans s'expliquer & la laissé en proie aux plus vives craintes. C'est dans cette situation qu'ils chantent le Duo suivant.
Megacles, having pledged to compete in games where victory's prize is the fair Aristaea, discovers in her the very mistress he adores. Enchanted by the combat he must undertake – which she attributes to love for her – Aristaea addresses him with utmost tenderness, to which he responds no less tenderly, yet with secret despair at being unable to retract his oath or avoid sacrificing his happiness for that of a life-indebted friend. Aristaea, alarmed by the anguish she reads in his eyes – confirmed by his equivocal, fragmented speech – voices her disquiet. Unable to bear [257] both his despair and his mistress's distress, Megacles departs without explanation, leaving her prey to keenest fears. It is in this plight that they sing the following Duo.
MEGACLES.
MEGACLES.
Mia vita...... addio.
My life... farewell.
Ne'giorni tuoi felici Ricordati di me.
In your days of bliss,
Remember me.
ARISTEE.
ARISTAEA.
Perchè cosi mi dici, Anima mia, perchè?
Why speak thus to me,
My soul, ah why?
MEGACLES.
MEGACLES.
Taci, bel'Idol mio.
Be silent, my fair idol.
ARISTEE.
ARISTAEA.
Parla, mio dolce amor.
Speak, my sweet love.
MEGACLES. A! che parlando, Oh Dio!
MEGACLES. A! che parlando, Oh Dio!
ARISTEE. A! che tacendo, Oh Dio!
ARISTEE. A! che tacendo, Oh Dio!
Tu mi traffigi il cor!
Tu mi traffigi il cor!
ARISTEE, à part.
ARISTEE, aside.
Veggio languir chi adoro,
Veggio languir chi adoro,
[258] Ne intendo il suo languir!
[258] Ne intendo il suo languir!
MEGACLES, à part.
MEGACLES, aside.
Di gelosia mi moro,
Di gelosia mi moro,
E non lo posso dir!
E non lo posso dir!
ENSEMBLE.
ENSEMBLE.
Chi mai provo di questo
Chi mai provo di questo
Affanno più funesto,
Affanno più funesto,
Più barbaro dolor?
Più barbaro dolor?
Bien que tout ce Dialogue semble n'être qu'une suite de la Scene, ce qui le rassemblé en un seul Duo, c'est l'unité de Dessein par laquelle le Musicien en réunit toutes les Parties, selon l'intention du Poëte.
Though this entire Dialogue appears as a mere continuation of the Scene, what unifies it into a single Duo is the unity of Design through which the Musician reunites all its Parts, according to the Poet's intent.
A l'égard des Duo Bouffons qu'on emploie dans les Intermedes & autres Opéra comiques, ils ne sont pas communément à Voix égales, mais entre Basse & Dessus. S'ils n'ont pas le pathétique des Duo tragiques, en revanche ils sont susceptibles d'une variété plus piquante, d'accens plus différens & de caracteres plus marqués. Toute la gentillesse de la coquetterie, toute la charge des rôles à manteaux, tout le contraste des sottises de notre sexe & de la ruse de l'autre, enfin toutes les idées accessoires dont le sujet est susceptible; ces choses peuvent concourir toutes a jetter de l'agrément & de l'intérêt dans ces Duo, dont les regles sont d'ailleurs les mêmes que des précédens, en ce qui regarde le Dialogue & l'unité de Mélodie. Pour [259] trouver un Duo comique parfait à mon gré dans toutes ses Parties, je ne quitterai point l'Auteur immortel qui m'a fourni les deux autres exemples, mais je citerai le premier Duo de la Serva Padrona: lo conosco a quegl'occhietti, &c. & je le citerai hardiment comme un modelé de Chant-agréable, d'unité de Mélodie, d'Harmonie simple, brillante & pure, d'accent, de dialogue & de goût; auquel rien ne peut manquer, quand il sera bien rendu, que des Auditeurs qui sachent l'entendre & l'estimer ce qu'il vaut.
As for comic Duos used in Intermezzi and other light Operas, they are generally not for equal Voices but between Bass and Treble. While lacking the pathos of tragic Duos, they compensate through sharper variety of accents and more marked characters. The coquetry's charm, the buffoonery of stock roles, the contrast between our sex's follies and the other's cunning—all accessory ideas germane to the subject may contribute grace and interest to these Duos, whose rules otherwise align with the aforementioned regarding Dialogue and melodic unity. For [259] a comic Duo that perfectly satisfies my taste in all aspects, I need not depart from the immortal author who furnished the previous examples, but shall cite the first Duo from La Serva Padrona: lo conosco a quegl'occhietti, &c.—and I shall boldly cite it as a model of agreeable melody, melodic unity, simple yet brilliant harmony, apt accentuation, dialogue, and taste; to which nothing is lacking, when well performed, save auditors capable of understanding and valuing its true worth.
DUPLICATION, s. f. Terme de Plain-Chant. L'Intonation par Duplication se fait par une sorte de Périélèse, en doublant la pénultieme Note du mot qui termine l'Intonation; ce qui n'a lieu que lorsque cette pénultieme Note est immédiatement au-dessous de la derniere. Alors la Duplication sert à la marquer d'avantage, en maniere de Note sensible.
DUPLICATION, n. f. Plainchant term. Intonation by Duplication occurs through a species of Périélèse, doubling the penultimate note of the word concluding the Intonation—a practice reserved for when said penultimate note lies immediately below the final one. The Duplication thus emphasizes it as a sort of leading tone.
DUR, adj. On appelle ainsi tout ce blesse l'oreille par son âpreté. Il y a des Voix Dures & glapissantes, des Instrumens aigres & Durs, des compositions Dures. La Dureté du Béquarre lui fit donner autrefois le nom de B Dur. Il y a des Intervalles Durs dans la Mélodie; tel est le progrès Diatonique des trois Tons, soit en montant, soit en descendant; & telles sont en généraitoutes les Fausses-Relations. Il y a dans l'Harmonie des Accords Durs; tels que sont le Triton, la Quinte-superflue, & en général toutes les Dissonances majeures. La Dureté prodiguée révolte l'oreille & rend une Musique désagréable; mais ménagée avec art, elle sert au clair-obscur, & ajoute à l'expression.
HARD, adj. Denotes whatever offends the ear through harshness. There are hard and shrill Voices, sharp and grating Instruments, hard-hitting compositions. The hardness of the natural sign once earned it the name "B Hard." Certain melodic Intervals are harsh—such as the diatonic progression of three whole tones ascending or descending—as are generally all False Relations. In Harmony, harsh Chords include the Tritone, augmented Fifth, and broadly all major Dissonances. Excessive hardness revolts the ear and renders Music disagreeable; yet judiciously managed, it serves chiaroscuro effects and heightens expression.
E
E
[260] E se mi, E la mi, ou simplement E. Troisieme Son de la Gamme de l'Arétin, que l'on appelle autrement Mi. (Voy. GAMME.)
[260] E as mi, E la mi, or simply E. Third note in Guido of Arezzo's gamut, otherwise called Mi. (See GAMUT.)
ECBOLE, ou Elévation. C'étoit dans les plus anciennes Musiques Grecques, une altération du Genre Enharmonique, lorsqu'une corde étoit accidentellement élevée de cinq Dieses au- dessus de son Accord ordinaire.
ECBOLE, or Elevation. In ancient Greek music, an alteration of the Enharmonic genus wherein a string was temporarily raised five dieses above its standard tuning.
ÉCHELLE, s. f. C'est le nom qu'on a donne à la succession Diatonique des sept Notes, ut re mi fa sol la si, de la Gamme notée, parce que ces Notes se trouvent rangées en maniere d'échelons sur les Portées de notre Musique.
SCALE, n. f. Name given to the diatonic sequence of seven notes—ut, re, mi, fa, sol, la, si—in our notated gamut, as they ascend the staff like rungs on a ladder.
Cette énumération de tous les Sons Diatoniques de notre Systême, rangés par ordre, que nous appellons Echelle, les Grecs dans le leur l'appelloient Tétracorde, parce qu'en effet leur échelle n'étoit composée que de quatre Sons qu'ils répétoient de Tétracorde en Tétracorde, comme nous faisons d'Octave en Octave. (Voyez TÉTRACORDE.)
This enumeration of all diatonic tones in our system, ordered sequentially and termed a Scale, was called a Tetrachord by the Greeks, whose own scale comprised merely four notes repeated across overlapping tetrachords, much as we replicate octaves. (See TETRACHORD.)
Saint Grégoire fut, dit-on, le premier qui changea les Tétracordes des Anciens en un Eptacorde ou Systême de sept Notes; au bout desquelles, commençant une autre Octave, on trouvé des Sons semblables répétés dans le même ordre., Cette découverte est très-belle, & il semblera singulier que les Grecs, qui voyoient fort bien les propriétés de [261] l'Octave, aient cru, malgré cela, devoir rester attachés à leurs Tétracordes. Grégoire exprima ces sept Notes avec les sept premieres lettres de l'Alphabet Latin. Gui Arétin donna des noms aux six premieres; mais il négligea d'en donner un à la septieme, qu'en France on a depuis appellé si, & qui n'a point encore d'autre nom que B mi, chez la plupart des Peuples de l'Europe.
Saint Gregory, it is said, first replaced the Ancient tetrachords with a Heptachord or seven-note system; beyond which, upon commencing another octave, one finds identical tones recurring in the same order. This discovery is most elegant, and it seems peculiar that the Greeks—who well understood octave properties—nonetheless clung to their tetrachords. Gregory expressed these seven notes through the first seven Latin letters. Guido of Arezzo named the first six but neglected the seventh, which in France we later called si and which most Europeans still designate as B mi.
Il ne faut pas croire que les rapports des Tons & semi-Tons dont l'Echellé est composée, soient des choses purement arbitraires, &qu'on eût pu, par d'autres divisions tout aussi bonnes, donner aux Sons de cette Echelle un ordre & des rapports différens. Notre Systême Diatonique est le meilleur à certains égards., parce qu'il est engendré par les Consonnances & par les différences qui sont entre elles. «Que l'on ait entendu plusieurs fois, dit M. Sauveur, l'Accord de la Quinte & celui, de la Quarte, on est porté naturellement à imaginer la différence qui est entr'eux; elle s'unit & se lie avec eux dans notre esprit & participe à leur agrément: voilà le Ton majeur. Il en va de même du. Ton mineur, qui est la différence de la Tierce mineure à la Quarte;& du semi-Ton majeur, qui est celle de la même Quarte à la Tierce majeure. Or le Ton majeur, le Ton mineur & le semi-Ton majeur; voilà les Degrés Diatoniques dont notre Echelle est composée selon les rapports suivans.
One should not believe that the ratios of Tones and semitones composing the Scale are purely arbitrary matters, or that other equally valid divisions could have given the Scale's tones different orderings and proportions. Our Diatonic System remains optimal in certain respects because it is generated by Consonances and their differential relationships. "After hearing the Fifth and Fourth intervals repeatedly," says M. Sauveur, "one is naturally inclined to imagine the difference between them; this difference unites and binds with them in our minds, partaking of their agreeableness: behold the Major Tone. The same applies to the Minor Tone, which arises from the difference between the minor third and the Fourth; and to the major semitone, derived from the difference between that same Fourth and the major third. Thus, the Major Tone, Minor Tone, and major semitone constitute the Diatonic Degrees of our Scale according to the following ratios:
[262]
[262]
Ut - 8/9 - Re -- Ton majeur.
C - 8/9 - D — Major Tone.
Re - 9/10 - Mi -- Ton mineur.
D - 9/10 - E — Minor Tone.
Mi - 15/16 - Fa - Semi-Ton majeur.
E - 15/16 - F — major semitone.
Fa - 8/9 - Sol -- Ton majeur.
F - 8/9 - G — Major Tone.
Sol - 9/10 - La -- Ton mineur.
G - 9/10 - A — Minor Tone.
La - 8/9 - Si - Ton majeur.
A - 8/9 - B — Major Tone.
Si - 15/16 - Ut - Semi-Ton majeur.
B - 15/16 - C — major semitone.
Pour faire la preuve de ce calcul, il faut composer tous les rapports compris entre deux termes consonance, & l'on trouvera que leur produit donne exactement le rapport de la Consonnance; & sil'on réunit tous les termes de l'Echelle, on trouvera le rapport total en raison sous-double; c'est-à-dire, comme 1 est à 2: ce qui est en effet le rapport exact des deux termes extrêmes; c'est-à-dire, de l'ut à son Octave.
To verify this calculation, one must compound all ratios between two consonant terms, and their product will yield the exact ratio of the Consonance. If one aggregates all terms of the Scale, the overall ratio will be sub-double — that is, as 1 is to 2 — which indeed matches the exact proportion between the extreme terms: C and its Octave.
L'Echelle qu'on vient de voir est celle qu'on nomme naturelle ou Diatonique; mais les modernes, divisant ses Degrés en d'autres Intervalles plus petits, en ont tiré une autre Echelle qu'ils ont appellée Echelle semi-Tonique ou Chromatique, parce qu'elle procede par semi-Tons.
The Scale just described is termed natural or Diatonic. However, modern musicians, by subdividing its Degrees into smaller Intervals, have derived another Scale called the Semitonic or Chromatic Scale, as it progresses by semitones.
Pour former cette Echelle, on n'a fait que partager en deux Intervalles égaux ou supposés tels, chacun des cinq Tons entiers de l'Octave; sans distinguer le Ton majeur du Ton mineur; ce qui, avec les deux semi-Tons majeurs qui s'y trouvoient déjà, fait une succession de douze semi- Tons sur treize Sons consécutifs d'une Octave à l'autre.
To form this Scale, one merely splits each of the five whole Tones in the Octave into two equal or assumedly equal Intervals — without distinguishing Major from Minor Tones. This process, combined with the two existing major semitones, produces a succession of twelve semitones across thirteen consecutive tones from one Octave to the next.
L'usage de cette Echelle est de donner les moyens de Moduler sur telle Note qu'on veut choisir pour fondamentale, & de pouvoir, non-seulement faire sur cette Note un [263] Intervalle quelconque, mais y établir une Echelle Diatonique, semblable à l'Echelle Diatonique de l'ut. Tant qu'on s'est contenté d'avoir pour Tonique une Note de la Gamme prise à volonté, sans s'embarrasser si les Sons par lesquels devoir passer la Modulation, étoient avec cette Note, & entr'eux, dans les rapports convenables, l'Echelle semi-Tonique étoit peu nécessaire; quelque fa Dièse, quelque si Bémol composoient ce qu'on appelloit les Feintes de la Musique: c'étoient seulement deux touches à ajouter au Clavier Diatonique. Mais depuis qu'on a cru sentir la nécessité d'établir entre les divers Tons une similitude parfaite, il a falu trouver des moyens de transporter les mêmes Chants & les mêmes Intervalles plus haut ou plus bas, selon le Ton que l'on choisissoit. L'Echelle Chromatique est donc devenue d'une nécessité indispensable; & c'est par son moyen qu'on porte un Chant sur tel Degré du Clavier que l'on veut choisir, & qu'on lerend exactement sur cette nouvelle position, tel qu'il peut avoir été imaginé pour un autre.
The purpose of this Scale is to enable modulation upon any chosen fundamental note, allowing not only the formation of any interval upon this note but also the establishment of a Diatonic Scale analogous to the C major scale. So long as musicians merely selected any note from the gamut as tonic without concern for whether modulatory transitions maintained proper proportional relationships with this note and among themselves, the Semitonic Scale remained scarcely necessary – a few F-sharps and B-flats constituting what were called Musical Feints, requiring only two additional keys on the diatonic keyboard. But once the necessity arose for perfect symmetry between different keys to transpose melodies and intervals higher or lower while preserving their exact relationships, the Chromatic Scale became indispensable. Through its means, any melody can be transposed precisely to a new tonal center while maintaining its original intervallic integrity.
Ces cinq Sons ajoutés ne forment pas dans la Musique de nouveaux Degrés: mais ils se marquent tous sur le Degré le plus voisin, par un Bémol si le Degré est plus haut; par un Dièse s'il est plus bas: & la Note prend toujours le nom du Degré sur lequel elle est placée.(Voyez BéMOL & DI SE.)
These five added tones do not constitute new degrees in music. They are all marked upon the nearest existing degree – with a flat if the degree is raised, a sharp if lowered – always taking the name of the degree they occupy. (See FLAT and SHARP)
Pour assigner maintenant les rapports de ces nouveaux Intervalles, il faut savoir que les deux Parties ou semi-Tons qui composent le Ton majeur, sont dans les rapports de 15 à 16 & de 128 à 13 5; & que les deux qui composent aussi [264] le Ton mineur sont dans les rapports de 15 à 16 & de 24 à 25: de forte qu'en divisant toute l'Octave selon l'Echelle semi-Tonique, on en a tous les termes dans les rapports exprimés dans la Pl. L. Fig. 1.
To determine the ratios of these new intervals, observe that the major tone divides into two semitones of 15:16 and 128:135 ratios, while the minor tone splits into 15:16 and 24:25. Thus dividing the entire octave via the Semitonic Scale produces the ratios shown in Plate L. Fig. 1. However, this division (derived from Mr. Malcolm) appears in many respects to lack accuracy. First, the semitones that should be minor are major here, while the G-sharp to A interval – which should be major – becomes minor. Second, several major thirds (such as A to C-sharp and E to G-sharp) exceed proper tuning by a comma, rendering them dissonant. Finally, substituting the mean semitone for the maximal semitone introduces inaccuracies throughout, particularly as this mean semitone actually exceeds the major semitone in size – being midway between maximal and major. (See SEMITONE)
Mais il faut remarquer que cette division, tirée de M. Malcolm, paroît à bien des égards manquer de justesse. Premiérement, les semi-Tons qui doivent être mineurs y sont majeurs, & celui du sol Dièse au la, qui doit être majeur, y est mineur. En second lieu, plusieurs Tierces majeures, comme celle du la à l'ut Dièse; & du mi au sol Dièse, y sont trop fortes d'un Comma; ce qui doit les rendre insupportables. Enfin le semi-Ton moyen y étant substitué au semi-Ton maxime, donne des Intervalles faux par-tout où il est employé. Sur quoi l'on ne doit pas oublier que ce semi-Ton moyen est plus grand que le majeur même; c'est-à-dire, moyen entre le maxime & le majeur. (Voyez SEMI-TON)
A superior and more natural division would split the major tone into a minor semitone (24:25) and maximal semitone (25:27), while dividing the minor tone into major and minor semitones as shown in the preceding table.
Une division meilleure & plus naturelle seroit donc de partager le Ton majeur en deux semi-Tons, l'un mineur de 24 à 25, & l'autre maxime de 25 à 27, laissant le Ton mineur divisé en deux semi-Tons, l'un majeur & l'autre mineur, comme dans la Table ci-dessus.
Two other Semitonic Scales exist, derived from alternate octave divisions:
Il y a encore deux autres Echelles semi-Toniques, qui viennent de deux autres manieres de diviser l'Octave par semi-Tons.
The first employs harmonic or arithmetic means between the terms of major and minor tones. The major tone 8:9 divides arithmetically into 16:17 and 17:18 (considering string lengths). But when calculating vibration ratios (reciprocal to string lengths), the division becomes harmonic: 1, 16:17, 8:9 – placing the larger semitone in the lower register.
La premiere se fait en prenant une moyenne Harmonique ou Arithmétique entre les deux termes du Ton majeur, & une autre entre ceux du Ton mineur, qui devise l'un [265] l'un & l'autre Ton en deux semi-Tons presque égaux: ainsi le Ton majeur 8/9 est divisé en 16/17 & 17/18 arithmétiquement, les nombres représentant longueurs des cordes; mais quand ils représentent les vibrations, les longueurs des Cordes sont réciproques & en proportion harmonique, comme 1 16/17 8/9; ce qui met le plus grand semi-Ton au grave.
Similarly, the minor tone 9:10 divides arithmetically into 18:19 and 19:20, or reciprocally as 1, 18:19, 9:10 – though this latter division lacks harmonic validity.
De la même maniere le Ton mineur 9/10 se devise arithmétiquement en deux semi-Tons 18/19 & 19/20, ou réciproquement 1 18/19 9/10: mais cette derniere division n'est pas harmonique.
The complete octave thus calculated yields the ratios shown in Plate L. Fig. 2.
Toute l'Octave ainsi calculée donne les rapports exprimés dans la Planche L. Fig. 2.
Mr. Salmon reports in the Philosophical Transactions that he demonstrated this scale before the Royal Society using precisely proportioned strings, which harmonized perfectly with other instruments played by skilled musicians. Mr. Malcolm adds that while this scale contains more inaccuracies than the previous one, their magnitude is considerably reduced – creating compensatory balance.
M. Salmon rapporte, dans les Transactions Philosophiques, qu'il a fait devant la Société Royale une expérience de cette Echelle sur des cordes divisées exactement selon ces proportions, & qu'elles furent parfaitement d'accord avec d'autres Instrumens touchés par les meilleures mains. M. Malcolm ajoute qu'ayant calculé &comparé ces rapports, il en trouva un plus grand nombre de faux dans cette Echelle, que dans la précédente; mais que les erreurs étoient considérablement moindres; ce qui fait compensation.
Enfin l'autre Echelle semi-Tonique est celle des Aristoxéniens, dont le P. Mersenne a traité fort au long, & que M. RAMEAU a tenté de renouveller dans ces derniers tems. Elle consiste à diviser géométriquement l'Octave par onze moyennes proportionnelles en douze semi-Tons parfaitement égaux. Comme les rapports n'en sont pas rationnels, je ne [266] donnerai point icices rapports qu'on ne peut exprimer que par la formule même, ou par les logarithmes des termes de la progression entre les extrêmes 1 & 2. (Voyez TEMPÉRAMENT)
Finally, the other Semitonic Scale is that of the Aristoxenians, which Father Mersenne treated at great length and which Mr. Rameau attempted to revive in recent times. It consists of geometrically dividing the octave through eleven proportional means into twelve perfectly equal semitones. As these ratios are not rational, I shall not [266] provide them here since they can only be expressed through the formula itself or through the logarithms of the progression's terms between the extremes 1 and 2. (See TEMPERAMENT)
Comme au Genre Diatonique & au Chromatique, les Harmonistes en ajoutent un troiseme, savoir l'Enharmonique, ce troisieme Genre doit avoir aussi son Echelle, du moins par supposition: car quoique les Intervalles vraiment Enharmoniques n'existent point dans notre Clavier, il est certain que tout passage Enharmonique les suppose, & que l'esprit corrigeant sur ce point la sensation de l'oreille, ne passe alors d'une idée à l'autre qu'à la faveur de cet Intervalle sous-entendu. Si chaque Ton étoit exactement composé de deux semi-Tons mineurs, tout Intervalle Enharmonique seroit nul, & ce Genre n'existeroit pas. Mais comme un Ton mineur même contient plus de deux semi-Tons mineurs, le complément de la somme de ces deux semi-Tons au Ton; c'est-à-dire, l'espace qui reste entre le Dièse de la Note inférieure, & le Bémol de la supérieure, est précisément l'Intervalle Enharmonique, appellé communément Quart-de-Ton. Ce Quart-de-Ton est de deux especes, savoir l'Enharmonique majeur & l'Enharmonique mineur, dont on trouvera les rapports au mot QUART-DE-TON.
Just as with the Diatonic and Chromatic Genres, harmonists add a third – namely the Enharmonic – this third Genre must also have its own Scale, at least hypothetically. For though truly Enharmonic intervals do not exist in our keyboard, it is certain that every Enharmonic passage implies them, and that the mind – correcting the ear's sensation on this point – transitions from one idea to another only through this implied interval. If each Tone were exactly composed of two minor semitones, every Enharmonic interval would vanish, and this Genre would not exist. But since even a minor Tone contains more than two minor semitones, the complement between the sum of these two semitones and the Tone – that is, the space remaining between the sharp of the lower note and the flat of the upper note – is precisely the Enharmonic interval, commonly called a Quarter-Tone. This Quarter-Tone comes in two varieties: the major Enharmonic and minor Enharmonic, whose ratios may be found under the entry QUARTER-TONE.
Cette explication doit suffire à tout Lecteur pour concevoir aisément l'Echelle Enharmonique que j'ai calculée; & insérée dans la Planche L. Fig. 3. Ceux qui chercheront de plus grands éclaircissemens sur ce point pourront lire le mot ENHARMONIQUE.
This explanation should suffice for any reader to easily grasp the Enharmonic Scale I have calculated and inserted in Plate L. Fig. 3. Those seeking further clarification may consult the entry ENHARMONIC.
[267] ECHO, s. m. Son renvoyé ou réfléchi par un corps solide, qui par-là se répete & se renouvelle à l'oreille. Ce mot vient du Grec Son.
[267] ECHO, s.m. Sound reflected or rebounded by a solid body, thereby repeating and renewing itself to the ear. This word derives from the Greek for "sound."
On appelle aussi Echo le lieu où la répétition se fait entende.
The term Echo also refers to the location where such repetition is heard.
On distingue les Echo pris en ce sens, en deux especes; savoir:
Echoes in this sense are distinguished into two types:
1. L'Echo simple qui ne répete la voix qu'une fois, &
1. The simple Echo, which repeats the voice only once; and
2. l'Echo double ou multiple qui répete les mêmes Sons deux ou plusieurs fois.
2. The double or multiple Echo, which repeats the same sounds two or more times.
Dans les Echos simples il y en a de Toniques; c'est-à-dire, qui ne répetent que le Son musical & soutenu; & d'autres Syllabiques, qui répetent aussi la voix parlante.
Among simple Echoes, some are Tonic – repeating only sustained musical tones – and others Syllabic, which also replicate speech.
On peut tirer parti des Echos multiples, pour former des Accords & de l'Harmonie avec une seule Voix, en faisant entre la Voix & l'Echo une espece de Canon dont la Mesure doit être réglée sur le tems qui s'écoule entre les Sons prononcés & les mêmes Sons répétés. Cette maniere de faire un Concert à soi tout seul, devroit, si le Chanteur étoit habile, & l'Echo vigoureux, paroître étonnante & presque magique aux Auditeurs non prévenus.
Multiple Echoes may be employed to form chords and harmony with a single voice, creating a kind of canon between voice and echo where the measure is governed by the time elapsed between uttered sounds and their repetitions. This method of performing a solo concert – were the singer skilled and the echo robust – might appear astonishing and nearly magical to unprepared listeners.
Le nom d'Echo se transporte en Musique à ces sortes d'Airs ou de Pieces dans lesquelles, à l'imitation de l'Echo, l'on répete de tems en tems, & fort doux, un certain nombre de Notes. C'est sur l'Orgue qu'on emploie le plus communément cette maniere de jouer, à cause de la facilité qu'on a de faire des Echos sur le Positif; on peut faire aussi des Echos sur le Clavecin, au moyen du petit Clavier.
The term Echo is musically applied to those Airs or Pieces where, imitating natural echoes, certain notes are periodically repeated very softly. This manner of playing is most commonly used on the organ due to the ease of producing echoes on the Positive stop. Echo effects may also be achieved on the harpsichord using the small keyboard.
[268] L'Abbé Brossard dit qu'on se sert quelquefois du mot Echo en la place de celui de Doux ou Piano, pour marquer qu'il faut adoucir la Voix ou le Son de l'Instrument, comme pour faire un Echo. Cet usagé ne subsiste plus.
[268] Abbé Brossard states that the word Echo was sometimes used interchangeably with Soft or Piano to indicate softening the voice or instrument's sound as in an echo. This usage has since disappeared.
ECHOMETRE. s. m. Espece d'Echelle graduée, ou de Regle divisée en plusieurs parties, dont on se sert pour mesurer la durée ou longueur des Sons, pour déterminer leurs valeurs diverses, & même les rapports de leurs Intervalles.
ECHOMETER. s.m. A type of graduated scale or divided ruler used to measure the duration or length of sounds, determine their various values, and even the ratios of their intervals.
Ce mot vient du Grec, son, &.
This term derives from the Greek ēchō, meaning "sound," and metron, "measure."
Je n'entreprendrai pas la description de cette machine, parce qu'on n'en sera jamais aucun usage, & qu'il n'y a de bon Echometre qu'une oreille sensible & une longue habitude de la Musique. Ceux qui voudront en savoir la-dessus davantage, peuvent consulter le Mémoire de M. Sauveur, inféré dans ceux de l'Académie des Sciences, année 1701. Ils y trouveront deux Echelles de cette Espece; l'une de M. Sauveur, & l'autre de M. Loulié. (Voyiez aussi l'article CHRONOMETRE.)
I shall not undertake to describe this machine, as it will never find any use, there being no true Echometer but a sensitive ear and prolonged immersion in musical practice. Those desiring further particulars may consult M. Sauveur's memoir in the Académie des Sciences proceedings of 1701, wherein two such scales are presented – one by Sauveur himself, another by M. Loulié. (See also CHRONOMETER.)
ECLYSE, s. f. Abaissement. C'étoit, dans les plus anciennes Musiques Grecques, une altération dans le Genre Enharmonique, lorsqu'une corde étoit accidentellement abaissée de trois Dièse au-dessus de son Accord ordinaire. Ainsi l'Eclyse étoit le contraire du Spondéasme.
ECLYSE, f.n. Lowering. In archaic Greek enharmonic practice, this denoted the accidental depression of a string by three sharps above its standard tuning. Thus the Eclyse stood opposed to the Spondeasm.
ECMELE, adj. Les Sons Ecmèles étoient, chez les Grecs, ceux de la voix inappréciable ou parlante, qui ne peut fournir de Mélodie, par opposition aux Sons Emmèles ou Musicaux.
ECMELE, adj. Among Greeks, "ecmelian" sounds designated the unmeasured inflections of speech – antithetical to emmelian or properly melodic tones.
EFFET, s. m. Impression agréable & forte que produit [269] une excellente Musique sur l'oreille & l'esprit des écoutans: ainsi le seul mot Effet signifie en Musique un grand & bel Effet. Et non-seulement on dira d'un ouvrage qu'il fait de l'Effet; mais on y distinguera, sous le nom de choses d'Effet, toutes celles où la sensation produite paroît supérieure aux moyens employés pour l'exciter.
EFFECT, m.n. The potent and pleasing impression wrought upon [269] listeners' ears and minds by masterful music. In artistic parlance, the bare term "Effect" connotes grandeur – we say a composition "has Effect," distinguishing certain passages as "passages of Effect" where sensation transcends the means employed.
Une longue pratique, peut apprendre à connoître sur le papier les choses d'Effet; mais il n'y a que le Génie qui les trouvé. C'est le défaut des mauvais Compositeurs & de tous les Commençans, d'entasser Parties sur Parties, Instrumens sur Instrumens, pour trouver l'Effet qui les suit, & d'ouvrir, comme disoit un Ancien, une grande bouche pour souffler dans une petite Flûte. Vous diriez, à voir leurs Partitions si chargées, si hérissées, qu'ils vont vous surprendre par des Effets prodigieux, & si vous êtes surpris en écoutant tout cela, c'est d'entendre une petite Musique maigre, chétive, confuse, sans Effet, & plus propre à étourdir les oreilles qu'à les remplir. Au contraire l'oeil cherche sur les Partitions des grands Maîtres ces Effets sublimes & ravissans que produit leur Musique exécutée. C'est que les menus détails sont ignorés ou dédaignés du vrai génie, qu'il ne vous amuse point par des foules d'objets petits & puériles, mais qu'il vous émeut par de grands Effets, & que la forcé & la simplicité réunies forment toujours son caractere.
Long practice may teach one to recognize such Effects on paper, but genius alone creates them. Mediocre composers and novices err by piling part upon part, instrument upon instrument, chasing Effects that elude them – "blowing," as the Ancients said, "through a vast mouth into a tiny flute." Their overburdened scores promise prodigious wonders, yet yield but meager, confused noise devoid of true Effect. Contrast this with the scores of great Masters: sparse in petty details, mighty in simplicity, their pages – seemingly austere – unleash sublime ravishments when performed. For true genius disdains trifling ornament, stirring us through sovereign unity of force and clarity.
ÉGAL, adj. Nom donne par les Grecs au Systême d'Aristoxène, parce que cet Auteur divisoit généralement chacun de ses Tétracordes en trente parties égales, dont il assignoit ensuite un certain nombre à chacune des trois divisions du [270] Tétracorde, selon le Genre & l'espece du Genre qu'il vouloit établir. (Voyez GENRE, SYSTEME.)
EQUAL, adj. Term applied by Greeks to Aristoxenus's system, which divided each tetrachord into thirty equal parts, subsequently apportioned according to genre and species. (See GENRE, SYSTEM.)
ÉLÉGIE. Sorte de Nome pour les Flûtes, inventé, dit-on, par Sacadas Argien.
ELEGY. Variety of Nome for flutes, allegedly invented by Sacadas of Argos.
ÉLÉVATION, s. f. Arsis. L'Elévation de la main ou du pied, en battant la Mesure, sert à marquer le Tems foible & s'appelle proprement Levé: c'étoit le contraire chez les Anciens. L' Elévation de la voix en chantant, c'est le mouvement par lequel on la porte à l'aigu.
ELEVATION, f.n. 1) Arsis. In conducting, the upward hand or foot motion marking the weak beat – termed upbeat in modern parlance (contrary to Ancient usage). 2) The rising of vocal pitch in song.
ELINE. Nom donne par les Grecs à la Chanson des Tisserands. (Voyez CHANSON.)
ELINE. Greek designation for weavers' work songs. (See SONG.)
EMMELE, adj. Les Sons Emmèles étoient chez les Grecs ceux de la voix distincte, chantante & appréciable, qui peuvent donner une Mélodie.
EMMELE, adj. Among Greeks, "emmelian" sounds denoted the discrete, measurable pitches proper to melody.
ENDEMATIE, s. f. C'étoit l'Air d'une sorte de Danse particulier eaux Argiens.
ENDEMATIE, f.n. Dance form peculiar to inhabitants of Argos.
ENHARMONIQUE, adj. pris subst: Un des trois Genres de la Musique des Grecs, appellé aussi très-fréquemment Harmonie par Aristoxène & ses Sectateurs.
ENHARMONIC, adj. used substantively: One of the three Genera of Greek music, also frequently termed Harmonia by Aristoxenus and his followers.
Ce Genre résultoit d'une division particuliere du Tétracorde, selon laquelle l'Intervalle qui se trouvé entre le Lichanos ou la troisieme corde, & la Mèse ou la quatrieme, étant d'un Diton ou d'une Tierce majeure, il ne restoit, pour achever le Tétracorde au grave, qu'un semi-Ton à partager en deux Intervalles; savoir, de l'Hypate à la Parhypate, & de la Parhypate au Lichanos. Nous expliquerons au mot Genre comment se faisoit cette division.
This Genus arose from a particular division of the Tetrachord, whereby the interval between the Lichanos (third string) and Mese (fourth string) being a Ditone or major third, only a semitone remained to complete the Tetrachord in the lower register. This semitone was further divided into two intervals: from Hypate to Parhypate, and from Parhypate to Lichanos. We shall explain this division under the entry GENRE.
Le Genre Enharmonique étoit le plus doux des trois, au [271] rapport d'Aristide Quintilien. Il passoit pour très-ancien, & la plupart des Auteurs en attribuoient l'invention à Olympe Phrygien. Mais son Tétracorde, ou plutôt son Diatessaron de ce Genre, ne contenoit que trois cordes qui formoient entr'elles deux Intervalles incomposés; le premier d'un semi-Ton, & l'autre d'une Tierce majeure; & de ces deux seuls Intervalles répétés de Tétracorde en Tétracorde, résultoit alors tout le Genre Enharmonique. Ce ne fut qu'après Olympe qu'on s'avisa d'inférer, à l'imitation des autres Genres, une quatrieme corde entre les deux premieres, pour faire la division dont je viens de parler. On en trouvera les rapports, selon les Systêmes de Ptolomée & d'Aristoxène. (Planche M. Fig. 5)
The Enharmonic Genus was considered the most delicate of the three, according to Aristides Quintilianus [271]. Regarded as ancient in origin, most authors attributed its invention to Olympus of Phrygia. However, his Enharmonic Tetrachord—or rather Diatessaron—contained only three strings forming two uncompounded intervals: a semitone and a major third. These two intervals, repeated across successive Tetrachords, constituted the entire Enharmonic Genus. Only after Olympus did musicians insert a fourth string between the first two, imitating other Genera to create the aforementioned division. The proportional relationships under Ptolemy's and Aristoxenus's systems may be found illustrated (see Plate M, Fig. 5).
Ce Genre si merveilleux, si admire des Anciens, & selon quelques-uns, le premier trouvé des trois, ne demeura pas long-tems en vigueur. Son extrême difficulté le fit bientôt abandonner à mesure que l'Art gagnoit des combinaisons en perdant de l'énergie, & qu'on suppléoit à la finesse de l'oreille par l'agilité des doigts. Aussi Plutarque reprend-il vivement les Musiciens de son tems d'avoir perdu le plus beau des trois Genres, & d'oser dire que les Intervalles n'en sont pas, sensibles; comme si tout ce qui échappe à leurs sens grossiers, ajoute ce Philosophe, devoit être hors de la Nature.
This wondrous Genus, so admired by the Ancients and considered by some the earliest discovered of the three, did not remain in use for long. Its extreme difficulty led to abandonment as musical art prioritized combinatorial complexity over expressive power, substituting digital agility for aural refinement. Plutarch vehemently criticized the musicians of his era for losing the noblest of the three Genera, mocking their claim that its intervals were imperceptible: "As if whatever eludes their coarse senses," added the philosopher, "must lie beyond Nature's bounds."
Nous avons aujourd'hui une sorte de Genre Enharmonique entièrement différent de celui des Grecs. Il consiste, comme les deux autres, dans une progression particuliere de l'Harmonie, qui engendre, dans la marche des Parties, des [272] Intervalles Enharmoniques, en employant à la fois ou successivement entre deux Notes qui sont à un Ton l'une de l'autre le Bémol de l'inférieure & le Dièse de la supérieure. Mais quoique, selon la rigueur des rapports, ce Dièse & ce Bémol dussent former un Intervalle entr'eux, (Voyez ÉCHELLE & QUART-DE-TON) cet Intervalle se trouvé nul, au moyen du Tempérament, qui dans le Systême établi fait servir le même Son à deux usages: ce qui n'empêche pas qu'un tel passage ne produise, par la forcé de la Modulation & de l'Harmonie, une partie de l'effet qu'on cherche dans les Transitions Enharmoniques.
Our modern Enharmonic Genus differs entirely from that of the Greeks. Like the other two, it consists of a particular harmonic progression generating [272] Enharmonic intervals through part-writing, employing either simultaneously or successively the flat of the lower note and the sharp of the upper note within a whole-tone span. Though these sharp and flat should theoretically form an interval (see SCALE and QUARTER-TONE), temperament nullifies this distinction within our established system, allowing one pitch to serve dual purposes. This nevertheless produces, through forceful modulation and harmony, some effect sought in Enharmonic transitions.
Comme ce Genre est assez peu connu, & que nos Auteurs se sont contentés d'en donner quelques notions trop succinctes, je crois devoir l'expliquer ici un peu plus au long.
As this Genus remains poorly understood—our authors having offered only cursory remarks—I deem it necessary to expound upon it more thoroughly here.
Il faut remarquer d'abord que l'Accord de Septieme diminuée est le seul sur lequel on puisse pratiquer des passages vraiment Enharmoniques; & cela en vertu de cette propriété singuliere qu'il a de diviser l'Octave entiere en quatre Intervalles égaux. Qu'on prenne dans les quatre Sons qui composent cet Accord, celui qu'on voudra pour fondamental, on trouvera toujours également que les trois autres Sons forment sur celui-ci un Accord de Septieme diminuée. Or le Son fondamental de l'Accord de Septieme diminuée est toujours une Note sensible; de sorte que, sans rien changer à cet Accord, on peut, par une manier de double ou de quadruple emploi, le faire servir successivement sur quatre différentes fondamentales; c'est-à-dire, sur quatre différentes Notes sensibles.
It must first be noted that the Diminished Seventh Chord is the only one upon which truly Enharmonic passages may be practiced; and this by virtue of its singular property of dividing the entire octave into four equal intervals. Take any of the four tones composing this chord as fundamental, and one will always find the remaining three forming a Diminished Seventh Chord above it. Now, the fundamental tone of the Diminished Seventh Chord is always a leading tone; thus, without altering this chord, one may – through a kind of double or quadruple application – employ it successively upon four different fundamentals; that is, upon four different leading tones.
[273] Il suit de-là que ce même Accord, sans rien changer ni à l'accompagnement, ni à la Basse, peut porter quatre noms différens, & par conséquent se chiffrer de quatre différentes manieres: savoir, d'un 7b sous le nom de Septieme diminuée; d'un 6/x x sous le nom de Sixte majeure & fausse-Quinte; d'un X 4/b sous le nom de Tierce mineure & Triton, & enfin d'un x 2 sous le nom de Seconde superflue. Bien entendu que Clef doit être censée armée différemment, selon les Tons où l'on est supposé être.
[273] It follows that this same chord, without altering either the accompaniment or the bass, may bear four distinct names and consequently be figured in four distinct ways: as a 7♭ under the name of Diminished Seventh; as a 6/x x under the name of Major Sixth and False Fifth; as a X 4♭ under the name of Minor Third and Tritone; and finally as an x 2 under the name of Augmented Second. This assumes the key signature must be differently construed according to the keys in which one is presumed to be.
Voilà donc quatre manieres de sortir d'un Accord de Septieme diminuée, en se supposant successivement dans quatre Accords différens: car la marche fondamentale & naturelle du Son qui porte un Accord de Septieme diminuée est de se résoudre sur la Tonique du Mode mineur, dont il est la Note sensible.
Thus we have four ways of departing from a Diminished Seventh Chord by successively situating oneself in four distinct chords: for the fundamental and natural progression of the tone bearing a Diminished Seventh Chord is to resolve to the tonic of the minor mode, of which it is the leading tone.
Imaginons maintenant l'Accord de Septieme diminuée sur ut Dièse Note sensible, si je prends la Tierce mi pour fondamentale, elle deviendra Note sensible à son tour, & annoncera par conséquent le Mode mineur de fa; or cet ut Dièse reste bien dans l'Accord de mi Note sensible: mais c'est en qualité de re Bémol; c'est-à-dire, de sixieme Note du Ton, & de septieme diminuée de la Note sensible: ainsi cet ut Dièse qui, comme Note sensible, étoit obligé de monter dans le Ton de re, devenu re Bémol dans le Ton de fa, est obligé de descendre comme Septieme diminuée voilà une transition Enharmonique. Si au lieu de la Tierce, on prend, dans le même Accord d'ut Dièse, la fausse Quinte [274] sol pour nouvelle Note sensible, l'ut Dièse deviendra encore re Bémol, en qualité de quatrieme Note: autre passage Enharmonique. Enfin si l'on prend pour Note sensible la Septieme diminuée elle-même, au lieu de si Bémol il faudra nécessairement la considérer comme la Dièse; ce qui fait un troisieme passage Enharmonique sur le même Accord.
Let us imagine the Diminished Seventh Chord on C-sharp as the leading tone. If I take the third E as fundamental, it becomes a leading tone in turn, thereby announcing the minor mode of F. Now, this C-sharp remains in the chord of E as leading tone – but as D-flat; that is, as the sixth tone of the key and diminished seventh of the leading tone. Thus, this C-sharp – which as leading tone was obliged to ascend in the key of D – becomes D-flat in the key of F and must descend as a diminished seventh: here lies an enharmonic transition. If instead of the third, we take the false fifth [274] G in the same C-sharp chord as the new leading tone, the C-sharp becomes D-flat again as the fourth tone: another enharmonic passage. Finally, if we take the diminished seventh itself as the leading tone, the B-flat must necessarily be considered as A-sharp: this creates a third enharmonic passage from the same chord.
A la faveur de ces quatre différentes manieres d'envisager successivement le même Accord, on passe d'un Ton à un autre qui en paroît fort éloigné; on donne aux Parties des progrès différens de celui qu'elles auroient dû avoir en premier lieu, & ces passages ménagés à propos, sont capable, non-seulement de surprendre, mais de ravir l'Auditeur quand ils sont bien rendus.
Through these four distinct ways of successively interpreting the same chord, one transitions from a key to another seemingly remote; one gives the parts progressions differing from their initial course; and such passages, judiciously managed, are capable not merely of surprising but of enrapturing the listener when well executed.
Une autre source de variété, dans le même Genre, se tire des différentes manieres dont on peut résoudre l'Accord qui l'annonce; car quoique la Modulation la plus naturelle soit de passer de l'Accord de Septieme diminuée sur la Note sensible, à celui de la Tonique en Mode mineur, on peut, en substituant la Tierce majeure à la mineure, rendre le Mode majeur & même y ajouter la Septieme pour changer cette Tonique en Dominante, & passer ainsi dans un autre Ton. A la faveur de ces diverses combinaisons réunies, on peut sortir de l'Accord en douze manieres. Mais, de ces douze, il n'y en a que neuf qui, donnant la conversion du Dièse en Bémol ou réciproquement, soient véritablement; Enharmoniques, parce que dans les trois autres on ne change point de Note sensible: encore dans ces neuf diverses Modulations n'y a-t-il que trois diverses Notes sensibles, chacune [275] desquelles se résout par trois passages différens: de sorte qu'à bien prendre la chose on ne trouvé sur chaque Note sensible que trois vrais passages Enharmoniques possibles, tous les autres n'étant point réellement Enharmoniques, ou se rapportant à quelqu'un des trois premiers. (Voyez, Planche L. Fig. 4. un exemple de tous ces passages.)
Another source of variety within this same genus arises from the different ways of resolving the chord that introduces it; for though the most natural modulation is to pass from the Diminished Seventh Chord on the leading tone to the tonic in minor mode, one may – by substituting a major third for the minor – render the major mode and even add the seventh to transform this tonic into a dominant, thus passing into another key. Through these combined permutations, twelve resolutions emerge from the chord. Yet of these twelve, only nine – which convert sharps to flats or vice versa – are truly enharmonic, for the remaining three retain the same leading tone. Even among these nine modulations, there are but three distinct leading tones, each [275] resolving through three different passages: thus, properly considered, each leading tone yields only three true enharmonic passages possible, all others being either non-enharmonic or reducible to the first three. (See Plate L, Fig. 4 for an example of all these passages.)
A l'imitation des Modulations du Genre Diatonique, on a plusieurs fois essayé de faire des morceaux entiers dans le Genre Enharmonique, & pour donner une sorte de regle aux marches fondamentales de ce Genre, on l'a divisé en Diatontique-Enharmonique qui procede par une succession de semi-Tons majeurs, & en Chromatique-Enharmonique qui procede par une succession de semi-Tons mineurs.
Imitating Diatonic modulations, many attempts have been made to compose entire pieces in the Enharmonic genus. To provide rules for its fundamental progressions, theorists have divided it into Diatonic-Enharmonic (proceeding by successions of major semitones) and Chromatic-Enharmonic (proceeding by successions of minor semitones).
Le Chant de la premiere espece est Diatonique, parce que les semi-Tons y sont majeurs; & il est Enharmonique, parce que deux semi-Tons majeurs de suite forment un Ton trop fort d'un Intervalle Enharmonique. Pour former cette espece de Chant, il faut faire une Basse qui descende de Quarte & monte de Tierce majeure alternativement. Une partie du Trio des Parques de l'Opéra d'Hippolite, est dans ce Genre; mais il n'a jamais pu être exécuté à l'Opéra de Paris, quoique M. Rameau assure qu'il l'avoit été ailleurs par des Musiciens de bonne volonté, & que l'effet en fut surprenant.
The first species is Diatonic because its semitones are major, and Enharmonic because two consecutive major semitones form a tone exceeding an enharmonic interval. To compose such a melody, one must fashion a bass descending by fourths and ascending by major thirds alternately. A portion of the Trio of the Fates in the opera Hippolytus employs this genus; yet it could never be performed at the Paris Opera, though M. Rameau claims it was executed elsewhere by willing musicians to astonishing effect.
Le Chant de la seconde espece est Chromatique, parce qu'il procédé par semi-Tons mineurs; il est Enharmonique, parce que les deux semi-Tons mineurs consécutifs forment un Ton trop foible d'un Intervalle Enharmonique. Pour former cette espece de Chant, il faut faire une Basse-fondamentale [276] qui descende de Tierce mineure & monte de Tierce majeure alternativement. M. Rameau nous apprend avoir fait dans ce Genre de Musique un tremblement de terre dans l'Opéra des Indes galantes; mais qu'il fut si mal servi qu'il fut obligé de le changer en une Musique commune. (Voyez les Elémens de Musique de M. d'Alembert, pages 91, 92, 93 & 166.)
The second species is Chromatic (proceeding by minor semitones) and Enharmonic (as two consecutive minor semitones form a tone deficient by an enharmonic interval). To compose this type, one must create a fundamental bass [276] descending by minor thirds and ascending by major thirds alternately. M. Rameau informs us he composed an earthquake scene in this genus for the opera Les Indes galantes; yet it was so poorly rendered that he had to replace it with conventional music. (See M. d'Alembert's Elements of Music, pp. 91, 92, 93 & 166.)
Malgré les exemples cités & l'autorité de M. Rameau; je crois devoir avertir les jeunes Artistes que l'Enharmonique-Diatonique & l'Enharmonique-Chromatique me paroissent tous deux à rejetter comme Genres, & je ne puis croire qu'une Musique modulée de cette maniere, même avec la plus parfaite exécution, puisse jamais rien valoir. Mes raisons sont que les passages brusques d'une idée à une autre idée extrêmement éloignée, y sont si fréquens, qu'il n'est pas possible à l'esprit de suivre ces transitions avec autant de rapidité que la Musique les présente; que l'oreille n'a pas le tems d'appercevoir le rapport très-secret & très-composé des Modulations, ni de sous-entendre les Intervalles supposés; qu'on ne trouvé plus dans de pareilles successions ombre de Ton ni de Mode; qu'il est également impossible de retenir celuid'où l'on sort, ni de prévoir celui où l'on va; & qu'au milieu de tout cela, l'on ne fait plus du tout où l'on est. L'Enharmonique n'est qu'un passage inattendu dont l'étonnante impression se fait fortement & dure longtems; passage que par conséquent on ne doit pas trop brusquement ni trop souvent répéter, de peur que l'idée de la Modulation ne se trouble & ne se perde entiérement: car [277] si-tôt qu'on n'entend que des Accords isolés qui n'ont plus de rapport sensible cet de fondement commun, l'Harmonie n'a plus aussi d'union ni de suite apparente, & l'effet qui en résulte n'est qu'un vain bruit sans liaison & sans agrément. Si M. Rameau, moins occupé de calculs inutiles, eût mieux étudié la Métaphysique de son Art, il est à croire que le feu naturel de ce savant Artiste eût produit des prodiges, dont le germe étoit dans son génie; mais que ses préjugés ont toujours étoussé.
Despite cited examples and M. Rameau's authority, I believe it my duty to warn young Artists that both the Enharmonique-Diatonique and Enharmonique-Chromatique strike me as Genres to be rejected. I cannot conceive that Music modulated in this manner – even with the most flawless execution – could ever hold merit. My reasons are these: the abrupt shifts from one musical idea to another vastly remote occur so frequently that the mind cannot possibly follow these transitions with the rapidity the Music demands; the ear lacks time to perceive the deeply concealed and compound relations of Modulations, nor to infer the implied Intervals; such successions leave no trace of Tone or Mode; it becomes equally impossible to retain the departing key or anticipate the arriving one; amidst this turbulence, one loses all sense of orientation. The Enharmonic is but an unforeseen passage whose astonishing impression strikes forcefully and lingers long – a passage therefore not to be repeated too abruptly or too often, lest the very concept of Modulation become muddled and vanish entirely. For [277] once we hear only isolated Chords lacking sensible relation or common foundation, the Harmony loses all coherence and continuity, leaving mere cacophony devoid of connection or grace. Had M. Rameau, less preoccupied with useless calculations, better studied the Metaphysics of his Art, this learned Artist's innate fire might have produced marvels whose germ lay in his genius – a genius ever stifled by his prejudices.
Je ne crois pas même que les simples Transitions Enharmoniques puissent jamais bien réussir, ni dans les Choeurs, ni dans les Airs, parce que chacun de ces morceaux forme un tout où doit régner l'unité, & dont les Parties doivent avoir entr'elles une liaison plus sensible que ce Genre ne peut la marquer.
I doubt even simple Enharmonic Transitions could succeed in Choruses or Airs, for each such piece forms a whole requiring unity – its Parts demanding a more perceptible interconnection than this Genre can provide.
Quel est donc le vrai lieu de l'Enharmonique? C'est, selon moi, le Récitatif obligé. C'est dans une scene sublime & pathétique où la Voix doit multiplier & varier les inflexions Musicales à l'imitation de l'accent grammatical, oratoire & souvent inappréciable; c'est, dis-je, dans une telle scene que les Transitions Enharmoniques sont bien placées, quand on sait les ménager pour les grandes expressions, & les affermir, pour ainsi dire, par des traits de symphonie qui suspendent la parole & renforcent l'expression: Les Italiens, qui sont un usage admirable de ce Genre, ne l'emploient que de cette maniere. On peut voir dans le premier Récitatif de l'Orphée de Pergolèse un exemple frappant & simple des effets que ce grand Musicien [278] sut tirer de l' Enharmonique, & comment, loin de faire une Modulation dure, ces Transitions, devenues naturelles & faciles à entonner, donnent, une douceur énergique à toute la déclamation.
Where then does the true domain of the Enharmonic lie? In my view, within the Obbligato Recitative. It belongs to sublime and pathetic scenes where the Voice must multiply and vary Musical inflections in imitation of grammatical, oratorical, often ineffable accents. Here – I maintain – Enharmonic Transitions find proper placement when reserved for grand expressions and anchored, so to speak, by symphonic flourishes that suspend speech and intensify emotion. The Italians, peerless in employing this Genre, use it solely thus. Examine the first Recitative of Pergolesi’s Orfeo for a striking yet simple example of how this great Composer [278] drew effects from the Enharmonic. Observe how, far from creating harsh Modulation, these Transitions – rendered natural and easy to intone – imbue the entire declamation with vigorous sweetness.
J'ai déjà dit que notre Genre Enharmonique est entièrement différent de celui des Anciens. J'ajouterai que, quoique nous n'ayons point comme eux d'Intervalles Enharmoniques à entonner, cela n'empêche pas que l'Enharmonique moderne ne soit d'une exécution plus difficile que le leur. Chez les Grecs les Intervalles Enharmoniques, purement Mélodieux, ne demandoient, ni dans le Chanteur ni dans l'écoutant, aucun changement d'idées, mais seulement une grande délicatesse d'organe; au lieu qu'à cette même délicatesse, il faut joindre encore, dans notre Musique, une connaissance exacte & un sentiment exquis des métamorphoses Harmoniques les plus brusques & les moins naturelles car si l'on n'entend pas la phrase, on ne sauroit donner aux mots le Ton qui leur convient; ni chanter juste dans un systême Harmonieux, si l'on ne sent Harmonie.
I have already noted our Enharmonic Genre differs entirely from the Ancients'. Let me add that though we lack their Enharmonic Intervals to intone, this does not make our modern Enharmonic easier to execute. For the Greeks, purely Melodic Enharmonic Intervals demanded neither performer nor listener to shift mental conceptions – only delicate vocal organs. Whereas in our Music, to such delicacy must be joined exact knowledge and exquisite perception of the most abrupt and unnatural Harmonic metamorphoses. For one cannot properly phrase words without grasping the musical thought, nor sing true within a Harmonic system without sensing the Harmony.
[279] L'Ensemble ne dépend pas seulement de l'habileté avec laquelle chacun lit sa Partie, mais de l'intelligence avec laquelle il en sent le caractere particulier, & la liaison avec le tout;
[279] Ensemble depends not merely on skill in reading one's Part, but on the understanding with which one senses its particular character and connection to the whole;
ENSEMBLE, adv. souvent pris substantivement. Je ne m'arrêterai pas à l'explication de ce mot, pris pour le rapport convenable de toutes les parties d'un Ouvrage entre elles & avec le tout, parce que c'est un sens qu'on lui donne rarement en Musique. Ce n'est gueres qu'à l'exécution que ce terme s'applique, lorsque les Concertans sont si parfaitement d'accord, sois pour l'Intonation, soit pour la Mesure, qu'ils semblent être tous animés d'un même esprit, & que l'exécution rend fidélement à l'oreille tout ce que l'oeil voit sur la Partition.soit pour phraser avec exactitude, soit pour suivre la précision des Mouvemens, soit pour saisir le moment & les nuances des Fort & des Doux; soit enfin pour ajouter aux ornemens marqués, ceux qui sont si nécessairement supposés par l'Auteur, qu'il n'est permis à personne de les omettre. Les Musiciens ont beau être habiles, il n'y a d'Ensemble qu'autant qu'ils ont l'intelligence de la Musique qu'ils exécutent, & qu'ils s'entendent entr'eux car il seroit impossible de mettre un parfait Ensemble dans un Concert de sourds, ni dans une l'Musique dont le style seroit parfaitement étranger à ceux qui l'exécutent. Ce sont sur-tout les Maîtres de Musique, Conducteurs & Chefs d'Orchestre, qui doivent guider, ou retenir ou presser les Musiciens pour mettre par-tout l'Ensemble; & c'est ce que fait toujours un bon premier Violon par une certaine charge d'exécution qui en imprime fortement le caractere dans toutes les oreilles. La Voix récitante est assujettie à la Basse & à la Mesure; le premier Violon doit écouter & suivre la Voix; la Symphonie doit écouter & suivre le premier Violon: enfin le Clavecin, qu'on suppose tenu pas le Compositeur, doit être le véritable & premier guide de tout.
ENSEMBLE, adv. often used substantively. I shall not dwell on explaining this word when taken to mean the proper relationship between all parts of a work and with the whole, for this sense is rarely applied to Music. The term is chiefly used in performance when the musicians are so perfectly unified – whether in Intonation or Measure – that they seem animated by a single spirit, executing with such fidelity to the ear all that the eye discerns on the Score. This applies to phrasing with precision, adhering to the exactness of Movements, seizing the moment and nuances of Forte and Piano, or even adding those ornaments which, though not explicitly marked, are so necessarily implied by the Composer that none may omit them. However skilled the Musicians may be, there can be no true Ensemble unless they comprehend the Music they perform and understand one another. For a perfect Ensemble would be impossible among deaf performers or in Music whose style remains utterly foreign to its executants. It falls chiefly to Music Masters, Conductors, and Orchestra Leaders to guide, restrain, or urge the Musicians toward achieving Ensemble throughout. A competent first Violinist accomplishes this through emphatic execution that stamps the character firmly upon every ear. The solo Voice is bound to the Bass and Measure; the first Violin must listen and follow the Voice; the Symphony must listen and follow the first Violin. Ultimately, the Harpsichord – presumed to be played by the Composer – should serve as the true and primary guide for all.
En général, plus le Style, les Périodes, les Phrases, la Mélodie & l'Harmonie ont de caractere, plus l'ensemble est facile à saisir; parce que sil même idée imprimée vivement [280] dans tous les esprits préfide à toute l'exécution. Au contraire, quand la Musique ne dit rien, & qu'on n'y sont qu'une suites de Notes sans liaison, il n'y a point de tout auquel chacun rapporte sa Partie, & l'exécution va toujours mal. Voilà pourquoi la Musique Françoise n'est jamais ensemble.
Generally speaking, the more distinct the Style, Periods, Phrases, Melody, and Harmony, the more easily Ensemble is grasped, for the same idea, vividly imprinted [280] on every mind, governs the entire execution. Conversely, when the Music says nothing – when it presents only a disjointed sequence of Notes – there is no unifying principle to which each performer may relate their part, and the execution falters. This is why French Music never achieves Ensemble.
ENTONNER, v. a.
ENTONNER, v. a.
C'est, dans l'exécution d'un Chant, former avec justesse les Sons & les Intervalles qui sont marqués. Ce qui ne peut gueres se faire qu'à l'aide d'une idée commune à laquelle doivent se rapporter ces Sons & ces Intervalles; savoir, celle du Ton & du Mode où ils sont employés, d'où vient peut-être le mots Entonner. On peut aussi l'attribuer à la marche Diatonique; marche qui paroît la plus commode & la plus naturelle à la Voix. Il y a plus de difficulté à Entonner des Intervalles plus grands ou plus petits, parce qu'alors la Glotte se modifie par des rapports trop grands dans le premier cas, ou trop composés dans les second.
To Intone – in vocal performance, this means forming Sounds and Intervals with accuracy. Such precision requires a shared conceptual framework, namely awareness of the Key and Mode in which they are employed (hence perhaps the term Entonner). The word may also derive from the Diatonic progression, which appears most natural and comfortable for the Voice. Greater difficulty arises in Intoning larger or smaller Intervals, as the Glottis must then adjust through overly broad ratios in the former case or overly complex ones in the latter.
Entonner est encore commencer le Chant d'une Hymne, d'uns Pseaume, d'une Antienne, pour donner le Ton à tout le Choeur. Dans l'Eglise Catholique, c'est, par exemple, l'Officiant qui entonne le Te Deum; dans nos Temples, c'est le Chantre qui entonne les Pseaumes.
Entonner also signifies initiating the singing of a Hymn, Psalm, or Antiphon to establish the Key for the entire Choir. In the Catholic Church, the Officiant intones the Te Deum; in our Temples, the Cantor intones the Psalms.
ENTR'ACTE, s. m.
ENTR'ACTE, s. m.
Espace de tems qui s'écoule entre la fin d'un Acte d'Opéra & le commencement de l'Acte suivant, & durant lequel la représentation est suspendue, tandis que la l'action est supposée se continuer ailleurs. L'Orchestre remplit cet espaces en France par l'exécution d'une Symphonie qui porte aussi les nom d'Entr'acte.
The interval between the conclusion of one Opera Act and the commencement of the next, during which the performance is suspended while the action is presumed to continue offstage. In France, the Orchestra fills this interval with a Symphony that also bears the name Entr'acte.
[281] Il ne paroît pas que les Grecs aient jamais devise leurs Drames par Actes, ni par conséquent connu les Entre'actes.
[281] It appears the Greeks never divided their Dramas into Acts, nor consequently knew Entr'actes.
La représentation n'étoit point suspendue sur leurs Théâtres depuis les commencement de la Piece jusqu'à la fin. Ce furent les Romains qui, moins épris du spectacle, commencerent les premiers à le partager en plusieurs parties, dont les Intervalles offroient du relâche à l'attention des Spectateurs, & cet usage s'est continué parmi nous.
Their theatrical performances proceeded without interruption from beginning to end. The Romans – less enthralled by spectacle – first partitioned performances into sections offering spectators respite during intervals. This custom has persisted among us.
Puisque l'Entr'acte est fait pour suspendue l'attention & reposer l'esprit du Spectateur, le Théâtre doit rester vide, & les Intermedes dont on le remplissoit autrefois formoient une interruption de très-mauvais goût, qui ne pouvoit manquer de nuire à la Piece en faisant perdre le fil de l'action. Cependant Moliere lui-même ne vit point cette vérité si simple, & les Entr'actesde sa derniere Piece étoient remplis par des Intermedes. Les François, dont les Spectacles ont plus de raison que de chaleur, & qui n'aiment pas qu'on les tienne long-tems en silence, ont depuis lors réduit les Entr'actes à la simplicité qu'ils doivent avoir, & il est à desirer pour la perfection des Théâtres qu'en cela leur exemple soit suivi par-tout.
Since the Entr'acte is meant to suspend attention and rest the spectator's mind, the stage must remain empty. The Intermezzi that once filled these intervals formed an interruption of wretched taste, inevitably harming the drama by breaking the thread of action. Yet Molière himself failed to perceive this simple truth, and the Entr'actes of his final work were occupied by Intermezzi. The French—whose Spectacles exhibit more reason than fervor, and who dislike prolonged silence—have since reduced Entr'actes to their proper simplicity. May their example be universally followed for the perfection of theaters.
Les Italiens qu'un sentiment exquis guide souvent mieux que les raisonnement, ont proscrit la Danse de l'action Dramatique. (Voyez OPÉRA.) Mais par une inconséquence qui naît de la trop grande durée qu'ils veulent donner au Spectacle, ils remplissent leurs Entr'actes des Ballets qu'ils bannissent de la Piece, & s'ils évitent l'absurdité de la double imitation, ils donnent dans celle de la transposition de [282] Scene, & promenant ainsi le Spectateur d'objet en objet, lui sont oublier l'action principale, perdre l'intérêt, & pour lui donner le plaisir des yeux lui ôtent celui du coeur. Ils commencent pourtant à sentir le default de ce monstrueux assemblage, & après savoir déjà presque chassé les Intermedes des Entr'actes, sans doute ils ne tarderont pas d'en chasser encore la Danse, & de la réserver, comme il convient, pour en faire un Spectacle brillant & isolé à la fin de la grande Piece.
The Italians, often guided by exquisite sensibility rather than reasoning, have banished dance from dramatic action (See OPERA). Yet through inconsistency born of excessive spectacle duration, they fill their Entr'actes with the very ballets excluded from the drama. While avoiding the absurdity of double imitation, they commit that of scene transposition—[282] diverting spectators from object to object, making them forget the principal action, lose interest, and trade heart-stirring pleasure for ocular amusement. They are beginning, however, to sense this monstrous amalgam's defect. Having nearly expelled Intermezzi from Entr'actes, they will doubtless soon banish dance as well, reserving it—as proper—for brilliant isolated spectacles concluding the main drama.
Mais quoique le Théâtre reste vide dans l'Entr'acte, ce n'est pas à dire que la Musique doive être interrompue; car à l'Opéra où elle fait une partie de existence des choses, le sens de l'ouïe doit avoir une telle liaison avec celui de la vue, que tant qu'on voit le lieu de la Scene on entende l'Harmonie qui en est supposée inséparable, afin que son concours ne paroisse ensuite étranger ni nouveau sous le chant des Acteurs.
Yet though the stage remains empty during Entr'acte, music must not cease. At the Opera, where music forms part of existence itself, the ear's perception must intertwine with the eye's: so long as the scene's locale is visible, the inseparable harmony must still be heard, preventing its later confluence with actors' voices from seeming foreign or abrupt.
La difficulté qui se présente à ce sujet est de savoir ce que le Musicien doit dicter à l'Orchestre quand il ne se passe plus rien sur la Scene: car si la Symphonie, ainsi que toute la Musiques Dramatique, n'est qu'une imitation continuelle, que doit-elle dire quand personne ne parle? Que doit-elle faire quand il n'y a plus d'action? Je réponds à cela, que, quoique le Théâtre soit vide, le coeur des Spectateurs ne l'est pas; il a du leur rester une sorte impression de ce qu'ils viennent de voir & d'entendre. C'est à l'Orchestre à nourrir & soutenir cette impression durant l'Entr'acte, afin que le Spectateur ne se trouvé pas au début de l'Acte suivant, aussi [283] froid qu'il l'étoit au commencement de la Piece, & que l'intérêt soit, pour ainsi dire, lié dans son ame comme les événemens le sont dans l'action représentée. Voilà comment le Musicien ne cessé jamais d'avoir un objet d'imitation, ou dans la situation des personnages, ou dans celle des Spectateurs. Ceux-ci n'entendant jamais sortir de l'Orchestre que l'expression des sentimens qu'ils éprouvent s'identifient, pour ainsi dire, avec ce qu'ils entendent, & leur état est d'autant plus délicieux qu'il regne un Accord plus parfait entre ce qui frappe leurs sens & ce qui touche leur coeur.
The difficulty here lies in determining what the musician should dictate to the orchestra when nothing transpires onstage. If symphonic music—like all dramatic music—is but continuous imitation, what should it utter when none speak? What execute when action ceases? I answer: though the stage empties, spectators' hearts do not. An impression of what they've seen and heard persists. The orchestra must sustain this impression through the Entr'acte, ensuring spectators do not approach the next act as coldly as they began the drama—[283] that interest remains linked in their souls as events are in the represented action. Thus the musician never lacks objects to imitate—whether characters' situations or spectators' states. Hearing only expressions of their own felt emotions, spectators identify with what they hear. Their delight increases with the harmony between sensory impressions and heart-touching sentiments.
L'habile Musicien tire encore de son Orchestre un autre avantage pour donner à la représentation tout l'effet qu'elle peut avoir, eu amenant par degrés le Spectateur oisif à la situation d'ame la plus favorable à l'effet des Scenes qu'il va voir dans l'Acte suivant.
The skillful musician derives further advantage from the orchestra, gradually preparing idle spectators' souls to the emotional state most receptive to the ensuing act's scenes.
La durée de l'Entr'acte n'a pas de mesure fixe; mais elle est supposée plus ou moins grande, à proportion du tems qu'exige la partie de l'action qui se passe derriere le Théâtre. Cependant cette durée doit avoir des bornes de supposition, relativement à la durée hypothétique de l'action totale, & des bornes réelles; relatives à la durée de la représentation.
The Entr'acte's duration has no fixed measure but is hypothetically proportional to offstage action's required time. Yet this duration must have suppositional limits relative to the drama's total hypothetical timeframe, and real limits tied to the performance's actual duration.
Ce n'est pas ici le lieu d'examiner si la regle des vingt-quatre heures a un fondement suffisant & s'il n'est jamais permis de l'enfreindre. Mais si l'on veut donner à la durée supposée d'un Entr'acte des bornes tirées de la nature des choses, je ne veux point qu'on en puisse trouverd'autres que [284] celles du tems durant lequel il ne se fait aucun changement sensible & régulier dans la Nature, comme il ne s'en fait point d'apparent sur la Scene durant l'Entr'acte. Or ce tems est, dans sa plus grande étendue, à-peu-près de douze heures, qui sont la durée moyenne d'un jour ou d'une nuit. Passé cet espace, il n'y a plus de possibilité ni d'illusion dans la durée supposée de l'Entr'acte.
This is not the place to examine whether the twenty-four-hour rule has sufficient foundation or if it may ever be transgressed. But if one seeks to establish boundaries for the supposed duration of an Entr'acte derived from the nature of things, I insist that none other may be found than [284] those of the time during which no sensible and regular change occurs in Nature – just as no apparent change occurs onstage during the Entr'acte. Now this time, at its greatest extent, approximates twelve hours – the average duration of a day or night. Beyond this span, there remains no possibility or illusion of verisimilitude in the supposed duration of the Entr'acte.
Quant à la durée réelle, elle doit être, comme je l'ai dit, proportionnée & à la durée totale de la représentation, & à la durée partielle & relative de ce qui se passe derriere le Théâtre. Mais il y a d'autres bornes tirées de la fin générale qu'on se propose; savoir, la mesure de l'attention: car on doit bien se garder de faire durer l'Entr'acte jusqu'à laisser le Spectateur tomber dans l'engourdissement & approcher de l'ennui. Cette mesure n'a pas, au reste, une telle précision par elle-même, que le Musicien qui a du feu du génie & de l'ame, ne puisse, à l'aide de son Orchestre, l'étendre beaucoup plus qu'un autre.
As for the actual duration, it must be, as I have said, proportionate both to the total duration of the performance and to the partial, relative duration of what transpires behind the scenes. Yet there are other boundaries drawn from the general aim pursued – namely, the measure of attention. For one must take care not to prolong the Entr'acte until the spectator lapses into torpor or approaches boredom. This measure, moreover, lacks such intrinsic precision that a musician of fiery genius and soul cannot, through mastery of the orchestra, extend it far beyond another's capacity.
Je ne doute pas même qu'il n'y ait des moyens d'abuser le Spectateur sur la durée effective de l'Entr'acte, en la lui faisant estimer plus ou moins grande par la maniere d'entrelacer les caracteres de la Symphonie: mais il est tems de finir cet article qui n'est déjà que trop long.
I do not doubt there exist means to deceive the spectator regarding the effective duration of the Entr'acte – making them estimate it as longer or shorter through the interweaving of symphonic characters. But it is time to conclude this already overlong article.
ENTRÉE; s. f. Air de Symphonie par lequel débute un Ballet.
ENTRÉE; n. f. Symphonic air with which a Ballet commences.
Entrée se dit encore à l'Opéra, d'un Acte entier, clans les Opéra-Ballets dont chaque Acte forme un sujet séparé. L'Entrée de Vertumne dans les Elémens. L'Entrée des Incas dans les Indes Galantes.
At the Opera, Entrée further denotes an entire Act within Opera-Ballets where each Act forms a separate subject. The Entrance of Vertumnus in Les Éléments. The Entrance of the Incas in Les Indes Galantes.
[285] Enfin, Entrée se dit aussi du moment où chaque Partie qui en suit une autre commence à se faire entendre.
[285] Lastly, Entrée refers to the moment when each subsequent part begins to make itself heard.
EOLIEN, adj. Le Ton ou Mode Eolien étoit un des cinq Modes moyens ou principaux de la Musique Grecque, & sa corde fondamentale étoit immédiatement au-dessus de celle du Mode Phrygien. (Voyez MODE.)
AEOLIAN, adj. The Aeolian Tone or Mode was one of the five principal middle Modes of Greek Music, its fundamental note lying immediately above that of the Phrygian Mode. (See MODE.)
Le Mode Eolien étoit grave, au rapport de Lasus. Je chante, dit-il, Cérès sa fille Mélibée, épouse de Pluton, sur le Mode Eolien, rempli de gravité.
The Aeolian Mode was grave, according to Lasus. I sing, he states, Ceres her daughter Meliboea, spouse of Pluto, in the Aeolian Mode, replete with solemnity.
Le nom d'Eolien que portoit ce Mode ne lui venoit pas des Isles Eoliennes mais de l'Eolie, contrée de l'Asie Mineure, où il fut premiérement en usage.
The name "Aeolian" borne by this Mode derived not from the Aeolian Isles, but from Aeolia – a region of Asia Minor where it was first employed.
EPAIS, adj. Genre Epais, dense, ou serré,, est, selon la définition d'Aristoxène, celui où, dans chaque Tétracorde, la somme des deux premiers Intervalles est moindre que le troisieme. Ainsi le Genre Enharmonique est épais, parce que les deux premiers Intervalles, qui sont chacun d'un Quart-de-Ton, ne forment ensemble qu'un semi-Ton; somme beaucoup moindre que le troisieme Intervalle, qui est une Tierce majeure. Le Chromatique est aussi un Genre Epais; car ses deux premiers Intervalles ne forment qu'un Ton, moindre encore que la Tierce mineure qui suit. Mais le Genre Diatonique n'est point Epais, puisque ses deux premiers Intervalles forment un Ton & demi, somme plus grande que le Ton qui suit. (Voyez GENRE, TÉTRACORDE.)
DENSE, adj. The Dense Genre, or compact, is defined by Aristoxenus as that in which, within each Tetrachord, the sum of the first two intervals is less than the third. Thus the Enharmonic Genre is dense, for its first two intervals (each a quarter-tone) form but a semitone – a sum far less than the third interval's major third. The Chromatic too is a Dense Genre; its first two intervals form merely a tone, still less than the following minor third. But the Diatonic Genre is not dense, as its first two intervals form a tone-and-a-half – a sum exceeding the subsequent tone. (See GENRE, TETRACHORD.)
De ce mot , comme radical, sont composés les térmesi, Baripуспі, Mesopуспі, Охіруспі, dont on trouvera les articles chacun à sa place. [
From this term as root are derived the words Baripуспі, Mesopуспі, Охіруспі, each to be found in their respective articles. [
[286] Cette dénomination n'est point en usage dans la Musiques moderne.
[286] This denomination is unused in modern Music.
EPIAULIE. Nom que donnoient les Grecs à la Chanson des Meuniers, appellée autrement Hymée. CHANSON.)
EPIAULIE. Name given by the Greeks to the Millers' Song, otherwise called Hymée. (See CHANSON.)
Le mot burlesque piauler ne tireroit-il point d'ici son étymologie? Le piaulement d'unefemme ou d'un enfant, qui pleure & se lamente long-tems sur le même Ton, ressemble assez à la Chanson d'un moulin, & par métaphore, à celle d'un Meunier.
Does the burlesque term "piauler" [to whine] not derive its etymology from this? The whining of a woman or child, who weeps and laments at length on the same pitch, bears sufficient resemblance to a mill's song – and metaphorically, to that of a miller.
EPILENE. Chanson des Vendangeurs, laquelle s'accompagnoit de la Flûte. (Voyez Athénée, Livré V.)
EPILENE. Vintage-harvesters' song accompanied by the flute. (See Athenaeus, Book V.)
EPINICION. Chant de victoire, par lequel on célébroit chez les Grecs le triomphe des Vainqueurs.
EPINICION. Victory chant through which the Greeks celebrated triumphal conquerors.
EPISYNAPHE, s. s. C'est, au rapport de Bacchius, la conjonction des trois Tétracordes consécutifs, comme sont les Tétracordes Hypaton, Méson & Synnéménon. (Voyez SYSTIME, TÉTRACORDE.)
EPISYNAPHE, s.s. According to Bacchius, the conjunction of three consecutive tetrachords, such as the Hypaton, Meson, and Synnéménon Tetrachords. (See SYSTEM, TETRACHORD.)
ÉPITHALAME, s. m. Chant nuptial qui se chantoit autrefois à la porte des nouveaux Epoux, pour leur souhaiter une heureuses union. De telles Chansons ne sont gueres en usage parmi nous; car son sait bien que c'est peine perdue. Quand on en fait pour ses amis & familiers, on substitue ordinairement à ces voeux honnêtes & simples quelques pensées équivoques & obscenes, plus conformes au goût du siecle.
ÉPITHALAME, s.m. Nuptial chant formerly sung at newlyweds' thresholds to wish them felicitous union. Such songs find little currency among us today; for we know well such efforts prove vain. When composing them for friends and kin, one typically substitutes these honest, simple vows with equivocal and obscene conceits, more aligned with our century's taste.
EPITRITE. Nom d'un des Rhythmes de la Musique Grecque, duquel les Tems étoient en raison sesquitierce ou [287] de 3 à 4. Ce Rythme étoit représenté par le pied que les Poetes & Grammairiens appellent aussi Epitrite; pied composé de quatre syllabes, dont les deux premieres sont en effet aux deux dernieres dans la raison de 3 à 4. (Voyez RHYTΗΜΕ.)
EPITRITE. Name of a Greek musical rhythm whose beats followed sesquitercian ratio [3:4]. This rhythm was represented by the poetic foot also called Epitrite – comprising four syllables where the first two stand to the last two in 3:4 proportion. (See RHYTHM.)
ÉPODE, s. f. Chant dut troisieme Couplet, qui, dans les Odes, terminoit ce que les Grecs appelloient la Période, laquelle étoit composée de trois Couplets; savoir, la Strophe, l'Antistrophe & l'Epode. On attribue à Archiloque l'invention de l'épode.
ÉPODE, s.f. Third stanza's chant concluding what the Greeks termed the Period in odes – a tripartite structure comprising Strophe, Antistrophe, and Epode. Archilochus is credited with the epode's invention.
EPTACORDE, s. m. Lyre ou Cythare à sept cordes, comme, au dire de plusieurs, étoit celle de Mercure.
EPTACORDE, s.m. Seven-stringed lyre or cithara, such as Mercury's instrument according to many accounts.
Les Grecs donnoient aussi le nom d'Eptacorde à un Systême de Musique formé de sept Sons, tel qu'est aujourd'hui notre Gamme. L'Eptacorde Synnéménon, qu'on appelloit autrement Lyre de Terpandre, étoit composé des Sons exprimés par ces lettres de la Gamme, E, F, G, a, b, c, d. L'Eptacorde de Philolaus substituoit le Béquarre au Bémol, & peut s'exprimer ainsi, E, F, G, a, c, d. Il en rapportoit chaque corde à une des Planetes, l'Hypate à Saturne, la Parhypate à Jupiter, & ainsi de suite.
The Greeks also designated as Heptachord a seven-tone musical system akin to our modern scale. The Synnéménon Heptachord – alternatively called Terpander's Lyre – comprised the pitches expressed by these scale letters: E, F, G, A, B♭, C, D. Philolaus's Heptachord substituted B natural for B flat, expressible as E, F, G, A, C, D. He analogized each string to a planet – Hypate to Saturn, Parhypate to Jupiter, and so forth.
EPTAMERIDES, s. f. Nom donne par M. Sauveur à l'un des Intervalles de son Systême exposé dans les Mémoires de l'Académie, année 1701.
EPTAMERIDES, s.f. Term coined by M. Sauveur for an interval in his system expounded in Academy Memoirs (1701).
Cet Auteur devise d'abord l'Octave en 43 parties ou Mérides; puis chacune de celles-ci en 7 Eptamérides; de sorte que l'Octave entiere comprend 301 Eptamérides qu'il subdivise encore. (Voyez DECAMERIDE)
This author first divides the octave into 43 parts or Mérides; each Méride he subdivides into 7 Eptamérides – thus the full octave comprises 301 Eptamérides, further subdivided. (See DECAMERIDE)
[288] Ce mot est formé de ■■■■, sept, & de ■■■■, partie.
[288] This term derives from ■■■■ [hepta, seven] and ■■■■ [meris, part].
EPTAPHONE, s. m. Nom d'un Portique de la Ville d'Olympie, dans lequel on avoit ménagé un écho qui répétoit la Voix sept sois de suite. Il y a brande apparence que l'écho se trouva là par hasard, & qu'ensuite les Grecs, grands charlatans, en firent honneur à l'art de l'Architecte.
EPTAPHONE, s.m. Name of a portico in Olympia housing an echo repeating voices sevenfold. Most likely this echo occurred fortuitously, whereafter the Greeks – consummate charlatans – attributed it to architectural artifice.
EQUISONNANCE, s. f. Nom par lequel les Anciens distinguoient des autres Consonnances celles de l'Octave & de la double Octave, les seules qui fassent Paraphonie. Comme on a aussi quelquefois besoin de la même distinction dans la Musique moderne, on peut l'employer avec d'autant moins de scrupule, que la sensation de l'Octave se confond très souvent à l'oreille avec celle de l'Unisson.
EQUISONNANCE, s. f. Term by which the Ancients distinguished the consonances of the octave and double octave from others, being the only ones that create paraphony. As this distinction is sometimes necessary in modern music, one may employ it with less scruple since the perception of the octave often merges auditorily with that of unison.
ESPACE, s. m. Intervalle blanc, ou distance qui se trouvé dans la Portée entre une Ligne & celle qui la suit immédiatement au-dessus ou-dessous. Il y a quatre Espaces dans les cinq Lignes, & il y a se plus deux Espaces, l'un au-dessus, l'autre au-dessous de la Portée entiere; l'on borne, quand il le faut, ces deux Espaces indéfinis pars des Lignes postiches ajoutées en haut ou en bas, lesquelles augmentent l'étendue de la Portée & fournissent de nouveaux Espaces. Chacun de ces Espaces devise l'Intervalle des deux Lignes qui le terminent, en deux Degrés Diatoniques; savoir, un de la Ligne inférieure à l'Espace, & l'autre de l'Espace à la Ligne supérieure. (Voyez PORTÉE.)
ESPACE, s. m. Blank interval or distance between a line and its immediate successor above or below on the staff. There are four spaces within the five lines, plus two indefinite spaces above and below the entire staff. These indefinite spaces are bounded when necessary by ledger lines added above or below, extending the staff's range and providing new spaces. Each space divides the interval between its two bounding lines into two diatonic degrees: one from the lower line to the space, and another from the space to the upper line. (See STAFF.)
ÉTENDUE, s. f. différence de deux Sons donnés qui en ont d'intermédiaires, ou somme de tous les Intervalles compris entre les deux extrêmes. Ainsi la plus grande Etendue [289] possible ou celle qui comprend toutes les autres, est celle du plus grave au plus aigu de tous les Sons sensibles ou appréciables. Selon les expériences de M. Euler, toute cette Etendue forme un Intervalle d'environ huit Octaves, entre un Son qui fait 30 vibrations par Seconde, & un autre qui en fait 7552 dans le même tems.
ÉTENDUE, s. f. Difference between two given sounds inclusive of their intermediaries, or the sum of all intervals between extremes. Thus, the greatest possible range [289] – encompassing all others – extends from the gravest to the most acute perceptible sound. According to M. Euler's experiments, this entire range forms an interval of approximately eight octaves, between a sound making 30 vibrations per second and another making 7,552 in the same duration.
Il n'y a point d'Etendue en Musique entre les deux termes de laquelle son ne puisse insérer une infinité de Sons intermédiaires qui le partagent en une infinité d'Intervalles, d'où il suit que l'Etendue sonore ou Musicale est divisible à l'infini, comme celles du tems & du lieu. (Voyez INTERVALLE.)
No musical range exists between two terms into which one cannot insert infinite intermediary sounds, infinitely partitioning the interval. Hence, sonorous or musical range is divisible ad infinitum, like those of time and space. (See INTERVAL.)
EUDROMI. Nom de l'Air que jouoient les Hautbois aux Jeux Sthéniens, institués dans Argos en l'honneur de Jupiter. Hiérax, Argien, étoit l'Inventeur de cet Air.
EUDROMI. Name of the air played by oboes at the Sthenian Games instituted in Argos to honor Jupiter. Hiérax of Argos invented this air.
ÉVITER, v. a. Eviter une Cadence, c'est ajouter une Dissonance à l'Accord final, pour changer le Mode ou pro. longer la phrase. (Voyez CADENCE.)
ÉVITER, v. a. To evade a cadence is to add a dissonance to the final chord, thereby altering the mode or prolonging the phrase. (See CADENCE.)
ÉVITÉ, participe. Cadence Evitée. (Voyez CADENCE.)
ÉVITÉ, participle. Evaded cadence. (See CADENCE.)
EVOVAE, s, s. m. Mot barbare formé des six voyelles qui marquent les Syllabes des deux mots, seculorum amen, & qui n'est d'usage que dans le Plain-Chant. C'est sur les lettres de ce mot qu'on trouvé indiquées dans les Pfeautiers & Antiphonaires des Eglises Catholiques les Notes par lesquelles, dans chaque Ton & dans les diverses modifications du Ton, il faut terminer les versets des Pfeaumes ou des Cantiques.
EVOVAE, s. m. Barbarous word formed from the six vowels marking syllables in the phrase seculorum amen, used solely in plainchant. In Catholic psalters and antiphonaries, the notes indicated by this word's letters prescribe how to conclude psalm or canticle verses within each tonality and its modifications.
L'Evovaé commence toujours par la Dominante du Ton [290] de l'Antienne qui le précede, & finit toujours par la finale.
The Evovae always begins on the dominant of the Antiphon's tonality [290] and concludes on the final.
EUTHIA, s. m. Terme de la Musique Grecque, qui signifie une suite de Notes procédant du grave à l'aigu. L'Euthia étoit une des Parties de l'ancienne Mélopée.
EUTHIA, s. m. Greek musical term denoting a progression of notes ascending from grave to acute. The Euthia formed part of ancient melopoeia.
EXACORDE, s. m. Instrument à six cordes, ou systême composé de six Sons, tel que l' Exacorde de Gui d'Arezzo
EXACORDE, s. m. Six-stringed instrument or system comprising six tones, such as Guido of Arezzo's hexachord.
EXÉCUTANT, partir. pris subst. Musicien qui exécute sa Partie dans un Concert; c'est la même chose que Concertant. (Voyez CONCERTANT.) Voyez aussi les deux mots qui suivent.
EXÉCUTANT, participle used substantively. Musician performing their part in an ensemble; synonymous with concertante. (See CONCERTANTE.) See also the two following entries.
EXECUTER, v. a. Exécuter une Piece de Musique, c'est chanter & jouer toutes les Parties qu'elle contient, tant vocales qu'instrumentales, dans l'Ensemble qu'elles doivent avoir,& la rendre telle qu'elle est notée sur la Partition.
EXECUTE, v. a. To execute a piece of Music is to sing and play all its constituent parts - both vocal and instrumental - in their required ensemble, rendering it precisely as notated on the score.
Comme la Musique est faite pour être entendue, on n'en peut bien juger que par l'exécution. Telle Partition paroît admirable sur le papier, qu'on ne peut entendre Exécuter sans dégoût, & telle autre n'offre aux yeux, qu'une apparence simple & commune, dont l'exécution ravit par des effets inattendus. Les petits Compositeurs, attentifs à donner de la symétrie & dit jeu à toutes leurs Parties, paroissent ordinairement les plus habiles gens du monde, tant qu'on ne jugé de leurs ouvrages que par les yeux. Aussi ont-ils souvent l'adresse de mettre tant d'Instrumens divers, tant de Parties dans leur Musique, qu'on ne puisse rassembler que très- difficilement tous les Sujets nécessaires pour l'Exécuter.
As Music exists to be heard, proper judgment can only arise from execution. Many a score appears admirable on paper yet disgusts when performed, while others offering simple visual appearances ravish through unexpected effects in execution. Lesser composers, obsessed with symmetrical part-writing, often seem consummate masters until their works are heard. Hence their stratagem of employing such diverse instruments and complex parts that assembling adequate performers becomes near-impossible.
EXECUTION, s. f. L'Action d'exécuter une Piece. de Musique.
EXECUTION, s. f. The action of performing a musical work.
[291] Comme la Musique est ordinairement composée de plusieurs Parties, dont le rapport exact, soit pour l'Intonation, soit pour la Mesure, est extrêmement difficile à observer, & dont l'esprit dépend plus du goût que des signes, rien n'est si rare qu'une bonne Exécution. C'est peu de lire la Musique exactement sur la Note; il faut entrer dans toutes les idées du Compositeur, sentir & rendre le feu de l'expression, avoir sur tout l'oreille juste & toujours attentive pour écouter & suivre l'Ensemble. II faut, en particulier dans la Musique Françoise, que la Partie principale fache presser ou ralentir le mouvement, selon que l'exigent le goût du Chant, le volume de Voix & le développement des bras du Chanteur; il faut, par conséquent, que toutes les autres Parties soient sans relâche, attentives à bien suivre celle-là. Aussi l'Ensemble de l'Opéra de Paris, ou la Musique n'a point d'autre Mesure que celle du geste, seroit-il, à mon avis, ce qu'il p a de plus admirable en fait d'Exécution.
[291] Music's multi-part nature - requiring exact alignment of intonation and rhythm, guided more by taste than notation - makes fine execution exceedingly rare. Mere note-reading suffices not; one must inhabit the composer's vision, channel expressive fire, and maintain acute aural vigilance. Particularly in French Music, the principal part must dictate tempo fluctuations responding to melodic grace, vocal resonance, and gestural phrasing. Thus all accompanying parts must ceaselessly follow its lead. Herein lies the Paris Opera ensemble's supreme merit, where Music's pulse flows directly from bodily motion rather than rigid measure.
«Si les François, dit Saint-Evremont, par leur commerce avec les Italiens, sont parvenus à composer plus hardiment, les Italiens ont aussi gagné au commerce des François, en ce qu'il sont appris d'eux à rendre leur Exécution plus agréable, plus touchante & plus parfaite.» Le Lecteur se passera bien, je crois, de mon commentaire sur ce passage. Je dirai seulement que les François croient toute la terre occupée de leur Musique, & qu'au contraire, dans les trois quarts de l'Italie, les Musiciens ne savent pas même qu'il existe une Musique Françoise différente de la leur.
"If the French," observes Saint-Evremont, "through commerce with Italians, gained compositional boldness, the Italians conversely learned from the French to render their execution more pleasing, touching, and refined." My commentary here proves needless. Suffice to note that while the French imagine global preoccupation with their Music, three-quarters of Italian musicians remain ignorant of any distinct French musical tradition.
On appelle encore Exécution la facilité de lire & d'exécuter [292] une Partie Instrumentale, & l'on dit, par exemple d'un Symphoniste, qu'il a beaucoup d'Exécution, lorsqu'il exécute correctement, sans hésiter, & à la premiere vue, les choses les plus difficiles: l'Exécution prise en ce sens dépend sur-tout de deux choses; premiérement, d'une habitude parfaite de la touche & du doigter de son Instrument; en second lieu, d'une grande habitude de lire la Musique & de phraser en la regardant: car tant qu'on ne voit que des Notes isolées, on hésite toujours à les prononcer: on n'acquiert la grande facilité de l'Exécution, qu'en les unissant par le sens commun qu'elles doivent former, & en mettant la chose à la place du signe. C'est ainsi que la mémoire du Lecteur ne l'aide pas moins que ses yeux, & qu'il liroit avec peine une langue inconnue, quoiqu'écrite avec les mêmes caracteres, & composée des mêmes mots qu'il lit couramment dans la sienne.
Execution further denotes instrumentalists' facility in sight-reading. We say a symphonist possesses "great Execution" when flawlessly performing complex passages at first glance. This requires: 1) complete familiarity with one's instrument's fingerboard and technique; 2) fluent score-reading through phrase comprehension rather than note-by-note deciphering. As with language literacy, execution flows when signs coalesce into meaningful discourse. Thus memory aids sight, explaining why one reads effortlessly in known tongues yet falters in foreign scripts using identical characters.
EXPRESSION, s. f. Qualité par laquelle le Musicien sont vivement & rend avec énergie toutes les idées qu'il doit rendre, & tous les sentimens qu'il doit exprimer. Il y a une Expressionde Composition & une d'exécution, & c'est de leur concours que résulte l'effet musical le plus puissant & le plus agréable.
EXPRESSION, s. f. The quality whereby a musician vividly conveys all required ideas and emotions. Expression manifests both in composition and execution - their union yielding Music's most potent effects.
Pour donner de l'Expression à ses ouvrages, le Compositeur doit saisir & comparer tous les rapports qui peuvent se trouver entre les traits de son objet & les productions de son Art: il doit connoître ou sentir l'effet de tous les caracteres, afin de porter exactement celui qu'il choisit au degré qui lui convient: car comme un bon Peintre ne donne [293] pas la même lumiere à tous ses objets, l'habile Musicien ne donnera pas non plus la même énergie à tous ses sentimens, ni la même forcé à tous ses tableaux, & placera chaque Partie au lieu qui convient, moins pour la faire valoir seule, que pour donner un plus grand effet au tout.
To imbue works with Expression, the composer must correlate his subject's traits with musical means. Like painters modulating light, he calibrates each element's intensity - not for isolated effect, but to enhance the whole. [293] Knowing when to restrain proves as crucial as knowing when to emphasize.
Après avoir bien vu ce qu'il doit dire, il cherche comment il le dira, & voici où commence l'application des préceptes de l'Art, qui est comme la langue particuliere dans laquelle le Musicien veut se faire entendre.
Having determined what to express, he confronts the how - entering the realm where Art's precepts become a unique musical language.
La Mélodie, l'Harmonie, le Mouvement, le choix des Instrumens & des Voix sont les élémens du langage musical; & la Mélodie, par sort rapport immédiat avec l'Accent grammatical & oratoire, est celui qui donne le caractere à tous les autres. Ainsi c'est toujours du Chant que se doit tirer la principale Expression, tant dans la Musique Instrumentale que dans la Vocale.
Melody, Harmony, Tempo, and timbral choices form this language's elements. Melody, through its direct ties to grammatical and rhetorical accent, dictates overall character. Thus in both vocal and instrumental Music, Expression's primary source remains the melodic line.
Ce qu'on cherche donc à rendre par la Mélodie, c'est le Ton dont s'expriment les sentimens qu'on veut représenter, & l'on doit bien se garder d'imiter en cela la déclamation théâtrale qui n'est elle-même qu'une imitation, mais la voix de la Nature parlant sans affectation & sans art. Ainsi le Musicien cherchera d'abord un Genre de Mélodie qui lui fournisse les inflexions Musicales les plus convenables au sens des paroles, en subordonnant toujours l'Expression des mots à celle de la pensée, & celle-ci même à la situation de l'ame de l'Interlocuteur: car quand on est fortement affecté, tous les discours que l'on tient prennent, pour ainsi dire, la teinte du sentiment général qui domine en nous, [294] & l'on ne querelle point ce qu'on aime du ton dont on querelle un indifférent.La parole est diversement accentuée selon les diverses passions qui l'inspirent, tantôt aiguë & véhémente, tantôt remisse & lâche, tantôt variée & impétueuse, tantôt égale & tranquille dans ses inflexions. De-là le Musicien tire les différences des Modes de Chant qu'il emploie & des lieux divers dans lesquels il maintient la Voix, la faisant procéder dans le bas par de petits Intervalles pour exprimer les langueurs de la tristesse & de l'abattement, lui arrachant dans le haut les Sons aigus de l'emportement & de la douleur; & l'entraînant rapidement par tous les Intervalles de son Diapason dans l'agitation du désespoir ou l'également des passions contrastées. Sur-tout il faut bien observer que le charme de la Musique ne consiste pas seulement dans l'imitation, mais dans une imitation agréable; & que la déclamation même, pour faire un si grande effet, doit être subordonnée à la Mélodie: de sorte qu'on ne peut peindre le sentiment sans lui donner ce charme secret qui en est inséparable, ni toucher le coeur si l'on ne plaît à l'oreille. Et ceci est encore très-conforme à la Nature, qui donne au ton des personnes sensibles, je ne sais quelles inflexions touchantes & délicieuses que n'eût jamais celui des gens qui ne sentent rien. N'allez donc pas prendre le baroque pour l'expressif, ni la dureté pour de l'énergie, ni donner un tableau hideux des passions que vous voulez rendre, ni faire en un mot comme à l'Opéra François, où le ton passionné ressemble aux cris de la colique, bien plus qu'aux transports de l'amour.
What one therefore seeks to convey through Melody is the Tone in which the sentiments to be represented are expressed, and one must take care not to imitate theatrical declamation—which is itself but an imitation—but rather the voice of Nature speaking without affectation or artifice. Thus the musician will first seek a Genre of Melody providing the musical inflections most suited to the meaning of the words, always subordinating the Expression of words to that of thought, and the latter itself to the state of the interlocutor’s soul: for when one is deeply moved, all utterances take on, so to speak, the hue of the dominant sentiment within us, [294] and one does not quarrel with a beloved in the same tone used for a stranger.
Speech is variably accented according to the different passions inspiring it—now sharp and vehement, now slack and languid, now varied and impetuous, now even and tranquil in its inflections. From this the musician derives distinctions among the Modes of Song he employs and the diverse registers in which he sustains the Voice, making it proceed through small Intervals in the lower range to express the languors of sorrow and dejection, wresting from the upper range the shrill sounds of passion and pain, and rapidly sweeping it through all Intervals of its Diapason in the agitation of despair or the clash of conflicting passions. Above all, one must observe that the charm of Music lies not merely in imitation, but in agreeable imitation; and that even declamation, to produce such great effect, must be subordinated to Melody: so that one cannot depict sentiment without bestowing that secret charm inseparable from it, nor touch the heart without pleasing the ear. This too accords with Nature, which imbues the tones of sensitive persons with certain touching and delightful inflections never found in those who feel nothing. Do not mistake the bizarre for the expressive, nor harshness for energy; do not render hideous the passions you wish to portray; in short, do not act as in French Opera, where impassioned tones resemble colic’s cries far more than love’s transports.
[295] Le plaisir physique qui résulte de l'Harmonie, augmente à son tour le plaisir moral de l'imitation, en joignant les sensations agréables des Accords à l'Expression de la Mélodie, par le même principe dont je viens de parler. Mais l'Harmonie fait plus encore; elle renforce l' Expression même, en donnant plus de juste & de précision aux Intervalles mélodieux; elle anime leur caractere, & marquant exactement leur place dans l'ordre de la Modulation, elle rappelle ce qui précede, annonce ce que doit suivre, & lie ainsi les phrases dans le Chant comme les idées se lient dans le discours. L'Harmonie, envisagée de cette maniere, fournit au Compositeur de grands moyens l'Expression, qui lui échappent quand il ne cherche l'Expression que dans la seule Harmonie; car alors, au lieu d'animer l'Accent, il l'étousse par ses Accords, & tous les Intervalles, confondus dans un continuel remplissage, n'offrent à l'oreille qu'une suite de Sons fondamentaux qui n'ont rien de touchant ni d'agréable, & dont l'effet s'arrête au cerveau.
[295] The physical pleasure arising from Harmony in turn enhances the moral pleasure of imitation by uniting the agreeable sensations of Chords with the Expression of Melody, through the same principle I have just described. But Harmony does more still: it strengthens Expression itself by lending greater accuracy and precision to melodious Intervals; it animates their character, and by precisely marking their place within the order of Modulation, it recalls what precedes, heralds what must follow, and thus binds musical phrases as ideas are linked in discourse. Harmony, considered in this light, furnishes the composer with grand means of Expression—means that elude him when he seeks Expression solely in Harmony alone; for then, instead of enlivening Accent, he smothers it with his Chords, and all Intervals, lost in perpetual filler, offer the ear only a sequence of fundamental Sounds devoid of tenderness or charm, their effect confined to the brain.
Que sera donc l'Harmoniste pour concourir à l'Expression de la Mélodie & lui donner plus d'effet? Il évitera soigneusement de couvrir le Son principal dans la combinaison des Accords; il subordonnera tous ses Accompagnemens à la Partie chantante; il en aiguisera l'énergie par le concours des autres Parties; il renforcera l'effet de certains passages par des Accords sensibles; il en dérobera d'autres par supposition ou par suspension, en les comptant pour rien sur la Basse; il sera sortir les Expressions fortes par des Dissonances majeurs; il réservera les mineures pour des sentimens [296] plus doux. Tantôt il liera toutes ses Parties par des Sons continus & coulés; tantôt il les sera contraster sur le Chant par des Notes piquées. Tantôt il frappera l'oreille par des Accords pleins; tantôt il renforcera l'Accent par le choix d'un seul Intervalle. Par-tout il rendra présent & sensible l'enchaînement des Modulations, & sera servir la Basse & son Harmonie à déterminer le lieu de chaque passage dans le Mode, afin qu'on n'entende jamais un Intervalle ou un trait de Chant, sans sentir en même tems son rapport avec le tout.
What then must the Harmonist do to enhance Melody’s Expression and amplify its effect? He will carefully avoid obscuring the principal Tone in Chord combinations; he will subordinate all Accompaniments to the vocal Part; he will sharpen their energy through the convergence of other Parts; he will intensify certain passages with sensitive Chords; he will disguise others through supposition or suspension, treating them as naught against the Bass; he will make strong Expressions emerge through major Dissonances; he will reserve minor ones for gentler sentiments [296]. At times he will bind all Parts through sustained and legato tones; at others, contrast them against the Song with staccato Notes. Now he will strike the ear with full Chords; now reinforce Accent through a single chosen Interval. Everywhere he will render perceptible and palpable the chain of Modulations, employing the Bass and its Harmony to fix each passage’s place within the Mode, so that no Interval or melodic turn is heard without simultaneously sensing its relation to the whole.
A l'égard du Rhythme, jadis si puissant pour donner de la forcé, de la variété, de l'agrément à l'Harmonie Poétique; si nos Langues, moins accentuées & moins prosodiques, ont perdu le charme qui en résultoit, notre Musique en substitue un autre plus indépendant dudiscours, dans l'égalité de la Mesure, & dans les diverses combinaisons de ses Tems, soit à la fois dans le tout, soit séparément dans chaque Partie. Les quantités de la Langue sont presque perdues sous celles des Notes; & la Musique, au lieu de parler avec la parole, emprunte, en quelque sorte, de la Mesure, un langage à part. La forcé de l'Expression consiste, en cette partie, à réunir ces deux langages le plus qu'il est possible, & à faire que, si la Mesure & le Rhythme ne parlent pas de la même maniere, ils disent au moins les mêmes choses.
As for Rhythm, once so powerful in lending force, variety, and grace to Poetic Harmony; if our languages, less accented and less prosodic, have lost the charm it once produced, our Music substitutes another more independent of discourse through the regularity of Measure and the diverse combinations of its beats—both collectively in the whole and separately in each Part. The quantities of Language are nearly effaced by those of the Notes; and Music, instead of speaking through speech, borrows from Measure a language of its own. The force of Expression here lies in uniting these two languages as much as possible, so that even if Measure and Rhythm do not speak identically, they at least convey the same meaning.
La gaieté qui donne de la vivacité à tous nos mouvemens, en doit donner de même à la Mesure; la tristesse resserre le coeur, ralentit les mouvemens, & la même langueur [297] se fait sentir dans les Chants qu'elle inspire: mais quand la douleur est vive ou qu'il se passe dans l'ame de grands combats, la parole est inégale; elle marche alternativement avec la lenteur du Spondée & avec la rapidité du Pyrrique, & souvent s'arrête tout court comme dans le Récitatif obligé: c'est pour cela que les Musiques les plus expressives, ou du moins les plus passionnées, sont communément celles où les Tems, quoiqu'égaux entr'eux, sont le plus inégalement divises; au lieu que l'image du sommeil, du repos, de la paix de l'ame, se peint volontiers avec des Notes égales, qui ne marchent ni vîte, ni lentement.
Gaiety, which enlivens all our movements, should similarly animate Measure; sadness constricts the heart, slows movements, and the same languor [297] permeates the melodies it inspires. But when pain is acute or the soul is torn by great struggles, speech becomes uneven—alternating between the slow Spondee and rapid Pyrrhic, often halting abruptly as in Obbligato Recitative. This is why the most expressive—or at least most impassioned—Musics are commonly those where beats, though equal in themselves, are most unequally divided. By contrast, images of sleep, rest, or inner peace are best rendered through even Notes that move neither fast nor slow.
Une observation que le Compositeur ne doit pas négliger, c'est que plus l'Harmonie est recherchée, moins le mouvement doit être vif, afin que l'esprit ait le tems de saisir la marche des Dissonances & le rapide enchaînement des Modulations; il n'y a que le dernier emportement des passions qui permette d'allier la rapidité de la mesure & la dureté des Accords. Alors quand la tête est perdue & qu'à forcé d'agitation l'Acteur semble ne savoir plus ce qu'il dit, ce désordre énergique & terrible peut se porter ainsi jusqu'à l'ame du Spectateur & le mettre de même hors de lui. Mais si vous n'êtes bouillant & sublime, vous ne serez que baroque & froid; jettez vos Auditeurs dans le délire, ou gardez-vous d'y tomber: car celui qui perd la raison n'est jamais qu'un insensé aux yeux de ceux qui la conservent, & les foux n'intéressent plus.
One observation the Composer must not neglect: the more intricate the Harmony, the slower the tempo must be, allowing the mind time to grasp the progression of Dissonances and the swift chain of Modulations. Only the utmost frenzy of passions permits the fusion of rapid tempo and harsh Chords. For when reason falters and the Actor, overwhelmed by agitation, seems no longer to know what he says, this energetic and terrible disorder may seize the Spectator’s soul and likewise unhinge them. But if you are not fiery and sublime, you will only be bizarre and cold; plunge your listeners into delirium, or refrain from falling into it yourself. For he who loses reason appears only as a madman to those who retain it, and fools cease to move us.
Quoique la plus grande forcé de l'Expression se tire de la combinaison des Sons, la qualité de leur timbre n'est pas [298] indifférente pour le même effet. Il y a des Voix fortes & sonores qui en imposent par leur étoffe; d'autres légeres & flexibles, bonnes pour les choses d'exécution; d'autres sensibles & délicates, qui vont coeur par des Chants doux & pathétiques. En général les Dessus & toutes les Voix aiguës sont plus propres pour exprimer la tendresse & la douceur, les Basses & Concordans pour l'emportement la colere: mais les Italiens ont banni les Basses de leurs Tragédies, comme une Partie dont le Chant est trop rude pour le genre héroïque, & leur out substitué les Tailles ou Tenor, dont le Chant a le même caractere avec un effet plus agréable. Ils emploient ces mêmes Basses plus convenablement dans le Comique pour les rôles à manteaux-, & généralement pour tous les caracteres de charge.
Though the greatest force of Expression arises from the combination of Sounds, the quality of their timbre is not [298] irrelevant to this effect. Some voices are strong and resonant, imposing through their substance; others light and flexible, suited for technical passages; others sensitive and delicate, piercing the heart with tender and pathetic melodies. Generally, Treble and all high voices better express tenderness and sweetness, while Basses and Concordants convey fury and anger. Yet the Italians have banished Basses from their Tragedies, deeming their melodies too coarse for heroic genres, replacing them with Tenors or Tenor voices whose character retains dignity with greater charm. They more fittingly employ these Basses in Comic roles for burlesque characters and all comic types.
Les Instrumens ont aussi des Expressions très-différentes selon que le Son en est fort foible, que le timbre en est aigre ou doux, que le Diapason en est grave ou aigu, qu'on en peut tirer des Sons en plus grande ou moindre quantité. Il Flûte est tendre, le Hautbois gai, la Trompette guerriere, le Cor sonore, majestueux, propre aux grandes Expressions. Mais il n'y a point d'Instrument dont on tire une Expression plus variée & plus universelle que du Violon. Cet instrument admirable fait le fond de tous les Orchestres, & suffit au grand Compositeur pour en tirer tous les effets que les mauvais Musiciens cherchent inutilement dans l'alliage d'une multitude d'Instrumens divers. Le Compositeur doit connoître le manche du Violon pourDoigter ses Airs, pour disposer ses Arpeges, pour savoir l'effet des Cordes à vide, & [299] pour employer & choisir ses Tons selon les divers caracteres qu'ils ont sur cet Instrument.
Instruments also possess vastly differing Expressions depending on whether their sound is strong or weak, their timbre shrill or mellow, their Diapason low or high, and whether they can produce more or fewer notes. The Flute is tender, the Oboe cheerful, the Trumpet warlike, the Horn sonorous and majestic – apt for grand Expressions. But no Instrument yields more varied and universal Expression than the Violin. This admirable instrument forms the foundation of all Orchestras, and suffices for the great Composer to draw from it all those effects that lesser musicians vainly seek through blending multitudes of diverse Instruments. The Composer must know the Violin's fingerboard to Finger his Airs, arrange his Arpeggios, understand the effect of Open Strings, and [299] select his Tones according to the distinct characters they assume upon this Instrument.
Vainement le Compositeur sauta-t-il animer son Ouvrage, si la chaleur qui doit y régner ne passe à ceux qui l'éxecutent. Le Chanteur qui ne voit que des Notes dans sa Partie, n'est point en état de saisir l'Expression du Compositeur, ni d'en donner une à ce qu'il chante, s'il n'en a bien saisi le sens. Il faut entendre ce qu'on lit pour le faire entendre aux autres, & il ne suffit pas d'être sensible en général, si l'on ne l'est en particulier à l'énergie de la Langue qu'on parle. Commencez donc par bien connoître le caractere du Chant que vous avez à rendre, son rapport au sens des paroles, la distinction de ses phrases, l'Accent qu'il a par lui-même, celui qu'il suppose dans la voix de l'Exécutant, l'énergie que le Compositeur a donnée au Poete, & celle que vous pouvez donner à votre tour au Compositeur. Alors livrez vos organes à toute la chaleur que ces considérations vous auront inspirée; faites ce que vous seriez si vous étiez à la fois le Poète, le Compositeur, l'Acteur & le Chanteur: & vous aurez toute l'Expression qu'il vous est possible de donner à l'Ouvrage que vous avez à rendre. De cette maniere, il arrivera naturellement que vous mettrez de la délicate & & des ornemens dans les Chants qui ne sont qu'élégans & gracieux, du piquant & du feu dans ceux qui sont animés & gais, des gémissemens & des plaintes dans ceux qui sont tendres & pathétiques, & toute l'agitation du Forte-piano dans l'emportement des passions violentes. Par-tout où l'on réunira fortement l'Accent musical à [300] l'Accent oratoire; par-tout où la Mesure se sera vivement sentir & servira de guide aux Accens du Chant; par-tout où l'Accompagnement & la Voix sauront tellement accorder & unir leurs effets, qu'il n'en, résulte qu'une Mélodie, & que l'Auditeur trompé attribue à la Voix les passages dont l'Orchestre l'embellit; enfin par-tout où les ornemens sobrement ménagés porteront témoignage de la facilité du Chanteur, sans couvrir & défigurer le Chant, l'Expression sera douce, agréable & forte, l'oreille sera charmée & le coeur ému; le physique & le moral concourront à la fois au plaisir des écoutans, & il régnera un tel Accord entre la parole & le Chant, que le tout semblera n'être qu'une langue délicieuse qui sait tout dire & plaît toujours.
In vain would the Composer animate his Work if the fire meant to permeate it fails to ignite its performers. The Singer who sees only Notes in their Part cannot grasp the Composer's Expression, nor impart any to their performance unless they first comprehend its meaning. One must understand what they read to make others understand it, and it avails little to be generally sensitive unless attuned specifically to the vigor of the language being spoken. Begin then by thoroughly knowing the character of the Song you must deliver – its relation to the text's sense, its phrasing distinctions, its inherent Accent, the vocal inflection required of the performer, the energy the Composer lent the Poet, and that which you in turn may lend the Composer. Surrender your faculties to all the ardor these considerations inspire; perform as though you were simultaneously Poet, Composer, Actor, and Singer – thus shall you attain the fullest Expression possible for the Work at hand. In this manner, you will naturally adorn elegant and graceful Songs with delicacy and ornamentation, infuse lively and joyous ones with spark and fire, imbue tender and pathetic strains with sighs and laments, and channel all the agitation of Forte-piano into the throes of violent passions. Wherever Musical Accent powerfully unites with [300] Oratorical Accent; wherever Measure makes itself keenly felt while guiding the Song's inflections; wherever Accompaniment and Voice so harmonize their effects that a single Melody emerges, beguiling listeners into attributing orchestral flourishes to the vocal line; finally, wherever sparingly deployed embellishments attest to the Singer's skill without obscuring the Song – there shall Expression prove sweet, pleasing, and potent, there shall ears be charmed and hearts stirred. Physical and spiritual realms will jointly delight auditors, and such Accord shall reign between word and song that the whole seems but one exquisite language that says all and ever pleases.
EXTENSION, s. f. est, selon Aristoxène, une des quatre parties de la Mélopée qui consiste à soutenir long-tems certains Sons & au-de-là même de leur quantité grammaticale. Nous appellons aujourd'hui Tenues les Sons ainsi soutenus.. (Voyez TENUE.)
EXTENSION, n. According to Aristoxenus, one of the four parts of Melopoeia consisting in sustaining certain Sounds beyond even their grammatical quantity. We now call such sustained notes Tenues. (See SUSTAINED NOTES.)
F
F
[301] F ut fa, F fa ut, ou simplement F. Quatrieme Son de la Gamme Diatonique & naturelle, lequel s'appelle autrement Fa. (Voyez GAMME.)
[301] F ut fa, F fa ut, or simply F. The fourth note of the natural Diatonic Scale, otherwise called Fa. (See DIATONIC SCALE.)
C'est aussi le nom de la plus basse des trois Clefs de la Musique. (Voyez CLEF.)
This is also the name of the lowest among Music's three Clefs. (See CLEF.)
FACE, s. f. Combinaison, ou des Sons d'un Accord en commençant par un de ces Sons & prenant les autres selon leur suite naturelle, ou des touches du Clavier qui forment le même Accord. D'où il suit qu'un Accord peut avoir autant de Faces qu'il y a de Sons qui le composent;car chacun peut être le premier à son tour.
FACE, n. Combination either of the notes within a Chord by beginning with one of these notes and taking the others in their natural sequence, or of the keys on the Keyboard that form the same Chord. Hence it follows that a Chord may have as many Faces as there are notes composing it, for each may take precedence in turn.
L'Accord parfait ut mi sol a trois Faces. Par la premiere, tous les doigts sont rangés par Tierces, & la Tonique est sous l'index: par la seconde mi sol ut, il y a une Quarte entre les deux derniers doigts, & la Tonique est sous le dernier: par la troisieme sol ut mi, la Quarte est entre l'index & le quatrieme, & la Tonique est sous celui-ci. (Voyez RENVERSEMENT.)
The perfect Chord C-E-G has three Faces. In the first, all fingers are arranged by Thirds, with the Tonic under the index finger; in the second E-G-C, there is a Fourth between the last two fingers, with the Tonic under the latter; in the third G-C-E, the Fourth lies between the index and fourth finger, with the Tonic under the latter. (See INVERSION.)
Comme les Accords Dissonans ont ordinairement quatre Sons, ils ont aussi quatre Faces, qu'on peut trouver avec la même facilité. (Voyez DOIGTER.)
As Dissonant Chords typically contain four notes, they likewise have four Faces, which may be ascertained with similar ease. (See FINGERING.)
FACTEUR, s, m. Ouvrier qui fait des Orgues ou des Clavecins.
FACTEUR, n. Artisan who constructs Organs or Harpsichords.
FANFARE, s. f. Sorte d'Air militaire, pour l'ordinaire [302] court.& brillant, qui s'exécute par des Trompettes, & qu'on imite sur d'autres Instrumens. La Fanfare est communément à deux dessus de Trompettes accompagnées de Tymbales; &, bien exécutée, elle a quelque chose de martial & de gai qui convient fort à son usage. De toutes les Troupes de l'Europe, les Allemandes sont celles qui ont les meilleurs Instrumens militaires; aussi leurs Marches & Fanfares sont-elles un effet admirable. C'est une chose à remarquer que dans tout le Royaume de France il n'y a pas un seul Trompette qui sonne juste, & la Nation la plus guerriere de l'Europe a les Instrumens militaires les plus discordans; ce qui si n'est pas sans inconvénient. Durant les dernieres guerres; les Paysans de Bohême, d'Autriche & de Baviere, tous Musiciens nés, ne pouvant croire que des Troupes réglées eussent des Instrumens si faux & si détestables, prirent tous ces vieux Corps pour de nouvelles levées qu'ils commencerent à mépriser, & l'on ne sauroit dire à combien de braves gens des Tons faux ont conté la vie. Tant il est vrai que., dans l'appareil de la guerre, il ne faut rien négliger de ce qui frappe ses sens!
FANFARE, n. Type of military Air, usually [302] brief and brilliant, executed by Trumpets and imitated on other Instruments. The Fanfare is commonly scored for two Trumpet parts accompanied by Cymbals; when well performed, it possesses a martial and cheerful quality befitting its purpose. Among all European armies, the Germans boast the finest military instruments; thus their Marches and Fanfares produce an admirable effect. It is noteworthy that throughout the Kingdom of France, not a single Trumpeter plays in tune, and the most warlike nation in Europe possesses the most discordant military instruments—a circumstance not without consequence. During recent wars, the peasants of Bohemia, Austria, and Bavaria—all natural musicians—unable to believe that regular troops employed such detestably false instruments, mistook these seasoned regiments for new levies and began to scorn them. One cannot recount how many valiant men lost their lives to out-of-tune notes! So true is it that in the apparatus of war, nothing should be neglected that strikes the senses!
FANTAISIE, s. f. Piece de Musique Instrumentale qu'on exécute en la composant. Il y a cette différence du Caprice à la Fantaisie, que le caprice est un recueil d'idées singulieres & disparates que rassemblé une imagination échaussée, & qu'on peut même composer à loisir; au lieu que la Fantaisie peut-être une Pièce très-réguliere, qui ne diffère des autres qu'en ce qu'on l'invente en l'exécutant, & qu'elle n'existe plus si-tôt qu'elle est achevée. Ainsi le Caprice est [303] dans l'espece & l'assortiment des idées, & la Fantaisie dans leur promptitude à se présenter. Il suit de-là qu'un Caprice peut sort bien s'écrire, mais jamais une Fantaisie; car si-tôt qu'elle est écrite ou répétée, ce n'est plus une Fantaisie, c'est une piece ordinaire.
FANTAISIE, n. Instrumental Piece composed extemporaneously during performance. The distinction between Caprice and Fantaisie lies in this: the Caprice is a collection of singular and disparate ideas assembled by an overheated imagination, which may even be composed at leisure; whereas the Fantaisie may be a highly regular Piece differing from others only in being invented during execution, vanishing as soon as completed. Thus the Caprice resides in [303] the peculiarity and assortment of ideas, the Fantaisie in their swiftness of conception. It follows that a Caprice may be successfully notated, but never a Fantaisie; for once written down or repeated, it ceases to be a Fantaisie and becomes an ordinary piece.
FAUCET, (Voyez FAUSSET.)
FAUCET, (See FAUSSET.)
FAUSSE-QUARTE. (Voyez QUARTE.)
FAUSSE-QUARTE. (See FOURTH.)
FAUSSE-QUINTE, s. f. Intervalle dissonant appellé par les Grecs hémi-Diapente, dont les deux termes sont distans de quatre Degrés Diatoniques, ainsi que ceux de la Quinte: juste, mais dont l'Intervalle est moindre d'un semi-Ton; celui de la Quinte étant de deux Tons majeurs, d'un Ton mineur & d'un semi-Ton majeur, & celui de la Fausse-Quinte seulement d'un Ton majeur, d'un Ton mineur & de deux semi-Tons majeurs. Si, sur nos Claviers ordinaires, on devise l'Octave en deux parties égales, on aura d'un côté la Fausse-Quinte comme si fa, & de l'autre le Triton comme fa si; mais ces deux Intervalles, égaux en ce sens, ne le sont ni quant au nombre des Degrés, puisque le Triton n'en a que trois; ni dans la précision des rapports, celui de la Fausse-Quinte étant de 45 à 64, & celui du Triton de 32 à 45.
FAUSSE-QUINTE, n. Dissonant Interval termed hémi-Diapente by the Greeks, whose terms span four Diatonic degrees like the Perfect Fifth, but with the Interval reduced by a semitone—the Fifth containing two major tones, one minor tone, and a major semitone, while the False Fifth contains only one major tone, one minor tone, and two major semitones. If one divides the Octave equally on our standard Keyboards, the False Fifth appears as B-F on one side and the Tritone as F-B on the other; but these two Intervals, equal in this sense, differ both in the number of degrees (the Tritone spanning only three) and in precise ratios—the False Fifth being 45:64 and the Tritone 32:45.
L'Accord de Fausse-Quinte est renversé de l'Accord Dominant, en mettant la Note sensible au grave. Voyez au mot ACCORD comment-celui-là s'accompagne.
The False Fifth Chord is the inversion of the Dominant Chord by placing the leading tone in the bass. See under the entry CHORD how this one is harmonized.
Il faut bien distinguer la Fausse-Quinte Dissonance, de la Quinte-Fausse réputée Consonnance, & qui n'est altérée que par accident. (Voyez QUINTE.)
One must carefully distinguish the False Fifth Dissonance from the Altered Fifth considered a Consonance, which is only modified by accident. (See FIFTH.)
FAUSSE-RELATION, s. f. Intervalle diminué ou superflu.(Voyez RELATION.)
FALSE RELATION, s. f. Diminished or augmented interval. (See RELATION.)
[304] FAUSSET, s. m. C'est cette espece de voix par laquelle un homme, sortant à l'aigu du Diapason de sa voix naturelle, imite celle de la femme. Un homme fait, à-peu-prés, quand il chante le Fausset, ce que fait un tuyau d'Orgue quand il octavie. (Voyez OCTAVIER.)
[304] FALSETTO, s. m. This is the type of voice whereby a man, ascending beyond the natural compass of his chest voice, imitates a woman's register. A man producing Falsetto approximates what occurs when an organ pipe octaves. (See OCTAVING.)
Si ce mot vient du François faux opposé à juste, il faut écrire comme je fais ici, en suivant l'orthographe de l'Encyclopédie: mais s'il vient, comme je le crois, du Latin faux, faucis, la gorge, il faloit., au lieu des deux ss qu'on a substituées, laisser le c que j'y avois mis: Faucet.
If this term derives from the French faux ("false") as opposed to juste ("true"), it should be spelled as I do here, following the Encyclopédie's orthography. But if it originates, as I believe, from the Latin faux, faucis ("throat"), the substituted double s should instead retain the c I had originally used: Faucet.
FAUX, adj. & adv. Ce mot est opposé à juste. On chante Faux quand on n'entonne pas les Intervalles dans leur justesse, qu'on forme des Sons trop hauts ou trop bas.
FALSE, adj. & adv. This term opposes true. One sings False when intervals are intoned inaccurately, forming pitches either too sharp or flat.
Il y a des voix fausses, des Cordes fausses, des Instrumens faux. Quant aux voix, on prétend que le défaut est dans l'oreille &non dans la glotte. Cependant j'ai vu des gens qui chantoient très-Faux & qui accordoient un Instrument très-juste. La fausseté de leur voix n'avoir donc pas sa cause dans leur oreille. Pour les Instrumens, quand les Tons en sont Faux, c'est que l'Instrument est mal construit, que les tuyaux en sont mal proportionnés, ou les Cordes fausses, ou qu'elles ne sont pas d'accord; que celui qui en joue touche Faux, ou qu'il modifie mal le vent ou les levres.
There exist false voices, false strings, false instruments. Regarding voices, some claim the defect lies in the ear rather than the larynx. Yet I have known individuals who sang quite False yet tuned instruments with perfect truth. Their vocal falseness thus did not stem from faulty hearing. As for instruments, their False tones arise from poor construction: ill-proportioned pipes, false strings, improper tuning; or from the performer's False fingering or mismanagement of breath or embouchure.
FAUX-ACCORD. Accord discordant, soit parce qu'il contient des Dissonances proprement dites, soit parce que les Consonnances n'en sont pas justes. (Voyez ACCORD FAUX)
FALSE CHORD. A discordant chord, either containing proper dissonances or impure consonances. (See FALSE CHORD)
FAUX-BOURDON, s. m. Musique à plusieurs Parties, [305] mais simple & sans Mesure, dont les Notes sont presque toutes égales & dont l'Harmonie est toujours syllabique. C'est la Psalmodie des Catholiques Romains chantée à plusieurs Parties. Le Chant de nos Pseaumes à quatre Parties peut aussi passer pour une espece de Faux-Bourdon; mais qui procede avec beaucoup de lenteur & de gravité.
FAUXBOURDON, s. m. Polyphonic music [305] of simple, unmetered texture, with largely equal note values and syllabic harmony. This constitutes the Roman Catholic Psalmody sung in parts. The four-part settings of our Huguenot Psalms may also be considered a species of Fauxbourdon, though proceeding with greater solemnity and deliberation.
FEINTE, s. f. Altération d'une Note ou d'un Intervalle par un Dièse ou par un Bémol. C'est proprement le nom commun & générique du Dièse & du Bémol accidentels. Ce mot n'est plus en usage; mais on ne lui en a point substitué. La crainte d'employer des tours surannés énerve tous les jours notre Langue, la crainte d'employer de vieux mots l'appauvrit tous les jours: ses plus grands ennemis seront toujours les puristes.
ACCIDENTAL, s. f. Alteration of a note or interval by sharp or flat. Properly the generic term for accidental sharps and flats. This word has fallen into disuse without replacement. Our language grows weaker daily through fear of archaic turns of phrase, poorer through rejection of old terms: its greatest enemies remain the purists.
On appelloit aussi Feintes les touches Chromatiques du Clavier, que nous appellons aujourd'hui touches blanches, & qu'autrefois on faisoit noires, parce que nos grossiers ancêtres n'avoient pas songé à faire le Clavier noir, pour donner de l'éclat à la main des femmes. On appelle encore aujourd'hui Feintes coupées celles de ces touches qui sont brisées pour suppléer au Ravalement. F TE, s. f. Divertissement de Chant & de Danse qu'on introduit dans un Acte d'Opéra, & qui interrompt ou suspend toujours l'action.
The term Feintes also formerly denoted the chromatic keys of the keyboard, which we now call white keys, though our crude ancestors dyed them black, never conceiving a black keyboard to better showcase ladies' hands. Split keys still designate those divided to compensate for range limitations. FESTIVITY, s. f. Musical interlude of song and dance inserted into an opera act, invariably interrupting or suspending the drama.
Ces Fêtes ne sont amusantes qu'autant que l'Opéra même est ennuyeux. Dans un Drame intéressant & bien conduit, il seroit impossible de les supporter.
These Festivities prove diverting only insofar as the opera itself wearies. Within a compelling, well-structured drama, they would prove insufferable.
La différence qu'on assigne à l'Opéra entre les mots de [306] Fête & de Divertissement, est que le premier s'applique plus particulièrement aux Tragédies, & le second aux Ballets.
The distinction attributed in Opera between the terms [306] Fête (Festivity) and Divertissement (Divertissement) is that the former applies more particularly to Tragedies, while the latter to Ballets.
FI. Syllabe avec laquelle quelques Musiciens solfient le fa Dièse, comme ils solfient par ma le mi Bémol; ce qui paroît assez bien entendu. (Voyez SOLFIER.)
FI. A syllable with which some musicians solfège the F-sharp, as they use ma for E-flat – a practice that appears reasonably conceived. (See SOLFÈGE.)
FIGURÉ. Cet adjectif s'applique aux Notes ou à l'Harmonie: aux Notes, comme dans ce mot, Basse-Figurée, pour exprimer une Basse dont les Notes portant Accord, sont subdivisées en plusieurs autres Notes de moindre valeur (Voyez BASSE-FIGURÉE): à l'Harmonie, quand on emploie par Supposition & dans une marche Diatonique d'autres Notes que celles qui forment l'Accord. (Voyez HARMONIE-FIGURÉE, & SUPPOSITION.)
FIGURED. This adjective applies to Notes or Harmony: to Notes, as in the term Basse-Figurée (Figured Bass), denoting a bassline whose chord-bearing notes are subdivided into shorter values (See BASSE-FIGURÉE); to Harmony, when employing Supposition and diatonic motion through non-chord tones. (See FIGURED HARMONY and SUPPOSITION.)
FIGURER, v. a. C'est passer plusieurs Notes pour une; c'est faire des Doubles, des Variations; c'est ajouter des Notes au Chant de quelque maniere que ce soit: enfin c'est donner aux Sons harmonieux une Figure de Mélodie, en les liant par d'autres Sons intermédiaires. (Voyez DOUBLE, FLEURTIS, HARMONIE-FIGURÉE)
TO FIGURE, v. To elaborate a single note into multiple; to create Doubles, Variations; to embellish the melody through added notes – in short, to clothe harmonic sounds with melodic contours via intermediary tones. (See DOUBLE, FLEURTIS, FIGURED HARMONY)
FILER un Son, c'est en chantant ménager sa voix, en sorte qu'on puisse le prolonger long- tems sans reprendre haleine. Il y a deux manieres de Filer un Son: la premiere en le soutenant toujours également; ce qui se fait pour l'ordinaire sur les Tenues où l'Accompagnement travaille: la seconde en le renforçant; ce qui est plus usité dans les Passages & Roulades. La premiere maniere demande plus de justesse, & les Italiens la préferent; la seconde a élus d'éclat & plaît davantage aux François.
TO SUSTAIN a sound is to manage one's breath in singing so as to prolong it without respiring. Two methods exist: first, maintaining even volume – typically over held notes where accompaniment develops; second, crescendoing – more common in passages and roulades. The former demands greater pitch precision, preferred by Italians; the latter offers brilliance, favored by the French.
[307] FIN, s. f. Ce mot se place quelquefois sur la Finale de la premiere partie d'un Rondeau, pour marquer qu'ayant repris cette premiere partie, c'est sur cette Finale qu'on doit s'arrêter & finir.(Voyez RONDEAU.)
[307] END, s. f. This term occasionally marks the final note of a Rondeau's first section, indicating where to conclude after its repetition. (See RONDEAU.)
Un n'emploie plus gueres ce mot à cet usage, les François lui ayant substitué le Point-Final à l'exemple des Italiens. (Voyez POINT-FINAL.)
This usage has waned, the French having adopted the Italian Point-Final (Final Point). (See POINT-FINAL.)
FINALE, s. f. Principale corde du Mode qu'on appelle aussi Tonique, & sur laquelle l'Air ou la Piece doit finir. (Voyez MODE.)
FINAL, s. f. The principal note of the Mode – also called Tonic – upon which a piece must conclude. (See MODE.)
Quand on compose à plusieurs Parties, & sur-tout des Choeurs, il faut toujours que la Basse tombe en finissant sur la Note même de la Finale. Les autres Parties peuvent s'arrêter sur sa Tierce ou sur sa Quinte. Autrefois c'étoit une regle de donner toujours, à la fin d'une Piece, la Tierce majeure à la Finale, même en Mode mineur; mais cet usage a été trouvé de mauvais goût & tout-à-fait abandonné.
In polyphonic writing, particularly choruses, the Bass must always alight on the Final itself. Other voices may rest upon its Third or Fifth. Formerly, major thirds were obligatory for Finals even in minor modes – a custom now deemed tasteless and obsolete.
FIXE, adj. Cordes ou Sons Fixes ou stables. (Voyez SON, STABLE.)
FIXED, adj. Stable strings or sounds. (See SOUND, STABLE.)
FLATTE, s. m. Agrément du Chant François, difficile à définir; mais dont on comprendra suffisamment l'effet par un exemple. (Voyez Pl. B. Fig. 13. au mot FLATTE)
FLATTE, s. m. An ornament in French vocal practice, elusive to define but exemplified here. (See Pl. B. Fig. 13. under FLATTE)
FLEURTIS, s. m. Sorte de Contre-point figuré, lequel n'est point syllabique ou Note sur Note. C'est aussi l'assemblage des divers agrémens dont on orne un Chant trop simple. Ce mot a vieilli en tout sens. (Voyez BRODERIES, DOUBLES, VARIATIONS, PASSAGES.)
FLEURTIS, s. m. A type of florid counterpoint diverging from note-against-note simplicity; also, the collective embellishments adorning a plain melody. This term has grown archaic in all senses. (See BRODERIES, DOUBLES, VARIATIONS, PASSAGES.)
FOIBLE, adj. Tems foible. (Voyez TEMS.)
WEAK, adj. Unaccented beat. (See BEAT.)
[308] FONDAMENTAL, adj. Son fondamental est celui qui sert de fondement à l'Accord, (Voyez ACCORD.) ou au Ton, (Voyez TONIQUE.) Basse-Fondamentale est celle qui sort de fondement à l'Harmonie. (Voyez BASSE-FONDAMENTALE.) Accord Fondamental est celui dont la Basse est Fondamentale, & dont les Sons sont arrangés selon l'ordre de leur génération: mais
[308] FUNDAMENTAL, adj. A fundamental sound serves as root for a Chord (See CHORD) or Tonality (See TONIC). Basse-Fondamentale (Fundamental Bass) underpins harmonic structure (See BASSE-FONDAMENTALE). A Fundamental Chord arranges its tones in generative order over the root bassnote. Yet
comme cet ordre écarte extrêmement les Parties, on les rapproche par des combinaisons ou Renversemens, & pourvu que la Basse reste la même, l'Accord ne laissé pas pour cela de porter le nom de Fondamental. Tel est, par exemple, cet Accord ut mi sol, renfermé dans un Intervalle de Quinte: au lieu que dans l'ordre de sa génération ut sol mi, il comprend une Dixieme & même une Dix.-Septieme; puisque l'ut fondamental n'est pas la Quinte de sol, mais l'Octave de cette Quinte.
as this arrangement excessively separates the parts, they are brought closer through combinations or inversions. Provided the bass remains unchanged, the chord nevertheless retains the name of fundamental. Such is, for example, the chord ut mi sol, contained within a fifth interval, whereas in its generative order ut sol mi, it spans a tenth and even a seventeenth — since the fundamental ut is not the fifth of sol, but the octave of that fifth.
FORCÉ, s. f. Qualité du Son appellée aussi quelquefois Intensité, qui le rend plus sensible & le fait entendre de plus loin. Les vibrations plus ou moins fréquentes du corps sonore, sont ce qui rend le Son aigu ou grave; leur plus grand ou moindre écart de la ligne de repos, est ce qui le rend sort ou foible. Quand cet écart est trop grand & qu'on forcé l'Instrument ou la voix, (Voyez FORCER.) le Son devient bruit & cessé d'être appréciable.
FORCED, s. f. Quality of sound sometimes termed Intensity, rendering it more perceptible and carrying it farther. The more or less frequent vibrations of the sounding body determine whether the sound is high or low; their greater or lesser deviation from the resting line determines whether it is loud or soft. When this deviation is too great and the instrument or voice is forced (See FORCING), the sound becomes noise and ceases to be measurable.
FORCER la voix, c'est excéder en haut ou en bas son Diapason, ou son volume à force d'haleine; c'est crier au lieu de chanter. Toute voix qu'on force perd sa justesse cela arrive même aux Instrumens où l'on forcé l'archet ou le vent; & voilà pourquoi les François chantent rarement juste.
FORCING the voice consists of exceeding one's vocal range or breath capacity in either the high or low register — shouting rather than singing. Any forced voice loses its accuracy; this occurs even with instruments when the bow or breath is overdriven. Hence why the French rarely sing in tune.
[309] FORLANE, s. f. Air d'une Danse de même nom commune à Venise, sur-tout parmi les Gondoliers. Sa Mesure est à 6/8; elle se bat gaiement, & la Danse est aussi fort gaie. On l'appelle Forlane parce qu'elle a pris naissance dans le Frioul, dont les habitans s'appellent Forlans.
[309] FORLANA, s. f. Tune of a dance by the same name, common in Venice — particularly among gondoliers. Its meter is 6/8, played briskly, and the dance itself is quite lively. It is called Forlana because it originated in Friuli, whose inhabitants are termed Forlans.
FORT, adj. Ce mot s'écrit dans les Parties, pour marquer qu'il faut forcer le Son avec véhémence, mais sans le hausser; chanter à pleine voix, tirer de l'Instrument beaucoup de Son: ou bien il s'emploie pour détruire l'effet du mot Doux employé précédemment.
LOUD, adj. This word is written in parts to indicate that the sound must be driven with vigor, though without raising pitch — singing at full voice, drawing maximum resonance from the instrument. Alternatively, it serves to cancel the prior effect of the term "soft."
Les Italiens ont encore le superlatif Fortissimo, dont on n'a gueres besoin dans la Musique Françoise; car on y chante ordinairement très-fort.
Italians further employ the superlative Fortissimo, seldom required in French music, where one typically sings très-fort throughout.
FORT, adj. Tems fort. (Voyez TEMS.)
LOUD, adj. Strong beat. (See BEAT.)
FORTE-PIANO. Substantif Italien composé, & que les Musiciens devroient franciser, comme les Peintres ont francisé celui de Chiaro-scuro, en adoptant l'idée qu'il exprime. Le Forte- piano est l'art d'adoucir& renforcer les Sons dans la Mélodie imitative, comme on fait dans la parole qu'elle doit imiter. Non-seulement quand on parle avec chaleur on ne s'exprime point toujours sur le même Ton; mais on ne parle pas toujours avec le même degré de forcé. La Musique, en imitant la variété des Accens & des Tons, doit donc imiter aussi les degrés intenses ou remisses de la parole, & parler tantôt doux, tantôt fort, tantôt à demi-voix; voilà ce qu'indique en général le mot Forte-piano.
FORTE-PIANO. Compound Italian substantive that musicians ought to Gallicize, as painters have done with Chiaroscuro while adopting its conceptual essence. The Forte-piano denotes the art of softening and intensifying sounds within imitative melody, mirroring the dynamics of speech it seeks to emulate. Not only does impassioned speech vary in pitch, but also in volume. Music, imitating speech's shifting accents and tones, must therefore mirror its degrees of intensity — now soft, now loud, now muted. This is the general principle conveyed by Forte-piano.
FRAGMENS. On appelle ainsi à l'Opéra de Paris le choix de trois ou quatre Actes de Ballet, qu'on tire de divers [310] Opéra, & qu'on rassemblé, quoiqu'ils n'aient aucun rapport entr'eux, pour être représentés successivement le même jour, & remplir, avec leurs Entr'actes, la durée d'un Spectacle ordinaire. Il n'y a qu'un homme sans goût qui puisse imaginer un pareil ramassis, & qu'un Théâtre sans intérêt où l'on puisse le supporter.
FRAGMENTS. At the Paris Opera, this term denotes a selection of three or four ballet acts extracted from various [310] operas — incongruously assembled despite their lack of relation — to be performed successively within a single day, filling, with their Entr'actes, the duration of a standard spectacle. Only a man devoid of taste could conceive such a hodgepodge; only a theater devoid of merit could endure it.
FRAPPE, adj. pris subst. C'est le Tems où l'on baisse la main ou le pied, & où l'on frappe pour marquer la Mesure. (Voyez TH SIS.) On ne frappe ordinairement du pied que le premier Tems de chaque Mesure; mais ceux qui coupent en deux la Mesure à quatre frappent aussi le troisieme. En battant de la main la Mesure, les François ne frappent jamais que le premier Tems & marquent les autres par divers mouvemens de main: mais les Italiens frappent les deux premiers de la Mesure à trois, & levent le troisieme; ils frappent de même les deux premiers dela Mesure à quatre & levent les deux autres. Ces mouvemens sont plus simples & semblent plus commodes.
FRAPPE, adj. taken as subst. This denotes the beat where one lowers the hand or foot, striking to mark the measure. (See THESIS.) The foot is ordinarily stamped only on the first beat of each measure; but those who divide the quadruple measure into halves also stamp the third beat. When beating time with the hand, the French never strike except the first beat, marking the others through varied hand motions: whereas Italians strike the first two beats in triple meter, lifting on the third; they similarly strike the first two in quadruple meter and lift the remaining two. These motions appear simpler and more practical.
FREDON, s. m. Vieux mot qui signifie un Passage rapide & presque toujours Diatonique de plusieurs Notes sur la même syllabe; c'est-à-peu-près ce que l'on a depuis appellé Roulade, avec cette différence que la Roulade dure davantage & s'écrit, au lieu que le Fredon n'est qu'une courte addition de goût; ou, comme on disoit autrefois, une Diminution que le Chanteur fait sur quelque Note.
FREDON, s. m. Archaic term denoting a rapid, nearly always diatonic passage of multiple notes on the same syllable – roughly equivalent to what was later called a roulade, though differing in that the roulade lasts longer and is notated, whereas the fredon is merely a brief ornamental addition or, as formerly termed, a diminution improvised by the singer over certain notes.
FREDONNER, v. n.& a. Faire des Fredons. Ce mot est vieux & ne s'emploie plus qu'en dérision. FUGUE, s. f. Piece ou morceau de Musique où l'on traité, [311] selon certaines regles d'Harmonie & de Modulation, un Chant appellé sujet, en le faisant passer successivement & alternativement d'une Partie à une autre.
FREDONNER, v. n. & a. To execute fredons. This term is obsolete and now used only mockingly. FUGUE, s. f. A musical piece or passage treating [311], according harmonic and modulatory rules, a melody called the subject by successively transferring it between voices.
Voici les principales regles de la Fugue, dont les unes lui sont propres, & les autres communes avec l'Imitation.
The principal rules of fugue – some unique to it, others shared with imitation – are as follows:
I. Le sujet procede de la Tonique à la Dominante ou de la Dominante à la Tonique, en montant, ou en descendant.
I. The subject proceeds from tonic to dominant or dominant to tonic, ascending or descending.
II. Toute Fugue a sa réponse dans la Partie qui suit immédiatement celle qui a commencé.
II. Every fugue has its answer in the voice immediately following the initiating one.
III. Cette réponse doit rendre le sujet à la Quarte ou à la Quinte, & par mouvement semblable, le plus exactement qu'il est possible; procédant de la Dominante à la Torique quand le sujet s'est annoncé de la Tonique à la Dominante, & vice-versa. Une Partie peut aussi reprendre le même sujet à l'Octave ou à l'Unisson de la précédente: mais alors c'est répétition plutôt qu'une véritable réponse.
III. This answer must present the subject at the fourth or fifth interval through similar motion, as precisely as possible – proceeding from dominant to tonic when the subject was announced from tonic to dominant, and vice versa. A voice may also restate the same subject at the octave or unison of the preceding: but this constitutes repetition rather than a true answer.
IV. Comme l'Octave se devise en deux Parties inégales dont l'une comprend quatre Degrés en montant de la Tonique à la Dominante, & l'autre seulement trois en continuant de monter de la Dominante à la Tonique; cela oblige d'avoir égard à cette différence dans l'expression du sujet, & de faire quelque changement dans la réponse, pour ne pas quitter les cordes essentielles du Mode. C'est autre chose quand on se propose de changer de Ton; alors l'exactitude même de la réponse prise sur une autre corde, produit les altérations propres à ce changement.
IV. As the octave divides into two unequal parts – one spanning four ascending degrees from tonic to dominant, the other only three ascending from dominant to tonic – this necessitates adjustments in the answer's expression to avoid departing from the mode's essential tones. Different considerations apply when modulating: here, exact intervallic transposition to another degree produces the chromatic alterations proper to such tonal shifts.
V. Il faut que la Fugue soir dessinée de telle sorte que la réponse puisse entrer avant la fin du premier Chant, afin qu'on [312] entende en partie l'une & l'autre à la fois, que par cette anticipation le sujet se lie pour ainsi dire à lui-même, & que l'art du Compositeur se montre dans ce concours. C'est se moquer que de donner pour Fugue un Chant qu'on ne fait que promener d'une Partie à l'autre, sans autre gêne que de l'accompagner ensuite à sa volonté. Cela mérite tout au plus le nom d'Imitation. (Voyez IMITATION.)
V. The fugue must be designed so the answer enters before the initial subject concludes, allowing [312] partial overlap between statements. Through this anticipation, the subject becomes self-linked, displaying the composer's artifice in this confluence. To merely shuttle a melody between voices without contrapuntal constraint – freely accompanying it afterward – mocks the form. This deserves at most the name imitation. (See IMITATION.)
Outre ces regles, qui sont fondamentales, pour réussir dans ce genre de Composition, il y en a d'autres qui, pour n'être que de goût, n'en sont pas moins essentielles. Les Fugues, en général, rendent la Musique plus bruyante qu'agréable; c'est pourquoi elles conviennent mieux dans les Choeurs que par-tout ailleurs. Or comme leur principal mérite est de fixer toujours l'oreille sur le Chant principal ou sujet, qu'on fait pour cela passer incessamment de Partie en Partie, & de Modulation en Modulation; le Compositeur doit mettre tous ses soins à rendre toujours ce Chant bien distinct, ou à empêcher qu'il ne soit étouffé ou confondu parmi les autres Parties. Il y a pour cela deux moyens; l'un dans le mouvement qu'il faut sans cessé contraster; de sorte que si la marche de la Fugue est précipitée, les autres Parties procedentposément par des Notes longues; & au contraire, si la Fugue marche gravement, que les Accompagnemens travaillent davantage. Le second moyen est d'écarter l'Harmonie, de peur que les autres Parties, s'approchant trop de celle qui chante le sujet, ne se confondent avec elle, & ne l'empêchent de se faire entendre assez nettement; en sorte que ce qui seroit un vice par- tout ailleurs, devient ici une, beauté.
Beyond these fundamental rules for succeeding in this compositional genre, there exist others which, though matters of taste, are no less essential. Fugues generally render music more clamorous than agreeable; hence they suit choruses better than any other context. As their chief merit lies in fixing the ear upon the principal melody or subject – perpetually shifting it between parts and modulations – the composer must labor to keep this melody distinctly audible, preventing its submersion beneath other voices. Two means serve this end: first, contrasting tempi – if the fugal line hastens, accompanying parts proceed with long notes; conversely, if the fugue moves gravely, accompaniments quicken. Second, widening harmonic spacing to avoid contrapuntal clutter where neighboring voices might obscure the subject. Thus, what would elsewhere be a flaw becomes here a virtue.
[313] Unité de Mélodie; voilà la grande regle commune qu'il faut souvent pratiquer par des moyens differens. Il faut choisir les Accords, les Intervalles, afin qu'un certain Son, & non pas un autre, fasse l'effet principal; unité de Mélodie. Il faut quelquefois mettre en jeu des Instrumens ou des Voix d'espece différente, afin que la Partie qui doit dominer, se distingue plus aisément; unité de Mélodie. Une autre attention non moins nécessaire, est, dans les divers enchaînemens de Modulations qu'amene la marche & le progrès de la Fugue, de faire que toutes ces Modulations se correspondent à la fois dans toutes les Parties, de lier le tout dans son progrès par une exacte conformité de Ton; de peur qu'une Partie étant dans un Ton & l'autre dans un autre, l'Harmonie entiere ne soit dans aucun, & ne présente plus d'effet simple à l'oreille, ni d'idée simple à l'esprit; unité de Mélodie. En un mot, dans toute Fugue, la confusion de Mélodie de Modulation est en même terris ce qu'il y a de plus à craindre & de plus difficile à éviter; & le plaisir que donne ce genre de Musique étant toujours médiocre, on peut dire qu'une belle Fugue est l'ingrat chef- d'oeuvre d'un bon Harmoniste.
[313] Unity of Melody – this grand universal rule must often be achieved through divergent means. Selecting chords and intervals to prioritize specific tones: Unity of Melody. Deploying instruments or voices of differing timbres so dominant parts emerge clearly: Unity of Melody. Equally vital is ensuring modulations interlock across all voices as the fugue progresses, maintaining tonal coherence lest conflicting keys render the harmony rootless – denying both ear and mind a unified perception: Unity of Melody. In sum, the greatest perils and challenges of fugue lie in melodic and modulatory confusion. As the pleasure afforded by this musical form remains middling, one might say a fine fugue is the thankless masterpiece of a skilled harmonist.
Il y a encore plusieurs autres manieres de Fugues; comme les Fugues perpétuelles appellées Canons, les doubles Fugues, les Contre-Fugues, ou Fugues renversées, qu'on peut voir chacune à son mot, & qui servent plus à étaler l'art des Compositeurs qu'à flatter l'oreille des Ecoutans.
Other fugal varieties exist: perpetual fugues called canons, double fugues, counter-fugues or inverted fugues (see respective entries). These serve more to flaunt compositional artifice than to delight auditors.
Fugue, du Latin fuga, suite; parce que les Parties, partant ainsi successivement, semblent se fuir & se poursuivre l'une l'autre.
Fugue, from Latin fuga (flight) – so named as voices entering successively seem to pursue and evade one another.
[314] FUGUE RENVERSÉE. C'est: une Fugue dont la réponse se fait par Mouvement contraire à celui du sujet. (Voyez CONTRE-FUGUE.)
[314] INVERTED FUGUE. A fugue whose answer proceeds in contrary motion to the subject. (See COUNTER-FUGUE.)
FUSÉE, s. f. Trait rapide & continu qui monte ou descend pour joindre diatoniquement deux Notes à un grand Intervalle l'une de l'autre. (Voyez Pl. C. Fig. 4.) A moins que la Fusée ne soit Notée, il faut, pour l'exécuter, qu'une des deux Notes extrêmes ait une durée sur laquelle on puisse passer la Fusée altérer la Mesure.
FUSÉE (lit. "rocket"), n. Rapid diatonic passage ascending or descending to bridge distant intervals. (See Pl. C. Fig. 4.) Unless notated, one extremity must sustain long enough for the fusée's execution without disrupting meter.
G
G
[315] G re, sol, G sol re ut, ou simplement G. Cinquieme Son de la Gamme Diatonique, lequel s'appelle autrement sol. (Voyez GAMME.)
[315] G re, sol, G sol re ut or simply G. Fifth note of the diatonic gamut, otherwise called sol. (See GAMUT.)
C'est aussi le nom de la plus haute des trois Clefs de la Musique. (Voyez CLEF.)
Also designates the highest of three musical clefs. (See CLEF.)
GAI, adv. Ce mot, écrit au-dessus d'un Air ou d'un morceau de Musique, indique un mouvement moyen entre le vite & le modéré: il répond au mot Italien Allegro employé pour le même usage. (Voyez ALLEGRO.)
GAI, adv. This word, written above an Air or piece of Music, indicates a tempo midway between fast and moderate: it corresponds to the Italian term Allegro used for the same purpose. (See ALLEGRO.)
Ce mot peut s'entendre aussi du caractere d'une Musique, indépendamment du Mouvement.
The term may also describe the character of a musical piece, independent of tempo.
GAILLARDE, s. f. Air à trois Tems gais d'une Danse de même nom. On la nommoit autrefois Romanesque, parce qu'elle nous est, dit-on, venue de Rome, ou du moins d'Italie.
GAILLARDE, s. f. A lively triple-time Air for a dance of the same name. It was formerly called Romanesque, as it is said to have come to us from Rome, or at least from Italy.
Cette Danse est hors d'usage depuis long-tems. Il en est resté seulement un Pas appellé, Pas de Gaillarde.
This dance has long fallen out of use. Only a single step remains, called the Pas de Gaillarde.
GAMME, GAMMUT, ou GAMMA-UT. Table ou échelle inventée par Gui Arétin, sur laquelle on apprend à nommer & à entonner juste les Degrés de l'Octave par les six Notes de Musique, ut re mi fa sol la, suivant toutes les dispositions qu'on peut leur donner; ce qui s'appelle solfier. (Voyez ce mot.)
GAMUT, GAMMUT, or GAMMA-UT. A table or scale invented by Guido of Arezzo, through which one learns to name and intone accurately the degrees of the octave using the six solmization syllables ut, re, mi, fa, sol, la, in all their possible configurations—a practice called solfège. (See SOLFÈGE.)
La Gamme a aussi été nommée Main harmonique, parce [316] que Gui employa d'abord la figure d'une main, sur les doigts de laquelle il rangea ses Notes, pour montrer les rapports de ses
The Gamut was also termed the Guidonian Hand, because [316] Guido initially employed the image of a hand, arranging his notes upon its fingers to demonstrate the relationship between his
Hexacordes avec les cinq Tétracordes des Grecs. Cette main a été en usage pour apprendre à nommer les Notes jusqu'à l'invention du si qui a aboli chez nous les Muances, & par conséquent la Main harmonique qui sert à les expliquer.
hexachords and the five Greek tetrachords. This hand remained in use for teaching note names until the invention of si (B natural), which abolished mutations in our practice and thereby rendered the Guidonian Hand obsolete as a pedagogical tool.
Gui Arétin ayant, selon l'opinion commune, ajouté au Diagramme des Grecs un Tétracorde à l'aigu, & une corde au grave, ou plutôt, selon Meibomius, ayant, par ces additions, rétabli ce Diagramme dans son ancienne étendue il appella cette corde grave Hypoprostambanomenos, & la marqua par les Grecs; & comme cette lettre se trouva ainsi à la tête de l'échelle, en plaçant dans le haut les Sons graves, selon la méthode des Anciens, elle a fait donner à cette échelle le nom barbare de Gamme.
Guido of Arezzo, according to common opinion, added a high tetrachord to the Greek Diagram and a low string—or rather, as Meibomius contends, restored the Diagram to its ancient range through these additions. He named this low string Hypoprostambanomenos, marking it with the Greek letter Γ. Since this letter stood at the head of the scale (with grave tones placed above, following the Ancient method), the scale itself acquired the barbarous name of "Gamme" (Γ + ut).
Cette Gamme donc, dans toute son étendue, étoit composée de vingt cordes ou Notes; c'est- à-dire, de deux Octaves & d'une Sixte majeure. Ces cordes étaient représentées par des lettres & par des syllabes. Les lettres désignoient invariablement chacune une corde déterminée de l'échelle, comme elles sont encore aujourd'hui; mais comme il n'y avoit d'abord que six lettres, enfin qui sept, & qu'il faloit recommencer d'Octave en Octave, on distinguoit ces Octaves par les figures des lettres. La premiere Octave se manquoit par des lettres capitales de cette maniere: I. A. B. &c. la seconde, par des caracteres courans g. a. b.; & pour la Sixte sur numéraire, on employoit des lettres doubles, gg, aa, bb, &c,
In its full extent, this Gamut comprised twenty strings or notes—that is, two octaves and a major sixth. These strings were represented by letters and syllables. The letters permanently designated specific pitches on the scale, as they still do today. However, as there were initially only six (later seven) letters, requiring repetition across octaves, these octaves were distinguished by letter forms. The first octave used capitals: Γ, A, B, etc.; the second, lowercase letters: g, a, b; and for the supplementary sixth, double letters: gg, aa, bb, &c.
[317] Quant aux syllabes, elles ne représentoient que les noms qu'il faloit donner aux Notes en les chantant. Or, comme il n'y avoit que six noms pour sept Notes, c'étoit une nécessité qu'au moins un même nom fût donne à deux différentes Notes; ce qui se fit de maniere que ces deux Notes mi fa, ou la fa, tombassent sur les semi-Tons. Par conséquent dès qu'il se présentoit un Dièse ou un Bémol qui amenoit un nouveau semi-Ton, c'étoient encore des noms à changer; ce qui faisoit donner le même nom à différentes Notes, & différens noms à la même Note, selon le progrès du Chant; & ces changemens de nom s'appelloient Muances.
[317] As for the syllables, they merely indicated the names given to notes during singing. With only six syllables for seven notes, the same syllable had to apply to two distinct pitches. This was arranged so that the two notes mi-fa or la-fa fell upon semitones. Consequently, whenever a sharp or flat introduced a new semitone, names had to shift accordingly—assigning the same syllable to different pitches, or different syllables to the same pitch, depending on the melody’s progression. These shifts in nomenclature were termed Mutations.
On apprenoit donc ces Muances par la Gamme. A la gauche de chaque Degré on voyoit une lettre qui indiquoit la corde précise appartenant à ce Degré.. A la droite, dans les cases, on trouvoit les différens noms que cette même Note devoir porter en. montant ou en descendantpar Béquarre ou par Bémol, selon le progrès.
One thus learned these Mutations through the gamut. To the left of each degree appeared a letter indicating the precise pitch belonging to that degree. To the right, within the cells, were found the various names this same note must bear when ascending or descending via Béquarre (natural) or Bémol (flat), according to progression.
Les. difficultés de cette méthode ont fait faire, en divers tems, plusieurs changemens à la Gamme. La Figure 10. Planche A, représente cette Gamme, telle qu'elle est actuellement usitée en Italie. C'est à-peu-près la même chose en Espagne & en Portugal, si ce n'est qu'on trouvé quelquefois à la derniere place la colonne du Béquarre, qui est ici la premiere, ou quelqu'autre différence aussi peu importante.
The difficulties of this method prompted multiple revisions to the gamut over time. Figure 10 in Plate A represents this gamut as currently used in Italy. It is nearly identical in Spain and Portugal, save that the column for Béquarre sometimes appears last rather than first, or other equally trivial differences.
Pour se servir de cette si l'on échelle, si l'on veut chanter au naturel, on applique ut à r de la premiere colonne, le long [318] de laquelle on monte jusqu'au la; après quoi, passant à droite dans la colonne du b naturel, on nomme fa; on monte au la de la mémé colonne, puis on retourne dans la précédente à mi, & ainsi de suite. Ou bien, on peut commencer par ut au C de la seconde colonne; arrivé au la passer à mi dans la premiere colonne, puis repasser dans l'autre colonne au fa. Par ce moyen l'une de ces transitions forme toujours un semi-Ton; savoir, la fa: & l'autre toujours un Ton; savoir, la mi. Par Bémol, on peut commencer à l'ut en c ou f, & faire les transitions de la même maniere, &c.
To use this scale: If one wishes to sing in the natural key, one applies ut to r of the first column, ascending along it [318] to la. Then passing rightward to the column of natural b, one names fa; ascends to la in the same column, returns to the prior column at mi, and so continues. Alternatively, one may begin with ut at C in the second column; upon reaching la, pass to mi in the first column, then cross back to fa in the other. By this method, one transition always forms a semitone (the fa), while the other forms a whole tone (the mi). For Bémol, one may start at ut in c or f, performing transitions similarly.
En descendant par Béquarre on quitte l'ut de la colonne du milieu, pour passer au mi de celle par Béquarre, ou au fa de celle par Bémol; puis descendant jusqu'à l'ut de cette nouvelle colonne, on en sort par fa de gauche à droite, par mi de droite à gauche, &c.
When descending via Béquarre, one leaves the ut of the middle column to pass to mi in the Béquarre column or fa in the Bémol column. Descending to ut in this new column, one exits via fa from left to right, or mi from right to left, etc.
Les Anglois n'emploient pas toutes ces syllabes, mais seulement les quatre premieres ut re mi fa; changeant ainsi de colonne de quatre en quatre Notes, ou de trois en trois par une méthode semblable à celle que je viens d'expliquer, si ce n'est qu'au lieu de la fa & de la mi, il faut muer par fa ut, & par mi ut.
The English do not use all these syllables but only the first four: ut re mi fa, changing columns every four notes—or every three via a method akin to that described above—except they mutate via fa ut and mi ut rather than fa and mi.
Les Allemands n'ont point d'autre Gamme que les lettres initiales qui marquent les Sons fixes dans les autres Gammes, & ils solfient même avec ces lettres de la maniere qu'on pourra voir au mot SOLFIER.
Germans employ no gamut beyond the initial letters denoting fixed pitches in other systems, solmizing with these letters as detailed under SOLMIZATION.
La Gamme Françoise, autrement dite Gamme du si, leve les embarras de toutes ces transitions. Elle consiste en [319] une simple échelle de six Degrés sur deux colonnes, outre celle des lettres. (Voyez Pl. A. Fig. 11.) La premiere colonne à gauche est pour chanter par Bémol; c'est-à-dire, avec un Bémol à la Clef; la seconde, pour chanter au naturel. Voilà tout le mystere de la Gamme Françoise qui n'a gueres plus de difficulté que d'ut ilité, attendu que toute autre altération qu'un Bémol la met à l'instant hors d'usage. Les autres Gammes n'ont par dessus celle-là, que l'avantage d'avoir aussi une colonne pour le Béquarre; c'est-à-dire, pour un Dièse à la Clef; mais si-tôt qu'on y met plus d'un Dièse ou d'un Bémol, (ce qui ne se faisoit jamais autrefois,) toutes ces Gammes sont également inutiles.
The French gamut, called the si gamut, resolves the confusion of such transitions. It consists in [319] a simple six-degree scale across two columns (see Pl. A. Fig. 11). The leftmost column serves for singing via Bémol (i.e., with a flat in the key signature); the second, for natural. Herein lies the entire mystery of the French gamut—scarcely more useful than a pun on ut-ility, as any additional accidental renders it obsolete. Other gamuts surpass it only by including a column for Béquarre (i.e., a sharp in the key signature), yet all become equally useless once multiple sharps or flats are introduced (a practice formerly avoided).
Aujourd'hui que les Musiciens François chantent tout au naturel, ils n'ont que faire de Gamme. C sol ut, ut, & C ne sont, pour eux, que la même chose. Mais dans le systême de Gui, ut est une chose, & C en est une autre fort différente; & quand il a donne à chaque Note une syllabe & une lettre, il n'a pas prétendu en faire des synonymes; ce qui eût été doubler inutilement les noms & les embarras.
Today, as French musicians sing entirely in the natural key, they have no need for the gamut. For them, C sol ut, ut, and C are synonymous. But in Guido’s system, ut and C were distinct entities. When he assigned each note both a syllable and a letter, he did not intend them as equivalents—a redundancy that would have doubled nomenclature and confusion.
GAVOTTE, s. f. Sorte de Danse dont l'Air est à deux Tems, & se coupe en deux reprises; dont chacune commence avec le second Tems & finit sur le premier. Le mouvement de la Gavotte est ordinairement gracieux, souvent gai, quelquefois aussi tendre & lent. Elle marque ses phrases & ses repos de deux en deux Mesures.
GAVOTTE, f. A type of Dance whose Air is in duple time, divided into two sections; each beginning on the second beat and ending on the first. The Gavotte’s movement is typically graceful, often lively, sometimes tender and slow. It phrases its cadences and rests in two-measure units.
GÉNIE, f. m. Ne cherche point, jeune Artiste, ce que c'est que le Génie. En as-tu: tu le sens en toi-même. N'en [320] as-tu pas: tu ne le connoîtras jamais. Le Génie du Musicien soumet l'Univers entier à son Art. Il peint tous les tableaux par des Sons; il fait parler le silence même; il rend les idées par des sentimens, les sentimens par des accens; & les passions qu'il exprime, il les excite au fond des coeurs. La volupté, par lui, prend de nouveaux charmes; la douleur qu'il fait gémir arrache des cris; il brûle sans cessé & ne se consume jamais. Il exprime avec chaleur les frimats & les glaces; même en peignant les horreurs de la mort, il porte dans l'ame ce sentiment de vie qui ne l'abandonne point, & qu'il communique aux coeurs faits pour le sentir. Mais hélas! il ne fait rien dire à ceux où son germe n'est pas, & ses prodiges sont peu sensibles à qui ne les peut imiter. Veux-tu donc savoir si quelque étincelle de ce feu dévorant t'anime? Cours, vole à Naples écouter les chef-d'oeuvres de Leo, de Durante, de Jommelli, de Pergolèse. Si tes yeux s'emplissent de larmes, si tu sens ton coeur, palpiter, si des tressaillemens t'agitent, si l'oppression te suffoque dans les transports, prends le Métastase & travaille; son Génie échauffera le tien; tu créeras à son exemple: c'est-là ce que fait le Génie, & d'autres yeux te rendront bientôt les pleurs que les Maîtres t'ont sait verser. Mais si les charmes de ce grand Art te laissent tranquille, si tu n'as ni délire ni ravissement, si tu ne trouvé que beau ce qui transporte, oses-tu demander ce qu'est le Génie? Homme vulgaire, ne profane point ce nom sublime. Que t'importeroit de le connoître? tu ne saurois le sentir: fais de la Musique Françoise.
GENIUS, m. Seek not, young artist, to define Genius. If you possess it: you feel it within. If you lack [320] it: you shall never know it. The Musician’s Genius subjects the entire Universe to his Art. He paints all scenes through sounds; he makes silence itself speak; he renders ideas as emotions, emotions as inflections; and the passions he expresses, he kindles deep within hearts. Through him, pleasure gains new allure; the sorrow he makes lament wrings cries; he burns ceaselessly yet is never consumed. With fervor, he depicts frosts and iciness; even when portraying death’s horrors, he instills the soul with an unyielding vitality, which he imparts to hearts attuned to feel it. But alas! He stirs nothing in those barren of his spark, and his marvels barely touch those incapable of imitation. Would you know whether this devouring fire animates you? Hasten to Naples to hear the masterworks of Leo, Durante, Jommelli, Pergolesi. If your eyes brim with tears, if your heart throbs, if tremors seize you, if transports leave you breathless—take up Metastasio and labor; his Genius shall ignite yours; you will create in his image: this is Genius’s work. Soon, others’ eyes will repay the tears the Masters wrung from you. But if this sublime Art’s charms leave you unmoved—if you know neither rapture nor delirium—if what transports others strikes you merely as "pleasing"—dare you ask what Genius is? Common man, profane not this exalted name. What would its meaning avail you? You cannot feel it: stick to French Music.
[321] GENRE, s. m. Division & disposition du Tétracorde considéré dans les Intervalles des quatre Sons qui le composent. On conçoit que cette définition, qui est celle d'Euclide, n'est applicable qu'à la Musique Grecque, dont j'ai à parler en premier lieu.
[321] GENRE, m. The division and arrangement of the Tetrachord based on the intervals among its four constituent tones. This definition, drawn from Euclid, applies solely to Greek Music, which I must address first.
La bonne constitution de l'Accord du Tétracorde; c'est-à-dire, l'établissement d'un Genre régulier, dépendoit des trois regles suivantes, que je tire d'Aristoxène.
The proper tuning of the Tetrachord—that is, establishing a regular Genre—depended on three rules from Aristoxenus:
La premiere étoit que les deux cordes extrêmes du Tétracorde dévoient toujours rester immobiles, afin que leur Intervalle fût toujours celui d'une Quarte juste ou du Diatessaron. Quant aux deux cordes moyennes, elles varioient à la vérité; mais l'Intervalle du Lichanos à la Mèse ne devoit jamais passer deux Tons, ni diminuer au-de-là d'un Ton; de sorte qu'on avoir précisément l'espace d'un Ton pour varier l'Accord du Lichanos, & c'est la seconde regle. La troisieme étoit que l'Intervalle de la Parhypate, ou seconde corde à l'Hypate, n'excédât jamais celui de la même Parhypate au Lichanos.
First: The Tetrachord’s outer strings remained fixed, ensuring their interval always formed a perfect Fourth (Diatessaron). The two middle strings could vary, but the Lichanos-to-Mese interval never exceeded two whole tones nor fell below one. This precisely allocated a whole tone’s range for tuning the Lichanos—the second rule. Third: The Parhypate (second string) to Hypate interval never surpassed that from Parhypate to Lichanos.
Comme en général cet Accord pouvoir se diversifier de trois façons, cela constituoit trois principaux Genres; savoir, le Diatonique, le Chromatique & l'Enharmonique. Ces deux derniers Genres, où les deux premiers Intervalles faisoient toujours ensemble une somme moindre que le troisieme Intervalle, s'appelloient à cause de cela Genres épais ou serrés. (Voyez EPAIS.)
As this tuning generally admitted three variations, it established three principal Genres: Diatonic, Chromatic, and Enharmonic. The latter two—where the first two intervals together were smaller than the third—were termed Dense or Compact Genres. (See DENSE.)
Dans le Diatonique, la Modulation procédoit par un Ton, un semi-Ton, un Ton, & un autre Ton, si ut re mi; & comme [322] on y passoit par deux Tons consécutifs, de-là lui venoit le nom de Diatonique. Le Chromatique procédoit successivement par deux semi-Tons & un hémi-Diton ou une Tierce mineure, si, ut, ut Dièse, mi; cette Modulation tenoit le milieu entre celles duDiatonique & de l'Enharmonique, y faisant, pour ainsi dire, sentir diverses nuances de Sons, de même qu'entre deux couleurs principales on introduit plusieurs nuances intermédiaires, & de- là vient qu'on appelloit ce Genre Chromatique ou coloré. Dans l'Enharmonique, la Modulation procédoit par deux Quarts-de-Ton, en divisant, selon la doctrine d'Aristoxène, le semi-Ton majeur en deux parties égales, & un Diton ou une Tierce majeure, comme si, si Dièse Enharmoniques, ut, & mi: ou bien, selon les Pythagoriciens, en divisant le semi-Ton majeur en deux Intervalles inégaux, qui formoient, l'un le semi-Ton mineur; c'est-à-dire, notre Dièse ordinaire, & l'autre le complément de ce même semi-Ton mineur au semi-Ton majeur, & ensuite le Diton, comme ci-devant, si, si Dièse ordinaire, ut, mi. Dans le premier cas, les deux Intervalles égaux du si à l'ut étoient tous deux Enharmoniques ou d'un Quart-de-Ton; dans le second cas, il n'y avoit d'Enharmonique que le passage du si Dièse à l'ut; c'est-à-dire, la différence du semi-Ton mineur au semi-Ton majeur, laquelle est le Dièse appelle de Dièse appellé de Pythagore & le véritable Intervalle Enharmonique donne par la Nature.
In the Diatonic system, modulation proceeded by a Tone, a semitone, a Tone, and another Tone (si ut re mi); and since [322] it involved two consecutive Tones, this gave rise to the name Diatonic. The Chromatic system proceeded successively by two semitones and a hemiditone or minor third (si, ut, C-sharp, mi). This modulation occupied a middle ground between the Diatonic and Enharmonic, conveying, so to speak, nuanced gradations of pitch — much as intermediate shades are introduced between two primary colors. Hence this was called the Chromatic Genre (from "chroma," color). In the Enharmonic system, modulation proceeded through two quarter-tones — dividing the major semitone into two equal parts according to Aristoxenus's doctrine — followed by a ditone or major third, as in B, enharmonic B-sharp, C, E. Alternatively, per the Pythagoreans, it divided the major semitone into two unequal intervals: one forming the minor semitone (i.e., our ordinary sharp) and the other representing the remainder of this minor semitone relative to the major semitone, followed by the ditone as before: B, ordinary B♯, C, E. In the first case, the two equal intervals from B to C were both Enharmonic quarter-tones; in the second case, only the passage from B♯ to C was Enharmonic — that is, the difference between the minor and major semitone, which constitutes the Pythagorean enharmonic diesis and the natural Enharmonic interval.
Comme donc cette Modulation, dit M. Burette, se tenoit d'abord très-serrée, ne parcourant que de petits Intervalles, des Intervalles presque insensibles, on la nommoit [323] Enharmonique, comme qui diroit bien jointe, bien assemblée, probe coagmentata.
As this modulation, as Mr. Burette notes, initially moved in tightly compressed, nearly imperceptible intervals, it was called [323] Enharmonic — as if to say "well-joined," "well-fitted" (probe coagmentata).
Outre ces Genres principaux, il y en avoit, d'autres qui résultoient tous des divers partages du Tétracorde, ou de façons de l'accorder différentes de celles dont je viens de parler. Aristoxène subdivise le Genre Diatonique en Syntonique & Diatonique mol; (Voyez DIATONIQUE.) & le Genre Chromatique en mol, Hémiolien & Tonique, (Voyez CHROMATIQUE) dont il donne les différences comme je les rapporte à leurs articles. Aristide Quintilien fait mention de plusieurs autres Genres particuliers, & il en compte six qu'il donne pour très-anciens; savoir, le Lydien, le Dorien, le Phrygien, l'Ionien, le Mixolydien, & le Syntonolydien. Ces six Genres, qu'il ne faut pas confondre avec les Tons ou Modes de mêmes noms, différoient par leurs Degrés ainsi que par leur Accord; les uns n'arrivoient pas à l'Octave, les autres l'atteignoient, les autres la passoient; en sorte qu'ils participoient à la fois du Genre & du Mode. On en peut voir le détail dans le Musicien Grec.
Beyond these principal Genres, others arose from alternative divisions or tunings of the tetrachord. Aristoxenus subdivided the Diatonic Genre into the Syntonic and Soft Diatonic (see DIATONIC), and the Chromatic Genre into Soft, Hemiolian, and Tonic (see CHROMATIC), whose distinctions I detail in their respective entries. Aristides Quintilianus references six ancient Genres: the Lydian, Dorian, Phrygian, Ionian, Mixolydian, and Syntonolydian. These Genres — not to be confused with the Modes of the same names — differed in their scale degrees and tunings: some fell short of the octave, others reached or exceeded it, blending aspects of both Genre and Mode. For specifics, consult the Greek Musician.
En général le Diatonique se devise en autant d'especes qu'on peut assigner d'Intervalles différens entre le semi-Ton & le Ton.
Generally, the Diatonic may be divided into as many species as there are distinct intervals between the semitone and the whole tone.
Le Chromatique en autant d'especes qu'on peut assigner d'Intervalles entre le semi-Ton & le Dièse Enharmonique.
The Chromatic may be divided into as many species as there are intervals between the semitone and the enharmonic diesis.
Quant à l'Enharmonique, il ne se subdivise point.
The Enharmonic, however, admits no subdivision.
Indépendamment de toutes ces subdivisions, il y avoir encore un Genre commun dans lequel on n'employoit que des Sons stables qui appartiennent à tous les Genres, & un Genre [324] mixte qui participoit du caractere de deux Genres ou de tous les trois. Or il faut bien remarquer que dans ce mélange de Genres, qui étoit très-rare, on n'employoit pas pour cela plus de quatre cordes; mais on les tendoit ou relâchoit diversement durant une même Piece; ce qui ne paroît pas trop facile à pratiquer. Je soupçonne que peut-être un Tétracorde étoit accordé dans un Genre, & un autre dans un autre; mais les Auteurs ne s'expliquent pas clairement au-dessus.On lit dans Aristoxène, (L. I. Part. II) que jusqu'au tems d'Alexandre, le Diatonique & le Chromatique étoient négligés des anciens Musiciens, & qu'ils ne s'exerçoient que dans le Genre Enharmonique, comme le seul digne de leur habileté; mais ce Genre étoit entiérement abandonné du tems de Plutarque, & le Chromatique aussi fut oublié, même avant Macrobe.
Independently of all these subdivisions, there existed a common Genre which employed only stable tones belonging to all Genres, and a mixed Genre [324] that partook of the character of two Genres or all three. It must be noted that in this blending of Genres — a rare occurrence — one did not use more than four strings; rather, they were tightened or slackened variably during the same piece, a practice that seems hardly feasible. I suspect that perhaps one Tetrachord was tuned in one Genre and another in a different one, but the authors provide no clear explanation. In Aristoxenus (Book I, Part II), we read that until Alexander’s time, the Diatonic and Chromatic were neglected by ancient musicians, who practiced only the Enharmonic Genre as the sole worthy of their skill. Yet by Plutarch’s era, this Genre had been entirely abandoned, and the Chromatic too was forgotten even before Macrobius.
L'étude des écrits des Anciens, plus que le progrès de notre Musique, nous a rendu ces idées, perdues chez leurs successeurs. Nous avons comme eux le Genre Diatonique, le Chromatique & l'Enharmonique, mais sans aucunes divisions; & nous considérons ces Genres sous des idées fort différentes de celles qu'ils en avoient. C'étoient pour eux autant de manieres particulieres de conduire le Chant sur certaines cordes prescrites. Pour nous, ce sont autant de manieres de conduire le corps entier de l'Harmonie, qui forcent les Parties à suivre les Intervalles prescrits par ces Genres; de sorte que le Genre appartient encore plus l'Harmonie qui l'engendre, qu'il la Mélodie qui le fait sentir.
The study of ancient writings — more than the progress of our own Music — has restored these ideas, lost among their successors. Like them, we possess the Diatonic, Chromatic, and Enharmonic Genres, but without any subdivisions; and we conceive these Genres under notions vastly different from theirs. For them, these were distinct ways of guiding melody upon prescribed strings. For us, they are methods of governing the entire body of Harmony, compelling parts to follow intervals dictated by these Genres, so that the Genre belongs more to the Harmony that generates it than to the Melody that expresses it.
[325] Il faut encore observer que, dans notre Musique, les Genres sont presque toujours mixtes; c'est-à-dire, que le Diatonique entre pour beaucoup dans le Chromatique, & que l'un & l'autre sont nécessairement mêlés à l'Enharmonique. Une Piece de Musique toute entiere dans un seul Genre, seroit très-difficile à conduire & ne seroit pas supportable; car dans le Diatonique il seroit impossible de changer de Ton: dans le Chromatique on seroit forcé de changer de Ton à chaque Note, & dans l'Enharmonique il n'y auroit absolument aucune sorte de liaison. Tout cela vient encore des regles de l'Harmonie, qui assujettissent la succession des Accords à certaines réglés incompatibles avec une continuelle succession Enharmonique ou Chromatique; & aussi de celles de la Mélodie, qui n'en sauroit tirer de beaux Chants. Il n'en étoit pas de même des Genres des Anciens. Comme les Tétracordes étoient également complets, quoique divisés différemment dans chacun des trois systèmes; si dans la Mélodie ordinaire un Genre eût emprunté d'un autre d'autres Sons que ceux qui se trouvoient. nécessairement communs entr'eux, le Tétracorde auroit eu plus de quatre cordes, & toutes les regles de leur Musique auroient été confondues.
[325] It must further be observed that in our Music, Genres are almost always mixed — that is, the Diatonic heavily infuses the Chromatic, and both necessarily blend with the Enharmonic. A musical piece entirely in one Genre would be extremely difficult to manage and would be unbearable: in the Diatonic, it would be impossible to change Key; in the Chromatic, one would be forced to change Key with every note; and in the Enharmonic, there would be no coherence whatsoever. All this arises from the rules of Harmony, which subject chord progressions to laws incompatible with continual Enharmonic or Chromatic sequences, and from the laws of Melody, which could extract no beauty from them. The Ancients’ Genres were otherwise. Since Tetrachords remained equally complete despite differing divisions across the three systems, had a Genre borrowed tones from another beyond those naturally shared, the Tetrachord would have exceeded four strings, and all their musical rules would have collapsed.
M. Serre de Geneve a fait la Genre duquel j'ai parlé dans son article. (Voyez DIACOMMATIQUE.)
M. Serre of Geneva devised the Genre I mentioned in his article. (See DIACOMMATIC.)
GIGUE, s. f. Air d'une Danse de même nom, dont la Mesure est à six-huit & d'un Mouvement assez gai. Les Opéra François contiennent beaucoup de Gigues, & les [326] Gigues de Correlli ont été long-tems célebres: mais ces Airs sont entiérement passés de Mode; on n'en fait plus du tout en Italie,& l'on n'en fait plus gueres en France.
GIGUE, n.f. A dance tune of the same name, whose time signature is 6/8 and whose tempo is rather lively. French Operas contain many Gigues, and Corelli’s [326] Gigues long held renown. But these airs have fallen entirely out of fashion: no more are composed in Italy, and scarcely any in France.
GOUT, s. m. De tous les dons naturels le Goût est celui qui se sent le mieux & qui s'explique le moins; il ne seroit pas ce qu'il est, si l'on pouvoit le définir: car il jugé des objets sur lesquels le jugement n'a plus de prise, & sert, si j'ose parler ainsi, de lunettes à la raison.Il y a, dans la Mélodie, des Chants plus agréables que autres, quoiqu'également bien Modulés; il y a, dans l'Harmonie, des choses d'effet & des choses sans effet, toutes également régulieres; il y a dans l'entrelacement des morceaux un art exquis de faire valoir les uns par les autres, qui tient à quelque chose de plus fin que la loi des contrastes. Il y a dans l'exécution du même morceau des manieres différentes de le rendre, sans jamais sortir de son caractere: de ces manieres, les unes plaisent plus que les autres, & loin de les pouvoir soumettre aux regles, on ne petit pas même les déterminer. Lecteur, rendez-moi raison de ces différences, & je vous dirai ce que c'est que le Goût.
TASTE, s. m. Of all natural gifts, Taste is that which is most keenly felt yet least explicable; it would cease to be itself were one able to define it: for it judges objects beyond reason's grasp, serving, if I may say so, as spectacles for the intellect. In Melody, certain airs please more than others though equally well-modulated; in Harmony, some passages strike the ear while others lie inert, though both observe the rules; in the interweaving of musical sections, there exists an exquisite art of mutual enhancement that transcends mere contrast. In performing the same piece, diverse renderings may honor its character: among these, some delight more than others, yet none can be subjected to rules or even precisely described. Reader, account for these distinctions, and I shall tell you what Taste is.
Chaque homme a un Goût particulier, par lequel il donne aux choses qu'il appelle belles & bonnes, un ordre qui n'appartient qu'à lui. L'un est plus touché des morceaux pathétiques, l'autre aime mieux les Airs gais. Une Voix douce & flexible chargera ses Chants d'ornemens agréables; une Voix sensible & forte aimera les siens des accens de la passion. L'un cherchera la simplicité dans la Mélodie [327] l'autre sera cas des traits recherchés. & tous deux appelleront élégance le Goût qu'ils auront préféré. Cette diversité vient tantôt de la différente disposition des organes, dont le Goût enseigne à tirer parti; tantôt du caractere particulier de chaque homme, qui le rend plus sensible à un plaisir ou à un défaut qu'à un autre; tantôt de la diversité d'âge ou de sexe, qui tourne les desirs vers des objets différens. Dans tous ces cas, chacun n'ayant que son Goût à opposer à celui d'un autre, il est évident qu'il n'en faut point disputer.
Each man possesses a particular Taste by which he arranges the things he calls beautiful and good in an order unique to himself. One is moved by pathos-laden passages, another prefers sprightly airs. A sweet, flexible voice will adorn its songs with graceful ornaments; a sensitive, powerful voice will imbue them with passionate accents. One seeks simplicity in Melody [327], another relishes intricate flourishes. Both will name "elegance" the Taste they have favored. This diversity springs sometimes from organic dispositions that Taste teaches us to exploit; sometimes from individual character making one more susceptible to certain pleasures or defects; sometimes from age or sex directing desires toward different objects. In such cases, each having only their own Taste to oppose another's, disputes become futile.
Mais il y a aussi un Goût général sur lequel tous les gens bien organisés s'accordent; & c'est* celui-ci seulement auquel on peut donner absolument le nom de Goût. Faites entendre un Concert à des oreilles suffisamment exercées & à des hommes suffisamment instruits, le plus grand nombre s'accordera, pour l'ordinaire, sur le jugement des morceaux & sur l'ordre préférence qui leur convient. Demandez à chacun raison de son jugement, il y a des choses sur lesquelles ils la rendront d'un avis presque unanime: ces choses sont celles qui se trouvent soumises aux regles; & ce jugement commun est alors celui de l'Artiste ou du Connoisseur. Mais de ces choses qu'ils s'accordent à trouver bonnes ou mauvaises, il y en a sur lesquelles ils ne pourront autoriser leur jugement par aucune raison solide & commune à tous ce jugement appartient à l'homme de Goût. Que si l'unanimité parfaite ne s'y trouvé pas, c'est que tous ne.
Yet there exists a general Taste upon which all well-tempered minds agree*; this alone merits the absolute name of Taste. Present a concert to sufficiently trained ears and adequately instructed listeners: most will concur in judging the pieces and their proper ranking. Ask each to justify their judgment, and you shall find near unanimity on matters governed by rules: this is the verdict of the Artist or Connoisseur. But for those elements they collectively deem good or bad without solid, shared rationale—there Taste claims its domain. Should perfect unanimity prove elusive, it is because not all are equally well-constituted; because not all possess Taste; because habitual or educational prejudices [328] often pervert the natural order of beauties through arbitrary conventions. Concerning this Taste, debate is permissible, for only one can be true: yet I see little recourse but to count votes when Nature's very voice is contested. Thus must the preference between French Music and Italian be decided.
sont pas également bien organisés; que tous ne sont pas gens de Goût, & que les préjugés de [328] l'habitude ou de l'éducation changent souvent, par des conventions arbitraires, l'ordre des beautés naturelles. Quant à ce Goût, on en peut disputer, parce qu'il. n'y en a qu'un qui soit le vrai: mais je ne vois gueres d'autre moyen de terminer la Mute que celui de compter les voix, quand on ne convient plus même de celle de la Nature. Voilà donc ce qui doit décider de la préférence entre la Musique Françoise & l'Italienne.
Au reste, le Génie crée, mais le Goûtchoisit: & souvent un Génie trop abondant a besoin d'un Censeur sévere qui l'empêche d'abuser de ses richesses. Sans Goût on peut faire de grandes choses; mais c'est lui qui les rend intéressantes. C'est le Goût qui fait saisir au Compositeur les idées du Poete; c'est le Goût qui fait saisir à l'Exécutant les idées du Composteur; c'est le Goût qui fournit à l'un & à l'autre tout ce qui peut orner & faire valoir leur sujet; & c'est le Goût qui donne à l'Auditeur le sentiment de toutes ces convenances. Cependant le Goût n'est point la sensibilité. On peut avoir beaucoup de Goût avec une ame froide, & tel homme transporté des choses vraiment passionnées est peu touché des gracieuses. Il semble que le Goût s'attache plus volontiers aux petites expressions, & la sensibilité aux grandes.
Moreover, Genius creates, but Taste selects: and often an overly abundant Genius requires a severe Censor to prevent it from misusing its riches. Without Taste, one may accomplish great things; but it is Taste that renders them compelling. It is Taste that allows the Composer to grasp the Poet’s ideas; Taste that enables the Performer to seize the Composer’s intentions; Taste that furnishes both with the means to adorn and elevate their subject; and Taste that grants the Listener an appreciation of all these harmonies. Yet Taste is not sensibility. One may possess considerable Taste with a cold soul, just as a man enraptured by truly passionate expressions may remain unmoved by graceful ones. It seems Taste clings more readily to minor expressions, while sensibility belongs to the grand.
GOUT-DU-CHANT. C'est ainsi qu'on appelle en France l'Art de Chanter ou de jouer les Notes avec les agrémens qui leur conviennent, pour couvrir un peu la fadeur du Chant François. On trouvé à Paris plusieurs Maîtres de Goût-de-Chant, & ce Goût a plusieurs termes qui lui sont propres; on trouvera les principaux au mot AGREMENS.
TASTE-IN-SINGING. This is what the French call the Art of Singing or playing Notes with the appropriate ornaments, meant to mask somewhat the insipidity of French Song. In Paris, one finds several Masters of Taste-in-Singing, and this Taste has its own specialized terms; the principal ones may be found under the entry ORNAMENTS.
[329] Le Goût-du-Chant consiste aussi beaucoup à donner artificiellement à la voix du Chanteur le timbre, bon ou mauvais, de quelque Acteur ou Actrice à la mode. Tantôt il consiste à nazillonner, tantôt à canarder, tantôt à chevrotter, tantôt à glapir: mais tout cela sont des graves passageres qui changent sans cessé avec leurs Auteurs.
[329] Taste-in-Singing also largely consists in artificially bestowing upon the singer’s voice the timbre — whether good or bad — of some fashionable Actor or Actress. At times, it involves nasalizing, at others quacking, trembling, or screeching: but all these are fleeting follies that ceaselessly shift with their originators.
GRAVE ou GRAVEMENT. Adverbe qui marque lenteur dans le mouvement, & de plus, une certaine gravité dans l'exécution.
GRAVE or GRAVELY. An adverb denoting slowness in tempo and, further, a certain solemnity in execution.
GRAVE, adj. est opposé à aigu. Plus les vibrations du corps sonore sont lentes, plus le Son est Grave. (Voyez SON, GRAVITÉ.)
GRAVE, adj., is opposed to high-pitched. The slower the vibrations of a sounding body, the more Grave the Sound. (See SOUND, GRAVITY.)
GRAVITÉ, s. m. C'est cette modification du Son par laquelle on le considere comme Grave ou Bas par rapport à d'autres Sons qu'on appelle Hauts ou Aigus. Il n'y a point dans la Langue Françoise de corrélatif à ce mot; car celui d'Acuité n'a pu passer.
GRAVITY, s. m. This is the modification of Sound by which we consider it Grave or Low relative to other Sounds termed High or Acute. The French language lacks a correlative term for this; for the word Acuity has not gained acceptance.
La Gravité des Sons dépend de la grosseur, longueur, tension des cordes, de la longueur & du diametre des tuyaux, & en général du volume & de la masse des corps sonores. Plus ils ont de tout cela, plus leur Gravité est grande; mais il n'y a point de Gravité absolue, & nul Son n'est grave ou aigu que par comparaison.
The Gravity of Sounds depends on the thickness, length, and tension of strings; the length and diameter of pipes; and generally on the volume and mass of sounding bodies. The greater these qualities, the greater the Gravity; but there is no absolute Gravity, and no Sound is grave or acute except by comparison.
GROS-FA. Certaines vieilles Musiques d'Eglise, en Notes Quarrées, Rondes ou Blanches, s'appelloient jadis du Gros-fa.
GROS-FA. Certain old Church Music in Square, Round, or White Notes was formerly called by the term Gros-fa.
GROUPE, s. m. Selon l'Abbé Brossard, quatre Notes égales & Diatoniques, dont la. premiere & la troisieme sont [330] sur le même Degré, forment un Groupe. Quand la deuxieme descend & que la quatrieme monte, c'est Groupe ascendant; quand la deuxieme monte & que la quatrieme descend, c'est Groupe descendant: & il ajoute que ce nom a été données Notes à cause de la figure qu'elles forment ensemble.
GROUP, s. m. According to Abbé Brossard, four equal and Diatonic Notes, of which the first and third [330] lie on the same Degree, form a Group. When the second descends and the fourth ascends, it is an Ascending Group; when the second ascends and the fourth descends, a Descending Group. He adds that this name was given to the Notes due to the shape they collectively form.
Je ne me souviens pas d'avoir jamais ouï employer ce mot en parlant, dans le sens que lui donne l'Abbé Brossard, ni même de l'avoir lu dans le même sens ailleurs que dans son Dictionnaire.
I cannot recall ever hearing this term used in speech, in the sense Abbé Brossard gives it, nor even encountering it elsewhere in that sense except in his Dictionary.
GUIDE s. f. C'est la Partie qui entre la premiere dans une Fugue & annonce le sujet. (Voyez FUGUE.) Ce mot, commun en Italie, est peu usité en France dans le même sens.
GUIDE s. f. The part that enters first in a Fugue and announces the subject. (See FUGUE.) This term, common in Italy, is rarely used in France with the same meaning.
GUIDON, s. m. Petit signe de Musique, lequel se met à l'extrémité de chaque Portée sur le Degré où sera placée la Note qui doit commencer la Portée suivante. Si cette premiere Note est accompagnée accidentellement d'un Dièse, d'un Bémol ou d'un Béquarre, il convient d'enaccompagner aussi le Guidon.
GUIDON, s. m. A small musical sign placed at the end of each staff to indicate the starting note of the following staff. If this initial note carries an accidental sharp, flat or natural sign, the Guidon should bear the same marking.
On ne se sert plus de Guidons en Italie, sur-tout dans les Partitions où, chaque Portée ayant toujours dans l'Accolade sa place fixe, on ne sauroit gueres se tromper en passant de l'une à l'autre. Mais les Guidons sont nécessaires dans les Partitions Françoises, parce que, d'une ligne à l'autre, les Accolades, embrassant plus ou moins de Portées, vous laissent dans une continuelle incertitude de la Portée correspondante à celle que vous avez quittée.
Guidons have fallen out of use in Italy, particularly in scores where each staff's fixed position within the brace prevents confusion when moving between lines. They remain necessary in French scores, however, as inconsistent brace groupings spanning variable numbers of staves leave performers perpetually uncertain about corresponding parts.
GYMNOPEDIE s. f. Air ou Nome sur lequel dansoient à nud les jeunes Lacédémoniennes.
GYMNOPEDIE, s. f. A tune or Nome to which young Spartan maidens danced unclothed.
H
H
[331] HARMATIAS. Nom d'un Nome dactylique de la Musique Grecque, inventé par le premier Olympe Phrygien.
[331] HARMATIAS. Name of a dactylic Nomos in Greek music, invented by the first Olympus of Phrygia.
HARMONIE, s. m. Le sens que donnoient les Grecs à ce mot, dans leur Musique, est d'autant moins facile à déterminer, qu'étant originairement un nom propre, il n'a point de racines par lesquelles on puisse le décomposer pour en tirer l'étymologie. Dans les anciens traités qui nous restent, l'Harmonie paroît être la Partie qui a pour objet la succession convenable des Sons, en tant qu'ils sont aigus ou graves, par opposition aux deux autres Parties appellées Rhythmica & Metrica, qui se rapportent au Tems & à la Mesure: ce qui laissé à cette convenance une idée vague & indéterminée qu'on ne peut fixer que par une étude expresse de toutes les réglés de l'Art; & encore, après cela, l'Harmonie sera-t-elle fort difficile à distinguer de la Mélodie, à moins qu'on n'ajoute à cette derniere les idées de Rhythme & de Mesure, sans lesquelles, en effet, nulle Mélodie ne peut avoir un caractere déterminé, au lieu que l'Harmonie a le sien par elle-même, indépendamment de toute autre quantité. (Voyez MÉLODIE.)
HARMONY, s. m. The Greeks' conception of this term proves elusive, being originally a proper noun lacking etymological roots. In surviving treatises, Harmony appears as the discipline governing appropriate successions of high and low pitches, distinct from Rhythmica (time) and Metrica (meter). This vague principle becomes tangible only through strict adherence to compositional rules, though even then Harmony remains barely distinguishable from Melody unless we imbue the latter with rhythmic/metric dimensions. For while Melody requires temporal definition, Harmony possesses intrinsic character independent of duration. (See MELODY.)
On voit, par un passage de Nicomaque & par d'autres; qu'ils donnoient aussi quelquefois le nom d'Harmonie à la Consonnance de l'Octave, & aux Concerts de Voix & d'Instrumens qui s'exécutoient à l'Octave, & qu'ils appelloient plus communément Antiphonies.
Nicomachus and others occasionally used Harmony to denote octave consonance, or antiphonal vocal/instrumental performances at the octave interval – more commonly called Antiphonies.
[332] Harmonie, selon les Modernes, est une succession d'Accords selon les loix de la Modulation. Long-tems cette Harmonie n'eût d'autres principes que des regles presque arbitraires ou fondées uniquement sur l'approbation d'une oreille exercée qui jugeoit de la bonne ou mauvaise succession des Consonnances & dont on mettoit ensuite les décisions en calcul. Mais le P. Mersenne & M. Sauveur ayant trouvé que tout Son, bien que simple en apparence, étoit toujours accompagné d'autres Sons moins sensibles qui formoient avec lui l'Accord parfait majeur, M. Rameau est parti de cette expérience, & en a fait la base de son systême Harmonique dont il a rempli beaucoup de livres, & qu'enfin M. d'Alembert a pris la peine d'expliquer au Public.
[332] Modern Harmony designates a progression of chords governed by modulation laws. Long confined to arbitrary rules validated solely by trained ears judging consonance sequences, its principles gained scientific footing when Father Mersenne and M. Sauveur discovered that every "simple" tone inherently contains the major triad's harmonic series. Building upon this resonance phenomenon, Mr. Rameau developed his Harmonic System – expounded in numerous treatises and later popularized by Mr. d'Alembert's elucidations.
M. Tartini partant d'une autre expérience plus neuve, plus délicate & non moins certaine, est parvenu à des conclusions assez semblables par un chemin tout opposé. M. Rameau fait engendrer les Dessus par la Basse; M. Tartini fait engendrer la Basse par les Dessus: celui-ci tirel'Harmonie de la Mélodie, & le premier fait tout le contraire. Pour décider de laquelle des deux écoles doivent sortir les meilleurs ouvrages, il ne faut que savoir lequel doit être fait pour l'autre, du Chant ou de l'Accompagnement. On trouvera au mot Système un court exposé de celui de M. Tartini. Je continue à parler ici dans celui de M. Rameau, que j'ai suivi dans tout cet ouvrage, comme le seul admis dans le pays où j'écris.
Mr. Tartini, proceeding from another newer, more delicate, and no less certain experiment, arrived at similar conclusions through an entirely opposing path. Mr. Rameau derives the Treble from the Bass; Mr. Tartini derives the Bass from the Treble: the latter draws Harmony from Melody, while the former does the very opposite. To determine which school would produce the finer works, one need only discern whether the Song exists for the Accompaniment or vice versa. A brief exposition of Mr. Tartini’s system may be found under the word SYSTEM. Here, I continue to elaborate within Mr. Rameau’s framework, which I have followed throughout this work as the sole system recognized in the country where I write.
Je dois pourtant déclarer que ce Systême, quelque ingénieux qu'il soit, n'est rien moins que fondé sur la Nature, [333] comme il le répete sans cessé; qu'il n'est établi que sur des analogies & des convenances qu'un homme inventif peut renverser demain par d'autres plus naturelles; qu'enfin, des expériences dont il le déduit, l'une est reconnue fausse, & l'autre ne fournit point les conséquences qu'il en tire. En effet, quand cet Auteur a voulu décorer du titre de Démonstration les raisonnemens sur lesquels il établit sa théorie, tout le monde s'est moqué de lui; l'Académie a hautement désapprouvé cette qualification obreptice, & M. Estève, de la Société Royale de Montpellier, lui a fait voir qu'a commencer par cette proposition, que, dans la loi de la Nature, les Octaves des Sons les représentent & peuvent se prendre pour eux, il n'y avoit rien du tout qui fût démontré, ni même solidement établi dans sa prétendue Démonstration. Je reviens à son systême.
I must nevertheless declare that this System, however ingenious, is far from being founded on Nature, [333] as he ceaselessly claims; it rests solely upon analogies and conveniences that an inventive mind could overturn tomorrow with others more natural. In truth, of the two experiments from which he deduces it, one has been proven false, and the other yields none of the consequences he attributes to it. Indeed, when this Author sought to adorn the title of Demonstration for the reasonings underlying his theory, all mocked him; the Academy openly disavowed this deceptive designation, and Mr. Estève of Montpellier’s Royal Society demonstrated that, beginning with the proposition that "in Nature’s law, the Octaves of Sounds represent them and may be taken for them," there was nothing whatsoever demonstrated—nor even solidly established—in his so-called Demonstration. I return to his system.
Le principe physique de la résonnance nous offre les Accords isolés & solitaires; il n'en établit pas la succession. Une succession réguliere est pourtant nécessaire. Un Dictionnaire de mots choisis n'est pas une harangue, ni un recueil de bons Accords une Piece de Musique: il faut un sens, il faut de la liaison dans la Musique ainsi que dans le langage; il faut que quelque chose de ce qui précede se transmette à ce qui suit, pour que le tout fasse un ensemble & puisse être appellé véritablement un.
The physical principle of resonance presents us with isolated and solitary Chords; it does not establish their succession. Yet a regular succession is necessary. A dictionary of selected words is not an oration, nor a collection of good Chords a Piece of Music: Music, like language, requires meaning and coherence; something from what precedes must carry over into what follows, so that the whole may form a unity and truly be called such.
Or la sensation composée qui résulte d'un Accord parfait, se résout dans la sensation absolue de chacun des Sons qui le composent, & dans la sensation comparée de chacun des Intervalles que ces mêmes Sons forment entr'eux; il n'y a [334] rien au de-là de sensible dans cet Accord; d'où il suit que ce n'est que par le rapport des Sons & par l'analogie des Intervalles qu'on peut établir la liaison dont il s'agit, & c'est là le vrai & l'unique principe d'où découlent toutes les loix de l'Harmonie & de la Modulation. Si donc toute l'Harmonie n'étoit formée que par une succession d'Accords parfaits majeurs, il suffiroit d'y procéder par Intervalles semblables à ceux qui composent un tel Accord; car alors quelque Son de l'Accord précédent se prolongeant nécessairement dans le suivant, tous les Accords se trouveroient suffisamment liés & l'Harmonie seroit une, au moins en ce sens.
Now, the composite sensation arising from a perfect Chord resolves into the absolute sensation of each constituent Sound and the comparative sensation of each Interval formed between them; there is nothing [334] beyond this perceptible in such a Chord. Hence, it is only through the relation of Sounds and the analogy of Intervals that the aforementioned coherence can be established—this being the true and sole principle from which all laws of Harmony and Modulation flow. If, therefore, all Harmony were formed solely by a succession of major perfect Chords, it would suffice to proceed through Intervals akin to those composing such a Chord. For then, some Sound from the preceding Chord would necessarily carry over into the next, all Chords would find themselves sufficiently linked, and Harmony would be unified, at least in this sense.
Mais outre que de telles successions excluroient toute Mélodie en excluant le Genre Diatonique qui en fait la base, elles n'iroient point au vrai but de l'Art, puisque la Musique, étant un discours, doit avoir comme lui ses périodes, ses phrases, ses suspensions, ses repos, sa ponctuation de toute espece, & que l'uniformité des marches Harmoniques n'offriroit rien de tout cela. Les marches Diatoniques exigeoient que les Accords majeurs & mineurs fussent entremêlés, & l'on a senti la nécessité des Dissonances pour marquer les phrases & les repos. Or, la succession liée des Accords parfaits majeurs ne donne ni l'Accord parfait mineur, ni la Dissonance, ni aucune espece de phrase, & la ponctuation s'y trouvé tout-à-fait en défaut.
Yet not only would such successions exclude all Melody by banishing the Diatonic Genus that forms its foundation, but they would also fail to achieve the true aim of Art. For Music, being a discourse, must—like language—possess its periods, phrases, suspensions, rests, and punctuation of every kind. The uniformity of harmonic progressions would offer none of this. Diatonic progressions required the intermingling of major and minor Chords, and the necessity of Dissonances was felt to mark phrases and cadences. However, the coherent succession of major perfect Chords yields neither the minor Chord, nor Dissonance, nor any species of phrasing—its punctuation is altogether deficient.
M. Rameau voulant absolument, dans son Systême, tirer de la Nature toute notre Harmonie , a eu recours, pour cet effet, à une autre expérience de son invention, de laquelle j'ai parlé ci- devant, &, qui est renversée de la premiere. Il a [335] prétendu qu'un Son quelconquefournissoit dans ses multiples un Accord parfait mineur au grave, dont il étoit la Dominante ou Quinte, comme il en fournit un majeur dans ses aliquotes, dont il est la Tonique ou Fondamentale. Il avancé comme un fait assuré, qu'une corde sonore faisoit vibrer dans leur totalité, sans pourtant les faire résonner, deux autres cordes plus graves, l'une à sa Douzieme majeure & l'autre à sa Dix-septieme; & de ce fait, joint au précédent, il a déduit fort ingénieusement, non-seulement l'introduction du Mode mineur & de la Dissonance dans l' Harmonie, mais les regles de la phrase harmonique & de toute la Modulation, telles qu'on les trouvé aux mots ACCORD, ACCOMPAGNEMENT, BASSE-FONDAMENTALE, CADENCE, DISSONANCE, MODULATION.
M. Rameau, determined to derive our entire Harmony from Nature in his System, resorted for this purpose to another experiment of his own invention — which I have previously mentioned and which contradicts the first. He [335] claimed that any given Sound produces a perfect minor chord in the lower register through its multiples, of which it becomes the Dominant or Fifth, just as it produces a major chord through its aliquot parts, of which it is the Tonic or Fundamental. He asserted as established fact that a vibrating string causes two lower strings — one at its major Twelfth and the other at its Seventeenth — to vibrate entirely without actually resonating. From this premise, combined with the earlier one, he ingeniously deduced not only the introduction of the minor mode and Dissonance into Harmony, but also the rules of harmonic phrasing and entire Modulation, as found in the entries ACCORD, ACCOMPAGNEMENT, BASSE-FONDAMENTALE, CADENCE, DISSONANCE, MODULATION.
Mais premiérement, l'expérience est fausse. Il est reconnu que les cordes accordées au- dessous du Son fondamental, ne frémissent point en entier à ce Son fondamental, mais qu'elles se divisent pour en rendre seulement l'unisson, lequel, conséquemment, n'a point d'Harmoniques en-dessous. Il est reconnu de plus que la propriété qu'ont les cordes de se diviser, n'est point particuliere à celles qui sont accordées à la Douzieme & à la Dix-septieme en-dessous du Son principal; mais qu'elle est commune à tous ses multiples; d'où il suit que, les Intervalles de Douzieme & de Dix-septieme en-dessous n'étant pas uniques en leur maniere, on n'en peut rien conclure en faveur de l'Accord parfait mineur qu'ils représentent.
But first, the experiment is false. It is established that strings tuned below the fundamental Sound do not vibrate entirely to this fundamental Sound, but rather divide to produce only its unison, which consequently has no harmonics below. Furthermore, it is recognized that the property of string division is not unique to those tuned at the Twelfth and Seventeenth below the principal Sound, but is common to all its multiples. Hence, since the intervals of Twelfth and Seventeenth below are not unique in their nature, nothing can be concluded from them in favor of the perfect minor chord they supposedly represent.
Quand on supposeroit la vérité de cette expérience, cela [336] ne leveroit pas, à beaucoup près, les difficultés. Si, comme. le prétend M. Rameau, toute l'Harmonie est dérivée de la résonnance du corps sonore, il n'en dérive donc point des seules vibrations du corps sonore qui ne résonne pas. En effet, c'est une étrange théorie de tirer de ce qui ne résonne pas, les principes de l'Harmonie; & c'est une étrange physique de faire vibrer & non résonner le corps sonore, comme si le Son lui-même étoit autre chose que l'air ébranlé par ces vibrations. D'ailleurs, le corps sonore ne donne pas seulement, outre le Son principal, les Sons qui composent avec lui l'Accord parfait, mais une infinité d'autres Sons, formés par toutes les aliquotes du corps sonore, lesquels n'entrent point dans cet Accord parfait. Pourquoi les premiers sont-ils consonnans, & pourquoi les autres ne le sont ils pas, puisqu'ils sont tous également donnés par la Nature?
Even if we were to assume the truth of this experiment, it [336] would scarcely resolve the difficulties. If, as M. Rameau claims, all Harmony derives from the resonance of a sonorous body, then it cannot derive from the mere vibrations of a sonorous body that does not resonate. Indeed, it is a strange theory to draw principles of Harmony from that which does not resonate; and it is peculiar physics to make the sonorous body vibrate without resonating, as if Sound itself were anything other than air agitated by these vibrations. Moreover, the sonorous body yields not only the Sounds composing the perfect chord with it, but an infinity of other Sounds formed by all the aliquot parts of the body — none of which enter into this perfect chord. Why are the former consonant, and why are the latter not, since all are equally given by Nature?
Tout Son donne un Accord vraiment parfait, puisqu'il est formé de tous ses Harmoniques, & que c'est par eux qu'il est un Son. Cependant ces Harmoniques ne s'entendent pas, & l'on ne distingue qu'un Son simple, à moins qu'il ne soit extrêmement fort; d'où il suit que la seule bonne Harmonie est l'Unisson, & qu'aussi-tôt qu'on distingue les Consonnances, la proportion naturelle étant altérée, l'Harmonie a perdu sa pureté.Cette altération se fait alors de deux manieres. Premiérement en faisant sonner certains Harmoniques, & non pas les autres, on change le rapport de forcé qui doit régner entr'eux tous, pour produire la sensation d'un Son unique, & l'unité de la Nature est détruite. On produit, en doublant ces Harmoniques, un effet semblable à celui qu'on [337] produiroit en étoussant tous les autres; car alors il ne faut pas douter qu'avec le Son générateur, on n'entendit ceux des Harmoniques qu'on auroit laissés: au lieu qu'en les laissant tous, ils s'entre-détruisent & concourent ensemble à produire & renforcer la sensation unique du Son principal. C'est le même effet que donne le plein jeu de l'Orgue, lorsqu'ôtant successivement les régistres, on laissé avec le principal la doublette & la Quinte: car alors cette Quinte & cette Tierce, qui restoient confondues, se distinguent séparément & désagréablement.
Every Sound yields a truly perfect chord, being formed by all its harmonics, which collectively make it a Sound. Yet these harmonics remain inaudible, and only a simple Sound is perceived unless it is extremely loud. Hence, the only true Harmony is Unison. Once Consonances become distinguishable, the natural proportion being altered, Harmony loses its purity. This alteration occurs in two ways. First, by causing certain harmonics to sound while suppressing others, we disrupt the balance of force required among them all to produce the sensation of a single Sound — thus destroying Nature’s unity. Doubling these harmonics produces an effect akin to [337] muting all others; for in that case, alongside the generating Sound, one would hear only those harmonics left unmuted. Whereas by leaving all intact, they mutually cancel and combine to produce and reinforce the singular sensation of the principal Sound. This parallels the effect of the organ’s full registration: when successively removing stops to leave only the principal with the doublet and Fifth, these remaining Fifth and Third — once blended — become distinctly and unpleasantly separate.
De plus, les Harmoniques qu'on fait sonner ont eux-mêmes d'autres Harmoniques, lesquels ne le sont pas du Son fondamental: c'est par ces Harmoniques ajoutés que celui qui les produit se distingue encore plus durement; & ces mêmes Harmoniques qui sont ainsi sentir l'Accord n'entrent point dans son Harmonie. Voilà pourquoi les Consonnances les plus parfaites déplaisent naturellement aux oreilles peu faites à les entendre, & le ne doute pas que l'Octave elle-même ne déplut, comme les autres, si le mélange des voix d'hommes & de femmes n'en donnoit l'habitude dès l'enfance.
Furthermore, the harmonics made to sound themselves generate other harmonics unrelated to the fundamental Sound. These added harmonics cause the producing Sound to stand out even more harshly, while such harmonics felt in the Chord do not belong to its Harmony. This explains why the most perfect Consonances naturally displease untrained ears. I suspect even the Octave itself would offend, like the others, were it not for our lifelong habituation to the mingling of male and female voices.
C'est encore pis dans la Dissonance, puisque, non-seulement les Harmoniques du Son qui la donnent, mais ce Son lui-même n'entre point dans le systême harmonieux du Son fondamental: ce qui fait que la Dissonance se distingue toujours d'une maniere choquante parmi tous les autres Sons.
The case worsens with Dissonance, for not only do the harmonics of the Dissonant Sound clash, but the Sound itself lies outside the harmonious system of the fundamental. Thus Dissonance always strikes the ear jarringly amid other Sounds.
Chaque touche d'un Orgue, dans le plein'jeu, donne un [338] Accord parfait Tierce majeure, qu'on distingue pas du Son fondamental, à moins qu'on ne soit d'une attention extrême & qu'on tire successivement les jeux; mais ces Sons Harmoniques ne se confondent avec le principal, qu'à la faveur du grand bruit & d'un arrangement de régistres parle quel les tuyaux qui sont résonner le Son fondamental, couvrent de leur forcé ceux qui donnent ses Harmoniques. Or, on n'observe point & l'on ne fauroit observer cette proportion continuelle dans un Concert, puisqu'attendu le renversement de l'Harmonie, il faudroit que cette plus grande forcé passât à chaque instant d'une Partie à une autre; ce qui n'est pas praticable, & défigueroit toute la Mélodie.
Each organ key in full registration produces a [338] perfect major Third chord indistinguishable from the fundamental Sound unless one listens with extreme care while successively drawing stops. But these harmonic Sounds blend with the principal only through loud volume and a registration where pipes sounding the fundamental overpower those producing its harmonics. Such continuous proportionality cannot be observed in a Concert, however, since — given harmonic inversions — this greater force would need to shift instantaneously between parts. This is impractical and would disfigure the Melody.
Quand on joue de l'Orgue, chaque touche de la Basse fait sonner l'Accord parfait majeur; mais parce que cette Basse n'est pas toujours fondamentale, & qu'on module souvent en Accord parfait mineur, cet Accord parfait majeur est rarement celui que frappe la main droite; de sorte qu'on entend la Tierce mineure avec la majeure, la Quinte avec le Triton, la Septieme superflue avec l'Octave; & mille autres cacophonies dont nos oreilles sont peu choquées, parce que l'habitude les rend accommodantes; mais il n'est point à présumer qu'il en fût ainsi d'une oreille naturellement juste, & qu'on mettroit, pour la premiere fois, à l'épreuve de cette Harmonie.
When playing the organ, each Bass key sounds the perfect major chord. Yet since this Bass is not always fundamental and minor perfect chords are often modulated, the right hand’s perfect major chord rarely aligns. Thus one hears minor Thirds with major Thirds, Fifths with Tritones, augmented Sevenths with Octaves — and countless such cacophonies our ears tolerate through habit. But we cannot presume a naturally attuned ear, newly exposed to this Harmony, would remain unoffended.
M. Rameau prétend que les Dessus d'une certaine simplicité suggerent naturellement leur Basse, & qu'un homme ayant l'oreille juste & non exercée entonnera naturellement cette Basse.
M. Rameau claims that simple Treble lines naturally suggest their Bass, and that a man with accurate yet untrained hearing will instinctively intone this Bass.
C'est-là un préjugé de Musicien démenti par toute [339] expérience. Non-seulement celui qui n'aura jamais entendu ni Basse ni Harmonie, ne trouvera, de lui-même, ni cette Harmonie nicette Basse; mais elles lui déplairont si on les lui fait entendre, & il aimera beaucoup mieux le simple Unisson.
This constitutes a musician's prejudice contradicted by all [339] experience. Not only would someone who has never heard either bass or harmony spontaneously discover neither this harmony nor this bass; but such elements would displease them if heard, as they would vastly prefer simple unison.
Quand on songe que, de tous les peuples de la terre, qui tous ont une Musique & un Chant, les Européens sont les seuls qui aient une Harmonie, des Accords, sec qui trouvent ce mélange agréable; quand on songe que le monde a duré tant de siecles, sans que, de toutes les Nations qui ont cultivé les Beaux-Arts, aucune ait connu cette Harmonie; qu'aucun animal, qu'aucun oiseau, qu'aucun être dans la Nature ne produit d'autre Accord que l'Unisson, ni d'autre Musique que la Mélodie; que les langues orientales, si sonores, si musicales; que les oreilles Grecques, si délicates, si sensibles, exercées avec tant d'Art, n'ont jamais guidé ces peuples voluptueux & passionnés vers notre Harmonie; que, sans elle, leur Musique avoit des effets si prodigieux; qu'avec elle la nôtre en a de si foibles; qu'enfin il étoit réservé à des Peuples du Nord, dont les organes durs & grossiers sont plus touches de l'éclat & du bruit des Voix, que de la douceur des accens & de la Mélodie des inflexions, de faire cette grande découverte & de la donner pour principe à toutes les regles de l'Art; quand, dis-je, on fait attention à tout cela, il est bien difficile de ne pas soupçonner que toute notre Harmonie n'est qu'une invention gothique & barbare, dont nous ne nous fussions jamais avisés, si nous eussions été plus sensibles aux véritables beautés de l'Art, & à la Musique vraiment naturelle.
When one considers that among all earth's peoples – each possessing music and song – Europeans alone cultivate harmony, chords, and find this mixture agreeable; when one reflects that the world endured countless centuries without any nation cultivating fine arts ever discovering this harmony; that no animal, bird, or natural being produces any concord beyond unison, nor any music beyond melody; that Eastern languages – so sonorous, so musical – and Greek ears – so delicate, so sensitive, so artistically trained – never guided these voluptuous and passionate peoples toward our harmony; that without it, their music achieved such prodigious effects while ours with it remains so feeble; that ultimately Northern peoples – whose coarse organs are more stirred by vocal brilliance and clamor than by accentual sweetness and melodic inflections – were destined to make this great discovery and establish it as the principle of all artistic rules; when, I say, one attends to all this, it becomes difficult not to suspect our entire harmonic system as a Gothic and barbaric invention we might never have conceived had we been more attuned to art's true beauties and to genuinely natural music.
[340] M. Rameau prétend cependant que l'Harmonie est la source des plus grandes beautés de la Musique; mais sentiment est contredit par les faits & par la raison. Par les faits puisque tous les grands effets de la Musique ont cessé, & qu'elle a perdu son énergie & sa forcé depuis l'invention du Contre-point: à quoi j'ajoute que les beautés purement harmoniques sont des beautés savantes, qui ne transportent que des gens versés dans l'Art; au lieu que les véritables beautés de la Musique étant de la Nature, sont & doivent être également sensibles à tous les hommes savans & ignorans.
[340] Mr. Rameau nevertheless maintains that harmony constitutes the source of music's greatest beauties; yet this sentiment is contradicted by facts and reason. By facts: since music's grand effects have vanished, losing all energy and force since counterpoint's invention. I add that purely harmonic beauties remain learned beauties transporting only art's initiates, whereas music's true beauties – being natural – must be equally felt by all humans, learned and ignorant alike.
Par la raison; puisque l'Harmonie ne fournit aucun principe d'imitation par lequel la Musique formant des images ou exprimant des sentimens, se puisse élever au genre Dramatique ou imitatif, qui est la partie de l'Art la plus noble, & la seule énergique; tout ce qui ne tient qu'au physique des Sons, étant très-borné dans le plaisir qu'il nous donne, & n'ayant que très-peu de pouvoir sur le coeur humain. (Voy. MÉLODIE.)
By reason: since harmony provides no principle of imitation through which music – forming images or expressing sentiments – might elevate itself to the dramatic or imitative genre, art's noblest and most energetic branch. All that pertains merely to sound's physicality remains severely limited in pleasure-giving capacity, wielding minimal power over human hearts. (See MELODY.)
HARMONIE. Genre de Musique. Les Anciens ont souvent donne ce nom au Genre appellé plus communément Genre Enharmonique. (Voyez ENHARMONIQUE.)
HARMONY. A musical genus. The Ancients frequently applied this name to what is more commonly called the Enharmonic genus. (See ENHARMONIC.)
HARMONIE DIRECTE, est celle où la Basse est fondamentale, & où les Parties supérieures conservent l'ordre direct entre elles & avec cette Basse. HARMONIE RENVERSÉE:, est celle où le Son générateur ou fondamental est dans quelqu'une des Parties supérieures, & où quelqu'autre Son de l'Accord est transporté à la Basse au-dessous des autres. (V. DIRECTE, RENVERSE.)
DIRECT HARMONY occurs when the bass is fundamental, with upper parts maintaining direct order both among themselves and relative to this bass. REVERSED HARMONY occurs when the generative or fundamental sound lies in an upper part, with some other chordal sound transposed to the bass beneath others. (See DIRECT, REVERSED.)
HARMONIE FIGURÉE, est celle où l'en fait passer [341] plusieurs Notes sur un Accord. On figure l'Harmonie par Degrés conjoints ou disjoints. Lorsqu'on figure par Degrés conjoints, on emploie nécessairement d'autres Notes que celles qui forment l'Accord, des Notes qui ne sonnent point sur la Basse & sont comptées pour rien dans l'Harmonie: ces Notes intermédiaires ne doivent pas se montrer au commencement des Tems, principalement des Tems sorts, si ce n'est comme coulés, ports-de-voix, ou lorsqu'on sait la premiere Note du Tems breve pour appuyer la seconde. Mais quand on figure par Degrés disjoints, on ne peut absolumentemployer que les Notes qui forment l'Accord, soit consonnant, soit dissonant. L'Harmonie se figure encore par des Sons suspendus ou supposés. (Voyez SUPPOSITION, SUSPENSION.)
FIGURED HARMONY [HARMONIE FIGURÉE], is that in which [341] multiple notes pass over a single chord. Harmony is figured through conjunct or disjunct degrees. When figured through conjunct degrees, one necessarily employs notes other than those forming the chord – notes that do not resonate with the bass and are counted as nothing in the harmony: these intermediary notes should not appear at the beginnings of beats, particularly strong beats, unless as slurs, ports-de-voix, or when the first note of the breve beat serves to support the second. But when figured through disjunct degrees, one can only use notes forming the chord itself, whether consonant or dissonant. Harmony is also figured through suspended or suppositional tones. (See SUPPOSITION, SUSPENSION.)
HARMONIEUX, adj. Tout ce qui fait de l'effet dans l'Harmonie, & même quelquefois tout ce qui est sonore & remplit l'oreille dans les Voix, dans les Instrumens, dans la simple mélodie.
HARMONIOUS [HARMONIEUX], adj. Anything producing effect through harmony, and sometimes even anything sonorous that fills the ear in voices, instruments, or simple melody.
HARMONIQUES, adj. Ce qui appartient à l'Harmonie; comme les divisions Harmoniques du Monocorde, la Proportion Harmonique, le Canon Harmonique, &c.
HARMONIC [HARMONIQUES], adj. Pertaining to harmony; such as harmonic divisions of the monochord, harmonic proportion, harmonic canon, etc.
HARMONIQUE, s. des deux genres. On appelle ainsi tous les Sons concomitans ou accessoires qui, par le principe de la résonnance, accompagnent un Son quelconque & le rendent appréciable. Aine toutes les aliquotes d'une corde sonore en donnent les Harmoniques. Ce mot s'emploie au masculin quand on sous-entend le mot Son, & au féminin quand on sous-entend le mot Corde.
HARMONIC [HARMONIQUE], s. m. or f. This term refers to all concomitant or accessory sounds that, through resonance principles, accompany any given sound and render it perceptible. All aliquot parts of a vibrating string produce harmonics. The word is masculine when implying "Sound" [Son], and feminine when implying "String" [Corde].
SONS HARMONIQUES. (Voyez SON.)
HARMONIC SOUNDS [SONS HARMONIQUES]. (See SOUND.)
HARMONISTE, s. m. Musicien savant dans l'Harmonie. C'est un bon Harmoniste. Durante est le plus grand Harmoniste de l'Italie; c'est-à-dire, du MONDE.
HARMONIST [HARMONISTE], s. m. A musician learned in harmony. "He is a fine harmonist. Durante is the greatest harmonist in Italy; that is to say, in the WORLD."
HARMONOMETRE. s. m. Instrument propre à mesurer les rapports Harmoniques. Si l'on pouvoir observer & suivre à l'oreille & à l'oeil les ventres, les noeuds & toutes les divisions d'une corde sonore en vibration, l'on auroit un Harmonometre naturel très-exact; mais nos sens trop grossiers ne pouvant suffire à ces observations, on y supplée par un Monocorde que l'on devise à volonté par des chevalets mobiles, & c'est le meilleur Harmonometre naturel que l'on ait trouvé jusqu'ici. (Voyez MONOCORDE)
HARMONOMETER [HARMONOMETRE], s. m. An instrument for measuring harmonic ratios. If one could observe by ear and eye the antinodes, nodes, and all divisions of a vibrating string, we would possess a most precise natural harmonometer; but our coarse senses being unequal to such observations, we substitute a monochord with movable bridges – the best natural harmonometer yet devised. (See MONOCHORD)
HARPALICE. Sorte de Chanson propre aux filles parmi les anciens Grecs. (Voyez CHANSON)
HARPALICE [HARPALICE]. A type of song proper to maidens among the ancient Greeks. (See SONG)
HAUT, adj. Ce mot signifie la même chose qu'Aigu, & ce terme est opposé à bas. C'est ainsi qu'on dira que le Ton est trop Haut, qu'il faut monter l'Instrument plus Haut.
HIGH [HAUT], adj. Synonymous with acute, opposed to low. Thus we say a key is too high, or an instrument must be tuned higher.
Haut, s'emploie aussi quelquefois improprement pour Fort. Chantes plus haut; on ne vous entend pas.
High is sometimes improperly used for loud. "Sing higher; we cannot hear you."
Les Anciens donnoient à l'ordre des Sons une dénomination toute opposée à la nôtre; ils plaçoient en Haut les Sons graves, & en bas les Sons aigus: ce qu'il importe de remarquer pour entendre plusieurs de leurs passages.
The Ancients gave sounds an order of nomenclature opposite to ours: they placed grave sounds high and acute sounds low – a crucial observation for interpreting many passages.
Haut, est encore, dans celles des quatre Parties de la Musique qui se subdivisent, l'épithete qui distingue la plus élevée ou la plus aiguë. HAUTE-CONTRE, HAUTE-TAILLE, HAUT-DESSUS. (Voyez ces mots.)
High also distinguishes the uppermost part when vocal ranges subdivide: HIGH COUNTERTENOR [HAUTE-CONTRE], HIGH TENOR [HAUTE-TAILLE], HIGH TREBLE [HAUT-DESSUS]. (See these terms.)
HAUT-DESSUS, s, m. C'est, quand les Dessus [343] chantans se subdivisent, la Partie supérieure. Dans les Parties instrumentales on dit toujours premier Dessus & second Dessus; mais dans le vocal on dit quelquefois Haut-dessus & Bas-dessus.
HIGH TREBLE [HAUT-DESSUS], s. m. When treble [343] voices subdivide, this is the upper part. In instrumental parts, we say first Dessus and second Dessus; but in vocal music, sometimes Haut-dessus and Bas-dessus.
HAUTE-CONTRE, ALTUS ou CONTRA. Celle des quatre Parties de la Musique qui appartient aux Voix d'hommes les plus aiguës ou les plus hautes; par opposition à la Basse-contre qui est pour les plus graves ou les plus basses. (Voyez PARTIES.)Dans la Musique Italienne, cette Partie, qu'ils appellent Contr'alto, & qui répond à la Haute- contre, est presque toujours chantée par des Bas-dessus, soit femmes, soit Castrati. En effet, la Haute-contre en Voix d'homme n'est point naturelle; il faut la forcer pour la porter à ce Diapason; quoi qu'on fasse, elle a toujours de l'aigreur, & rarement de la justesse.
HAUTE-CONTRE, ALTUS or CONTRA. The highest of the four vocal parts in music belonging to male voices with the most acute or elevated range, as opposed to the Basse-contre which is for the deepest voices. (See PARTS.) In Italian music, this part – which they call Contr'alto and corresponds to the Haute-contre – is almost always sung by low treble voices, whether female or castrati. Indeed, the male Haute-contre is fundamentally unnatural; one must strain the voice to reach this register. However attempted, it invariably carries harshness and rarely achieves accuracy.
HAUTE-TAILLE, TENOR, est cette Partie de la Musique qu'on appelle aussi simplement Taille. Quand la Taille se subdivise en deux autres Parties, l'inférieure prend le nom de Basse- taille ou Concordant, & la supérieure s'appelle Haute-taille.
HAUTE-TAILLE, TENOR, is that musical part also simply called Taille. When the Taille divides into two parts, the lower takes the name Basse-taille or Concordant, while the upper becomes the Haute-taille.
HEMI. Mot Grec fort usité dans la Musique, & qui signifie Demi ou moitié. (Voyez SEMI.)
HEMI. A Greek prefix widely used in music, meaning "half" or "semi-." (See SEMI.)
HEMIDITON. C'étoit, dans la Musique Grecque, l'Intervalle de Tierce majeure, diminuée d'un semi-Ton; c'est-à-dire, la Tierce mineure. L'Hémiditon n'est point, comme on pourroit croire, la moitié du Diton ou le Ton: mais c'est le Diton moins la moitié d'un Ton; ce qui est tout différent.
HEMIDITON. In Greek music, this denoted the interval of a major third reduced by a semitone – that is, a minor third. Contrary to what one might suppose, the Hemiditon is not half a Ditone (whole tone), but rather the Ditone minus half a tone – a crucial distinction.
[344] HEMIOLE. Mot Grec qui signife l'entier & demi, & qu'on a consacré en quelque sorte à la Musique. Il exprime le rapport de deux quantités dont l'une est à l'autre comme 15 à 10, ou comme 3 à 2: on l'appelle autrement rapport sesquialtère.
[344] HEMIOLE. A Greek term signifying "whole and half," now consecrated to musical usage. It expresses the ratio between two quantities where one is to the other as 15 to 10, or 3 to 2 – also termed the sesquialteral ratio.
C'est de ce rapport que naît la Consonnance appellée Diapente ou Quinte; & l'ancien Rhythme sesquialtère en naissoit aussi.
This ratio gives rise to the consonance called Diapente or Fifth, and likewise generated the ancient sesquialteral rhythm.
Les Anciens Auteurs Italiens donnent encore le nom d'Hémiole ou Hémiolie à cette espece de Mesure triple dont chaque Tems est une Noire. Si cette Noire est sans queue, la Mesure s'appelle Hemiolia maggiore, parce qu'elle se bat plus lentement & qu'il faut deux Noires à queue pour chaque Tems. Si chaque Tems ne contient qu'une Noire à queue, la Mesure se bat du double plus vîte, & s'appelle Hemiolia minore.
Early Italian theorists further applied "Hémiole" or "Hemiolia" to a triple-meter structure where each beat is a quarter note. If the quarter note is unstemmed, the measure is called Hemiolia maggiore, marked more slowly, requiring two stemmed quarters per beat. If each beat contains a single stemmed quarter, the measure moves twice as swiftly and is termed Hemiolia minore.
HEMIOLIEN, adj. C'est le nom que donne Aristoxène à l'une des trois especes du Genre Chromatique, dont il explique les divisions. Le Tétracorde 30 y est partagé en trois Intervalles, dont les deux premiers, égaux entr'eux, sont chacun la sixieme partie, & dont le troisieme est les deux tiers. 5+5+20=30.
HEMIOLIEN, adj. The name Aristoxenus gave to one of the three species of the Chromatic genus, whose divisions he explicates. Here, the 30-part tetrachord is split into three intervals: the first two equal parts each constituting a sixth, and the third comprising two-thirds. Thus: 5+5+20=30.
HEPTACORDE, HEPTAMERIDE, HEPTAPHONE, HEXACORDE, &c. (Voyez EPTACORDE, EPTAMERIDE, EPTAPHONE, &c.)
HEPTACORDE, HEPTAMERIDE, HEPTAPHONE, HEXACORDE, &c. (See EPTACORDE, EPTAMERIDE, EPTAPHONE, &c.)
HERMOSMENON. (Voyez MOEURS.)
HERMOSMENON. (See ETHOS.)
HEXARMONIEN, adj. Nome, ou Chant d'une Mélodie efféminée & lâche, comme Aristophane le reproche à Philoxène son Auteur.
HEXARMONIEN, adj. A Nomos or melody of effeminate and lax character, as Aristophanes reproached its inventor Philoxenus.
[345] HOMOPHONIE, s. f. C'étoit, dans la Musique Grecque cette espece de Symphonie qui se faisoit à l'Unisson, par opposition à l'Antiphonie qui s'exécutoit à l'Octave. Ce mot vient de III, pareil, & de , Son.
[345] HOMOPHONY, s. f. In Greek music, this referred to a type of Symphony performed in unison, contrasting with Antiphony executed at the octave. The term derives from ὁμός, same, and φωνή, sound.
HYMEE. Chanson des Meuniers chez les anciens Grecs, autrement dite Epiaulie. (Voyez ce mot.)
HYMEE. A millers' song among the ancient Greeks, alternatively called Epiaulie. (See EPIAULIE.)
HYMÉNÉE. Chanson des noces chez les anciens Grecs, autrement dite Epithalame. (Voyez EPITHALAME.)
HYMÉNÉE. A wedding song among the ancient Greeks, also termed Epithalamium. (See EPITHALAMIUM.)
HYMNE, s. m. Chant en l'honneur des Dieux ou des Héros. Il y a cette différence entre l' Hymne & le Cantique, que celui-ci se rapporte plus communément aux actions & l'Hymne aux personnes. Les premiers Chants de toutes les Nations ont été des Cantiques ou des Hymnes. Orphée & Linus passoient, chez les Grecs, pour Auteurs des premieres Hymnes; & il nous reste parmi les Poésies d'Homme un recueil d'Hymnes en l'honneur des Dieux.
HYMN, n. A song in honor of Gods or Heroes. The distinction between Hymn and Canticle lies in this: the latter more commonly refers to actions, the former to persons. The earliest songs of all nations were either Canticles or Hymns. Among the Greeks, Orpheus and Linus were regarded as authors of the first hymns. A collection of hymns to the Gods survives within Homer's poetic works.
HYPATE, adj. Epithete par laquelle les Grecs distinguoient le Tétracorde le plus bas, & la plus basse corde de chacun des deux plus bas Tétracordes; ce qui, pour eux, étoit tout le contraire: car ils suivoient dans leurs dénominations un ordre rétrograde au nôtre, & plaçoient en haut le grave que nous plaçons en bas. Ce choix est arbitraire, puisque les idées attachées aux mots Aigu & Grave, n'ont aucune liaison naturelle avec les idées attachées aux mots Haut & Bas.
HYPATE, adj. An epithet used by the Greeks to designate both the lowest tetrachord and the lowest string of each of the two lowest tetrachords – though for them, this was precisely the inverse. For their nomenclature followed a retrograde order relative to ours, placing the grave register above where we place it below. This choice remains arbitrary, as the concepts of acute and grave bear no natural connection to spatial height or depth.
On appelloit donc Tétracorde Hypaton, ou des Hypates, celui qui étoit le plus grave de tous, & immédiatement au dessus de la Prostambanomene ou plus basse corde du Mode; [346] & la premiere corde du Tétracorde qui suivoit immédiatement celle-là, s'appelloit Hypate-Hypaton; c'est-à-dire, comme le traduisoient les Latins, la Principale du Tétracorde des Principales.Le Tétracorde immédiatement suivant du grave à l'aigu s'appelloit Tétracorde Méson, ou des moyennes, & la plus grave corde s'appelloit Hypate-Méson; c'est-à-dire, la principale des moyennes.
Thus the Hypaton Tetrachord (or "of the Hypates") was so called as the gravest of all, lying immediately above the Proslambanomene – the lowest string in the mode. [346] The first string of the next ascending tetrachord was named Hypate-Hypaton (literally "Principal of the Principals' Tetrachord," as rendered by Latin translators). The subsequent tetrachord ascending from grave to acute was called the Meson Tetrachord (or "of the middles"), whose gravest string was termed Hypate-Meson ("Principal of the middles").
Nicomaque le Gérasénien prétend que ce mot d'Hypate, Principale, Elevée, ou Suprême, a été donne à la plus grave des cordes du Diapason, par allusion à Saturne, qui des sept Planetes est la plus éloignée de nous. On se doutera bien par-là que ce Nicomaque étoit Pythagoricien.
Nicomachus of Gerasa contends that this term Hypate ("Principal," "Elevated," or "Supreme") was given to the gravest string of the diapason through analogy to Saturn, the most distant of the seven planets. From this alone, one might surmise that Nicomachus adhered to Pythagorean doctrine.
HYPATE-HYPATON. C'étoit la plus basse corde du plus bas Tétracorde des Grecs, & d'un Ton plus haut que la Proslambanomene. (Voyez l'Article précédent.)
HYPATE-HYPATON. The lowest string of the Greeks' lowest tetrachord, pitched one tone above the Proslambanomene. (See preceding Article.)
HYPATE-MÉSON. C'étoit la plus basse corde du second Tétracorde, laquelle étoit aussi la plus aiguë du premier, parce que ces deux Tétracordes étoient conjoints. (Voyez HYPATE.)
HYPATE-MÉSON. The lowest string of the second tetrachord, which simultaneously served as the highest string of the first, these two tetrachords being conjunct. (See HYPATE.)
HYPATOIDES. Sons graves. (Voyez LEPSIS.)
HYPATOIDES. Grave registers. (See LEPSIS.)
HYPERBOLEIEN, adj. Nome ou Chant de même caractere que l'Hexarmonien.(Voyez HEXARMONIEN.)
HYPERBOLEIAN, adj. A nome or chant sharing the character of the Hexarmonian. (See HEXARMONIAN.)
HYPERBOLEON. Le Tétracorde Hyperboléon étoit le plus aigu des cinq Tétracordes du Systême des Grecs.
HYPERBOLEON. The Hyperbolaion Tetrachord was the most acute among the five tetrachords in the Greek system.
Ce mot est le génitif du substantif pluriel ■■■■■■■■■■, Σατρεμίτης; les Sons les plus aigus étant à l'extrémité des autres.
This term derives from the genitive plural ■■■■■■■■■■, Σατρεμίτης, as the highest pitches occupied the extremity of others.
HYPER-DIAZEUXIS. Disjonction de deux Tétracordes [347] séparés par l'Intervalle d'une Octave, comme étoient le Tétracorde des Hypates & celui des Hyperbolées.
HYPER-DIAZEUXIS. The disjunction of two tetrachords [347] separated by an octave interval, as with the Hypaton and Hyperbolaion tetrachords.
HYPER-DORIEN. Mode de la Musique Grecque, autrement appellé Mixo-Lydien, duquel la fondamentale ou Tonique étoit une Quarte au-dessus du celle Dorien. (Voyez MODE.)
HYPER-DORIAN. A mode in Greek music, alternatively called Mixolydian, whose fundamental or tonic lay a fourth above the Dorian. (See MODE.)
On attribue à Pythoclide l'invention du Mode Hyper-Dorien.
The invention of the Hyper-Dorian mode is attributed to Pythoclides.
HYPER-ÉOLIEN. Le pénultieme à l'aigu des quinze Modes de la Musique des Grecs, & duquel la fondamentale ou Tonique étoit une Quarte au-dessus de celle du Mode Eolien. (Voyez MODE.)Le Mode Hyper-Eolien, non plus que l'Hyper-Lydien qui le fuit, n'étoient pas si anciens que les autres. Aristoxène n'en fait aucune mention, & Ptolomée, qui n'en admettoit que sept, n'y comprenoit pas ces deux-là.
HYPER-AEOLIAN. The penultimate acute mode among the fifteen modes of Greek music, whose fundamental or tonic lay a fourth above that of the Aeolian mode. (See MODE.) The Hyper-Aeolian mode, like the Hyper-Lydian that follows it, was not as ancient as the others. Aristoxenus makes no mention of it, and Ptolemy – who recognized only seven modes – excluded these two.
HYPER-IASTIEN, ou Mixo-Lydien aigu.. C'est le nom qu'Euclide & plusieurs Anciens donnent au Mode appellé plus communément Hyper-Ionien.
HYPER-IASTIAN, or Acute Mixolydian. The name given by Euclid and several ancients to the mode more commonly called Hyper-Ionian.
HYPER-IONIEN. Mode de la Musique Grecque, appellé aussi par quelques-uns Hyper- Iastien, ou Mixo-Lydien aigu; lequel avoit si fondamentale une Quarte au-dessus de celle du Mode Ionien. est le douzieme en ordre du grave à l'aigu, selon le dénombrement d'Alypius (Voy. MODE)
HYPER-IONIAN. A mode of Greek music, also called Hyper-Iastian or Acute Mixolydian by some, whose fundamental lay a fourth above the Ionian mode. It ranks twelfth in ascending order from grave to acute according to Alypius’ enumeration (See MODE).
HYPER-LYDIEN. Le plus aigu des quinze Modes de la Musique des Grecs, duquel la fondamentale étoit une Quarte au-dessus de celle du Mode Lydien. Ce Mode, non [348] plus que son voisin l'Hyper-Eolien, n'étoit pas si ancien que les treize autres; & Aristoxène qui les nomme tous, ne fait aucune mention de ces deux-là. (Voyez MODE).
HYPER-LYDIAN. The most acute of the fifteen modes in Greek music, its fundamental being a fourth above the Lydian mode. This mode – like its neighbor Hyper-Aeolian – was not as ancient as the other thirteen; Aristoxenus, who lists them all, makes no mention of these two. (See MODE).
HYPER-MIXO-LYDIEN. Un des Modes de la Musique Grecque, autrement appellé Hyper- Phrygien. (Voyez ce mot.)
HYPER-MIXOLYDIAN. One of the modes in Greek music, alternatively called Hyper-Phrygian. (See this term.)
HYPER-PHRYGIEN, appellé aussi par Euclide, Hyper-mixo-Lydien, est le plus aigu des treize Modes d'Aristoxène, faisant le Diapason ou l'Octave avec l'Hypo-Dorien le plus grave de tous. (Voyez MODE.)
HYPER-PHRYGIAN, also named Hyper-Mixolydian by Euclid, is the most acute among Aristoxenus' thirteen modes, forming a diapason or octave with the Hypo-Dorian, the gravest of all. (See MODE.)
HYPO-DIAZEUXIS, est, selon le vieux Bacchius, l'Intervalle de Quinte qui se trouvé entre deux Tétracordes séparés par une disjonction, & de plus par un troisieme Tétracorde intermédiaire. Ainsi il y a Hypo-Dyazeuxis entre les Tétracordes Hypaton & Diézeugménon, & entre les Tétracordes Synnéménon & Hyperboléon. (Voyez TÉTRACORDE.)
HYPO-DIAZEUXIS, according to old Bacchius, is the interval of a fifth between two tetrachords separated by disjunction and further divided by a third intermediate tetrachord. Thus Hypo-Diazeuxis exists between the Hypaton and Diezeugmenon tetrachords, and between the Synnéménon and Hyperbolaion tetrachords. (See TETRACHORD.)
HYPO-DORIEN. Le plus grave de tous les Modes de l'ancienne Musique. Euclide dit que c'est le plus élevé; mais le vrai sens de cette expression est expliqué au mot Hypate.
HYPO-DORIAN. The gravest of all ancient musical modes. Euclid claims it to be "the highest," but the true meaning of this expression is clarified under Hypate.
Le Mode Hypo-Dorien a sa fondamentale une Quarte au-dessous de celle du Mode Dorien. Il fut inventé, dit-on, par Philoxéne; ce Mode est affectueux, mais gai, alliant la douceur à la majesté.
The Hypo-Dorian mode has its fundamental a fourth below the Dorian mode. It was invented, it is said, by Philoxenus; this mode is affectionate yet cheerful, blending sweetness with majesty.
HYPO-EOLIEN. Mode de l'ancienne Musique, appellé aussi par Euclide, Hypo-Lydien grave. Ce Mode a sa fondamentale une Quarte au-dessous de celle du Mode éolien. (Voyez MODE.) HYPO-IASTIEN. (Voyez HYPO-IONIEN.)
HYPO-AEOLIAN. A mode of ancient music, also called Hypo-Lydian grave by Euclid. Its fundamental lies a fourth below the Aeolian mode. (See MODE.) HYPO-IASTIAN. (See HYPO-IONIAN.)
[349] HYPO-IONIEN. Le second des Modes de l'ancienne Musique, en commençant par le grave. Euclide l'appelle aussi Hypo-Iastien & Hypo-Phrygien grave. Sa fondamentale est une Quarte au-dessus de celle du Mode Ionien. (Voyez MODE.)
[349] HYPO-IONIAN. The second mode of ancient music when ascending from the grave. Euclid also calls it Hypo-Iastian and Hypo-Phrygian grave. Its fundamental is a fourth above the Ionian mode. (See MODE.)
HYPO-LYDIEN. Le cinquieme Mode de l'ancienne Musique, en commençant par le grave. Euclide l'appelle aussi Hypo-Iastien & Hypo-Phrygien grave. Sa fondamentale est une Quarte au- dessous de celle du Mode Lydien. (Voyez MODE.)
HYPO-LYDIAN. The fifth mode of ancient music in ascending order. Euclid also calls it Hypo-Iastian and Hypo-Phrygian grave. Its fundamental lies a fourth below the Lydian mode. (See MODE.)
Euclide distingue deux Modes Hypo-Lydiens; savoir, l'aigu est celui de cet Article, & le grave qui est le même que l'Hypo-éolien.
Euclid distinguishes two Hypo-Lydian modes: the acute one discussed here, and the grave one which is identical to Hypo-Aeolian.
Le Mode Hypo-Lydien étoit propre aux Chants funebres, aux méditations sublimes & divines: quelques-uns en attribuent l'invention à Polymneste de Colophon, d'autres à Damon l'Athénien.
The Hypo-Lydian mode suited funeral chants, sublime meditations, and divine hymns. Some attribute its invention to Polymnestus of Colophon, others to Damon the Athenian.
HYPO-MIXO-LYDIEN. Mode ajouté par Gui d'Arezzo à ceux de l'ancienne Musique: c'est proprement le Plagal du Mode Mixo-Lydien, & sa fondamentale est la même que celle du ModeDorien. (Voyez MODE.)
HYPO-MIXO-LYDIEN. Mode added by Guido of Arezzo to those of ancient music: this is properly the Plagal of the Mixolydian Mode, & its fundamental is the same as that of the Dorian Mode. (See MODE.)
HYPO-PHRYGIEN.. Un des Modes de l'ancienne Musique dérivé du Mode Phrygien dont la fondamentale étoit une Quarte au-dessus de la sienne.
HYPO-PHRYGIAN. One of the modes of ancient music derived from the Phrygian Mode whose fundamental was a Fourth above its own.
Euclide parle encore d'un autre Mode Hypo-Phrygien au grave de celui-ci: c'est celui qu'on appelle plus correctement Hypo-Ionien. (Voyez ce mot.)
Euclid also speaks of another Hypo-Phrygian Mode lower than this one: it is what is more correctly called Hypo-Ionian. (See this term.)
Le caractere du Mode Hypo-Phrygien étoit calme, paisible [350] & propre à tempérer la véhémence du Phrygien. Il fut inventé, dit-on, par Damon, l'ami de Pythias & l'éleve de Socrate.
The character of the Hypo-Phrygian Mode was calm, peaceful [350] & suited to temper the vehemence of the Phrygian. It was invented, they say, by Damon, friend of Pythias & student of Socrates.
HYPO-PROSLAMBANOMENOS. Nom d'une corde ajoutée, à ce qu'on prétend, par Gui d'Arezzo un Ton plus bas que la Proslambanomene des Grecs; c'est-à-dire, au-dessous de tout le systême. L'Auteur de cette nouvelle corde l'exprima par la lettre r de l'Alphabet Grec, & de-là nous est venu le nom de la Gamme.
HYPO-PROSLAMBANOMENOS. Name of a string added, it is claimed, by Guido of Arezzo a Tone below the Greek Proslambanomene; that is, beneath the entire system. The inventor of this new string denoted it by the Greek letter r, & from this we derive the name of the gamut.
HYPORCHEMA. Sorte de Cantique sur lequel on dansoit aux fêtes des Dieux.
HYPORCHEMA. Type of hymn danced during the feasts of the Gods.
HYPO-SYNAPHE est, dans la Musique des Grecs, la disjonction des deux Tétracordes séparés par l'interposition d'un troisieme Tétracorde conjoint avec chacun des deux; en sorte que les cordes homologues de deux Tétracordes disjoints par Hypo-Synaphe, ont entr'elles cinq Tons ou une Septieme mineure d'Intervalle. Tel sont les deux Tétracordes Hypaton & Synnéménon.
HYPO-SYNAPHE is, in Greek music, the disjunction of two tetrachords separated by the interposition of a third tetrachord conjunct with each; such that the homologous strings of two tetrachords disjointed by Hypo-Synaphe have between them five Tones or a minor Seventh interval. Such are the two Hypaton & Synnéménon tetrachords.
I [J]
I [J]
[351] IALEME. Sorte de Chant funebre jadis en usage parmi les Grecs, comme le Linos chez le même Peuple, & le Manéros chez les Egyptiens. (Voyez CHANSON.)
[351] IALEME. Type of funeral chant once used among the Greeks, like the Linos among the same people, & the Manéros among the Egyptians. (See SONG.)
IAMBIQUE, adj. Il y avoir dans la Musique des Anciens deux sortes de vers Iambiques, dont on ne faisoit que réciter les uns au son des Instrumens, au lieu que les autres se chantoient. On ne comprend pas bien quel effet devoir produire l'Accompagnement des Instrumens sur une simple récitation, & tout ce qu'on en peut conclure raisonnablement, c'est que la plus simple maniere de prononcer la Poésie Grecque, ou du moins l'Iambique, se faisoit par des Sons appréciables, harmoniques, & tenoit encore de l'intonation du Chant.
IAMBIQUE. (Adjective.) There were in Ancient music two kinds of Iambic verses: some were merely recited to instrumental accompaniment, while others were sung. We cannot fully grasp what effect instrumental accompaniment could produce on simple recitation. The most reasonable conclusion is that the simplest manner of pronouncing Greek poetry—or at least Iambic verse—employed measurable harmonic tones & still retained elements of melodic intonation.
IASTIEN. Nom donne par Aristoxène & Alypius au Mode que les autres Auteurs appellent plus communément Ionien. (Voyez Mode.)
IASTIAN. Name given by Aristoxenus & Alypius to the Mode more commonly called Ionian by other authors. (See MODE.)
JEU, s. m. L'action de jouer d'un Instrument.(Voyez JOUER.) On dit Plein-Jeu, Demi-Jeu, selon la maniere plus forte ou plus douce de tirer les Sons de l'instrument.
JEU. (Substantive, masculine.) The action of playing an instrument. (See PLAY.) Terms like Plein-Jeu (full play) & Demi-Jeu (half play) denote stronger or softer manners of drawing sound from the instrument.
IMITATION, s. f. La musique dramatique ou théâtrale concourt à l'Imitation, ainsi que la Poésie & la Peinture: c'est à ce principe commun que se rapportent tous les Beaux-Arts, comme l'a montré M. le Batteux. Mais cette Imitation n'a pas pour tous la même étendue. Tout ce que l'imagination [352] peut se représenter est du ressort de la Poésie. La Peinture, qui n'offre point ses tableaux à l'imagination, mais au sens & à seul sens, ne peint que les objets soumis à la vue. La Musique sembleroit avoir les mêmes bornes par rapport à l'ouïe; cependant elle peint tout, même les objet, qui ne sont que visibles: par un prestige presque inconcevable, elle semble mettre l'oeil dans l'oreille, & la plus grande merveille d'un Art qui n'agit que par le mouvement, est d'en pouvoir former jusqu'à l'image du repos. La nuit, le sommeil, la solitude & le silence entrent dans le nombre des grands tableaux de la Musique. Un fait que le bruit peutproduire l'effet du silence, & le silence l'effet du bruit; comme quand on s'endort à une lecture égale & monotone, & qu'on s'éveille à l'instant qu'elle cessé. Mais la Musique agit plus intimement sur nous en excitant, par un sens, des affections semblables à celles qu'on peut exciter par un autre; &, comme le rapport ne peut être sensible que l'impression ne soit sorte, la Peinture dénuée de cette forcé ne peut rendre à la Musique les Imitations que celle-ci tire d'elle. Que toue la Nature soit endormie, celui qui la contemple ne dort pas, & l'art du Musicien consiste à substituer à l'image insensible de l'objet celle des mouvemens que sa présence excite dans le coeur du Contemplateur. Non-seulement il agitera la Mer, animera la flamme d'un incendie, sera couler les ruisseaux, tomber la pluie & grossir les torrens; mais il peindra l'horreur d'un désert affreux, rembrunira les murs d'une prison souterraine, calmera la tempête, rendra l'air, tranquille & serein, &, répandra, de l'Orchestre, une fraîcheur [353] nouvelle sur les bocages. Il ne représentera pas directement ces choses; mais il excitera dans l'ame les mêmes mouvemens qu'on éprouve en les voyant.
IMITATION, n.f. Dramatic or theatrical music participates in Imitation, as do Poetry and Painting: it is to this common principle that all Fine Arts relate, as shown by M. Batteux. But this Imitation does not hold equal scope for all. Whatever the imagination [352] can conceive falls within Poetry's domain. Painting, which presents its images not to imagination but directly to the senses – and to sight alone – depicts only visible objects. Music might seem equally confined to auditory matters; yet it paints all things, even visible objects: through near-inconceivable artifice, it seems to place the eye within the ear. The greatest marvel of an art dependent on movement lies in its capacity to conjure images of stillness. Night, sleep, solitude and silence number among Music's grandest tableaux. A phenomenon where noise produces silence's effect, and silence noise's: as when one dozes during monotonous recitation, then startles awake the moment it ceases. But Music acts more intimately upon us by exciting, through one sense, affections akin to those stirred by another. Since such correspondences remain imperceptible unless forcefully felt, Painting – devoid of this vigor – cannot reciprocate the imitations Music derives from it. Let all Nature sleep: the contemplator remains wakeful. The musician's art lies in substituting the insensible image of the object with those inner movements its presence excites in the observer's heart. Not only will he agitate seas, animate infernal flames, make streams flow, rain fall and torrents swell – he shall paint a desert's horrors, darken subterranean dungeon walls, calm tempests, restore tranquil airs, and spread through the Orchestra [353] fresh coolness across groves. He represents not these things directly, but stirs within the soul those same movements felt when beholding them.
J'ai dit au mot Harmonie qu'on ne tire d'elle aucun principe qui mene à l'Imitation musicale, puisqu'il n'y a aucun rapport entre des Accords & les objets qu'on veut peindre, ou les passions qu'on veut exprimer. Je serai voir au mot MÉLODIE quel est ce principe que l'Harmonie ne fournit pas, & quels traits donnés par la Nature sont employés par la Musique pour représenter ces objets & ces passions.
I stated under HARMONY that no principle derived therefrom leads to musical Imitation, as no relation exists between Chords and the objects to be depicted or passions to be expressed. Under MELODY shall be revealed this principle – which Harmony fails to provide – and those natural traits Music employs to represent such objects and passions.
IMITATION, dans son sens technique, est l'emploi d'un même Chant, ou d'un Chant semblable, dans plusieurs Parties qui se sont entendre l'une après l'autre, à l'Unisson, la Quinte, à la Quarte, à la Tierce, ou à quelqu'autre Intervalle que ce soit. L'Imitation est toujours bien prise, même en changeant plusieurs Notes; pourvu que ce même Chant se reconnoisse toujours & qu'on ne s'écarte point des loix d'une bonne Modulation. Souvent, pour rendre l'Imitation plus sensible, on la fait précéder de silences ou de Notes longues qui semblent laisser éteindre le Chant au moment que l'Imitation le ranime. On traité l'Imitation comme on veut; on l'abandonne, on la reprend, on en commence une autre à volonté; en un mot, les regles en sont aussi relâchées, que celles de la Fugue sont séveres: c'est pourquoi les grands Maîtres la dédaignent, & toute Imitation trop affectée décele presque toujours un Ecolier en composition.
IMITATION, in its technical sense, denotes the use of identical or similar melodic phrases in multiple Parts entering successively at the Unison, Fifth, Fourth, Third, or any other interval. Imitation remains valid even with altered notes, provided the melody remains recognizable and modulation rules observed. Often, to heighten clarity, rests or sustained notes precede imitative entries, allowing the initial phrase to fade before its revival. Imitation may be treated freely – abandoned, resumed, or supplanted at will. In short, its rules prove as lax as Fugue's are strict: hence the great Masters disdain it, and over-wrought Imitation almost invariably betrays a compositional novice.
IMPARFAIT, adj. Ce mot a plusieurs sens en Musique. Un Accord Imparfait est, par opposition à l'Accord parfait, [354] celui qui porte une Sixte ou une Dissonance; &, par opposition à l'Accord plein, c'est celui qui n'a pas tous les Sons qui lui conviennent & qui doivent le rendre complet. (Voyez ACCORD.)
IMPERFECT, adj. This term holds multiple musical meanings. An Imperfect Chord opposes the perfect chord [354] by containing a Sixth or Dissonance; opposing the full chord, it lacks necessary tones for completion. (See CHORD.)
Le Tems ou Mode Imparfait étoit, dans nos anciennes Musiques, celui de la division double. (Voyez MODE.)
Imperfect Time or Mode in early music denoted binary division. (See MODE.)
Une Cadence Imparfaite est celle qu'on appelle autrement Cadence irréguliere. (Voyez CADENCE.)
An Imperfect Cadence is otherwise termed irregular cadence. (See CADENCE.)
Une Consonnance. Imparfaite est celle qui peut être majeure ou mineure, comme la Tierce ou la Sixte. (Voyez, CONSONNANCE.)
An Imperfect Consonance may be major or minor, like the third or sixth. (See CONSONANCE.)
On appelle, dans le Plain-Chant, Modes Imparfaits ceux. qui sont défectueux en haut ou en bas, & restent en-deçà d'un des deux termes qu'ils doivent atteindre.
In Plainchant, Imperfect Modes are those defective in upper or lower range, failing to reach their prescribed limits.
IMPROVISER, v., n. C'est, faire & chanter impromptu des Chansons, Airs & paroles, qu'on accompagne communément d'une Guitare ou autre pareil, Instrument. Il n'y a rien de plus commun en Italie, que de voir deux Masques: se rencontrer; se défier, s'attaquer, se riposterainsi par des couplets sur le même Air, avec une vivacité de Dialogue, de Chant, d'Accompagnement dont il faut avoir été témoin pour la comprendre.
IMPROVISE, v. n. To compose and sing extemporaneous songs, airs, and verses, commonly accompanied by a guitar or similar instrument. Nothing is more common in Italy than witnessing two masked figures meet, challenge one another, exchange attacks and retorts through verses set to the same melody, with a vivacity of dialogue, singing, and accompaniment that must be seen to be comprehended.
Le mot Improvisar est purement Italien: mais comme il se rapporte à la Musique, j'ai été. contraint de le franciser pour faire entendre ce qu'il signifie.
The term Improvisar is purely Italian; but as it pertains to music, I have been compelled to francize it to convey its meaning.
INCOMPOSE, adj. Un Intervalle Incomposé est celui qui ne peut se résoudre en Intervalles plus petits, & n'a point d'autre élément que lui-même; tel, par exemple, que [355] le Dièse Enharmonique, le Comma, même le semi-Ton.
INCOMPOSED, adj. An Incomposed Interval is one that cannot be resolved into smaller intervals and has no element other than itself — such as [355] the enharmonic diesis, the comma, or even the semitone.
Chez les Grecs, les Intervalles Incomposés étoient différens dans les trois Genres, selon la maniere d'accorder les Tétracordes. Dans le Diatonique le semi-Ton & chacun des deux Tons qui le suivent étoient des Intervalles Incomposés. La Tierce mineure qui se trouvé entre la troisieme & la quatrieme corde dans le Genre Chromatique, & la Tierce majeure qui se trouvé entre les mêmes cordes dans le Genre Enharmonique, étoient aussi des Intervalles Incomposés. En ce sens, il n'y a dans le systême moderne qu'un seul Intervalle Incomposé; savoir, le semi- Ton. (Voyez SEMI-TON.)
Among the Greeks, Incomposed Intervals differed across the three genera, depending on the tuning of tetrachords. In the Diatonic genus, the semitone and each of the two following whole tones were Incomposed Intervals. The minor third between the third and fourth strings in the Chromatic genus, and the major third between the same strings in the Enharmonic genus, were also Incomposed Intervals. In this sense, the modern system recognizes only one Incomposed Interval: the semitone. (See SEMITONE.)
INHARMONIQUE, adj. Relation Inharmonique, est, selon M. Savérien, un terme de Musique; & il renvoie, pour l'expliquer, au mot Relation, auquel il n'en parle pas. Ce terme de Musique ne m'est point connu.
INHARMONIC, adj. According to M. Savérien, an Inharmonic Relation is a musical term; he refers readers to the entry Relation for explanation, though no such discussion appears there. This musical term is unknown to me.
INSTRUMENT, s. m. Terme générique sous lequel on comprend tous les corps artificiels qui peuvent rendre & varier les Sons, à l'imitation de la Voix. Tous les corps capables d'agiter l'air par quelque choc, & d'exciter ensuite, par leurs vibrations, dans cet air agité, des ondulations assez fréquentes, peuvent donner du Son; & tous les corps capables d'accélérer ou retarder ces ondulations peuvent varier les Sons. (Voyez SON.)
INSTRUMENT, s. m. A generic term encompassing all artificial bodies capable of producing and varying sounds in imitation of the voice. Any body that agitates air through impact, then excites undulations through vibrations, can produce sound; any body capable of accelerating or retarding these undulations can vary sounds. (See SOUND.)
Il y a trois manieres de rendre des Sons sur des Instrumens; savoir, par les vibrations des cordes, par celles de certains corps élastiques, & par la collision de l'air enfermé dans des tuyaux. J'ai parlé, au mot Musique, de l'invention de ces Instrumens.
There are three methods of producing sound on instruments: through string vibrations, elastic body vibrations, or the collision of air within pipes. I have discussed the invention of these instruments under the entry MUSIC.
[356] Ils se divisent généralement en Instrumens à cordes; Instrumens à vent, Instrumens de percussion. Les Instrumens à cordes, chez les Anciens, étoient en grand nombre; les plus connus sont les suivans: Lyra, Psalterium, Trigonium, Sambuca, Cithara, Pectis, Magas, Barbiton, Testudo, Epigonium, Simmicium, Epandoron, &c. On touchoit tous ces Instrumens avec les doigts ou avec le Plectrum, espece d'archet.
[356] Instruments are broadly divided into string instruments, wind instruments, and percussion instruments. The Ancients had numerous string instruments; the most notable include: Lyra, Psalterium, Trigonium, Sambuca, Cithara, Pectis, Magas, Barbiton, Testudo, Epigonium, Simmicium, Epandoron, etc. These were played with fingers or a Plectrum, a type of bow.
Pour leurs principaux Instrumens à vent, ils avoient ceux appelles, Tibia, Fistula, Tuba, Cornu, Lituus, &c.
Their principal wind instruments were called Tibia, Fistula, Tuba, Cornu, Lituus, etc.
Les Instrumens de percussion étoient ceux qu'ils nommoient, Tympanum, Cymbalum, Crepitaculum, Tintinnabulum, Crotalum, &c. Mais plusieurs de ceux-ci ne varioient point les Sons.
Percussion instruments included those named Tympanum, Cymbalum, Crepitaculum, Tintinnabulum, Crotalum, etc. Many of these, however, could not vary pitch.
On ne trouvera point ici des articles pour ces Instrumens ni pour ceux de la Musique moderne, dont le nombre est excessif. La Partie Instrumentale, dont un autre s'étoit chargé, n'étant pas d'abord entrée dans le Plain de mon travail pour l'Encyclopédie, m'a rebuté, par l'étendue des connoissances qu'elle exige, de la remettre dans celui-ci.
Readers will find no dedicated entries here for these instruments or for those of modern music, whose numbers are excessive. The instrumental portion, initially assigned to another contributor for the Encyclopédie and excluded from my original plan, has discouraged me from addressing it in this work due to the breadth of knowledge it demands.
INSTRUMENTAL. Qui appartient au jeu des Instrumens. Tour de Chant Instrumental; Musique Instrumentale.
INSTRUMENTAL. Pertaining to the performance of instruments. Instrumental passage; Instrumental Music.
INTENSE, adj. Les Sons Intenses sont ceux qui ont le plus de forcé, qui s'entendent de plus loin: ce sont aussi ceux qui, étant rendus par des cordes fort tendues, vibrent par-là même plus fortement. Ce mot est Latin, ainsi que celui de Remisse qui lui est opposé: mais dans les écrits deMusique théorique on est obligé de franciser l'un & l'autre.
INTENSE, adj. Intense Sounds are those possessing greatest force, heard from furthest distances: these also include sounds produced by tightly strung cords which thereby vibrate more vigorously. This term is Latin, as is its counterpart Remisse: but in theoretical Music writings, one is compelled to Gallicize both.
[357] INTERCIDENCE, s. f. Terme de Plain-Chant. (Voyez DIAPTOSE.)
[357] INTERCIDENCE, s. f. Plainchant term. (See DIAPTOSE.)
INTERMEDE, s. m. Piece de Musique & de Danse qu'on insere à l'Opéra, & quelquefois à la Comédie, entre les Actes d'une grande Piece, pour égayer & reposer, en quelque sorte, l'esprit du Spectateur attristé par le tragique & tendu sur les grands intérêts.
INTERMEZZO, s. m. Musical and dance piece inserted in Opera – sometimes even in Comedy – between Acts of a major work, intended to enliven and momentarily relieve the spectator's mind wearied by tragic tension and high-stakes drama.
Il y a des Intermedes qui sont de véritables Drames comiques ou burlesques, lesquels, coupant ainsi l'intérêt par un intérêt tout différent, balottent & tiraillent, pour ainsi dire, l'attention du Spectateur en sens contraire, & d'une maniere très-opposée au bon goût & à la raison. Comme la Danse, en Italie, n'entre point & ne doit point entrer dans la constitution du Drame Lyrique, on est forcé, pour l'admettre sur le Théâtre, de l'employer hors d'oeuvre & détachée de la Piece. Ce n'est pas cela que je blâme; au contraire, je pense qu'il convient d'effacer, par un Ballet agréable, les impressions tristes laissées par la représentation d'un grand Opéra, & j'approuvé fort que ce Ballet fasse un sujet particulier qui n'appartienne point à la Piece: mais ce que je n'approuvé pas, c'est qu'on coupe les Actes par de semblables Ballets qui, divisant ainsi l'action & détruisant l'intérêt, sont, pour ainsi dire, de chaque Acte une Piece nouvelle.
Some Intermezzi constitute true comic or burlesque Dramas which, fracturing narrative continuity through wholly divergent plots, jolt and pull the spectator's attention in contrary directions – a practice utterly opposed to good taste and reason. As Dance in Italy neither enters nor should enter the constitution of Lyric Drama, its theatrical inclusion becomes forced and extraneous. This artifice I do not censure; rather, I approve employing pleasant Ballets to efface tragic impressions left by grand Opera. Yet I condemn inserting such Ballets between Acts, for by dividing the action and shattering dramatic unity, they effectively create new Pieces within each Act.
INTERVALLE, s. m. Différence d'un Son à un autre entre le grave & l'aigu; c'est tout l'espace que l'un des deux auroit à parcourir pour arriver à l'Unisson de l'autre. La différence qu'il y a de l'Intervalle à l'Etendue, est que l'Intervalle est considéré comme indivisé, & l'Etendue comme [358] divisée. Dans l'Intervalle, on ne considere que les deux termes; dans l'Etendue, on en suppose d'intermédiaires l'Etendue forme un systême; mais l'Intervalle peut être incomposé.
INTERVAL, s. m. Difference between two Sounds in their pitch relationship; the entire space one sound must traverse to reach unison with another. The distinction between Interval and range lies herein: the Interval is considered indivisible, the range [358] divisible. In Intervals, only the terminal sounds are considered; in ranges, intermediary tones are presumed. Ranges form systems; Intervals may remain incomposite.
A prendre ce mot dans son sens le plus général, il est évident qu'il y a une infinité d' Intervalles: mais comme en Musique on borne le nombre des Sons à ceux qui composent un certain systême, on borne aussi par-là le nombre des Intervalles à ceux que ces Sons peuvent former entr'eux. De sorte qu'en combinant deux à deux tous les Sons d'un systême quelconque, on aura tous les Intervalles possibles dans ce même systême; sur quoi il restera à réduire sous la même espece tous ceux qui se trouveront égaux.
In its broadest sense, Intervals are infinite. But as Music confines sounds within systemic limits, so too it restricts Intervals to those formed between systemic sounds. By combining two-by-two all Sounds within any system, one obtains all possible Intervals therein – requiring subsequent classification of equal Intervals under shared species.
Les Anciens divisoient les Intervalles de leur Musique en Intervalles simples ou incomposés, qu'ils appelloient Diastèmes, & en Intervalles composés, qu'ils appelloient Systêmes. (Voyez ces mots.) Les Intervalles, dit Aristoxène, different entr'eux en cinq manières. 1º. En étendue; un grand Intervalle différé ainsi d'un plus petit. 2 En résonnance ou en Accord; c'est ainsi qu'un Intervalle consonnant diffère d'un dissonant. 3º. En quantité;comme un Intervalle simple différé d'un Intervalle composé. 4.En Genre; c'est ainsi que les Intervalles Diatoniques, Chromatiques, Enharmoniques different entr'eux. 5º. En nature de rapport; comme l'Intervalle dont la raison peut s'exprimer en nombres, diffère d'un Intervalle irrationnel. Disons quelques mots de toutes ces différences.I. Le moindre de tous les Intervalles, selon Bacchius & Gaudence, est le Dièse Enharmonique. Le plus grand, à le [359] prendre à l'extrémité grave du Mode Hypo-Dorien, jusqu'à l'extrémité aiguë de l'Hypo-mixo-Lydien, seroit de trois Octaves completes; mais comme il y a une Quinte à retrancher, ou même une Sixte, selon un passage d'Adraste, cité par Meibomius, reste la Quarte par-dessus le Dis-Diapason; c'est-à-dire, la Dix-huitieme, pour le plus grand Intervalle du Diagramme des Grecs.
The Ancients divided the Intervals of their Music into simple or incomposite Intervals, which they called Diastemata, and composite Intervals, which they termed Systems. (See these terms.) "Intervals," says Aristoxenus, "differ from one another in five ways: 1° In range — a large Interval thus differs from a smaller one. 2° In resonance or Accord — thus a consonant Interval differs from a dissonant one. 3° In quantity — as a simple Interval differs from a composite Interval. 4° In Genre — thus Diatonic, Chromatic, and Enharmonic Intervals differ from each other. 5° In nature of ratio — as an Interval whose proportion can be expressed in numbers differs from an irrational Interval." Let us briefly examine these distinctions. I. The smallest of all Intervals, according to Bacchius and Gaudentius, is the enharmonic diesis. The largest — measured from the lowest extreme of the Hypo-Dorian Mode to the highest extreme of the Hypo-Mixolydian — would span three complete Octaves. However, as a Fifth (or even a Sixth, per Adrastus' passage cited by Meibomius) must be subtracted, there remains a Fourth above the dis-diapason — that is, an Eighteenth — as the greatest Interval in the Greek Diagram.
II. Les Grecs divisoient comme nous les Intervalles en Consonnans & Dissonans: mais leurs divisions n'étoient pas les mêmes que les nôtres. (Voyez CONSONNANCE.) Ils subdivisoient encore les Intervalles consonnans en deux especes, sans y compter l'Unisson, qu'ils appelloient Homophonie, ou parité de Sons, & dont l'Intervalle est nul. La premiere espece étoit l'Antiphonie, ou opposition des Sons, qui se faisoit à l'Octave ou à la double Octave, & qui n'étoit proprement qu'une Réplique du même Son; mais pourtant avez opposition du grave à l'aigu. La seconde espece étoit la Paraphonie, ou distinction de Sons, sous laquelle on comprenoit toute Consonnance autre que l'Octave & ses Répliques; tous les Intervalles, dit Théon de Smyrne, qui ne sont ni Dissonans, ni Unisson.
II. The Greeks, like us, divided Intervals into Consonant and Dissonant — though their classifications differed from ours. (See CONSONANCE.) They further subdivided consonant Intervals into two types (excluding the Unison, which they called Homophony or sameness of pitch, constituting a null Interval). The first type was Antiphony — opposition of pitches — occurring at the Octave or double Octave, essentially a replication of the same pitch yet contrasting grave and acute. The second type was Paraphony — distinction of pitches — encompassing all consonances other than the Octave and its replicas. "All Intervals," states Theon of Smyrna, "that are neither dissonant nor unison."
III. Quand les Grecs parlent de leurs Diastèmes au Intervalles simples, il ne faut pas prendre ce terme à toute rigueur: car le Diésis même n'étoit pas, selon eux, exempt de composition; mais il faut toujours le rapporter au Genre auquel l'Intervalle s'applique. Par exemple, le semi-Ton est un Intervalle simple dans le Genre Chromatique & dans le Diatonique, composé dans l'Enharmonique. Le Ton est composé [360] dans le Chromatique, & simple dans le Diatonique; le Diton même, ou la Tierce majeure, qui est un Intervalle composé dans le Diatonique, est incomposé dans l'Enharmonique. Ainsi, ce qui est systême dans un Genre, peut être Diastème dans un autre, & réciproquement.
III. When the Greeks speak of their Diastemata or simple Intervals, we must not interpret this term too rigidly. For even the diesis was not, in their view, exempt from composition — though always relative to the Genre in which the Interval was applied. For example: the semi-tone is a simple Interval in the Chromatic and Diatonic Genres, but composite in the Enharmonic. The Tone is composite in the Chromatic, yet simple in the Diatonic. Even the ditone — or major Third — a composite Interval in the Diatonic, becomes incomposite in the Enharmonic. Thus, what constitutes a System in one Genre may serve as Diastema in another, and vice versa.
IV. Sur les Genres, divisez successivement le même Tétracorde, selon le Genre Diatonique, selon le Chromatique, & selon l'Enharmonique, vous aurez trois Accords différens, lesquels, comparés entre eux, au lieu de trois Intervalles, vous en donneront neuf, outre les combinaisons & compositions qu'on en peut faire, & les différences de tous ces Intervalles qui en produiront des multitudes d'autres. Si vous comparez, par exemple, le premier Intervalle de chaque Tétracorde dans l'Enharmonique & dans le Chromatique mol d'Aristoxène, vous aurez d'un côté un quart ou 3/12 de Ton, de l'autre un tiers ou 4/12, & les deux cordes aiguës seront entr'elles un Intervalle qui sera la différence des deux précédens, ou la douzieme partie d'un Ton.
IV. Concerning Genres: successively divide the same Tetrachord according to the Diatonic, Chromatic, and Enharmonic Genres. You will obtain three distinct Chords which, compared against each other, yield nine Intervals instead of three — not counting their possible combinations and the differentials between them, which multiply into further varieties. Compare, for instance, the first Interval of each Tetrachord in the Enharmonic and in the soft Chromatic of Aristoxenus: on one side, a quarter-tone (3/12); on the other, a third-tone (4/12). The two acute pitches will form between themselves an Interval equivalent to their difference — a twelfth-part of a Tone.
V. Passant maintenant aux rapports, cet Article me mene à une petite digression.
V. Passing now to ratios, this Article leads me into a brief digression.
Les Aristoxéniens prétendoient avoir bien simplifié la Musique par leurs divisions égales des Intervalles, & se moquoient fort de tous les calculs de Pythagore. Il me semble cependant que cette prétendue simplicité n'étoit gueres que dans les mots, & que si les Pythagoriciens avoient un peu mieux entendu leur Maître & la Musique, ils auroient bientôt fermé la bouche à leurs adversaires.Pythagore n'avoit pas imaginé le rapport des Sons qu'il [361] calcula le premier. Guidé par l'expérience, il ne fit que prendre note de ses observations. Aristoxène, incommodé de tous ces calculs, bâtit dans sa tête un systême tout différent; & comme s'il eût pu changer la Nature à son gré, pour avoir simplifié les mots, il crut avoir simplifié les choses, au lieu qu'il fit réellement le contraire.
The Aristoxenians claimed to have greatly simplified music through their equal divisions of intervals, and mocked Pythagoras’s calculations. Yet it seems to me this purported simplicity existed only in terminology. Had the Pythagoreans better understood their master and music itself, they would have swiftly silenced their adversaries. Pythagoras did not invent the acoustic ratios he [361] first calculated. Guided by experience, he merely recorded his observations. Aristoxenus, vexed by these calculations, constructed an entirely different system in his mind. As if he could reshape Nature at will, he believed that simplifying terms equated to simplifying reality—when in truth, he achieved the opposite.
Comme les rapports des Consonnances étoient simples & faciles à exprimer, ces deux Philosophes étoient d'accord là-dessus: ils l'étoient même sur les premieres Dissonances; car ils convenoient également que le Ton étoit la différence de la Quarte à la Quinte; mais comment déterminer déjà cette différence autrement que parle calcul? Aristoxène partoit pourtant de-là pour n'en point vouloir, & sur ce Ton, dont il se vantoit d'ignorer le rapport, il bâtissoit toute sa doctrine musicale. Qu'y avoit-il de plus aisé que de lui montrer la fausseté de ses opérations & la justesse de celles de Pythagore? Mais, auroit-il dit, je prends toujours des doubles, ou des moitiés, ou des tiers; cela est plus simple & plutôt fait que vos Comma, vos Limma, vos Apotomes. Je l'avoue, eût répondu Pythagore; mais, dites-moi, je vous prie, comment vous les prenez, ces doubles, ces moitiés, ces tiers? L'autre eût répliqué qu'il les entonnoit naturellement, ou qu'il les prenoit sur son Monocorde. Eh bien! eût dit Pythagore, entonnez- moi juste le quart d'un Ton. Si l'autre eût été assez charlatan pour le faire, Pythagore eût ajouté: mais est-il bien divisé votre Monocorde? Montrez-moi, je vous prie, de: quelle méthode vous vous êtes servi pour y prendre le quart ou le tiers d'un Ton? Je ne saurois voir, en pareil cas, ce [362] qu'Aristoxène eût pu répondre. Car, de dire que l'Instrument avoit été accordé sur la Voix, outre que c'est été tomber dans le cercle, cela ne pouvoit convenir aux Aristoxéniens, puisqu'ils avouoient tous avec leur Chef qu'il saloit exercer long-tems la Voix sur un Instrument de la derniere justesse, pour venir à bout de bien entonner les Intervalles du Chromatique mol & du Genre Enharmonique.
Since the ratios of consonances were simple and easily expressed, both philosophers agreed on that point. They even concurred on primary dissonances, both acknowledging that the Tone was the difference between the Fourth and the Fifth. But how else could this difference be determined except through calculation? Aristoxenus nevertheless rejected calculation, building his entire musical doctrine upon this Tone whose ratio he proudly ignored. What could have been easier than exposing the falsity of his methods and validating Pythagoras’s? Yet Aristoxenus would protest: "I use only doubles, halves, or thirds—simpler and swifter than your Commas, Limmas, and Apotomes!" Pythagoras might have replied: "Admitted. But tell me: how do you measure these doubles, halves, thirds?" The other would retort that he intoned them naturally or derived them from his monochord. "Very well," Pythagoras would say, "intonate a quarter-tone for me." Had Aristoxenus charlatanically complied, Pythagoras would add: "But is your monochorde properly divided? Show me your method for deriving thirds or quarters of a Tone!" In such a case, I cannot imagine [362] what Aristoxenus might have answered. To claim the instrument was tuned to the Voice would have been circular reasoning—untenable for Aristoxenians, since their own school admitted that prolonged practice on a perfectly tuned instrument was required to intonate intervals of the Soft Chromatic and Enharmonic Genus accurately.
Or, puisqu'il faut des calculs non moins composés & même des opérations géométriques plus difficiles pour rnesurer les tiers & les quarts de Ton d'Aristoxène, que pour assigner les rapports de Pythagore, c'est avec raison que Nicomaque, Boece & plusieurs autres Théoriciens préféroient les rapports justes & harmoniques de leur Maître aux divisions du systême Aristoxénien, qui n'étoient pas plus simples, & qui ne donnoient aucun Intervalle dans la. justesse de si génération.
Since calculations no less complex—even more difficult geometric operations—are needed to measure Aristoxenus’s third- and quarter-tones than to determine Pythagorean ratios, Nicomachus, Boethius, and other theorists rightly preferred their master’s precise harmonic ratios to the Aristoxenian divisions. The latter were no simpler and failed to produce intervals with generative exactitude.
Il faut remarquer que ces raisonnemens qui convenoient à la Musique des Grecs ne conviendroient pas également à la! nôtre, parce que tous les Sons de notre systême s'accordent par des Consonnances; ce qui ne pouvoir se faire dans le leur que pour le seul Genre Diatonique.
Note that these arguments, valid for Greek music, do not fully apply to ours. In our system, all sounds align through consonances—a feat achievable only in the Diatonic Genus of their music.
Il s'ensuit de tout ceci, qu'Aristoxène distinguoit avec raison les Intervalles en rationnels & irrationnels; puisque, bien qu'il fussent tous rationnels dans le systême de Pythagre, la plupart des Dissonances étoient irrationnelles dans le sien.
From all this, it follows that Aristoxenus justly distinguished rational from irrational intervals. For while all were rational in Pythagoras’s system, most dissonances remained irrational in his own.
Dans la Musique moderne on considere aussi les Intervalles de plusieurs manieres; savoir, ou généralement comme l'espace ou la distance quelconque de deux Sons donnés, ou seulement comme celles de ces distances qui peuvent se [363] noter, ou enfin comme celles qui se marquent sur des Degrés différens. Selon le premier sens, toute raison numérique, comme est le Comma, ou sourde, comme est le Dièse'Aristoxène, peut exprimer un Intervalle. Le second sens s'applique aux seuls Intervalles reçus dans le systême de notre Musique, dont le moindreest le semi-Ton mineur exprimé sur le même Degré par un Dièse ou par un Bémol. Voyez SEMI- TON.) La troisieme acception suppose quelque différence de position; c'est-à-dire, un ou plusieurs Degrés entre les deux Sons qui forment l'Intervalle. C'est à cette derniere acception que le mot est fixé dans la pratique: de sorte que deux Intervalles égaux, tels que sont la fausse Quinte & le Triton, portent pourtant des noms différens, si l'un a plus de Degrés que l'autre.
In modern Music, Intervals are considered in several ways: either generally as the space or arbitrary distance between two given Sounds; or specifically as those distances that can be [363] notated; or finally as those marked across distinct Degrees. In the first sense, any numerical ratio — such as the Comma — or indeterminate value — such as the Aristoxenian Dièse — may express an Interval. The second sense applies solely to Intervals recognized within our musical system, the smallest being the minor semitone expressed on the same Degree through a sharp or flat. (See SEMITONE.) The third meaning presupposes positional differentiation — that is, one or more Degrees between the two Sounds forming the Interval. Practice has fixed the term to this last acceptation: thus, two equal Intervals — such as the false Fifth and the Tritone — bear different names if one spans more Degrees than the other.
Nous divisons, comme faisoient les Anciens, les Intervalles en Consonnans & Dissonans. Les Consonnances sont parfaites ou imparfaites. (Voyez CONSONNANCE.) Les Dissonances sont telles par leur nature, ou le deviennent par accident. Il n'y a que deux Intervalles dissonans par leur nature; savoir, la seconde & la septieme en y comprenant leurs Octaves ou Répliques: encore ces deux peuvent-ils se réduire à un seul; mais toutes les Consonnances peuvent devenir dissonantes par accident. (Voyez DISSONANCE.)
We divide Intervals, as did the Ancients, into Consonant and Dissonant. Consonances are either perfect or imperfect. (See CONSONANCE.) Dissonances are inherently so or become so by accident. Only two Intervals are naturally dissonant: the Second and the Seventh (including their Octaves or replicas). Even these two might be reduced to one, yet all Consonances may become dissonant by accident. (See DISSONANCE.)
De plus, tout Intervalle est simple ou redoublé. L'i simple est celui qui est contenu dans les bornes de l'Octave. Tout Intervalle qui excelle cette étendue est redoublé; c'est-à-dire, composé d'une ou plusieurs Octaves & de l'Intervalle simple dont il est la Réplique.
Furthermore, every Interval is either simple or redoubled. The simple lies within an Octave’s bounds. Any surpassing this span is redoubled — that is, composed of one or more Octaves plus the simple Interval it replicates.
[364] Les Intervalles simples se divisent encore en directs & renversés. Prenez pour direct un Intervalle simple quelconque, son complément à l'Octave est toujours renversé de celui-là, & réciproquement.
[364] Simple Intervals divide further into direct and inverted. Take any simple Interval as direct; its complement to the Octave is always its inversion, and vice versa.
Il n'y a que six especes d'Intervalles simples, dont trois sont complément des trois autres a l'Octave, & par conséquent aussi leurs renversés. Si vous prenez d'abord les moindres Intervalles , vous aurez pour directs, la Seconde, la Tierce & la Quarte; pour renversés; la Septieme, la Sixte & la Quinte. Que ceux-ci soient directs, les autres seront renversés: tout est réciproque.
There exist but six species of simple Intervals, three being the Octave complements — hence inversions — of the other three. Taking first the smaller Intervals, you have as direct: the Second, Third, and Fourth; as inverted: the Seventh, Sixth, and Fifth. Reverse their roles, and the others become inversions: reciprocity governs all.
Pour trouver le nom d'un Intervalle quelconque, il ne faut qu'ajouter l'unité au nombre des Degrés qu'il contient. Ainsi l'Intervalle d'un Degré donnera la Seconde; de deux, la Tierce; de trois, la Quarte; de sept, l'Octave; de neuf, la Dixieme, &c. Mais ce n'est pas assez pour bien déterminer un Intervalle: car sous le même nom il peut être majeur ou mineur, juste ou faux, diminué ou superflu.
To name any Interval, add one to the number of Degrees it spans. Thus, one Degree yields a Second; two, a Third; three, a Fourth; seven, an Octave; nine, a Tenth, &c. Yet naming alone does not suffice. For under the same designation, an Interval may be major or minor, just or false, diminished or augmented.
Les Consonnances imparfaites & les deux Dissonances naturelles peuvent être majeures ou mineures: ce qui, sans changer le Degré, sait dans l'Intervalle la différence d'un semi-Ton. Que si d'un Intervalle mineur on ôte encore un semi-Ton, cet Intervalle devient diminué. Si l'on augmente d'un semi-Ton un Intervalle majeur, il devient superflu.
Imperfect Consonances and the two natural Dissonances may be major or minor — a distinction of one semitone without altering Degree. If a minor Interval loses another semitone, it becomes diminished. If a major Interval gains a semitone, it becomes augmented.
Les Consonnances parfaites sont invariables par leur nature. Quand leur Intervalle est ce qu'il doit être, elles s'appellent Justes. Que si l'on altere cet Intervalle d'un semi-Ton, la Consonnance s'appelle Fausse & devient Dissonance; [365] superflue, si le semi-Ton est ajouté; diminuée, s'il est retranché. On donne mal-à-propos le nom de fausse-Quinte à la Quinte diminuée; c'est prendre le Genre pour l'espece; a Quinte superflue est tout aussi fausse que la diminuée, & l'est même davantage à tous égards.
Perfect Consonances are immutable by nature. When their Interval meets its ideal measure, they are called Just. Should this Interval be altered by a semitone, the Consonance is termed False and becomes a [365] Dissonance: augmented if the semitone is added; diminished if subtracted. The label false Fifth is misapplied to the diminished Fifth — a confusion of genus for species. The augmented Fifth is as false as the diminished, and more so in every respect.
On trouvera, (Planche C. Fig. II) une Table de tous les Intervalles simples praticables dans la Musique, avec leurs noms, leurs Degrés, leurs valeurs & leurs rapports.Il faut remarquer sur cette Table que l'Intervalle appellé par les Harmonistes Septieme superflue, n'est qu'une Septieme majeure avec un Accompagnement particulier; la véritable Septieme superflue, telle qu'elle est marquée dans la Table, n'ayant pas lieu dans l'Harmonie, ou n'y ayant lieu que successivement, comme transition Enharmonique, jamais rigoureusement dans le même Accord.
(Plate C. Fig. II) provides a Table of all practicable simple Intervals in Music, with their names, Degrees, values, and ratios. It should be noted regarding this Table that the so-called "Augmented Seventh" by harmonists is merely a major seventh with particular accompaniment; the true Augmented Seventh, as marked in the Table, having no place in Harmony except successively as an Enharmonic transition, never rigorously within the same chord.
On observera aussi que la plupart de ces rapports peuvent se déterminer de plusieurs manieres; j'ai préféré la plus simple, & celle qui donne les moindres nombres.
It will also be observed that most of these ratios may be determined in multiple ways; I have preferred the simplest method yielding the smallest numbers.
Pour composer ou redoubler un de ces Intervalles simples, il suffit d'y ajouter l'Octave autant de fois que l'on veut; & pour avoir le nom de ce nouvel Intervalle, il faut au nom de l'Intervalle simple ajouter autant de fois sept qu'il contient d'Octaves. Réciproquement, pour connoître le simple d'un Intervalle redoublé dont on a le nom, il ne faut qu'en rejetter sept autant de fois qu'on le peut; le reste donnera le nom de l'Intervalle simple qui l'a produit. Voulez- vous une Quinte redoublée; c'est-à-dire, l'Octave de la Quinte, ou la Quinte de l'Octave? A 5 ajoutez 7, vous [366] aurez 11. La Quinte redoublée est donc une Douzieme. Pour trouver le simple d'une Douzieme, rejettez 7 du nombre 12 autant de fois que vous le pourrez, le reste 5 vous indique une Quinte. A l'égard du rapport, il ne faut que doubler le conséquent, ou prendre la moitié de l'antécédent de la raison simple autant de fois qu'on ajoute d'Octaves, & l'on aura la raison de l'Intervalle redoublé. Ainsi 2, 3, étant la raison de la Quinte, 1, 3, ou 2, 6, sera celle de la Douzieme, &c. Sur quoi l'on observera qu'en terme Musique, composer ou redoubler un Intervalle, ce n'est pas l'ajouter à lui-même, c'est y ajouter une Octave; le tripler, c'est en ajouter deux, &c.
To compound or redouble any of these simple Intervals, one need only add Octaves as desired. To name the resulting Interval, add seven (for each Octave) to the simple Interval's name. Conversely, to find the simple Interval underlying a compound one, subtract seven successively; the remainder indicates the original simple Interval. Would you redouble a Fifth - that is, extend it by Octave(s)? To 5 add 7, yielding [366] 11. The redoubled Fifth thus becomes a Twelfth. To reduce a Twelfth to its simple form, subtract 7 from 12; the remainder 5 indicates a Fifth. As for ratios: double the consequent or halve the antecedent for each added Octave. Thus 2:3 (the Fifth) becomes 1:3 or 2:6 for the Twelfth. Note that in musical terms, "compounding" or "redoubling" an Interval means adding Octaves, not duplicating the Interval itself.
Je dois avertir ici que tous les Intervalles exprimés dans ce Dictionnaire par les noms des Notes, doivent toujours se compter du grave à l'aigu; en forte que cet Intervalle, ut si, n'est pas une Seconde, mais une Septieme; & si ut, n'est pas une Septieme, mais une Seconde.
I must clarify that all Intervals in this Dictionary expressed through note names are counted from low to high. Thus the Interval C-B constitutes not a second but a seventh, while B-C forms not a seventh but a second.
INTONATION, s. f. Action d'entonner. (Voyez ENTONNER.) L'Intonation peut être juste ou fausse, trop haute ou trop basse : trop forte ou trop foible, & alors le mot Intonation, accompagné d'une épithete, s'entend de la maniere d'entonner.
INTONATION, n. The act of pitch production. (See ENTONNER.) Intonation may be true or false, sharp or flat, forceful or feeble - the epithet qualifying the manner of vocal attack.
INVERSE. (Voyez RENVERSE.)
INVERSE. (See REVERSED.)
IONIEN ou IONIQUE, adj. Le Mode Ionien étoit, en comptant du grave à l'aigu, le second des cinq Modes moyens de la Musique des Grecs. Ce Mode s'appelloit aux i, & Euclide l'appelle encore Phrygien grave. (Voyez MODE.)
IONIAN, adj. The Ionian Mode was, ascending from low to high, the second of five middle Modes in Greek music. Euclid alternatively termed this the "Grave Phrygian" Mode. (See MODE.)
[367] JOUER des Instrumens, c'est exécuter sur ces Instrumens des Airs de Musique, sur- tout ceux qui leur sont propres, ou les Chants notés pour eux. On dit, jouer du Violon, de la Basse, du Hautbois, de la Flûte; toucher le Clavecin, l'Orgue; sonner de la Trompette; donner du Cor; pincer la Guitare, &c. Mais l'affection de ces termes propres tient de la pédanterie. Le mot Jouer devient générique & gagne insensiblement pour toutes sortes d'Instrumens.
[367] TO PLAY an instrument signifies executing musical pieces, particularly those idiomatic to the instrument. We say "play the violin, bass, oboe, flute"; "touch the harpsichord, organ"; "sound the trumpet"; "give horn"; "pluck the guitar" - though such terminological affectation borders on pedantry. The verb "play" is becoming generic for all instruments.
JOUR. Corde à jour. (Voyez VIDE.)
JOUR. Open string. (See VIDE.)
IRRÉGULIER, adj. On appelle dans le Plain-Chant Modes Irréguliers ceux dont l'étendue est trop grande, ou qui ont quelqu'autre irrégularité.
IRREGULAR, adj. In Plainchant, Modes exceeding standard range or exhibiting other anomalies are called Irregular Modes.
On nommoit autrefois Cadence Irréguliere celle qui ne tomboit pas sur une des cordes essentielles du Ton ; mais M. Rameau a donne ce nom à une Cadence particuliere dans laquelle la Basse-fondamentale monte de Quinte on descend de Quarte après un Accord de Sixte-ajoutée. (Voyez CADENCE)
Formerly, "Irregular Cadence" denoted cadences not landing on essential tonal pitches. However, M. Rameau applied this term specifically to cadences where the Fundamental Bass rises a fifth or falls a fourth after an added sixth chord. (See CADENCE)
ISON. Chant en Ison. (Voyez CHANT.)
ISON. Ison chanting. (See CHANT.)
JULE, s. f. Nom d'une sorte d'Hymne ou Chanson parmi les Grecs, en l'honneur de Cérès ou de Proserpine. (Voyez CHANSON.)
JULE, n. A type of Greek hymn or song honoring Ceres or Proserpina. (See CHANSON.)
JUSTE, adj. Cette épithete se donne généralement aux Intervalles dont les Sons sont exactement dans le rapport qu'ils doivent avoir, & aux Voix qui entonnent toujours ces Intervalles dans leur justesse : mais elle s'applique spécialement aux Consonnances parfaites. Les imparfaites peuvent être majeures ou mineures, les parfaites ne sont que [368] justes : dès qu'on les altere d'un semi-Ton elles deviennent fausses, & par conséquent Dissonances. (Voyez INTERVALLE.
JUST, adj. This epithet generally describes Intervals maintaining exact proportional ratios, and voices sustaining accurate pitch. Specifically applied to perfect consonances: while imperfect consonances may be major/minor, perfect ones remain [368] "just." Any semitone alteration renders them false, hence dissonant. (See INTERVALLE.)
JUSTE est aussi quelquefois adverbe. Chanter juste, Jouer juste.
JUST may also function adverbially: "to sing in tune," "to play in tune."
L
L
[369] LA. Nom de la sixieme Note de notre Gamme, inventée par Guy Arétin. (Voyez GAMME, SOLFIER.)
[369] LA. The sixth note in our gamut, devised by Guido d'Arezzo. (See GAMUT, SOLFÈGE.)
LARGE, adj. Nom d'une sorte de Note dans nos vieilles Musiques, de laquelle on augmentoit la valeur en tirant plusieurs traits non-seulement per les côtés, mais par le milieu de la Note ; ce que Muris blâme avec forcé comme une horrible innovation.
LARGE, adj. An antiquated note value augmented through multiple strokes - not merely lateral lines but central crosshatching - which Muris vehemently condemned as monstrous innovation.
LARGHETTO. (Voyez LARGO.)
LARGHETTO. (See LARGO.)
LARGO, adv. Ce mot écrit à la tête d'un Air indique an mouvement plus lent que l'Adagio, & le dernier de tous en lenteur. Il marque qu'il faut filer de longs Sons, étendre les Tems & la Mesure, &c.
LARGO, adv. Marking slower than Adagio, this tempo indication demands drawn-out tones and expansive phrasing - the most languid of movements.
Le diminutif Larghetto annonce un mouvement un peu moins lent que le Largo, plus que l' Andante, & très-approchant de l'Andantino.
The diminutive Larghetto denotes a tempo slightly quicker than Largo yet slower than Andante, closely resembling Andantino.
LEGEREMENT, adv. Ce mot indique un mouvement encore plus vis que le Gai, un mouvement moyen entre le gai & le vite. Il répond à-peu-prés à l'Italien Vivace.
LEGGEREMENTE, adv. Indicates a livelier motion than Gai, intermediate between moderate and rapid, approximating the Italian Vivace.
LEMME, s. m. Silence ou Pause d'un Tems bref dans le Rhythme Catalectique. (Voyez RHYTHME.)
LEMME, n. Brief silent beat in catalectic rhythm. (See RHYTHME.)
LENTEMENT, adv. Ce mot répond à l'Italien Largo & marque un mouvement lent. Son superlatif, très-Lentement, marque le plus tardif de tous les mouvemens.
LENTEMENT, adv. Corresponds to Italian Largo, indicating slow tempo. Its superlative ("very slowly") marks the most dilatory pace.
LEPSIS. Nom Grec d'une des trois parties de l'ancienne [370] Mélopée, appellée aussi quelquefois Euthia, par laquelle le Compositeur discerne s'il doit placer son Chant dans le systême des Sons bas qu'ils appellent Hypatoides; dans celui des Sons aigus, qu'ils appellent Nétoides, ou dans celui des Sons moyens, qu'ils appellent Mésoides. (Voyez MÉLOPÉE.)
LEPSIS. Greek name for one of the three parts of ancient [370] Melopoeia, sometimes also called Euthia. Through it, the composer discerns whether to place their chant within the system of low-pitched sounds called Hypatoïdes, high-pitched ones called Nétoides, or middle-register ones called Mésoides. (See MELOPOEIA.)
LEVÉ, adj. pris. substantivement. C'est le Tems de la Mesure où on leve la main ou le pied; c'est un Tems qui suit & précede le frappé; c'est par conséquent toujours un Tems foible. Les Tems levés sont, à deux Tems, le second; à trois, le troisieme; à quatre, le second & le quatrieme. (Voyez ARSIS.)
LEVÉ, adj. used substantively. This is the beat in the measure where one raises the hand or foot — a weak beat that follows and precedes the downbeat. In duple meter, it is the second beat; in triple meter, the third; in quadruple, the second and fourth. (See ARSIS.)
LIAISON, s. f: Il y a Liaison d'Harmonie & Liaison de Chant.
LIAISON, s.f. There exists both Harmonic Connection and Melodic Connection.
La Liaison a lieu dans l'Harmonie, lorsque cette Harmonie procede par un tel progrès de Sons fondamentaux, que quelques-uns des Sons qui accompagnoient celui qu'on quitte, demeurent & accompagnent encore celui où l'on passe. Il y a Liaison dans les Accords de la Tonique & de la Dominante, puisque le même. Son fait la Quinte de la premiere, & l'Octave de la seconde: il y Liaison dans les Accords de la Tonique & de la sous-Dominante, attendu que le même Son sert de Quinte à l'une & d'Octave à l'autre: enfin, il y a Liaison dans les Accords dissonans toutes les fois que la Dissonance est préparée, puisque cette préparation elle-même n'est autre chose que la Liaison. (Voyez PRÉPARER.)
Harmonic Connection occurs when harmony progresses through such a succession of fundamental tones that some notes accompanying the departed chord remain to accompany the arriving one. Connection exists between the Tonic and Dominant chords since the same note serves as the fifth of the former and the octave of the latter. Similarly, between Tonic and Subdominant chords, as the same note acts as the fifth of one and the octave of the other. Finally, dissonant chords exhibit Connection whenever the dissonance is prepared, for such preparation constitutes Connection itself. (See PREPARE.)
La Liaison dans le Chant a lieu toutes les fois qu'on passe deux ou plusieurs Notes sous un seul coup d'archet ou de [371] gosier, de se marque par un trait recourbé dont on couvre les Notes qui doivent être liées ensemble.
Melodic Connection occurs when two or more notes are played under a single bow stroke or [371] vocal articulation, marked by a curved line spanning the notes to be joined.
Dans le Plain-Chant on appelle Liaison une suite de plusieurs Notes passées sur la même syllabe, parce que sur le papier elles sont ordinairement attachées ou liées ensemble.
In Plainchant, Connection refers to a sequence of multiple notes sung on the same syllable, typically notated as ligated figures.
Quelques-uns nomment aussi Liaison ce qu'on nomme plus proprement Syncope. (Voyez SYNCOPE.)
Some improperly use Connection to denote what is more accurately termed Syncopation. (See SYNCOPATION.)
LICENCE, s: f. Liberté que prend le Compositeur & qui semble contraire aux regles, quoiqu'elle soit dans le principe des regles; car voilà ce qui distingue les Licences des fautes. Par exemple, c'est une regle en Composition de ne point monter de la Tierce mineure ou de la Sixte mineure à l'Octave. Cette regle dérive de la loi de la liaison harmonique, & de celle de la préparation. Quand donc on monte de la Tierce mineure ou de la Sixte mineure à l'Octave, en sorte qu'il y ait pourtant liaison entre les deux Accords, ou que la Dissonance y soit préparée, on prend une Licence; mais s'il n'y a ni liaison ni préparation, l'on fait une faute. De même, c'est une regle de ne pas faire deux Quintes justes de suite entre les mêmes Parties, surtout par mouvement semblable; le principe de cette regle est dans la loi de l'unité du Mode. Toutes les fois donc qu'on peut faire ces deux Quintes sans faire sentir deux Modes à la fois, il y a Licence: mais il n'y a point de faute. Cette explication étoit nécessaire, parce que les Musiciens n'ont aucune idée bien nette de ce mot de Licence.
LICENCE, s.f. A liberty taken by the composer that appears contrary to rules yet remains grounded in their principles — for herein lies the distinction between Licences and errors. For instance, compositional rules forbid ascending from a minor third or minor sixth to an octave. This rule stems from laws of harmonic connection and preparation. When one ascends from a minor third or sixth to an octave while maintaining harmonic connection or preparing the dissonance, it becomes a Licence; absent such preparation, it constitutes an error. Similarly, the prohibition against consecutive perfect fifths between the same parts — particularly by similar motion — derives from the law of modal unity. Whenever such fifths can be made without implying simultaneous modes, there is Licence but no error. This clarification proves necessary, as musicians often lack precise understanding of the term Licence.
Comme la plupart des réglés de l'Harmonie sont fondées sur des principes arbitraires & changent par l'usage & le goût [372] des Compositeurs; il arrive de-là que ces regles varient; sont sujettes à la Mode, & que ce qui est Licence en un Tems, ne l'est pas dans un autre. Il y a deux ou trois siecles qu'il n'étoit pas permis de faire deux Tierces de suite, sur-tout de si même espece maintenant on fait des morceaux entiers tout par Tierces. Nos Anciens ne permettoient pas d'entonner diatoniquement trois Tons consécutifs. Aujourd'hui nous en entonnons, sansscrupule & sans peine, autant que la Modulation le permet. Il en est de même des fausses Relations, de l'Harmonie syncopée, & de mille autres accidens de composition, qui d'abord furent des fautes, puis des Licences, & n'ont plus rien d'irrégulier aujourd'hui.
As most harmonic rules are founded on arbitrary principles and evolve through usage and the [372] taste of composers, it follows that these rules vary, become subject to fashion, and that what constitutes a license in one era may not in another. Two or three centuries ago, writing two consecutive thirds – particularly of the same type – was forbidden; today entire pieces are composed solely in thirds. Our ancestors prohibited diatonically intoning three consecutive tones. Now we execute such progressions without scruple or difficulty, as far as modulation permits. The same applies to false relations, syncopated harmony, and countless other compositional devices – initially deemed errors, then licenses, now wholly regularized.
LICHANOS, s. m. C'est le nom que portoit, parmi les Grecs, la troisieme corde de chacun de leurs deux premiers Tétracordes, parce que cette troisieme corde se touchoit de l'index, qu'ils appelloient Lichanos.
LICHANOS, s. m. Among the Greeks, this term designated the third string of each of their first two Tetrachords, so named because plucked by the index finger (lichanos).
La troisieme corde à l'aigu du plus bas Tétracorde qui étoit celui des Hypates, s'appelloit autrefois Lichanos-Hypaton, quelquefois Hypaton-Diatonos, Enharmonios, ou Chromatiké, selon le Genre. Celle du second Tétracorde ou du Tétracorde des moyennes, s'appelloit Lichanos-Méson, ou Méson-Diatonos,&c.
The third ascending string of the lowest Tetrachord (that of the Hypates) was anciently called Lichanos-Hypaton, sometimes Hypaton-Diatonos, Enharmonios, or Chromatiké according to genus. That of the second Tetrachord (the middle Tetrachord) was termed Lichanos-Méson or Méson-Diatonos, etc.
LIÉES, adj.. On appelle Notes Liées deux ou plusieurs Notes qu'on passe d'un seul coup d'archet sur le Violon & le Violoncelle, ou d'un seul coup de langue sur la Flûte & le Hautbois; en un mot, toutes les Notes qui sont sous une même liaison.
LIÉES, adj. Tied Notes denote two or more notes played under a single bow stroke on violin or cello, a single tongue articulation on flute or oboe – in essence, all notes under a common slur.
[373] LIGATURE, s. f. C'étoit, dans nos anciennes Musiques, l'union par un trait de deux ou plusieurs Notes passées, ou diatoniquement, ou par Degrés disjoints sur une même syllabe. La figure de ces Notes, qui étoit quartée, donnoit beaucoup de facilité pour les lier ainsi; ce qu'on ne sauroit faire aujourd'hui qu'au moyen du chapeau, à cause de la rondeur de nos Notes.
[373] LIGATURE, s. f. In early music notation, this denoted the union of two or more notes – whether diatonically stepped or leaping – under a single syllable via connecting strokes. The square note shapes facilitated such ligatures, a practice now achievable only through slurs due to our rounded noteheads.
La valeur des Notes qui composoient la Ligature varioit beaucoup selon qu'elles montoient ou descendoient, selon qu'elles étoient différemment liées, selon qu'elles étoient à queue ou sans queue, selon que ces queues étoient placées à droite ou à gauche, ascendantes ou descendantes; enfin, selon un nombre infini de regles si parfaitement oubliées à présent, qu'il n'y a peut-être pas en Europe un seul Musicien qui soit en état déchiffrer des Musiques de quelque antiquité.
The value of notes within a ligature varied considerably based on ascending/descending motion, specific ties, tail presence/orientation (right/left, rising/falling), and countless rules now so thoroughly forgotten that Europe likely holds not one musician capable of deciphering such antiquated scores.
LIGNE, s. f. Les Lignes de Musique sont ces traits horisontaux & paralleles qui composent la Portée, & sur lesquels, ou dans les espaces qui les séparent, on place les Notes selon leurs Degrés. La Portée du Plain-Chant n'est que de quarte Lignes, celle de la Musique a cinq Lignes stables & continues, outre les Lignes postiches qu'on ajoute de tems en tems au-dessus ou au- dessous de la Portée pour les Notes qui passent son étendue.
LIGNE, s. f. Staff Lines are the horizontal, parallel strokes forming the staff, upon which – or within their intervening spaces – notes are positioned according to pitch. Plainchant employs a four-line staff; modern music uses five permanent lines, supplemented by temporary ledger lines above/below for extended ranges.
Les Lignes, soit dans le Plain-Chant, soit dans la Musique, se comptent en commençant par la plus basse. Cette plus basse est la premiere, la plus haute est la quatrieme dans le Plain- Chant, la cinquieme dans la Musique. (Voy. PORTÉE.)
Lines are numbered ascending from the lowest: in plainchant, the bottom line is first, the top fourth; in modern notation, fifth. (See STAFF.)
[374] LIMMA, s. m. Intervalle de la Musique Grecque, lequel est moindre d'un Comma que le semi-Ton majeur, &, retranché d'un Ton majeur, laissé pour regle l'Apotome..
[374] LIMMA, s. m. Interval in Greek music, smaller by a comma than the major semitone. Subtracted from a major tone, it leaves the Apotome.
Le rapport du Limma est de 243 à 256, & sa génération se trouvé, en commençant par ut, à la cinquieme Quintei: car alors la quantité dont ce si est surpassé par l'ut voisin, est précisément dans le rapport que je viens d'établir.
The Limma's ratio is 243:256. Its generation occurs at the fifth fifth from ut: the interval between this si and neighboring ut precisely matches this ratio.
Philolaiis & tous les Pythagoriciens faisoient du Limma un Intervalle Diatonique, qui répondoit à notre semi-Ton majeur. Car, mettant deux Tons majeurs consécutifs, il ne leur restoit que cet Intervalle pour achever la Quarte juste ou le Tétracorde: en sorte que, selon eux, l'Intervalle du mi au fa eût été moindre que celui du fa à son Dièse. Notre Echelle Chromatique donne tout le contraire.
Philolaüs and all Pythagoreans treated the Limma as a diatonic interval equivalent to our major semitone. Placing two consecutive major tones, they required this interval to complete the perfect fourth (Tetrachord). Thus, in their system, the mi-fa interval was smaller than fa to its sharp. Our chromatic scale inverts this relationship.
LINOS, s. m. Sorte de Chant rustique chez les anciens Grecs; ils avoient aussi un Chant funebre du même nom, qui revient à ce que les Latins ont appellé Noenia. Les uns disent que leLinos fut inventé en Egypte; d'autres en attribuoient l'invention à Linus Eubéen.
LINOS, s. m. Type of rustic chant among the ancient Greeks; they also had a funerary chant of the same name, equivalent to what the Latins called Nænia. Some claim the Linos was invented in Egypt; others attributed its invention to Linus of Euboea.
LIVRÉ OUVERT. A LIVRÉ OUVERT, ou A L'OUVERTURE DU LIVRÉ, adv. Chanter ou jouer à Livré ouvert, c'est exécuter toute Musique qu'on vous présente, en jettant les yeux dessus. Tous les Musiciens se piquent d'exécuter à Livré ouvert; mais il y en a peu qui dans cette exécution prennent bien l'esprit de l'ouvrage, & qui, s'ils ne sont pas des fautes sur la Note, ne sassent pas du moins des contresens dans l'expression. (Voyez EXPRESSION.)
AT SIGHT, or UPON OPENING THE BOOK, adv. To sing or play at sight is to perform any music placed before one upon first glance. All musicians pride themselves on performing at sight; yet few capture the spirit of the work in such execution, and even if they avoid errors in the notes, they often commit solecisms in expression. (See EXPRESSION.)
LONGUE, s, f. C'est dans nos anciennes Musiques une [375] Note quarrée avec une queue à droite, ainsi
LONGA, s. f. In our ancient musical notations, a squared note with a tail to the right, thus
Elle vaut ordinairement quatre Mesures à deux Tems; c'est-à-dire, deux Breves; quelquefois elle en vaut trois selon le Mode. (Voyez MODE.)
It generally equals four measures in duple time – that is, two breves; sometimes three, depending on the Mode. (See MODE.)
Muris & ses contemporains avoient des Longues de trois especes; savoir, la parfaite, l'imparfaite & la double. La Longue parfaite a, du côté droit, une queue descendante, ou. Elle vaut trois Tems parfaits, & s'appelle parfait elle-même, à cause, dit Muris, de son rapport numérique avec la Trinité. La Longue imparfaite se figure comme la parfaite & ne se distingue que par le Mode: on l'appelle imparfaite, parce qu'elle ne peut marcher seule & qu'elle doit toujours être précédée ou suivie d'une Breve. La Longue double contient deux Tems égaux imparfaits: elle se figure comme la Longue simple, mais avec une double largeur. Muris cite Aristote pour prouver que cette Note n'est pas du Plain-Chant.
Muris and his contemporaries recognized three types of longæ: the perfect, imperfect, and double. The perfect longa a has a descending tail on the right, or. It equals three perfect beats and is called "perfect," Muris explains, due to its numerical correspondence with the Trinity. The imperfect longa shares the same notation as the perfect but is distinguished by mode; termed "imperfect" because it cannot stand alone and must always precede or follow a breve. The double longa contains two equal imperfect beats: notated like the simple longa but with double width. Muris cites Aristotle to prove this note did not belong to plainchant.
Aujourd'hui le mot Longue est le corrélatif du mot Breve. (Voyez BREVE.) Ainsi toute Note qui précede une Breve est une Longue.
Today, the term "longa" correlates with "breve." (See BREVE.) Thus, any note preceding a breve is a longa.
LOURE, s. f. Sorte de Danse dont l'Air est assez lent, & se marque ordinairement par la Mesure à 6/4. Quand chaque Tems porte trois Notes, on pointe la premiere, & l'on fait breve celle du milieu. Loure est le nom d'un ancien Instrument semblable à une Musette, sur lequel on jouoit l'Air de la Danse dont il s'agit.
LOURE, s. f. A type of dance whose melody is rather slow, typically notated in 6/4 time. When each beat carries three notes, the first is dotted and the middle made short. "Loure" derives from an ancient instrument resembling a musette, upon which this dance's tune was played.
LOURER, v. a. & n. C'est nourrir les Sons avec douceur [376] & marquer la premiere Note de chaque Tems plus sensiblement que la seconde, quoique de même valeur.
LOURER, v. a. & n. To sustain notes gently [376], emphasizing the first note of each beat more markedly than the second, though both hold equal value.
LUTHER, s. m. Ouvrier qui fait des Violons, des Violoncelles, & autres Instrumens semblables. Ce nom, qui signifie Facteur de Luths, est demeuré par synecdoque à cette sorte d'Ouvriers; parce qu'autrefois le Luth étoit l'Instrument le plus commun & dont il se faisoit le plus. LUTRIN, s. m. Pupitre de Choeur sur lequel on met les Livres de Chant dans les Eglises Catholiques.
LUTHIER, s. m. Artisan crafting violins, cellos, and similar instruments. This term, originally meaning "luth-maker," survives through synecdoche, as lutes were once the most common instrument. CHOIR DESK, s. m. Lectern in Catholic churches where chant books rest during services.
LYCHANOS. (Voyez LICHANOS)
LYCHANOS. (See LICHANOS)
LYDIEN, adj. Nom d'un des Modes de la Musique des Grecs, lequel occupoit le milieu entre l'Eolien & l'Hyper-Dorien. On l'appelloit aussi quelquefois Mode Barbare, parce qu'il portoit le nom d'un Peuple Asiatique.
LYDIAN, adj. Name of one ancient Greek musical mode, intermediate between Aeolian and Hyper-Dorian. It was sometimes called the "Barbarian Mode" for its Asiatic namesake.
Euclide distingue deux Modes Lydiens. Celui-ci proprement dit, & un autre qu'il appelle Lydien grave, & qui est le même que le Mode Eolien, du moins quant à sa fondamentale. (Voyez MODE.)
Euclid distinguishes two Lydian Modes: the proper Lydian and another termed "grave Lydian," identical to the Aeolian Mode in its fundamental at least. (See MODE.)
Le caractere du Mode Lydien étoit animé, piquant, triste cependant:, pathétique & propre à la mollesse; c'est pourquoi Pluton le bannit de sa République. C'est sur ce Mode qu'Orphée apprivoisoit, dit-on, les bêtes mêmes, & qu'Antphion bâtit les murs de Thebes. Il fut inventé, les uns disent, par cet Amphion, fils de Jupiter & d'Antiope; d'autres, par Olympe, Mysien, disciple de d'autres enfin, par Mélampides: & Pindare dit qu'il fut employé pour la premierefois aux Notes de Niobé.
The character of the Lydian Mode was animated, pungent, yet melancholy; pathetic and suited to softness – which is why Plato banished it from his Republic. It was in this Mode that Orpheus was said to tame wild beasts, and that Amphion raised the walls of Thebes. Some attribute its invention to this Amphion, son of Jupiter and Antiope; others to Olympus the Mysian, disciple of Marsyas; still others to Melampus. Pindar claims it was first employed in the Lamentations of Niobe.
LYRIQUE, adj. Qui appartient à la Lyre. Cette épithete [377] se donnoit autrefois à la Poésie faite pour être chantée & accompagnée de la Lyre ou Cithare par le Chanteur, comme les Odes & autres Chansons, à la différence de la Poésie dramatique ou théâtrale, qui s'accompagnoit avec des Flûtes par d'autres que le Chanteur; mais aujourd'hui elle s'applique au contraire à la fade Poésie de nos Opéra, & par extension, à la Musique dramatique & imitative du Théâtre. (Voyez IMITATION.)
LYRICAL, adj. Pertaining to the Lyre. This epithet [377] was formerly given to poetry intended to be sung and accompanied by the Lyre or Cithara by the vocalist – such as Odes and other Songs – in contrast to dramatic or theatrical poetry, which was accompanied by Flutes played by others. Today, however, it applies inversely to the insipid Poetry of our Operas, and by extension, to the dramatic and imitative Music of the Theater. (See IMITATION.)
LYTIERSE. Chanson des Moissonneurs chez les anciens Grecs. (Voyez Chanson.)
LYTIERSE. Harvesters' song among the ancient Greeks. (See SONG.)
M
M
[378] MA. Syllabe avec laquelle quelques Musiciens solfient le mi Bémol comme ils solfient par si le fa Dièse. (Voyez SOLFIER)
[378] MA. Syllable used by some musicians to solfa the E-flat, just as they solfa F-sharp as "si." (See SOLFÈGE)
MACHICOTAGE, s. m. C'est ainsi qu'on appelle, dans le Plain-Chant, certaines additions & compositions de Notes qui remplissent, par une marche Diatonique, les Intervalles de Tierces & autres. Le nom de cette maniere de Chant vient de celui des Ecclésiastiques appellés Machicots , qui l'exécutoient autrefois après les Enfans de Choeur.
MACHICOTAGE, n. m. In Plainchant, this term denotes certain added note configurations that fill intervals of Thirds and others through diatonic progression. The name derives from the Machicots – ecclesiastical functionaries who once performed this chant style alongside choirboys.
MADRIGAL. Sorte de Piece, de Musique travaillée & savante, qui étoit fort à la mode en Italie au seizieme siecle, & même au commencement du précédent. Les Madrigaux se composoient ordinairement, pour la vocale, à cinq ou six Parties, toutes obligées, à cause des Fugues & Desseins dont ces Pieces étoient remplies: mais les Organistes composoient & exécutoient aussi des Madrigaux sur l'Orgue, & l'on prétend même que ce fut sur cet Instrument que le Madrigal fut inventé. Ce genre de Contre-point, qui étoit assujetti à des loix très-rigoureuses, portoit le nom de style Madrigalesque. Plusieurs Auteurs, pour y avoir excellé, ont immortalisé leurs noms dans les fastes de l'Art. Tels furent, entr'autres, Luca Marentio, Luigi Prenestino, Pomponio Nenna, Tommaso Pecci, & sur-tout le fameux Prince de [379] Venosa, dont les Madrigaux, pleins de science & de goût, étoient admirés par tous les Maîtres, & chantés par toutes les Dames.
MADRIGAL. A sophisticated, erudite musical form fashionable in 16th- and early 17th-century Italy. Madrigals were typically composed for five or six vocal parts, all obbligato due to their intricate Fugues and Designs. Organists also composed and performed Madrigals on their instrument – indeed, some claim the Madrigal was invented for the organ. This rigorous contrapuntal style was termed madrigalesque. Several composers immortalized their names through mastery of this form, including Luca Marentio, Luigi Prenestino, Pomponio Nenna, Tommaso Pecci, and above all the renowned Prince of [379] Venosa, whose Madrigals – full of erudition and taste – were admired by all Maestros and sung by every Lady.
MAGADISER, v. n. C'étoit dans la Musique Grecque chanter à l'Octave, comme faisoient naturellement les voix de femmes & d'hommes mêlées ensemble; ainsi les Chants Magadisés étoient toujours des Antiphonies. Ce mot vient de Magas, Chevalet d'instrument, &, par extension, Instrument à cordes doubles, montées à l'Octave l'une de l'autre, au moyen d'un Chevalet, comme aujourd'hui nos Clavecins.
MAGADIZE, v. n. In Greek music, to sing at the octave – as occurs naturally when combining male and female voices. Thus Magadized Chants were always Antiphonies. The term originates from magas ("instrument bridge"), by extension denoting a double-stringed instrument tuned in octaves via a bridge – much like our harpsichords.
MAGASIN. Hôtel de la dépendance de l'Opéra de Paris, où logent les Directeurs & d'autres personnes attachées à l'Opéra, & dans lequel est un petit Théâtre appellé aussi Magasin, ou, Théatre du Magasin, sur lequel se sont les premieres répétitions. C'est l'Odéum de la Musique Françoise. (Voyez ODEUM)
MAGASIN. A Paris Opera dependency housing Directors and Opera staff, containing a small theater (also called Magasin or Théâtre du Magasin) where initial rehearsals occur. This is the Odeum of French Music. (See ODEUM)
MAJEUR, adj. Les Intervalles susceptibles de variations sont appellés Majeurs, quand ilssont aussi grands qu'ils peuvent l'être sans devenir faux.
MAJOR, adj. Intervals capable of variation are called Major when extended to their greatest possible span without becoming out-of-tune.
Les Intervalles appellés parfaits, tels que l'Octave, la Quinte & la Quarte, ne varient point & ne sont que Justes; si-tôt qu'on les altere ils sont faux. Les autres Intervalles peuvent, sans changer de nom, & sans cesser d'être justes, varier d'une certaine différence: quand cette différence peut être ôtée, ils sont Majeurs; Mineurs, quand elle peut être ajoutée.
Perfect intervals – the Octave, Fifth, and Fourth – remain immutable and are termed Just; any alteration renders them false. Other intervals may vary slightly while retaining both their name and justness: when this variance can be subtracted, they become Major; when added, Minor.
Ces Intervalles variables sont au nombre de cinq: savoir, [380] le semi-Ton, le Ton, la Tierce, la Sixte & la Septieme. A l'égard du Ton & du semi-Ton, leur différence du Majeur au Mineur ne sauroit s'exprimer en Notes, mais en nombres seulement. Le semi-Ton Majeur est l'Intervalle d'une Seconde mineure, comme de si à ut, ou demi à fa, & son rapport est de 15 à 16. Le Ton Majeur est la différence de la Quarte à la Quinte, & son rapport est de 8 à 9.
These variable intervals number five: [380] the semitone, tone, third, sixth, and seventh. For the tone and semitone, their Major-to-Minor distinction cannot be notated, only expressed numerically. The Major semitone spans a minor second (e.g., B to C, or F to F♯), with a 15:16 ratio. The Major tone constitutes the difference between Fourth and Fifth, holding an 8:9 ratio.
Les trois autres Intervalles; savoir, la Tierce, la Sixte & la Septieme; different toujours d'un semi-Ton du Majeur au Mineur, & ces différences peuvent se noter. Ainsi la Tierce mineure a un Ton & demi, & la Tierce Majeure deux Tons.
The remaining three intervals – third, sixth, and seventh – always differ by a semitone between Major and Minor, distinctions observable in notation. Thus, the minor third spans one-and-a-half tones, the Major third two full tones.
Il y a quelques autres plus petits Intervalles, comme le Dièse & le Comma, qu'on distingue en Moindres, Mineurs, Moyens, Majeurs & Maximes; mais comme ces Intervalles ne peuvent s'exprimer qu'en nombres, ces distinctions sont inutiles dans la pratique.
Subtler intervals exist – sharps, commas – categorized as Lesser, Minor, Mean, Major, and Maximal. Yet as these exist only numerically, such distinctions prove impractical.
Majeur se dit aussi du Mode, lorsque la Tierce de la Tonique est Majeure, & alors souvent le mot Mode ne fait que se sous-entendre. Préluder en Majeur, passer du Majeur au Mineur, &c. (Voyez Mode.)
"Major" also denotes a Mode whose tonic third is Major, often omitting the word "Mode" itself. To prelude in Major, transition from Major to Minor, etc. (See Mode.)
MAIN HARMONIQUE. C'est le nom que donna l'Arétin à la Gamme qu'il inventa pour montrer le rapport de ses Hexacordes, de ses six lettres & de ses six syllabes, avec les cinq Tétracordes des Grecs. Il représenta cette Gamme sous la figure d'une main gauche, sur les doigts de laquelle étoient marqués tous les sons de la Gamme, tant par les [381] lettres correspondantes, que par les syllabes qu'il y avoit jointes, en passant, par la regle des Muances, d'un Tétracorde ou d'un doigt à l'autre, selon le lieu où se trouvoient les deux semi-Tons de l'Octave par le Béquarre ou par le Bémol; c'est-à-dire, selon que les Tétracordes étoient conjoints ou disjoints. (Voyez GAMME, MUANCES, SOLFIER.)
GUIDONIAN HAND. So named by Guido d'Arezzo for his invented scale diagram showing hexachords, six letters, and syllables aligned with Greek tetrachords. This schema took form as a left hand, its digits marked with scale tones [381] through letters and movable syllables (via Mutations), shifting between tetrachords according to semitone placement – whether conjunct or disjunct via natural (♮) or flat (♭). (See GAMUT, MUTATIONS, SOLFÈGE.)
MAITRE A CHANTER. Musicien qui enseigne à lire la Musique vocale & à chanter sur la Note.
SINGING MASTER. A musician who instructs in vocal music notation and sight-singing.
Les fonctions du Maître à Chanter se rapportent à deux objets principaux. Le premier, qui regarde la culture de la voix, est d'en tirer tout ce qu'elle peut donner en fait de Chant, soit par l'étendue, soit par la justesse, soit par le timbre, soit par la légéreté, soit par l'art de renforcer & radoucir les Sons, & d'apprendre à les ménager& modifier avec tout l'art possible. (Voyez CHANT, VOIX.)
His duties bifurcate: first, cultivating the voice's full potential – expanding range, ensuring pitch accuracy, refining timbre, agility, dynamic control, and nuanced tone modulation. (See CHANT, VOICE.)
Le second objet regarde l'étude des signes; c'est-à-dire, Part de lire la Note sur le papier; & l'Habitude de la déchiffrer avec tant de facilité, qu'à l'ouverture du livré on soit en état de chanter toute sorte de Musique. (Voyez NOTE, SOLFIER.)
Second, mastering notational signs – the art of deciphering scores with such fluency that one might sing any composition at first sight from the book. (See NOTATION, SOLFÈGE.)
Une troisieme partie des fonctions du Maître à Chanter regarde la connoissance de la Langue, sur-tout des Accens, de la quantité & de la meilleure maniéré de prononcer; parce que les défauts de la prononciation sont beaucoup plus sensibles dans le Chant que dans la parole, & qu'une Vocale bien faite ne doit être qu'une maniere plus énergique & plus agréable de marquer la Prosodie & les Accens. (Voyez ACCENT)
A third aspect of the Singing Master's duties concerns knowledge of language – particularly accents, prosodic quantity, and optimal pronunciation methods – since flaws in pronunciation become far more noticeable in singing than in speech, and a well-crafted vocal line should serve as a more vigorous and pleasing means of marking prosody and accents. (See ACCENT)
MAITRE DE CHAPELLE. (Voyez MAÎTRE DE MUSIQUE.)
MASTER OF THE CHAPEL. (See MASTER OF MUSIC.)
MAITRE DE MUSIQUE. Musicien gagé pour composer de la Musique & la faire exécuter. C'est le Maître de Musique qui bat la Mesure & dirige les Musiciens. Il doit savoir la composition, quoiqu'il ne compote pas toujours la Musique qu'il fait exécuter. A l'Opéra de Paris, par exemple, l'emploi de battre la Mesure est un office particulier; au lieu que la Musique des Opéra est composée par quiconque en a le talent & la volonté. En Italie, celui qui a composé un Opéra en dirige toujours l'exécution, non en battant la Mesure, mais au Clavecin. Ainsi l'emploi de Maître de Mutique n'a gueres lieu que dans les Eglises; aussi ne dit-on point en Italie, Maître de Musique, mais Maître de Chapelle: dénomination qui commence à passer aussi en France.
MASTER OF MUSIC. A salaried musician responsible for composing music and overseeing its performance. The Master of Music beats time and directs the musicians. He must understand composition, though he does not always write the music he conducts. At the Paris Opera, for instance, time-beating constitutes a separate office, while operatic music may be composed by any competent volunteer. In Italy, the composer of an opera invariably directs its execution – not by beating time, but at the harpsichord. Thus the position of Music Master exists primarily in churches; hence the Italian term Maestro di Cappella (Master of the Chapel), an appellation now gaining currency in France.
MARCHE, s. f. Air militaire qui se joue par des Instrumens de guerre & marque le Mètre & la cadence des Tambours, laquelle est proprement la Marche.
MARCH, n. Military air played on martial instruments to mark the meter and cadence of drums, which properly constitutes the March.
Chardin dit qu'en Perse, quand on veut abattre des maisons, applanir un terrein, ou faire quelqu'autre ouvrage expéditif qui demande une multitude de bras, on assemble les habitans de tout un quartier; qu'ils travaillent au ton des Instrumens, & qu'ainsi l'ouvrage, se fait avec beaucoup plus de zele & de promptitude que si les Instrumens n'y étoient pas.
Chardin observes that in Persia, when demolishing houses, leveling terrain, or executing other expeditious labor requiring many hands, residents of an entire district assemble and work to instrumental accompaniment, completing tasks with greater zeal and speed than if instruments were absent.
Le Maréchal de Saxe a montré, dans ses Rêveries, que l'effet des Tambours ne se bornoit pas non plus à un vain bruit sans utilité, mais que, selon que le mouvement en étoit plus vis ou plus lent, ils portoient naturellement le soldat à
The Maréchal de Saxe demonstrated in his Rêveries that drums produce more than empty clamor – their tempo, whether brisk or slow, naturally compels soldiers to
presser ou ralentir son pas: on peut dire aussi que les Airs des Marches doivent avoir différens caracteres, selon les occasions où on les emploie; & c'est ce qu'on a dû sentir jusqu'à certain point, quand on les a distingués & diversifiés; l'un pour la Générale, l'autre pour la Marche, l'autre pour la Charge, &c. Mais il s'en faut bien qu'on ait mis à profit ce principe autant qu'il auroit pu l'être. Ons'est borné jusqu'ici à composer des Airs qui fissent bien sentir le Mètre & la batterie des Tambours. Encore fort souvent les Airs des Marches remplissent-ils assez mal cet objet. Les troupes Françoises avant peu d'Instrumens militaires pour l'Instrumens, hors les Fifres & les Tambours, ont aussi fort peu de Marches, & la plupart très-mal faites; mais il y un a d'admirables dans les troupes Allemandes.
quicken or slacken their pace. March tunes should also adopt distinct characters according to their occasions, a principle partially acknowledged through differentiation into varieties: the Générale, the Marche, the Charge, etc. Yet this principle remains woefully underdeveloped. Composers have confined themselves to airs that emphasize drum meter and rhythm – often inadequately. French troops, possessing few martial instruments beyond fifes and drums, have scarce marches, mostly ill-constructed, though German regiments boast admirable examples.
Pour exemple de l'accord de l'Air & de la Marche, je donnerai (PI. C. Fig. 3.) la premiere partie de celle vies Mousquetaires du Roi de France.
As exemplar of harmony between air and march, I present (Pl. C. Fig. 3.) the opening section from that of the French King's Musketeers.
Il n'y a dans les troupes que l'Infanterie & la Cavalerie légere qui aient des Marches. Les Timbales de la Cavalerie n'ont point de Marche réglée; les Trompettes n'ont qu'un Ton presque uniforme, & des Fanfares. (Voyez FANFARE.)
Only infantry and light cavalry possess regulated marches. Cavalry kettledrums observe no fixed march; trumpets maintain nearly uniform tones and fanfares. (See FANFARE.)
MARCHER, v. n. Ce terme s'emploie figurément en Musique, & se dit de la succession des Sons ou des Accords qui se souvent dans certain ordre. La Basse & le Dessus Marchent par mouvemens contraires. Marche de Basse à contre-tems.
TO MARCH, v.n. Figurative musical term denoting the progression of notes or chords in specific order. The Bass and Treble march by contrary motion. Marching Bass in syncopation.
MARTELLEMENT, s. m. Sorte d'agrément du Chant François. Lorsque descendant diatoniquement d'une Note sur
MARTELLEMENT, n.m. Ornament in French vocal style. When descending diatonically from one note to
une autre par un Trill, on appuie avec forcé le Son de lapremiere Note sur la seconde, tombant ensuite sur cette seconde Note par un seul coup de gosier; on appelle cela faire un Martellement. (Voyez Pl. B. Fil. 13.)
another through a Trill, one forcefully emphasizes the first note's sound upon the second, then drops onto this second note through a single throat pulsation; this is called executing a Martellement. (See Pl. B. Fig. 13.)
MAXIME, adj. On appelle Intervalle Maxime celui qui est plus grand que le Majeur de la même espece & qui ne peut se noter: car s'il pouvoit se noter ne s'appelleroit pas Maxime, mais superflu.
MAXIMAL, adj. A Maximal Interval denotes one larger than the Major interval of the same type and which cannot be notated: for if it could be notated, it would not be called Maximal but Augmented.
Le semi-Ton Maxime fait la différence du semi-Ton mineur au Ton majeur, & son rapport est de 25 à 27. Il y auroit entre l'ut Dièse & le re un semi-Ton de cette espece, si tous les semi- Tons n'étoient pas rendus égaux ou supposés tels par le Tempérament.
The Maximal Semitone constitutes the difference between the minor semitone and the major tone, with a ratio of 25 to 27. Such a semitone would exist between C-sharp and D if all semitones were not rendered equal or assumed as such through Temperament.
Le Dièse Maxime est la différence du Ton mineur au semi-Ton Maxime, en rapport de 143 à 250.
The Maximal Diesis is the difference between the minor tone and the Maximal Semitone, in a ratio of 143 to 250.
Enfin le Comma Maxime ou Comma de Pythagore, est la quantité dont différent entr'eux les deux termes les plus voisins d'une progression par Quintes, & d'une progression par Octaves; c'est-à-dire l'excès de la douzieme Quinte si Dièse sur la septieme Octave ut; & cet excès, dans le rapport de 524288 à 531441, est la différence que le Tempérament fait évanouir.
Finally, the Maximal Comma or Pythagorean Comma is the discrepancy between the closest terms of a progression by Fifths and one by Octaves; that is, the excess of the twelfth Fifth (B-sharp) over the seventh Octave (C). This excess, in the ratio of 524,288 to 531,441, is the difference erased by Temperament.
MAXIME, s. f. C'est une Note faite en quarré-long horisontal avec une queue au côté droit, de cette maniere, laquelle vaut huit Mesures à deux Tems; c'est-à-dire, deux longues, & quelquefois trois, selon le Mode. (Voyez MODE.) Cette forte de Note n'est plus d'usage depuis qu'on sépare les Mesures par des barres, & qu'on marque avec des liaisons [385] les tenues ou continuités des Sons. (Voyez BARRES, MESURE.)
MAXIMA, s. f. A note shaped as a horizontal square-long with a tail on the right side, as shown, which equals eight measures in duple time – that is, two longs, sometimes three depending on the Mode. (See MODE.) This type of note has fallen into disuse since measures began being separated by bars and sustained sounds marked with slurs [385]. (See BARS, MEASURE.)
MÉDIANTE, s. f. C'est la corde ou la Note qui partage en deux Tierces l'Intervalle de Quinte qui se trouvé entre la Tonique & la Dominante. L'une de ces Tierces est majeure, l'autre mineure, & c'est leur position relative qui détermine le Mode. Quand la Tierce majeure est au grave; c'est-à-dire, entre la Médiante & la Tonique, le Mode est majeur; quand la Tierce majeure est à l'aigu & la mineure au grave, le Mode est mineur. (Voyez MODE, TONIQUE, DOMINANTE.)
MEDIANT, s. f. The note dividing the fifth interval between Tonic and Dominant into two thirds. The major third lies below in the Major mode, the minor third below in the Minor mode. (See MODE, TONIC, DOMINANT.)
MÉDIATION, s. f. Partage de chaque verset d'un Pseaumes en deux parties, l'une psalmodiée ou chantée par un côté du Choeur, & l'autre par l'autre, dans les Eglises Catholiques.
MEDIATION, s. f. Division of each psalm verse into two parts – one chanted by one side of the choir, the other by the opposing side – in Catholic churches.
MEDIUM, s. m. Lieu de la Voix également distant de ses deux extrémités au grave & à l'aigu. Le haut est plus éclatant; mais il est presque toujours forcé: le bas est grave & majestueux; mais il est plus sourd. Un beau Medium, auquel on suppose une certaine latitude donne, les Sons les mieux nourris, les plus mélodieux, & remplit le plus agréablement l'oreille. (Voyez Son.)
MEDIUM, s. m. The vocal range equidistant from both extremities (grave and acute). The upper register, though brighter, often strains; the lower, though majestic, sounds muted. A well-cultivated Medium, granted sufficient breadth, produces the richest, most melodious tones that most gratify the ear. (See Sound.)
MELANGE, s. m. Une des Parties de l'ancienne Mélopée, appellée Agogé par les Grecs, laquelle consiste à savoir entrelacer & mêler à propos les Modes & les Genres.(Voyez MÉLOPÉE.)
MELANGE, s. m. A component of ancient Melopoeia termed Agogé by the Greeks, involving the artful blending of Modes and Genres. (See MELOPOEIA.)
[386] L'idée du Rhythme entre nécessairement dans celle de la Mélodie: un Chant n'est un Chant qu'autant qu'il est mesuré; la même succession de Sons peut recevoir autant de caracteres, autant de Mélodies différentes, qu'on peut scander différemment; de le seul changement de valeur des Notes, peut défigurer cette même succession au point de la rendre méconnoissable. Ainsi la Mélodie n'est rien par, elle-même; c'est la Mesure qui la détermine, &
[386] Rhythm is inseparable from Melody: a chant becomes chant only through measured form. The same sequence of sounds may assume as many characters and melodies as there are possible scansion variants. Merely altering note values can render this sequence unrecognizable. Thus Melody has no independent existence – Measure alone defines it, and
MELODIE, s. f. Succession de Sons tellement ordonnés selon les loix du Rhythme & de la Modulation, qu'elle forme un sens agréable à l'oreille; la Mélodie vocale s'appelle Chant; & l'instrumentale, Symphonie.il n'y a point de Chant sans le Tems. On ne doit donc pas comparer la Mélodie avec l'Harmonie, abstraction faite de la Mesure dans toutes les deux. car elle est essentielle à l'une & non pas à l'autre.
MELODY, s. f. Succession of sounds ordered according to the laws of rhythm and modulation to form a pleasing sequence for the ear; vocal Melody is called Song, while instrumental melody is termed Symphony. There can be no Song without Time. One must therefore not compare Melody with Harmony by abstracting measure from both, for it is essential to the former but not to the latter.
La Mélodie se rapporte à deux principes différens, selon la maniere dont on la considere. Prise par les rapports des Sons & par les regles du Mode, elle a son principe dans l'Harmonie; puisque c'est une analyse harmonique qui donne les Degrés de la Gamme, les cordes du Mode, & les loix de la Modulation, uniques élémens du Chant.. Selon ce principe, toute la forcé de la Mélodie se borne à flatter l'oreille par des Sons agréables, comme on peut flatter la vue par d'agréables accords de couleur: mais prise pour un art d'imitation par lequel on peut affecter l'esprit de diverses images, émouvoir le coeur de divers sentimens, exciter & calmer les: passions, opérer, en un mot, des effets moraux qui passent l'empire immédiats sens, il lui faut chercher un autre principe: car on ne voit aucune prise par laquelle la seule Harmonie, & tout ce qui vient d'elle, puisse nous affecter ainsi.
Melody relates to two distinct principles depending on how it is considered. Viewed through sound ratios and modal rules, its principle lies in Harmony – since harmonic analysis provides the scale degrees, modal strings, and modulation laws that constitute the sole elements of Song. By this principle, Melody's entire power is confined to caressing the ear with agreeable sounds, much as one might please the eye with harmonious color arrangements. But when regarded as an imitative art capable of imprinting diverse images on the mind, stirring varied emotions in the heart, arousing and calming passions – in short, producing moral effects transcending the immediate dominion of the senses – it must seek another principle. For we perceive no means by which Harmony alone, and all deriving from it, could thus affect us.
[387] Quel est ce second principe? Il est datas la Nature ainsi que le premier; mais pour l'y découvrir il faut une observation plus fine, quoique plus simple, & plus de sensibilité dans l'observateur. Ce principe est le même qui fait varier le Ton de la Voix, quand on parle, selon les choses qu'on dit & les mouvemens qu'on éprouve en les disant. C'est l'Accent des Langues qui détermine la Mélodie de chaque Nation; c'est l'Accent qui fait qu'on parle en chantant, & qu'on parle avec plus ou moins d'énergie, selon que la Langue a plus ou moins d'Accent. Celle dont l'Accent est plus marqué doit donner une Mélodie plus vive & plus passionnée; celle qui n'a que peu ou point d'Accent de peut avoir qu'une Mélodie languissante & froide, sans caractere & sans expression. Voilà les vrais principes; tant qu'on en sortira & qu'on voudra parler du pouvoir de la Musique sur le coeur humain, on parlera sans s'entendre; on ne saura ce qu'on dira.
[387] What is this second principle? It resides in Nature as much as the first; but to discover it requires subtler observation – simpler yet demanding greater sensitivity in the observer. This principle is the same that modulates vocal inflection when speaking, according to subjects addressed and emotions experienced while addressing them. It is the Accent of languages that determines each nation's Melody; this Accent makes speech a form of singing, more or less energetic depending on whether the language is more or less accentuated. A strongly accented tongue must yield vivid, passionate Melody; one with weak or no accentuation can produce only languid, cold Melody – characterless and inexpressive. These are the true principles. Whenever we depart from them to discuss music's power over the human heart, we speak without understanding ourselves, uttering meaningless words.
Si la Musique ne peint que par la Mélodie, & tire d'elle toute sa forcé, il s'ensuit que toute Musique qui ne chant pas, quelque harmonieuse qu'elle puisse être, n'est point une Musique imitative, &, ne pouvant ni toucher ni peindre avec ses beaux Accords, lasse bientôt les oreilles, & laissé toujours le coeur froid. Il suit encore que, malgré la diversité des Parties que l'Harmonie a introduites, & dont on abuse tant aujourd'hui, si-tôt que deux Mélodies se sont entendre à la fois, elles s'effacent l'une l'autre & demeurent de nul effet, quelque belles qu'elles puissent être chacune séparément: d'où l'on peut juger avec quel goût les Compositeurs François ont introduit à leu Opéra l'usage de faire servir un Air [388] d'Accompagnement à un Choeur ou à un autre Air; ce qui est comme si on s'avisoit de réciter deux discours à la fois, pour donner plus de forcé à leur éloquence. (Voyez UNITÉ DE MELODIE.)
If Music paints solely through Melody, drawing all its force therefrom, it follows that any music which does not sing – however harmonious – is non-imitative music. Failing to move or depict through its beautiful chords, it soon wearies ears and leaves hearts cold. Furthermore, despite the diversity of parts introduced (and much abused today) by Harmony, whenever two Melodies sound simultaneously, they cancel each other out – however beautiful each might be separately – becoming ineffectual. Hence we may judge the taste of French composers who introduced at their Opera the practice of having one air [388] accompany a chorus or another air – as if one thought to recite two speeches simultaneously to heighten eloquence. (See UNITY OF MELODY.)
MÉLODIEUX, adj. Qui donne de la Mélodie. Mélodieux, dans l'usage, se dit des Sons agréables, des Voix sonores, des Chants doux & gracieux, &c.
MELODIOUS, adj. That which produces Melody. In common usage, melodious describes agreeable sounds, sonorous voices, sweet and graceful songs, etc.
MELOPEE, s. f. C'étoit, dans l'ancienne Musique, l'usage régulier de toutes les Parties harmoniques; c'est-à-dire, l'Art ou les regles de la composition du Chant, desquelles la pratique & l'effet s'appelloit Mélodie.
MELOPOEIA, s. f. In ancient music, this referred to the systematic use of all harmonic components – that is, the Art or rules for composing Song, whose practice and effect were called Melody.
Les Anciens avoient diverses regles pour la maniere de conduire le Chant par Degrés conjoints, disjoints ou mêlés, en montant ou en descendant. On en trouvé plusieurs dans Aristoxène, lesquelles dépendent toutes de ce principe; que, dans tout systême harmonique, le troisieme ou le quatrieme Son après le fondamental en doit toujours frapper la Quarte on la Quinte, selon que les Tétracordes sont conjoints ou disjoints; différence qui rend un Modeauthentique ou plagal, au gré du Compositeur. C'est le recueil de toutes ces regles qui s'appelle Mélopée.
The Ancients had various rules for conducting melody through conjunct, disjunct, or mixed degrees, ascending or descending. Several are found in Aristoxenus, all dependent on this principle: that within any harmonic system, the third or fourth tone following the fundamental must always strike the Fourth or Fifth, depending on whether tetrachords are conjunct or disjunct – a distinction rendering a Mode authentic or plagal at the Composer's discretion. The compilation of these rules constitutes Melopoeia.
La Mélopée est composée de trois Parties; savoir, la Prise, Lepsis, qui enseigne au Musicien en quel lieu de la Voix il doit établir son Diapason; le Mélange, Mixis, selon lequel il entrelace ou mêle à propos les Genres & les Modes; & l'Usage, Chresés, qui se subdivise en trois autres Parties. La premiere appellée Euthia, guide la marche du Chant, laquelle est, ou directe du grave à l'aigu; ou [389] renversée de l'aigu au grave; ou mixte; c'est-à-dire, composée de l'une & de l'autre. La deuxieme, appellée Agogé, marche alternativement par Degrés disjoints en montant, & conjoints en descendant, ou au contraire. La troisieme, appellée Petteia, par laquelle il discerne & choisit les Sons qu'il faut rejetter, ceux qu'il faut admettre, & ceux qu'il faut employer le plus fréquemment.
Melopoeia comprises three parts: Prise (Lepsis), instructing the musician where to establish the vocal Diapason; Mélange (Mixis), governing the interweaving of Genres and Modes; and Usage (Chresés), subdivided further. The first subdivision, Euthia, directs melodic progression either straightforwardly from grave to acute [389], inversely from acute to grave, or mixed. The second, Agogé, alternates ascending disjunct degrees with descending conjunct ones, or vice versa. The third, Petteia, discerns which tones to reject, admit, or employ most frequently.
Aristide Quintilien devise toute la Mélopée en trois especes qui se rapportent à autant de Modes, en prenant ce dernier nom dans un nouveau sens. La premiere espece étoit l'Hypatoide, appellée ainsi de la corde Hypate, la principale ou la plus basse, parce que le Chant régnant seulement sur les Sons graves ne s'éloignoit pas de cette corde, & ce Chant étoit approprié au Mode tragique. La seconde espece étoit la Mésoide, de Mése, la corde du milieu, parce que le Chant régnoit sur les Sons moyens, & celle-ci répondoit au Mode 'Nomique, consacré à Apollon. La troisieme s'appelloit Nétoide, de Nete, la derniere corde ou la plus haute; son Chant ne s'étendoit que sur les Sons aigus & constituoit le Mode Dithyrambique ou Bachique. Ces Modes en avoient d'autres qui leur étoient subordonnés & varioient la Mélopée; tels que l'érotique ou amoureux, le Comique, l'Encômiaque destiné aux louanges.
Aristides Quintilianus divides all Melopoeia into three species corresponding to Modes (understood here in a novel sense). The first was Hypatoïde, named after the Hypate string – the principal low tone – whose grave-register melodies suited the tragic Mode. The second, Mesoid, derived from Mese (middle string), governed median tones for the Apollonian Nomos Mode. The third, Nétoïde, from Nete (highest string), occupied acute tones for the Bacchic or Dithyrambic Mode. Subordinate Modes further varied Melopoeia: amorous, comic, encomiastic for praises.
Tous ces Modes étant propres à exciter ou calmer certaines passions, influoient beaucoup sur les moeurs; & par rapport à cette influence, la Mélopée se partageoit encore en trois Genres; savoir. 1. Le Systaltique, ou celui qui inspiroit les passions tendres & affectueuses, les passions tristes & [390] capables de resserre le coeur, suivant le sens du mot Grec. 2°. Le Diastaltique, ou celui qui étoit propre à l'épanouir, en excitant la joie, le courage, la magnanimité, les grands sentimens: 3°. L'Euchastique qui tenoit le milieu entre les deux autres, qui ramenoit l'ame à un état tranquille. La premiere espece de Mélopée convenoit aux Poésies amoureuses, aux plaintes, aux regrets & autres expressions semblables. La seconde étoit propre aux Tragédies, aux Chants de guerre, aux sujets héroïques. La troisieme aux Hymnes aux louanges, aux instructions.
These Modes, capable of arousing or soothing passions, profoundly influenced morals. Accordingly, Melopoeia divided into three Genres: 1. Systaltique – tender, mournful passions constricting the heart (from Greek συστέλλειν); 2. Diastaltique – expansive emotions like joy, courage, magnanimity (from διαστέλλειν); 3. Euchastique – mediating tranquility. The first suited amorous poetry, laments; the second, tragedies and heroic chants; the third, hymns and didactic works.
MELOS, s. m. Douceur du Chant. Il est difficile de distinguer dans les Auteurs Grecs le sens du mot Mélos du sens du mot Mélodie. Platon, dans son Protagoras, met le Mélos dans le simple discours, & terrible entendre par-là le Chant de la parole. Le Mélos paroît être ce par quoi la Mélodie est agréable. Ce mot vient de H
.
MELOS, s.m. Sweetness of Song. Greek authors scarcely distinguish Melos from Melody. Plato in Protagoras places Melos in plain speech, implying the inherent chant of language. Melos appears as that which renders Melody pleasing. The term derives from μέλος [melos].
MENUET, s. m. Air d'une Danse de même nom, que l'Abbé Brossard dit nous venir du Poitou. Selon lui cette Danse est fort gaie & son mouvement est fort vîte. Mais au contraire le caractere du Menuet est une élégante de noble simplicité; le mouvement en est plus modéré que vîte, & l'on peut dire que le moins gai de tous les Genres de Danses usités dans nos bals est le Menuet. C'est autre chose sur le Théâtre.
MENUET, s.m. Air for a namesake dance, which Abbé Brossard claims originated in Poitou. He describes it as lively and rapid. Contrarily, the Menuet's essence lies in noble simplicity and moderate tempo – the least merry of ballroom dances. Theatrical usage differs.
La Mesure du Menuet est à trois Tems légers qu'on marque par le 3 simple, ou par le 3/4, ou par le 3/8. Le nombre des Mesures de l'Air dans chacune de les reprises, doit être quatre ou un multiple de quatre; parce qu'il en faut autant [391] pour achever le pas du Menuet; & le soin duMusicien doit être de faire sentir cette division par des chûtes bien marquées, pour aider l'oreille du Danseur & le maintenir en cadence.
The Measure of the Minuet is in three light beats marked by simple 3, 3/4, or 3/8. The number of Measures in each repetition of the Air must be four or a multiple of four, as this quantity [391] is required to complete the Minuet step. The Musician’s care must be to emphasize this division through well-marked cadences, aiding the Dancer’s ear and maintaining cadence.
MESE, s. f. Nom de la corde la plus aigue second Tétracorde des Grecs. (Voyez MÉSON.). Mese signifie Moyenne, & ce nom fut donne à cette corde; non, comme dit l'Abbé Brossard, parce qu'elle est commune ou mitoyenne entre les deux Octaves de l'ancien systême; car elle portoit ce nom bien avant que le systême eût acquis cette étendue: mais parce qu'elle formoit précisément le milieu entre les deux premiers Tétracordes dont ce systême avoit d'abord été compose.
MESE, s. f. Name of the highest string in the second Tetrachord of the Greeks. (See MÉSON.) Mese signifies "middle," a name given not—as Abbé Brossard claims—because it was intermediary between the two octaves of the ancient system (for it bore this name long before the system attained that range), but because it precisely occupied the midpoint between the first two Tetrachords originally composing the system.
MESOIDE, s. f. Sorte de Mélopée dont les Chants rouloient sur des cordes moyennes, lesquelles s'appelloient aussi Mésoide de la Mèse ou du Tétracorde Méson.
MESOIDE, s. f. A type of Melopoeia whose melodies revolved around middle strings, also called Mesoid from Mese or the Méson Tetrachord.
MESOIDES. Sons moyens, ou pris dans le Medium du systême. (Voyez MÉLOPÉE.)
MESOIDES. Middle sounds, or those within the Medium of the system. (See MELOPOEIA.)
MÉSON. Nom donne par les Grecs à leur second Tétracorde, en commençant à compter du grave; & c'est aussi le nom par lequel on distingue chacune de ses quatre cordes, de celles qui leur correspondent dans les autres Tétracordes. Ainsi, dans celui dont je parle, la premiere corde s'appelle Hypate-Méson; la seconde, Parhypate-Méson; la troisieme Lichanos-Méson ou Méson-Diatonos; & la quatrieme, Mèse. (Voyez SYSTĒME.)
MÉSON. Name given by the Greeks to their second Tetrachord, counted from the grave upwards. It also distinguishes each of its four strings from corresponding ones in other Tetrachords. Thus, in this Tetrachord: the first string is Hypate-Méson; the second, Parhypate-Méson; the third, Lichanos-Méson or Méson-Diatonos; and the fourth, Mèse. (See SYSTEM.)
Méson est le génitif de Mèse, moyenne, parce que le Tétracorde Méson occupe le milieu entre le premier [392] & le troisieme, on plutôt parce que la corde Mèse donne son nom à Tétracorde dont elle forme l'extrémité aigue. (Voyez Pl. H. Fig. 12.)
Méson is the genitive of Mèse ("middle"), as the Méson Tetrachord occupies the midpoint between the first [392] and third—or rather, because the Mèse string lends its name to the Tetrachord it concludes. (See Pl. H. Fig. 12.)
MESOPYCNI, adj. Les Anciens appelloient ainsi, dans les Genres épais, le second Son de chaque Tétracorde. Ainsi les Sons Mésopycni étoient cinq en nombre. (Voyez SON, SYSTÊME, TETRACORDE.)
MESOPYCNI, adj. In Dense Genres, the Ancients thus named the second sound of each Tetrachord. There were five Mésopycni sounds. (See SOUND, SYSTEM, TETRACHORD.)
MESURE, s. f. Division de la durée ou du tems en plusieurs parties égales, assez longues pour que l'oreille en puisse saisir &'subdiviser la quantité, & assez courtes pour que l'idée de l'une ne's'efface pas avant le retour de l'autre, & qu'on en sente l'égalité.
MEASURE, s. f. Division of duration or time into equal parts, sufficiently long for the ear to grasp and subdivide their quantity, yet brief enough that the idea of one does not fade before the next recurs, their equality remaining perceptible.
Chacune de ces parties égales s'appelle aussi Mesure; elles se subdivisent en d'autres aliquotes qu'on appelle Tems, & qui se marquent par des mouvemens égaux de la main ou du pied. (Voyez BATTRE LA MESURE.) La durée égale de chaque Tems ou de chaque Mesure est remplie par plusieurs Notes qui passent plus ou moins vîte en proportion de leur nombre, & auxquelles on donne diverses figures pour marquer leurs différentes durées. ('Voyez VALEUR DES NOTES.)
Each equal part is also called a Measure. These subdivide into aliquot Beats, marked by uniform hand or foot motions. (See BEATING TIME.) The equal duration of each Beat or Measure is filled by multiple Notes, passing faster or slower proportionally to their number, with varied shapes denoting their durations. (See NOTE VALUES.)
Plusieurs, considérant le progrès de notre Musique, pensent que la Mesure est de nouvelle invention, parce qu'un tems elle a été négligée. Mais au contraire, non-seulement les Anciens pratiquoient la Mesure; ils lui avoient même donne des regles très-séveres & fondées sur des principes que la nôtre n'a plus. En effet, chanter sans Mesure n'est pas chanter; & le sentiment de la Mesure n'étant pas moins [393] naturel que celui de l'Intonation, l'invention de ces deux choses n'a pu se faire séparément.
Many, observing the progress of our Music, believe Measure a recent invention due to its past neglect. Yet the Ancients not only practiced Measure but imposed strict rules grounded in principles ours lacks. To sing without Measure is not to sing at all; the perception of Measure being no less natural than that of Intonation, their inventions could not arise separately.
La Mesure des Grecs tenoit à leur Langue; c'étoit la Poésie qui l'avoit donnée à la Musique; les Mesures de l'une répondoient aux pieds de l'autre: on n'auroit pas pu mesurer de la prose en Musique. Chez nous, c'est le contraire: le peu de prosodie de nos Langues fait que dans nos Chants la valeur des Notes détermine la quantité des syllabes; c'est sur la Mélodie qu'on est forcé de scander le discours; on n'apperçoit pas même si ce qu'on chante est vers ou prose: nos Poésies n'ayant plus de pieds, nos Vocales n'ont plus de Mesures; le Chant guide & la parole
Greek Measure was tied to their Language: Poetry which had given it to Music; their Measures mirrored poetic feet. Measured prose in Music was unthinkable. For us, the inverse holds: our Languages’ scant prosody forces note values to determine syllabic quantity; Melody dictates scansion, obscuring whether sung text is verse or prose. Our Poetry, stripped of feet, leaves vocal lines without Measures; Song now guides Speech.
obéit.
obeys.
La Mesure tomba dans l'oubli, quoique l'Intonation fût toujours cultivée, lorsqu'après les victoires des Barbares les Langues changerent de caractere & perdirent leur Harmonie. Il n'est pas étonnant que le Mètre, qui servoit à exprimer la Mesure de la Poésie, fût négligé dans des tems où on ne la sentoit plus, & où l'on chantoit moins de vers que de prose. Les Peuples ne connoissoient gueres alors d'autre amusement que les cérémonies'de l'Eglise, ni d'autre Musique que celle de l'Office, & comme cette Musique n'exigeoit pas la régularité du Rhythme, cette partie fut enfin tout-à-fait oubliée. Gui nota sa Musique avec des points qui n'exprimoient pas des quantités différentes, & l'invention des Notes fut certainement postérieure à cet Auteur.
The Measure fell into oblivion, though Intonation continued to be cultivated, when after the Barbarian invasions languages changed their character and lost their Harmony. It is unsurprising that Meter, which served to express the Measure of Poetry, was neglected in times when it was no longer felt, and when more prose than verse was sung. Peoples then knew scarcely any amusement beyond Church ceremonies, nor any Music but that of the Office; and as this Music required no regularity of Rhythm, this element was at last wholly forgotten. Guido notated his music with dots that did not indicate varying durations, and the invention of notes was certainly posterior to this author.
On attribue communément cette invention des diverses valeurs des Notes à Jean de Muris, vers l'an 1330. Mais le [394] P. Mersenne le nie avec raison, & il faut n'avoir jamais lu les écrits de ce Chanoine pour soutenir une opinion qu'ils démentent si clairement. Non-seulement il compare les valeurs que les Notes avoient avant lui à celles qu'on leur donnoit de son tems, & dont il ne se donne point pour l'Auteur; mais même il parle de la Mesure, & dit que les Modernes; c'est-à-dire, ses contemporains, la ralentissent beaucoup, & moderni nunc morosâ multùm utuntur mensura: ce qui suppose évidemment que la Mesure, & par conséquent les valeurs des Notes, étoient connues & usitées avant lui. Ceux qui voudront rechercher plus en détail l'état où étoit cette partie de la Musique du tems de cet Auteur, pourront consulter son Traité manuscrit, intitulé: Speculum Musicae, qui est à la Bibliotheque du Roi de France, numéro 7207, page 280, & suivantes.
The invention of differing note values is commonly attributed to Jean de Muris around 1330. But [394] Fr. Mersenne rightly denies this, and one must never have read this Canon's writings to uphold an opinion they so clearly refute. Not only does he compare the values notes had before him to those given in his time – of which he claims no authorship – but he even speaks of Measure, stating that moderns (his contemporaries) greatly slackened it: moderni nunc morosâ multùm utuntur mensura. This evidently presumes that Measure, and consequently note values, were known and practiced before him. Those wishing to examine this aspect of Music in his era more closely may consult his manuscript Treatise titled Speculum Musicae at the French Royal Library, shelfmark 7207, page 280 onward.
Les premiers qui donnerent aux Notes quelques regles de quantité, s'attacherent plus aux valeurs ou durées relatives de ces Notes qu'à la Mesure même ou au caractere du Mouvement; de sorte qu'avant la distinction des différentes Mesures, il y avoir des Notes au moins de cinq valeurs différentes; savoir, la Maxime, la Longue, la Breve, la semi-Breve & la Minime, que l'on petit voir à leurs mots. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'an trouvé toutes ces différentes valeurs, & même davantage, dans les manuscrits de Machault, sans y trouver jamais aucun signe de Mesure.
The first theorists who codified note durations focused more on their relative values than on Measure itself or movement character. Thus before distinguishing different Measures, there existed at least five note values: the Maxima, Long, Breve, Semibreve, and Minim (see their respective entries). Manuscripts by Machaut incontestably show all these values – and more – yet contain no Measure signs.
Dans la suite les rapports en valeur d'une de ces Notes à l'autre dépendirent du Tems, de la Prolation, du Mode. Par [395] le Mode on déterminoit le rapport de la Maxime à la Longue, ou de la Longue à la Breve; par le Tems, celui de la Longue à la Breve, ou de la Breve à la semi-Breve; & par la Prolation, celui de la Breve à la semi-Breve, ou de la semi-Breve à la Minime. (Voyez MODE, PROLATION, TEMS.) En général, toutes ces différentes modifications se peuvent rapporter à la Mesure double ou à la Mesure triple; c'est-à-dire, à la division de chaque valeur entiere en deux ou en trois Tems égaux.
Subsequently, the proportional relations between notes depended on beat, Prolation, and Mode. Through [395] Mode, one determined ratios between Maxima and Long, or Long and Breve; through beat, between Long and Breve, or Breve and Semibreve; through Prolation, between Breve and Semibreve, or Semibreve and Minim. (See MODE, PROLATION, TEMS.) Generally, these modifications relate to duple or triple Measure – that is, the division of each whole value into two or three equal beats.
Cette maniere d'exprimer le Tems ou la Mesure des changea entiérement durant le cours du dernier siecle. Dés qu'on eût pris l'habitude de renfermer chaque Mesure entre deux barres, il falut nécessairement proscrire toutes les especes de Notes qui renfermoient plusieurs Mesures. La Mesure en devint plus claire, les Partitions mieux ordonnées, & l'exécution plus facile; ce qui étoit fort nécessaire pour compenser les difficultés que la Musique acquéroit en devenant chaque jour plus composée. J'ai vu d'excellens Musiciens fort embarrassés d'exécuter bien en Mesure des Trio d'Orlande & de Claudin, Compositeurs du tems de Henri III.
This manner of indicating beat or Measure changed entirely during the last century. Once the habit arose of enclosing each Measure between two bar lines, it became necessary to abolish all note types spanning multiple Measures. Measures grew clearer, scores more orderly, and performance easier – crucial compensations as Music daily acquired greater complexity. I have seen excellent musicians sorely perplexed when attempting to execute in proper Measure the trios by Orlande and Claudin, composers from Henry III's era.
Jusques-là la raison triple avoit passé la plus parfaite: mais la double prit enfin l'ascendant, & le C, ou la Mesure à quarte Tems, fut prise pour la base de toutes les autres. Or, le Mesure àquatre Tems se résout toujours en Mesure à deux Tems; ainsi c'est proprement à la Mesure double qu'on fait rapporter toutes les autres, du moins quant aux valeurs des Notes & aux signes des Mesures.
Until then, triple meter had been considered the most perfect: but duple meter ultimately gained ascendancy, & the C, or quadruple Measure, became the foundation for all others. However, quadruple Measure always resolves into duple Measure; thus it is properly to duple Measure that all others are related, at least concerning note values & measure signatures.
[396] Au lieu donc des Maximes, Longues, Breves, semi-Breves, &c. on substitua les Rondes, Blanches, Noires, Croches, doubles & triples-Croches, &c. qui toutes furent pries en division sous-double. De sorte que chaque espece de Note valoit précisément la moitié de la précédente. Division manifestement insuffisante; puisqu'ayant conservé la Mesure triple aussi- bien que la double ou quadruple, & chaque Tems pouvant être divisé comme chaque Mesure en raison sous-double ou sous-triple, à la volonté du Compositeur, il faloit assigner, ou plutôt conserver aux Notes des divisions répondantes à ces deux raisons.
[396] In place of Maxima, Longs, Breves, semibreves, &c., we substituted whole notes, half notes, quarter notes, eighth notes, sixteenth & thirty-second notes, &c., all following binary subdivision. Thus each species of note was precisely half the duration of its predecessor. This division proves manifestly insufficient; since having preserved triple meter alongside duple or quadruple, & each beat being divisible like each Measure into binary or ternary subdivisions at the composer's discretion, it became necessary to assign – or rather preserve – note divisions corresponding to these two ratios.
Les Musiciens sentirent bientôt le défaut; mais au lieu d'établir une nouvelle division, ils tâcherent de suppléer à cela par quelque signe étranger: ainsi ne pouvant diviser une Blanche en trois parties égales, ils se sont contentés d'écrire trois Noires, ajoutant le chiffre 3 sur celle du milieu. Ce chiffre même leur a enfin paru trop incommode, & pour tendre des pieges plus sûrs à ceux qui ont à lire leur Musique, ils prennent le parti de supprimer le 3 ou même le 6; en sorte que, pour savoir si la division est double ou triple, on n'a d'autre parti à prendre que celui de compter les Notes ou de deviner.
Musicians soon perceived this defect; but instead of establishing new divisions, they sought remedies through foreign signs: thus being unable to divide a half note into three equal parts, they settled for writing three quarter notes, adding the numeral 3 above the middle one. Even this numeral eventually seemed cumbersome, & to lay surer traps for music readers, they resolved to suppress the 3 or even 6; so that to discern binary or ternary division, one must either count notes or guess.
Quoiqu'il n'y ait dans notre Musique que deux fortes de Mesures, on'y a fait tant de divisions, qu'on en peut compter au moins de seize especes, dont voici les signes:
Though our Music recognizes only two fundamental Measures, excessive subdivisions have produced at least sixteen species, whose signatures follow:
[397] 2 ou C. 2/4, 6/4, 6/8, 6/16, 3, 3/2, 3/4, 9/4, 3/8, 9/8, 3/16, C, 12/4, 12/8, 12/16,
[397] 2 or C. 2/4, 6/4, 6/8, 6/16, 3, 3/2, 3/4, 9/4, 3/8, 9/8, 3/16, C, 12/4, 12/8, 12/16,
(Voyez les exemples, Planche B. Fig. I.)
(See examples, Plate B. Fig. I.)
De toutes ces Mesures, il y en a trois qu'on appelle simples, parce qu'elles n'ont qu'un seul chiffre ou signe; savoir, le 2 ou le 3, & le C ou quatre Tems. Toutes les autres qu'on appelle doubles, tirent leur dénomination & leurs signes de cette derniere ou de la Note ronde qui la remplit; en voici la regle:
Among these Measures, three are called simple for bearing single numerals or signs: namely 2 or 3, & C or quadruple meter. Others called compound derive their names & signatures from the latter or from the whole note filling it; here lies the rule:
Le chiffre inférieur marque un nombre de Notes de valeur égale, faisant ensemble la durée d'une Ronde ou d'une Mesure à quatre Tems.
The lower numeral indicates a quantity of equally-valued notes collectively equaling a whole note or quadruple Measure.
Le chiffre supérieur montre combien il faut de ces mêmes Notes pour remplir chaque Mesure de l'Air qu'on va noter.
The upper numeral shows how many such notes fill each Measure of the air being notated.
Par cette regle on voit qu'il faut trois Blanches pour remplir une Mesure au signe 2/3; deux Notes pour celle au signe 2/4; trois Croches pour celle au signe 3/8, &c. tout cet embarras de chiffres est mal entendu; car pourquoi ce rapport de tant de différentes Mesures à celle de quatre Tems, qui leur est si peu semblable? ou pourquoi ce rapport de tant de diverses Notes à une Ronde, dont la durée est si peu déterminée? Si tous ces signes sont institués pour marquer autant de différentes sortes de Mesures, il y en a beaucoup trop; & s'ils le sont pour exprimer les divers degrés de Mouvement, il n'y en a pas assez; puisque, indépendamment de l'espece de Mesure & de la division des Tems, on est presque toujours [398] contraint d'ajouter un mot au commencement de l'Air pour déterminer le Tems.
By this rule, three half notes fill a measure marked 3/2; two quarter notes one marked 2/4; three eighth notes one marked 3/8, &c. This numeral clutter proves ill-conceived: why relate so many Measures to quadruple meter, with which they share little likeness? Or why connect diverse notes to a whole note of indeterminate duration? If these signs denote distinct Measure types, they are excessive; if expressing gradations of tempo, insufficient – for beyond Measure type & beat division, one must nearly always [398] append tempo markings at the air's beginning.
Il n'y a réellement que deux sortes de Mesures dans notre Musique; savoir, à deux & trois Tems égaux. Mais comme chaque Tems, ainsi que chaque Mesure, peut se diviser en deux ou en trois parties égales, cela fait une subdivision qui donne quatre especes de Mesures en tout; nousn'en avons pas davantage.
There are truly only two types of Measures in our music: namely, those with two and three equal Beats. But since each Beat, as well as each Measure, can be divided into two or three equal parts, this subdivision yields four total species of Measures—we have no more than these.
On pourroit cependant en ajouter une cinquieme, en combinant les deux premieres en une Mesure à deux Tems inégaux, l'un composé de deux Notes & l'autre de trois. On peut trouver, dans cette Mesure, des Chants très-bien cadencés, qu'il seroit impossible de noter par les Mesures usitées. J'en donne un exemple dans la Planche B. Fig. X. Le Sieur Adolphati fit à Genes, en 1750, un essai de cette Mesure en grand Orchestre dans l'Air se la sorte mi condanna de son Opéra d'Ariane. Ce morceau fit de l'effet & fut applaudi. Malgré cela, je n'apprends pas que cet exemple ait été suivi.
One might, however, add a fifth by combining the first two into a Measure of two unequal Beats—one composed of two Notes and the other of three. In this Measure, one may find well-cadenced melodies that would be impossible to notate using conventional Measures. I provide an example in Plate B. Fig. X. Signor Adolphati experimented with this Measure in grand orchestra in 1750 at Genoa, in the aria se la sorte mi condanna from his opera Arianna. This piece had effect and was applauded. Despite this, I have not heard that this example was followed.
MESURE, part. Ce mot répond à l'Italien à Tempo ou à Batuta, & s'emploie, sortant d'un Récitatif, pour marquer le lieu où l'on doit commencer à chanter en Mesure.
MESURE, part. This term corresponds to the Italian à tempo or à battuta, and is used upon exiting a recitative to mark where one must begin singing in measure.
MÉTRIQUE, adj. La Musique Métrique, selon Aristide Quintilien, est la partie de la Musique en général qui a pour objet les Lettres, les Syllabes, les Pieds, les Vers, & le Poeme; & il y a cette différence entre la Métrique & la Rhythmique, que la premiere ne s'occupe que de la [399] forme des Vers; & la seconde, de celle des Pieds qui les composent: ce qui peut même s'appliquer à la Prose. D'où il fait que les Langues modernes peuvent encore avoir une Musique Métrique, puisqu'elles ont une Poésie; mais non pas une Musique Rhythmique, puisque leur Poésie n'a plus de Pieds. (Voyez RHYTHME.)
MÉTRIQUE, adj. Metric Music, according to Aristides Quintilianus, is the part of general Music concerned with Letters, Syllables, Feet, Verses, and the Poem. The distinction between Metric and Rhythmic lies in this: the former deals only with the [399] form of Verses, while the latter concerns the Feet composing them—a distinction applicable even to Prose. Hence, modern languages may still have a Metric Music since they possess Poetry, but not a Rhythmic Music, as their Poetry no longer has Feet. (See RHYTHM.)
MEZZA-VOCE. (Voyez SOTTO-VOCE.)
MEZZA-VOCE. (See SOTTO-VOCE.)
MEZZO-FORTE. (Voyez SOTTO-VOCE.)
MEZZO-FORTE. (See SOTTO-VOCE.)
MI. La troisieme des six syllabes inventées par Gui Arétin, pour nommer ou solfier les Notes, lorsqu'on ne joint pas la parole au Chant. (Voyez E SI MI, GAMME.)
MI. The third of the six syllables invented by Guido of Arezzo to name or sol-fa Notes when words are not joined to melody. (See E SI MI, GAMUT.)
MINEUR, adj. Nom que portent certains Intervalles, quand ils sont aussi petits qu'ils peuvent l'être sans devenir faux. (Voyez MAJEUR, INTERVALLE.)
MINOR, adj. Name given to certain Intervals when they are as small as they can be without becoming false. (See MAJOR, INTERVAL.)
Mineur se dit aussi du Mode, lorsque la Tierce de la Tonique est Mineure. (Voyez MODE.)
Minor is also used for the Mode when the Third of the Tonic is Minor. (See MODE.)
MINIME, adj. On appelle Intervalle Minime ou Moindre, celui qui est plus petit que le Mineur de même espece, & qui ne peut se noter; car s'il pouvoit se noter, il ne s'appelleroit pas Minime, mais Diminué.
MINIM, adj. A Minim or Lesser Interval is one smaller than the Minor of the same type, which cannot be notated; for if it could be notated, it would not be called Minim but Diminished.
Le semi-Ton Minime est la différence du semi-Ton Maxime au semi-Ton moyen, dans le rapport de 125 à 128. (Voyez SEMI-TON.)
The Minim semitone is the difference between the Maxim semitone and the mean semitone in the ratio of 125 to 128. (See SEMITONE.)
MINIME subst. fém. par rapport à la durée ou au Tems, est dans nos anciennes Musiques la Note qu'aujourd'hui nous appellons Blanche. (Voyez VALEUR DES NOTES.)
MINIM, subst. fem. In relation to duration or Beat, this is the Note we now call half note in our ancient music. (See NOTE VALUES.)
MIXIS, s. f. Mélange. Une des Parties de l'ancienne Mélopée, par laquelle le Compositeur apprend à bien combiner [400] les Intervalles & à bien distribuer les Genres & les Modes selon le caractere du Chant qu'il s'est proposé de faire. Voyez MELOPSEE.)
MIXIS, s. f. Mixture. One part of ancient Melopoeia, through which the Composer learns to properly combine [400] Intervals and distribute Genres and Modes according to the character of the Melody he intends to create. (See MELOPOEIA.)
MIXO-LYDIEN, adj. Nom d'un des Modes de l'ancienne Musique appellé autrement Hyper- Dorien. (Voyez ce mot.) Le Mode Mixo-Lydien étoit le plus aigu des sept auxquels Ptolomée avoit réduit tous ceux de la Musique des Grecs. (Voyez MODE.)Ce Mode est affectueux, passionné, convenable aux grands mouvemens, & par cela même à la Tragédie. Aristoxène assure que Sapho en fut l'inventrice; mais Plutarque dit que d'anciennes Tables attribuent cette invention à Pytoclide: il dit aussi que les Argiens mirent à l'amende le premier qui s'en étoit servi, & qui avoit introduit dans la Musique l'usage de sept cordes; c'est-à-dire, une Tonique sur la septieme corde.
MIXOLYDIAN, adj. Name of one of the Modes in ancient Music also called Hyper-Dorian. (See this term.) The Mixolydian Mode was the highest-pitched of the seven to which Ptolemy had reduced all those of Greek Music. (See MODE.) This Mode is affectionate, passionate, suitable for grand movements, and thereby for Tragedy. Aristoxenus asserts that Sappho was its inventor; but Plutarch states that ancient tablets attribute this invention to Pythoclides: he further notes that the Argives fined the first musician who employed it and introduced seven strings into Music — that is, a tonic on the seventh string.
MIXTE, adj. On appelle Modes Mixtes ou Connexes dans le Plain-Chant, les Chants dont l'étendue excede leur Octave & entre d'un Mode dans l'autre, participant ainsi de l'Authente & du Plagal. Ce mélange ne se fait que des Modes compairs, comme du premier Ton avec le second, du troisieme avec le quatrieme; en un mot, du Plagal avec sou Authente, & réciproquement.
MIXED, adj. In Plainchant, Mixed or Conjunct Modes refer to chants whose range exceeds their octave and transitions between Modes, thereby partaking of both Authentic and Plagal. This blending occurs only between paired Modes, such as the first Tone with the second, the third with the fourth; in short, the Plagal with its Authentic counterpart, and vice versa.
MOBILE, adj. On appelloit Cordes Mobiles ou Sons Mobiles dans la Musique Grecque les deux cordes moyennes de chaque Tétracorde, parce qu'elles s'accordoient différemment selon les Genres, à la différence des deux cordes extrêmes, qui, ne variant jamais, s'appelloient cordes stables. (Voyez TÉTRACORDE, GENRE, SON.)
MOVABLE, adj. In Greek Music, Movable Strings or Movable Tones designated the two middle strings of each Tetrachord, as they were tuned differently according to the Genres, unlike the two fixed outer strings that never varied. (See TETRACHORD, GENRE, TONE.)
[401] MODE, s. m. Disposition réguliere du Chant & de l'Accompagnement, relativement à certains Sons principaux sur lesquels une Piece de Musique est constituée, & qui s'appellent les cordes essentielles du Mode.
[401] MODE, s. m. (Masculine noun). The systematic arrangement of Melody and Harmony relative to certain principal Tones upon which a Musical work is founded, and which are called the essential strings of the Mode.
Le Mode diffère du l'on, en ce que celui-ci n'indique que la corde ou le lieu du systême qui doit servir de base au Chant, & le Mode détermine la Tierce & modifie toute, l'Echelle sur ce Son fondamental.
The Mode differs from the Tone in that the latter merely indicates the string or position within the system serving as the melodic foundation, whereas the Mode determines the Third and modifies the entire Scale upon this fundamental Tone.
Nos Modes ne sont fondés sur aucun caractere de sentiment comme ceux des Anciens, mais uniquement sur notre systême Harmonique. Les cordes essentielles au Mode sont au nombre de trois, & forment ensemble un Accord parfait, 1º. La Tonique, qui est la corde fondamentale du Ton & du Mode. (Voyez TON & TONIQUE.) 2.°. La Dominante à la Quinte de la Tonique. (Voyez DOMINANTE.) 3º. Enfin la Médiante qui constitue proprement le Mode, & qui est à la Tierce de cette même Tonique. (Voyez MÉDIANTE.) Comme cette Tierce peut être de deux especes, il y a aussi deux Modes différens. Quand la Médiante fait Tierce majeure avec la Tonique, le Mode est majeur; il est mineur, quand la Tierce est mineure.
Our Modes are not based on affective characters like those of the Ancients, but solely on our harmonic system. The essential strings of the Mode are three in number, forming together a perfect Chord: 1°. The Tonic, which is the foundational string of both the Tone and the Mode. (See TONE and TONIC.) 2°. The Dominant at the Fifth above the Tonic. (See DOMINANT.) 3°. Finally, the Mediant, which properly constitutes the Mode and lies at the Third of this same Tonic. (See MEDIANT.) As this Third may be of two kinds, there are also two distinct Modes. When the Mediant forms a major Third with the Tonic, the Mode is major; it is minor when the Third is minor.
Le Mode majeur est engendré immédiatement par la résonnance du corps sonore qui rend la Tierce majeure du Son fondamental: mais le Mode mineur n'est point donne par la Nature; il ne se trouvé que par analogie & renversement. Cela est vrai dans le systême de M. Tartini, ainsi que dans celui de M. Rameau.
The major Mode arises directly from the resonance of the sonorous body producing the major Third of the fundamental Tone. But the minor Mode is not given by Nature; it is derived only through analogy and inversion. This holds true in Mr. Tartini’s system as well as in Mr. Rameau’s.
Ce dernier Auteur dans ses divers ouvrages successifs a expliqué [402] cette origine du Mode mineur de différentes manieres, dont aucune n'a contenté son Interprete M. d'Alembert. C'est pourquoi M. d'Alembert fonde cette même origine sur un autre principe que je ne puis mieux exposer qu'en transcrivant les propres termes de ce grand Géometre.
The latter Author, in his successive works, explained [402] this origin of the minor Mode in various ways, none of which satisfied his interpreter Mr. d’Alembert. Hence, Mr. d’Alembert bases this same origin on another principle, which I cannot better expound than by transcribing the very words of this great Geometer:
«Dans le Chant ut mi sol qui constitue le Mode majeur, les Sons mi & sol sont tels que le Son principal ut les fait résonner tous deux; mais le second Son mi ne fait point résonner sol qui n'est que sa Tierce mineure.»
«In the melody do mi sol, which constitutes the major Mode, the Tones mi and sol are such that the principal Tone do causes both to resonate; but the second Tone mi does not cause sol to resonate, as it is only its minor Third.»
Or, imaginons qu'au lieu de ce Son mi on place entre les Sons ut & sol un autre Son qui ait, ainsi que le Son ut, la propriété de faire résonner sol, & qui soit pour tant différent d'ut; ce Son qu'on cherche doit être tel qu'il ait pour Dix-septieme majeure le Son sol ou l'une des Octaves de sol: par conséquent le Son cherché doit être à la Dix-septieme majeure au-dessous de sol, ou,ce qui revient au même, à la Tierce majeure au-dessous de ce même Son sol. Or, le Son mi étant à la Tierce mineure au-dessous de sol, & la Tierce majeure étant d'un semi-Ton plus grande que la Tierce mineure, il s'ensuit que le Son qu'on cherche sera d'un semi-Ton bas que le mi, & sera par conséquent mi Bémol.»
Now, let us imagine that instead of this mi sound, we place between the sounds ut and sol another sound which, like ut, possesses the property of resonating sol, yet differs from ut. This desired sound must be such that it has sol or one of its octaves as its major seventeenth. Consequently, the sought sound must lie a major seventeenth below sol — or equivalently, a major third below this same sol. Since mi is a minor third below sol, and the major third exceeds the minor third by a semitone, it follows that the desired sound will be a semitone lower than mi, and thus will be mi Bémol (E-flat).»
«Ce nouvel arrangement, ut, mi Bémol, sol, dans lequel les Sons ut & mi Bémol sont l'un & l'autre résonner sol, sans que ut fasse résonner mi Bémol, n'est pas, à la vérité, aussi parfait que le premier arrangement ut, mi, sol; parce que dans celui-ci les deux Sons mi & sol sont l'un & l'autre engendrés par le Son principal ut, au [403] lieu que dans l'autre le Son mi Bémol n'est pas engendré par le Son ut: mais cet arrangement ut, mi Bémol, sol, est aussi dicté par la Nature, quoique moins immédiatement que le premier; & en effet l'expérience prouve que l'oreille s'en accommode à-peu-près aussi-bien.»
«This new arrangement, ut, mi Bémol, sol, in which both ut and mi Bémol resonate sol — though ut does not resonate mi Bémol — is admittedly not as perfect as the first arrangement ut, mi, sol. For in the latter, both mi and sol are generated by the principal sound ut, whereas in the former, mi Bémol is not generated by ut. Yet this arrangement ut, mi Bémol, sol is still dictated by Nature, albeit less directly than the first. Indeed, experience confirms that the ear accommodates it nearly as well.»
«Dans ce Chant ut, mi Bémol, sol, ut, il est évident que la Tierce d'ut à mi Bémol est mineure; & telle est l'origine du genre ou Mode appellé Mineur.» Elémens de Musique, pag.22.
«In this melody ut, mi Bémol, sol, ut, it is evident that the third from ut to mi Bémol is minor — and such is the origin of the genus or mode called Mineur (Minor).» Elémens de Musique, p.22.
Le Mode une sois déterminé, tous les Sons de la Gamme prennent un nom relatif au fondamental, & propre à la place qu'ils occupent dans ce Mode-rà. Voici les noms de toutes les Notes relativement à leur Mode, en prenant l'Octave d'ut pour exemple du Mode majeur, & celle de la pour exemple du Mode mineur.
Once the Mode is determined, all sounds in the gamut acquire names relative to the fundamental and specific to their position within this mode. Below are the names of all notes relative to their mode, using the ut octave as an example for the major mode and the la octave for the minor mode.
Majeur. Mineur.
Major. Minor.
Ut La Tonique
Ut La Tonic
Re Si Seconde Note
Re Si Second
Mi Ut Médiane
Mi Ut Mediant
Fa Re Quatrieme Note ou Sous-Dominante
Fa Re Fourth or Subdominant
Sol Mi Dominante
Sol Mi Dominant
La Fa Sixieme Note, ou Sus-Dominante
La Fa Sixth or Superdominant
Si Sol Septieme Note
Si Sol Seventh
Ut La Octave
Ut La Octave
Il faut remarquer que quand la septieme Note n'est qu'à un semi-Ton de l'Octave; c'est-à-dire, quand elle fait la Tierce majeure de la Dominante, comme le si naturel en majeur, ou le sol Dièse en mineur, alors cette septieme [404] Note s'appelle Note sensible, parce qu'elle annonce la Tonique & fait sentir le Ton.
Note that when the seventh note lies only a semitone below the octave — that is, when it forms a major third above the Dominant (as with natural si in major or sol Dièse [G-sharp] in minor) — this seventh [404] note is termed the Note sensible (leading tone), for it heralds the Tonic and establishes the Tonality.
Non-seulement chaque Degré prend le nom qui lui convient, mais chaque Intervalle est déterminé relativement au Mode. Voici les regles établies pour cela.
Not only does each degree acquire its proper name, but every interval is determined relative to the Mode. The following rules govern this:
1º. La seconde Note doit faire sur la Tonique une Seconde majeure, la quatrieme & la Dominante une Quarte & une Quinte justes; & cela également dans les deux Modes.2? Dans le Mode majeur, la Médiante ou Tierce, la Sixte & la Septieme de la Tonique doivent toujours être majeures; c'est le caractere du Mode. Par la même raison ces trois Intervalles doivent être mineurs dans le Mode mineur; cependant, comme il faut qu'on y apperçoive aussi la Note sensible, ce qui ne peut se faire sans fausse relation, tandis que la sixieme Note reste mineure; cela cause des exceptions auxquelles on a égard dans le Cours de l'Harmonie & du Chant: mais il, faut toujours que la Clef avec ses transpositions donne tous les Intervalles déterminés par rapport à la Tonique selon l'espece du Mode: on trouvera. au mot Clef une regle générale pour cela.
1. The second Note must form a major Second above the Tonic, while the fourth and Dominant must form a perfect Fourth and perfect Fifth respectively – this applies equally to both Modes. 2. In the major Mode, the Mediant or third, sixth, and seventh of the Tonic must always be major; this constitutes the Mode's defining character. By the same principle, these three Intervals must be minor in the minor Mode. However, since the leading tone must still be perceptible here – which cannot occur without creating a false relation while maintaining the minor sixth – exceptions arise that are addressed in harmonic and melodic practice. The key signature and its transpositions must invariably yield all Intervals determined relative to the Tonic according to the Mode's type. A general rule for this will be found under the entry Key Signature.
Comme toutes les cordes naturelles de l'Octave d'ut donnent relativement à cette Tonique tous les Intervalles prescrits pour le Mode majeur, & qu'il en est de même de l'Octave de la pour le Mode mineur, l'exemple précédent, que je n'ai proposé que pour les noms des Notes, doit servir aussi de formule pour la regle des Intervalles dans chaque Mode.
As all natural pitches within the C octave inherently provide the Intervals prescribed for the major Mode relative to this Tonic, and likewise for the A octave in the minor Mode, the preceding example – which I offered merely for Note nomenclature – shall also serve as a formula governing Interval rules within each Mode.
[405] Cette regle n'est point, comme on pourroit le croire, établie sur des Principes purement arbitraires: elle a son fondement dans la génération harmonique, au moins jusqu'à certain point. Si vous donnez l'Accord parfait majeur à la Tonique, à la Dominante, & a la sous- Dominante, vous aurez tous les Sons de l'Echelle Diatonique pour le Mode majeur: pour avoir celle du Mode mineur, laissant toujours la Tierce majeure à la Dominante, donnez sa Tierce mineure aux deux autres Accords. Telle est l'analogie du Mode.
[405] This rule is not, as one might suppose, founded upon arbitrary principles: its basis lies in harmonic generation, at least to a certain extent. If you assign the perfect major chord to the Tonic, Dominant, and Subdominant, you will obtain all pitches of the Diatonic Scale for the major Mode. To derive the minor Mode's scale while retaining the Dominant's major third, assign minor thirds to the other two chords. Such is the modal analogy.
Comme ce mélange d'Accords majeurs & mineurs introduit en Mode mineur une fausse relation entre la sixieme Note & la Note sensible, on donne quelquefois, pour éviter cette fausse relation, la Tierce majeure à la quatrieme Note en montant, ou la Tierce mineure à la Dominante en descendant, sur-tout par renversement; mais ce sont alors des exceptions.
This blending of major and minor chords introduces a false relation in the minor Mode between the sixth Note and the leading tone. To avoid this, the major third is occasionally given to the fourth Note ascending, or the minor third to the Dominant descending – particularly through inversion – but these remain exceptions.
Il n'y a proprement que deux Modes, comme on vient de le voir mais comme il y a douze Sons fondamentaux qui donnent autant de Tons dans le systême, & que chacun de ces Tons est susceptible du Mode majeur & du Mode mineur, on peut composer en vingt-quatre Modes ou manieres; Maneries, disoient nos vieux Auteurs en leur Latin. Il y en a même trente-quatre possibles dans la maniere de Note: mais dans la pratique on en exclud dix, qui ne sont au fond que la répétition de dix autres, sous des relations beaucoup plus difficiles, où toutes les cordes changeroient de noms, & où l'on auroit peine à se reconnoître. Tels [406] sont les Modes majeurs sur les Notes diésées, & les Modes mineurs sur les Bémols. Ainsi, au lieu de composer en sol Dièse Tierce majeure, vous composerez en la Bémol qui donne les mêmes touches; & au lieu de composer en re Bémol mineur, vous prendrez ut Dièse par la même raison; savoir, pour éviter d'un côté un F double Dièse, qui deviendroit un G naturel; & de l'autre, un B double Bémol; qui deviendroit un A naturel.
Properly speaking, there exist only two Modes, as we have just seen. Yet as there are twelve fundamental tones yielding as many Keys within the system – each admitting both major and minor Modes – twenty-four Modes or modal varieties may be composed (our ancient authors called them Maneries in their Latinized jargon). Thirty-four are theoretically possible through enharmonic equivalence, but practice excludes ten that merely duplicate others through more cumbersome relations requiring complete pitch renaming. [406] Such are major Modes on sharped Notes and minor Modes on flats. Thus, instead of composing in G-sharp major, you would use A-flat (which employs identical keys); and rather than D-flat minor, you would take C-sharp – thereby avoiding on one hand an F double sharp (which becomes G natural), and on the other a B double flat (which resolves to A natural).
On ne reste pas toujours dans le Ton ni dans le Mode par lequel on a commencé un Air; mais, soit pour l'expression, soit pour la variété, on change de Ton & de Mode, selon l'analogie harmonique; revenant pourtant toujours à celui qu'on a fait entendre le premier, ce qui s'appelle Moduler.
A composition need not remain confined to its initial Key or Mode. For expressive variety, one may shift Keys and Modes through harmonic analogy – provided one ultimately returns to the original, a process called modulation.
De-là, naît une nouvelle distinction du Mode en principal & relatif; le principal est celui par lequel commence & finit la Piece; les relatif sont ceux qu'on entrelace avec le principal dans le courant de la Modulation. (Voyez, MODULATION.)
Hence arises the distinction between principal and relative Modes: the principal being that in which the piece begins and ends; the relative those interwoven during modulation. (See MODULATION.)
Le Sieur Blainville, savant Musicien de Paris, proposa en 1751, l'essai d'un troisieme Mode qu'il appelle Mode mixte, parce qu'il participe à la Modulation des deux autres, ou plutôt qu'il enest composé; mélange que l'Auteur ne regarde point comme un inconvénient, mais plutôt comme un avantage & une source de variété & de liberté dans les Chants & dans l'Harmonie.
Mr. Blainville, a learned Parisian musician, proposed in 1751 the trial of a third Mode which he calls the Mixed Mode, as it partakes in the Modulation of the other two—or rather is composed of them. This blending the Author considers not an inconvenience but rather an advantage, serving as a source of variety and freedom in Melodies and Harmony.
Ce nouveau Mode n'étant point donne par l'analyse de trois Accords comme les deux autres, ne se détermine pas [407] comme eux par des Harmoniques essentiels au Mode, mais par une Gamme entiere qui lui est propre, tant en montant qu'en descendant; en sorte que dans nos deux Modes la Gamme est donnés par les Accords, & que dans le Mode mixte les Accords sont donnés par la Gamme.
This new Mode, not being derived from the analysis of three Chords like the others, is not determined [407] by harmonic essentials intrinsic to the Mode, but by an entire scale unique to it—both ascending and descending. Thus, in our two traditional Modes the scale is given by the Chords, whereas in the Mixed Mode the Chords are derived from the scale.
La formule de cette Gamme est dans la succession ascendante & descendante des Notes suivantes:
The formula of this scale lies in the ascending and descending succession of the following Notes:
Mi Fa Sol La Si; Ut Re Mi
Mi Fa Sol La Si; Ut Re Mi
dont la différence essentielle est, quant à la Mélodie, dans la position des deux semi-Tons, dont le premier se trouvé entre la Tonique & la seconde Note, & l'autre entre la cinquieme & la sixieme; &, quant a l'Harmonie, en ce qu'il porte sur sa Tonique la Tierce mineure, en commençant, & majeure en finissant, comme on peut le voir, (Pl. L. Fig. 5.) dans l'Accompagnement de cette Gamme, tant en montant qu'en descendant, tel qu'il a été donne par l'Auteur, & exécuté au Concert Spirituel le 30 Mai 1751.
Its essential distinction lies melodically in the placement of two semitones: the first between the Tonic and second Note, the other between the fifth and sixth. Harmonically, it bears a minor Third on its Tonic when beginning and a major Third when concluding, as seen (Pl. L. Fig. 5.) in the accompaniment of this scale—both ascending and descending—as presented by the Author and performed at the Concert Spirituel on 30 May 1751.
On objecte au Sieur de Blainville que son Mode n'a ni Accord, ni corde essentielle, ni cadence qui lui soit propre, & le distingue suffisamment des Modes majeur ou mineur. Il répond à cela que la différence de son Mode est moins dans l'Harmonie que dans la Mélodie, & moins dans le Mode même que dans la Modulation; qu'il est distingué dans ton commencement du Mode majeur, par sa Tierce mineure, & dans sa fin du Mode mineur par sa Cadence plagale. A quoi l'on réplique qu'une Modulation qui n'est pas exclusive ne suffit pas pour établir un Mode [408] que la une est inévitable dans les deux autres Modes, surtout dans le mineur; &, quant à sa Cadence plagale, qu'elle a lieu nécessairement dans le même Mode Mineur toutes fois qu'on passe de l'Accord de la Tonique à celui de la Dominante, comme cela se pratiquoit jadis, même sur les finales dans les Modes plagaux & dans le Ton du Quart, D'où l'on conclut que son Mode mixte est moins une espece particuliere qu'une dénomination nouvelle à des manieres d'entrelacer & combiner les Modes majeur & mineur, aussi anciennes que l'Harmonie, pratiquées de tous les tems cela paroît si vrai, que même en commençant sa Gamme, l'Auteur n'ose donner ni la Quinte ni la Sixte à sa Tonique, de peur de déterminer une Tonique en Mode mineur par la premiere, ou une Médiante en Mode majeur par la seconde. Il laissé l'équivoque en ne remplissant pas son Accord.
Objections are raised against Mr. Blainville that his Mode lacks a distinctive Chord, essential tone, or cadence to sufficiently differentiate it from the major or minor Modes. He replies that his Mode's distinction lies less in Harmony than in Melody, and less in the Mode itself than in Modulation; that it is distinguished from the major Mode at its outset by its minor Third, and from the minor Mode at its close by its plagal cadence. Critics counter that non-exclusive Modulation cannot establish a [408] Mode, as such transitions occur inevitably in the other two Modes—especially the minor. As for his plagal cadence, they argue it necessarily arises in the same minor Mode whenever passing from the Tonic to Dominant Chord, as formerly practiced even on final cadences in plagal Modes and the Quart Tone. Hence, his Mixed Mode appears less a distinct species than a novel label for interweaving major and minor Modes—a practice as old as Harmony itself. This seems evident, for even when initiating his scale, the Author dares not assign a Fifth or Sixth to his Tonic, lest he fix a Tonic in the minor Mode through the former or a Mediant in the major Mode through the latter. He leaves ambiguity by leaving his Chord incomplete.
Mais quelque objection qu'on puisse faire contre le mode mixte dont on rejette plutôt le nom que la pratique, cela n'empêchera pas que la maniere dont l'Auteur l'établit & le traité, ne le fasse connoître pour un homme d'esprit & pour un Musicien très-versé dans les principes de son Art.
Yet whatever objections may be raised against the Mixed Mode—whose name is rejected more than its practice—they cannot obscure that the Author’s treatment of it reveals him as both a man of intellect and a musician deeply versed in the principles of his Art.
Les Anciens différent prodigieusement entr'eux sur les définitions, les divisions, & les noms de leurs Tons ou Modes. Obscurs sur toutes les parties de leur Musique, ils sont presque inintelligibles sur celle-ci. Tous conviennent à la vérité qu'un Mode est un certain systême ou une, constitution de Sons, & il paroît que cette constitution n'est autre chose en elle-même qu'une certaine Octave remplie [409] de tous les Sons intermédiaires, selon le Genre. Euclide & Ptolomée semblent la faire consister dans les diverses positions des deux semi-Tons del'Octave, relativement à la corde principale du Mode, comme on le voit encore aujourd'hui dans les huit Tons du Plain-Chant: mais le plus grand nombre paroît mettre cette différence uniquement dans le lieu qu'occupe le Diapason du Mode dans le systême général; c'est-à-dire, en ce que la Base ou corde principale du Mode est plus aiguë ou plus grave, étant prise en divers lieux du systême, toutes les cordes de la Série gardant toujours un même rapport avec la fondamentale, & par conséquent changeant d'Accord à chaque Mode pour conserver l'analogie de ce rapport: telle est la différence des Tons de notre Musique.
The Ancients differ prodigiously among themselves regarding the definitions, divisions, and names of their Tones or Modes. Obscure on all aspects of their Music, they are nearly unintelligible on this matter. All agree in truth that a Mode is a certain system or constitution of Sounds, and it appears that this constitution is itself nothing other than a particular Octave filled [409] with all intermediate Sounds according to the Genus. Euclid and Ptolemy seem to base it upon the varied placements of the two semitones within the Octave relative to the principal string of the Mode, as may still be observed today in the eight Tones of Plainchant. Yet most authorities appear to locate this difference solely in the position occupied by the Diapason of the Mode within the general system — that is, in whether the Bass or principal string of the Mode is higher or lower when drawn from different points of the system, while all strings in the series maintain fixed relations to the fundamental, thereby altering their Harmony with each Mode to preserve proportional analogy. Such is the distinction between the Tones of our Music.
Selon le premier sens, il n'y auroit que sept Modes possibles dans le systême Diatonique; & en effet, Ptolomée n'en admet pas davantage: car il n'y a que sept manieres de varier la portion des deux semi-Tons relativement au Son fondamental, en gardant toujours entre ces deux semi- Tons l'Intervalle prescrit. Selon le second sens, il y auroit autant de Modes possibles que de Sons; c'est-à-dire, une infinité; mais si l'on se renferme de même dans le systême Diatonique, on n'y en trouvera non plus que sept, à moins qu'on veuille prendre pour de nouveaux Modes ceux qu'on établiroit à l'Octave des premiers.
By the first interpretation, there could be only seven possible Modes within the Diatonic system; indeed, Ptolemy admits no more. For there are but seven ways to vary the placement of two semitones relative to the fundamental Sound while preserving the prescribed interval between them. By the second interpretation, there might be as many Modes as there are Sounds — that is, an infinite number. Yet if confined to the Diatonic system, one finds no more than seven, unless one counts as new Modes those established at the Octave of the original ones.
En combinant ensemble ces deux manieres, on n'a encore besoin que de sept Modes; car si l'on prend ces Modes en divers lieux du systême, on trouvé en même tems les Sons [410] fondamentaux distingués du grave à l'aigu, & les deux semi-Tons différemment situés relativement au Son principal.
By combining these two approaches, we still require only seven Modes. For if these Modes are taken from different positions in the system, we simultaneously distinguish fundamental Sounds from low to high and differently situate the two semitones relative to the principal Sound.
Mais outre ces Modes on en peut former plusieurs autres, en prenant dans la même Série & sur le même Son fondamental différens Sons pour les cordes essentielles du Mode: par exemple, quand on prend pour Dominante la Quinte du Son principal, le Mode est Authentique: il est Plagal, si l'un choisit la Quarte; & ce sont proprement deux Modes différens sur la même fondamentale. Or, comme pour constituer un Mode agréable, il faut, disent les Grecs, que la Quarte & la Quinte soient justes, ou du moins une des deux, il est évident qu'on n'a dans l'étendue de l'Octave que cinq Sons fondamentaux sur chacun desquels on puisse établir un Mode Authentique & un Plagal. Outre ces dix Modes on en trouvé encore deux, l'un Authentique, qui ne peut fournir de Plagal, parce que sa Quarte fait le Triton; l'autre Plagal, qui ne peut fournir d'Authentique, parce que sa Quinte est fausse. C'est peut-être ainsi qu'il faut entendre un passage de Plutarque où la Musique se plaint que Phrynis l'a corrompue en voulant tirer de cinq cordes ou plutôt de sept, douze Harmonies différentes.
But beyond these Modes, others may be formed by selecting different essential strings for the Mode within the same series and on the same fundamental Sound. For instance, when the Dominant is the Fifth of the principal Sound, the Mode is Authentic; it is Plagal if the Fourth is chosen — properly constituting two distinct Modes upon the same fundamental. Now, as the Greeks assert that to form a pleasing Mode, the Fourth and Fifth must be perfect (or at least one of them), it is evident that within an Octave's span, only five fundamental Sounds exist upon which one may establish both an Authentic and a Plagal Mode. Beyond these ten Modes, two more are found: one Authentic that cannot yield a Plagal because its Fourth forms the tritone; another Plagal that cannot yield an Authentic because its Fifth is false. This may illuminate a passage in Plutarch where Music laments that Phrynis corrupted her by seeking to derive twelve distinct Harmonies from five — or rather seven — strings.
Voilà donc douze Modes possibles dans l'étendue d'une Octave ou de deux Tétracordes disjoints: que si l'on vient à conjoindre les deux Tétracordes; c'est-à-dire, à donner un Bémol à la Septieme en retranchant l'Octave; ou si l'on devise les Tons entiers par les Intervalles Chromatiques, pour y introduire de nouveaux Modes intermédiaires; ou si, ayant seulement égard aux différences du grave à l'aigu, on place [411] d'autres Modes à l'Octave des précédens; tout cela fournira divers moyens de multiplier le nombre des Modes beaucoup au-delà de douze. Et ce sont-là les seules manieres d'expliquer les divers nombres de Modes admis ou rejettés par les Anciens en divers tems.
Thus twelve Modes become possible within an Octave or two disjunct Tetrachords. Should one conjoin the Tetrachords (by flattening the Seventh and omitting the Octave), or divide whole Tones with Chromatic intervals to introduce intermediate Modes, or place other Modes at the Octave of prior ones by attending solely to pitch differences — all this multiplies Modes far beyond twelve. Such methods alone explain the varying numbers of Modes accepted or rejected by the Ancients across eras.
L'ancienne Musique ayant d'abord été renfermée dans les bornes étroites du Tétracorde, du Pentacorde, de l'Hexacorde, de l'Eptacorde & de l'Octacorde, on n'y admit premiérement que Modes dont les fondamentales étoient à un Ton de distance l'une de l'autre. Le plus grave des trois s'appelloit le Dorien; le Phrygien tenoit le milieu; le plus aigu étoit le Lydien. En partageant chacun de ces Tons en deux Intervalles, on fit place à deux autres Modes, l'Ionien & l'Eolien, dontle premier fut inséré entre le Dorien &, le Phrygien, & le second entre le Phrygien & le Lydien.
Ancient Music being initially confined within the narrow bounds of the Tetrachord, Pentachord, Hexachord, Heptachord, and Octachord, only three Modes were first admitted, whose fundamentals stood a whole Tone apart. The lowest of these was called the Dorian; the Phrygian occupied the middle; the highest was the Lydian. By dividing each of these Tones into two Intervals, space was made for two other Modes – the Ionian and Aeolian – the former inserted between Dorian and Phrygian, the latter between Phrygian and Lydian.
Dans la suite le systême s'étant étendu à l'aigu & au grave, les Musiciens établirent, de part & d'autre, de nouveaux Modes qui tiroient leur dénomination des cinq premiers, en y joignant la préposition Hyper, sur, pour ceux d'en-haut, & la préposition Hypo, sous, pour ceux d'en-bas. Ainsi le Mode Lydien étoit suivi de l'Hyper-Dorien, de l'Hyper-Ionien, de l'Hyper-Phrygien, de l'Hyper-Eolien, & de l'Hyper-Lydien en montan; & après le Mode Dorien venoient l'Hypo-Lydien, l'Hypo-Eolien, l'Hypo-Phrygien, l'Hypo-Ionien, & l'Hypo-Dorien en descendant. On trouvé le dénombrement de ces quinze Modes dans Alypius, Auteur Grec. Voyez (Planche E) leur ordre &leurs Intervalles exprimés par les noms des Notes de notre Musique. Mais il [412] faut remarquer que l'Hypo-Dorien étoit le seul Mode que exécutoit dans toute son étendue.: à mesure que les autres s'élevoient, on en retranchoit des Sons à l'aigu. pour ne pas excéder la portée de la Voix. Cette observation sert à l'intelligence de quelques passages des Anciens, par lesquels ils semblent dire que les Modes les plus graves avoient un Chant plus aigu; ce qui étoit vrai, en ce que ces Chant s'élevoient davantage au-dessus de la Tonique. Pour n'avoir pas connu cela, le. Doni s'est furieusement embarrassé dans ces: apparentes, contradictions.
Later, as the system expanded both upwards and downwards, musicians established new Modes on either side, deriving their names from the original five by prefixing Hyper ("above") for those ascending and Hypo ("below") for those descending. Thus, above the Lydian Mode followed the Hyper-Dorian, Hyper-Ionian, Hyper-Phrygian, Hyper-Aeolian, and Hyper-Lydian; while below the Dorian came the Hypo-Lydian, Hypo-Aeolian, Hypo-Phrygian, Hypo-Ionian, and Hypo-Dorian. Alypius, a Greek author, enumerates these fifteen Modes. (See Plate E for their order and Intervals expressed through modern note names.) However, [412] it must be noted that only the Hypo-Dorian Mode was executed in its full compass. As the others ascended, notes were removed from the upper range to avoid exceeding vocal limits. This observation clarifies certain ancient passages suggesting lower Modes paradoxically had higher melodies – true insofar as their melodies ascended further above the tonic. Doni's confusion over these apparent contradictions stemmed from ignorance of this principle.
De tous ces Modes, Platon en rejettoit plusieurs, comme capables d'altérer les moeurs.
Plato rejected several of these Modes as morally corrupting.
Aristoxène, au rapport d'Euclide., en admettoit seulement treize, supprimant les deux plus élevés; savoir, l'Hyper-Eolien. & l'Hyper-Lydien. Mais dans l'ouvrage qui nous reste d'Arisloxène il en nomme seulement six, sur lesquels il rapporte les divers sentimens qui régnoient déjà de son tems.
Aristoxenus, according to Euclid, admitted only thirteen Modes, omitting the two highest – the Hyper-Aeolian and Hyper-Lydian. Yet in his extant works, Aristoxenus names but six, reflecting the conflicting opinions already prevalent in his time.
Enfin Ptolomée réduisoit le nombre dé ces: Modes à sept; disant. que les Modes n'étoient pas introduits dans le dessein de varier les Chants selon le grave & l'aigu; car il est évident qu'on auroit pu les multiplier sort au-delà de quinze: mais plutôt afin de faciliter le passage d'un Mode à l'autre par des Intervalles consonnans & faciles à entonner.
Ptolemy ultimately reduced these Modes to seven, arguing they were instituted not to vary melodies through pitch (which could multiply Modes beyond fifteen) but to facilitate transitions between Modes through consonant, easily intoned Intervals.
Il renfermoit donc tous les Modes dans l'espace d'une Octave dont le Mode Dorien faisoit comme le centre: en sorte que le Mixo-Lydien étoit une Quarte au-dessous, & l'Hypo.-Dorien une Quarte au-dessous; le Phrygien, une: Quinte: au-dessus de 1-Hypo-Dorien; l'Hypo-Phrygien, une [413] Quarte au-dessous du Phrygien; & le Lydien, une Quinte au-dessus de l'Hypo-Phrygien: d'où il paroît, qu'à compter de l'Hypo-Dorien, qui est le Mode le plus bas, il y avoir jusqu'à l'Hypo-Phrygien l'Intervalle d'un Ton; de l'Hypo-Phrygien à l'Hypo-Lydien, un autre Ton; de l'Hypo-Lydien au Dorien, un semi-Ton; de celui-ci au Phrygien, un Ton; du Phrygien au Lydien encore un Ton, & du Lydien au Mixo-Lydien un semi-Ton: ce qui fait l'étendue d'une septieme, en cet ordre:
He thus confined all Modes within an Octave span, with the Dorian as central pivot: the Mixolydian lay a Fourth below, the Hypo-Dorian a Fourth below that; the Phrygian a Fifth above the Hypo-Dorian; the Hypo-Phrygian a [413] Fourth below the Phrygian; and the Lydian a Fifth above the Hypo-Phrygian. From the lowest Hypo-Dorian to the Hypo-Phrygian spans a Tone; another Tone to Hypo-Lydian; a semitone to Dorian; a Tone to Phrygian; another Tone to Lydian; and a semitone to Mixolydian – totaling a seventh. This sequence appears thus:
1......Fa.... Mixo-Lydien
1......F.... Mixolydian
2.....Mi.....Lydien
2.....E.....Lydian
3......Re......Phrygien
3......D......Phrygian
4.....Ut......Dorien
4.....C......Dorian
5......Si...... Hypo-Lydien
5......B...... Hypo-Lydian
6......La.....Hypo-Phrygien
6......A.....Hypo-Phrygian
7......Sol....Hypo-Dorien
7......G....Hypo-Dorian
Ptolomée retranchoit tous les autres Modes, prétendant qu'on n'en pouvoir placer un plus grand nombre dans le systême diatonique d'une Octave, toutes les cordes qui la composoient se trouvant employées. Ce sont ces sept Modes de Ptolomée, qui, en y joignant l'Hypo-mixo-Lydien, ajouté, dit-on, par l'Arétin, sont aujourd'hui les huit Tons du Plain-Chant. (Voyez TONS DE L'ÉGLISE.)
Ptolemy rejected all other Modes, claiming that no greater number could be accommodated within the diatonic system of an octave, as all its constituent notes were already employed. These seven Modes of Ptolemy, along with the Hypo-Mixolydian added—it is said—by Guido d'Arezzo, now form the eight Church Tones of plainchant. (See CHURCH TONES.)
[414] Telle est la notion la plus claire qu'on peut tirer des Tons ou i de l'ancienne Musique, en tant qu'on les regardoit comme ne différant entr'eux que du grave à l'aigu: mais ils avoient encore d'autres différences qui les caractérisoient plus particulièrement, quant à l'expression. Elles se tiroient du genre de Poésie qu'on mettoit en Musique, de l'espece d'Instrument qui devoit l'accompagner, du Rhythme ou de la Cadence qu'on y observoit, de l'usage où étoient certains Chants parmi certains Peuples, & d'où sont venus originairement les noms des principaux is, le Dorien, le Phrygien, le Lydien, l'Ionien, l'Eolien.
[414] Such is the clearest understanding we may derive concerning the Tones or Modes of ancient music, insofar as they were viewed as differing only in pitch from grave to acute. Yet they possessed other distinguishing characteristics relating to expression. These arose from the genre of poetry set to music, the type of accompanying instrument, the observed rhythm or cadence, and the customary use of certain chants among specific peoples—hence the original names of principal Modes: Dorian, Phrygian, Lydian, Ionian, Aeolian.
Il y avoit encore d'autres sortes de is qu'on auroit pu mieux appeller i de composition: tels étoient le i tragique destiné pour le Théâtre, le i Nomique consacré à Apollon, le Dithyrambique à Bacchus, &c. (Voyez STYLE & MÉLOPÉE.)
There existed further categories of Modes more aptly termed compositional styles: the tragic Mode for theater, the Nomian Mode dedicated to Apollo, the Dithyrambic to Bacchus, &c. (See STYLE & MELOPOEIA.)
Dans nos anciennes Musiques, on appelloit aussi Modes, par rapport à la Mesure ou au Tems, certaines manieres de fixer la valeur relative de toutes les Notes par un signe général; le Mode étoit à-peu-près alors ce qu'est aujourd'hui la Mesure; il se marquoit de même après la Clef, d'abord par des cercles ou demi-cercles ponctués ou sans points suivis des chiffres 2 ou 3 différemment combinés, à quoi l'on ajouta ou subititua dans la suite des lignes perpendiculaires différentes selon le Mode, en nombre & en longueur; & c'est de cet antique usage que nous est resté celui du C & du C barré. (Voyez PROLATION.
In our earlier musical systems, Modes also referred—relative to meter or time—to methods of fixing the relative value of all notes through general signs. The Mode then approximated what we now call meter; it was marked similarly after the clef, initially through circles or semicircles (dotted or plain) followed by numerals 2 or 3 in varied combinations. Later, perpendicular lines of varying number and length were added or substituted, from which derive our modern C and barred C. (See PROLATION.)
Il y avoir en ce sers deux sortes de Modes: le majeur, [415] qui se rapportoit à la Note Maxime; & le mineur, qui étoit pour la Longue. L'un & l'autre se divisoit en parfait & imparfait.
There were two kinds of Modes in this system: [415] the major, corresponding to the Maxima note; and the minor, pertaining to the Long. Each was subdivided into perfect and imperfect.
Le Mode majeur parfait se marquoit avec trois rignes ou bâtons qui remplissoient chacun trois espaces de la Portée, & trois autres qui n'en remplissoient que deux. Sous ce Mode la Maxime valoir trois Longues. (Voyez Pl. B. Fig. 2.)
The perfect major Mode was marked with three staff lines (or strokes) each spanning three staff spaces, and three others spanning two. Under this Mode, the Maxima equaled three Longs. (See Plate B. Fig. 2.)
Le Mode majeur imparfait étoit marqué par lignes qui traversoient chacune trois espaces, & deux autres qui n'en traversoient que deux; & alors la Maxime ne valoit que deux Longues. (Fig. 3.)
The imperfect major Mode used lines spanning three spaces and two lines spanning two, the Maxima then equaling two Longs. (Fig. 3.)
Le Mode mineur parfait étoit marqué par une seule ligne qui traversoit trois espaces; & la Longue valoit trois Breves. (Fig. 4.)
The perfect minor Mode employed a single line spanning three spaces, the Long equaling three Breves. (Fig. 4.)
Le Mode mineur imparfait étoit marqué par une ligne qui ne traversoit que deux espaces; & la Longue n'y valoit que deux Breves. (Fig. 5.)
The imperfect minor Mode used a line spanning two spaces, the Long equaling two Breves. (Fig. 5.)
L'Abbé Brossard a mêlé mal-à-propos les Cercles & demi-Cercles avec les figures de ces Modes. Ces signes réunis n'avoient jamais lieu dans les Modes simples, mais seulement quand les Mesures étoient doubles ou conjointes.
Abbé Brossard erroneously conflated circles and semicircles with these Mode figures. Such combined signs never occurred in simple Modes, but only in double or compound meters.
Tout cela n'est plus en usage depuis long-tems; mais il faut nécessairement entendre ces signes pour savoir déchiffrer les anciennes Musiques, en quoi les plus savans Musiciens sont souvent fort embarrassés.
These practices long fell into disuse; yet understanding these signs remains essential for deciphering early notations—a task still perplexing even learned musicians.
MODÉRÉ, adv. Ce mot indique un mouvement moyen entre le lent & le gai; il répond à l'Italien Andante. (Voyez ANDANTE.)
MODERATO, adv. This term indicates a tempo midway between slow and lively, equivalent to the Italian Andante. (See ANDANTE.)
[416] MODULATION, s. f. C'est proprement la maniere d'établir & traiter le Mode; mais ce mot se prend plus communément aujourd'hui pour l'art de conduire l'Harmonie &, le Chant successivement dans plusieurs Modes d'une maniere agréable à l'oreille & conforme aux regles.
[416] MODULATION, n. Properly, the manner of establishing and treating a Mode; though now more commonly understood as the art of guiding harmony and melody through successive Modes in ways pleasing to the ear and rule-bound.
Si le Mode est produit par l'Harmonie, c'est d'elle aussi que naissent les loix de la Modulation. Ces loix sont simples à concevoir, mais difficiles à bien observer. Voici en quoi elles consistent.
If Mode arises from harmony, modulation's laws too spring therefrom. These laws are simple in conception yet arduous in execution. Their essence follows:
Pour bien moduler dans un même Ton, il faut 1°. en parcourir tous les Sons avec un beau Chant, en rebattant plus souvent les cordes essentielles & s'y appuyant davantage; c'est-à-dire, que l'Accord sensible, & l'Accord de la Tonique doivent s'y remontrer fréquemment, mais sous différentes faces & par différentes routes pour prévenir la monotonie. 2º. N'établir de Cadences ou de repos que sur ces deux Accords, ou, tout au plus sur celui de la sous-Dominante. 3º. Enfin n'altérer jamais aucun des Sons du Monde; car on ne peut, sans le quitter, faire entendre un Dièse ou un Bémol qui ne lui appartienne pas, ou en retrancher quelqu'un qui lui appartienne.
To modulate well within a single Tone: 1° Traverse all its notes with elegant melody, emphasizing essential chords through frequent returns—the leading-tone chord and tonic chord must reappear often, yet through varied pathways to avoid monotony. 2° Permit cadences or rests only upon these two chords, or at most the Subdominant. 3° Never alter any note belonging to the Tone; for introducing sharps or flats foreign to it, or omitting native ones, constitutes abandonment.
Mais pour passer d'un Ton à un autre, il faut.consulter l'analogie, avoir égard au rapport des Toniques; & à la quantité des cordes communes aux deux Tons.
But to shift between Tones, one must consult analogies—consider tonic relationships and shared chordal notes.
Partons d'abord du Mode majeur. Soit que l'on considere la Quinte de la Tonique, comme ayant avec elle le plus simple de tous les rapports après celui de l'Octave, soit qu'on la considere comme le premier des Sons qui entrent dans [417] la résonnance de cette même Tonique, on trouvera toujours que cette Quinte, qui est la Dominante du Ton, est la corde sur laquelle on peut établir la Modulation la plus analogue à celle du Ton principal.
Beginning with the major Mode: Whether viewing the tonic's fifth as bearing the simplest interval (after the octave) or as the primary harmonic partial, this Dominant note proves the foundation for modulation most analogous to the principal Tone.
Cette Dominante, qui faisoit partie de l'Accord parfait de cette premiere Tonique, fait aussi partie du sien propre, dont elle est le Son fondamental. Il y a donc liaison entre ces deux Accords. De plus, cette même Dominante portant, ainsi que la Tonique, un Accord parfait majeur par le principe de la résonnance, ces deux Accords ne different entr'eux que par la Dissonance, qui de la Tonique passant à la Dominante, est la Sixte ajoûtée, & de la Dominante repassant la Tonique, est la Septieme. Or ces deux Accords ainsi distingués par la Dissonance qui convient à chacun, forment, par les Sons qui les composent rangés en ordre, précisément l'Octave ou Echelle Diatonique que nous appellons Gamme, laquelle détermine le Ton.
This Dominant, being part of the tonic's perfect chord, also forms its own chordal foundation. Thus, connection exists between these chords. Moreover, both tonic and Dominant bearing major triads through resonance principles, their distinction lies solely in dissonance treatment—the added sixth when progressing tonic to Dominant, the seventh when returning. These chords, thus differentiated, ordered sequentially, precisely form the diatonic octave we call the gamut, which defines the Tone.
Cette même Gamme de la Tonique, forme, altérée seulement par un Dièse, la Gamme du Ton de la Dominante; ce qui montre la grande analogie de ces deux Tons, & donne la facilité de passer de l'un à l'autre au moyen d'une seule altération. Le Ton de la Dominante est donc le présente qui se présente après celui de la Tonique dans l'ordre des Modulations.
This same tonic gamut, altered only by one sharp, yields the Dominant's gamut—demonstrating their profound analogy and enabling transition through a single alteration. Thus, the Dominant Tone stands first in modulation order after the tonic.
La même simplicité de rapport que nous trouvons entre une Tonique & sa Dominante, se trouvé aussi entre la même Tonique & sa sous-Dominante; car la Quinte que la Dominante fait a l'aigu avec cette Tonique, la sous-Dominante [418] la fait au grave: mais cette sous-Dominante n'est Quinte de la Tonique que par renversement; elle est directement Quarte en plaçant cette Tonique au grave, comme elle doit être; ce qui établit la gradation des rapports: car en ce sens la Quarte, dont le rapport est de 3 à 4, suit immédiatement la Quinte, dont le rapport est de 2 à 3. Que si cette sous-Dominante n'entre pas de même dans l'Accord de la Tonique, en revanche la Tonique entre dans le sien. Car soit ut mi sol l'Accord de la Tonique, celui de la sous-Dominante sera sa la ut; ainsi c'est l'ut qui fait ici liaison, & les deux autres Sons de ce nouvel Accord sont précisément les deux Dissonances des précédens. D'ailleurs, il ne faut pas altérer plus de Sonspour ce nouveau Ton que pour celui de la Dominante; ce sont dans l'une & dans l'autre toutes les mêmes cordes du Ton principal, à un près. Donnez un Bémol à la Note sensible si, & toutes les Notes du Ton d'ut serviront à celui de fa. Le Ton de la sous-Dominante n'est donc gueres moins analogue au Ton principal que celui de la Dominante.
The same simplicity of ratio found between a Tonic and its Dominant also exists between that Tonic and its Subdominant; for whereas the Dominant forms a Fifth above this Tonic, the Subdominant [418] forms it below. Yet this Subdominant is only the Tonic’s Fifth by inversion; directly, it is a Fourth when placing the Tonic in the bass – as it should be – thus establishing a gradation of ratios: for in this sense, the Fourth (ratio 3:4) immediately follows the Fifth (ratio 2:3). Though this Subdominant does not similarly enter into the Tonic’s chord, the Tonic conversely enters into its own. For if ut mi sol is the Tonic’s chord, that of the Subdominant will be fa la ut; here, the ut creates linkage, while the two other notes of this new chord are precisely the dissonances from the previous ones. Moreover, no more notes need altering for this new key than for the Dominant’s: both employ all the same notes of the principal key, save one. Apply a flat to the leading tone si, and all notes from the key of ut will serve for that of fa. Thus the Subdominant key is scarcely less analogous to the principal key than the Dominant.
On doit remarquer encore qu'après s'être servi de la premiere Modulation pour passer d'un Ton principal ut à celui de sa Dominante sol, on est obligé d'employer la. Seconde pour revenir au Ton principal: car si sol est Dominante du Ton d'ut, ut est sous-Dominante du Ton de sol; ainsi l'une de ces Modulations n'est pas moins nécessaire que l'autre.
We must further note that after using the first Modulation to pass from a principal key (ut) to its Dominant (sol), one is compelled to employ the second modulation to return to the principal key. For if sol is the Dominant of ut, then ut is the Subdominant of sol; thus neither modulation is less necessary than the other.
Le troisieme Son qui entre dans l'Accord de la Tonique est celui de sa Tierce ou Médiante, & c'est aussi le plus [419] simple des rapports après les deux précédens. 2/3 3/4 4/5. Voilà donc une nouvelle Modulation qui se présente & d'autant plus analogue que deux des Sons de la Tonique principale entrent aussi dans l'Accord mineur de sa Médiante; car le premier Accord étant ut mi sol, celui-ci sera mi sol si, où l'on voit que mi & sol sont communs.
The third note entering the Tonic’s chord is its Mediant (Third), which also presents [419] the simplest ratio after the prior two (2:3, 3:4, 4:5). Here emerges a new Modulation, made more analogous by two notes from the principal Tonic also entering the minor chord of its Mediant. For if the first chord is ut mi sol, the latter will be mi sol si, where mi and sol are shared.
Mais ce qui éloigné un peu cette Modulation, c'est la quantité de Sons qu'il y faut altérer, même pour le Mode mineur, qui convient le mieux à ce mi. J'ai donne ci-devant la formule de l'Echelle pour les deux Modes: or appliquant cette formule à mi Mode mineur, on n'y trouvé à la vérité que le quatrieme Son fa altéré par un Dièse en descendant; mais en montant, on en trouvé encore deux autres; savoir, la principale Tonique ut, & sa seconde Note re qui devient ici Note sensible: il est certain que l'altération de tant de Sons, & sur-tout de la Tonique, éloigné le Mode & affoiblit l'analogie.
Yet what slightly distances this Modulation is the number of notes requiring alteration, even for the minor mode best suited to this mi. Earlier I provided scale formulae for both modes: applying this to mi minor, we indeed find only the fourth note fa altered by a sharp in descent; but in ascent, two others emerge – the principal Tonic ut and its second note re, which here becomes the leading tone. The alteration of so many notes, particularly the Tonic, distances the mode and weakens the analogy.
Si l'on renverse la Tierce comme on a renversé la Quinte, & qu'on prenne cette Tierce au- dessous de la Tonique sur la sixieme Note la, qu'on devroit appeller aussi sous-Médiante ou Médiante en dessous, on formera sur ce la une Modulation plus analogue au Ton principal que n'étoit celle de mi; car l'Accord parfait de cette sous-Médiante étant la ut mi, on y retrouve, comme dans celui de la Médiante, deux des Sons qui entrent dans l'Accord de la Tonique; savoir, ut & mi; & de plus, l'Echelle de ce nouveau Ton étant composée, du moins en descendant, des mêmes Sons que celle du Ton principal, & n'ayant que deux Sons altérés [420] en montant, c'est-à-dire, un de moins que l'Echelle de la Médiante, il s'ensuit que la Modulation de la sixieme Note est préférable à celle de cette Médiante; d'autant plus que la Tonique principale y fait une des cordes essentielles du Mode; ce qui est plus propre à rapprocher l'idée de la Modulation. Le mi peut venir ensuite.
If we invert the Third as we did the Fifth – taking this Third below the Tonic on the submediant la (which should also be termed Submediant or lower Mediant) – we form upon this la a Modulation more analogous to the principal key than that of mi. For the perfect chord of this Submediant being la ut mi, we rediscover two notes from the Tonic’s chord (ut and mi). Moreover, this new key’s scale comprises – at least in descent – the same notes as the principal key, with only two altered [420] in ascent (one fewer than the Mediant’s scale). Thus modulation to the sixth note is preferable to the Mediant’s, especially as the principal Tonic here forms an essential chord tone, better preserving the modulation’s coherence. mi may follow later.
Voilà donc quatre cordes mi sa sol la, sur chacune desquelles on peut moduler en sortant du Ton majeur d'ut. Restent le re & le si, les deux Harmoniques de la Dominante. Ce dernier, comme Note sensible, ne peut devenir Tonique par aucune bonne Modulation, du moins immédiatement. ce feroit appliquer brusquement au même Son des idées trop opposées & lui donner une Harmonie trop éloignée de la principale. Pour la seconde Note re, on peut encore, à la faveur d'une marche consonnante de la Basse-fondamentale, y moduler en Tierce mineure, pourvu qu'on n'y reste qu'un instant, afin qu'on n'ait pas le tems d'oublier la Modulation de l'ut qui lui-même y est altéré; autrement il faudroit, au lieu de revenir immédiatement en ut, passer par d'autres Tons intermédiaires, où il seroit dangereux de s'égarer.
Thus we have four notes – mi fa sol la – each permitting modulation from the major key of ut. Remaining are re and si, the Dominant’s harmonics. The latter, as leading tone, cannot become a Tonic through proper Modulation, at least immediately – this would abruptly impose conflicting identities and distant harmony. For the second note re, one may modulate via a consonant Fundamental Bass progression in minor third, provided the stay is momentary – lest the altered ut make listeners forget the principal key. Otherwise, instead of returning directly to ut, one must pass through intermediate keys, risking disorientation.
En suivant les mêmes analogies, on modulera dans l'ordre suivant pour sortir d'un Ton mineur; la Médiante premiérement, ensuite la Dominante, la sous-Dominante & la sous- Médiante ou sixieme Note. Le Mode de chacun de ces. Tons accessoires est déterminé par saMédiante prise dans l'Echelle du Ton principal. Par exemple, sortant d'un Ton majeur ut pour moduler sur sa Médiante, on fait mineur le [421] Mode de cette Médiante, parce que la Dominante sol du Ton principal fait Tierce mineure sur cette Médiante mi. Au contraire, sortant d'un Ton mineur la, on module sur fa Médiante ut en Mode majeur, parce que la Dominante mi du Ton d'où l'on sort fait Tierce majeure sur la Tonique de celui où l'on entre, &c.
By following the same analogies, one shall modulate in the following order when departing from a minor key: first the Mediant, then the Dominant, the Subdominant, and the Submediant or sixth note. The mode of each of these secondary keys is determined by its Mediant taken from the principal key's scale. For example, when departing from a major key in C to modulate to its Mediant, the [421] mode of this Mediant (E) is made minor because the Dominant (G) of the principal key forms a minor third above this Mediant. Conversely, when departing from a minor key in A, one modulates to the Mediant C in major mode, because the Dominant (E) of the original key forms a major third above the tonic of the new key, &c.
Ces regles, renfermées dans une formule générale sont, que les Modes de la Dominante & de la sous-Dominante soient semblables à celui de la Tonique, & que la Médiante la sixieme Note portent le Mode opposé. Il faut remarquer cependant qu'en vertu du droit qu'on a de passer du majeur au mineur, & réciproquement, dans un même Ton, on peut aussi changer l'ordre du Mode d'un Ton à l'autre; mais, en s'éloignant ainsi de la Modulation naturelle, il faut songer au retour: car c'est une regle générale que tout morceau de Musique doit finir dans le Ton par lequel il a commencé.
These rules, condensed into a general formula, state that the modes of the Dominant and Subdominant shall mirror that of the Tonic, while the Mediant and sixth note shall carry the opposing mode. It must be noted, however, that by virtue of the liberty to transition between major and minor within the same key, one may also alter the modal sequence when shifting between keys. Yet in thus deviating from natural modulation, one must plan the return: for it is a universal rule that every musical piece must conclude in the key with which it began.
J'ai rassemblé dans deux exemples fort courts tous les Tons dans lesquels on peut passer immédiatement; le premier, en sortant du Mode majeur, & l'autre, en sortant du Mode mineur. Chaque Note indique une Modulation, & la valeur des Notes dans chaque exemple indique aussi la durée relative convenable à chacun de ces Modes selon son rapport avec le Ton principal. (Voyez Pl B. Fig. 6 & 7.)
I have condensed into two brief examples all keys into which one may transition immediately: the first when departing from a major mode, the second from a minor mode. Each note signifies a modulation, and the note values in each example further indicate the relative duration appropriate to each mode according to its relation to the principal key. (See Pl. B. Figs. 6 & 7.)
Ces Modulations immédiates fournissent les moyens de passer par les mêmes regles dans des Tons plus éloignés, & de revenir ensuite au Ton principal qu'il ne faut jamais [422] perdre de vue. Mais il ne suffit pas de connoître les routes qu'on doit suivre; il faut savoir aussi comment y entrer. Voici le sommaire des préceptes qu'on peut donner en cette Partie.
These immediate modulations provide the means to traverse more distant keys through the same rules and ultimately return to the principal key, which must never [422] be lost from view. Yet knowing the paths to follow is insufficient; one must also understand how to enter them. What follows is a summary of precepts applicable to this matter.
Dans la Mélodie, il ne faut, pour annoncer la Modulation qu'on a choisie, que faire entendre les altérations qu'elle produit dans les Sons du Ton d'où l'on sort, pour les rendre propres au Ton où l'on entre. Est-on en ut majeur, il ne faut que sonner un fa Dièse pour annoncer le Ton de la Dominante, ou un si Bémol pour annoncer le Ton de la sous-Dominante. Parcourez ensuite les cordes essentielles du Ton où vous entrez; s'il est bien choisi votre Modulation sera toujours bonne & réguliere.
In melody, to announce a chosen modulation, one need only introduce the alterations produced in the notes of the departing key to adapt them to the entering key. If in C major, sounding an F-sharp suffices to herald the Dominant key, or a B-flat to signal the Subdominant key. Then traverse the essential chords of the new key; if well chosen, your modulation shall always be sound and regular.
Dans l'Harmonie, il y a un peu plus de difficulté: car comme il faut que le changement de Ton se fasse en même tems dans toutes les Parties, on doit prendre garde à l'Harmonie & au Chant, pour éviter de suivre à la fois deux différentes Modulations. Huyghens a fort bien remarqué que la proscription des deux Quintes consécutives a cette regle pour principe: en effet, on ne peut gueres former entre deux Parties plusieurs Quintes justes de suite sans moduler en deux Tons différens.
In harmony, there lies greater difficulty: as the key change must occur simultaneously across all parts, one must attend to both harmony and melody to avoid dual modulations. Huyghens astutely observed that the prohibition of consecutive fifths stems from this very principle: indeed, one can scarcely form multiple successive perfect fifths between two parts without modulating into two distinct keys.
Pour annoncer un Ton, plusieurs prétendent qu'il suffit de former l'Accord parfait de sa Tonique, & cela est indispensable pour donner le Mode; mais il est certain que le Ton ne peut être bien déterminé que par l'Accord sensible ou dominant: il faut donc faire entendre cet Accord en commençant la nouvelle Modulation. La bonne regle seroit [423] que la Septieme ou Dissonance mineure y fût toujours préparée, au moins la premiere fois qu'on la fait entendre; mais cette regle n'est pas praticable dans toutes les Modulations permises, & pourvu que la Basse-fondamentale marche par Intervalles consonnans, qu'on observe la liaison harmonique, l'analogie du Mode, & qu'on évite les fausses Relations, la Modulation est toujours bonne. Les Compositeurs donnent pour une autre regle de ne changer de Ton qu'après une Cadenceparfaite; mais cette regle est inutile, & personne ne s'y assujettit.
To establish a Key, many claim it suffices to form the perfect chord of its Tonic – an indispensable step for determining the Mode. Yet the Key cannot be fully established without the leading-tone or dominant chord. One must therefore introduce this chord when initiating a new Modulation. The ideal rule [423] would require the seventh or minor dissonance to always be prepared, at least upon its first appearance. However, this rule proves impractical across all permissible Modulations. Provided the Fundamental Bass progresses through consonant intervals, observes harmonic connection, maintains modal analogy, and avoids false relations, the Modulation remains valid. Composers often prescribe another rule: never change Key except after a perfect cadence. Yet this constraint is needless, and none adhere to it.
Toutes les manieres possibles de passer d'un Ton dans un autre se réduisent à cinq pour le Mode majeur, & à quatre pour le Mode mineur; lesquelles on trouvera énoncées par une Basse- fondamentale pour chaque Modulation dans la Planche B. Figure 8. S'il y a quelqu'autre Modulation qui ne revienne à aucune de ces neuf, à moins que cette Modulation ne soit Enharmonique, elle est mauvaise infailliblement. (Voyez ENHARMONIQUE.)
All possible methods of transitioning between Keys reduce to five for the major Mode and four for the minor. These are illustrated through Fundamental Bass progressions for each Modulation in Plate B, Figure 8. Should any other Modulation exist beyond these nine – unless Enharmonic – it is inherently flawed. (See ENHARMONIC.)
MODULER, v. n. C'est composer ou préluder, soit par écrit, soit sur un Instrument, soit avec la Voix, en suivant les réglés de la Modulation. (Voyez MODULATION.)
MODULATE, v.n. To compose or improvise – whether in writing, on an instrument, or vocally – while adhering to the principles of Modulation. (See MODULATION.)
MOEURS, s. f. Partie considérable de la Musique des Grecs appellée par eux Hermosinenon, laquelle consistoit à connoître & choisir le bienséant en chaque Genre, & ne leur permettoit pas de donner à chaque sentiment, à chaque objet, à chaque caractere toutes les formes dont il étoit susceptible; mais les obligeoit de se borner à ce qui étoit convenable au sujet, à l'occasion, aux personnes, aux circonstances. [424] Les Moeurs consistoient encore à tellement accorder & proportionner dans une Piece toutes les Parties de la Musique, le Mode, le Tems, le Rhythme, la Mélodie, & même les changemens, qu'on sentit dans le tout une certaine conformité qui n'y laissât point de disparate, & le rendît parfaitement un. Cette seule Partie, dont l'idée n'est pas même connue dans notre Musique, montre à quel point de perfection devoit être porté un Art où l'on avoit même réduit en regles ce qui est honnête, convenable & bienséant.
ETHOS, s.f. A vital component of Greek music termed Hermosinenon, encompassing the discernment and selection of propriety within each Genre. This discipline prohibited musicians from exhausting every expressive possibility for each sentiment, object, or character, instead requiring adherence to what suited the subject, occasion, persons, and circumstances. [424] Ethos further demanded the harmonious proportioning of all musical elements – Mode, Beat, Rhythm, Melody, even modulations – into a unified whole free of incongruity. This concept alone, utterly foreign to our modern music, reveals the heights of an art that systematized propriety, decorum, and ethical expression.
MOINDRE, adj. (Voyez MINIME.)
MINOR, adj. (See MINIM.)
MOL, adj. Epithete que donnent Aristoxène & Ptolomée à une espece du Genre Diatonique & à une espece du Genre Chromatique dont j'ai parlé au mot GENRE.
SOFT, adj. A qualifier used by Aristoxenus and Ptolemy to denote specific varieties of the Diatonic and Chromatic Genres, as discussed under GENRE.
Pour la Musique moderne, le mot Mol n'y est employé que dans la composition du mot Bémol ou B. mol, par opposition au mot Béquarre, qui jadis s'appelloit aussi B. dur.
In modern music, soft survives only in the compound flat (B. mol), contrasting with natural (Béquarre), formerly called B. dur.
Zarlin cependant appelle Diatonique Mol une espece du Genre Diatonique dont j'ai parlé ci-devant. (Voyez DIATONIQUE.)
Zarlino nevertheless refers to Diatonic Soft as a Diatonic species previously examined. (See DIATONIC.)
MONOCORDE, s. m. Instrument ayant une seule corde qu'on devise à volonté par des Chevalets mobiles, lequel sert à trouver les rapports des Intervalles & toutes les divisions du Canon Harmonique. Comme la Partie des Instrumens n'entre point dans mon plan, je ne parlerai pas plus long-tems de celui-ci.
MONOCHORD, s.m. A single-stringed instrument with movable bridges, used to calculate harmonic ratios and canonical divisions. As instrumental theory lies beyond my scope, I shall treat it no further.
MONODIE, s. f. Chant à voix seule, par opposition à ce que les Anciens appelloient Chorodies, ou Musiques exécutées par le Choeur.
MONODY, s.f. Solo singing, contrasting with the Ancient Chorody – music executed by a chorus.
[425] MONOLOGUE, s. m. Scene d'Opéra où l'Auteur est seul & ne parle qu'avec lui-même. C'est dans les Monologues que se déploient toutes les forces de la Musique; le Musicien pouvant s'y livrer à toute l'ardeur de son génie, sans être gêné dans la longueur de ses morceaux par la présence d'un Interlocuteur. Ces Récitatifs obligés, qui sont un si grand effet dans les Opéra Italiens, n'ont lieu que dans les Monologues.
[425] MONOLOGUE, s.m. Operatic scene where a solitary character communes inwardly. Here music unleashes its full power, the composer liberated from the constraints of dialogue to expand his inventions. Those obbligato recitatives creating such striking effects in Italian operas occur exclusively in monologues.
MONOTONIE, s. f. C'est, au propre, une Psalmodie ou un Chant qui marche toujours sur le même Ton; mais ce mot ne s'emploie gueres que dans le figuré.
MONOTONY, s.f. Literally, a chant or psalmody confined to a single pitch. The term is chiefly metaphorical.
MONTER, v. n. C'est faire succéder les Sons du bas en haut; c'est-à-dire, du grave à l'aigu. Cela se présente à l'oeil par notre maniere de noter.
ASCEND, v.n. To progress from lower to higher pitches – from grave to acute. This directionality is visually encoded in our notation.
MOTIF, s. m. Ce mot francisé de l'Italien motivo n'est gueres employé dans le sens technique que par les Compositeurs. Il signifie l'idée primitive & principale sur laquelle le Compositeur détermine son sujet & arrange son dessein. C'est le Motif qui, pour ainsi dire, luimet la plume à la main pour jetter sur le papier telle chose & non pas telle autre. Dans ce sens le Motif principal doit être toujours présent à l'esprit du Compositeur, & il doit faire en sorte qu'il le soit aussi toujours à l'esprit des Auditeurs. On dit qu'un Auteur bat la campagne lorsqu'il perd son Motif de vue, & qu'il coud des Accords ou des Chants qu'aucun sens commun n'unit entr'eux.
MOTIF, s.m. This term Gallicized from the Italian motivo is scarcely used in its technical sense except by composers. It signifies the primitive and principal idea upon which the composer determines their subject and arranges their design. It is the Motif that, so to speak, guides the pen to inscribe this particular element rather than another. In this sense, the principal Motif must remain ever present to the composer's mind, and they must ensure it remains equally present to the listeners' perception. We say an author "wanders the fields" when they lose sight of their Motif, stitching together chords or melodies devoid of unifying sense.
Outre ce Motif, qui n'est que l'idée principale de la Piece, il y a des Motifs particuliers, qui sont les idées déterminantes [426] de la Modulation, des entrelacemens, des textures harmoniques; & sur ces idées, que l'on pressent l'exécution, l'on jugé si l'Auteur a bien suivi ses Motifs, ou s'il a pris le change, comme il arrive souvent à ceux qui procedent Note après Note, & qui manquent de savoir ou d'invention. C'est dans cette acception qu'on dit Motif de Fugue, Motif de Cadence, Motif du changement de Mode, &c.
Beyond this Motif – which constitutes merely the principal idea of the piece – there exist particular Motifs that serve as determining ideas [426] for Modulation, contrapuntal interweavings, and harmonic textures. Through these ideas, whose execution we anticipate, we judge whether the author has faithfully followed their Motifs or fallen into confusion – a frequent occurrence among those who proceed note-by-note, lacking either knowledge or invention. It is in this acceptation that we speak of a Fugue's Motif, a Cadence's Motif, or the motivic element prompting modal shifts.
MOTTET, s. m. Ce mot signifioit anciennement une composition fort recherchée, enrichie de toutes les beautés de l'Art; & cela sur une période fort courte. d'où lui vient, selon quelques- uns, le nom de Mottet, comme si ce n'étoit qu'un mot.
MOTTET, s.m. This term anciently signified an elaborate composition adorned with all the artifices of the Art – yet built upon an exceedingly brief textual fragment. Hence, some derive its name "Mottet" as if denoting "merely a word."
Aujourd'hui l'on donne le nom de Mottet à toute Piece de Musique faite sur des paroles Latines à l'usage de l'Eglise Romaine, comme Pseaumes, Hymnes, Antiennes, Répons, &c. Et tout cela s'appelle, en général, Musique Latine.
Today we apply the name Mottet to any musical piece set to Latin texts for Roman church use – Psalms, Hymns, Antiphons, Responsories, etc. All such works are collectively termed Latin Music.
Les François réussissent mieux dans ce genre de Musique que dans la Françoise, la langue étant moins défavorable; mais ils y recherchent trop de travail, & comme le leur a reproché l'Abbé du Bos, ils jouent trop sur le mot. En général, la Musique Latine n'a pas assez de gravité pour l'usage auquel elle est destinée. On n'y doit point rechercher l'imitation comme dans la Musique théâtrale: les Chants sacrés ne doivent point représenter le tumulte des passions humaines, mais seulement la Majesté de celui à qui ils s'adressent,& l'égalité d'ame de ceux qui les prononcent. Quoi [427] que puissent dire les paroles, toute autre expression dans le Chant est un contre-sens. Il faut n'avoir, je ne dis pas aucune piété, mais je dis aucun goût, pour préférer dans les Eglises la Musique au Plain-Chant.
The French excel more in this genre than in their native music, the Latin language being less inhospitable to melody. Yet they overindulge in labored artifice, and as Abbé du Bos reproached them, engage too much in wordplay. Generally, Latin Music lacks sufficient gravity for its sacred purpose. We must not seek dramatic imitation here as in theatrical music: sacred chants should not portray human passions' tumult, but rather the Majesty addressed and the equanimity of those intoning them. Whatever [427] the text's content, any other expressive quality in the chant becomes a contradiction. To prefer Music over Plainchant in churches, one must lack – I say not piety – but any taste whatsoever.
Les Musiciens du treizieme & du quatorzieme siecle donnoient le nom de Mottetus à la Partie que nous nommons aujourd'hui Haute-Contre. Ce nom, & d'autres aussi étranges, causent souvent bien de l'embarras à ceux qui s'appliquent à déchiffrer les anciens manuscrits de Musique, laquelle ne s'écrivoit pas en Partition comme à présent.
Thirteenth- and fourteenth-century musicians used "Mottetus" to designate the vocal part we now call countertenor. This term, along with others equally peculiar, often perplex those deciphering ancient musical manuscripts – which unlike modern scores were not notated in vertical alignment.
MOUVEMENT, s. m. Degré de vitesse ou de lenteur que donne à la Mesure le caractere de la Piece qu'on exécute. Chaque espece de Mesure a un Mouvement qui lui est le plus propre, &qu'on désigne en Italien par ces mots, Tempo giusto. Mais outre celui-là il y a cinq principales. modifications de Mouvement qui, dans l'ordre du lent au vite, s'expriment par les mots Largo, Adagio, Andante, Allegro, Presto; de ces mots se rendent en François par les suivans, Lent, Modéré, Gracieux, Gui, Vite. Il faut cependant observer que, le Mouvement ayant toujours beaucoup moins de précision dans la Musique Françoise, les mots qui le désignent y ont un sens beaucoup plus vague que dans la Musique Italienne.
MOUVEMENT, s.m. Degree of speed or slowness imparted to the measure by a piece's character. Each measure type possesses its most fitting Mouvement, designated in Italian as Tempo giusto. Beyond this, five principal modifications of Mouvement exist – ordered from slowest to swiftest: Largo, Adagio, Andante, Allegro, Presto. These find French equivalents in: Lent, Modéré, Gracieux, Gui, Vite. Yet observe that Mouvement being always less precisely defined in French music, its designating terms carry far vaguer meaning than in Italian practice.
Chacun de ces Degrés se subdivise & se modifie enore en d'autres, dans lesquels il faut distinguer ceux qui n'indiquent que le Degré de vitesse ou de lenteur, comme Larghetto, Andantino, Allegretto, Prestissimo, & ceux qui marquent, de plus, le caractere & l'expression de l'Air; [428] comme Agitato, Vivace, Gustoso, Conbrio, &c. Les premiers peuvent être saisis & renduspar tous les Musiciens; mais il n'y a que ceux qui ont du sentiment & du goût qui sentent & rendent les autres.
Each of these Degrees further subdivides and modifies into others, which must be distinguished between those indicating mere velocity or slowness – such as Larghetto, Andantino, Allegretto, Prestissimo – and those marking additionally the Air’s character and expression; [428] like Agitato, Vivace, Gustoso, Con brio, &c. The former can be grasped and executed by all musicians; but only those endowed with feeling and taste can perceive and render the latter.
Quoique généralement les Mouvemens lents conviennent aux passions tristes, & les Mouvemens animés aux passions gaies, il y a pourtant souvent des modifications par lesquelles une passion parle sur le ton d'une autre: il est vrai, toutefois, que la gaieté ne s'exprime gueres avec lenteur; mais souvent les douleurs les plus vives ont le langage le plus: emporté.
Though slow tempos generally suit somber passions, and animated ones joyous affections, there exist modifications wherein a passion adopts another’s tone. Yet truth remains: gaiety scarcely expresses itself slowly, whereas the most acute sorrows often speak in the most vehement language.
MOUVEMENT est encore la marche ou le progrès des Sons du grave à l'aigu, ou de l'aigu au grave: ainsi quand on dit qu'il faut, autant qu'on le peut, faire marcher la Basse & le Dessus par Mouvemens contraires, cela signifie que l'une des Parties doit monter, tandis que l'autre descend. Mouvement semblable, c'est quand les deux Parties marchent en même sens. Quelques-uns appellent Mouvement oblique celui où l'une des Parties reste en place, tandis que l'autre monte ou descend.
MOVEMENT also denotes the progression of sounds from grave to acute, or acute to grave. Thus, when advising that Bass and Treble should move contrarily whenever possible, this means one part ascends while the other descends. Similar Motion occurs when both parts move in the same direction. Some term Oblique Motion that in which one part remains stationary while the other rises or falls.
Le savant Jérôme Mei, à l'imitation d'Aristoxène, distingue généralement, dans la Voix humaine, deux sortes de Mouvement; savoir, celui de la Voix parlante., qu'il appelle Mouvement continu, & qui ne se fixe qu'au moment qu'on se tait; & celui de la Voix chantante, qui marche par Intervalles déterminés, & qu'il appelle Mouvement diastématique ou Intervallatif.
The learned Girolamo Mei, following Aristoxenus, distinguishes two general Movements in the human voice: that of Speech, called Continuous Movement, which ceases only upon silence; and that of Song, progressing through determinate intervals, termed Diastematic or Intervallic Movement.
MUANCES, s. f. On appelle ainsi les [429] d'appliquer aux Notes les syllabes de la Gamme, selon les diverses positions des deux semi-Tons de l'Octave, & selon les différentes routes pour y arriver. Comme l'Arétin n'inventa que six de ces syllabes, & qu'il y a sept Notes à nommer dans une Octave, il falloit nécessairement répéter le nom de quelque Note; cela fit qu'on nomma toujours mi fa oui fa la les deux Notes entre lesquelles se trouvoit un des semi-Tons. Ces noms déterminoient en même tems ceux des Notes les plus voisines, soit en montant, soit en descendant. Or comme les deux semi-Tons sont sujets à changer de place dans la Modulation, & qu'il y a dans la Musique une multitude de manieres différentes de leur appliquer les six mêmes syllabes, ces manieres s'appelloient Muances, parce que les mêmes Notes y changeoient incessamment de noms. (Voyez GAMME.)
MUTATIONS, s.f. These denote [429] the application of Gamut syllables to Notes according to shifting semitone positions within the Octave and diverse paths toward them. Since Guido d’Arezzo invented but six syllables for seven Notes in an Octave, repetition became inevitable – thus mi fa ou fa always named the two Notes bracketing a semitone. These names simultaneously determined neighboring Notes ascending or descending. As semitones shift position through Modulation, and Music admits countless ways to apply the same six syllables, these variable methods were called Mutations, for Notes perpetually changed names. (See GAMUT.)
Dans le siecle dernier on ajouta en France la syllabe si aux six premieres de la Gamme de l'Arétin. Par ce moyen la septieme Note de l'Echelle se trouvant nommée, les Muances devinrent inutiles, & furent proscrites de la Musique Françoise; mais chez toutes les autres Nations, où, selon l'esprit du métier, les Musiciens prennent toujours leur vieille routine pour la perfection de l'Art, on n'a point adopté le si; & il y a apparence qu'en Italie, en Espagne, en Allemagne, en Angleterre, les Muances serviront long tems encore à la désolation des commençans.
Last century, France added the syllable si to Guido’s original six. This named the seventh scale degree, rendering Mutations obsolete in French Music. Yet other Nations, clinging to old workshop habits that mistake routine for perfection, rejected si. In Italy, Spain, Germany, England, Mutations will long continue to plague beginners.
MUANCES, dans la Musique ancienne. (Voyez MUTATIONS.)
MUTATIONS, in ancient Music. (See MUTATIONS.)
MUSETTE, s.f. Sorte d'Air convenable à l'Instrument [430] de ce nom, dont la Mesure est à deux ou trois Tems, le caractere naïf & doux, le mouvement un peu lent, portant une Basse pour l'ordinaire en Tenue ou Point d'Orgue, telle que la peut faire une Musette, & qu'on appelle à cause de cela Basse de Musette. Sur ces Airs on forme des Danses d'un caractere convenable, & qui portent aussi le nom de Musettes.
MUSETTE, s.f. A type of Air suited to the [430] instrument of that name, in duple or triple Meter, of simple and sweet character with moderately slow Tempo. Its Bass typically sustains notes or employs a Pedal Point, hence termed Musette Bass. Dances of corresponding character, also called Musettes, are formed upon these Airs.
MUSICAL, adj. Appartenant à la Musique. (Voyez MUSIQUE.)
MUSICAL, adj. Pertaining to Music. (See MUSIC.)
MUSICALEMENT, adv. D'une maniere Musicale, dans les regles de la Musique. (Voyez MUSIQUE.)
MUSICALLY, adv. In a musical manner, according to the rules of Music. (See MUSIC.)
MUSICIEN, s. m. Ce nom se donne également à celui qui compose la Musique & à celui qui l'exécute. Le premier s'appelle aussi Compositeur. (Voyez ce mot.)
MUSICIAN, s. m. This term applies equally to one who composes Music and to one who performs it. The former is also called COMPOSER. (See this entry.)
Les anciens Musiciens étoient des Poëles, des Philosophes, des Orateurs du premier ordre. Tels étoient Orphée, Terpandre, Stésichore, &c. Aussi Boece ne veut-il pas honorer du nom de Musicien celui qui pratique seulement la Musique par le ministere servile des doigts & de la voix; mais celui qui possede cette science par le raisonnement & la spéculation. Et il semble, de plus, que pour s'élever aux grandes expressions de la Musique oratoire & imitative, il faudroit avoir fait une étude particuliere des pas passions humaines & du langage de la Nature. Cependant les Musiciens de nos jours, bornés, pour la plupart, à la pratique des Notes & de quelques tours de Chant ne seront gueres offensés, je pense, quand on ne les tiendra pas pour de grands Philosophes.
The ancient Musicians were Poets, Philosophers, and Orators of the highest order – such as Orpheus, Terpander, Stesichorus, etc. Boethius indeed refuses to honor with the name of Musician he who merely practices Music through the servile ministry of fingers and voice, reserving it rather for those who grasp this science through reason and speculation. Moreover, it seems that to attain the grand expressions of oratorical and imitative Music, one must have made particular study of human passions and Nature’s language. Yet today’s Musicians, confined for the most part to practicing notes and a few melodic turns, will scarcely take offense, I think, if we do not consider them great Philosophers.
[431] MUSIQUE, s. f. Art de combiner les Sons d'une maniere agréable à l'oreille. Cet Art devient une science & mêmes très-profonde, quand on veut trouver les principes de ces combinaisons & les raisons des affections qu'elles nous causent. Aristide Quintilien définit la Musique, l'Art du beau & de la décence dans les Voix & dans les Mouvemens. Il n'est pas étonnant qu'avec des définitions si vagues & si générales les Anciens aient donne une étendue prodigieuse à l'Art qu'ils définissoient ainsi.
[431] MUSIC, s. f. Art of combining Sounds in a manner pleasing to the ear. This Art becomes a science – indeed a most profound one – when we seek the principles of such combinations and the reasons for the affections they stir within us. Aristides Quintilianus defines Music as the Art of beauty and decorum in Voices and Movements. Little wonder that with such vague and general definitions, the Ancients ascribed prodigious scope to the Art they thus defined.
On suppose communément que le mot de Musique vient de Musa, parce qu'on croit que les Muses ont inventé cet Art: mais Kircher, d'après Diodore, fait venir ce nom d'un mot Egyptien, prétendant que c'est en Egypte que la Musique a commencé à se rétablir après le déluge, & qu'on en reçut la premiere idée du Son que rendoient les roseaux qui croissent sur les bords du Nil, quand le vent souffloit dans leurs tuyaux. Quoi qu'il en soit de l'étymologie du nom, l'origine de l'Art est certainement plus prés de l'homme, & si la parole n'a pas commencé par-du Chant, il est sur, au moins, qu'on chante par-tout où l'on parle.
It is commonly supposed that the word Music derives from Muse, because the Muses are believed to have invented this Art. Yet Kircher, following Diodorus, traces its origin to an Egyptian word, claiming that Music began its restoration after the Deluge in Egypt, where men first conceived it from the sound produced by reeds growing along the Nile when wind blew through their hollow stalks. Whatever the etymology, the Art’s origin surely lies closer to humanity itself. If speech did not begin with song, it is at least certain that wherever men speak, they also sing.
La Musique se devise naturellement en l'Musique théorique ou spéculative, & en Musique pratique
Music divides naturally into Theoretical or Speculative Music and Practical Music.
La Musique spéculative est, si l'on peut parler ainsi, la connoissance de la matiere musicale; c'est-à-dire, des différens rapports du gravé à l'aigu, du vite au lent, de l'aigre au doux, du fort au foible, dont les Sons sont susceptibles; rapports qui, comprenant toutes les combinaisons possibles de la Musique &des Sons, semblent comprendre aussi toutes [432] les causes des impressions que peut faire leur succession sur l'oreille & sur l'ame.
Speculative Music is, if I may put it thus, the knowledge of musical matter – that is, of the diverse relations between grave and acute, swift and slow, shrill and sweet, strong and weak that Sounds may bear. These relations, encompassing all possible combinations of Music and Sounds, seem also to encompass [432] all causes of the impressions their succession may produce upon the ear and soul.
La Musique pratique est l'Art d'appliquer & mettre en usage les principes de la spéculative; c'est-à-dire, de conduire & disposer les Sons par rapport à la consonnance, à la durée, à la succession, de telle sorte que le tout produise sur l'oreille l'effet qu'on s'est proposé; c'est cet Art qu'on appelle Composition. (Voyez ce mot.) A l'égard de la production actuelle des Sons par les Voix ou par les Instrumens\, qu'on appelle Exécution, c'est la partie purement mécanique & opérative, qui, supposant seulement la faculté d'entonner juste les Intervalles, de marquer juste les durées, de donner aux Sons le degré prescrit dans le Ton, & la valeur prescrite dans le Tems, ne demande en rigueur d'autre connoissance que celle des caracteres de la Musique, & l'habitude de les exprimer.
Practical Music is the Art of applying and putting into use the principles of speculative music; that is to say, of guiding and arranging Sounds with regard to consonance, duration, and succession, in such a way that the whole produces upon the ear the effect one intends. This Art is called Composition. (See COMPOSITION.) As for the actual production of Sounds by Voices or Instruments, called Execution, this constitutes the purely mechanical and operative part, which—requiring only the ability to intone Intervals correctly, mark durations accurately, give Sounds their prescribed degree in Tone, and their prescribed value in Beat—demands, strictly speaking, no other knowledge than that of musical notation and the habit of expressing it.
La Musique spéculative se devise en deux parties; savoir, la connoissance du rapport des Sons ou de leurs Intervalles, celle de leurs durées relatives; c'est-à-dire, de la Mesure & du Tems.
Speculative Music is divided into two parts: knowledge of the relationship between Sounds or their Intervals, and knowledge of their relative durations—that is, of Measure and Beat.
La premiere est proprement celle que les Anciens ont appellée Musique harmonique. Elle enseigne en quoi consiste la nature du Chant & marque ce qui est consonnant, dissonant, agréable ou déplaisant dans la Modulation. Elle fait connoître, en un mot, les diverses manieres dont les Sons affectent l'oreille par leur timbre, par leur forcé, par leurs Intervalles; ce qui s'applique également à leur Accord & à leur succession.
The first is properly what the Ancients called Harmonic Music. It teaches the nature of Melody and determines what is consonant, dissonant, pleasing, or disagreeable in Modulation. In short, it explains the various ways Sounds affect the ear through their timbre, force, and Intervals—principles that apply equally to their Harmony and succession.
[433] La seconde a été appellée Rhythmique, parce qu'elle traité des Sons eu égard au Tems & à la quantité. Elle contient l'explication du Rhythme, du Mètre, des Mesures longues & courtes, vives & lentes, des Tems & des diverses parties dans lesquelles on les devise, pour y appliquer la succession des Sons.
[433] The second was called Rhythmic, as it deals with Sounds in relation to Beat and quantity. It explains Rhythm, Meter, long and short measures, lively and slow tempos, Beats, and the subdivisions into which they are organized for applying the succession of Sounds.
La Musique pratique se devise aussi en deux Parties, qui répondent aux deux précédentes.
Practical Music is also divided into two parts, corresponding to the two above.
Celle qui répond à la Musique harmonique, & que les Anciens appelloient Mélopée, contient les regles pour combiner & varier les Intervalles consonnans & dissonans d'une maniere agréable & harmonieuse. (Voyez MÉLOPÉE.).
The part corresponding to Harmonic Music, which the Ancients called Melopoeia, contains the rules for combining and varying consonant and dissonant Intervals in a pleasing and harmonious manner. (See MÉLOPÉE.)
La seconde, qui répond à la Musique Rhythmique, & qu'ils appelloient Rhythmopée, contient les regles pour l'application des Tems, des Pieds, des Mesures; en un mot, pour la pratique du Rhythme. (Voyez RHYTHME.)
The second, corresponding to Rhythmic Music and called Rhythmopoeia by them, contains rules for applying Beats, Feet, and Measures—in short, for the practice of Rhythm. (See RHYTHME.)
Porphyre donne une autre division de la Musique, en tant qu'elle a pour objet le Mouvement muet ou sonore, &, sans la distinguer en spéculative & pratique, il y trouvé les six Parties suivantes; la Rhythmique, pour les mouvemens de la Danse; la Métrique, pour la Cadence & le nombre des Vers; l'Organique, pour la pratique des Instrumens; la Poétique; pour les Tons & l'Accent, de la Poésie; l'Hypocritique, pour les attitudes des Pantomimes; & l'Harmonique, pour le Chant.
Porphyry offers another division of Music based on its object being silent or sonorous movement. Without distinguishing speculative from practical, he identifies six parts: Rhythmic for dance movements; Metric for poetic cadence and verse structure; Organic for instrumental practice; Poetic for the tones and accents of poetry; Hypocritic for the gestures of pantomimes; and Harmonic for Song.
La Musique se devise aujourd'hui plus simplement en Mélodie & en Harmonie; car la Rhythmique n'est plus rien pour nous, & la Métrique est très-peu de chose, attendu que [434] nos Vers, dans le Chant, prennent presque uniquement leur Mesure de la Musique, & perdent le peu qu'ils en ont par eux-mêmes.
Today, Music is more simply divided into Melody and Harmony; for Rhythmic has become obsolete, and Metric holds little significance, since [434] our verses, when sung, derive their measure almost entirely from the Music itself, losing what little inherent rhythm they possess.
Par la Mélodie, on dirige la succession des Sons de maniere à produire des Chants. agréables. (Voyez MÉLODIE, CHANT, MODULATION.)
Through Melody, one directs the succession of Sounds to produce agreeable Songs. (See MÉLODIE, CHANT, MODULATION.)
L'Harmonie consiste à unir à chacun des Sens d'une succession réguliere deux ou plusieurs autres Sons, qui frappant l'oreille en même tems, la flattent par leur concours. (Voyez HARMONIE.)
Harmony consists in uniting two or more other Sounds with each note of a regular succession, which, striking the ear simultaneously, please it through their concord. (See HARMONIE.)
On pourroit & l'on devroit peut-être encore diviser la Musique en naturelle & imitative. La premiere, bornée au seul physique des Sons & n'agissant que sur le sens, ne porte point ses impressions jusqu'au coeur, & ne peut donner que des sensations plus ou moins agréables. Telle est la Musique des Chansons, des Hymnes, des Cantiques, de tous les Chants qui ne sont que des combinaisons de Sons Mélodieux, & en genéral toute Musique qui n'est qu'Harmonieuse.
One might—and perhaps should—further divide Music into natural and imitative. The former, confined to the mere physics of Sounds and acting only on the senses, does not carry its impressions to the heart and can provide only more or less agreeable sensations. Such is the Music of Songs, Hymns, Canticles, and all chants that are mere combinations of melodious Sounds—in short, any Music that is merely Harmonious.
La seconde, par des inflexions vives accentuées, &, pour ainsi dire, parlantes, exprime toutes les passions, peint tous les tableaux, rend tous les objets, soumet la Nature entiere à ses savantes imitations, & porte ainsi jusqu'au coeur de l'homme des sentimens propres à l'émouvoir. Cette Musique vraiment lyrique & théâtrale étoit celle des anciens Poemes, & c'est de nos jours celle qu'on s'efforce d'appliquer aux Drames qu'on exécute en Chant sur nos Théâtres. Ce n'est que dans cette Musique, & non dans l'Harmonique ou naturelle, qu'on doit chercher la raison des effets prodigieux [435] qu'elle a produits autrefois. Tant qu'on cherchera des effets moraux dans le seul physique des Sons, on ne les y trouvera point & l'on raisonnera sans s'entendre.
The latter, through vivid, accented inflections and, so to speak, speaking tones, expresses all passions, paints all scenes, renders all objects, subjects all Nature to its learned imitations, and thus conveys to the human heart emotions capable of stirring it. This truly lyrical and theatrical Music belonged to the ancient Poems and is, in our time, what we strive to apply to the Dramas performed in Song on our Stages. It is only in this Music—not in the Harmonic or natural kind—that one must seek the reason for the prodigious effects [435] it once produced. As long as we seek moral effects in the mere physics of Sounds, we shall find none and reason in vain.
Les anciens écrivains different beaucoup entr'eux sur la nature, l'objet, l'étendue & les parties de la Musique. En général, ils donnoient a ce mot un sens beaucoup plus étendu que celui qui lui reste aujourd'hui. Non-seulement sous le nom de Musique ils comprenoient, comme on vient de le voir, la Danse, le Geste, la Poésie, mais même la collection de toutes les sciences. Hermès définit la Musique, la connoissance de l'ordre de toutes choses. C'étoit aussi la doctrine de l'école de Pythagore & de celle de Platon, qui enseignoient que tout dans l'Univers étoit Musique. Selon Hésychius, les Athéniens donnoient à tous les Arts le nom de Musique; tout cela n'est plus étonnant depuis qu'un Musicien moderne a trouvé dans la Musique le principe de tous les rapports & le fondement de toutes les sciences.
Ancient writers differ greatly on the nature, purpose, scope, and parts of Music. Generally, they gave the word a far broader meaning than it retains today. Not only did they include Dance, Gesture, and Poetry under the name of Music, as we have seen, but even the totality of all sciences. Hermes defines Music as the knowledge of the order of all things. This was also the doctrine of the Pythagorean and Platonic schools, which taught that everything in the Universe was Music. According to Hesychius, the Athenians gave the name of Music to all Arts—a notion no longer surprising since a modern Musician found in Music the principle of all relations and the foundation of all sciences.
De-là toutes ces Musiques sublimes dont nous parlent les Philosophes: Musique divine, Musique des hommes, Musique céleste, Musique terrestre, Musique active, Musique contemplative, Musique énonciative, intellective, oratoire, &c.
Hence those sublime Musics of which the Philosophers speak: Divine Music, Human Music, Celestial Music, Earthly Music, Active Music, Contemplative Music, Declamatory Music, Intellectual Music, Oratorical Music, etc.
C'est sous ces vastes idées qu'il faut entendre plusieurs passages des Anciens sur la Musique , qui seroient inintelligibles dans le sens que nous donnons aujourd'hui à ce mot..
It is through these vast conceptions that one must interpret many ancient passages on Music, which would be unintelligible in the restricted sense we now give to this word.
Il paroît que la Musique a été l'un des premiers Arts: on le trouvé mêlé parmi les plus anciens monumens du Genre Humain. Il est très-vraisemblable aussi que la Musique Vocale a été trouvée. avant l'Instrumentale, si même il y [436] jamais eu parmi les Anciens une à Musique vraiment Instrumentale; c'est-à-dire, faite uniquement pour les Instrumens. Non-seulement les hommes, avant d'avoir trouvé aucun Instrument, ont dû faire des observations sur les différens Tons de leur Voix; mais ils ont dû apprendre de bonne heure par le concert naturel des oiseaux, à modifier leur Voix & leur gosier d'une maniere agréable & mélodieuse. Après cela, les Instrumens à vent ont dû être les premiers inventés. Diodore & d'autres Auteurs en attribuent l'invention à l'observation du sifflement des vents dans les roseaux ou autres tuyaux des plantes. C'est aussi le sentiment de Lucrèce.At liquidas avium voces imitarier ore
It appears that Music was one of the earliest Arts: we find it intermingled with the most ancient monuments of Humankind. It is highly probable that Vocal Music preceded Instrumental Music, assuming there ever existed among the Ancients a truly Instrumental Music—that is, music composed solely for instruments. Not only must humans have observed the different tones of their voices before inventing any instrument, but they likely learned early from the natural concert of birds to modulate their voices and throats in an agreeable and melodious manner. Following this, wind instruments must have been the first invented. Diodorus and other authors attribute their invention to observing the whistling of winds through reeds or plant stems. This is also Lucretius's view:
At liquidas avium voces imitarier ore
Anté suit multo, quàm levia carmina cantu
Concelebrare homines possint, aureisque juvare;
Et Zephyri cava per calamorum fibila primum
Agresteis docuêre cavâs inflar cicutas.
Anté suit multo, quàm levia carmina cantu
As for other types of instruments, resonant strings are so commonplace that humans must have observed their varying tones early on—giving rise to Stringed Instruments. (See STRING.)
Concelebrare homines possint, aureisque juvare;
Et Zephyri cava per calamorum fibila primum
Agresteis docuêre cavâs inflar cicutas.
A l'égard des autres sortes d'Instrumens, les Cordes sonores sont si communes que les hommes en ont dû observer de bonne heure les différens Tons; ce qui a donne naissance aux Instrumens à Corde. (Voyez CORDE.)
Les Instrumens qu'on bat pour en tirer du Son, comme les Tambours & les Tymbales, doivent leur origine au bruit sourd que rendent les corps creux quand on les frappe.
Instruments struck to produce sound, such as drums and cymbals, owe their origin to the hollow resonance of bodies when percussed.
Il est difficile de sortir de ces généralités pour constater, quelque fait sur l'invention de la Musique réduite en Art.
[437]
Sans remonter au-delà du déluge, plusieurs Anciens attribuent cette invention à Mercure, aussi-bien que celle de la Lyre. D'autres veulent que les Grecs en soient redevables à Cadmus, qui, en se sauvant de la Cour du Roi de Phénicie, amena en Grece la Musicienne Hermione ou Harmonie; d'où il s'ensuivroit que cet Art étoit connu en Phénicie avant Cadmus. Dans un endroit du Dialogue de Plutarque sur la musique, Lysias dit que c'est Amphion qui l'a inventée; dans un autre, Sotérique dit que c'est Apollon;dans un autre encore, il semble en faire honneur à Olympe: on ne s'accorde gueres sur tout cela, & c'est ce qui n'importe pas beaucoup, non plus. A ces premiers inventeurs succéderent Chiron, Démodocus, Hermès, Orphée, qui, selon quelques-uns, inventa la Lyre. Après ceux-là vint Phoemius, puis Terpandre, contemporain de Lycurgue, & qui donna des regles à la Musique. Quelques personnes lui attribuent l'invention des premiers Modes. Enfin l'on ajoute Thalès, & Thamiris qu'on dit avoir été l'inventeur de la Musique instrumentale.It is difficult to move beyond these generalities to establish definitive facts about Music's formal invention.
[437]
Without reaching beyond the Deluge, several Ancients attribute this invention to Mercury, as well as that of the Lyre. Others claim the Greeks owed it to Cadmus, who brought the musician Hermione (or Harmonia) from the court of the Phoenician king to Greece—implying this Art was known in Phoenicia before Cadmus. In one passage of Plutarch’s dialogue on music, Lysias states that Amphion invented it; elsewhere, Sotericus attributes it to Apollo; and in another place, Olympus seems credited. Little agreement exists on these matters—nor does it greatly signify. Subsequent to these first inventors came Chiron, Demodocus, Hermes, Orpheus (whom some credit with inventing the Lyre), followed by Phemius, then Terpander (contemporary of Lycurgus), who established musical rules. Some attribute to him the invention of the earliest Modes. Lastly, Thales and Thamyris are cited—the latter allegedly inventing Instrumental Music.Ces grands Musiciens vivoient la plupart avant Homere. D'autres plus modernes sont Lasus d'Hermione, Melnippides, Philoxène, Timothée, Phrynnis, Epigonius, Lysandre, Simmicus & Diodore, qui tous ont considérablement perfectionné la Musique.
Most of these great Musicians lived before Homer. Later figures include Lasus of Hermione, Melnippides, Philoxenus, Timotheus, Phrynnis, Epigonius, Lysander, Simmicus, and Diodorus—all of whom significantly advanced Music.
Lasus est, à ce qu'on prétend, le premier qui ait écrit sur cet Art, du tems de Darius Hystaspes. Epigoilius inventa l'Instrument de quarante cordes qui portoit son nom. Simicus inventa aussi un Instrument de trente--cinq cordes, appellé Simmicium.
Lasus is said to be the first to write on this Art during the reign of Darius Hystaspes. Epigonius invented the forty-string instrument bearing his name. Simmicus created a thirty-five-string instrument called the Simmicium.
[438]
[438]
Diodore perfectionna la Flûte & y ajouta de nouveaux trous & Timothée la Lyre, en y ajoutant une nouvelle corde; ce qui le fit mettre à l'amende par les Lacédémoniens.
Diodorus improved the Flute by adding new fingerholes, while Timotheus enhanced the Lyre with an additional string—an innovation for which the Spartans fined him.
Comme les anciens Auteurs s'expliquent fort obscurément sur les inventeurs des Instrumens de Musique, ils sont aussi fort obscurs sur les Instrumens mêmes. A peine en connoissons-nous autre chose que les noms. (Voyez INSTRUMENT.)
As ancient authors speak obscurely about the inventors of musical instruments, so too do they obscure the instruments themselves. We scarcely know more than their names. (See INSTRUMENT.)
La Musique étoit dans la plus grande estime chez divers Peuples de l'Antiquité, & principalement chez les Grecs, & cette estime étoit proportionnée à la puissance & aux effets surprenans qu'ils attribuoient à cet Art. Leurs Auteurs ne croient pas nous en donner urne trop grande idée, en nous disant qu'elle étoit en usage dans le Ciel, & qu'elle faisoit l'amusement principal, des Dieux & des ames des Bienheureux. Platon ne craint pas de dire qu'on ne peut faire de changement dans la Musique qui n'en soit un dans la constitution de l'Etat; & il prétend qu'on peut assigner les Sons capables de faire naître la bassesse de l'ame, l'insolence & les vertus contraires. Aristote, qui semble n'avoir écrit sa politique que pour opposer ses sentimens à ceux de Platon, est pourtant d'accord avec lui touchant la puissance de la Musiquesur les moeurs. Le judicieux Polybe nous dit que la Musique étoit nécessaire pour adoucir les moeurs des Arcades qui habitoient un pays où l'air est triste & froid ; que ceux de Cynete, qui négligerent la Musique, surpasserent en cruauté tous les Grecs, & qu'il n'y a point de Ville où l'on ait tant vu de crimes. Athénée nous assure [439] qu'autrefois toutes les loix divines & humaines, les exhortations à la vertu, la connoissance de ce qui concernoit les Dieux & les Héros, les vies & les actions des hommes illustres étoient écrites en vers & chantées publiquement par des Choeurs au son des Instrumens ; & nous voyons, par nos Livres sacrés, que tels étoient, dès les premiers tems, les usages des Israélites. On n'avoit point trouvé de moyen plus efficace pour graver dans l'esprit des hommes les principes de la morale & l'amour de la vertu ; ou plutôt tout cela n'étoit point l'effet d'un moyen prémédité, mais de la grandeur des sentimens, & de l'élévation des idées qui cherchoient par des accens proportionnés à se faire un langage digne d'elles.
Music was held in the highest esteem among various ancient peoples, particularly the Greeks, with this esteem proportionate to the power and astonishing effects they attributed to this Art. Their authors deem it no exaggeration to claim that Music was practiced in Heaven itself, forming the principal amusement of the Gods and the souls of the Blessed. Plato dares assert that no change can be made in Music without altering the constitution of the State; he maintains that specific Sounds can evoke baseness of soul, insolence, or their opposing virtues. Aristotle – whose Politics seems written chiefly to contradict Plato’s views – yet concurs with him regarding Music’s power over morals. The judicious Polybius observes that Music was necessary to soften the harshness of the Arcadians inhabiting a cold, somber climate; that the Cynetians, who neglected Music, surpassed all Greeks in cruelty; and that no city witnessed more crimes than theirs. Athenaeus assures us [439] that divine and human laws, exhortations to virtue, knowledge of Gods and Heroes, and the lives of illustrious men were all once versified and publicly sung by choruses with instrumental accompaniment – a practice paralleled in sacred texts describing early Israelite customs. No method proved more effective for imprinting moral principles and love of virtue upon men’s minds – or rather, such effects arose not from calculated means, but from the nobility of sentiments and elevation of ideas seeking expression through harmonies worthy of their grandeur.
La Musique faisoit partie de l'étude des anciens Pythagoriciens. Ils s'en servoient pour exciter le coeur à des actions louables, & pour s'enflammer de l'amour de la vertu. Selon ces Philosophes, notre ame n'étoit, pour ainsi dire, formée que d'Harmonie, & ils croyoient rétablir, par la moyen de l'Harmonie sensuelle, l'Harmonie intellectuelle & primitive des facultés de l'ame ; c'est-à-dire, celle qui, selon eux, existoit en elle avant qu'elle animât nos corps, & lorsqu'elle habitoit les Cieux.
Music formed part of study among ancient Pythagoreans. They employed it to inspire noble actions and kindle love of virtue. To these Philosophers, our soul was – so to speak – woven from Harmony itself. They believed sensual Harmony could restore the soul’s primal intellectual Harmony – that which supposedly existed before animating our bodies, when souls dwelled in the Heavens.
La Musique est déchue aujourd'hui de ce degré de puissance & de majesté, au point de nous faire douter de la vérité des merveilles qu'elle opéroit autrefois, quoiqu'attestées par les plus judicieux Historiens & par les plus graves Philosophes de l'Antiquité. Cependant on retrouve dans l'Histoire moderne quelques faits semblables. Si Timothée [440] excitoit les fureurs d'Alexandre par le Mode Phrygien, & les calmoit par le Mode Lydien, une Musique plus moderne renchérissoit encore cri excitant, dit-on, dans Eriic, Roi, de Dannemarck, une telle fureur qu'il tuoit ses meilleurs domestiques. Sans doute ces. malheureux étoient moins sensibles que leur Prince à la Musique ; autrement il eût pu courir la moitié du danger. D'Aubigny rapporte une autre histoire toute pareille à celle de Timothée. Il dit que, sous Henri III, le Musicien Claudin jouant aux noces du Duc de Joyeuse sur le Mode Phrygien, anima, non le Roi, mais un Courtisan qui s'oublia jusqu'à mettre la main aux armes en présence de son Souverain ; mais le Musicien se hâta de le calmer en prenant le Mode Hypo-Phrygien. Cela est dit avec autant d'assurance que si le Musicien Claudin avoir pu savoir exactement en quoi consistoit le Mode Phrygien & le Mode Hypo-Phrygien.
Today, Music has fallen from this majestic potency, leaving us skeptical of the wonders ancient historians and philosophers solemnly attest. Yet modern history offers parallel cases. If Timotheus [440] inflamed Alexander’s fury through the Phrygian Mode and pacified him with the Lydian, a more recent Music allegedly drove Eric, King of Denmark, to such frenzy that he slew his finest servants. Doubtless these unfortunates were less sensitive to Music than their Prince – else they might have shared his peril. D’Aubigny recounts a tale mirroring Timotheus’: during the wedding of the Duc de Joyeuse under Henri III, the musician Claudin’s Phrygian Mode stirred a courtier to draw arms before his sovereign – promptly calmed when Claudin shifted to Hypo-Phrygian Mode. This is asserted as confidently as if Claudin could have precisely known the Phrygian and Hypo-Phrygian Modes’ essence.
Si notre Musique a peu de pouvoir sur les affections de l'ame, en revanche elle est capable d'agir physiquement sur les corps, témoin l'histoire de la Tarentule, trop connue pour en parler ici ; témoin ce Chevalier Gascon dont parle Boyle, lequel, au son d'une Cornemuse, ne pouvoit retenir son urine ; à quoi il faut ajouter ce que raconte le même Auteur de ces femmes qui fondoient en larmes lorsqu'elles entendoient un certain Ton dont le reste des Auditeurs n'étoit point affecté & je connois à Paris une femme de condition, laquelle ne peut écouter quelque Musique que ce soit sans être saisie d'un rire involontaire & convulsif. On lit aussi dans l'Histoire de l'Académie des Sciences de Paris [441] qu'un Musicien fut guéri d'une violente fievre par un Concert qu'on fit dans sa chambre.
If our Music holds little sway over the soul’s affections, it retains physical power over bodies – witness the well-known tarantula’s bite cured by specific airs; Boyle’s Gascon knight who could not restrain urination at a bagpipe’s sound; women weeping at tones leaving others unmoved; a Parisian gentlewoman seized by convulsive laughter at any Music. The History of the Paris Academy of Sciences [441] further records a musician cured of violent fever by a chamber concert.
Les Sons agissent même sur les corps inanimés, comme on le voit par le frémissement & larésonnance d'un corps sonore au son d'un autre avec lequel il est accordé dans certain rapport. Morhoff fait mention d'un certain Petter Hollandois, qui brisoit un verre au son de sa voix. Kircher parle d'une grande pierre qui frémissoit au son d'un certain tuyau d'Orgue. Le P. Mersenne parle aussi d'une sorte de carreau, que le Jeu d'Orgue ébranloit comme auroit pu faire un tremblement de terre. Boyle ajoute que les stalles tremblent souvent au son des Orgues; qu'il les a senti frémir sous sa main au son de l'Orgue ou de la voix, & qu'on l'a assuré que celles qui étoient bien faites trembloient toutes à quelque Ton déterminé. Tout le monde a ouï parler du fameux pilier, d'une Eglise de Reims qui s'ébranle sensiblement au son d'une certaine cloche, tandis que les autres piliers restent immobiles; mais ce qui ravit au son l'honneur du merveilleux., est que ce même pilier s'ébranle également quand on a ôté le batail de la cloche.
Sounds act even upon inanimate bodies, as seen in the trembling and resonance of a sonorous body responding to another tuned in specific proportion. Morhoff mentions a certain Dutchman named Petter who shattered a glass with his voice. Kircher speaks of a large stone that quivered to the sound of a particular organ pipe. Father Mersenne also describes floor tiles shaken by organ playing as if by an earthquake. Boyle adds that church pews often tremble to organ sounds; he felt them quiver beneath his hand during organ or vocal performances and was assured that well-constructed pews vibrate to specific tones. All have heard of the famed pillar in the Church of Reims that visibly sways to a certain bell's toll while others remain motionless — though the marvel is diminished when the clapper is removed, for the pillar still sways.
Tous ces exemples, dont la plupart appartiennent plus au son qu'à la Musique, & dont la Physique peut donner quelque explication, ne nous rendent point plus intelligibles ni plus croyables les effets merveilleux & presque divins que, les Anciens attribuent à la Musique. Plusieurs Auteurs se sont tourmentés pour tâcher d'en rendre raison. Wallis les attribue en partie à la nouveauté de l'Art, & les rejette en partie sur l'exagération des Auteurs. D'autres en sont honneur seulement [442] à la Poésie. D'autres supposent que les Grecs, plus sensibles que nous par la constitution de leur climat ou par leur maniere de vivre, pouvoient être émus de choses qui ne nous auroient nullement touchés. M. Burette, même en adoptant tous ces faits, prétend qu'ils ne prouvent point la perfection de la Musique qui les a produits: il n'y voit rien que de mauvais racleurs de Village n'aient pu faire, selon lui, tout aussi-bien que les premiers Musiciens du monde.
Most of these examples pertain more to acoustics than music, explainable through physics. Yet they scarcely illuminate the divine or miraculous effects ancients ascribed to music. Many authors have strained to rationalize this. Wallis attributes part to the art's novelty and part to authorial exaggeration. Others credit [442] poetry alone. Some posit that Greeks — more sensitive through climate or lifestyle — were moved by things leaving us untouched. Even Mr. Burette, while accepting these facts, claims they prove nothing about the music's perfection: village fiddlers, he argues, could have produced such effects as readily as the world's greatest musicians.
La plupart de ces sentimens sont fondés sur la persuasion où nous sommes de l'excellence de notre Musique, & sur le mépris que nous avons pour celle des Anciens. Mais ce mépris est-il lui-même aussi-bien fondé que nous le prétendons? C'est ce qui a été examiné bien des fois, & qui, vu l'obscurité de la matiere & l'insuffisance des juges, auroit grand besoin de l'être mieux. De tous ceux qui se sont mêlés jusqu'ici de cet examen, Vossius, dans son Traité de viribus cantûs & rhythmi, paroît être celui qui a le mieux discuté la question & le plus approché de la vérité. J'ai jetté là-dessus quelques idées dans un autre écrit non public encore, où mes idées seront mieux placées que dans cet ouvrage, qui n'est pas fait pour arrêter le Lecteur à discuter mes opinions.
Such opinions stem from our conviction in modern music's excellence and contempt for antiquity's. But is this contempt as justified as we claim? Often debated yet still obscured by the subject's murkiness and judges' incompetence, the matter demands clearer scrutiny. Among examiners, Vossius in his treatise de viribus cantûs & rhythmi seems to have best dissected the question and neared truth. I have sketched thoughts elsewhere — in an unpublished work where they belong more fittingly than here, for this volume was not meant to detain readers with my disputations.
On a beaucoup souhaité de voir quelques fragmens de Musique ancienne. Le P. Kircher & M. Burette ont travaillé là-dessus à contenter la curiosité du Public. Pour le mettre plus à portée de profiter de leurs soins, j'ai transcrit dans la Planche C deux morceaux de Musique Grecque, traduits [443] en Note moderne par ces Auteurs. Mais qui osera juger de l'ancienne Musique sur de tels échantillons? Je les suppose fideles. Je veux même que ceux qui voudroient en juger connoissent suffisamment le génie & l'accent de la langue Grecque: qu'ils réfléchissent qu'un Italien est jugé incompétent d'un Air françois, qu'un François n'entend rien du tout la Mélodie Italienne; puis qu'il compare les tems & les lieux, & qu'il prononce s'il l'ose.
Fragments of Ancient Music have been much desired. Father Kircher and Mr. Burette labored to satisfy public curiosity. To aid their efforts, I have transcribed in Plate C two specimens of Greek Music, converted [443] into modern notation by these authors. Yet who dares judge antiquity's music by such samples? Suppose them faithful. Imagine even that critics sufficiently grasp Greek's genius and accent. Let them reflect how an Italian is deemed unfit to assess a French air, a Frenchman deaf to Italian Melody. Then let them weigh times and places — and pronounce, if they dare.
Pour mettre le Lecteur a portée de juger des divers Accens musicaux des Peuples, j'ai transcrit aussi dans la Planche un Air Chinois tiré du P. du Halde, un Air Persan tiré du Chevalier Chardin, & deux Chansons des Sauvages de l'Amérique tirées du P. Mersenne. On trouvera dans tous ces morceaux une conformité de Modulation avec notre Musique, qui pourra faire admirer aux uns la bonté & l'universalité de nos regles, & peut-être rendresuspecte à d'autres l'intelligence ou la fidélité de ceux qui nous ont transmis ces Arts.
To enable the Reader to assess the diverse musical accents of various Peoples, I have also transcribed in the Plate a Chinese Air drawn from Father du Halde, a Persian Air from Chevalier Chardin, and two Songs of the American Savages taken from Father Mersenne. In all these pieces will be found a conformity of modulation with our Music, which may lead some to admire the goodness and universality of our rules, while perhaps making others suspicious of the understanding or fidelity of those who transmitted these Arts to us.
J'ai ajouté dans la même Planche le célebre Rans-des-Vaches, cet Air si chéri des Suisses qu'il fut défendu sous peine de mort de le jouer dans leurs Troupes, parce qu'il faisoit fondre en larmes, déserter ou mourir ceux qui l'entendoient, tant il excitoit en eux l'ardent desir de revoir leur pays. On chercheroit en vain dans cet Air les accens énergiques capables de produire de si étonnans effets. Ces effets, qui n'ont aucun lieu sur les étrangers, ne viennent que de l'habitude, des souvenirs, de mille circonstances qui, retracées par cet Air à ceux qui l'entendent, & leur rappellant [444] leur pays, leurs anciens plaisirs, leur jeunesse & toutes leurs façons de vivre, excitent en eux une doute amere d'avoir perdu tout cela. La Musique alors n'agit point précisément comme Musique, mais comme signe mémoratif. Cet Air, quoique toujours le même, ne produit plus aujourd'hui les mêmes effets qu'il produisoit ci-devant sur les Suisses; parce qu'ayant perdu le goût de leur premiere simplicité, ils ne la regrettent plus quand ou la leur rappelle. Tant il est vrai que ce n'est pas dans leur action physique qu'il faut chercher les plus grands effets des Sons sur le coeur humain.
I have added to the same Plate the celebrated Ranz des Vaches, that Air so cherished by the Swiss that its performance was forbidden in their Regiments under penalty of death, because it caused those who heard it to melt into tears, desert, or die — so powerfully did it excite in them the ardent desire to revisit their homeland. One would search in vain within this Air for the energetic accents capable of producing such astonishing effects. These effects, which have no hold upon foreigners, spring solely from habit, reminiscences, and a thousand circumstances which, evoked by this Air for those who hear it, recall to them [444] their country, their former pleasures, their youth, and all their ways of life, arousing in them a bitter sorrow for having lost all this. The Music here acts not precisely as Music, but as a mnemonic sign. This Air, though unchanged, no longer produces today the same effects it once did upon the Swiss; for having lost the taste for their primal simplicity, they no longer regret it when it is recalled to them. So true is it that we must not seek in physical action the greatest effects of Sounds upon the human heart.
La maniere dont les Anciens notoient leur Musique étoit établie sur un fondement très-simple, qui étoit le rapport: des chiffres; c'est-à-dire, par les lettres de leur Alphabet: mais au lieu de se borner, sur cette idée, à un petit nombre de caracteres faciles à retenir, ils se perdirent dans des. multitudes de signes diffèrent dont ils embrouillerent gratuitement leur Musique; en sorte qu'ils avoient autant de manieres de noter que de Genres & de Modes. Boece prit dans, l'Alphabet Latin des caracteres correspondans à ceux des Grecs. Le Pape Grégoire perfectionna sa méthode. En 1024, Gui d'Arezzo, Bénédictin, introduisit l'usage des Portées; (voy. PORTÉE.) sur les Lignes desquelles il marqua les Notes en forme de points; (voyez NOTES.) désignant par leur position, l'élévation ou l'abaissement de la voix. Kircher, cependant, prétend que cette invention est antérieure à Gui; & en effet, je n'ai pas vu dans les écrits de ce Moine qu'il se l'attribue: mais il inventa la Gamme, & appliqua aux [445] Notes de son Hexacorde les noms tirés de l'Hymne de Saint Jean-Baptiste, qu'elles conservent encore aujourd'hui. (Voyez Pl. G. Fig. 2.) Enfin cet homme ne pour la Musique inventa différens Instrumens appelles Polyplectra, tels que le Clavecin, l'Epinette, la Vielle, &c. (Voyez GAMME.)
The manner in which the Ancients notated their Music was founded upon a most simple principle — numerical ratios represented by the letters of their Alphabet. But instead of confining themselves, upon this idea, to a small number of easily retained characters, they became lost in multitudes of differing signs that gratuitously entangled their Music; so that they had as many notational methods as Genres and Modes. Boethius adopted Latin alphabetical characters corresponding to those of the Greeks. Pope Gregory perfected his method. In 1024, Guido d'Arezzo, the Benedictine monk, introduced the use of Staves (see STAFF), upon whose lines he marked the notes as points (see NOTES), indicating by their position the rise or fall of the voice. Kircher, however, claims this invention predates Guido; and indeed, I have not seen in this monk's writings any attribution to himself. But he invented the Gamut and applied to the [445] notes of his hexachord the names drawn from the Hymn to St. John the Baptist, which they retain to this day. (See Pl. G. Fig. 2.) Finally, this man of genius for Music devised various Instruments called Polyplectra, such as the harpsichord, spinet, hurdy-gurdy, etc. (See GAMUT.)
Les caracteres de la Musique ont, selon l'opinion commune, reçu leur derniere augmentation considérable en 1330; tems où l'on dit que Jean de Muris, appelle mal-à-propos par quelques-uns Jean de Meurs ou de Muriâ, Docteur de Paris, quoique Gefner le fasse Anglois, inventa les différentes figures des Notes qui désignent la durée ou la quantité que nous appellons aujourd'hui Rondes, Blanches, Noires, &c. Mais ce sentiment, bien. que très-commun, me paroît peu fondé, à en juger par son Traité de Musique, intitulé: Spéculum Musicae, que j'ai eu le courage de lire presque entier, pour y constater l'invention que l'on attribue à cet Auteur. Au reste ce grand Musicien a eu, comme le Roi des Poetes, l'honneur d'être réclamé par divers Peuples; car les Italiens le prétendent aussi de leur Nation, trompés apparemment par une fraude ou une erreur de Bontempi qui le dit Perugino au lieu de Parigino.
The characters of Music received, according to common opinion, their last considerable augmentation around 1330 — when it is said that Jean de Muris (wrongly called by some Jean de Meurs or de Muriâ, Doctor of Paris, though Gefner makes him English) invented the different note shapes indicating duration or quantity that we now call whole notes, half notes, quarter notes, etc. But this view, though widespread, strikes me as ill-founded when judged against his Treatise on Music titled Speculum Musicae, which I had the fortitude to read almost in full to verify the invention ascribed to this Author. Moreover, this great Musician has shared, like the King of Poets, the honor of being claimed by diverse Nations; for the Italians also assert him as their own, evidently misled by a fraud or error of Bontempi who called him Perugino instead of Parigino.
Lasus est, ou paroît être, comme il est dit ci-dessus, le premier qui ait écrit sur la Musique: mais son ouvrage est perdu, aussi-bien que plusieurs autres livres des Grecs & des Romains sur la même matiere. Aristoxène, disciple d'Aristote & chef de se le en Musique, est le plus ancien Auteur qui nous reste sur cette science. Après lui vient Euclide d'Alexandrie. Aristide Quintilien écrivoit après Cicéron. Alypius [446] vient ensuite; puis Gaudentius, Nicomaque &
Lasus is, or appears to be, as stated above, the first to have written on Music: but his work is lost, as are many other Greek and Roman books on the same subject. Aristoxenus, disciple of Aristotle and leader of his sect in Music, is the oldest Author remaining to us on this science. After him comes Euclid of Alexandria. Aristides Quintilianus wrote after Cicero. Alypius [446] follows next; then Gaudentius, Nicomachus, and
Bacchius.
Bacchius.
Marc Meibomius nous a donne une belle édition de ces sept Auteurs Grecs avec la traduction Latine & des Notes.
Marc Meibomius provided us with a fine edition of these seven Greek authors alongside Latin translations and annotations.
Plutarque a écrit un Dialogue sur la Musique. Ptolomée, célebre Mathématicien, écrivit en Grec les principes de l'Harmonie vers le tems de l'Empereur Antonin. cet Auteur garde un milieu entre les Pythagoriciens & les Aristoxèniens. Long-tems après, Manuel Bryennius écrivit aussi sur le même sujet.
Plutarch composed a Dialogue on Music. Ptolemy, the renowned mathematician, wrote in Greek on harmonic principles during Emperor Antoninus' reign. This author mediates between Pythagoreans and Aristoxenians. Much later, Manuel Bryennius also wrote on the same subject.
Parmi les Latins, Boece a écrit du tems de Théodoric; & non loin du même tems, Martianus, Cassiodore & Saint Augustin.
Among Latin writers, Boethius wrote under Theodoric's reign; near the same period, Martianus, Cassiodorus, and Saint Augustine contributed.
Les Modernes sont en grand nombre. Les plus connus sont, Zarlin, Salinas, Valgulio, Galilée, Mei, Doni, Kircher, Mersenne, Parran, Perrault, Wallis, Descartes, Holder, Mengoli, Malcolm, Burette, Valloti; enfin M. Tartini, dont le livré est plein de profondeur, de génie, de longueurs & d'obscurité; & M. Rameau, dont les écrits ont ceci de singulier, qu'ils ont fait une grande fortune sans avoir été lus de personne. Cette lecture est d'ailleurs devenue absolument superflue depuis crue M. d'Alembert a pris la peine d'expliquer au Public le systême de la Basse-fondamentale, la seule chose utile & intelligible qu'on trouvé dans les écrits de ce Musicien.
Modern authors abound. The most notable include Zarlino, Salinas, Valgulio, Galileo, Mei, Doni, Kircher, Mersenne, Parran, Perrault, Wallis, Descartes, Holder, Mengoli, Malcolm, Burette, Vallotti; finally, Mr. Tartini, whose treatise is full of depth, genius, prolixity, and obscurity; and Mr. Rameau, whose works possess this singular quality: they achieved great renown though scarcely read by anyone. Moreover, such reading has become wholly superfluous since M. d'Alembert undertook to explicate to the public the system of Fundamental Bass—the sole useful and intelligible concept found in this musician's writings.
MUTATIONS ou MUANCES,. On appelloit ainsidaqsælancienne, généralement tous les passages d'un ordre ou d'un sujet de Chant à un autre. Aristoxène définit la Mutation une espece de passion dans l'ordre [447] de la Mélodie; Bacchius, un changement de sujet, ou la transposition du semblable dans un lieu dissemblable; Aristide Quintilien, une variation dans le systême proposé, & dans le caractere de la voix; Martianus Cappella, une transition de la voix dans un autre ordre de Sons.
MUTATIONS or MUANCES. In ancient theory, this term broadly denoted transitions from one melodic order or subject to another. Aristoxenus defines Mutation as a type of *pathos* within melodic order [447]; Bacchius as a change of subject or transposition of similitude into dissimilitude; Aristides Quintilianus as a variation in the proposed system and vocal character; Martianus Capella as a transition of the voice into another order of tones.
Toutes ces définitions, obscures & trop générales, ont besoin d'être éclaircies par les divisions; mais les Auteurs ne s'accordent pas mieux sur ces divisions que sur la définition même. Cependant on recueille à-peu-près que toutes ces Mutations pouvoient se réduire à cinq especes principales. 1º. Mutation dans le Genre, lorsque le Chant passoit, par exemple, du Diatonique au Chromatique ou à l'Enharmonique, & réciproquement. 2º. Dans le systême, lorsque la Modulation unissoit deux Tétracordes disjoints ou en séparoit deux conjoints; ce qui revient au passage du Béquarre au Bémol, & réciproquement. 3º. Dans le Mode, quand on passoit, par exemple, du Dorien au Phrygien ou au Lydien, & réciproquement, &c. 4º. Dans le Rhythme, quand on passoit du vîte au lent, ou d'une Mesure à une autre. 5º. Enfin dans la Mélopée, lorsqu'on interrompoit un Chant grave, sérieux, magnifique, par un Chant enjoué, gai impétueux, &c.
All these obscure and overly broad definitions require clarification through subdivisions—yet authors disagree on these as much as on the definitions themselves. However, one may gather that Mutations could be reduced to five principal types: 1. *Genus Mutation*, when chant shifted from Diatonic to Chromatic or Enharmonic (and vice versa). 2. *System Mutation*, when modulation united two disjoint tetrachords or separated conjoined ones—akin to transitioning from natural to flat (and vice versa). 3. *Mode Mutation*, as in passing from Dorian to Phrygian or Lydian (and vice versa). 4. *Rhythmic Mutation*, shifting from fast to slow tempi or between meters. 5. *Melopoeic Mutation*, interrupting a grave, solemn chant with a playful, impetuous one.
N
N
[448] NATUREL, adj. Ce mot en Musique a plusieurs sens: 1º. Musique Naturelle est celle que forme la voix humaine par opposition à la Musique artificielle qui s'exécute avec des
[448] NATURAL, adj. This term holds multiple musical meanings: 1. *Natural Music* denotes that produced by the human voice, as opposed to *Artificial Music* executed with
Instrumens. 2°. On dit qu'un Chant est Naturel, quand il est aisé, doux, gracieux, facile: qu'une Harmonie est Naturelle, quand elle a peu de renversemens, de Dissonances; qu'elle est produite par les cordes essentielles & Naturelles du Mode. 3º.Naturel se dit encore de tout Chant qui n'est ni forcé ni baroque, qui ne va ni trop haut ni trop bas, ni trop vîte ni trop lentement. 4º. Enfin la signification la plus commune de ce mot, & la seule dont l'Abbé Brossard n'a point parlé, s'applique aux Tons ou Modes dont les Sons se tirent de la Gamme ordinaire sans aucune altération: de sorte qu'un Mode Naturel est celui où l'on n'emploie ni Dièse ni Bémol. Dans le sens exact il n'y auroit qu'un seul Ton Naturel, qui seroit celui d'ut ou de C Tierce majeure; mais on étend le nom de Naturels à tous les Tons dont les cordes essentielles, ne portant ni Dièses ni Bémols, permettent qu'on n'arme la Clef ni de l'un ni de l'autre: tels sont les Modes majeurs de G & de F, les Modes mineurs d'A & de D. &c. (Voyez CLEFS TRANSPOSÉES, MODES, TRANSPOSITIONS.)
Instruments. 2°. A melody is called Natural when it is easy, sweet, graceful, and effortless; a harmony is Natural when it employs few inversions or dissonances, arising instead from the essential and Natural chords of the Mode. 3°. Natural also describes any melody that is neither forced nor bizarre, avoiding extremes of register, tempo, or rhythm. 4°. Finally, the most common meaning of this term—omitted by Abbé Brossard—applies to Keys or Modes whose tones derive from the standard scale without alteration: thus, a Natural Mode employs neither sharps nor flats. Strictly speaking, only the key of Ut (C major) is truly Natural; yet we extend this term to all Keys whose essential chords, lacking sharps or flats, require no such signs in the clef: including major Modes of G and F, minor Modes of A and D, etc. (See TRANSPOSED CLEFS, MODES, TRANSPOSITIONS.)
Les Italiens notent toujours leur Récitatif au Naturel, les changemens de Tons y étant si fréquens & les Modulations [449] si ferrées que, de quelque maniere qu'on armât la Clef pour un Mode, on n'épargneroit ni Dièses ni Bémols pour les autres, & l'on se jetteroit, pour la suite de la Modulation, dans des confusions de signes très-embarrassantes, lorsque les Notes altérées à la Clef par un signe se trouveroient altérées par le signe contraire accidentellement. (Voyez RÉCITATIF.)
Italians always notate their Recitative in the Natural, as key changes occur so frequently and modulations [449] plunge so abruptly that any attempt to adjust the clef for one Mode would drown the score in contradictory accidentals, creating intolerable confusion when notes altered by the key signature clash with opposing accidental signs. (See RECITATIVE.)
Solfier au Naturel, c'est solfier par les noms Naturels des Sons de la Gamme ordinaire, sans égard au Ton oit l'on est. (Voyez SOLFIER.)
To sol-fa in the Natural is to use the standard solmization syllables of the scale without regard to the current Key. (See SOL-FA.)
NETE, s. f. C'étoit, dans la Musique Grecque, la quatrieme corde ou la plus aiguë de chacun des trois Tétracordes qui suivoient les deux premiers du grave à l'aigu.
NETE, s.f. In Greek music, the fourth string or highest pitch of each of the three Tetrachords following the first two from grave to acute.
Quand le troisieme Tétracorde étoit conjoint avec le second, c'étoit le Tétracorde Synnéménon, & sa Nete s'appelloit Nete-Synnéménon.
When the third Tetrachord was conjunct with the second (the Synnéménon Tetrachord), its Nete was called Nete-Synnéménon.
Ce troisieme Tétracorde portoit le nom de Diézeugménon quand il étoit disjoint ou séparé du second par l'Intervalle d'un Ton, & sa Nete s'appelloit Nete-Diézeugménon.
This third Tetrachord was named Diézeugménon when disjunct from the second by a whole tone, its Nete then termed Nete-Diézeugménon.
Enfin le quatrieme Tétracorde portant toujours le nom d'Hyperboléon, sa Nete s'appelloit aussi toujours Nete-Hyperboléon.
The fourth Tetrachord, always called Hyperbolaion, had its Nete invariably named Nete-Hyperboléon.
A l'égard des deux premiers Tétracordes, comme ils étoient toujours conjoints, ils n'avoient point de Nete ni l'un ni l'autre: la quatrieme corde du premier, étant toujours la premiere du second, s'appelloit Hypate-Méson; & la quatrieme corde du second, formant le milieu du systême, s'appelloit Mèse.
As for the first two Tetrachords—perpetually conjunct—neither possessed a Nete: the fourth string of the first became the first of the second, named Hypate-Méson; the fourth string of the second, forming the system’s midpoint, was called Mèse.
[450] Nete, dit Boece, quasi neate, id est, inferior; car le Anciens dans leurs Diagrammes mettoient en haut les Sons graves, & en bas les Sons aigus.
[450] "Nete," Boethius explains, "quasi neate, id est, inferior"; for the Ancients placed grave tones above and acute tones below in their diagrams.
NETOIDES. Sons aigus. (Voyez LEPSIS.)
NETOIDES. Acute tones. (See LEPSIS.)
NEUME, s. f. Terme de Plain-Chant. La Neume est une espece de courte récapitulation du Chant d'un Mode, laquelle se fait à la fin d'une Antienne par une simple variété de Sons & sans y joindre aucunes paroles. Les Catholiques autorisent ce singulier usage sur un passage de Saint Augustin, qui dit, que ne pouvant trouver des paroles dignes de plaire à Dieu, l'on fait bien de lui adresser des Chants confus de jubilation. « Car à qui convient une telle jubilation sans paroles, si ce n'est à l'être ineffable? & comment célébrer cet être ineffable, lorsqu'on ne peut ni se taire, ni rien trouver dans ses transports qui les exprime, si ce n'est des Sons inarticulés? »
NEUME, s.f. Plainchant term. A Neume is a brief recapitulation of a Mode’s melody, performed at the end of an Antiphon through pure vocalise—without text. Catholics justify this singular practice via Saint Augustine, who writes that when words fail to honor God adequately, we may offer Him wordless chants of jubilation. "For whom but the Ineffable merits such wordless praise? How else to celebrate this Unspeakable Being, when silence is impossible yet no utterance can express our rapture save inarticulate sounds?"
NEUVIEME, s. f. Octave de la Seconde. Cet Intervalle porte le nom de Neuvieme, parce qu'il faut, former neuf Sons consécutifs pour arriver Diatoniquement d'un de ses deux termes à l'autre. La Neuvieme est majeure ou mineure, comme la Seconde dont elle est la Réplique. (Voy. SECONDE.)
NINTH, s.f. Octave of the Second. This interval bears the name Ninth because nine consecutive diatonic steps separate its extremes. The Ninth is major or minor like the Second it replicates. (See SECOND.)
Il y a un Accord par supposition qui s'appelle Accord de Neuvieme, pour le distinguer de l'Accord de Seconde, qui se prépare, s'accompagne & se sauve différemment. L'Accord de Neuvieme est formé par un Son mis à la Barre, une. Tierce au-dessous de l'Accord de Septieme; ce qui fait que la Septieme elle-même fait Neuvieme sur ce nouveau Son. La Neuvieme s'accompagne, par conséquent, de Tierce, [451] de Quinte, & quelquefois de Septieme. La quatrième Note du Ton est généralement celle sur laquelle cet Accord convient le mieux; mais on la peut placer par-tout dans des entrelacemens Harmoniques. La Basse doit toujours arriver en montant à la Note qui porte Neuvieme; la Partie qui fait la Neuvieme doit syncoper, & sauve cette Neuvieme comme une Septieme en descendant Diatoniquement d'un Degré sur l'Octave, si la Basse reste en place, ou sur la Tierce, si la Basse descend de Tierce. (Voyez ACCORD, SUPPOSITION, SYNCOPE.)
There exists a chord by supposition called the Ninth Chord, distinct from the Second Chord in preparation, accompaniment, and resolution. The Ninth Chord is formed by adding a pedal note a third below the Seventh Chord, making the Seventh itself a Ninth above this new bass. The Ninth thus includes a Third, [451] Fifth, and sometimes Seventh. The fourth scale degree generally suits this chord best, though it may appear in harmonic interstices elsewhere. The bass must ascend to the ninth-bearing note; the ninth itself must syncopate, resolving like a Seventh—either diatonically downward to the octave (if the bass remains) or to the third (if the bass descends a third). (See CHORD, SUPPOSITION, SYNCOPATION.)
En Mode mineur l'Accord sensible sur la Médiante perd le nom d'Accord de Neuvieme & prend celui de Quinte superflue. (Voyez QUINTE SUPERFLUE.)
In minor Modes, the leading-tone chord on the Mediant loses the name Ninth Chord and becomes the Augmented Fifth. (See AUGMENTED FIFTH.)
NIGLARIEN, adj. Nom d'un Nome ou Chant d'une Mélodie efféminée & molle, comme Aristophane le reproche à Philoxène son Auteur.
NIGLARIAN, adj. Name of a Nomos or Song with effeminate, languid melody—a fault Aristophanes reproached in its composer Philoxenus.
NOELS. Sortes d'Airs destinés à certains Cantiques que le peuple chante aux Fèces de NOELS. Les Airs des Noëls doivent avoir un caractere champêtre & pastoral convenable à la simplicité des paroles, & à celle des Bergers qu'on suppose les avoir chantés en allant rendre hommage à l'Enfant Jésus dans la Crêche.
CAROLS. Airs intended for popular hymns sung during Christmas. Carol melodies must bear a rustic, pastoral character befitting the simplicity of their texts and the shepherds imagined singing them on their way to worship the Christ Child in the manger.
NOEUDS. On appelle Noeuds les points fixes dans lesquels une corde sonore mise en vibration se devise en aliquotes vibrantes, qui rendent un autre Son que celui de la corde entiere. Par exemple, si de deux cordes dont l'une sera triple de l'autre, on fait sonner la plus petite, la grande répondra, non par le Son qu'elle a comme corde entière, mais [452] par l'unisson de la plus petite; parce qu'alors cette grande corde, au lieu de vibrer dans sa totalité, se devise, & ne vibre que par chacun de ses tiers. Les points immobiles qui sont les divisions & qui tiennent en quelque sorte lieu de Chevalets sont ce que M. Sauveur a nommé les Noeuds, & il a nommé Ventres les points milieux de chaque aliquote où la vibration est la plus grande & où la corde s'écarte le plus de la ligne de repos.Si, au lieu de faire sonner une autre corde plus petite, on devise la grande au point d'une de ses aliquotes par un obstacle léger qui la gêne sans l'assujettir, le même cas arrivera encore en faisant sonner une des deux parties; car alors les deux résonneront à l'unisson de la petite, & l'on verra les mêmes Noeuds & ce les mêmes Ventres que ci-devant.
NODES. We call Nodes the fixed points in which a vibrating string divides itself into vibrating aliquot segments that produce a different sound than the entire string. For example, if two strings – one being triple the length of the other – are sounded, the longer will resonate not with its fundamental tone but [452] in unison with the shorter string. This occurs because the longer string, instead of vibrating in its entirety, divides and vibrates only in each third segment. The immobile points serving as divisions – functioning like makeshift bridges – are what M. Sauveur termed Nodes, while he called Antinodes the midpoints of each aliquot segment where vibration is greatest and the string deviates furthest from its resting position.
Si la petite partie n'est pas aliquote immédiate de la grande, mais qu'elles aient seulement une aliquote commune; alors elles se diviseront toutes deux selon cette aliquote commune, & l'on verra des Noeuds & des Ventres, même dans la petite partie.
If instead of sounding a shorter string, one lightly obstructs the longer string at an aliquot division point without fully securing it, the same phenomenon will occur when sounding either segment. Both portions will resonate in unison with the shorter segment, revealing the same Nodes and Antinodes as before.
Si les deux parties sont incommensurables, c'est-à-dire, qu'elles n'aient aucune aliquote commune; alors il n'y aura aucune résonnance; ou il n'y aura que celle de la petite partie, à moins qu'on ne frappe assez fort pour forcer l'obstacle, & faire réformer la corde entiere.
Should the shorter segment not be an immediate aliquot of the longer but share only a common aliquot, both strings will divide according to this shared measurement, displaying Nodes and Antinodes even in the shorter portion.
M. Sauveur trouva le moyen de montrer ces Ventres & ces Noeuds à l'Académie, d'une maniere très-sensible, en mettant sur la corde des papiers de deux couleurs, l'une aux divisions des Noeuds, & l'autre au milieu des Ventres; [453] car alors au Son de l'aliquote on voyoit toujours tomber les papiers des Ventres & ceux des Noeuds rester en place. (Voy. Pl.M. Fig..6.)
If the segments are incommensurate (sharing no common aliquot), no resonance occurs beyond that of the shorter segment unless struck forcefully enough to overcome the obstruction and restore the entire string's vibration.
NOIRE, s. f. Note de Musique qui se fait ainsi ou ainsi & qui vaut deux Croches ou la moitié d'une Blanche. Dans nos anciennes Musiques on se servoit de plusieurs fortes de Noires; Noire à queue, Noire quarrée, Noire en losange. Ces deux dernieres especes sont demeurées dans le Plain-Chant; mais dans la Musique on ne se sert plus que de la Noire à queue. (Voyez VALEUR DES NOTES.)
M. Sauveur demonstrated these Antinodes and Nodes vividly to the Academy by placing two-colored papers on the string – one color at the Node divisions, another at the Antinode centers. [453] When sounding the aliquot segment, papers at the Antinodes would fall while those at the Nodes remained fixed. (See Pl. M. Fig. 6.)
NOME, s. m. Tout Chant déterminé par des regles qu'il n'étoit pas permis d'enfreindre, portoit chez les nom de Nome.
QUARTER NOTE. A musical note written as 𝅘𝅥 or 𝅘𝅥𝅮, equivalent to two eighth notes or half a half note. Older notation systems employed various quarter notes – stemmed, squared, lozenge-shaped. The latter two remain in plainchant, but modern music retains only the stemmed quarter note. (See NOTE VALUES.)
Les Nomes empruntoient leur dénomination; 1°. ou de certains peuples; Nome Eolien, Nome Lydien: 2º. ou de la Nature du Rhythme; Nome Orthien, Nome Dactylique, Nome Trochaique: 3º. ou de leurs inventeurs; Nome Hiéracien, Nome Polymnestan: 4°. ou de leurs sujets; Nome Pythien, Nome Comique: 5°. ou enfin de leur Mode; Nome Hypatoide ou grave, Nome Nétoide ou aigu, &c.
NOMOS. Among the Greeks, any chant governed by inviolable rules was called a Nomos.
Il y avoir des Nomes Bipartites qui se chantoient sur deux Modes; il y avoir même un Nome appelle Tripartite, duquel Sacadas ou Clonas sut l'inventeur, & qui se chantoit sur trois Modes, savoir le Dorien, le Phrygien, & le Lydien, (Voyez CHANSON, MODE.)
Nomoi derived their names from: 1st) Peoples (Aeolian Nomos, Lydian Nomos); 2nd) Rhythmic nature (Orthian Nomos, Dactylic Nomos, Trochaic Nomos); 3rd) Inventors (Hierax's Nomos, Polymnestus' Nomos); 4th) Subject matter (Pythian Nomos, Comic Nomos); 5th) Mode (Hypatoid [grave] Nomos, Netoid [acute] Nomos).
NOMION. Sorte de Chanson d'amour chez les Grecs. (Voyez CHANSON.)
Bipartite Nomoi employed two modes. The Tripartite Nomos – invented by Sacadas or Clonas – combined three modes: Dorian, Phrygian, and Lydian. (See SONG, MODE.)
NOMIQUE, adj. Le Mode Nomique ou le genre de style [454] Musical qui portoit ce nom, étoit consacré, chez les Grecs, à Apollon Dieu des Vers & des Chansons, & l'on tâchoit d'en rendre les Chants brillans & dignes du Dieu auquel ils étoient consacrés. (V. MODE, MÉLOPÉE, STYLE.)
NOMION. A type of Greek love song. (See SONG.)
NOMS des Notes. (Voyez SOLFIER.)
NOMIC. The Nomic Mode or musical style [454] was sacred to Apollo, God of Poetry and Song. Greeks strove to render these chants brilliant and worthy of their divine patron. (See MODE, MELOPOEIA, STYLE.)
NOTES, s. f. Signes ou caracteres dont on se sert pour Noter, c'est-à-dire, pour écrire la Musique.
NOTE NAMES. (See SOLFÈGE.)
Les Grecs se servoient des lettres de leur Alphabet pour noter leur Musique. Or comme ils avoient vingt-quatre lettres, & que leur plus grand systême, qui dans un même Mode n'étoit que de deux Octaves, n'excédoit pas le nombre de seize Sons, il sembleroit que l'Alphabet devoit être plus que suffisant pour les exprimer, puisque leur Musique il n'étant autre chose que leur Poésie notée, le Rhythme étoit suffisamment déterminé par le Mètre, sans qu'il fût besoin pour cela de valeurs absolues & de signes propres à la Musique; car, bien que parsurabondance ils eussent aussi des caracteres pour marquer les divers pieds, il est certain que la Musique vocale n'en avoir aucun besoin, & la Musique instrumentale n'étant qu'une Musique vocale jouée par des Instrumens, n'en avoit pas besoin non plus, lorsque les paroles étoient écrites ou que le Symphoniste les savoit par coeur.
NOTES. Symbols or characters used to notate – that is, to write down – music.
The Greeks used the letters of their Alphabet to notate their Music. Now as they had twenty-four letters, and their largest system — which within a single Mode did not exceed two Octaves — comprised no more than sixteen Sounds, it might seem that the Alphabet should have been more than sufficient to express them. Since their Music was nothing other than their Poetry notated, the Rhythm was sufficiently determined by the Meter, without requiring absolute durations or signs specific to Music; for although they also had characters to mark various feet by way of redundancy, it is certain that vocal Music had no need of them, and instrumental Music — being merely vocal Music played on instruments — likewise required none when the lyrics were written down or when the Symphonist knew them by heart.
Mais il faut remarquer, en premier lieu, que les deux mêmes Sons étant tantôt à l'extrémité & tantôt au milieu du troisieme Tétracorde selon le lieu où se faisoit la Disjonction, (voyez ce mot,) on donnoit à chacun de ces Sons des noms & des signes qui marquoient ces diverses situations; secondement que ces seize Sons n'étoient pas tous les [455] mêmes dans les trois Genres, qu'il y en avoit de communs aux trois & de propres à chacun, & qu'il faloit, par conséquent, des Notes pour exprimer ces différences; troisièmement, que la Musique se notoit pour les Instrumens autrement que pour les Voix, comme nous avons encore aujourd'hui pour certains Instrumens à cordes une tablature qui ne ressemble en rien à celle de la Musique ordinaire; enfin, que les Anciens ayant jusqu'à quinze Modes différens, selon le dénombrement d'Alypius, (voyez MODE.) il falut approprier des caracteres à chaque Mode, comme on le voit dans les Tables du même Auteur. Toutes ces modifications exigeoient des multitudes de signes auxquels les vingt-quatre lettres étoient bien éloignées de suffire. De-là la nécessité d'employer les mêmes lettres pour plusieurs sortes de Notes; ce qui les obligea de donner à ces lettres différentes situations, de les accoupler, de les mutiler, de les alonger en divers sens. Par exemple, la lettre Pi écrite de toutes ces manieres exprimoit cinq différentes Notes. En combinant toutes les modifications qu'exigeoient ces diverses circonstances, on trouvé jusqu'à 1620 différentes Notes: nombre prodigieux, qui devoir rendre l'étude de la Musique de la plus grande difficulté. Aussi l'étoit-elle selon Platon, qui veut que les jeunes gens se contentent de donner deux ou trois ans à la Musique, seulement pour en apprendre les rudimens. Cependant les Grecs n'avoient pas un sa grand nombre de caracteres, mais la même Note avoir quelquefois différentes significations selon les occasions: ainsi le même caractere qui marque la Proslambanomene du Mode [456] Lydien, marque la Parhypate-Méson du Mode Hypo-lastien; l'Hypate-Méson de l'Hypo-Phrygien, le Lychanos-Hypaton de l'Hypo-Lydien, la Parhypate- Hypaton de l'Iastien, & l'Hypate-Hypaton du Phrygien. Quelquefois aussi la Note change, quoique le Son reste le même; comme, par exemple, la Proslambanomene de l'Hypo-Phrygie, laquelle a un même signe dans les Modes Hyper-Phrygien, Hyper-Dorien, Phrygien, Dorien, Hypo-Phygien, & Hypo-Dorien, & un autre même signe dans les Modes Lydien & Hypo-Lydien.
But it must be noted, first, that the same two Sounds being sometimes at the extremity and sometimes in the middle of the third Tetrachord depending on where the Disjunction occurred (see DISJUNCTION), they assigned names and signs to each of these Sounds to indicate their diverse positions. Second, these sixteen Sounds were not identical across the three Genres: some were common to all three, while others were unique to each, thus necessitating distinct Notes to express these differences. Third, Music was notated differently for instruments than for voices, just as today certain stringed instruments use a tablature wholly unlike ordinary musical notation. Finally, since the Ancients had up to fifteen distinct Modes according to Alypius’s enumeration (see MODE), specific characters had to be assigned to each Mode, as seen in the Tables of that same Author. All these modifications demanded multitudes of signs, far exceeding the capacity of twenty-four letters. Hence arose the need to repurpose the same letters for multiple kinds of Notes, obliging them to vary the letters’ orientations, pair them, truncate them, or elongate them in diverse directions. For example, the letter Pi written in all these ways expressed five different Notes. By combining all modifications required by these circumstances, one arrives at up to 1,620 distinct Notes — a prodigious number that must have rendered the study of Music exceedingly difficult. This aligns with Plato’s assertion that youths should devote merely two or three years to Music to grasp its rudiments. Yet the Greeks did not actually use such a vast number of characters, for the same Note could carry different meanings depending on context: thus, the character denoting the Proslambanomene of the Lydian Mode [456] also signifies the Parhypate-Meson of the Hypo-Iastian Mode, the Hypate-Meson of the Hypo-Phrygian, the Lychanos-Hypaton of the Hypo-Lydian, the Parhypate-Hypaton of the Iastian, and the Hypate-Hypaton of the Phrygian. At times, the Note changes even when the Sound remains identical — as with the Proslambanomene of the Hypo-Phrygian, which shares one sign across the Hyper-Phrygian, Hyper-Dorian, Phrygian, Dorian, Hypo-Phrygian, and Hypo-Dorian Modes, and another in the Lydian and Hypo-Lydian Modes.
On trouvera (Pl. H. Fig.. 1.) la Table des Notes du Genre Diatonique dans le Mode Lydien, qui étoit le plus usité; ces Notes ayant été préférées à celles des autres Modes par Bacchius, suffisent pour entendre tous les exemples qu'il donne dans son ouvrage; & la Musique des Grecs n'étant plus en usage, cette Table suffit aussi pour désabuser le Public, qui croit leur maniere de noter tellement perdue que cette Musique nous seroit maintenant impossible à déchiffrer. Nous la pourrions déchiffrer tout aussi exactement que les Grecs mêmes auroient pu faire: mais la phraser, l'accentuer, l'entendre, la juger; voilà ce qui n'est plus possible à personne & qui ne le deviendra jamais. En toute Musique, ainsi qu'en toute Langue, déchiffrer & lire sont deux choses très-différentes.
One will find (Pl. H. Fig. 1.) the Table of Notes for the Diatonic Genre in the Lydian Mode, the most commonly used. These Notes, preferred by Bacchius over those of other Modes, suffice to understand all examples in his work. And as Greek Music is no longer in practice, this Table also serves to dispel the public misconception that their notation is so utterly lost that deciphering their Music is now impossible. We could decipher it as precisely as the Greeks themselves might have — but to phrase, accent, hear, or judge it? That is beyond anyone’s capacity and shall ever remain so. In all Music, as in all Languages, deciphering and reading are two very distinct acts.
Les Latins, qui, à l'imitation des Grecs, noterent aussi la Musique avec les lettres de leur Alphabet, retrancherent beaucoup de cette quantité de Notes; le Genre Enharmonique ayant tout-à-fait cessé d'être pratiqué, & plusieurs Modes n'étant plus [457] en usage. Il paroît queBoece établit l'usage de quinze lettres seulement, & Grégoire Evêque de Rome, considérant que les rapports des Sons sont les mêmes dans chaque Octave, réduit encore ces quinze Notes aux sept premieres lettres de l'Alphabet, que l'on répétoit en diverses formes d'une Octave à l'autre.
The Latins, imitating the Greeks in notating music with letters of their alphabet, significantly reduced this profusion of Notes. The Enharmonic genus having fallen entirely out of practice, and several Modes being [457] obsolete by then. It appears Boethius established the use of merely fifteen letters, while Gregory, Bishop of Rome, recognizing that harmonic ratios remained consistent across octaves, further reduced these fifteen Notes to the first seven letters of the alphabet, repeated in varied forms from one octave to another.
Enfin dans l'onzieme siecle un Bénédictin d'Arezzo; nommé Gui, substitua à ces lettres des points posés sur différentes lignes paralleles, à chacune desquelles une lettre servoit de Clef. Dans la suite on grossit ces points, on s'avisa d'en poser aussi dans les espaces compris entre ces lignes, & l'on multiplia, selon le besoin, ces lignes & ces espaces. (Voyez PORTÉE.) A l'égard des noms donnés aux Notes, voyez SOLFIER.
Finally, in the 11th century, a Benedictine monk from Arezzo named Guido replaced these letters with dots positioned on parallel lines, each assigned a letter as a Clef. Later, these dots were enlarged, placed within the spaces between lines, and multiplied as needed. (See STAFF.) Regarding the names given to Notes, see SOLFÈGE.
Les Notes n'eurent, durant un certain tems, d'autre usage que de marquer les Degrés & les différences de l'Intonation. Elles étoient toutes, quant à la durée, d'égale valeur, & ne recevoient à cet égard d'autres différences que celles des syllabes longues & breves sur lesquelles on les chantoit: c'est à-peu-près dans cet état qu'est demeuré le Plain-Chant des Catholiques jusqu'à ce jour; & la Musique des Pseaumes, chez les Protestans, est plus imparfaite encore; puis qu'on n'y distingue pas même dans l'usage, les Longues des Breves ou les Rondes des Blanches, quoiqu'on y ait conservé ces deux figures.
For a time, Notes served solely to indicate pitch degrees and intonation distinctions. All were equal in duration, differentiated only by the long or short syllables they accompanied—a system largely preserved in Catholic Plainchant to this day. Protestant Psalmody remains even more rudimentary, failing to distinguish between Longs and Shorts or Whole notes and Half notes in practice, though retaining these two figures.
Cette indistinction de figures dura, selon l'opinion commune, jusqu'en 1338, que Jean de Muris Docteur & Chanoine de Paris, donna, à ce qu'on prétend, différentes figures aux Notes, pour marquer les rapports de durée. qu'elles [458] devoient avoir entr'elles: il inventa aussi certains signes de Mesure appellés Modes ou Prolations, pour déterminer, dans le cours d'un Chant, si le rapport des Longues aux Breves seroit double ou triple, &c. Plusieurs de ces figures ne subsistent plus; on leur en a substitué d'autres en différens tems. (Voy. MESURE, TEMS, VALEUR DES NOTES.) Voyez aussi au mot Musique, ce que j'ai dit de cette opinion.
This uniformity of note shapes persisted, by common account, until 1338, when Jean de Muris—Doctor and Canon of Paris—allegedly introduced varied note figures to denote relative durations. [458] He also devised mensural signs called Modes or Prolations to specify whether the ratio of Longs to Shorts would be duple or triple, etc. Many such figures have since been replaced. (See MEASURE, TIME, NOTE VALUES.) See also my remarks under Music regarding this historical claim.
Pour lire la Musique écrite par nos Notes, & la rendre exactement, il y a huit choses à considérer: savoir; 1. La Clef & sa position. 2. Les Dièses ou Bémols qui peuvent l'accompagner.3. le lieu ou la position de chaque Note. 4. Son Intervalle, c'est-à-dire, son rapport à celle qui précede, ou à la Tonique, ou à quelque Note fixe dont on ait le Ton:. 5. Sa figure, qui détermine sa valeur.
To accurately read notated music, eight elements must be considered: 1. The Clef and its position. 2. The sharps or flats accompanying it. 3. The placement of each Note. 4. Its Interval—i.e., its relation to the preceding note, the tonic, or a fixed reference pitch. 5. Its figure, determining its value.
6. Le Tems où elle se trouvé & la place qu'elle y occupe. 7. Le Dièse, Bémol ou Béquarre accidentel qui peut la précéder. 8. L'espere de la Mesure & le caractere du Mouvement. Et tout cela, sans compter ni la parole ou la syllabe à laquelle appartient chaque Note, ni l'Accent ou l'expression convenable au sentiment ou à la pensée. Une seule de ces huit observations omise peut faire détonner ou chanter hors de Mesure.
6. The Time in which it occurs and its position therein. 7. Any preceding accidental sharp, flat, or natural. 8. The type of Measure and tempo marking. All this, not to mention the syllable assigned to each Note or the expressive accent demanded by sentiment or text. Omitting any one of these eight considerations risks faulty intonation or rhythmic error.
La Musique a eu le sort des Arts qui ne se perfectionnent que lentement. Les inventeurs des Notes n'ont songé qu'à l'état où elle se trouvoit de leur tems, sans songer à celui où elle pouvoir parvenir, &dans la suite leurs signes se sont trouvés d'autant plus défectueux que l'Art s'est plus perfectionné. A mesure qu'on avançoit, on établissoit de nouvelles regles pour remédier aux inconvéniens présens; en multipliant [459] les signes, on a multiplié les difficultés, & à forcé d'additions & de chevilles, on a tiré d'un principe assez simple un systême fort embrouillé & fort mal assorti.
Music has shared the fate of arts perfected only through slow accretion. The inventors of Notes addressed merely the state of their art, heedless of its potential evolution. Their symbols grew increasingly defective as the art advanced. Each new rule devised to remedy current flaws [459] multiplied signs and complexities, until a once-simple principle yielded a system both convoluted and ill-suited.
On peut en réduire les défauts à trois principaux. Le premier est dans la multitude des signes & de leurs combinaisons, qui surchargent tellement l'esprit & la mémoire des commençans, que l'oreille est formée, & les organes ont acquis l'habitude & la facilité nécessaires, long-tems avant qu'on soit en état de chanter à Livré ouvert; d'où il suit que ladifficulté est toute dans l'attention aux regles & nullement dans l'exécution du Chant. Le second est le peu d'évidence dans l'espece des Intervalles, majeurs, mineurs, diminués, superflus, tous indistinctement confondus dans les mêmes positions: défaut d'une telle influence, que non-seulement il est la principale cause de la lenteur du progrès des Ecoliers; mais encore qu'il n'est aucun Musicien formé, qui n'en soit incommodé dans l'exécution. Le troisieme est l'extrême diffusion des caracteres & le trop grand volume qu'ils occupent; ce qui, joint à ces Lignes, à ces Portées si incommodes à tracer, devient une source d'embarras de plus d'une espece. Si le premier avantage des signes d'institution est d'être clairs, le second est d'être concis, quel jugement doit-on porter d'un ordre de signes à qui l'un & l'autre manquent?
The defects of our notation may be reduced to three principal ones. The first lies in the multiplicity of signs and their combinations, which so overburden the mind and memory of beginners that the ear is trained and the organs acquire necessary facility long before one becomes capable of sight-reading [à Livré ouvert]; hence the difficulty resides entirely in attention to rules rather than in musical execution. The second is the lack of clarity in distinguishing intervals – major, minor, diminished, augmented – all indiscriminately conflated through identical positions: a flaw so influential that it not only slows students' progress but continues to vex even seasoned performers. The third is the excessive sprawl of characters and their spatial demands – compounded by cumbersome staff lines [Portées] – creating obstacles of multiple kinds. If clarity and concision are the prime virtues of symbolic systems, what judgment shall we pass on one deficient in both?
Les Musiciens, il est vrai, ne voient point tout cela. L'usage habitue à tout. La Musique pour eux n'est pas la science des Sons; c'est celle des Noires, des Blanches, des Croches, &c. Dès que ces figures cesseroient de frapper [460] leurs yeux, ils ne croiroient plus voir de la Musique. D'ailleurs, ce qu'ils ont appris difficilement, pourquoi le rendroient-ils facile aux autres? Ce n'est donc pas le Musicien qu'il fait consulter ici; mais l'homme qui sait la Musique & qui a réfléchi sur cet Art.
Musicians, it is true, perceive none of this. Habit reconciles all. For them, music is not the science of sounds but of quarter notes [Noires], half notes [Blanches], eighth notes [Croches], etc. Were these figures to vanish from their gaze, they would no longer recognize music. Moreover, having suffered through arduous learning themselves, why should they smooth the path for others? Let us therefore consult not the mere practitioner here, but the thinker who comprehends music's essence.
Il n'y a pas deux avis dans cette derniere Classe sur les défauts de notre Note; mais ces défauts sont plus aisés à connoître qu'à corriger. Plusieurs ont tenté jusqu'à présent cette correction sans succès. Le Public, sans discuter beaucoup l'avantage des lignes qu'un lui propose, s'en tient à ceux qu'il trouvé établis, & préférera toujours une mauvaise maniere de savoir à une meilleure d'apprendre.
Among enlightened minds, there is no dissent regarding these defects. Yet such flaws prove easier to diagnose than to remedy. Many attempted reforms have foundered. The public, indifferent to theoretical improvements, clings to established conventions, preferring flawed familiarity over superior innovation.
Ainsi de ce qu'un nouveau systême est rebuté, cela ne prouve autre chose, linon que l'Auteur est venu trop tard; & l'on peut toujours discuter & comparer les deux systêmes, sans égard en ce point au jugement du Public.
Thus the rejection of a new system proves only that its proponent came too late. We may still dispassionately analyze and compare systems, disregarding popular prejudice.
Toutes les manieres de Noter qui n'ont pas eu pour premiere loi l'évidence des Intervalles, ne me paroissent pas valoir la peine d'être relevées. Je ne m'arrêterai donc point à celle de M. Sauveur qu'on peut voir dans les Mémoires de l'Académie des Sciences, année 1721, ni à celle de M. Demaux donnée quelques années après. Dans ces deux systêmes, les Intervalles étant exprimés par des signes tout-à-fait arbitraires, & sans aucun vrai rapport à la chose représentée, échappent aux yeux les plus attentifs & ne peuvent se placer que dans la mémoire; car que sont des têtes différemment figurées, & des queues différemment dirigées aux Intervalles qu'elles doivent exprimer? De tels signes n'ont [461] rien en eux qui doive les faire préférer à d'autres; la netteté de la figure & le peu de place qu'elle occupe sont des avantages qu'on peut trouver dans un systême tout différent; le hasard a pu donner les premiers signes, mais il faut un choix plus propre à la chose dans ceux qu'on leur veut substituer. Ceux qu'on a proposés en 1743 dans un. petit ouvrage intitulé, Dissertation sur la Musique moderne, ayant cet avantage, leur simplicité m'invite à en exposer le systême abrégé dans cet article.
Any notation failing to prioritize interval clarity seems unworthy of notice. I shall therefore pass over M. Sauveur's method (see Mémoires de l'Académie des Sciences, 1721) and M. Demaux's later system. Both employ arbitrary symbols bearing no inherent relation to the intervals they represent – noteheads of varying shapes and diversely angled stems [queues] that elude visual comprehension, demanding rote memorization. Such signs possess no intrinsic superiority. The concise notation proposed in the 1743 Dissertation sur la Musique moderne, however, merits exposition here through its elegant simplicity.
Les caracteres de la Musique ont un double objet; savoir, de représenter les Sons, 1º. selon leurs divers Intervalles du grave à l'aigu; ce qui constitue le Chant & l'Harmonie. 2º. Et selon leurs durées relatives du vîte au lent; ce qui détermine le Tems & la Mesure.
Musical notation serves two ends: 1) Representing pitch relationships from low to high (melody and harmony); 2) Denoting relative durations from rapid to slow (beat and measure).
Pour le premier point, de quelque maniere que l'on retourne & combine la Musique écrite & réguliere, on n'y trouvera jamais que des combinaisons des sept Notes de la Gamme portées à diverses Octaves ou transposées sur différens Degrés selon le Ton & le Mode qu'on aura choisi. L'Auteur exprime ces sept Sons par les sept premiers chiffres; de sorte que le chiffre I forme la Note ut,le 2 la Note re, le 3 la Note mi, &c. & il les traverse d'une ligne horisontale comme on voit dans la
Regarding the first point, however one may manipulate and combine written and regular Music, one will never find anything beyond combinations of the seven notes of the gamut carried across various Octaves or transposed to different degrees according to the chosen Tone and Mode. The author expresses these seven sounds through the first seven digits: thus the digit 1 represents the note ut, 2 the note re, 3 the note mi, etc., each crossed by a horizontal line as shown in
Planche F. Fig. 1.
Plate F. Fig. 1.
Il écrit au-dessus de la Ligne les Notes qui, continuant de monter, se trouveroient dans l'Octave supérieure: ainsi l'ut qui suivroit immédiatement le si en montant d'un semi-Ton doit être au-dessus de la Ligne de cette maniere & de même, les Notes qui appartiennent à l'Octave aigue [462] dont cet ut est le commencement, doivent toutes être au-dessus de la même Ligne. Si l'on entroit dans une troisieme Octave à l'aigu, il ne faudroit qu'en traverser les Notes par une seconde ligne accidentelle au-dessus de la premiere. Voulez-vous, au contraire, descendre dans les Octaves inférieures à celle de la ligne principale? Ecrivez immédiatement au-dessous de cette ligne les Notes de l'Octave qui la suit en descendant: si vous descendez encore d'une Octave, ajoutez une ligne au-dessous, comme vous en avez mis une au-dessus pour monter, &c. Au moyen de trois seulement vous pouvez parcourir l'étendue de cinq Octaves; ce qu'on ne sauroit faire dans la Musique ordinaire à moins de 18 lignes.
He writes above the staff line the notes that, continuing upward, would belong to the upper Octave: thus the ut immediately following si when ascending by a semitone must be placed above the line in this manner. Similarly, notes belonging to the upper Octave [462] where this ut begins must all lie above the same line. Should one enter a third Octave in the treble, a second accidental line above the first would suffice. Conversely, to descend into Octaves below the principal line? Write the notes of the subsequent descending Octave directly beneath this line. For further descent, add another line below—as one adds above for ascent—and so forth. With only three lines, one may span five Octaves, whereas ordinary notation requires no fewer than eighteen.
On peut même se passer de tirer aucune ligne. On place toutes les Notes horisontalement sur le même rang. Si l'on trouvé une Note qui passe, en montant, le si de l'Octave où l'on est, c'est-à-dire, qui entre dans l'Octave supérieure, on met un point sur cette Note. Ce point suffit pour toutes les Notes suivantes qui demeurent sans interruption dans l'Octave où l'on est entré. Que si l'on redescend d'une Octave à l'autre, c'est l'affaire d'un autre point sous la Note par laquelle on y rentre, &c. On voit dans l'exemple suivant le progrès de deux Octaves tant en montant qu'en descendant, notées de cette maniere.
One might even dispense with lines altogether. All notes are placed horizontally on the same level. Should a note ascend beyond the si of its current Octave—entering the upper Octave—a dot is placed above it. This dot suffices for all subsequent notes remaining uninterrupted within that Octave. To descend again, a dot beneath the reentry note achieves this transition. Observe in the following example the progression across two Octaves, ascending and descending, notated thus:
1 2 3 4 5 6 7 1 2 3 4 5 6 7 1 7 6 5 4 3 2 1 7 6 5 4 2 1 1.
1 2 3 4 5 6 7 1 2 3 4 5 6 7 1 7 6 5 4 3 2 1 7 6 5 4 2 1 1.
La premiere maniéré de Noter avec des lignes convient pour la Musiques fort travaillées & fort difficiles, pour les [463] grandes Partitions, &c. La seconde avec des points est propre aux Musiques plus simples & aux petits Airs: mais rien n'empêche qu'on ne puisse à sa volonté l'employer à la place de l'autre, & l'Auteur s'en est servi pour transcrire la fameuse Ariette l' Objet qui regne dans mon ame, qu'on trouvé Notée en Partition par les Chiffres de cet Auteur à la fin de son ouvrage,
The first notation method with lines suits elaborate and difficult compositions, [463] full scores, etc. The second method with dots serves simpler pieces and short airs. Yet nothing prevents interchanging them at will. The author himself employed the latter to transcribe the renowned Arietta l'Objet qui regne dans mon ame, found in his work’s appendix as a full score rendered through this numerical system.
Par cette méthode tous les Intervalles deviennent d'une évidence dont rien n'approche; les Octaves portent toujours le même chiffre, les Intervalles simples se reconnoissent toujours dans leurs doubles ou composés: on reconnoît d'abord dans la dixieme + ou 13 que c'est l'Octave de la Tierce majeure: les Intervalles majeurs ne peuvent jamais se confondre avec les mineurs; 24 sera éternellement une Tierce mineure, 46 éternellement une Tierce majeure; la position ne fait rien à cela..
By this method, all intervals acquire unmatched clarity. Octaves retain identical digits; simple intervals remain recognizable in their compound forms. A tenth or thirteenth reveals itself as the Octave of a major third. Major and minor intervals can never be confused: 24 eternally signifies a minor third, 46 a major third—positional variance holds no sway here.
Après avoir ainsi réduit toute l'étendue du Clavier sous un beaucoup moindre volume avec des signes beaucoup plus clairs, on passe aux transpositions.
Having thus condensed the keyboard’s full range into far less space with clearer symbols, we now address transpositions.
Il n'y a que deux Modes dans notre Musique. Qu'est-ce que chanter ou jouer en re majeur? C'est transporter l'Echelle ou la Gamme d'ut un Ton plus haut, & la placer sur re comme Tonique ou Fondamentale. Tous les rapports qui appartenoient à l'ut passent au re par cette transposition. C'est pour exprimer ce systême de rapports haussé ou baissé, qu'il a tant falu d'altérations de Dièses ou de Bémols à la Clef. L'Auteur du nouveau systême supprime tout d'un coup tous ces embarras: le seul mot re mis en tête & à la marge, avertit que la piece est en remajeur, & comme [464] alors le re prend tous les rapports qu'avoir l'ut, il en prend aussi le signe & le nom; il se marque avec le chiffre 1, & toute son Octave suit par les chiffres 2, 3, 4, &c. comme ci-devant. Le re de la marge lui sert de Clef; c'est la touche re ou D du Clavier naturel: mais ce même re devenu Tonique sous le nom d'ut devient aussi la Fondamentale du Mode.
There are only two Modes in our Music. What does it mean to sing or play in D major? It is to transpose the scale or gamut of C a whole tone higher, placing it on D as the Tonic or Fundamental. All harmonic relationships belonging to C transfer to D through this transposition. To express this elevated or lowered system of relationships, traditional notation requires cumbersome sharps or flats in the key signature. The author of this new system abolishes such complexities at once: the single word D placed at the margin's head indicates the piece is in D major, and since [464] this D assumes all relationships formerly held by C, it also inherits C's sign and name; it is marked with the numeral 1, and its entire octave follows through numerals 2, 3, 4, etc., as before. The marginal D serves as its Clef—this being the natural keyboard's D key—yet this same D, now Tonic under the name C, becomes the Fundamental of the Mode.
Mais cette Fondamentale, qui est Tonique dans les Tons majeurs, n'est que Médiante dans les Tons mineur; la Tonique, qui prend le nom de la, se trouvant alors une Tierce mineure au- dessous de cette Fondamentale. Cette distinction se fait par une petite ligne horisontale qu'on tire sous la Clef. Re sans cette ligne désigne le Mode majeur de re; mais Re sous-ligné désigne le Mode mineur de si dont ce Re est Médiante. Au reste, cette distinction, qui ne sert qu'à déterminer nettement le Ton par la Clef, n'est pas plus nécessaire dans le nouveau systême que dans la Note ordinaire où elle n'a pas lieu. Ainsi quand on n'y auroit aucun égard, on n'en solfieroit pas moins exactement.
But this Fundamental, which is Tonic in major keys, becomes merely the Mediant in minor keys; the true Tonic, renamed A, now lies a minor third below this Fundamental. This distinction is marked by a small horizontal line drawn beneath the Clef. D without this line denotes the major mode of D, while D underlined signifies the minor mode of B, where this D serves as Mediant. Ultimately, this distinction—which merely clarifies the key through the Clef—is no more necessary in the new system than in conventional notation, where it does not exist. Thus, even if disregarded, solfège remains equally precise.
Au lieu des noms mêmes des Notes on pourroit se servir pour Clefs des lettres la Gamme qui leur répondent; C pour ut, D pour re, &c. (Voyez GAMME.)
Instead of solfège syllables, one could use the letters of the scale as Clefs: C for ut, D for re, etc. (See GAMUT.)
Les Musiciens affectent beaucoup de mépris pour méthode des Transpositions, sans doute, parce qu'elle rend l'Art trop facile. L'Auteur fait voir que ce mépris est mal fondé; que c'est leur méthode qu'il faut mépriser, puisqu'elle est pénible en pure perte, & que les Transpositions, dont il montre les avantages, sont, même sans qu'ils y songent, [465] la véritable regle que suivent tous les grands Musiciens & les bons Compositeurs. (Voyez TRANSPOSITION.)
Musicians affect great scorn for the method of Transpositions, doubtless because it renders the Art too facile. The author demonstrates this contempt to be ill-founded; it is their own method that merits scorn, being laboriously redundant, whereas Transpositions—whose advantages he elucidates—are in truth, [465] even unwittingly, the very rule followed by all great musicians and skilled composers. (See TRANSPOSITION.)
Le Ton, le Mode & tous leurs rapports bien déterminés, il ne suffit pas de faire connoître toutes les Notes de chaque Octave, ni le passage d'une Octave à l'autre par des signes précis & clairs; il faut encore indiquer le lieu du Clavier qu'occupent ces Octaves. Si j'ai d'abord un sol à entonner, il faut savoir lequel; car il y en a cinq dans le Clavier, les uns hauts, les autres moyens, les autres bas, selon les différentes Octaves. Ces Octaves ont chacune leur lettre, & l'une de ces lettres mise sur la ligne qui sert de Portée marque à quelle Octave appartient cette ligne, & conséquemment les Octaves qui sont au-dessus & au-dessous. Il faut voir la figure qui est à la fin du Livré l'explication qu'en donne l'Auteur, pour se mettre en cette partie au fait de son systême, qui est des plus simples.
Once the key, Mode, and their relationships are established, it is insufficient merely to denote each octave's notes or mark transitions between octaves with precise signs; one must also specify which keyboard register these octaves occupy. If I must intone a G, which one? For there are five Gs on the keyboard—high, middle, low—across different octaves. Each octave bears a letter, and one such letter placed on the staff line indicates that line's octave, thereby fixing those above and below. Consult the figure at the Treatise's end, where the author explains this simplest aspect of his system.
Il reste, pour l'expression de tous les Sons possibles dans notre systême musical, à rendre les altérations accidentelles amenées par la Modulation; ce qui se fait bien aisément. Le Dièse se forme en traversant la Note d'un trait montant de gauche à droite de cette maniere; fa Dièse 4: ut Dièse 1. On marque le Bémol par un semblable trait descendant; si Bémol,.[* Ces deux chiffres 7 cet 3 doivent être croisés en sens contraire; c'est-à-dire que la ligne qui les croise doit, du haut à gauche, passer à la droite en descendant. Il faudroit deux poinçons exprès pour cela.] A l'égard du Béquarre, l'Auteur le supprime, comme un signe inutile dans son systême.
Lastly, to express all possible chromatic alterations arising through Modulation: Sharps are formed by crossing the note with an ascending stroke from left to right—thus F♯ becomes 4̷, C♯ 1̷. Flats are marked by a descending stroke: B♭ 7̷. [* These numerals 7 and 3 must be crossed inversely; i.e., the line crossing them should descend from upper left to lower right. Special engraving tools would be required.] As for the Natural sign (♮), the author deems it superfluous in his system.
[466] Cette partie aine remplie, il faut venir au Tems ou à la Mesure. D'abord l'Auteur fait main-basse sur cette foule de différentes Meures dont on a si mal-à-propos chargé la Musique. Il n'en connoît que deux, comme les Anciens; savoir, Mesure à deux Tems, & Mesure à trois Tems. Les Tems de chacune de ces Mesures peuvent, à leur tour, être divisés en deux parties égales ou en trois. De ces deux regles combinées il tire des expressions exactes pour tous les Mouvemens possibles.
[466] This section concluded, we address Time and Measure. First, the author abolishes that superfluous multitude of time signatures which have so needlessly burdened Music. He recognizes only two, as the Ancients did: Duple Meter and Triple Meter. The beats within each Meter may in turn be divided into two or three equal parts. From these combined rules, he derives exact expressions for all possible Movements.
On rapporte dans la Musique ordinaire les diverses valeurs des Notes à celle d'une Noteparticuliere, qui est la Ronde; ce qui fait que la valeur de cette Ronde variant continuellement, les Notes qu'on lui compare n'ont point de valeur fixe. L'Auteur s'y prend autrement: il ne détermine les valeurs des Notes que sur la sorte de Mesure dans laquelle elles sont employées & sur le Tems qu'elles y occupent; ce qui le dispense d'avoir, pour ces valeurs, aucun signe particulier autre que la place qu'elles tiennent. Une Note seule entre deux barres remplit toute une Mesure. Dans la Mesure à deux Tems, deux Notes remplissant la Mesure, forment chacune un Tems. Trois Notes sont la même chose dans la Mesure à trois Tems. S'il y a quatre Notes dans une Mesure à deux Tems, ou six dans une Mesure à trois, c'est que chaque Tems est divisé en deux parties égales; on passe donc deux Notes pour un Tems; on en passe trois quand il y a six Notes dans l'une & neuf dans l'autre. En un mot, quand il n'y a nul signe d'inégalité, les Notes égales, leur nombre se distribue dans [467] une Mesure selon le nombre des Tems & l'espece de la Mesure: pour rendre cette distribution plus aisée, on sépare si l'on veut les Tems par des virgules; de sorte qu'en lisant la Musique, on voit clairement la valeur des Notes, sans qu'il faille pour cela leur donner aucune figure particuliere. (Voyez PL F. FIG.2.)
In conventional music, the various durations of notes are related to a particular note – the whole note – whose own duration constantly varies, leaving compared notes without fixed values. The author takes a different approach: he determines note durations solely through the type of measure employed and the beat they occupy, eliminating the need for specific duration signs beyond their placement. A single note between two bars fills an entire measure. In duple meter, two notes filling the measure each constitute one beat. In triple meter, three notes serve the same function. Four notes in duple meter or six in triple indicate each beat divided into two equal parts; thus two notes per beat, or three when six or nine notes appear respectively. In essence, with no inequality signs, equal notes distribute themselves [467] within a measure according to beat count and meter type. To facilitate this distribution, beats may be separated by commas, allowing clear duration perception without distinctive note shapes. (See Pl. F. Fig. 2.)
Les divisions inégales se marquent avec la même facilité. Ces inégalités ne sont jamais que des subdivisions qu'on ramene à l'égalité par un trait dont on couvre deux ou plusieurs Notes. Par exemple, si un Tems contient une Croche & deux doubles-Croches, un trait en ligne droite au-dessus ou au-dessous des deux doubles-Croches montrera qu'elles ne sont ensemble qu'une quantité égale la précédente, & par conséquent qu'une Croche. Ainsi le Tems entier se retrouve divisé en deux parties égales; savoir, la Note seule & le trait qui en comprend deux. Il y a encore des subdivisons d'inégalité qui peuvent exiger deux traits; comme, si une Croche pointée étoit suivie de deux triples-Croches, alors il faudroit premièrement un trait sur les deux Notes qui représentent les triples-Croches, ce qui les rendroit ensemble égales au Point; puis un second trait qui, couvrant le trait précédent & le Point, rendroit tout ce qu'il couvre égal à la Croche. Mais quelque vitesse que puissent avoir les Notes, ces traits ne sont jamais nécessaires que quand les valeurs sont inégales, & quelque inégalité qu'il puisse y avoir, on n'aura jamais besoin de plus de deux traits, sur-tout en séparant les Tems par des virgules, comme on verra dans l'exemple ci-après.
Unequal subdivisions are marked with equal ease. These inequalities merely represent subdivisions normalized by a beam covering multiple notes. For instance, if a beat contains one eighth note and two sixteenths, a straight beam above or below the sixteenths shows their combined duration equals the preceding note (thus one eighth). The entire beat thus divides into two equal parts: the single note and the beamed pair. Further subdivisions may require double beaming – as when a dotted eighth is followed by two thirty-second notes: first a beam over the thirty-seconds equaling the dot's duration, then a second beam encompassing both dot and thirty-seconds to equal the eighth. However complex the rhythms, beams are only necessary for unequal durations, with two beams maximum required – especially when beats are comma-separated, as shown hereafter.
[468] L'Auteur du nouveau systême emploie aussi le Point, mais autrement que dans la Musique ordinaire; dans celle-ci, le Point vaut la moitié de la Note qui le précédé; dans la sienne, le Point, qui marque aussi le prolongement de la Note précédente, n'a point d'autre valeur que celle de la place qu'il occupe: si le Point remplit un Tems, il vaut un Tems; s'il remplit une Mesure, il vaut une Mesure; s'il est dans un Tems avec une autre Note, il vaut la moitié de ce Tems. En un mot, le Point se compte pour une Note, se mesure comme les Notes, & pour marquer des Tenues ou des Syncopes on peut employer plusieurs Points de suite de valeurs égales ou inégales; selon celles des Tems ou des Mesures que ces Points ont à remplir.
[468] The new system's author employs the dot differently from conventional practice. Where traditional notation gives the dot half the preceding note's value, here the dot – while prolonging the prior note – takes duration strictly from its placement: a dot filling one beat equals one beat; occupying a full measure, it becomes a measure rest; sharing a beat with another note, it claims half that beat. In essence, the dot counts as a note, measured equivalently. Multiple successive dots (of equal or unequal durations) may mark sustained notes or syncopations, their values determined by the beats or measures they occupy.
Tous les silences n'ont besoin que d'un seul caractere; c'est le Zéro. Le Zéro s'emploie comme les Notes, & comme le Point; le Point se marque après un Zéro pour prolonger un silence, comme après une Note pour prolonger un Son. Voyez un exemple de tout cela (PI. F. Fig. 3.)
All rests require but one character: the zero. The zero functions like notes and dots – a dot after a zero prolongs silence as after a note it sustains sound. See an example of this (Pl. F. Fig. 3.)
Tel est le précis de ce nouveau systême. Nous ne suivrons point l'Auteur dans le détail de ses réglés ni dans la comparaison qu'il fait des caracteres en usage avec les siens: on s'attend bien qu'il met tout l'avantage de son côté; mais ce préjugé ne détournera point tout Lecteurimpartial d'examiner les raisons de cet Auteur dans son livré même: comme cet Auteur est celui de ce Dictionnaire, il n'en peut dire davantage dans cet article sans s'écarter de la fonction qu'il: doit faire ici. Voyez (PI. F. Fig. 4.) un Air noté par ces nouveaux caracteres: mais il sera difficile de tout déchiffrer [469] bien exactement sans recourir au livré même, parce qu'un article de ce Dictionnaire ne doit pas être un livré, & que dans l'explication des caracteres d'un Art aussi compliqué, il est impossible de tout dire en peu de mots.
Such is the summary of this new system. We shall not follow the Author into the details of his rules nor into the comparison he makes between conventional notation and his own: one may well expect him to claim all advantages for his method; yet this prejudice should not deter impartial Readers from examining this Author's reasoning in his own livré*. As this Author is the compiler of this Dictionary, he cannot elaborate further here without straying from his present duty. See (Pl. F. Fig.4.) an Air notated in these new characters: yet it will prove difficult to decipher [469] everything with exactitude without consulting the livré itself, for an article in this Dictionary must not become a treatise, and in explaining the notation of so intricate an Art, it is impossible to say all in few words.
NOTE SENSIBLE, est celle qui est une Tierce majeure au-dessus de la Dominante, ou un semi-Ton au-dessous de la Tonique. Le si est Note sensible dans le Ton d'ut, le sol Dièse dans le Ton de la.
LEADING TONE [NOTE SENSIBLE], is that which forms a major third above the Dominant or a semitone below the Tonic. The B serves as Leading Tone in the key of C, the F-sharp in the key of A.
On l'appelle Note sensible, parce qu'elle fait sentir le Ton & la Tonique, sur laquelle, après l'Accord dominant, la Note sensible prenant le chemin le plus court, est obligée de monter: ce qui fait que quelques-uns traitent cette Note sensible de Dissonance majeure, faute de voir que la Dissonance, étant un rapport, ne peut être constituée que par deux Notes.
It is called Leading Tone because it makes the Key and Tonic felt, toward which – following the Dominant chord – this Leading Tone, taking the shortest path, must necessarily ascend: hence some treat this Leading Tone as a major Dissonance, failing to recognize that Dissonance, being a relation, can only exist between two Notes.
Je ne dis pas que la Note sensible est la septieme Note du Ton; parce qu'en Mode mineur cette septieme Note n'est Note sensible qu'en montant; car en descendant elle est à un Ton de la Tonique & à une Tierce mineure de la Dominante. (Voyez MODE, TONIQUE, DOMINANTE.)
I do not say the Leading Tone is the seventh note of the Key; for in minor Modes this seventh Note only functions as a Leading Tone when ascending; when descending, it lies a whole tone below the Tonic and a minor third below the Dominant. (See MODE, TONIC, DOMINANT.)
NOTES DE GOUT. Il y en a de deux especes; les unes qui appartiennent à la Mélodie, mais non pas à l'Harmonie, en sorte que, quoiqu'elles entrent dans la Mesure, elles n'entrent pas dans l'Accord: celles-là se notent en plein. Les autres Notes de goût, n'entrant ni dans l'Harmonie ni dans la Mélodie, se marquent seulement avec de petites Notes qui ne se comptent pas dans la Mesure, & dont la durée très-rapide se prend sur la Note qui précede ou sur [470] celle qui suit. Voyez dans la Pl. F. Fig. 5. un exemple des Notes de goût des deux especes.
GRACE NOTES [NOTES DE GOUT]. There are two kinds: those belonging to Melody but not Harmony, which – though entering into the Measure – do not form part of the Chord: these are fully notated. Other Grace Notes, belonging neither to Harmony nor Melody, are marked with small Notes uncounted in the Measure, their fleeting duration borrowed from the preceding or [470] succeeding Note. See in Pl. F. Fig.5. an example of both types of Grace Notes.
NOTER, v. a. C'est écrire de la Musique avec les caracteres destinés à cet usage, & appellés Notes.(Voyez NOTES.)
NOTATE [NOTER], v. a. To write Music using characters designed for this purpose, called Notes. (See NOTES.)
Il y a dans la maniere de Noter la Musique une élégance de copie, qui consiste moins dans la beauté de la Note, que dans une certaine exactitude à placer convenablement tous les signes, & qui rend la Musique ainsi notée bien plus facile à exécuter; c'est ce qui a été expliqué au mot COPISTE.
In the manner of Notating Music there exists a calligraphic elegance, residing less in the beauty of the Notes than in a certain exactitude of symbolic placement, rendering such notated Music far easier to perform; this has been explained under the entry COPYIST.
NOURRIR les Sons, c'est non-seulement leur donner du timbre sur l'Instrument, mais aussi les soutenir exactement durant toute leur valeur, au lieu de les laisser éteindre avant que cette valeur soit écoulée, comme on fait souvent. Il y a des Musiques qui veulent des Sons Nourris, d'autres les veulent détachés, & marqués seulement du bout de l'Archet.
SUSTAINED SOUNDS [NOURRIR LES SONS] requires not only producing timbre on the Instrument, but maintaining it precisely throughout the note's value, instead of allowing it to fade prematurely as is often done. Some Music demands Sustained Sounds, others require detached notes marked merely by the bow's tip.
NUNNIE, s. f. C'étoit chez les Grecs la Chanson particuliere aux Nourrices. (Voyez CHANSON.)
NUNNIE, s. f. Among the Greeks, a song peculiar to nurses. (See SONG.)
O
O
[471] O. Cette lettre capitale forme en cercle, ou double C est dans nos Musiques anciennes,
[471] O. This capital letter formed as a circle, or double C, appears in our ancient Music as
le signe de ce qu'on appelloit Tems parfait; c'est-à-dire, de la Mesure triple ou à trois Tems, à la différence du Tems imparfait ou de la Mesure double, qu'on marquoit par un C simple, ou un O tronqué à droite ou à gauche, C ou.
the sign of what was called Perfect Time [Tems parfait]; that is to say, triple or three-beat measure, in contrast to Imperfect Time [Tems imparfait] or duple measure, which was marked by a simple C, or an O truncated on the right or left, C or.
Le tems parfait se marquoit quelquefois par un O simple, quelquefois par un O pointé en dedans de cette maniere. (Voyez TEMS.)
Perfect Time was sometimes marked by a simple O, sometimes by an O dotted inward in this manner. (See TIME [TEMPS].)
OBLIGE, adj. On appelle Partie Obligée, celle qui récite quelquefois, celle qu'on ne sauroit retrancher sans gâter l'Harmonie ou le Chant; ce qui la distingue des Parties de Remplissage, qui ne sont ajoutées que pour une plus grande perfection d'Harmonie, mais par le retranchement desquelles la Piece n'est point mutilée. Ceux qui sont aux Parties de Remplissage peuvent s'arrêter quand ils veulent, & la Musique n'en va pas moins; mais celui qui est chargé d'une Partie Obligée ne peut la quitter un moment sans faire manquer l'exécution.
OBLIGATO, adj. We call an Obligato Part [Partie Obligée] one that occasionally carries the principal line, which cannot be omitted without marring the harmony or melody; this distinguishes it from filler parts [Parties de Remplissage], which are added only for greater harmonic fullness but whose removal does not mutilate the piece. Those assigned filler parts may pause at will, and the music continues unimpaired; but he who bears an Obligato Part cannot abandon it for an instant without disrupting the performance.
Brossard dit qu'Obligé se prend aussi pour contraint ou assujetti. Je ne sache pas que ce mot ait aujourd'hui un pareil sens en Musique. (Voyez CONTRAINT.)
Brossard states that Obligé may also denote constrained or restricted. I am unaware of this term currently holding such meaning in music. (See CONSTRAINT [CONTRAINT].)
OCTACORDE, s. m. Instrument ou systême de Musique composé de huit Sons ou de sept Degrés. L'Octacorde [472] ou la Lyre de Pythagore comprenoit les huit Sons exprimés par ces lettres c'est-à-dire, deux Tétracordes disjoints.
OCTACHORD, s. m. Instrument or musical system comprising eight sounds or seven degrees. The Octachord [Octacorde] [472] or Pythagorean Lyre encompassed the eight sounds expressed by these letters – that is, two disjoint tetrachords.
OCTAVE, s. f. La premiere des Consonnances dans l'ordre de leur génération. L'Octave est la plus parfaite des Consonnances; elle est, après l'Unisson, celui de tous les Accords dont le rapport est le plus simple: l'Unisson est en raison d'égalité; c'est-à-dire, comme I est à 1: l'Octave est en raison double; c'est-à-dire, comme i est à 2; les Harmoniques des deux Sons dans l'un & dans l'autre s'accordent tous sans exception, ce qui n'a lieu dans aucun autre Intervalle. Enfin ces deux Accords ont tant de conformité qu'ils se confondent souvent dans la Mélodie, & que dans l'Harmonie même on les prend presque indifféremment l'un pour l'autre.
OCTAVE, s. f. The first consonance in the order of their generation. The Octave is the most perfect of consonances; after the Unison, it exhibits the simplest proportional relationship: the Unison is in equal ratio (1:1); the Octave is in double ratio (1:2). The harmonics of both sounds in each case align without exception – a property unique to these intervals. Indeed, these two intervals share such affinity that they often merge in melody, and in harmony are nearly interchangeable.
Cet Intervalle s'appelle Octave, parce que pour marcher diatoniquement d'un de ces termes à l'autre, il faut passer par sept Degrés, & faire entendre huit Sons différens.
This interval is called Octave because moving diatonically from one term to the other requires traversing seven degrees and sounding eight distinct pitches.
Voici les propriétés qui distinguent si singulièrement l'Octave de tous les autres Intervalles.
The following properties distinguish the Octave singularly from all other intervals:
I. L'Octave renferme entre ses bornes tous les Sons primitifs & originaux; ainsi après avoir établi un systême ou une suite de Sons dans l'étendue d'une Octave, si l'on veut prolonger cette suite, il faut nécessairement reprendre le même ordre dans une seconde Octave par une série semblable, & de même pour une troisieme & pour une quatrième Octave, où l'on ne trouvera jamais aucun Son qui ne soit la Réplique de quelqu'un des premiers. Une telle [473] série est appellée Echelle de Musique dans sa premier l'Octave, & Réplique dans toutes les autres. (Voyez ECHELLE, REPLIQUE.) C'est en vertu de cette propriété de l'Octave qu'elle a été appellée Diapason par les Grecs. (Voyez DIAPASON.)
I. The Octave contains within its bounds all primitive and original sounds; thus, having established a system or sequence of sounds within an octave's span, prolonging this sequence necessitates repeating the same order in a second octave through an analogous series, and likewise for third and fourth octaves, where no sound will emerge that is not a Replica [Réplique] of one from the initial octave. Such a [473] series is called a Musical Scale [Echelle de Musique] in its first octave, and Replica in subsequent ones. (See SCALE [ECHELLE], REPLICA [REPLIQUE].) By virtue of this property, the Greeks termed the octave Diapason. (See DIAPASON.)
II. L'Octave embrasse encore toutes leurs différences, c'est-à-dire, tous les Intervalles simples tant Consonnans que Dissonans, & par conséquent toute l'harmonie. Etablissons toutes les Consonnances sur un même Son fondamental; nous aurons la Table suivante,
II. The Octave further encompasses all their differences – that is, all simple intervals both consonant and dissonant, and consequently the totality of harmony. Establishing all consonances upon a single fundamental sound, we obtain the following table:
120/120. 100/100. 96/120. 90/120. 80/120. 75/120. 72/120. 60/120.
120/120. 100/100. 96/120. 90/120. 80/120. 75/120. 72/120. 60/120.
Qui revient à celle-ci:
Which reduces to:
1. 5/6. 4/5. ¾. 2/3. 5/8. 3/5. ½
1. 5/6. 4/5. ¾. 2/3. 5/8. 3/5. ½
Où l'on toutes les Consonnances dans cet ordre: la Tierce mineure, la Tierce majeure, la Quarte, la Quinte, la Sixte mineure, la Sixte majeure, & enfin l'Octave. Par cette Table on voit que les Consonnances simples sont toutes contenues entre l'Octave & l'Unisson. Elles peuventmême être entendues toutes à la fois dans l'étendue d'une Octave sans mélange de Dissonances. Frappez à la fois ces quatre Sons ut mi sol ut, en montant du premier ut à ton Octave; ils formeront entr'eux toutes les Consonnances, excepté la Sixte majeure, qui est composée; & ne formeront nul autre [474] Intervalle. Prenez deux de ces mêmes Sons comme il vous plaira, l'Intervalle en sera toujours consonnance. C'est de cette union de toutes les Consonnances que l'Accord qui les produit s'appelle Accord parfait.
Where all Consonances are arranged in this order: the minor third, major third, Fourth, Fifth, minor sixth, major sixth, and finally the Octave. From this Table we see that all simple Consonances are contained between the Octave and the Unison. They may even be heard simultaneously within the range of an Octave without admixture of Dissonances. Strike these four notes do mi sol do ascending from the first do to its Octave; they will form among themselves all Consonances except the major sixth (which is compound), and will produce no other [474] Interval. Take any two of these notes as you please – the Interval will always be consonant. It is from this union of all Consonances that the chord producing them is called the perfect chord.
L'Octave donnant toutes les Consonnances donne par conséquent aussi toutes leurs différences, & par elles tous les Intervalles simples de notre systême musical, lesquels ne sont que ces différences mêmes. La différence de la Tierce majeure à la Tierce mineure donne le semi-Ton mineur; la différence de la Tierce majeure à la Quarte donne le semi-Ton majeur; la différence de la Quarte à la Quinte donne le Ton majeur; & la différence de la Quinte à la Sixte majeure donne le Ton mineur. Or le semi-Ton mineur, le semi-Ton majeur, le l'on mineur, & le Ton majeur sont les seuls élémens de tous les Intervalles de notre Musique.
Since the Octave contains all Consonances, it consequently contains all their differences, and through them all simple Intervals of our musical system – these differences themselves. The difference between the major third and minor third yields the minor semitone; the difference between major third and Fourth yields the major semitone; the difference between Fourth and Fifth yields the Major Tone; and the difference between Fifth and major sixth yields the Minor Tone. Now the minor semitone, major semitone, Minor Tone, and Major Tone constitute the sole elements of all Intervals in our Music.
III. Tout Son consonnant avec un des termes de l'Octave consonne aussi avec l'autre; par conséquent tout Son qui dissone avec l'un dissone avec l'autre.
III. Any note consonant with one term of the Octave is also consonant with the other; consequently, any note dissonant with one must be dissonant with the other.
IV. Enfin l'Octave a encore cette propriété, la plus singuliere de toutes, de pouvoir être ajoutée à elle-même, triplée & multipliée à volonté, sans changer de nature, & sans que le produit cessé d'être une Consonnance.
IV. Finally, the Octave possesses this most singular property: it may be added to itself, tripled, and multiplied at will without altering its nature, and without the product ceasing to be a Consonance.
Cette multiplication de l'Octave, de même que sa division, est cependant bornée à notre égard par la capacité de l'organe auditif; & un Intervalle de huit Octaves excede déjà cette capacité. (Voyez ETENDUE.) Les Octaves mêmes perdent quelque chose de leur Harmonie en se multipliant; [475] & passé une certaine mesure, tous les Intervalles deviennent pour l'oreille moins faciles à saisir: une double Octave commence déjà d'être moins agréable qu'une Octave simple; une triple qu'une double; enfin à la cinquieme Octave l'extrême distance des Sons ôte à la Consonnance presque tout son agrément.
Yet this multiplication of the Octave, like its division, is bounded by the capacity of our auditory faculty; an Interval of eight Octaves already exceeds this capacity. (See RANGE.) Even Octaves lose something of their Harmony through multiplication; [475] beyond a certain measure, all Intervals become less readily perceptible to the ear: a double Octave begins to be less agreeable than a simple one; a triple less than a double; and by the fifth Octave, the extreme distance between notes strips the Consonance of nearly all its charm.
C'est de l'Octave qu'on tire la génération ordonnée de tous les Intervalles par des divisons & subdivisions Harmoniques. Divisez harmoniquement l'Octave 3. 6. par le nombre 4. vous aurez d'un côté la Quatre 3. 4. & de l'autre la Quinte 4. 6.
It is from the Octave that we derive the ordered generation of all Intervals through harmonic divisions and subdivisions. Harmonically divide the Octave 3:6 by the number 4, and you obtain the Fourth 3:4 on one side, and the Fifth 4:6 on the other.
Divisez de même la Quinte 10. 15. harmoniquement par le nombre 12, vous aurez la Tierce mineure 10. 12. & la Tierce majeure 12. 15. Enfin divisez la Tierce majeure 72. 90. encore harmoniquement par le nombre 80, vous aurez le ton mineur 72. 80. ou 9. 10. & le ton majeur 80. 90. ou 8. 9.&c.
Similarly divide the Fifth 10:15 harmonically by 12, yielding the minor third 10:12 and major third 12:15. Finally, divide the major third 72:90 harmonically by 80, producing the Minor Tone 72:80 (or 9:10) and Major Tone 80:90 (or 8:9), etc.
Il faut remarquer que ces divisions Harmoniques donnent toujours deux Intervalles inégaux, dont le moindre est au grave & le grand à l'aigu. Que si l'on fait les mêmes divisions selon la proportion Arithmétique, on aura le moindre Intervalle à l'aigu & le plus grand au grave. Ainsi l'Octave 2. 4. partagée arithmétiquement, donnera d'abord la Quinte 2. 3. au grave, puis la Quarte 3. 4. à l'aigu. La Quinte 4. 6. donnera premièrement la Tierce majeure 4. 5. puis la Tierce mineure 5.6. & ainsi des autres. On auroit les mêmes rapports en sens contraires, si, au lieu de les prendre, comme je fais ici, par les vibrations, on les prenoit par [476] les longueurs des cordes. Ces connoissances, pu reste, sont peu utiles en elles-mêmes, mais elles sont nécessaires pour entendre les vieux Autours.
It must be noted that these Harmonic divisions always yield two unequal Intervals – the smaller placed in the lower register, the larger in the upper. Were we to make these divisions arithmetically, the smaller Interval would lie above and the larger below. Thus the Octave 2:4 arithmetically divided would first yield the Fifth 2:3 below, then the Fourth 3:4 above. The Fifth 4:6 would first produce the major third 4:5, then the minor third 5:6, and so forth. The same ratios would be inverted if, instead of considering them through vibrations as I do here, one considered them through [476] string lengths. These insights, in truth, hold little practical value, yet remain necessary for comprehending the ancient authors.
Le systême complet & rigoureux de l'Octave est composé. de trois Tons majeurs, deux Tonsmineurs, & deux semi-Tons majeurs. Le systême tempéré est de cinq Tons égaux & deux semi- Tons formant entr'eux autant de Degrés Diatoniques sur les sept Sons de la Gamme jusqu'à l'Octave du premier. Mais comme chaque Ton peut se partager un deux semi-Tons, la même Octave se devise aussi chromatiquement en douze Intervalles d'un semi-Ton chacun, dont les sept précédens gardent leur nom, & les cinq autres prennent chacun le nom du Son Diatonique le plus voisin, au-dessous par Dièse & au-dessus par Bémol. (Voyez ÉCHELLE.)
The complete and rigorous system of the Octave is composed of three Major Keys, two Minor Keys, and two major semitones. The tempered system consists of five Equal Tones and two semitones forming among them as many Diatonic Degrees across the seven notes of the gamut up to the Octave of the first. But as each Tone can be divided into two semitones, the same Octave is also divided chromatically into twelve intervals of one semitone each, of which the previous seven retain their names, and the remaining five each take the name of the nearest Diatonic note—below with a sharp and above with a flat. (See ÉCHELLE [Scale].)
Je ne parle point ici des Octaves diminuées ou superflues, parce que cet Intervalle ne s'altere gueres dans la Mélodie, jamais dans l'Harmonie.
I do not mention here diminished or augmented octaves, as this interval is scarcely altered in melody and never in harmony.
Il est défendu, en composition, de faire deux Octaves de suite, entre différentes Parties, sur-tout par Mouvement semblable: mais cela est permis, & même élégant, fait à dessein & à propos dans toute la suite d'un Air ou d'une Période: c'est ainsi que dans plusieurs Concerto toutes les Parties reprennent par Intervalles le Rippiéno à l'Octave ou à l'Unisson.
In composition, it is forbidden to write two consecutive Octaves between different parts, particularly through Similar motion. However, this is permitted—even elegant—when intentionally and appropriately used throughout a musical phrase or period. Thus, in many concertos, all parts periodically resume the Ripieno at the Octave or Unison.
Sur la Regle de l'Octave, voyez REGLE.
On the Rule of the Octave, see REGLE [Rule].
OCTAVIER, v. n. Quand on forcé le vent dans un Instrument à vent, le Son monte aussi-tôt à l'Octave; c'est ce qu'on appelle Octavier. En renforçant aussi l'inspiration, [477] l'air renfermé dans le tuyau & contraint par l'air extérieur, est obligé, pour céder à la vîtesse des oscillations, de se partager en deux colonnes égales, ayant chacune la moitié de la longueur du tuyau; & c'est ainsi que chacune de ces moitiés sonne l'Octave du tout. Une corde de Violoncelle Octavie par un principe semblable, quand le coup d'Archet est trop brusque ou trop voisin da Chevalet. C'est un défaut dans l'Orgue quand un tuyau Octavie; cela vient de ce qu'il prend trop de vent.
OCTAVIER, v. n. When forcing wind into a wind instrument, the sound immediately rises to the Octave—an effect called octaving. By intensifying inhalation, [477] the air confined within the pipe, compressed by external air, must split into two equal columns (each half the pipe's length) to accommodate the velocity of oscillations. Thus, each half sounds the Octave of the whole. A cello string octaves through a similar principle when the bow stroke is too abrupt or too near the bridge. In organs, a pipe octaving is a defect caused by excessive wind intake.
ODE, s. f. Mot Grec qui signifie Chant ou Chanson.
ODE, s. f. Greek word meaning Song or Chant.
ODEUM, s. m. C'étoit, chez les Anciens, un lieu destiné à la répétition de la Musique qui devoit être chantée sur le Théâtre; comme est, à l'Opéra de Paris, le petit Théâtre du Magasin. (Voyez MAGASIN)
ODEUM, s. m. Among the Ancients, a space designated for rehearsing theatrical music—analogous to the small theater of the Magasin at the Paris Opera. (See MAGASIN.)
On donnoit quelquefois le nom d'Odéum à des bâtimens qui n'avoient point de rapport au Théâtre. On lit dans Vitruve que Périclès fit bâtir à Athenes un Odéum où l'on disputoit des prix de Musique, & dans Pausanias qu'Hérode l'Athénien fit construire un magnifique Odéum pour le tombeau de sa femme.
The term Odéum was occasionally applied to buildings unrelated to theaters. Vitruvius notes that Pericles built an Odeum in Athens for musical competitions, while Pausanias recounts that Herodes Atticus constructed a magnificent Odéum as his wife's tomb.
Les Ecrivains Ecclésiastiques désignent aussi quelquefois le Choeur d'une Eglise par le mot Odéum.
Ecclesiastical writers sometimes use Odéum to denote a church choir.
OEUVRE. Ce mot est masculin pour désigner un des Ouvrages de Musique d'un Auteur. On dit le troisieme Oeuvre de Corelli, le cinquieme Oeuvre de Vivaldi, &c. mais ces titres ne sont plus gueres en usage. A mesure que la Musique se perfectionne, elle perd ces noms pompeux par lesquels nos Anciens s'imaginoient la glorifier.
OEUVRE. This word is masculine when designating a musical Work by an author. One says "Corelli's third Oeuvre" or "Vivaldi's fifth Oeuvre," though such titles have largely fallen from use. As music refines itself, it discards these pompous names by which our forebears imagined they glorified it.
[478] ONZIEME, s. f. Réplique ou Octave de la Quarte. Cet Intervalle s'appelle Onzieme, parce qu'il faut former Onze Sons Diatoniques pour passer de l'un de ces termes à l'autre.
[478] ONZIEME [Eleventh], s. f. Replication or Octave of the Fourth. This interval is called Eleventh because eleven Diatonic notes must be formed to pass from one term to the other.
M. Rameau a voulu donner le nom d'Onzieme à l'Accord qu'on appelle ordinairement Quarte; mais comme cette dénomination n'est pas suivie, & que M. Rameau lui-même a continué de chiffrer le même Accord d'un 4 & non pas d'un 11, il faut se conformer à l'usage.) Voyez ACCORD, QUARTE, SUPPOSITION.)
M. Rameau sought to rename the so-called "Fourth" chord as "Eleventh." But as this nomenclature found no following—and as Rameau himself continued to denote the same chord with a 4 rather than 11—we must adhere to convention. (See ACCORD [Chord], QUARTE [Fourth], SUPPOSITION.)
OPÉRA, s. m. Spectacle dramatique & lyrique où l'on s'efforce de réunir tous les charmes des beaux Arts, dans la représentation d'une action passionnée, pour exciter, à l'aide des sensations agréables; l'intérêt & l'illusion.
OPERA, n. m. Dramatic and lyric spectacle wherein all charms of the fine arts are combined to represent impassioned action, seeking through agreeable sensations to arouse interest and illusion.
Les parties constitutives d'un Opéra sont, le Poeme, la Musique, & la Décoration. Par la Poésie on parle à l'esprit, par la Musique à l'oreille, par la Peinture aux yeux; & le tout doit se réunir pour émouvoir le coeur & y porter à la fois la même impression par divers organes. De ce trois parties, mon sujet ne me permet de considérer la premiere & la derniere que par le rapport qu'elles peuvent avoir avec la seconde; ainsi je passe immédiatement à celle-ci.
The constitutive parts of an Opera are the libretto, music, and scenery. Through poetry, one addresses the mind; through music, the ear; through painting, the eyes – all must unite to stir the heart, conveying the same impression through diverse channels. Of these three elements, my subject permits me to consider only the first and last through their relation to the second; thus I proceed directly to music.
L'Art de combiner agréablement les Sons peut être envisagé sous deux aspects très- différens.
The art of agreeably combining sounds may be viewed through two distinct aspects.
Considérée comme une institution de la Nature, la Musique borne son effet à la sensation & au plaisir physique qui résulte de la Mélodie, de l'Harmonie, & du Rhythme: telle est ordinairement la Musique [479] d'Eglise; tels sont les Airs à danser, & ceux des Chansons. Mais comme partie essentielle de la Scene lyrique, dont l'objet principal est l'imitation, la Musique devient un des beaux Arts, capable de peindre tous les Tableaux, d'exciter tous les sentimens, de lutter avec la Poésie, de lui donner une forcé nouvelle, de l'embellir de nouveaux charmes, & d'en triompher en la couronnant.
Considered as a natural institution, music limits its effect to physical sensation and pleasure arising from melody, harmony, and rhythm: such is generally [479] church music; such are dance tunes and ballad airs. But as an essential component of the lyric stage – whose chief aim is imitation – music becomes one of the fine arts, capable of painting all tableaux, exciting all sentiments, vying with poetry, endowing it with fresh vigor, adorning it with new charms, and ultimately triumphing by crowning it.
Les Sons de la voix parlante n'étant ni soutenus ni Harmoniques sont inappréciables, & ne peuvent, par conséquent, s'allier agréablement avec ceux de la voix chantante & des Instrumens, au moins dans nos Langues, trop éloignées du caractere musical; car on ne sauroit entendre les passages des Grecs sur leur maniere de réciter, qu'en supposant leur Langue tellement accentuée que les inflexions du discours dans la déclamation soutenue, formassent entr'elles des Intervalles musicaux & appréciables: ainsi l'on peut dire que leurs Pieces de Théâtre étoient des especes d'Opéra; & c'est pour cela même qu'il ne pouvoir y avoir d'Opéra proprement dit parmi eux.
The sounds of the speaking voice, being neither sustained nor harmonic, remain unquantifiable and thus cannot blend agreeably with singing voices and instruments – at least in our languages, so estranged from musical character. For we cannot interpret Greek accounts of their recitation without supposing their language so accentuated that inflections in sustained declamation formed measurable musical intervals. Hence their theatrical works might be deemed a kind of Opera – which paradoxically precluded the existence of Opera proper among them.
Par la difficulté d'unir le Chant au discours dans nos Langues, il est aisé de sentir que l'intervention de la Musique comme partie essentielle doit donner an Poeme lyrique un caractere différent de celui de la Tragédie & de la Comédie, & en faire une troisieme espece de Drame, qui a ses regles particulieres: mais ses différences ne peuvent se déterminer sans une parfaite connoissance de la partie ajoutée, des moyens de l'unir à la parole, & de ses relations naturelles avec le coeur humain: détails qui appartiennent moins à [480] l'Artiste qu'au Philosophie, & qu'il faut laisser à une plume faite pour éclairer tous les Arts, pour montrer à ceux qui les professent les principes de leurs regles, & aux hommes de goût les sources de leurs plaisirs.
Given the difficulty of uniting song with speech in our tongues, one readily perceives how music's essential intervention must give the lyric poem a character distinct from Tragedy and Comedy, forming a third species of drama with its particular rules. Yet these distinctions cannot be determined without perfect knowledge of the added element – the means of uniting it to speech, its natural relations to the human heart: inquiries [480] belonging less to the Artist than the Philosopher, requiring a pen formed to illuminate all arts – revealing to practitioners the principles of their rules, and to connoisseurs the sources of their pleasures.
En me bornant donc, sur ce sujet, à quelques observations plus historiques que raisonnées, je remarquerai d'abord que les Grecs n'avoient pas au Théâtre un genre lyrique ainsi que nous, & que ce qu'ils appelloient de ce nom ne ressembloit point au nôtre: comme ils avoient beaucoup d'accent dans leur Langue & peu de fracas dans leurs Concerts, toute leur Poésie étoit Musicale & toute leur Musique déclamatoire: ce sorte que leur Chant n'étoit presque qu'un discours soutenu, & qu'ils chantoient réellement leurs vers, comme ils l'annoncent à la tête de leurs Poemes; ce qui par imitation a donne aux Latins, puis à nous, le ridicule usage de dire je chante, quand on ne chante point. Quant à ce qu'ils appelloient genre lyrique en particulier, c'étoit une Poésie héroïque dont le style étoit pompeux & figuré, laquelle s'accompagnoit de laLyre ou Cithare préférablement à tout autre Instrument. Il est certain que les Tragédies Grecques se récitoient d'une maniere très-semblable au Chant, qu'elles s'accompagnoient d'Instrumens & qu'il y entroit des Choeurs.
Confining myself here to historical observations rather than analytical ones, I first note that the Greeks had no lyrical genre in their theater resembling ours. What they termed as such bore no likeness to our own: their language being highly accented and their musical performances unostentatious, all their Poetry was Musical and all their Music declamatory. Thus their Song was scarcely more than sustained speech, and they truly sang their verses – as proclaimed in the prefaces of their Poems. This practice led the Latins, and later ourselves, to the absurd custom of declaring "I sing" when no singing occurs. As for their specific lyrical genre, it was a heroic Poetry employing pompous and figurative style, accompanied preferentially by the Lyre or Cithara rather than other instruments. Greek Tragedies were certainly delivered in a manner akin to Chant, accompanied by instruments, and incorporating Choruses.
Mais si l'on veut pour cela que ce fussent des Opéra semblables aux nôtres, il faut donc imaginer des Opéra sans Airs: car il me paroît prouvé que la Musique Grecque, sans en excepter même l'Instrumentale, n'étoit qu'un véritable Récitatif. Il est vrai que ce Récitatif, qui réunissoit le charme des Sons Musicaux à toute l'Harmonie de la Poésie [481] & à toute la forcé de la déclamation, devoit avoir beaucoup plus d'énergie que le Récitatif moderne, qui ne peut gueres ménager un de ces avantages qu'aux dépens des autres. Dans nos Langues vivantes, qui se ressentent, pour la plupart, de la rudesse du climat dont elles sont originaires, l'application de la Musique à la parole est beaucoup moins naturelle. Une prosodie incertaine s'accorde mal avec la régularité de la Mesure; des syllabes muettes & sourdes, des articulations dures, des Sons peu éclatans & moins variés se prêtent difficilement à la Mélodie; & une Poésie cadencée uniquement par le nombre des syllabes prend une Harmonie peu sensible dans le Rythme musical, de s'oppose sans cessé à la diversité des valeurs & des mouvemens. Voilà do difficultés qu'il falut vaincre ou éluder dans l'invention du Poeme lyrique. On tâcha donc, par un choix de mots, de tours & de vers, de se faire une Langue propre; & cette Langue, qu'on appella lyrique, fut riche ou pauvre, à proportion de la douceur ou de la rudesse de celle dont elle étoit tirée.
Yet if we insist these were Operas like ours, we must then imagine Operas without Airs: for it appears evident that Greek Music – including instrumental – was but a true Recitative. This Recitative, uniting musical tones with poetic harmony [481] and declamatory force, must have possessed far greater vigor than modern Recitative, which sacrifices one quality to preserve another. Our living languages – mostly shaped by harsh northern climates – resist natural musical adaptation. Uncertain prosody clashes with measured regularity; mute syllables, guttural articulations, and dull sounds yield poorly to Melody; while syllabic verse imposes insensible rhythmic harmony, perpetually opposing varied note values and tempi. Such were the obstacles to overcome in inventing lyrical Poetry. Thus emerged a specialized vocabulary of words, phrases, and meters – a so-called lyrical Language, rich or impoverished according to the musicality of its source tongue.
Ayant, en quelque sorte, préparé la parole pour la Musique, il fut ensuite question d'appliquer la Musique à la parole, & de la lui rendre tellement propre sur la Scene lyrique, que le tout pût être pris pour un seul & même idiôme; ce qui produisit la nécessité de chanter toujours, pour paroître toujours parler; nécessité qui croit en raison de ce qu'une Langue est peu musicale; car moins la Langue a de douceur & d'accent, plus le passage alternatif de la parole au Chant & du Chaut à la parole, y devient dur & choquant pour l'oreille. De-là le besoin de substituer au discours en
Having adapted speech for Music, the next task was to tailor Music for theatrical speech, merging them into a single idiom. This necessitated perpetual singing to maintain the illusion of speech – a requirement inversely proportional to a language's musicality. The harsher the tongue, the more jarning the shifts between speech and song become. Hence arose the need to replace spoken dialogue with sung discourse so closely mimicking speech that only precise Chords distinguished them (See RECITATIVE).
[482] récit un discours en Chant, qui pût l'imiter de si près qu'il n'y eût que la justesse des Accords qui le distinguât de la parole. (Voyez RÉCITATIF.)
[482]
Cette maniere d'unir au Théâtre la Musique à la Poésie; qui, chez les Grecs, suffisoit pour l'intérêt & l'illusion, parce qu'elle étoit naturelle, par la raison contraire, ne pouvoit suffire chez nous pour la même fin. En écoutant un langage hypothétique contraint, nous avons peine à concevoir ce qu'on veut nous dire; avec beaucoup de bruit on nous donne peu d'émotion: de-là naît la nécessité d'amener le plaisir physique au secours du moral, & de suppléer par l'attrait de l'Harmonie à l'énergie de l'expression. Ainsi moins on fait toucher le coeur, plus il faut savoir flatter l'oreille, & nous sommes forcés de chercher dans la sensation le plaisir que le sentiment nous refuse. Voilà l'origine des Airs, des Choeurs, de la Symphonie, & de cette Mélodie enchanteresse dont la Musique moderne s'embellit souvent aux dépens de la Poésie, mais que l'homme de goût rebute au Théâtre, quand on le flatte sans l'émouvoir.
This theatrical fusion of Music and Poetry – sufficient for Greek dramatic engagement through its naturalness – fails modern audiences through artificial constraints. Confronted with contrived language, we struggle to comprehend; much noise yields little emotion. Thus physical pleasure must compensate for moral impact, Harmony's allure replacing expression's power. Where hearts remain untouched, ears demand flattery; we seek in sensation what sentiment denies. Here originate Airs, Choruses, Symphonies, and that enchanting Melody modern Music cultivates – often at Poetry's expense – yet which discerning tastes reject when theatrical display charms without moving.
A la naissance de l'Opéra, ses inventeurs voulant éluder ce qu'avoit de peu naturel l'union de la Musique au discours dans l'imitation de la vie humaine, s'aviserent de transporter la Scene aux Cieux & dans les Enfers, & faute de savoir faire parler les hommes, ils aimerent mieux faire chanter les Dieux & les Diables, que les Héros & les Bergers. Bientôt la magie & le merveilleux devinrent les fondemens du Théâtre lyrique, & content de s'enrichir d'un nouveau genre on ne songea pas même à rechercher I c'étoit bien celui-là [483] qu'on avoir dû choisir.
Opera's early inventors, seeking to mask the unnatural union of Music and human imitation, relocated their scenes to Heaven and Hell. Unable to make men speak persuasively, they preferred making Gods and Devils sing rather than Heroes and Shepherds. Soon sorcery and marvel became lyrical theater's foundation. Content with this new genre, none questioned whether [483] it was rightly chosen.
Pour soutenir une si sorte illusion, il salut épuiser tout ce que l'art humain pouvoir imaginer de plus séduisant chez un Peuple où le goût du plaisir & celui des beaux Arts régnoient à l'envi. Cette Nation célebre à laquelle il ne reste de son ancienne grandeur que celle des idées dans les beaux Arts, prodigua son goût, ses lumieres pour donner ce nouveau Spectacle tout l'éclat dont il avoir besoin. On vit s'élever par toute l'Italie des Théâtres égaux en étendue aux Palais des Rois, & en élégance aux monumens de l'antiquité dont elle étoit remplie. On inventa, pour les orner, sera de la Perspective & de la Décoration. Les Artistes dans chaque genre y firent à l'envi briller leurs talens. Les machines les plus ingénieuses, les vols les plus hardis, les tempêtes, la foudre, l'éclair, & tous les prestiges de la baguette furent employés à fasciner les yeux, tandis que des multitudes d'Instrumens & de voix étonnoient les oreilles.
To sustain such a demanding illusion, it required exhausting all that human artifice could devise to seduce a people where the love of pleasure and the fine arts vied for supremacy. This illustrious nation – which retains from its former greatness only preeminence in artistic ideals – lavished its taste and enlightenment to imbue this new spectacle with requisite splendor. Across Italy arose theaters rivaling royal palaces in scale and ancient monuments in elegance, which that land abounded in. Perspective and scenery were invented to adorn them. Artists of every discipline vied to showcase their talents. Ingenious machinery, daring aerial flights, tempests, thunderbolts, lightning – all the enchantments of the sorcerer's wand – were deployed to dazzle the eyes, while multitudes of instruments and voices astounded the ears.
Avec tout cela l'action restoit froide, & toutes les situations manquoient d'intérêt. Comme il n'y avoir point d'intrigue qu'on ne dénouât facilement à l'aide de quelque Dieu, le Spectateur, qui connoissoit tout le pouvoir du Poete, se reposoit tranquillement sur lui du soin de tirer ses Héros des plus grands dangers. Ainsi l'appareil étoit immense & produisoit peu d'effet, parce que l'imitation étoit toujours imparfaite & grossiere, que l'action prise hors de la Nature étoit sans intérêt pour nous, & que les sens se prêtent mal à l'illusion quand le coeur ne s'en mêle pas; de sorte qu'à tout compter il eût été difficile d'ennuyer une assemblée à plus grands frais.
Yet despite this, the action remained lifeless, every situation devoid of emotional stakes. Since no plot entanglement existed that could not be unraveled by divine intervention, spectators – fully aware of the poet's omnipotence – calmly entrusted to him the task of extricating heroes from direst perils. Thus immense apparatus yielded meager effect, for the imitation remained crude and imperfect; actions divorced from Nature held no interest for us; and senses resisted illusion when the heart remained disengaged. All told, it would have been difficult to bore an audience at greater expense.
[484] Ce Spectacle, tout imparfait qu'il étoit, fit long-tems l'admiration des contemporains, qui n'en connoissoient point de meilleur. Ils se félicitoient même de la découverte d'un si beau genre: voilà, disoient-ils, ion nouveau principe joint à ceux d'Aristote; voilà l'admiration ajoutée à la terreur & à la pitié. Ils ne voyoient pas que cette richesse apparente n'étoit au fond qu'un figne de stérilité, comme les fleurs qui couvrent les champs avant la moisson. C'étoit faute de savoir toucher qu'ils vouloient surprendre, & cette admiration prétendue n'étoit en effet qu'un étonnement puérile dont ils auroient du rougir. Un faux air de magnificence, de féerie & d'enchantement, leur en imposoit au point qu'ils ne parloient qu'avec enthousiasme & respect d'un Théâtre qui ne méritoit que des huées; ils avoient, de la meilleure soi du monde, autant de vénération pour la Scene même que pour les chimériques objets qu'on tâchoit d'y représenter: comme s'il y avoir plus de mérite à faire parler platement le Roi des Dieux que le dernier des mortels, & que les Valets de Moliere ne fussent pas préférables aux Héros de Pradon.
[484] This spectacle, however imperfect, long remained the admiration of contemporaries who knew no better. They even congratulated themselves on discovering so noble a genre: "Behold," they declared, "a new principle to join those of Aristotle! Here is wonderment added to terror and pity." They failed to see that this apparent richness signaled true sterility – like flowers blanketing fields before harvest. Lacking power to move, they sought to startle; their vaunted "admiration" being in truth a childish astonishment they should have blushed to admit. A false veneer of magnificence – all sorcery and enchantment – so bedazzled them that they spoke with reverent enthusiasm of a theater deserving only catcalls. In utmost sincerity, they venerated the stage itself as much as the chimerical objects represented there – as if greater merit lay in making Jupiter speak vapidly than the lowliest mortal, or as if Molière's valets were not preferable to Pradon's heroes.
Quoique les Auteurs de ces premiers Opéra n'eussent gueres d'autre but que d'éblouir les yeux & d'étourdir les l'oreilles, il étoit difficile que le Musicien ne fût jamais tenté de chercher à tirer de son Art l'expression des sentimens répandus dans le Poeme. Les Chansons des Nymphes, les Hymnes des Prêtres, les cris des Guerriers, les hurlemens infernaux ne remplissoient pas tellement ces Drames grossiers qu'il ne s'y trouvât quelqu'un de ces instans d'intérêt & de situation où le Spectateur ne demande qu'à s'attendrir. Bien-tôt [485] on commença de sentir qu'indépendamment de la déclamation musicale, que souvent la Langue comportoit mal, le choix du Mouvement, de l'Harmonie & des Chants n'étoit pas indifférent aux choies qu'on avoir à dire, & que, par conséquent, l'effet de la seule Musique borné jusqu'àlors au sens, pouvoit aller jusqu'au coeur. La Mélodie, qui ne s'étoit d'abord séparée de la Poésie que par nécessité, tira parti de cette indépendance pour se donner des beautés absolues & purement musicales: l'Harmonie découverte ou perfectionnée lui ouvrit de nouvelles routes pour plaire & pour émouvoir; & la Mesure, affranchie de la gêne du Rhythme poétique, acquitaussi une sorte de cadence à part, qu'elle ne tenoit que d'elle seule.
Though the creators of these early Operas had scarcely any aim beyond dazzling eyes and deafening ears, it was inevitable that composers would eventually attempt to extract from their art the expression of sentiments scattered through the libretto. The nymphs' songs, priests' hymns, warriors' shouts, and infernal howls did not so completely fill these crude dramas that they lacked moments of genuine interest where spectators might seek to be moved. Soon [485] came the realization that beyond musical declamation – often ill-suited to the language – the choice of tempo, harmony, and melodies was not irrelevant to the matters being expressed. Thus music's power, previously confined to the senses, could reach the heart. Melody, initially separated from poetry by necessity, now exploited this independence to develop absolute beauties purely musical in nature. Harmony – discovered or perfected – opened new paths to delight and stir emotion. Measure, emancipated from poetic rhythm's constraints, acquired its own distinct cadence.
La Musique, étant ainsi devenue un troisieme Art d'imitation, eût bientôt son langage, son expression, ses tableaux tout-à-fait indépendans de la Poésie. La Symphonie même apprit à parler sans le secours des paroles, & souvent il ne sortoit pas des sentimens moins vifs de l'Orchestre que de la bouche des Acteurs. C'est alors que, commençant à se dégoûter de tout le clinquant de la féerie, du puérile fracas des machines, & de la fantasque image des choses qu'on n'a jamais vues, on chercha dans l'imitation de la Nature des tableaux plus intéressans & plus vrais. Jusques-là l'Opéra avoit été constitué comme il pouvoit l'être; car quel meilleur usage pouvoir-on faire au Théâtre d'une Musique qui ne savoit rien peindre, que de l'employer a la représentation des choses qui ne pouvoient exister, & sur lesquelles personne n'étoit en état de comparer l'image & l'objet? Il est impossible [486] de savoir si l'on est affecté par la peinture du merveilleux comme on le feroit par sa présence; au lieu que tout homme peut juger par lui- même si l'Article a bien su faire parler aux passions leur langage, & si les objets de la Nature sont bien imités. Aussi dès que la Musique eût appris à peindre & à parler, les charmes du sentiment firent-ils bien-tôt négliger ceux de la baguette, le Théâtre fut purgé du jargon de la Mythologie, l'intérêt fut substitue au merveilleux, les machines des Poetes & des Charpentiers furent détruites, & le Drame lyrique prit une forme plus noble & moins gigantesque. Tout ce qui pouvoit émouvoir le coeur y fut employé avec succès, on n'eût plus besoin d'en imposer par des êtres de raison, ou plutôt de folie, & les Dieux furent chasses de la Scene quand on y sut représenter des hommes. Cette f'orme plus sage & plus réguliere se trouva encore la plus propre à l'illusion; l'on sentit que le chef-d'oeuvre de la Musique étoit de se faire oublier même, qu'en jettant le désordre & le trouble dans l'ame du Spectateur elle l'empêchoit de distinguer les Chants tendres & pathétiques d'une Héroïne gémissante, des vrais accens de la douleur; & qu'Achille en fureur pouvoit nous glacer d'effroi avec le même langage qui nous eût choqués dans sa bouche cri tout autre tems.
Having thus become a third art of imitation, music soon developed its own language, expression, and imagery wholly independent of poetry. Even the Symphony learned to speak without words, often conveying passions as vividly through orchestral voices as through actors' mouths. Then began the disillusionment with fairy-tale glitter, the childish clatter of machinery, and fantastical representations of unseen things. The search turned toward Nature's imitation for more compelling and truthful tableaux. Until this reform, Opera had existed as it could – for what better use could be made of music incapable of true representation than to depict nonexistent things whose images no spectator could compare with reality? [486] One cannot know whether marvelous spectacles affect us as their actual presence would, whereas any person can judge if the Artist has made passions speak their true language, or if Nature's objects are well imitated. Once music learned to paint and speak, sentimental charms soon displaced stage magic. The theater purged itself of mythological jargon, human interest replaced the marvelous, poets' and carpenters' contraptions were dismantled. The lyric drama assumed nobler, less bombastic forms. All that could stir the heart found successful employment; imaginary beings (or rather follies) became unnecessary. Gods were banished when men learned to represent men. This wiser, more regular form proved better suited to illusion. It was understood that music's supreme achievement lay in making itself forgotten – that by throwing the spectator's soul into turmoil, it prevented them from distinguishing between a grieving heroine's tender, pathetic melodies and true accents of sorrow – that an enraged Achilles could chill us with the same language that would shock us from his mouth in calmer moments.
Ces observations donnerent lieu à une seconde réforme non moins importante que la premiere. On sentit qu'il ne faloit à l'Opéra rien de froid & de raisonné, rien que le Spectateur pût écouter assez tranquillement pour réfléchir sur l'absurdité de ce qu'il entendoit; & c'est en cela, surtout, [487] que consiste la différence essentielle du Drame lyrique à la simple Tragédie. Toutes les délibérations politiques, tous les projets de conspiration, les expositions, les récits, les maximes sentencieuses; en un mot, tout ce qui ne parle qu'à la raison fut banni du langage du coeur, avec les jeux d'esprit, les Madrigaux & tout ce qui n'est que des pensées. Le ton même de la simple galanterie, qui cadre mal avec les grandes passions, fut à peine admis dans le remplissage des situations tragiques, dont il gâte presque toujours l'effet: car jamais on ne sent mieux que l'Acteur chante., que lorsqu'il dit une Chanson.
These reflections prompted a second reform as crucial as the first. It became clear that Opera must tolerate nothing coldly rational – nothing allowing spectators leisure to reflect on absurdities heard. Herein lies [487] the essential distinction between lyric drama and mere Tragedy. All political deliberations, conspiracies, expositions, narratives, sententious maxims – in short, whatever addresses reason alone – were banished from the heart's language, along with wit-games, madrigaux, and mere thoughts. Even the tone of superficial gallantry – incompatible with grand passions – was scarcely tolerated as filler for tragic situations it invariably spoils: for never does an actor's singing become more apparent than when delivering a song.
L'énergie de tous les sentimens, la violence de toutes les passions sont donc l'objet principal du Drame lyrique; & l'illusion, qui en fait le charme, est toujours détruite aussi-tôt que l'Auteur & l'Acteur laissent un moment le Spectateur à lui-même. Tels sont les principes sur lesquels l'Opéra moderne est établi. Apostolo Zéno, le Corneille de l'Italie, son tendre éleve, qui en est le Racine, ont ouvert & perfectionné cette nouvelle carriere. Ils ont osé mettre les Héros de l'Histoire sur un Théâtre qui sembloit ne convenir qu'aux fantômes de la Fable. Cyrus, César, Caton même, ont paru sur la Scene avec succès, & les Spectateurs les plus révoltés d'entendre chanter de tels hommes, ont bientôt oublié qu'ils chantoient, subjugués & ravis parl'éclat d'une Musique aussi pleine de noblesse & de dignité que d'enthousiasme & de feu. L'on suppose aisément que des sentimens si différens des nôtres doivent s'exprimer aussi sur un autre ton.
The energy of all sentiments, the violence of all passions thus become the principal object of lyric drama; & the illusion which constitutes its charm is invariably destroyed the moment the Author & Actor leave the Spectator to himself. Such are the principles upon which modern Opera is established. Apostolo Zéno, the Corneille of Italy, and his tender pupil Metastasio, who is its Racine, have opened & perfected this new path. They dared to place the Heroes of History upon a Stage that seemed suited only to the phantoms of Fable. Cyrus, Caesar, even Cato, have appeared successfully in the Scene; & spectators most revolted at hearing such men sing soon forgot they were singing, overwhelmed & enraptured by the brilliance of Music as full of nobility & dignity as of enthusiasm & fire. One readily assumes that sentiments so different from our own must also be expressed in another tone.
[488] Ces nouveaux Poemes que le génie avoit créés, & que lui seul pouvoit soutenir, écarterent sans effort les mauvais Musiciens qui n'avoient que la mécanique de leur Art, &, privés du feu de l'invention & du don de l'imitation, faisoient des Opéra comme ils auroient fait des sabots. A peine les cris des Bacchantes, les conjurations des Sorciers & tous les Chants qui n'étoient qu'un vain bruit, furent-ils bannis du Théâtre; à peine eût-on tenté de substituer à ce barbare fracas les accens de la colore, de la douleur, des menaces, de la tendresse, des pleurs, des gémissemens, & tous les mouvemens d'une ame agitée, que, forcés de donner des sentimens aux Héros & un langage au coeur humain, les Vinci, les Léo, les Pergolèse, dédaignant la servile imitation de leurs prédécesseurs, & s'ouvrant une nouvelle carriere, la franchirent sur l'aile du Génie, & se trouveront au but presque dés les premiers pas. Mais on ne peut marcher long-tems dans la route du bon goût sans monter ou descendre, & la perfection est un point où il est difficile de se maintenir. Après avoir essayé & senti ses forces, la Musique en état de marcher seule, commence à dédaigner la Poésie qu'elle doit accompagner, & croit en valoir mieux en tirant d'elle-même les beautés qu'elle partageoit avec sa compagne. Elle se propose encore, il est vrai, de rendre les idées & les sentimens du Poete; mais elle prend, en quelque sorte, un autre quoique l'objet soit le même, le Poete & le Musicien, trop séparés dans leur travail, en offrent à la fois deux images ressemblantes, mais distinctes, qui se nuisent mutuellement. L'esprit forcé de se partager, [489] choisit & se fixe à une image plutôt qu'à l'autre. Alors le Musicien, s'il a plus d'art que le Poete, l'efface & le fait oublier: l'Acteur voyant que le Spectateur sacrifie les paroles à la Musique, sacrifie à son tour le geste & l'action théâtral au chant & au brillant de la voix; ce qui fait tout-à-fait oublier la Piece, & change le Spectacle en un véritable Concert. Que si l'avantage, au contraire, se trouvé du côté du Poete, la Musique, à son tour, deviendra presque indifférente, & le Spectateur, trompé par le bruit, pourra prendre le change au point d'attribuer à un mauvais Musicien le mérite d'un excellent Poete, & de croire admirer des chef-d'oeuvres d'Harmonie, en admirant des Poemes bien composés.
[488] These new Poems created by genius, & sustained by it alone, effortlessly banished inferior Musicians who possessed only the mechanics of their Art—men deprived of inventive fire & the gift of imitation, making Operas as they would make clogs. No sooner were the shrieks of Bacchantes, the incantations of Sorcerers, & all Songs reduced to empty noise expelled from the Theatre; no sooner had attempts been made to replace this barbarous din with accents of wrath, grief, menace, tenderness, tears, lamentations, & all agitations of a troubled soul—than Vinci, Leo, Pergolesi, forced to endow Heroes with sentiments & the human heart with language, disdained their predecessors' servile imitation. Opening new paths, they vaulted on genius's wings & reached their goal almost at first stride. Yet one cannot long walk the road of good taste without ascending or descending; perfection being a point difficult to maintain. Having tested & felt its strength, Music now capable of walking alone begins to disdain the Poetry it ought to accompany, believing itself improved by extracting beauties it once shared with its companion. True, it still proposes to render the Poet's ideas & sentiments; but in some fashion takes another path. Though the object remains the same, Poet & Musician—too divided in their labor—offer two resembling yet distinct images that mutually undermine. The mind, forced to divide itself, [489] chooses & fixes upon one image over the other. Should the Musician surpass the Poet in artistry, he eclipses & effaces him: the Actor, seeing Spectators sacrifice words to Music, in turn sacrifices gesture & theatrical action to vocal brilliance, making the Play wholly forgotten & transforming Spectacle into mere Concert. If advantage lies conversely with the Poet, Music becomes indifferent; spectators deceived by noise may mistake a bad Musician's merit for an excellent Poet's, believing they admire Harmonic masterpieces when they admire well-wrought Poems.
Tels sont les défauts que la perfection absolue de la Musique & son défaut d'application à la Langue peuvent. introduire dans les Opéra à proportion du concours de ces deux causes. Sur quoi l'on doit remarquer que les Langues les plus propres à fléchir sous les loix de la Mesure & de la Mélodie sont celles où la duplicité dont je viens de parler est le moins apparente, parce que la Musique se prêtant seulement aux idées de la Poésie, celle-ci se prête à son tour aux inflexions de la Mélodie; & que, quand la Musique cessé d'observer le Rhythme, l'accent & l'Harmonie du vers, le vers se plie & s'asservit à la cadence de la Mesure & à l'accent musical. Mais lorsque la Langue n'a ni douceur ni flexibilité, l'âpreté de la Poésie l'empêche de s'asservir au Chant, la douceur même de la Mélodie l'empêche de se prêter à la bonne récitation des vers, & l'on sent dans l'union [490] forcée de ces deux Arts une contrainte perpétuelle qui choque l'oreille & détruit à la fois l'attrait de la Mélodie & l'effet de la Déclaration. Ce défaut est sans remede, & vouloir à toute forcé appliquer la Musique à une Langue qui n'est pas musicale, c'est lui donner plus de rudesse qu'elle n'en auroit sans cela.
Such are the defects that Music's absolute perfection & its failure to adapt to Language may introduce into Operas, proportionally to these causes' convergence. Here we note that Languages most apt to bend under Meter's & Melody's laws show least trace of this duplicity. For Music yielding to Poetry's ideas makes Poetry yield in turn to Melody's inflections; & when Music ceases observing verse's Rhythm, accent & Harmony, verse bends & submits to Meter's cadence & musical accent. But when Language lacks softness & flexibility, Poetry's harshness prevents submission to Song, Melody's very sweetness hindering verse's proper declamation. We feel in their forced union [490] a perpetual constraint offending the ear & destroying at once Melody's allure & Declamation's effect. This defect is irremediable; to violently apply Music to unmusical Language is to render it harsher than it otherwise would be.
Par ce que j'ai dit jusqu'ici, l'on a pu voir qu'il y a plus de rapport entre l'appareil des yeuxou la décoration, & la Musique ou l'appareil des oreilles, qu'il n'en paroît entre deux sens qui semblent n'avoir rien de commun; & qu'à certains égards l'Opéra constitué comme il est, n'est pas un tout aussi monstrueux qu'il paroît l'être. Nous avons vu que, voulant offrir aux regards l'intérêt & les mouvemens qui manquoient à la Musique, on avoit imaginé les grossiers prestiges des machines & des vols, & que jusqu'à ce qu'on fut nous émouvoir, on s'étoit contenté do nous surprendre. Il est donc très-nature que la Musique devenue passionnée & pathétique, ait renvoyé sur les Théâtres des Foires ces mauvais supplémens dont elle n'avoit plus besoin sur le sien. Alors l'Opéra, purgé de tout ce merveilleux qui l'avilissoit, devint un Spectacle également touchant & majestueux, digne de plaire aux gens de goût & d'intéresser les coeurs sensibles.
From what I have thus far expounded, one may discern deeper connections between visual spectacle - the domain of eyes - and musical apparatus - the domain of ears - than might appear between two senses seemingly alien to each other; and that in certain respects, Opera constituted as it stands is not so monstrous a whole as it outwardly seems. We have observed that in seeking to provide visual interest and movement where Music fell short, crude marvels of machinery and aerial stunts were devised, and that until true emotional stirrings were achieved, mere astonishment sufficed. It therefore follows naturally that once Music became impassioned and pathos-laden, it banished these inferior supplements to fairground theaters where they no longer belonged on its own stage. Thus Opera, purged of all marvelous elements that debased it, became a spectacle both moving and majestic, worthy of delighting connoisseurs and engaging sensitive hearts.
Il est certain qu'on auroit pu retrancher de la pompe du Spectacle autant qu'on ajoutoit à l'intérêt de l'action; car plus on s'occupe des personnages, moins on est occupé des objets qui les entourent: mais il faut, cependant, que le lieu de la Scene soit convenable aux Acteurs qu'on y fait parler; & l'imitation de la Nature, souvent plus difficile & [491] toujours plus agréable que celle des êtres imaginaires, n'en devient que plus intéressante en devenant plus vraisemblable. Un beau Palais, des Jardins délicieux, de savantes ruines plaisent encore plus à l'oeil que la fantasque image du Tarrare, de l'Olympe, du Char du Soleil; image d'autant plus inférieure à celle que chacun se trace en lui même, que dans les objets chimériques, il n'en coûte rien à l'esprit d'aller au-delà du possible, & de se faire des modeles au-dessus de toute irritation.
Undoubtedly, one might have curtailed spectacle's pomp as much as dramatic interest was heightened; for the more absorbed we become in characters, the less we attend to their surroundings. Yet the scene's setting must still suit the actors therein: the imitation of Nature - often more arduous [491] and ever more pleasing than that of imaginary beings - gains interest precisely through enhanced verisimilitude. A splendid Palace, exquisite Gardens, artful Ruins still please the eye more than fanciful visions of Tartarus, Olympus, or the Sun's Chariot - visions rendered inferior to those each mind internally conjures, for in chimerical objects the imagination freely surpasses possibility, creating models beyond all execution.
De-là vient que le merveilleux, quoique déplacé dans la Tragédie, ne l'est pas dans le Poeme épique, où l'imagination toujours industrieuse & dépensiere se charge de l'exécution, & en tire un tout autre parti que ne peut faire sur nos Thé âtres le talent du meilleur Machiniste, & la magnificence du plus puissant Roi.
Hence arises this paradox: though marvelous elements seem misplaced in Tragedy, they find legitimate place in Epic Poetry. Here imagination - ever resourceful and prodigal - assumes execution's burden, extracting effects far surpassing what our stages achieve through the finest machinists' skill or the mightiest monarch's splendor.
Quoique la Musique prise pour un Art d'imitation ait encore plus de rapport à la Poésie qu'à la Peinture; celle-ci, de la maniere qu'on l'emploie au Théâtre, n'est pas aussi sujette que la Poésie à faire avec la Musique une double représentation du même objet; parce que l'une rend les sentimens des hommes, & l'autre seulement l'image du lieu où ils se trouvent, image qui renforce l'illusion & transporte le Spectateur par-tout où l'Acteur est supposé être. Mais ce transport d'un lieu à un autre doit avoir des regles & des bornes: il n'est permis de se prévaloir', à cet égard, de l'agilité de l'imagination qu'en consultant la loi de la vraisemblance, &, quoique le Spectateur ne cherche qu'à se prêter à des fictions dont il tire tout son plaisir, il ne faut pas abuser de sa crédulité au point de lui en faire honte. En un [492] mot, on doit songer qu'on parle à des coeurs sensibles sans oublier qu'on parle à des gens raisonnables. Ce n'est pas que cette je voulusse transporter à l'Opéra cette rigoureuse unité de lieu qu'on exige dans la Tragédie & à la quelle on ne peut gueres s'asservir qu'aux dépens de l'action, de sorte qu'on n'est exact à quelque égard que pour être absurde à mille autres. Ce seroit d'ailleurs s'ôter l'avantage des changemens de Scenes, lesquelles se sont valoir mutuellement: ce seroit s'exposer par une vicieuse uniformité à des oppositions mal conçues entre la Scene qui reste toujours & les situations qui changent; ce seroit gâter, l'un par l'autre, l'effet de la Musique & celui de la décoration, comme de faire entendre des Symphonies voluptueuses parmi des rochers, ou des airs gais dans les Palais des Rois.
Though Music as imitative art bears closer kinship to Poetry than Painting, the latter - as employed in theater - proves less prone than Poetry to creating dual representations of the same object through Music's alliance. For Music conveys human sentiments while Painting merely depicts their surroundings - images reinforcing illusion by transporting spectators wherever the actor is presumed to be. Yet such spatial transitions demand rules and limits: one may exploit imagination's agility only while respecting verisimilitude's laws. Though spectators willingly embrace fictions from which they derive pleasure, their credulity must not be abused to the point of self-reproach. In short [492], we must address sensitive hearts without forgetting reasonable minds. This is not to advocate imposing upon Opera that rigorous unity of place demanded in Tragedy - a constraint achievable only by sacrificing dramatic action, resulting in absurdities under pretense of precision. Moreover, it would forfeit the advantage of scene changes that mutually enhance one another, inviting through monotonous uniformity ill-conceived clashes between static settings and evolving situations. It would vitiate Music's effect through discordant juxtapositions - voluptuous Symphonies amidst craggy rocks, or jolly airs in royal Palaces.
C'est donc avec raison qu'on a laissé subsister d'Acte en Acte les changemens de Scene, & pour qu'ils soient réguliers & admissibles, il suffit qu'on ait pu naturellement se rendre du lieud'où l'on sort au lieu où l'on passe, dans l'Intervalle de tems qui s'écoule ou que l'action suppose entre les deux Actes: de sorte que, comme l'unité de tems doit se renfermer à-peu-prés dans la durée de vingt-quatre heures, l'unité de lieu dois se renfermer à-peu-près dans l'espace d'une journée de chemin. A l'égard des changemens de Scene pratiqués quelquefois dans un même Acte, ils me paroissent également contraires à l'illusion & à la raison, & devoir être absolument proscrits du Théâtre.
It is therefore reasonable that changes of Scene from Act to Act have been allowed to persist. For these changes to be regular and admissible, it suffices that one could naturally travel from the place one leaves to the place one arrives during the interval of time that elapses – or that the action assumes – between the two Acts. Thus, as the unity of time must roughly confine itself to the duration of twenty-four hours, the unity of place should likewise confine itself to the space of a day’s journey. As for Scene changes sometimes practiced within a single Act, they appear to me equally contrary to both illusion and reason, and ought to be absolutely banished from the Theater.
Voilà comment le concours de l'Acoustique & de la Perspective peut perfectionner l'illusion, flatter les sens par [493] des impressions diverses, mais analogues, & porter à l'ame même intérêt avec un double plaisir. Ainsi ce seroit une grande erreur de penser que l'ordonnance du Théâtre n'a rien commun avec celle de la Musique, si ce n'est la convenance générale qu'elles tirent du Poeme. C'est à l'imagination des deux Artistes à déterminer entr'eux ce que celle du Poete a laissé à leur disposition, & à s'accorder si bien en cela que le Spectateur sente toujours l'accord parfait de ce qu'il voit & de ce qu'il entend. Mais il faut avouer que la tâche du Musicien est la plus grande. L'imitation de la peinture est toujours froide, parce qu'elle manque de cette succession d'idées & d'impressions qui échauffe l'ame par degrés, & que tout est dit au premier coup-d'oeil. La puissance imitative de cet Art, avec beaucoup d'objets apparens, se borne en effet à de très-foibles représentations. C'est un des grands avantages du Musicien de pouvoir peindre les choses qu'on ne sauroit entendre, tandis qu'il est impossible au Peintre de peindre celles qu'on ne sauroit voir; & le plus grand prodige d'un Art qui n'a d'activité que par ses mouvemens, est d'en pouvoir former jusqu'à l'image du repos. Le sommeil, le calme de la nuit, la solitude & le silence même entrent dans le nombre des tableaux de la Musique. Quelquefois le bruit produit l'effet du silence, & le silence l'effet du bruit; comme quand un homme s'endort à une lecture égale & monotone, & s'éveille à l'instant qu'on se tait; & il en est de même pour d'autres effets. Mais l'Art a des substitutions plus fertiles & bien plus fines que celle-ci; il fait exciter par un sens des émotions semblables à celles qu'on [494] peut exciter par un autre; &, comme le rapport ne peut être sensible que l'impression ne soit forte, la peinture, dénuée de cette forcé, rend difficilement à la Musique les imitations que celle-ci tire d'elle. Que toute la Nature soit endormie, celui qui la contemple ne dort pas, & l'art du Musicien consiste à substituer à l'image insensible de l'objet, celle des mouvemens que sa présence excite dans l'esprit du Spectateur: il ne représente pas directement la chose; mais il réveille dans notre ame le même sentiment qu'on éprouve en la voyant.
Herein lies how the conjunction of Acoustics and Perspective may perfect illusion, flattering the senses through [493] diverse yet harmonious impressions, and delivering to the soul the same interest with doubled pleasure. Thus it would be a grave error to think that the ordering of the Theater shares nothing with that of Music beyond the general suitability they derive from the Poem. It is for the imagination of the two Artists to determine between them what the Poet has left to their disposition, and to harmonize so well that the spectator continually feels the perfect accord between what he sees and what he hears. Yet it must be admitted that the Musician’s task is the greater. The imitation of painting is always cold, for it lacks that succession of ideas and impressions which gradually warms the soul, since everything is conveyed at first glance. The imitative power of this Art, despite its many apparent objects, in truth limits itself to feeble representations. One of Music’s great advantages is its ability to paint things one cannot hear, whereas it is impossible for the Painter to depict things one cannot see; and the supreme marvel of an Art whose vitality lies solely in movement is its capacity to form even the image of stillness. Sleep, the calm of night, solitude, and silence itself enter into the number of Music’s tableaux. At times, noise produces the effect of silence, and silence that of noise – as when a man dozes during a monotonous recitation yet awakens the moment it ceases. The same holds for other effects. But the Art has substitutions far more fertile and subtle than this; it makes one sense excite emotions akin to those [494] another might provoke. Yet since this correlation can only be felt when the impression is strong, painting – deprived of such force – scarcely repays Music with the imitations it borrows from her. Though all Nature sleeps, he who contemplates her does not; and the Musician’s skill lies in substituting for the insensible image of the object those movements its presence excites in the spectator’s mind. He does not represent the thing directly but reawakens in our soul the same sentiment experienced upon beholding it.
Ainsi, bien que le Peintre n'ait rien à tirer de la Partition du Musicien, l'habile Musicien ne sortira point sans fruit de l'attelier du Peintre. Non-seulement il agitera la mer à son gré les flammes d'un incendie, sera couler les ruisseaux, tomber la pluie & grossir les torrens; mais il augmentera l'horreur d'un désert affreux, rembrunira les murs d'une prison souterraine, calmera l'orage, rendra l'air tranquille, le Ciel serein, & répandra, de l'Orchestre, une fraîcheur nouvelle sur les bocages.
Thus, though the Painter gains nothing from the Musician’s score, the skilled Musician will not leave the Painter’s studio without profit. Not only will he stir the sea at will, the flames of a conflagration, make streams flow, rain fall, and torrents swell – he will heighten the horror of a frightful desert, darken the walls of a subterranean prison, calm the tempest, render the air tranquil and the sky serene, and spread from the orchestra a newfound freshness through the groves.
Nous venons de voir comment l'union des trois Arts qui constituent la Scene lyrique, forme entr'eux un tout très-bien lié. On a tenté d'y introduire un quatrieme, dont il me reste à parler.
We have just seen how the union of the three Arts constituting the Lyric Scene forms among them a most coherent whole. Attempts have been made to introduce a fourth, which remains for me to discuss.
Tous les mouvemens du corps, ordonnés selon certaines loix pour affecter les regards par quelque action, prennent en général le nom de gestes. Le geste se devise en deux especes, dont l'une sert d'accompagnement à la parole de l'autre de supplément. Le premier, naturel à touthomme [495] qui parle, se modifie différemment, selon les hommes, les Langues & les caracteres. Le second est l'Art de parler aux yeux sans le secours de l'écriture, par des mouvemens du corps devenus signes de convention. Comme ce geste est plus pénible, moins naturel pour nous que l'usage de la parole, & qu'elle le rend inutile, il l'exclud, & même en suppose la privation; c'est ce qu'on appelle Art des Pantomimes. A cet Art ajoutez un choix d'attitudes agréables & de mouvemens cadencés, vous aurez ce que nous appellons la Danse, qui ne mérite gueres le nom d'Art quand elle ne dit rien à l'esprit.
All bodily movements ordered according to certain laws to affect the gaze through some action are generally termed gestures. Gesture divides itself into two species: one serving as accompaniment to speech, the other as its substitute. The first, natural to [495] every speaking person, varies according to individuals, languages, and temperaments. The second is the Art of addressing the eyes without written aid, through bodily motions rendered conventional signs. As this gesture proves more laborious and less natural to us than speech – which renders it superfluous and even implies speech's absence – it is called the Art of Pantomimes. To this Art add a selection of graceful postures and cadenced movements, and you obtain what we call Dance – a term scarcely meriting the name of Art when it conveys nothing to the mind.
Ceci posé, il s'agit de savoir si, la Danse étant un langage, & par conséquent pouvant être un Art d'imitation, peut entrer avec les trois autres dans la marche de l'Action lyrique, ou bien si elle peut interrompre & suspendre cette action sans gâter l'effet et l'unité de la Piece.
This established, we must determine whether Dance – being a language and thus capable of imitative Art – may join the three others in the progression of lyrical Action, or whether its interruptions to this action inherently violate a work's unity and effect.
Or, je ne vois pas que ce dernier cas puisse même faire une question. Car chacun sent que tout l'intérêt d'une Action suivie dépend de l'impression continue & redoublée que sa représentation fait sur nous; que tous les objets qui suspendent ou partagent l'attention sont autant de contre-charmes qui détruisent celui de l'intérêt; qu'en coupant le Spectacle par d'autres Spectacles qui lui sont étrangers, on devise le sujet principal en parties indépendantes qui n'ont rien de commun entr'elles que le rapport général de la matiere qui les compose; & qu'enfin plus les Spectacles inférés seroient agréables, plus la mutilation du tout seroit difforme. De sorte qu'en supposant un Opéra coupé par quelques Divertissemens qu'on pût imaginer, s'ils laissoient oublier le sujet [496] principal, le Spectateur, à la fin de chaque Fête, se trouveroit aussi peu ému qu'au commencement de la Piece; & pour l'émouvoir de nouveau & ranimer l'intérêt, ce seroit toujours à recommencer. Voilà pourquoi les Italiens ont enfin banni des Entr'actes de leurs Opéra ces Intermedes comiques qu'ils y avoient insérés; genre de Spectacle agréable, piquant & bien pris dans la Nature, mais si déplacé dans le milieu d'une action tragique, que les deux Pieces se nuisoient mutuellement, & que l'une des cieux ne pouvoit jamais intéresser qu'aux dépens de l'autre.
Now, I cannot perceive the latter case as even debatable. For all feel that sustained interest in dramatic action depends on continuous and cumulative impressions; that every attention-dividing object acts as counter-charm against emotional investment; that interpolating foreign spectacles fractures the principal subject into disconnected parts sharing only material kinship; and finally, that the more pleasing these inserted spectacles prove, the more grotesque the mutilation becomes. Thus, were an Opera interspersed with imagined Divertissements that eclipse the principal subject [496], the spectator would remain as unmoved after each Festivity as at the work's commencement – perpetually requiring fresh emotional ignition. Hence Italians have wisely banished comic Intermezzi from their Opera's Entr'actes – agreeable and naturally-conceived spectacles, yet so misplaced amidst tragic action that each piece mutually undermines the other, their interests forever at odds.
Reste donc à voir si, la Danse ne pouvant entrer dans la composition du genre lyrique comme ornement étranger, on ne l'y pourroit pas faire entrer comme partie constitutive, & faire concourir à l'action un Art qui ne doit pas la suspendre. Mais comment admettre à la fois deux langages qui s'excluent mutuellement, & joindre l'Art Pantomime à la parole qui le rend superflu? Le langage du geste étant la ressource des muets ou des gens qui ne peuvent s'entendre, devient ridicule entre ceux qui parlent. On ne répond point à des mots par des gambades, ni au geste par des discours; autrement je ne vois point pourquoi celui qui entend le langage de l'autre ne lui répond pas sur le même ton. Supprimez donc la parole si vous voulez employer la Danse: si-tôt que vous introduisez la Pantomime dans l'Opéra, vous en devez bannir la Poésie; parce que de toutes les unités la plus nécessaire est celle du langage, & qu'il est absurde & ridicule de dire à la fois la même chose à la même personne, & de bouche & par écrit.
It remains to examine whether Dance – inadmissible as extraneous ornament – might instead constitute an integral element of lyrical drama through active participation. But how reconcile two mutually exclusive languages, joining Pantomime Art to speech that renders it redundant? Gestural language – being the recourse of mutes or those who cannot understand each other – becomes absurd among speakers. One does not answer words with capering, nor gestures with discourse; otherwise, why should the interlocutor not respond in kind? Therefore, suppress speech if you would employ Dance: once Pantomime enters Opera, Poetry must be expelled. For among all unities, that of language proves most vital; it is absurd and ridiculous to address the same person simultaneously through both mouth and quill.
[497] Les deux raisons que je viens d'alléguer se réunissent dans toute leur forcé pour bannir du Drame lyrique les Fêtes & les Divertissemens qui non-seulement en suspendent l'action, mais, ou ne disent rien, ou substituent brusquement au langage adopté un autre langage opposé dont le contraste détruit la vraisemblance, affoiblit l'intérêt, & soit dans la même action poursuivie, soit dans un épisode inséré, blesse également la raison. Ce seroit bien pis, si ces Fêtes n'offroient au Spectateur que des sauts sans liaison, & des Danses sans objet,tissu gothique & barbare dans un genre d'ouvrage où tout doit être peinture & imitation.
[497] The two reasons I have just adduced converge in full force to banish from lyric drama all Festivities and Divertissements that not only suspend the action but either say nothing or abruptly substitute an opposing language whose contrast destroys verisimilitude, weakens interest, and—whether in the principal action or an inserted episode—equally offends reason. It would be far worse if these Festivities offered spectators only disjointed leaps and purposeless dances—a Gothic and barbarous fabric in a genre where all should be painting and imitation.
Il faut avouer, cependant, que la Danse est si avantageusement placée au Théâtre, que ce seroit le priver d'un de ses plus grands agrémens que de l'en retrancher tout-à-fait. Aussi, quoiqu'on ne doive point avilir une action tragique par des sauts & des entrechats, c'est terminer très agréablement le Spectacle, que de donner un Ballet après l'Opéra, comme une petite Piece après la Tragédie. Dans ce nouveau Spectacle, qui ne tient point au précédent, an peut aussi faire choix d'une autre Langue; c'est une autre Nation qui paroît sur la Scene. L'Art Pantomime ou la Danse devenant alors la Langue de convention, la parole en doit être bannie à son tour, & la Musique, restant le moyen de liaison, s'applique à la Danse dans la petite Piece, comme elle s'appliquoit dans la grande à la Poésie. Mais avant d'employer cette Langue nouvell, il faut la créer. Commencer par donner des Ballets en action, sans avoir préalablement établi la convention des gestes; c'est parler [498] une Langue à gens qui n'en ont pas le Dictionnaire, & qui par conséquent, ne l'entendront point.
Yet we must admit that dance occupies such an advantageous place in the theater that to remove it entirely would deprive the stage of one of its greatest charms. Thus, though tragic action should never be debased by leaps and entrechats, it remains most agreeable to conclude the spectacle with a ballet after the opera, like a short play following a tragedy. In this new spectacle—wholly detached from the prior—one may adopt another language; it is another nation appearing on the scene. The Pantomime Art or dance becoming here the conventional language, speech must in turn be banished, while music remains the connective medium, applied to dance in the minor piece as it was applied to poetry in the major. But before employing this new language, we must create it. To stage narrative ballets without first establishing a gestural convention is to speak [498] a language to those lacking its dictionary—who will thus comprehend nothing.
OPERA, s. m. Est aussi un mot consacré pour distinguer les différens ouvrages d'un même Auteur, selon l'ordre dans lequel ils ont été imprimés ou gravés, & qu'il marque ordinairement lui-même sur les titres par des chiffres. (Voyez OEUVRE.) Ces ceux mots sont principalement en usage pour les compositions de Symphonie.
OPERA, n. m. Also designates the distinct works of a single author according to their order of publication or engraving, typically marked by the composer himself with numerals on title pages. (See WORK.) These terms apply chiefly to Symphonic compositions.
ORATOIRE. De l'Italien Oratorio. Espece de Drame en Latin ou en Langue vulgaire, divisé par Scenes, à l'imitation des Pieces de Théâtre, mais qui roule toujours sur des sujets sacres & qu'on met en Musique pour être exécuté quelque église durant le Carême ou en d'autres tems. Cet usage, assez commun en Italie, n'est point admis France. La Musique Françoise est si peu propre au genre Dramatique, que c'est bien assez qu'elle y montre son insuffisance au Théâtre; sans l'y montre encore à l'Eglise.
ORATORIO. From the Italian Oratorio. A species of drama in Latin or vernacular tongues, divided into scenes after theatrical fashion but treating sacred subjects set to music for performance in churches during Lent or other seasons. This practice, common in Italy, finds no admission in France. French Music is so ill-suited to the Dramatic genre that its inadequacy is already overexposed in theaters—must we further parade it in churches?
ORCHESTRE, s. m. On prononce Orquestre. C'étoit, chez les Grecs, la partie inférieure du Théâtre; elle étoit faite en demi-cercle & garnie de sieges tout auteur. On l'appelloit Orchestre, parce que c'étoit-là que s'exécutoient les Danses.
ORCHESTRA, n. m. Pronounced Orquestre. Among the Greeks, this designated the theater's lower semicircular tier furnished with tiered seating. It was called Orchestra as the space where dances were executed.
Chez eux l'Orchestre faisoit une partie du Théâtre; à Rome il en étoit séparé & rempli de sieges destinés pour les Sénateurs, les Magistrats, les Vestales, & les autres personnes de distinction. A Paris l'Orchestre Françoise & Italienne, & ce qu'on appelle ailleurs le Parquet, est destiné en partie à un usage semblable..
In Greece, the orchestra formed part of the stage proper; in Rome it was separated and filled with seats for Senators, magistrates, Vestals, and other dignitaries. In Paris, the French and Italian Orchestras—and what other nations term the Parquet—partly serve similar ends.
[499] Aujourd'hui ce mot s'applique plus particulièrement à la Musique, & s'entend, tantôt du lieu où se tiennent ceux qui jouent des Instrumens, comme l'Orchestre de l'Opéra, tantôt du lieu où se tiennent tous les Musiciens en général, comme l'Orchestre du Concert Spirituel au Château des Tuileries, & tantôt de la collection de tous les Symphonistes: c'est dans ce dernier sens que l'on dit de l'exécution de Musique que l'Orchestre étoit bon ou mauvais, pour dire que les Instrumens étoient ou mal joués.
[499] Today this term applies more particularly to music: sometimes denoting the space occupied by instrumentalists (as in the Opera Orchestra), sometimes the general musicians' gallery (as in the Concert Spirituel Orchestra at the Tuileries Palace), and sometimes the collective body of symphonic players. It is in this last sense that we speak of an orchestra's execution being good or bad—meaning the instruments were well or poorly played.
Dans les Musiques nombreuses en Symphonistes, telles que celle d'un Opéra, c'est un soin qui n'est pas à négliger que la bonne distribution de l'Orchestre. On doit en grande partie à ce soin l'effet étonnant de la Symphonie dans les Opéra d'Italie. On porte la premiere attention sur la fabrique même de l'Orchestre; c'est-à-dire, de l'enceinte qui le contient. On lui donne les proportions convenables pour que les Symphonistes y soient le plus rassemblés & le mieux distribués qu'il est possible. On a soin d'en faire la caisse d'un bois léger & résonnant comme le sapin, de l'établir sur un vide avec des arcs-boutans, d'en écarter les Spectateurs par un rateauplacé dans le parterre a un pied ou deux de distance. De sorte que le corps même de l'Orchestre portant pour ainsi dire, en l'air, & ne touchant presque à rien, vibre & résonne sans obstacle, & forme comme un grand Instrument qui répond à tous les autres & en augmente l'effet.
In large musical ensembles such as those of an Opera, the proper distribution of the orchestra is a matter not to be neglected. The astonishing effect of symphonic music in Italian Operas is largely attributable to this care. Primary attention is given to the very construction of the orchestra enclosure. It is proportioned so that the Symphonists may be as compactly arranged and as well distributed as possible. Care is taken to build its shell from light, resonant wood like spruce, to elevate it on a void with flying buttresses, and to separate it from spectators by a railing placed in the pit one or two feet away. Thus the orchestra structure itself, being almost suspended in air and barely touching anything, vibrates and resonates unimpeded, forming a kind of grand instrument that amplifies all others.
A l'égard de la distribution intérieur, on a soin: 1º. que le nombre de chaque espece d'Instrument se proportionne à l'effet qu'ils doivent produise tous ensemble; que, par exemple,
Regarding internal distribution, care is taken: 1st, that the number of each instrument type balances their collective effect – ensuring, for instance, that Basses neither overwhelm nor are overwhelmed by Trebles; that Oboes do not dominate Violins, nor second violins the firsts: 2nd, that instruments of each type (except Basses) are grouped together to improve tuning and synchrony: 3rd, that Basses are dispersed around the two harpsichords throughout the orchestra, since the Bass must regulate and sustain all other parts, requiring equal audibility to all musicians: 4th, that all Symphonists keep sight of the Maestro at his harpsichord, and he of them; likewise, each violinist must see and be seen by their section leader. Hence this most numerous section should be arranged in two facing lines – first violins seated facing the stage with backs to spectators, seconds facing them with backs to the stage, etc.
les Basses n'étouffent pas les Dessus & n'en soient pas étouffées; que les Hautbois ne dominent pas sur les Violons,: ni les seconds sur les premiers: 2.°. que les Instrumens de chaque espece, excepté les Basses, soient rassemblés entr'eux, pour qu'ils s'accordent mieux & marchent ensemble avec plus d'exactitude: 3?.que les Basses soient dispersées autour des deux Clavecins & pas touts Orchestre, parce que c'est la Basse qui doit régler & soutenir tontes les autres Parties, tous les Musiciens doivent l'entendre également: 4°. que tous les Symphonistes aient l'oeil sur le Maître à son Clavecin; & le Maître sur chacun d'eux; que de même chaque Violon soit vu de son premier & le voye: c'est pourquoi cet Instrument étant & devant être le plus nombreux,; doit être distribué sur deux lignes qui se regardent; savoir, les premiers assis en face du Théâtre, le dos tourné vers les Spectateurs, les seconds vis-à-vis d'eux le dos tourné vers le Théâtre, &, c.
Le premier Orchestre de l'Europe pour le nombre & l'intelligence des Symphonistes est celui de Naples: mais celui: qui est le mieux distribué & forme l'ensemble le plus parfait est l' Orchestre de l'Opéra du Roi de Pologne à Dresde, dirigé, par l'illustre Hasse. (Ceci s'écrivoit en 1754.) (Voyez Pl. G. Fig. 1.) la représentation de cet Orchestre, où, sans, s'attacher aux mesures, qu'on n'a pas prises sur les lieux, on pourra mieux juger à l'oeil de la distribution totale, qu'on me pourroit faire sur une longue description.
The foremost orchestra in Europe for the number and skill of its Symphonists is that of Naples. But the best distributed and most perfectly unified ensemble remains the orchestra of the King of Poland’s Opera in Dresden, directed by the illustrious Hasse. (This was written in 1754.) (See Pl. G. Fig. 1.) The depiction of this orchestra, though not drawn to precise scale, will better convey its total distribution through visual inspection than any lengthy description.
On a. remarqué que, de tous les Orchestres de l'Europe, celui de l'Opéra de Paris, quoiqu'un des plus nombreux
It has been noted that among all European orchestras, that of the Paris Opera – though among the largest –
étoit celui qui faisoit le moins d'effet. Les raisons en sont faciles à comprendre. Premiérement la mauvaise construction, de l'Orchestre, enfoncé dans la terre, & clos d'une enceinte de bois lourd, massif & chargé de fer, étouffe toute résonance: 2º. le mauvais choix des Symphonistes, dont le plus grand nombre reçu par faveur sait à peine la Musique, & n'a nulle intelligence de l'ensemble: 3 °. leur assommante habitude de racler, s'accorder, préluder continuellement à grand, bruit, sans jamais pouvoir être d'accord: 4°. le génie François, qui est en général de négliger & dédaigner tout ce qui. devient devoir journalier: 5°. les mauvais Instrumens des Symphonistes, lesquels restant sur le lieu sont toujours des Instrumens de rebut, destinés à mugir durant les représentations, & à pourrir dans les Intervalles: 6º, le mauvais emplacement du Maître qui, sur le devant du Théâtre & tout occupé des Acteurs, ne peut veiller suffisamment sur son Orchestre & l'a derriere lui, au lieu de l'avoir sous ses yeux: 7°. le bruit insupportable de son bâton qui couvre & amortit tout l'effet de la Symphonie: 8°. la mauvaise Harmonie de leurs compositions, qui, n'étant jamais pure & choisie, ne fait entendre, au lieu de choses d'effet, qu'un remplissage sourd & confus: 9°. pas assez de Contrebasses & trop de Violoncelles, dont les Sons, traînés à leur maniere, étouffent la Mélodie & assomment le Spectateur: 10º. enfin le défaut de Mesure, & le caractere indéterminé de la Musique Françoise, où c'est toujours l'Acteur qui regle l'Orchestre, au lieu que l'Orchestre doit régler l'Acteur, & où les Dessus menent la Basse, au lieu que la Basse doit mener les Dessus.
produces the least effect. The reasons are easily discerned: 1st, the poor construction of the orchestra pit – sunken into the ground and enclosed by heavy wooden barriers laden with iron, stifling all resonance: 2nd, the poor selection of Symphonists, most admitted through favor rather than merit, scarcely understanding music or ensemble cohesion: 3rd, their wearisome habit of scraping strings, tuning, and noisily rehearsing continuously without ever achieving unison: 4th, the French disposition to neglect and disdain routine duties: 5th, the inferior instruments used by Symphonists – castoff pieces left at the theater to groan during performances and rot between shows: 6th, the Maestro’s poor placement – stationed at the front of the stage preoccupied with actors, unable to properly oversee the orchestra behind him: 7th, the intolerable clatter of his baton drowning out the symphony: 8th, the impure harmony of their compositions – dense, muddled filler replacing true musical effects: 9th, insufficient Contrabasses and excessive Violoncellos whose dragged tones smother melody and fatigue listeners: 10th, finally, the lack of clear measure and the indeterminate character of French music – where actors dictate to the orchestra rather than vice versa, and where Trebles lead the Bass instead of being led by it.
OREILLE, s, f. Ce mot s'emploie figurément en terme de Musique. Avoir de l'Oreille,c'est avoir l'ouïe sensible, fine & juste; en sorte que, soit pour l'intonation, soit pour la Mesure, on soit choqué du moindre défaut, & qu'aussi l'on soit frappé des beautés de l'Art, quand on les entend. On a l'Oreille fausse lorsqu'on chante constamment faux, lorsqu'on ne distingue point Intonations fausses des Intonations justes, ou lorsqu'on n'est point sensible à la précision de la Mesure, qu'on la bat inégale ou à contre-tems. Ainsi le mot Oreille se prend toujours pour la finesse de la sensation ou pour le jugement du sens. Dans cette acception le mot ne se prend jamais qu'au singulier & avec l'article partitif. Avoir de l'Oreille; il a peu d'Oreille.
EAR, s. f. This term is used figuratively in musical parlance. To have an ear is to possess sensitive, refined, and accurate hearing such that one is offended by the slightest flaw in intonation or rhythm, yet equally struck by artistic beauties when perceived. A false ear manifests in chronic poor pitch, inability to distinguish accurate from faulty intonations, or insensitivity to rhythmic precision – beating unevenly or off-tempo. Thus, the word "ear" here denotes either sensory acuity or auditory discernment. In this sense, the term is always singular and paired with a partitive article: avoir de l'Oreille (to have an ear); il a peu d'Oreille (he has little ear).
ORGANIQUE, adj. pris subst. au fémin. C'étoit chez les Grecs cette partie de la Musique qui s'exécutoit sur les Instrumens, & cette partie avoit ses caracteres, ses Notes particulieres, comme on le voit dans les Tables de Bacchius & d'Alypius. (Voyez MUSIQUE, NOTES.)
ORGANIC, adj. taken as a feminine noun. Among the Greeks, this denoted the instrumental branch of music executed through specific notation, as evidenced in the tables of Bacchius and Alypius. (See MUSIC, NOTES.)
ORGANISER le Chant, v. a. C'étoit, dans le commencement de l'invention du Contre- point, insérer quelques Tierces dans une suite de Plain-Chant à l'unisson: de sorte, par exemple, qu'une partie du Choeur chantant ces quatre Notes, ut re si ut, l'autre partie chantoit en même tems ces quatre-ci ut re re ut. II paroît par les exemples cités par l'Abbé le Beuf & par d'autres, que l'Organisation ne se pratiquoit gueres que sur la Note sensible à l'approche de la finale; d'où il suit qu'on n'organisoit presque jamais que par une Tierce mineure. Pour un Accord si facile & [503] si peu varié, les Chantres qui organisoient ne laissoient pas être payés plus cher que les autres.
ORGANIZE the Chant, v. a. In early counterpoint practice, this meant interpolating thirds into unison plainchant sequences. For instance, while one choir section sang ut re si ut, another simultaneously sang ut re re ut. Examples cited by Abbé Le Beuf and others suggest this "organization" occurred chiefly on the leading tone approaching the final, resulting almost exclusively in minor thirds. For so rudimentary and [503] monotonous a harmony, the organizing chanters nonetheless commanded higher pay than their peers.
A l'égard de l'Organum triplum, ou quadruplum, qui s'appelloit aussi Triplum ou Quadruplum tout simplement, ce n'étoit autre chose que le même Chant des Parties organisantes entonné par des Hautes-Contres à l'Octave des Basses, & par des Dessus à l'Octave des Tailles.
As for the Organum triplum or quadruplum – also called simply Triplum or Quadruplum – it involved the same organized parts transposed: high altos singing the bass line at the octave, and sopranos doubling the tenor line.
ORTHIEN, adj. Le Nome Orthien dans la Musique Grecque étoit un Nome Dactylique, inventé, selon les uns, par l'ancien Olympus le Phrygien, & selon d'autres par le Mysien. C'est sur ce Nome Orthien, disent Hérodote & Aulugelle, que chantoit Arion quand il se précipita dans la mer.
ORTHIAN, adj. The Orthian Nomos in Greek music was a dactylic mode attributed by some to Olympus the Phrygian, by others to a Mysian inventor. Herodotus and Aulus Gellius record that Arion sang this Orthian mode as he plunged into the sea.
OUVERTURE, s. f. Piece de Symphonie qu'on s'efforce. de rendre éclatante, imposante, harmonieuse, & qui sert de début aux Opéra & autres Drames lyriques d'une certaine étendue.
OVERTURE, s. f. A symphonic piece designed to dazzle through resplendence, grandeur, and harmony, serving as prelude to operas and extensive lyric dramas.
Les Ouvertures des Opéra François sont presque toutes calquées sur celles de Lully. Elles sont composées d'un morceau traînant appellé grave qu'on joue ordinairement deux fois, & d'une Reprise sautillante appellée gaie, laquelle est communément fuguée: plusieurs de ces Reprises rentrent encore dans le grave en finissant.
French opera overtures remain slavishly modeled on Lully's template: a ponderous slow movement (grave) played twice, followed by a skittish gaie reprise – often fugal – which frequently circles back to the initial grave at its close.
Il a été un tems ou les Ouvertures Françoises servoient de modele dans toute l'Europe. Il n'y a pas soixante ans qu'on faisoit venir en Italie des Ouvertures de France pour mettre à la tête des Opéra. J'ai vu même plusieurs anciens Opéra Italiens notés avec une Ouverture de Lully à la tête. C'est de quoi les Italiens ne conviennent pas aujourd'hui [504] que tout a si sort changé; mais le fait ne laissé pas d'être très-certain.
There was a time when French overtures set the European standard. Less than sixty years past, Italy imported them to crown its operas. I have seen antique Italian scores still bearing Lully's overtures at their head – a fact modern Italians now disavow [504], though history attests it incontrovertibly.
La Musique instrumentale ayant fait un progrès étonnant depuis une quarantaine d'années, les vieilles Ouvertures faites pour des Symphonistes qui savoient peu tirer parti de leurs Instrumens, ont bientôt été laissées aux; François, & l'on s'est d'abord contenté d'en garder à-peu-près la disposition. Les Italiens n'ont pas même tardé de s'affranchir de cette gêne, & ils distribuent aujourd'hui leurs Ouvertures d'une autre maniere. Ils débutent par un morceau saillant & vif, a deux ou à quatre tems; puis ils donnent un Andante à demi-jeu, dans lequel ils tâchent de déployer toutes les graces, du beau Chant, & ils finissent par un brillant Allegro, ordinairement à trois Tems.
Instrumental music having made astonishing progress over the past forty years, the old overtures designed for symphonists who knew little how to exploit their instruments were soon abandoned by the French. At first, the Italians contented themselves with roughly preserving their structure. They did not long remain constrained by this formality, however, and now distribute their overtures differently. They begin with a striking and lively movement in duple or quadruple meter; then present an Andante in half-voice where they strive to display all the graces of beautiful melody; and conclude with a brilliant Allegro, usually in triple meter.
La raison qu'ils donnent de cette distribution est, que dans un Spectacle nombreux où les Spectateurs sont beaucoup de bruit, il faut d'abord les porter au silence & fixer leur attention par un début éclatant qui les frappe. Ils disent, que le grave de nos Ouvertures n'est entendu ni écouté de personne, & que notre premier coup d'archet, que nous vantons avec tant d'emphase, moins bruyant que l'Accord des Instrumens qui les précede, & avec lequel il se confond, est plus propre à préparer l'Auditeur à l'ennui qu'à l'attention. Ils ajoutent qu'après avoir rendu le Spectateur attentif, il convient de l'intéresser avec moins de bruit par un Chant agréable & flatteur qui le dispose à l'attendrissement qu'on tâchera bientôt de lui inspirer; & de déterminer enfin l'Ouverture par un morceau d'un autre caractere, qui, tranchant [505] avec le commencement du Drame, marque, en finissant avec bruit, le silence que l'Acteur arrivé sur la Scene exige du Spectateur.
The rationale they give for this arrangement is that in a crowded spectacle where spectators make much noise, one must first compel silence and fix their attention through a dazzling opening that strikes them. They argue that the grave sections of our overtures are neither heard nor attended to by anyone, and that our initial bow-stroke—which we extol with such emphasis—being less clamorous than the instrumental tuning preceding it (with which it merges), better prepares listeners for tedium than attentiveness. They add that after rendering spectators attentive, one should engage them through softer, agreeable melodies that dispose them to the tender emotions soon to be evoked; and finally, to resolve the overture with a movement of contrasting character which, by [505] diverging sharply from the drama’s opening, marks through its resounding conclusion the silence demanded by the actor’s entrance onto the stage.
Notre vieille routine d'Ouvertures a fait naître en France une plaisante idée. Plusieurs se sont imaginés qu'il y avoit une telle convenance entre la forme des Ouvertures de Lully & un Opéra quelconque, qu'on ne sauroit la changer sans rompre l'Accord du tout: de sorte que, d'un début de Symphonie qui seroit dans un autre goût, tel, par exemple, qu'une Ouverture Italienne, ils diront avec mépris, que c'est une Sonate, & non pas une Ouverture; comme si toute Ouverture n'étoit pas une Sonate.
Our antiquated custom of overtures has birthed a curious notion in France. Many fancy that Lully’s overture forms bear such intrinsic relation to any given opera that altering them would rupture the work’s coherence. Thus, were a symphonic introduction in another style—an Italian overture, for instance—they would dismissively call it a sonata rather than an overture, as if every overture were not itself a sonata.
Je sais bien qu'il seroit à desirer qu'il y eût un rapport propre & sensible entre le caractere d'une Ouverture & celui de l'ouvrage qu'elle annonce; mais au lieu de dire que toutes les Ouvertures doivent être jettées au même moule, cela dit précisément le contraire. D'ailleurs, si nos Musiciens manquent si souvent de saisir le vrai rapport de la Musique aux paroles dans chaque, morceau, comment saisiront-ils les rapports plus éloignés & plus fins entre l'ordonnance d'une Ouverture, & celle du corps entier de l'ouvrage? Quelques Musiciens se sont imaginés bien saisir ces rapports en rassemblant d'avance dans l'Ouverture tous les caracteres exprimés dans la Piece, comme s'ils vouloient exprimer deux fois la même action, & que ce qui est à venir fût déjà passé. Ce n'est pas cela. L'Ouverture la mieux entendue est celle qui dispose tellement les coeurs des Spectateurs, qu'ils s'ouvrent sans effort à l'intérêt qu'on veut leur donner dès [506] le commencement de la Piece. Voilà le véritable effet que doit produire une bonne Ouverture: voilà le plan sur lequel il la faut traiter.
I am well aware that it would be desirable for there to exist a distinct and perceptible connection between an overture’s character and that of the work it heralds. But to claim all overtures must be cast in the same mold contradicts this very principle. Moreover, if our musicians so frequently fail to grasp the true relation between music and text within individual movements, how shall they apprehend the subtler, more distant correspondences between an overture’s design and the work’s entire structure? Certain musicians fancy they achieve these connections by prefiguring in the overture all the dramatic traits expressed in the piece—as if wishing to express the same action twice, making future events already past. This is misguided. The most judicious overture is that which so disposes spectators’ hearts that they yield effortlessly to the intended emotional engagement from the [506] drama’s first moments. Such is the true effect a worthy overture should produce; such is the blueprint upon which it must be constructed.
OUVERTURE DU LIVRÉ, A L'OUVERTURE DU LIVRÉ. (Voyez LIVRÉ.).
OPENING OF THE BOOK, AT THE OPENING OF THE BOOK. (See BOOK.)
OXIPYCNI, adj. plur. C'est le nom que donnoient les Anciens dans le Genre épais au troisieme Son en montant de chaque Tétracorde. Ainsi les Sons Oxipycni étoient cinq en nombre. (Voyez APYCNI, ÉPAIS, SYSTEME, TÉTRACORDE.)
OXIPYCNI, adj. pl. The name given by the Ancients in the thick genus to the third ascending note of each Tetrachord. Thus there were five Oxipycni notes. (See APYCNI, THICK, SYSTEM, TETRACHORD.)
P
P
[507] P. Par abréviation, signifie Piano, c'est-à-dire, Doux (Voyez Doux.)
[507] P. Abbreviated, signifies Piano, that is, Soft (See Soft).
Le double PP. signifie, Pianissimo, c'est-à-dire, très-Doux.
The double PP. signifies Pianissimo, that is, Very Soft.
PANTOMIME, s. f. Air sur lequel deux ou plusieurs Danseurs exécutent en, Danse une Action qui porte aussi le nom de Pantomime. Les Airs des Pantomimes ont pour l'ordinaire un couplet principal qui revient souvent dans le cours de la Pièce, & qui doit être simple, par la raison dite au mot Contre-Danse: mais ce couplet est entremêlé d'autres plus saillans, qui parlent, pour ainsi dire, & font image dans les situations ou le Danseur doit mettre une expression déterminée.
PANTOMIME, s. f. A tune upon which two or more dancers perform an action in dance that also bears the name Pantomime. The airs for Pantomimes typically feature a recurring principal couplet, which must be simple, for the reason stated under the entry Contre-Danse. However, this couplet is interspersed with more striking passages that, so to speak, "speak" and create imagery during moments when the dancer must convey specific expressions.
PAPIER REGELE. On appelle ainsi le papier préparé avec les Portées toutes tracées, pour y noter la Musique. (Voyez PORTÉE.)
RULED PAPER. This refers to paper pre-lined with staves for notating music. (See STAFF.)
Il y a du Papier réglé de deux especes; savoir, celui dont le format est plus long que large, tel qu'on l'emploie communément en France; & celui dont le format est plus large que long; ce dernier est le seul dont on se serve en Italie. Cependant par une bisarrerie dont j'ignore la cause, les Papetiers de Paris appellent Papier réglé à la Françoise, celui dont on se sert en Italie, & Papier réglé à l'Italienne, celui qu'on préfere en France.
[508] There are two types of Ruled Paper: one with a vertical format (longer than wide), commonly used in France; and another with a horizontal format (wider than long), exclusively employed in Italy. Paradoxically—for reasons I cannot fathom—Parisian stationers label the Italian-style paper as Papier réglé à la Françoise (French-style ruled paper), while designating the French format as Papier réglé à l'Italienne (Italian-style ruled paper).
[508] Le format plus large que long paroît plus commode, soit parce qu'un livré de cette forme se tient mieux ouvert sur un pupître, soit parce que les Portées étant plus longues on en change moins fréquemment: or, c'est dans ces changemens que les Musiciens sont sujets à prendre une Portée pour l'autre, sur-tout dans les Partitions. (Voyez PARTITION.)
The horizontal format appears more practical, both because a volume of this shape lies open more easily on a music stand and because the longer staves reduce page turns—a frequent source of error for musicians, particularly in scores. (See SCORE.)
Le Papier réglé en usage en Italie est toujours de dix Portées, ni plus ni moins; & cela fait juste deux Lignes ou Accolades dans les Partitions ordinaires, où l'on a toujours cinq Parties; savoir, deux Dessus de Violons, la Viola, la Partie chantante, & la Basse. Cette division étant toujours la même & chacun trouvant dans toutes les Partitions si Partie semblablement placée, passe toujours d'une Accolade à l'autre sans embarras & sans risque de se méprendre. Mais dans les Partitions Françoises où le nombre des Portées n'est fixe & déterminé, ni dans les Pages ni dans les Accolades, il saut toujours hésiter à la fin de chaque Portée pour trouver, dans l'Accolade qui suit, la Portée correspondante à celle où l'on est; ce qui rend le Musicien moins sûr, & l'exécution plus sujette à manquer.
Italian Ruled Paper invariably contains ten staves per page, no more nor less, corresponding precisely to two braces in standard scores. These accommodate five parts: two violin lines, viola, vocal part, and bass. This fixed arrangement allows musicians to transition seamlessly between braces without confusion. By contrast, French scores lack standardized stave counts per page or brace, forcing musicians to hesitate at each page turn to locate their corresponding part—a flaw that breeds uncertainty and execution errors.
PARADIAZEUXIS ou DISJONCTION PROCHAINE, s. f. C'étoit, dans la Musique Grecque, au rapport du vieux Bacchius, l'Intervalle d'un Ton seulement entre les cordes de deux Tétracordes, & telle est l'espece de disjonction qui regne entre le Tétracorde Synnéménon, & le Tétracorde Diézeugménon. (Voyez ces mots.)
PARADIAZEUXIS or PROXIMATE DISJUNCTION, s. f. In Greek music, as reported by the ancient theorist Bacchius, this term denoted an interval of one whole tone between the strings of two tetrachords. Such was the disjunction observed between the Synnéménon and Diézeugménon tetrachords. (See these entries.)
[509] PARAMESE, s. f. C'étoit, dans la Musique Grecque; le nom de la premiere corde du Tétracorde Diézeugménon. Il faut se souvenir que le troisieme Tétracorde pouvoir être conjoint avec le second; alors sa premiere corde étoit la Mèse ou la quatrieme corde du second; c'est-à-dire, que cette Mèse étoit commune aux deux.
[509] PARAMESE, s. f. In Greek music, this was the name for the first string of the Diezeugmenon Tetrachord. It must be recalled that the third tetrachord could be conjunct with the second; in such cases, its first string was the Mese or fourth string of the second tetrachord—that is, this Mese was shared between both.
Mais quand ce troisieme Tétracorde étoit disjoint, il commençoit par la corde appellée Paramèse, laquelle au lieu de confondre avec la Mèse, se trouvoit alors un Ton plus haut, & ce Ton faisoit la disjonction ou distance entre la quatrieme corde ou la plus aiguë du Tétracorde Méson, & la premiere ou la plus grave du Tétracorde Diézeugménon. (Voyez SYSTÉME, TÉTRACORDE.)
But when this third tetrachord was disjunct, it began with the string called Paramese, which, instead of merging with the Mese, now stood a whole Tone higher. This Tone constituted the disjunction or interval between the fourth string (the highest of the Meson Tetrachord) and the first string (the lowest of the Diezeugmenon Tetrachord). (See SYSTEM, TETRACHORD.)
Paramèse signifie proche de la Mèse; parce qu'en effet la Paramèse n'en étoit qu'à un Ton de distance, quoiqu'il y eût quelquefois une corde entre deux. (Voyez TRITE.)
Paramese means "near the Mese," for indeed it lay only a Tone away, though occasionally separated by an intermediate string. (See TRITE.)
PARANETE, s. f. C'est, dans la Musique ancienne, le nom donne par plusieurs Auteurs à la troisieme corde de chacun des trois Tétracordes Synnéménon, Diézeugménon, & Hyperboléon; corde que quelques-uns ne distinguoient que par le nom du Genre où ces Tétracordes étoient employés. Ainsi la troisieme corde du Tétracorde Hyperboléon, laquelle est appellée Hyperboléon-Diatonos par Aristoxène & Alypius, est appellée Paranète-Hyperboléon par Euclide, &c.
PARANETE, s. f. In ancient music, this term was used by several authors for the third string of each of the three tetrachords: Synemmenon, Diezeugmenon, and Hyperbolaion. Some theorists distinguished these strings solely by the genus of their respective tetrachords. Thus, the third string of the Hyperbolaion Tetrachord—called Hyperbolaion-Diatonos by Aristoxenus and Alypius—is termed Paranete-Hyperbolaion by Euclid, etc.
PARAPHONIE, s. f. C'est, dans la Musique ancienne, cette espece de Consonnance qui ne résulte pas des mêmes Sons, comme qu'on appelle Homophonie; ni de la [510] Réplique des mêmes Sons, comme l'Octave qu'on appelle Antiphonie; mais des Sons réellement différens, comme la Quinte & la Quarte, seules Paraphonies admises dans cette Musique: car pour la Sixte & la Tierce, les Grecs ne les nettoient pas au rang des Paraphonies; ne les admettant pas même pour Consonnances.
PARAPHONY, s. f. In ancient music, this was a type of consonance arising not from identical sounds (as in Homophony) nor from octave replication (called Antiphony), but from genuinely distinct sounds, such as the fifth and fourth—the only Paraphonies recognized in this system. The sixth and third were excluded from Paraphonies by the Greeks, who did not even admit them as consonances.
PARFAIT, adj. Ce mot, dans la Musique, a plusieurs sens. Joint au mot Accord, il signifie un Accord qui comprend toutes les Consonnances sans aucune Dissonance; joint au mot Cadence, il exprime celle qui porte la Note sensible, & de la Dominante tombe sur la Finale; joint au mot Consonnance, il exprime un Intervalle juste & déterminé, qui ne peut être ni majeur ni mineur: ainsi l'Octave, la Quinte & la Quarte sont des Consonnances parfaites, & ce sont les seules; joint au mot Mode, il s'applique a la Mesure par une acception qui n'est plus connue & qu'il faut expliquer pour l'intelligence des anciens Auteurs.
PERFECT, adj. This word carries multiple musical meanings. With Chord, it denotes a triad containing all consonances without dissonance. With Cadence, it signifies the progression where the leading tone resolves from dominant to tonic. With Consonance, it describes an exact, fixed interval (neither major nor minor): the octave, fifth, and fourth alone qualify as perfect consonances. With Mode, it pertains to an obsolete metrical concept requiring explanation for understanding older theorists.
Ils divisoient le Tems ou le Mode, par rapport à Mesure, en Parfait ou Imparfait, & prétendant que le nombre ternaire étoit plus parfait que le binaire, ce qu'ils prouvoient par la Trinité, ils appelloient Tems ou Mode Parfait, celui dont la Mesure étoit à trois Tems, & ils le marquoient par un O ou cercle, quelquefois seul, & quelquefois barré, .Le Tems ou Mode Imparfait formoit une Mesure à deux Tems, & se marquoit par un O tronqué ou un C, tantôt seul & tantôt barré. (Voyez MESURE, MODE, PROLATION, TEMS.)
They divided Time or Mode—regarding Measure—into Perfect and Imperfect. Citing the superiority of ternary number (proven by the Trinity) over binary, they called triple meter Perfect Time or Mode, marked by a circle (O) or barred circle (𝇍). Imperfect Time or Mode used duple meter, marked by a truncated circle (C) or barred C (𝇊). (See MEASURE, MODE, PROLATION, TIME.)
PARHYPATE, s. f. Nom de la corde qui suit immédiatement [511] l'Hypatè du grave à l'aigu. Il y avoit deux Parhypates dans le Diagramme des Grecs; avoir, la Parhypate-Hypaton, & la Parhypate-Mélon. Ce mot Parhypate signifie Sous-principale ou proche la principale. (Voyez HYPATE.)
PARHYPATE, s. f. The string immediately following Hypate from grave to acute. The Greek diagram included two Parhypates: Parhypate-Hypaton and Parhypate-Meson. The term means "sub-principal" or "near the principal." (See HYPATE.)
PARODIE, s. f. Air de Symphonie dont on fait un Air chantant en y ajustant des paroles. Dans une Musique bien faire le Chant est fait sur les paroles, & dans la Parodie les paroles sont faites sur le Chant: tous les couplets d'une Chanson, excepté le premier, sont des especes de Parodies; & c'est, pour l'ordinaire, ce que l'on ne sent que trop à la maniere dont la Prosodie y est estropiée. (Voyez CHANSON.)
PARODY, s. f. An instrumental piece adapted for vocal performance by adding lyrics. In well-crafted music, melody follows text; in parody, text follows melody. All verses of a song beyond the first are often parodies—a fact painfully evident in their mangled prosody. (See SONG.)
PAROLES, s. f. plur. C'est le nom qu'on donne au Poeme que le Compositeur met en Musique; soit que ce Poème soit petit ou grand, soit que ce que ce soit un Drame ou une Chanson. Lamode est de dire d'un nouvel Opéra que la Musique en est passable ou bonne, mais que les Paroles en sont détestables: on pourroit dire le contraire des vieux Opéra de Lully.
LYRICS (LIBRETTO), s. f. pl. This term designates the poetic text set to music by a composer, whether the work be small or grand, dramatic or lyrical. It has become customary to remark of new operas that their music is tolerable or good, but their lyrics deplorable – a critique one might inversely apply to Lully’s older operas.
PARTIE, s. f. C'est le nom de chaque Voix ou Mélodie séparée, dont la réunion forme le Concert. Pour constituer un Accord, il faut que deux Sons au moins se fassent entendre à la fois; ce qu'une seule Voix ne sauroit faire. Pour former, en chantant, une Harmonie ou une suite d'Accords il faut donc plusieurs Voix: le Chant qui appartient à chacune de ces Voix s'appelle Partie, & la collection de toutes les Parties d'un même ouvrage, écrites l'une au-dessous de l'autre, s'appelle Partition. (Voyez PARTITION.) [512] Comme un Accord complet est composé de quatre Sons, il y a aussi, dans la Musique, quatre Parties principales dont la plus aiguë s'appelle Dessus, & se chante par des Voix de femmes, d'enfans ou de Musici: les trois autres sont, la Haute-Contre, la Taille & la Basse, qui toutes appartiennent à des Voix d'hommes. On peut voir, (Pl. F. Fig. 6.) l'étendue de Voix de chacune de ces Parties, & la Clef qui lui appartient. Les Notes blanches montrent les Sons pleins où chaque Partie peut arriver tant en haut qu'en bas, & les Croches qui suivent montrent les Sons où la Voix commenceroit à se forcer, & qu'elle ne doit former qu'en passant. Les Voix Italiennes excedent presque toujours cette étendue dans le haut, sur-tout les Dessus; mais la Voix devient alors une espece de Faucet, & avec quelqu'art que ce défaut se déguisé, c'en est certainement un.
PART, s. f. Term denoting each separate vocal line or melody whose combination forms concerted harmony. To constitute a chord, at least two simultaneous sounds are required – a feat impossible for a single voice. Harmonized music thus demands multiple voices, each assigned their respective melodic line called a Part, while the vertical alignment of all parts constitutes a Score. (See SCORE.) [512] As a complete chord comprises four tones, music traditionally employs four principal parts: the highest (Treble), sung by women, children, or castrati; followed by Countertenor, Tenor, and Bass – all male registers. (See Pl. F. Fig. 6 for vocal ranges and corresponding clefs.) White notes indicate the full compass of each part, while ensuing quavers mark transitional tones where vocal strain begins. Italian singers frequently exceed these upper limits, particularly in treble parts, producing a forced timbre resembling a faucet – an artifice that remains, despite its skill, an undeniable defect.
Quelqu'une ou chacune de ces Parties se subdivise quand on compose à plus de quatre Parties. (Voyez DESSUS, TAILLE, BASSE.)
These parts may subdivide in compositions exceeding four voices. (See TREBLE, TENOR, BASS.)
Dans la premiere invention du Contre-point, il n'eût d'abord que deux Parties, dont l'une s'appelloit Tenor, & l'autre Discant. Ensuite on en ajouta une troisieme qui prit le nom de Triplum ; & enfin une quatrieme, qu'on appella quelquefois Quadruplum, & plus communément Motetus. Ces Parties se confondoient & enjamboient très-fréquemment les unes sur les autres: ce n'est que peu-à-peu qu'en s'étendant à l'aigu & au grave, elles ont pris, avec des Diapasons plus séparés & plus fixes, les noms qu'elles ont aujourd'hui.
In counterpoint’s infancy, only two parts existed: Tenor and Discant. A third (Triplum) later emerged, followed by a fourth – alternately called Quadruplum but more commonly Motetus. Early parts frequently overlapped and crossed; only gradually, through expanded ranges and stabilized registers, did they acquire their modern nomenclature.
[513] Il y a aussi des Parties instrumentales, Il y a même des Instrumens, comme l'Orgue, le Clavecin, la Viole, qui peuvent faire plusieurs Parties à la sois. On devise aussi la Musique Instrumentale en quatre Parties, qui répondent à celles de la. Musique Vocale, & qui s'appellent Dessus, Quinte; Taille & Basse; mais ordinairement le Dessus se sépare en deux, & sa Quinte s'unit avec la Taille, sous le nom commun de Viole. On trouvera aussi (Pl. F. Fig. 7.) les Clefs & l'étendue des quatre Parties Instrumentales: mais il faut remarquer que la plupart des Instrumens n'ont pas dans le haut des bornes précises, & qu'on les peut faire démancher autant qu'on veut aux dépens des oreilles des Auditeurs; au lieu que dans le bas ils ont un terme fixe qu'ils ne sauroient passer: ce terme est à la Note que j'ai marquée; mais je n'ai marqué dans le haut que celle où l'on peut atteindre sans démancher.
[513] Instrumental parts also exist. Certain instruments (organ, harpsichord, viola) can execute multiple parts simultaneously. Instrumental music similarly divides into four registers mirroring vocal counterparts: Treble, Fifth, Tenor, and Bass – though treble often splits, its Fifth merging with tenor under the collective term Viola. (See Pl. F. Fig. 7 for instrumental clefs and ranges.) Observe that most instruments lack precise upper limits, permitting ear-taxing extensions ad libitum, whereas their lower bounds remain fixed at the marked notes. My upper markings indicate playable tones without positional shifting.
Il y a des Parties qui ne doivent être chantées que par une seule Voix, ou jouées que par un seul Instrument, & celles-là s'appellent Parties récitantes. D'autres Parties s'exécutent par plusieurs personnes chantant ou jouant à l'Unisson, & on les appelle Parties concertantes ou parties de Choeur.
Some parts are executed by single voices or instruments (Recitative Parts); others by multiple performers in unison (Concertante Parts or Chorus Parts).
On appelle encore Partie, le papier de Musique sur lequel est écrite la Partie séparée de chaque Musicien; quelquefois plusieurs chantent ou jouent sur le même papier: mais quand ils ont chacun le leur, comme cela se pratique ordinairement.dans les grandes Musiques, alors, quoiqu'en ce sens chaque Concertant ait sa Partie, ce n'est pas à dire dans l'autre sens qu'il y aitautant de Parties de Concertans, attendu que la [514] même Partie est souvent doublée, triplée & multipliée à proportion du nombre total des exécutans.
The term Partie also refers to the sheet music on which each musician’s separate Part is written. Sometimes several performers sing or play from the same sheet: but when each has their own — as is customary in large ensembles — though each performer thus possesses their Part in this sense, it does not imply, in the other sense, that there are as many Concertante Parts, since [514] the same Part is often doubled, tripled, and multiplied according to the total number of performers.
PARTITION, s. f. Collection de toutes les Parties d'un Piece de Musique, où l'on voit, par la réunion des Portées correspondantes, l'Harmonie qu'elles forment entr'elles. On écrit pour cela toutes les Parties Portée à Portée, l'une au-dessous de l'autre avec la Clef qui convient à chacune commençant par les plus aiguës, & plaçant la Basse au-dessous du tout; on les arrange, comme j'ai dit au mot COPISTE, de maniere que chaque Mesure d'une Portée soit placée perpendiculairement au-dessus ou au-dessous de la Mesure correspondante des autres Parties, & enfermée dans les mêmes Barres prolongées de l'une à l'autre, afin que l'on puisse voir d'un coup-d'oeil tout ce qui doit s'entendre à la fois.
SCORE, s.f. A collection of all the Parts of a musical work, showing through aligned staves the harmony they form together. To create this, all Parts are written staff by staff, one below another with their respective clefs, beginning with the highest and placing the Bass at the bottom. As explained under COPISTE, they are arranged so that each measure on a staff aligns vertically with corresponding measures in other Parts, enclosed within extended barlines connecting them. This allows the eye to grasp at once all elements meant to sound simultaneously.
Comme dans cette disposition une seule ligne de Musique comprend autant de Portées qu'il y a de Parties, on embrassement toutes ces Portées par un trait de plume qu'on appelle Accolade, & qui se tire à la marge au commencement de cette ligne ainsi composée; puis on recommence, pour une nouvelle Ligne, à tracer une nouvelle Accolade qu'on remplit de la suite des mêmes Portées écrites dans le même ordre.
Since a single line of music in this format contains as many staves as there are Parts, these staves are grouped by a pen stroke called a brace, drawn in the margin at the start of such a composite line. A new brace is then drawn for each subsequent line, filled with the continuation of the same staves in identical order.
Ainsi, quand on veut suivre une Partie, après avoir parcouru la Portée jusqu'au bout, on ne passe pas à celle qui est immédiatement au-dessous: mais on regarde quel rang la Portée que l'on quitte occupe dans son Accolade, on va chercher dans l'Accolade qui suit la Portée correspondante, & l'on y trouvé la suite de la même Partie.
Thus, when following a single Part, after reaching the end of a staff, one does not proceed to the staff immediately below. Instead, noting the position of the current staff within its brace, one locates the corresponding staff in the next brace, where the continuation of that Part is found.
[515] L'usage des Partitions est indispensable pour composer. Il faut aussi que celui qui conduit un Concert ait la Partition sous les yeux pour voir si chacun suit sa Partie, & remettre ceux qui peuvent manquer: elle est même utile à l'Accompagnateur pour bien suivre l'Harmonie; mais quant aux autres Musiciens, on donne ordinairement à chacun sa Partie séparée, étant inutile pour lui de voir celle qu'il n'exécute pas.
[515] Scores are indispensable for composition. A conductor must also have the score before them to monitor adherence to Parts and correct errors. They are even useful to the accompanist for tracking harmony. But for other musicians, each is typically given their separate Part, as seeing others’ Parts would serve no purpose.
Il y a pourtant quelques cas où l'on joint dans une Partie séparée d'autres Parties en Partition partielle, pour la commodité des exécutans. 1º. Dans les Parties Vocales, on note ordinairement la Basse continue en Partition avec chaque Partie récitante, soit pour éviter au Chanteur la peine de compter ses Pauses en suivant la Basse, soit pour qu'il se puisse accompagner lui-même en répétant ou récitant sa Partie.2 °. Les deux Parties d'un Duo chantant se notent en Partition dans chaque Partie séparée, afin que chaque Chanteur, ayant sous les yeux tout le Dialogue, en saisisse mieux l'esprit, & s'accorde plus aisément avec sa contre-Partie. 3º. Dans les Parties Instrumentales, on a soin, pour les Récitatifs obligés, de noter toujours la Partie chantante en Partition avec celle de l'Instrument, afin que dans ces alternatives de Chant non mesuré & de Symphonie mesurée, le Symphoniste prenne juste le tems des Ritournelles sans enjamber & sans retarder.
There are cases, however, where partial scores are combined within a single Part for performers’ convenience: 1º. In vocal Parts, the basso continuo is often scored alongside each recitative Part, sparing the singer from counting rests against the Bass or enabling self-accompaniment during rehearsal. 2º. Both Parts of a vocal Duet are scored together in each separate Part, so singers may grasp the dialogue’s spirit and coordinate more easily with their counterpart. 3º. In instrumental Parts, obbligato recitatives always include the vocal Part scored with the instrumental line, ensuring that during shifts between unmetered song and measured symphonic passages, the symphonist precisely times ritornellos without rushing or dragging.
PARTITION est encore, chez les Facteurs d'Orgue & de Clavecin, une regle pour accorder l'Instrument, en commentant par une Corde ou un Tuyau de chaque Touche [516] dans l'étendue d'une Octave ou un peu plus, prise vers le milieu du Clavier; & sur cette Octave ou Partition l'on accorde, après, tout le. reste. Voici comment on s'y prend pour former la Partition.
SCORE also refers, among organ and harpsichord makers, to a tuning template. One begins with a string or pipe for each key [516] within an octave (or slightly more) near the keyboard’s middle. This octave or Score then serves as the basis for tuning the entire instrument. The method for establishing this Score is as follows:
Sur un Son donne par un Instrument dont je parlerai au mot Ton, l'on accorde à l'Unisson ou à l'Octave le C sol ut qui appartient à la Clef de ce nom, & qui se trouvé au milieu du Clavier ou à-peu-près. On accorde ensuite le sol, Quinte aiguë de cet utpuis le re, Quinte aiguë de ce sol;après quoi l'on redescend à l'Octave de ce re, à côté du premier ut. On remonte à lai Quinte la, puis encore à la Quinte mi. On redescend a l'Octave de ce mi, & l'on continue de même, montant de Quinte en Quinte, & redescendant à l'Octave lorsqu'on avance trop à l'aigu. Quand on est parvenu au sol Dièse, on s'arrête.
Given a pitch produced by an instrument (which I shall discuss under the term Tone), one tunes the C sol ut belonging to the clef of that name – located approximately at the keyboard's center – either in unison or at the octave. Next, the G (the fifth above this C) is tuned, followed by the D (the fifth above this G). One then descends to the octave of this D, adjacent to the original C. Ascending again by fifths: A, then E. Descending to the octave of this E, the process continues – rising by fifths and descending octaves when venturing too high. Upon reaching G-sharp, one halts.
Alors on reprend le premier ut, & l'on accorde son Octave aigue; puis la Quinte grave de cette Octave fa; l'Octave aiguë de ce fa; ensuite le si Bémol, Quinte de cette Octave; enfin le mi Bémol, Quinte grave de ce si Bémol l'Octave aiguë duquel mi Bémol doit faire Quinte juste ou à-peu-prés avec le la Bémol ou sol Dièse précédemment accordé. Quand cela arrive, la Partition est juste; autrement elle est fausse, & cela vient de n'avoir pas bien suivi les regles expliquées au mot Tempérament. Voyez (Pl. F. Fig. 8.) la succession d'Accords qui forme la Partition.
Returning to the initial C, its upper octave is tuned; then the lower fifth of this octave (F); the upper octave of this F; followed by B-flat (the fifth of this octave); finally E-flat (the lower fifth of this B-flat), whose upper octave must form a nearly pure fifth with the previously tuned A-flat (or G-sharp). If this occurs, the temperament is correct; otherwise it is faulty, resulting from improper adherence to rules explained under Tempérament. (See Plate F, Figure 8 for the sequence of intervals comprising this system.)
La Partition bien faite, l'accord du reste est très-facile, puisqu'il n'est plus question que d'Unissons & d'Octaves pour achever d'accorder tout le Clavier.
Once this foundational temperament is established, tuning the remaining keys becomes effortless, requiring only unisons and octaves to complete the keyboard's accord.
[517] PASSACAILLE, s. f. Espece de Chaconne dont le Chantes est plus tendre & le mouvement plus lent que dans les Chaconnes ordinaires. (Voyez CHACONNE.) Les Passacailles d'Armide & d'Issé sont célebres dans l'Opéra François.
[517] PASSACAILLE, s.f. A variety of Chaconne distinguished by tenderer melodies and slower tempo than ordinary Chaconnes. (See CHACONNE.) The Passacailles from Armide and Issé remain celebrated in French Opera.
PASSAGE, s. m. Ornement dont en charge un trait de Chant, pour l'ordinaire assez court; lequel est composé de plusieurs Notes ou Diminutions qui se chantent ou se jouent très-légérement. C'est ce que les Italiens appellent aussi Passo. Mais tout Chanteur en Italie est obligé de savoir composer des Passi, au lieu que la plupart des Chanteurs François ne s'écartent jamais de la Note & ne sont de Passages que ceux qui sont écrits.
PASSAGE, s.m. Ornamentation enriching a melodic phrase, typically brief, comprising rapid notes or diminutions executed with lightness. The Italians term this Passo. While every Italian singer must improvise Passi, most French singers never deviate from written notes, their Passages being solely those notated.
PASSE-PIED, s. m. Air d'une Danse de même nom fort commune, dont la mesure est triple, se marque 3/8, & se bat à un Tems. Le mouvement en est plus vif que celui du Menuet, le caractere de l'Air à-peu-près semblable; excepté que le Passe-pied admet la syncope, & que le Menuet ne l'admet pas. Les Mesures de chaque Reprise y doivent entrer de même en nombre pairement pair. Mais l'Air du Passe-pied au lieu de commencer sur le Frappé de la Mesure, doit dans chaque Reprise commencer sur la croche qui le précede.
PASSE-PIED, s.m. Dance tune in triple meter (3/8), beaten in one beat, livelier than the Minuet though sharing similar character – excepting its allowance for syncopation, forbidden in the Minuet. Each section's measures must maintain even numbers. Unlike the Minuet, the Passe-pied begins each section on the eighth note preceding the downbeat.
PASTORALE, s. f. Opéra champêtre dont les Personnages sont des Bergers, & dont la Musique doit être assortie à la simplicité de goût & de moeurs qu'on leur suppose.
PASTORALE, s.f. Pastoral opera featuring shepherd characters, its music conforming to their supposed simplicity of taste and manners.
Une Pastorale est aussi une Piece de Musique faite sur des paroles relatives à l'état Pastoral, ou un Chant qui imite celui des Bergers, qui en a la douceur, la tendresse [518] & le naturel; l'Air d'une Danse composée dans le caractere s'appelle aussi Pastorale.
A Pastorale also denotes musical pieces setting pastoral texts, or melodies imitating shepherds' songs through sweetness, tenderness [518], and naturalness. Dance tunes in this style bear the same name.
PASTORELLE, s. f. Air Italien dans le genre pastoral. Les Airs François appellés Pastorales, sont Ordinairement, deux Tems, & dans le caractere de Musette. Les Pastorelles Italiennes ont plus d'accent, plus de grace, autant de douceur & moins de fadeur. Leur Mesure est toujours le six-huit.
PASTORELLE, s.f. Italian air in pastoral style. French Pastorales typically employ duple meter and Musette-like character. Italian Pastorelles possess greater expressive accent, grace, and equal sweetness without cloying sentiment. Their meter remains invariably in 6/8 time.
PATHÉTIQUE, adj. Genre de Musique dramatique & théâtral, qui tend à peindre & à émouvoir les grandes passions, & plus particulièrement la douleur & la tristesse. Toute l'expression de la Musique Françoise, dans le genre Pathétique, consiste dans les Sons traînés, renforcés, glapissans, & dans une telle lenteur de mouvement, que tout sentiment de la Mesure y soit effacé. De-là vient que les François croient que tout ce qui est lent est Pathétique, & que tout ce qui est Pathétique doit être lent. Ils ont mémé des Airs qui deviennent gais cet badins, ou tendres & Pathétiques, selon qu'on les chante vîte ou lentement. Tel est un Air si connu dans tout Paris, auquel on donne le premier caractere sur ces paroles: Il y a trente ans que mon cotillon traîne, &c. & le second sur celles-ci: Quoi! vous partez sans que rien vous arrête, &c. C'est l'avantage de la Mélodie Françoise; elle sert à tout ce qu'on veut. Fiet avis, &, cum volet, arbor.
PATHÉTIQUE, adj. A genre of dramatic and theatrical Music aiming to depict and stir profound passions, particularly grief and sorrow. The entire expression of French Music in the Pathétique genre consists of drawn-out tones, reinforced notes, shrill sounds, and such sluggish movement that all sense of measure is erased. Hence the French believe all slow music is Pathétique, and all Pathétique music must be slow. They even have airs that become cheerful or playful, tender or Pathétique, depending on whether sung quickly or slowly. Such is that air so well-known throughout Paris, given its first character through these words: Il y a trente ans que mon cotillon traîne, &c., and the second through: Quoi! vous partez sans que rien vous arrête, &c. This is the virtue of French Melody – it serves all purposes. Fiet avis, &, cum volet, arbor.
Mais la Musique Italienne n'a pas le même avantage: chaque Chant, chaque Mélodie a son caractere tellement propre, qu'il est impossible de l'en dépouiller. Son Pathétique [519] d'Accent & de Mélodie se fait sentir en toute sorte de Mesure, & même dans les Mouvemens les plus vifs. Les Airs François changent de caractere selon qu'on presse ou qu'on ralentit le Mouvement: chaque Air Italien a son Mouvement tellement déterminé, qu'on ne peut l'altérer sans anéantir la Mélodie. L'Air ainsi défiguré ne change pas son caractere, il le perd; ce n'est plus du Chant, ce n'est en.
But Italian Music lacks this versatility: each song, each melody possesses such inherent character that stripping it away proves impossible. Its Pathétique [519] quality of accent and melody resonates through any measure, even in the liveliest movements. French airs shift character with tempo changes, while each Italian air has so fixed a movement that altering it annihilates the melody. Thus disfigured, the air does not change character – it loses it entirely; no longer song, it becomes noise.
Si le caractere du Pathétique n'est pas dans le Mouvement, on ne peut pas dire non plus qu'il soit dans le Genre, ni dans le Mode, ni dans l'Harmonie; puisqu'il y a des morceaux également Pathétiques dans les trois Genres, dans les deux Modes, & dans toutes les Harmonies imaginables. Le vrai Pathétique est dans l'Accent passionné, qui ne se détermine point par les regles; mais que le génie trouvé & que le coeur sont, sans que l'Art puisse, en aucune maniere, en donner la loi.
If the Pathétique character lies not in tempo, neither can it be confined to Genre, Mode, or Harmony; for equally Pathétique pieces exist across all three Genres, both Modes, and every conceivable Harmony. True Pathétique resides in impassioned accentuation – ungovernable by rules, discovered by genius and felt by the heart, beyond Art's jurisdiction.
PATTE A RÉGLER, s. f. On appelle ainsi un petit instrument de cuivre, composé de cinq petites rainures également espacées, attachées à un manche commun, par lesquelles on trace à la fois sur le papier, & le long d'une regle, cinq lignes paralleles qui forment une Portée. (Voyez PORTÉE.)
PATTE À RÉGLER, n. f. A small brass instrument with five evenly spaced grooves attached to a common handle, used to draw five parallel lines simultaneously along a ruler, forming a musical staff. (See STAFF.)
PAVANE, s. f. Air d'une Danse ancienne du même nom, laquelle depuis long-tems n'est plus en usage. Ce nom de Pavane lui fut donne parce que les figurans faisoient, en se regardant, une espece de roue à la maniere des Paons. L'Homme se servoit, pour cette roue, de sa cape & de son [520] épée qu'il gardoit dans cette Danse, & c'est par allusion à la vanité de cette attitude qu'on a fait le verbe réciproque se pavaner.
PAVANE, n. f. Air of an ancient dance of the same name, long fallen from use. The Pavane derived its name from dancers' peacock-like wheel formations. Men would flourish capes and [520] swords retained during this dance, hence the reflexive verb se pavaner (to strut) alluding to this vain posture.
PAUSE, s. f. Intervalle de tems qui, dans l'exécution, doit se passer en silence par la Partie où la Pause est marquée. (Voyez TACET, SILENCE.)
PAUSE, n. f. Span of time during performance where silence is observed by the part marked with the Pause. (See TACET, REST.)
Le nom de Pause peut s'appliquer à des Silences de différentes durées; mais communément il s'entend d'une Mesure pleine. Cette Pause se marqué par un demi-Bâton qui, partant d'une des lignes intérieures de la Portée, descend jusqu'à la moitié de l'espace compris entre cette ligne & la ligne qui est immédiatement au-dessous. Quand on a plusieurs Pauses à marquer, alors on doit se servir des figures dont j'ai parlé au mot Bâton & qu'on trouvé marquées Pl. D. Fig. 9.
The term Pause may apply to silences of varying durations, but commonly denotes a full measure. This Pause is marked by a half-bar descending from an interior staff line to mid-space below. Multiple Pauses require notation discussed under BAR (see Pl. D. Fig. 9).
A l'égard de la demi-Pause, qui vaut une Blanche, ou la moitié d'une Mesure à quatre Tems, elle se marque comme la Pause entiere., avec cette différence que la Pause tient à une ligne par le haut, & que la demi-Pause y tient par le bas. Voyez, dans la même Figure 9, la distinction de l'une & de l'autre.
The half-Pause (equivalent to a half note or half a 4/4 measure) resembles the whole Pause but attaches to the line from below. Compare both in Fig. 9.
Il faut remarquer que la Pause vaut toujours une Mesure juste, dans quelque espece de Mesure qu'on soit; au lieu que la demi-Pause a une valeur fixe & invariable: de sorte que, dans toute Mesure qui vaut plus ou moins d'une Ronde ou de deux Blanches, on ne doit point se servir de la demi-Pause pour marquer une demi-Mesure, mais des autres Silences qui en expriment la juste valeur.
Note that the Pause always equals one full measure regardless of time signature, whereas the half-Pause has fixed duration. Thus in measures exceeding or falling short of a whole note's value, other rests must specify exact durations rather than using half-Pauses.
[521] Quant à cette autre espece de Pauses connues dans nos anciennes Musiques sous le
[521] Regarding those other Pauses called "initial pauses" in older scores – placed after clefs to indicate Mode rather than silence – the term was misapplied. Hence I refer readers to BÂTONS and MODES.
nom de Pauses initiales, parce-qu'elles se plaçoient après la Clef, & qui servoient, non. à exprimer des Silences, mais à déterminer le Mode; ce nom de Pauses ne leur fut donne qu'abusivement: c'est pourquoi je renvoie sur cet article aux mots Bâtons & Modes.
name of Initial Pauses, because they were placed after the Clef and served not to indicate silences but to determine the Mode. This term Pauses was applied to them improperly: hence I refer the reader to the entries for BÂTONS and MODES regarding this matter.
PAUSER., v. n. Appuyer sur une syllabe en chantant. On ne doit Pauser que sur les syllabes longues, & l'on ne Pause jamais sur les e muets.
PAUSER, v.n. To emphasize a syllable while singing. One should only Pauser on long syllables, and never on mute e vowels.
PÉAN, s. m. Chant de victoire parmi les Grecs, en l'honneur des Dieux, & sur-tout d'Apollon.
PÉAN, s.m. A victory chant among the Greeks, in honor of the Gods and particularly Apollo.
PENTACORDE, s. m. C'étoit chez les Grecs tantôt un Instrument à cinq cordes, & tantôt un ordre ou systême formé de cinq. Sons: c'est en ce dernier-sens que la Quinte ou Diapente s'appelloit quelquefois Pentacorde.
PENTACHORD, s.m. Among the Greeks, this term referred either to a five-stringed instrument or to a system comprising five notes. In the latter sense, the Fifth or Diapente was sometimes called Pentachord.
PENTATONON, s. m. C'étoit, dans la Musique ancienne le nom d'un Intervalle que nous appellons aujourd'hui Sixte-superflue. (Voyez SIXTE.) Il est composé de quatre Tons., d'un semi-Ton majeur & d'un semi-Ton mineur; d'un lui vient le nom de Pentatonon, qui signifie cinq tons.
PENTATONON, s.m. In ancient music, this was the name for an interval we now call the Augmented Sixth. (See SIXTH.) It is composed of four whole tones, one major semitone, and one minor semitone — hence the name Pentatonon, meaning "five tones."
PERFIDIE, s. f. Terme emprunté de la Musique Italienne, & qui signifie une certaine affectation de faire toujours la même chose, de poursuivre toujours le même dessein, de conserver le même Mouvement, le même caractere de Chant, les mêmes Passages, les mêmes figures de Notes. (Voyez DESSEIN, CHANT, MOUVEMENT.) Telles sont les Basses-contraintes; comme celles des anciennes Chaconnes, [522] & une infinité de manieres d'Accompagnement contraint ou Perfidie, Perfidiato, qui dépend du caprice des Compositeurs.
PERFIDY, s.f. A term borrowed from Italian music, denoting an affected persistence in repeating the same idea — maintaining identical motion, melodic character, note patterns, or figures. (See DESIGN, MELODY, MOTION.) Such are the ostinato basses found in old [522] Chaconnes, along with countless constrained accompaniment patterns or Perfidie (Perfidiato), which depend wholly on the composer's whims.
Ce terme n'est point usité en France, & je ne sais s'il a jamais été écrit en ce sens ailleurs que dans le Dictionnaire de Brossard.
This term is unused in France, and I know not if it has ever been written in this sense except in Brossard’s Dictionary.
PERIELESE, s. f. Terme de Plain-Chant. C'est l'interposition d'une ou plusieurs Notes dans l'intonation de certaines pieces de Chant, pour en assurer la Finale, & avertir le Choeur que c'est à lui de reprendre & poursuivre ce qui suit.
PÉRIÉLÈSE, s.f. A plainchant term. The interpolation of one or more notes in the intonation of certain chants to secure the final cadence and signal the chorus to resume.
La Périèlese s'appelle autrement Cadence ou petite Neume, & se fait de trois manieres; savoir, 1.oParCirconvolution. 21. ParIntercidence ou Diaptose. 3o. Ou par simple Duplication. (Voyez ces mots.)
The Périélèse, also called Cadence or small Neume, is executed three ways: 1.st by Circonvolution, 2.nd by Intercidence or Diaptose, 3.rd by simple Duplication. (See these terms.)
PERIPHERES, s. f. Terme de la Musique Grecque, qui signifie une suite de Notes tant ascendantes que descendantes, & qui reviennent, pour ainsi dire, sur elles-mêmes. La Peripherès étoit formée de l'Anacamptos & de l'Euthia.
PERIPHERÈS, s.f. A Greek music term denoting a sequence of ascending and descending notes that circle back upon themselves. The Peripherès was formed from the Anacamptos and the Euthia.
PETTEIA, s. f. Mot Grec qui n'a point de correspondant dans notre Langue, & qui est le nom de la derniere des trois parties dans lesquelles on subdivise la Mélopée. (Voyez MÉLOPÉE.)
PETTEIA, s.f. A Greek word with no exact French equivalent, referring to the last of three subdivisions of Melopoeia. (See MELOPOEIA.)
La Petteia est, selon Aristide Quintilien, l'art de discerner les Sons dont on doit faire ou ne pas faire usage, ceux qui doivent être plus ou moins fréquens, ceux par où l'on doit commencer & ceux par où l'on doit finir.
According to Aristides Quintilianus, Petteia is the art of discerning which notes to use or avoid, their frequency, and their placement in beginnings and endings.
[523] C'est a Petteia qui constitue les Modes de la Musique; elle détermine le Compositeur dans le choix du genre de Mélodie relatif au mouvement qu'il veut peindre ou exciter dans l'ame, selon les personnes & selon les occasions. En un mot la Petteia, partie de l'Hermosménon qui regarde la Mélodie, est a cet égard ce que les Moeurs sont en Poésie.
[523] It is Petteia that establishes musical Modes. It guides composers in selecting melodic styles appropriate to the emotions they wish to depict or evoke, tailored to persons and occasions. In short, Petteia — the melodic aspect of Hermosménon — is to music what moral character is to poetry.
On ne voit pas ce qui a porté les Anciens à lui donner ce nom, à moins qu'ils ne l'aient pris de leur jeu d'EclFettridadans la Musique étant une regle pour combiner & arranger les Sons, comme le jeu d'Echecs en est une autre pour arranger les Pieces Calculi.
One cannot discern what led the Ancients to give it this name, unless they derived it from their game of chess – music being a system for combining and arranging sounds, just as chess governs the arrangement of calculi pieces.
PHILELIE, s. f. C'étoit chez les Grecs une forte d'Hymne ou de Chanson en l'honneur d'Apollon. (Voyez CHANSON.)
PHILELIE, s. f. Among the Greeks, this was a type of hymn or song in honor of Apollo. (See SONG.)
PHONIQUE, s. f. Art de traiter & combiner les Sons sur les principes de l'Acoustique. (Voyez Acoustique)
PHONICS, s. f. The art of treating and combining sounds based on acoustic principles. (See ACOUSTICS.)
PHRASE, s.f. Suite de Chant ou d'Harmonie qui forme sans interruption un sens plus du moins achevé, & qui se termine sur un repos par une Cadence plus ou moins parfaite.
PHRASE, s.f. A continuous sequence of melody or harmony forming at minimum a coherent musical idea, concluding with a rest marked by a more or less perfect cadence.
Il y a deux especes de Phrases musicales. En Mélodie la Phrase est constituée par le Chant, c'est-à-dire, par une suite de Sons tellement disposés, soit par rapport au Ton, soit par rapport au Mouvement, qu'ils fassent un tout bien lié, lequel aille se résoudre sur une corde essentielle du Mode où l'on est.
There are two species of musical phrases. In melody, the phrase is constituted by the sung line – that is, by a succession of tones so disposed, both in relation to key and rhythm, as to form a well-connected whole resolving upon an essential note of the prevailing mode.
[524] Dans l'Harmonie, la Phrase est une suite réguliere d'Accords tous liés entr'eux par des Dissonances exprimées ou sous-entendues; laquelle se résout sur une Cadence absolue, & selon l'espece de cette Cadence: selon que le sens en est plus ou moins. achevé, le repos est aussi plus ou. moins parfait.
[524] In harmony, the phrase is a regular succession of chords all linked by expressed or implied dissonances, resolving upon an absolute cadence. Depending on the completeness of this resolution, the rest becomes more or less conclusive.
C'est dans l'invention des Phrases musicales, dans leurs proportions, dans leur entrelacement, que consistent les véritables beautés de la Musique. Un Compositeur qui ponctue & phrase bien, est un homme d'esprit: un Chanteur qui sent, marque bien ses Phrases & leur accent, est un homme de goût: mais celui qui ne fait voir est rendre que les Notes, les Tons, les Tems, les Intervalles, sans entrer dans les sens des Phrases, quelque exact d'ailleurs qu'il puisse être, n'est qu'un Croque-sol.
The true beauties of music lie in the invention of such phrases, their proportions, and their interweaving. A composer who punctuates and phrases well is a man of wit; a singer who feels and marks these phrases with proper accent is a man of taste. But he who merely renders notes, tones, beats, and intervals without grasping the phrases' meaning – however precise his execution – remains but a Sol-Grinder.
PHRYGIEN, adj. Le Mode Phrygien est un des quatre principaux & plus anciens Modes de la Musique des Grecs. Le caractere en étoit ardent, fier, impétueux, véhément, terrible. Aussi étoit-ce, selon Athénée, sur le Ton ou Mode Phrygien que l'on sonnoit les Trompettes & autres Instrumens militaires.
PHRYGIAN, adj. The Phrygian Mode was one of the four principal and most ancient modes in Greek music. Its character was fiery, proud, impetuous, vehement, and terrifying. Athenaeus notes it was in this mode that trumpets and other martial instruments sounded.
Ce Mode inventé, dit-on, par Marsyas Phrygien, occupe le milieu entre le Lydien & le Dorien; & sa Finale est à un Ton de distance de celles de l'un & de l'autre.
This mode – said to have been invented by Marsyas the Phrygian – stands midway between the Lydian and Dorian modes, its final being one tone removed from theirs.
PIECE, s. f. Ouvrage de Musique d'une certaine étendue, quelquefois d'un seul morceau, & quelquefois de plusieurs, formant un ensemble & un tout fait pour être exécuté de suite. Ainsi une Ouverture est une Piece, quoique [525] composée de trois morceaux, & un Opéra même est une Piece, quoique divisé par Actes. Mais outre cette acception générique, le mot Piece en a une plus particulier dans la Musique Instrumentale, & seulement pour certains Instrumens, tels que la Viole & le Clavecin. Par exemple, on ne dit point une Piece de Violon; l'on dit une Sonate & l'on ne dit gueres une Sonate de Clavecin, l'on dit une Piece.
PIECE, s. f. A musical work of some extent, sometimes comprising a single movement, sometimes multiple interconnected ones meant for continuous performance. Thus an overture is a piece though [525] composed of three sections, and even an opera remains a piece despite being divided into acts. Beyond this general sense, the term holds particular meaning in instrumental music – chiefly for viola and harpsichord. For instance, one says "a Sonata" for violin works, but "a Piece" rather than "a Harpsichord Sonata."
PIED s. m: Mesure de Tems ou de quantité, distribuée en deux ou plusieurs valeurs égales ou inégales. Il y avoir dans l'ancienne Musique cette différence des Tems aux Pieds, que les Tems étoient comme les Points ou élémens indivisibles, & les Pieds les premiers composés de ces élémens. Les Pieds, à leur tour, étoient les élémens du Mètre ou du Rhythme.Il y avoir des Pieds simples, qui pouvoient seulement se diviser en Tems,& de composés, qui pouvoient se diviser en d'autres Pieds, comme le Choriambe, qui pouvoit se résoudre en un Trochée & un Iambe: l'Ionique en un Pyrrique & un Spondée, &c.
FOOT, s. m. Measure of Time or quantity, divided into two or more equal or unequal values. In ancient music, there existed this distinction between Beats and Feet: Beats were indivisible points or elements, while Feet were the first compounds of these elements. Feet, in turn, formed the elements of Meter or Rhythm. There were simple Feet, divisible only into Beats, and compound Feet, divisible into other Feet — such as the Choriamb, which could resolve into a Trochee and an Iamb, or the Ionic into a Pyrrhic and a Spondee, &c.
Il y avoir des Pieds Rhythmiques, dont les quantités relatives & déterminées étoient propres à établir des rapports agréables, comme égales, doubles, sesquialteres, sesquitierces, &c. & de non Rhythmiques, entre lesquels les reports étoient vagues, incertains, peu sensibles; tels, par exemple, qu'on en pourroit former de mots François, qui, pour quelques syllabes breves ou longues, en ont une infinité d'autres sans valeur déterminée, ou qui, breves ou [526] longues, seulement dans les regles des Grammairiens, ne sont senties comme telles, ni par l'oreille des Poetes, ni dans la pratique du Peuple.
There were Rhythmic Feet, whose relative and determined quantities established agreeable proportions — equal, double, sesquialter, sesquitierce, &c. — and Non-Rhythmic Feet, whose relationships remained vague, uncertain, and scarcely perceptible. Examples of the latter might be formed from French words, which, beyond a few syllables designated as short or long by grammarians, possess innumerable others of indeterminate value — syllables whose brevity or length is neither felt by the poet’s ear nor practiced by the populace. [526]
PINCE, s. m. Sorte d'agrément propre à certains Instrumens, & sur-tout au Clavecin: il se fait, en battant alternativement le Son de la Note écrite avec le Son de la Note inférieure, & observant de commencer & finir par la Note, qui porte le Pincé; Il y a cette différence du Pincé au Tremblement ou Trill que celui-ci se bat avec la Note supérieure, & le Pincé avec la Note inférieure. Ainsi le Trill sur ut se bat sur l'ut & sur le re, & le Pincé sur le même ut, se bat sur l'ut & sur le si. Le Pincé est marqué, dans les Pieces de Couperin, avec une petite crois: sort semblable à celle avec laquelle on marque le Trill dans Musique ordinaire. Voyez les signes de l'un & de l'autre à la tête des Pieces de cet Auteur.
PINCHED, s. m. A type of ornamentation suitable for certain instruments, particularly the harpsichord. It is executed by alternately striking the written note with the note below it, beginning and ending on the principal note. The distinction between the Pinched and the Trill lies in this: the latter alternates with the upper note, while the former alternates with the lower. Thus, a Trill on C alternates between C and D, whereas a Pinched note on the same C alternates between C and B. In Couperin’s works, the Pinched is marked with a small cross, resembling the symbol for a Trill in ordinary music. Compare their notations at the head of this composer’s pieces.
PINCER, v. a. C'est employer les doigts au lieu de l'Archet pour faire sonner les cordes d'un Instrument. Il y a des Instrumens à cordes qui n'ont point d'Archet, & dont, on ne joue qu'en les pinçant; tels sont le Sistre, le Luth, la Guitare: mais on pince aussi quelquefois ceux où l'on se sert ordinairement de l'Archet, comme le Violon & le Violoncelle; & cette maniere de jouer, presque inconnue dans la Musique Françoise, se marque dans l'Italienne par le mot Pizzicato.
TO PLUCK, v. a. To use the fingers instead of the bow to sound an instrument’s strings. Some stringed instruments — the Sistrum, Lute, Guitar — are played exclusively by plucking. Others typically bowed, such as the Violin and Violoncello, may also be plucked. This technique, nearly unknown in French music, is indicated in Italian scores by the term Pizzicato.
PIQUÉ, adj. pris. adverbialement. Maniere de jouer en pointant les Notes & marquant sortement le Pointé.
STACCATO, adj. taken adverbially. A manner of playing in which notes are sharply articulated, emphasizing their detached quality.
Notes piquées; sont des suites de Notes montant ou descendant [527] diatoniquement, ou rebattues sur le même Degré sur chacune desquelles on met un Point, quelquefois un peut alongé pour indiquer qu'elles doivent être marquées égales par des coups de langue ou d'Archet secs & détachés, sans retirer ou repousser l'Archet, mais en le faisant passer en frappant & sautant sur la corde autant de sois qu'il y a de Notes, dans le même sens qu'on a commencé.
Staccato notes are sequences ascending or descending [527] diatonically, or repeated on the same degree. Each is marked with a dot — sometimes elongated — to indicate they should be rendered as equal, detached strokes of the tongue or bow. The bow remains in its initial direction, striking and rebounding on the string for each note without retraction.
PIZZICATO. Ce mot écrit dans les Musiques Italiennes avertit qu'il faut Pincer. (Voyez PINCER.)
PIZZICATO. This term in Italian scores instructs the performer to pluck the strings. (See TO PLUCK.)
PLAGAL, adj. Ton ou Mode Plagal. Quand l'Octave se trouvé divisée arithmétiquement, suivant le langage ordinaire; c'est-à-dire, quand la Quarte est au grave & la Quinte à l'aigu, on dit que le Ton est Plagal, pour le distinguer de l'authentique où la Quinte est au grave & la Quarte à l'aigu.
PLAGAL, adj. Plagal Tone or Mode. When an octave is arithmetically divided — that is, when the fourth lies below and the fifth above — the Tone is termed Plagal, distinguishing it from the Authentic, where the fifth is below and the fourth above.
Supposons l'Octave A a divisée en deux parties par la Dominante E. Si vous modulez entre les deux la, dans l'espace d'une Octave, & que vous sassez votre Finale sur l'un ce ces la, votre Mode est Authentique. Mais si, modulant de même entre ces deux la, vous faites votre Finale sur la Dominante mi, qui est intermédiaire, ou que, modulant de la Dominante à son Octave, vous fassiez la Finale sur la. Tonique intermédiaire, dans ces deux cas le Mode est Plagal.
Consider the octave A–a divided by the Dominant E. If modulation occurs between the two A’s within this octave, concluding on either A, the Mode is Authentic. But if modulation between these same A’s resolves on the intermediate Dominant E, or if modulation from the Dominant to its octave resolves on the intermediate Tonic A, the Mode becomes Plagal.
Voilà toute la différence, par laquelle on voit que tous les Tons sont réellement Authentiques, & que la distinction n'est que dans le Diapason du Chant & dans le choix de laNote sur laquelle on s'arrête, qui est toujours la Tonique dans l'Authentique, & le plus souvent la Dominante dans le Plagal.
Such is the entire distinction, from which we observe that all Tones are fundamentally Authentic, and that the differentiation lies solely in the Diapason of the Chant and in the choice of the note upon which one concludes—always the Tonic in the Authentic, and most often the Dominant in the Plagal.
[528] L'étendue des Voix, & la division des Parties a fait disparoître ces distinctions dans la Musique; & on ne les connoît plus que dans le Plain-Chant. On y compte quatre Tons Plagaux ou Collatéraux; savoir, le second, le quatrieme, le sixieme & le huitieme; tous ceux dont le nombre est pair. (Voyez TONS DE L'EGLISE.)
[528] The range of voices and the division of vocal parts have effaced these distinctions in composed music; they are now recognized solely in Plainchant. Here we count four Plagal or Collateral Tones: namely, the second, fourth, sixth, and eighth—all those bearing even numbers. (See CHURCH TONES.)
PLAIN-CHANT, s. m. C'est le nom qu'on donne dans l'Eglise Romaine au Chant Ecclésiastique. Ce Chant, tel qu'il subsiste encore aujourd'hui, est-un reste bien défiguré, mais bien précieux, de l'ancienne Musique Grecque, laquelle, après avoir passé par les mains des barbares, n'a pu perdre encore toutes ses premieres beautés. Il lui en reste assez pour être de beaucoup préférable, même dans l'état où il est actuellement, & pour l'usage auquel il est destiné à ces Musiques efféminées & théâtrales, ou maussades & plates qu'on y substitue en quelques Eglises, sans gravité, sans goût, sans convenance, & sans respect pour le lieu qu'on ose ainsi profaner.
PLAINCHANT, n. m. This is the name given within the Roman Church to ecclesiastical singing. This chant, as it persists today, is a much-disfigured yet invaluable remnant of ancient Greek music, which, after passing through barbarian hands, has still not entirely shed its primal beauties. Enough remains to render it vastly preferable—even in its current state and for its intended purpose—to those effeminate and theatrical or else insipid and flat compositions substituted in certain churches, lacking gravity, taste, propriety, or respect for the sacred spaces thus profaned.
Le tems où les Chrétiens commencerent d'avoir des Eglises & d'y chanter des Pseaumes & d'autres Hymne, fut celui où la Musique avoit déjà perdu presque toute son ancienne énergie par un progrès dont j'ai exposé ailleurs les causes. Les Chrétiens s'étant saisis de la Musique dans l'état où ils la trouverent, lui ôterent encore la plus grande forcé qui lui étoit restée; savoir, celle du Rhythme & du Mètre, lorsque, des vers auxquels elle avoit toujours été appliquée, ils la transporterent à la Prose des Livres Sacrés, ou à je ne fais quelle barbare Poésie, pire pour la Musique que la Prose [529] même. Alors l'une des deux parties constitutives s'évanouit; & le Chant se traînant, uniformément & sans aucune espece de Mesure de Notes en Notes presque égales, perdit avec sa marche rhythmique & cadencée toute l'énergie qu'il en recevoir. Il n'y eût plus que quelques Hymnes dans lesquelles, avec la Prosodie & la quantité des Pieds, conservés, on sentît encore un peu la cadence du vers; mais ce ne fut plus-là le caractere général du Plain-Chant; dégénéré le plus souvent en une Psalmodie toujours monotone & quelquefois ridicule, sur une Langue telle que la Latine, beaucoup moins harmonieuse & accentuée que la Langue Grecque.
The era when Christians first established churches and sang Psalms and Hymns therein coincided with music having already lost nearly all its ancient vigor through a decline whose causes I have elsewhere expounded. Adopting music in its diminished state, Christians further stripped it of its remaining force—namely, Rhythm and Meter—when they transferred it from verse (to which it had always been wedded) to the prose of Sacred Texts or to some barbarous poetry worse for music than prose [529] itself. Thus vanished one constitutive element; dragging uniformly from note to note in near-equal durations without measure, chant lost all vigor once derived from rhythmic and cadenced progression. Only in a few Hymns, where Prosody and metrical feet survived, could one still discern vestiges of verse cadence. But this ceased to characterize Plainchant at large, which degenerated into monotonous psalmody—at times ridiculous when applied to Latin, a language far less harmonious and accentuated than Greek.
Malgré ces pertes si grandes, si essentielles, le Plain-Chant conservé d'ailleurs par les Prêtres dans son caractere primitif, ainsi que tout ce qui est extérieur & cérémonie dans leur Eglise, offre encore aux connoisseurs de précieux fragmens de l'ancienne Mélodie & de ses divers Modes, autant qu'elle peut se faire sentir sans Mesure & sans Rhythme, & dans le seul Genre Diatonique qu'on peut dire n'être, dans sa pureté, que le Plain-Chant. Les divers Modes y conservent leurs deux distinctions principales; l'une par la différence des Fondamentales ou Toniques, & l'autre par la différente position des deux semi-Tons, selon le Degré du systême Diatonique naturel où se trouvé la Fondamentale, & selon que le Mode Authentique ou Plagal représente les deux Tétracordes conjoints ou disjoints. (Voyez SYSTEMES, TÉTRACORDES, TONS DE L'EGLISE.)
Despite such profound and essential losses, Plainchant—preserved by priests in its primitive character along with all external rites of their Church—still offers connoisseurs precious fragments of ancient Melody and its diverse Modes, insofar as these can be felt without Rhythm or measure and within the sole Diatonic System that may be said to exist purely as Plainchant. The various Modes retain their two principal distinctions: one through differing Fundamentales or Tonics, the other through varied placements of semitones depending on the Diatonic degree occupied by the Fundamental and whether Authentic or Plagal Modes present conjunct or disjunct Tetrachords. (See SYSTEMS, TETRACHORDS, CHURCH TONES.)
Ces Modes, tels qu'ils nous ont été transmis dans les [530] anciens Chants Ecclésiastiques, y conservent une beauté de caractere & une variété d'affections bien sensibles aux connoisseurs non prévenus, & qui ont conservé quelque jugement d'oreille pour les systêmes mélodieux établis sur des principes differens des nôtres: mais on peut dire qu'il n'y a rien de plus ridicule& de plus plat que ces Plains-Chants accommodés à la moderne, pretintailliés des ornemens de notre Musique, & modulés sur les Cordes de nos Modes: comme si l'on pouvoit jamais marier notre systême harmonique avec celui des Modes anciens, qui est établi sur des principes tout différens. On doit savoir gré aux Evêques, Prévôts & Chantres qui s'opposent à ce barbare mélange, & desirer, pour le progrès & la perfection d'un Art, qui n'est pas, à beaucoup près, au point ou l'on croit l'avoir mis, que ces précieux restes de l'antiquité soient fidélement transmis a ceux: qui auront assez de talent & d'autorité pour en enrichir le systême moderne. Loin qu'on doive porter notre Musique dans le Plain-Chant, je suis persuadé qu'on gagneroit à transporter le Plain-Chant dans notre Musique; mais il faudroit avoir pour cela beaucoup de goût, encore plus de savoir, & sur-tout être exempt de préjugés.
These Modes, as transmitted through [530] ancient ecclesiastical chants, retain a beauty of character and variety of affect perceptible to unprejudiced connoisseurs whose ears retain judgment for melodic systems founded on principles alien to our own. Yet nothing proves more absurd or vapid than modernized Plainschants bedizened with our musical ornaments and modulated to our Modes' scales—as if one could ever wed our harmonic system to the ancient Modes built on wholly different foundations. We owe gratitude to Bishops, Provosts, and Cantors who oppose this barbarous mixture, and must hope—for the advancement of an art far from the perfection we imagine—that these precious relics may reach those with talent and authority to enrich modern systems. Far from imposing our music upon Plainchant, I am convinced we should import Plainchant into our music. But this demands refined taste, profound erudition, and above all, freedom from prejudice.
Le Plain-Chant ne se Note que sur quatre lignes, & l'on n'y emploie que deux Clefs, savoir la Clef d'ut & la Clef de fa; qu'une seule Transposition, savoir un Bémol; & que deux figures de Notes, savoir la Longue ou Quarrée à laquelle on ajoute quelquefois une queue, & la Breve qui est en losange.
Plainchant is notated on four lines using only two clefs—the C clef and F clef—with a single transposition (the flat) and two note shapes: the Long or Square (sometimes tailed) and the Breve (diamond-shaped).
Amboise, Archevêque de Milan, fut, à ce qu'en prétend, [531] l'inventeur du Plain-Chant; c'est-à-dire qu'il donna le premier une forme & des regles au Chant ecclésiastique pour l'approprier mieux à son objet, & le garantir de la barbarie & du dépérissement où tomboit de son tems la Musique. Grégoire, Pape, le perfectionna & lui donna la forme qu'il conserve encore aujourd'hui à Rome de dans les autres Eglises où se pratique le Chant Romain. L'Eglise Gallicane n'admit qu'en partie avec beaucoup de peine & presque par forcé le Chant Grégorien. L'extrait suivant d'un Ouvrage du tems même, imprimé à Francfort en 1594, contient le détail d'une ancienne querelle sur le Plain-Chant, qui s'est renouvellée de nos jours sur la Musique, mais qui n'a pas eu la même issue. Dieu fasse paix au grand Charlemagne.
Ambrose, Archbishop of Milan, is claimed [531] as Plainchant's inventor—meaning he first systematized ecclesiastical singing to suit its purpose and rescue it from the barbarity and decay afflicting music of his age. Pope Gregory perfected it, giving the form still preserved in Rome and other churches practicing Roman Chant. The Gallican Church only partially and reluctantly adopted Gregorian Chant, nearly under compulsion. The following excerpt from a contemporary work printed at Frankfurt in 1594 details an ancient quarrel over Plainchant—recently revived concerning music but lacking the same resolution. May God grant peace to great Charlemagne.
«Le très-pieux Roi Charles étant retourné célébrer la Pâque à Rome avec le Seigneur Apostolique, il s'émut, durant les fêtes, une querelle entre les Chantres Romains & les Chantres François. Les François prétendoient chanter mieux & plus agréablement que les Romains. Les Romains, se disant les plus savans dans le Chant ecclésiastique, qu'ils avoient appris du Pape Saint Grégoire, accusoient les François de corrompre, écorcher & défigurer le vrai Chant. La dispute ayant été portée devant le Seigneur Roi, les François qui se tenoient forts de son appui, insultoient aux Chantres Romains. Les Romains, fiers de leur grand savoir, &, comparant la Doctrine de Saint Grégoire à la rusticité des autres, les traitoient d'ignorans, de rustres, de sors, & de grosses bêtes. Comme cette altercation ne finissoit point, le très-pieux [532] Roi Charles dit à ses Chantres: déclarez-nous quelle l'eau la plus pure & la meilleure, celle qu'on prend à la source vive d'une fontaine, ou celle des rigoles qui n'en découlent que de bien loin? Ils dirent tous que l'eau de la source étoit la plus pure & celle des rigoles d'autant plus altérée & sale qu'elle venoit de plus loin. Remontez donc, reprit le Seigneur Roi Charles, à la fontaine de Saint Grégoire dont vous avez évidemment corrompu le Chant. Ensuite le Seigneur Roi demanda au Pape Adrien des Chantres pour corriger le Chant François, & le Pape lui donna Théodore & Benoit, deux Chantres très-savans & instruits par Saint Grégoire même: il lui donna aussi des Antiphoniers de Saint Grégoire qu'il avoir notés lui-même en Note Romaine. De ces deux Chantres, le Seigneur Roi Charles, de retour en France, en envoya un à Metz & l'autre à Soissons, ordonnant à tous les Maîtres de Chant des Villes de France de leur donner à corriger les Antiphoniers, & d'apprendre d'eux à Chanter. Ainsi surent corrigés les AntiphoniersFrançois que chacun avoir altérés par des additions & retranchemens à sa mode, & tous les Chantres de France apprirent le Chant Romain, qu'ils appellent maintenant Chant François; mais quant aux Sons tremblans, flattés, battus, coupés dans le Chant, les François ne purent jamais bien les rendre, faisant plutôt des chevrottemens que des roulemens, à cause de la rudesse naturelle & barbare de leur gosier. Du reste, la principale école de Chant demeura toujours à Metz, & autant le Chant Romain surpasse celui de Metz, autant le [533] Chant de Metz surpasse celui des autre écoles Françoises. Les Chantres Romains apprirent de même aux Chantres François à s'accompagner des Instrumens; & le Seigneur Roi Charles, ayant derechef amené avec foi en France des Maîtres de Grammaire & de calcul, ordonna qu'on établît par-tout l'étude des Lettres; car avant le dit Seigneur Roi l'on n'avoit en France aucune connoissance des Arts libéraux.»
"The most pious King Charles having returned to celebrate Easter in Rome with the Apostolic Lord, a dispute arose during the feast days between the Roman Cantors and the Frankish Cantors. The Franks claimed to sing better and more beautifully than the Romans. The Romans, declaring themselves most learned in ecclesiastical chant as taught by Pope Saint Gregory, accused the Franks of corrupting, mangling, and disfiguring true chant. When this dispute came before the Lord King Charles, the Franks, emboldened by his support, mocked the Roman Cantors. The Romans, proud of their great learning and contrasting Gregory's doctrine with the others' rusticity, called them ignorant boors, fools, and brute beasts. As this quarrel persisted, the most pious [532] King Charles said to his Cantors: 'Tell us plainly—which water is purer and better: that drawn from a living fountain's source, or that from distant rivulets?' All agreed that fountain water remained purest, while streams grew fouler the farther they flowed. 'Return then,' replied the Lord King Charles, 'to Saint Gregory's fountainhead, for you have manifestly corrupted the chant.' The King then requested Cantors from Pope Adrian to reform Frankish chant. The Pope gave him Theodore and Benedict—two cantors of great learning instructed by Gregory himself—along with Gregory's antiphonaries notated in Roman neumes. Upon returning to France, King Charles sent one cantor to Metz and the other to Soissons, commanding all chant masters to submit their antiphonaries for correction and learn proper singing. Thus were the Frankish antiphonaries amended from their arbitrary additions and deletions, and all French cantors learned Roman chant—now called Frankish chant. Yet in rendering tremulous, fluttering, syncopated tones, the Franks could only produce bleatings rather than trills, their throats being naturally coarse and barbarous. The principal school of chant remained at Metz; and as Roman chant surpasses that of Metz, so too does Metz's chant excel other French schools. The Roman Cantors likewise taught the Franks instrumental accompaniment. The Lord King Charles, having again brought masters of grammar and arithmetic from Rome, ordered liberal arts studies established throughout France—for prior to his reign, France knew nothing of the liberal arts."
Ce passage est si curieux que les Lecteurs me sauront gré, sans doute, d'en transcrire ici l'original.
This passage is so remarkable that readers will surely thank me for transcribing its original here.
Et reversus est Rex piissmus Carolus, & celebravit Romae Pascha cum Domno Apostolico. Ecce orta est contentio per dies festo Paschoe inter Cantores Romanorum & Gallorum. Dicebant se Galli rnelius cantare & pulchriùs quàm Romani. Dicebant se Romani doctissimè cantilenas ecclesiasticas proferre, sicut docti fuerant à Sancto Gregorio Papa, Gallos corruptè cantate, &, cantilenam sanam destruendo dilacerare.Ouoe contentio ante Domnum Regem Carolum pervenit. Galli verô propter securitatem Domni Regis Caroli valdè exprobrabant Cantoribus Romanis, Romani vero propter auctoritatem magnae doctrinae eos stultos, rusticos & indoctos velut bruta animalia affirmabant, & doctrinam Sancti Gregorii praeferebant rusticitati eorum: & cum altercatio de neutrâ parte finiret, ait Domnus piissimus Rex Carolus ad suos Cantores: Dicite palàm quis purior est, & quis melior, aut sons vivus, aut rivuli ejus longe decurrentes? Responderunt omnes unâ voce, sontem, velut capot & originem, puriorem esse; rivulos autem ejus quanto longius à fonte recesserint, tanto turbulentos [534] & sordibus ac immunditiis corruptos; & ait Domnus Rex Carolus: Revertimini vos ad sontem Sancti Gregorii, quia manifestè corrupistis cantilenam ecclestiasticam. Mox petiit Dornnus Rex Carolus ab Adriano Papa Cantores qui Franciam corrigerent de Cantu. At ille dedit ei Theodorum & Benedictum docctissimos Cantores qui à Sancto Gregorio eruditi fuerant, tribuitque Antiphonarios Sancti Gregorii, quos ipse notaverat notâ Romana: Damnus vero Rex Carlus revertens in Franciam misit unum Cantorem in Metis Civitate, alterum in Suessonis Civitate, praecipiens de omnibus Civitatibus Franciae Magistros scholae Antiphonarios eis ad corrigendum tradere, & ab eis discere cantare. Correcti sunt ergo Antiphonarii Francorum, quos unusquisque pro suo arbitrio vitiaerat, addens vel minuens & omnes Franciae Cantores didicerunt nota, Romanam quam nunc vocant notam Franciscam: excepto quod tremulas vel vinnulas, sivè collisibiles vel secabiles voces in Cantu non poterant perfectè exprimere Franci, naturali noce barbaricâ frangentes in gutture voces, quàm potius exprimentes. Majus autem Magisterium Cantandi in Metis remansit; quantunque Magisterium Romanum superat Metense in arte Cantandi, tanto superat Metensis Cantilena caeteras scholas Gallorum. Similiter erudierunt Romani Cantores supradictos Cantores Francorum in arte organandi; & Domnus Rex Carolus iterum à Româ artis grammatice & computatoriae Magistros secum adduxit in Franciam, & ubique studium litterarum expandere jussit. Ante ipsum enim Domnum. Regem Carolum in Galllia nullum studium fuerat liberalium Artium. Vide [535] Annal & Hist. Francor. ab an. 708. ad. an. 990. Scriptores cooetaneos. impr. Francofurti 1594. sub vitâ Carlimagni.
Et reversus est Rex piissmus Carolus, & celebravit Romae Pascha cum Domno Apostolico. Ecce orta est contentio per dies festo Paschoe inter Cantores Romanorum & Gallorum. Dicebant se Galli rnelius cantare & pulchriùs quàm Romani. Dicebant se Romani doctissimè cantilenas ecclesiasticas proferre, sicut docti fuerant à Sancto Gregorio Papa, Gallos corruptè cantate, &, cantilenam sanam destruendo dilacerare.Quoe contentio ante Domnum Regem Carolum pervenit. Galli verô propter securitatem Domni Regis Caroli valdè exprobrabant Cantoribus Romanis, Romani vero propter auctoritatem magnae doctrinae eos stultos, rusticos & indoctos velut bruta animalia affirmabant, & doctrinam Sancti Gregorii praeferebant rusticitati eorum: & cum altercatio de neutrâ parte finiret, ait Domnus piissimus Rex Carolus ad suos Cantores: Dicite palàm quis purior est, & quis melior, aut sons vivus, aut rivuli ejus longe decurrentes? Responderunt omnes unâ voce, sontem, velut capot & originem, puriorem esse; rivulos autem ejus quanto longius à fonte recesserint, tanto turbulentos [534] & sordibus ac immunditiis corruptos; & ait Domnus Rex Carolus: Revertimini vos ad sontem Sancti Gregorii, quia manifestè corrupistis cantilenam ecclestiasticam. Mox petiit Dornnus Rex Carolus ab Adriano Papa Cantores qui Franciam corrigerent de Cantu. At ille dedit ei Theodorum & Benedictum docctissimos Cantores qui à Sancto Gregorio eruditi fuerant, tribuitque Antiphonarios Sancti Gregorii, quos ipse notaverat notâ Romana: Damnus vero Rex Carlus revertens in Franciam misit unum Cantorem in Metis Civitate, alterum in Suessonis Civitate, praecipiens de omnibus Civitatibus Franciae Magistros scholae Antiphonarios eis ad corrigendum tradere, & ab eis discere cantare. Correcti sunt ergo Antiphonarii Francorum, quos unusquisque pro suo arbitrio vitiaerat, addens vel minuens & omnes Franciae Cantores didicerunt nota, Romanam quam nunc vocant notam Franciscam: excepto quod tremulas vel vinnulas, sivè collisibiles vel secabiles voces in Cantu non poterant perfectè exprimere Franci, naturali noce barbaricâ frangentes in gutture voces, quàm potius exprimentes. Majus autem Magisterium Cantandi in Metis remansit; quantunque Magisterium Romanum superat Metense in arte Cantandi, tanto superat Metensis Cantilena caeteras scholas Gallorum. Similiter erudierunt Romani Cantores supradictos Cantores Francorum in arte organandi; & Domnus Rex Carolus iterum à Româ artis grammatice & computatoriae Magistros secum adduxit in Franciam, & ubique studium litterarum expandere jussit. Ante ipsum enim Domnum. Regem Carolum in Galllia nullum studium fuerat liberalium Artium. Vide [535] Annal & Hist. Francor. ab an. 708. ad. an. 990. Scriptores cooetaneos. impr. Francofurti 1594. sub vitâ Carlimagni.
PLAINTE, s. f. (Voyez ACCENT.)
PLAINTE, s.f. (See ACCENT.)
PLEIN-CHANT. (Voyez PLAIN-CHANT.)
PLEIN-CHANT. (See PLAIN-CHANT.)
PLEIN-JEU, se dit du Jeu de l'Orgue, lorsqu'on a mis tous les registres, & aussi lorsqu'on remplit toute l'Harmonie; il se dit encore des Instrumens d'archet, lorsqu'on en tire tout le Son qu'ils peuvent donner.
PLEIN-JEU refers to the full organ registration when all stops are drawn, or to the complete harmonic texture in performance. It also describes string instruments played with maximum resonance.
PLIQUE, s. f. Plica, sorte de Ligature dans nos anciennes Musiques. La Plique étoit un signe de retardement ou de lenteur (signum morositatis dit Muris.) Elle se faisoit en passant d'un Son à un autre, depuis le semi-Ton jusqu'à la Quinte, soit en montant, soit en descendant; & il y en avoir de quatre sortes. 1. La Plique longue ascendante est une figure quadrangulaire avec un seul trait ascendant à droite, ou avec deux traits dont celui de la droite est le plus grand 2. La Plique longue descendante a deux traits descendans dont celui de la droite est le plus grand. 3. La Plique breve ascendante a le trait montant de la gauche plus long que celui de la droite 4. Et la descendante a le trait descendant de la gauche plus grand que celui de la droite.
PLIQUE, s.f. [Plica] – A medieval ligature denoting delayed or slow execution (signum morositatis, per Muris). This notational device marked intervals from a semitone to a fifth, ascending or descending. Four types existed: 1. Ascending long plica: quadrangular notehead with single ascending stroke on the right, or two strokes (right longer). 2. Descending long plica: two descending strokes (right longer). 3. Ascending breve plica: left ascending stroke longer than right. 4. Descending breve plica: left descending stroke longer than right.
POINCT ou POINT, s. m. Ce mot en Musique signifie plusieurs choses différentes.
POINCT or POINT, s.m. This term holds multiple musical meanings.
Il y a dans nos vieilles Musiques six sortes de Points; savoir, Point de perfection, Point d'imperfection, Point d'accroissement, [536] Point de division, Point de translation, & Point d'altération.
In medieval notation, six types of points existed: Point of perfection, Point of imperfection, Point of augmentation, [536] Point of division, Point of transference, and Point of alteration.
I. Le Point de perfection appartient à la division ternaire. Il rend parfaite toute Note suivie d'une autre Note moindre de la moitié par sa figure: alors, par la forcé du Point intermédiaire, la Note précédente vaut le triple au lieu du double de celle qui suit.
I. The Point of perfection (ternary division) perfects a note followed by a shorter note. Through this intermediary point, the preceding note triples rather than doubles the following note's value.
II. Le Point d'imperfection placé à la gauche de la Longue, diminue sa valeur, quelquefois d'une Ronde ou semi-Breve, quelquefois de deux. Dans le premier cas, on met une Ronde entre la Longue & le Point; dans le second, on met deux Rondes à la droite de la Longue.
II. The Point of imperfection, placed left of a long note, diminishes its value – sometimes by a semibreve, sometimes two. In the first case, a semibreve appears between the long and the point; in the second, two semibreves follow the long.
III. Le Point d'accroissement appartient à la division binaire, & entre deux Notes égales, il fait valoir celle qui précede le double de celle qui suit.
III. The Point of augmentation (binary division) between equal notes doubles the preceding note's value relative to the following.
IV. Le Point de division se met avant une semi-Breve suivie d'une Breve dans le Tems parfait. Il ôte un Tems à cette Breve; & fait qu'elle de trois.
IV. The Point of division, placed before a semibreve followed by a breve in perfect time, subtracts one beat from the breve, reducing it from three to two.
V. Si une Ronde entre deux Points se trouvé suivie de deux ou plusieurs Breves en Tems imparfait, le second Point transfere sa signification à la derniere de ces Breves, la rend parfaite & la fait valoir trois Tems. C'est le Point de translation.
V. When a semibreve between two points precedes multiple breves in imperfect time, the second point transfers its significance to the final breve, perfecting it to three beats. This is the Point of transference.
VI. Un Point entre deux Rondes, placées elles-mêmes entre deux Breves ou Quarrées dans le Tems parfait, ôte un Tems à chacune de ces deux Breves; de sorte que chaque Breve ne vaut plus que deux Rondes, au lieu de trois. C'est le Point d'altération.
VI. A point between two semibreves themselves flanked by breves in perfect time subtracts one beat from each breve, reducing their value from three to two semibreves each. This constitutes the Point of alteration.
[537] Ce même Point devant une Ronde suivie de deux autres Rondes entre deux Breves ou Quarrées, double la valeur de la derniere de ces Rondes.
[537] This same Point, preceding a semibreve followed by two others between breves, doubles the final semibreve's value.
Comme ces anciennes divisions du Tems en parfait & imparfait ne sont plus d'usage dans la Musique, toutes ces significations du Point, qui, à dire vrai, sont fort embrouillées, se sont abolies de puis long-tems.
As these archaic divisions of perfect/imperfect time have fallen from use, all these point significations – truthfully rather convoluted – became obsolete long ago.
Aujourd'hui le Point, pris comme valeur de Note, vaut toujours la moitié de celle qui le précédé. Ainsi après la Ronde le Point vaut une Blanche, après la Blanche une Noire, après la Noire une Croche, &c. Mais cette maniere de fixer la valeur du Point n'est surement pas la meilleure qu'on eût pu imaginer, & cause souvent bien des embarras inutiles.
Today the Dot, when indicating note value, always equals half the duration of the preceding note. Thus after a whole note the Dot equals a half note, after a half note a quarter note, after a quarter note an eighth note, etc. Yet this method of determining the Dot's value is certainly not the most judicious imaginable, and often creates unnecessary complications.
POINT-D'ORGUE ou POINT-DE-REPOS, est une espece de Point dont j'ai parlé au mot Couronne. C'est relativement à cette espece de Point qu'on appelle généralement Point-d'Orgue ces sortes de Chants, mesures ou non mesurés, écrits ou non écrits, & toutes ces successions harmoniques qu'on fait passer sur une seule Note de Basse toujours prolongée. (Vouez CADENZA.)
ORGAN POINT or POINT-OF-REST is a type of Dot discussed under the entry Coronet. It is in relation to this species of Dot that we generally term Point-d'Orgue those measured or unmeasured melodies – whether notated or improvised – and harmonic progressions sustained over a single prolonged bass note. (See CADENZA.)
Quand ce même Point surmonté d'une Couronne s'écrit sur la derniere Note d'un Air ou d'un morceau de Musique, il s'appelle alors Point final.
When this same Dot surmounted by a Coronet appears on the final note of an Air or musical piece, it is then called the Final Point.
Enfin il y a encore une autre espece de Points, appellés Points détachés, lesquels se placent immédiatement au-dessus ou au-dessous de la tête des Notes; on en met presque toujours plusieurs de suite, & cela avertit que les Notes ainsi [538] ponctuées doivent être marquées par des coups de langue ou d'Archet égaux, secs & détachés.
Lastly, there exists another type of Dots called Detached Points, placed immediately above or below noteheads. Several are typically used consecutively, indicating that the [538] punctuated notes should be articulated through equal, crisp tonguing or bow strokes.
POINTER, v. a. C'est, au moyen du Point, rendre alternativement longues & breves des suites de Notes naturellement égales, telles, par exemple, qu'une suite de Croches. Pour les Pointer sur la Note, on ajoute un Point après la premiere, une double Croche sur la seconde, un Point après la troisieme, puis une double Croche, & ainsi de suite. De cette maniere elles gardent de deux en deux la même valeur qu'elles avoient auparavant; mais cette valeur se distribue inégalement entre les deux Croches; de sorte que la premiere ou Longue en a les trois quarts, & la seconde ou Breve l'autre quart. Pour les pointer dans l'exécution, on les passe inégales selon ces mêmes proportions, quand même elles seroient notées égales.
DOTTING, v. a. This technique uses Dots to alternately lengthen and shorten naturally equal note sequences – eighth notes, for instance. In notation, one adds a Dot after the first note and a sixteenth note after the second, repeating this pattern. Thus every pair retains its original combined value, but redistributed unequally: three quarters to the first (long) note, one quarter to the second (short). In performance, players render these notes uneven even if written equal.
Dans la Musique Italienne toutes les Croches sont toujours égales, à moins qu'elles ne soient marquées Pointées. Mais dans la Musique Françoise on ne fait les Croches exactement égales que dans la Mesure à quatre Tems; dans toutes les autres, on les pointe toujours un peu, à moins qu'il ne soit écrit Croches égales.
In Italian music all eighth notes remain equal unless explicitly dotted. But in French practice, strict equality is reserved for quadruple meter; in all others, eighth notes are slightly dotted unless marked Croches égales [equal eighth notes].
POLYCÉPHALE, adj. Sorte de Nome pour les Flûtes en l'honneur d'Apollon. Le Nome Polycéphale fut inventé, selon les uns, par le second Olympe Phrygien, descendant du fils de Marsyas, & selon d'autres, par Cratès disciple de ce même Olympe.
POLYCEPHALIC, adj. A type of Nomos for flutes honoring Apollo. The Polycephalic Nomos was invented, according to some, by the second Phrygian Olympus – descendant of Marsyas' son – while others attribute it to Crates, disciple of this same Olympus.
POLYMNASTIE ou POLYMNASTIQUE, adj. Nome pour les Flûtes, inventé, selon les uns, par une femme nommée [539] Polymneste, & selon d'autres; par Polymnestus, fils de Mélès Colophonien.
POLYMNÁSTIC, adj. A Nomos for flutes, invented by either a woman named [539] Polymneste or (alternately) by Polymnestus son of Melès of Colophon.
PONCTUER, v. a. C'est, en terme de composition, marquer les repos plus ou moins parfaits, & diviser tellement les Phrases qu'on sente par la Modulation & par les Cadences leurs commencemens, leurs chûtes, & leurs liaisons plus ou moins grandes, comme on sent tout cela le discours à l'aide de la ponctuation.
PHRASING, v. a. In compositional terms, this denotes marking more or less complete rests while dividing phrases through modulation and cadences – allowing their beginnings, endings, and connections to be perceived as clearly as speech through punctuation.
PORT-DE-VOIX, s. m. Agrément du Chant, lequel se marque par une petite Note appellée en Italien Appoggiatura, & se pratique en montant diatoniquement d'une Note à celle qui la suit par un coup de gosier dont l'effet est marqué dans la Planche B. Fig.13.
PORT-DE-VOIX, s. m. An ornamental vocal device marked by a small note called Appoggiatura in Italian. It is executed by ascending diatonically from one note to the next through a throat articulation whose effect is shown in Plate B. Fig.13.
PORT-DE-VOIX JETTé, se fait, lorsque montant diatoniquement d'une Note à sa Tierce on appuie la troisieme Note sur le son de la seconde, pour faire sentir seulement cette troisieme Note par un coup de gosier redoublé, tel qu'il est marqué Planche B. Fig. 13.
PORT-DE-VOIX JETTÉ (Thrown Port-de-Voix) occurs when ascending diatonically from a note to its third, emphasizing the third note by leaning upon the second through a double throat articulation, as indicated in Plate B. Fig. 13.
PORTÉE, s. f. La Portée ou Ligne de Musique est composée de cinq Lignes paralleles, sur lesquelles ou entre lesquelles les diverses Positions des Notes en marquent les Intervalles ou Degrés. La Portée du Plain-Chant n'a que quatre Lignes: elle en avoit d'abord huit, selon Kircher, marquées chacune d'une lettre de la Gamme, de sorte qu'il n'y avoit qu'un Degré conjoint d'une Ligne à l'autre. Lorsqu'on doubla les Degrés en plaçant aussi des Notes dans les Intervalles, la Portée de huit Lignes réduites à quatre, se trouva de la même étendue qu'auparavant.
PORTÉE (Staff). The staff or musical line consists of five parallel lines upon which, or between which, the positions of notes mark their intervals or degrees. Plainchant staves contain only four lines. According to Kircher, they originally had eight lines, each marked with a letter of the gamut, such that there was only a conjunct step from one line to the next. When degrees were doubled by placing notes in the spaces, the eight-line staff reduced to four retained its original compass.
[540] A ce nombre de cinq Lignes dans la Musique & de quatre dans le Plain-Chant, on en ajoute de postiches ou accidentelles quand cela est nécessaire & que les Notes passent en haut ou en bas l'étendue de la Portée. Cette étendue, dans une Portée de Musique, est en tout d'onze Notes formant dix Degrés diatoniques; & dans le Plain-Chant, de neuf Notes formant huit Degrés. (Voyez CLEF, NOTES, LIGNES.)
[540] To these five lines in music and four in plainchant, temporary or accidental lines are added when necessary to accommodate notes exceeding the staff’s range. The full compass of a musical staff spans eleven notes (ten diatonic steps), while plainchant spans nine notes (eight steps). (See CLEF, NOTES, LIGNES.)
POSITION s. f. Lieu de la Portée où est placée une Note pour fixer le Degré d'élévation du Son qu'elle représente.
POSITION. The placement of a note on the staff, determining the pitch elevation it represents.
Les Notes n'ont, par rapport aux Lignes, que deux différentes Positions; savoir, sur une Ligne ou dans un espace, & ces Positions sont toujours alternatives lorsqu'on marche diatoniquement. C'est ensuite le lieu qu'occupe la Ligne même ou l'espace dans la Portée & par rapport à la Clef qui détermine la véritable Position de la Note dans un Clavier général.
Notes occupy two distinct positions relative to lines: either on a line or in a space, alternating diatonically. The specific line or space’s location on the staff, governed by the clef, ultimately defines the note’s absolute position within the musical system.
On appelle aussi Position dans la Mesure le Tems qui se marque en frappant, en baissant ou posant la main, & qu'on nomme plus communément le Frappé. (Voyez Thésis.)
In measure, position also refers to the downbeat marked by striking or lowering the hand (termed Frappé). (See THESIS.)
Enfin l'on appelle Position dans le jeu des Instrumens à manche, le lieu où la main se pose sur le manche, selon le Ton dans lequel on veut jouer. Quand on a la main tout au haut du manche contre le Sillet, en forte que l'index pose à un Ton de la Corde-à-jour, c'est la Position naturelle. Quand on démanche, on compte les Positions par les Degrés diatoniques dont la main s'éloigne du Sillet.
Lastly, on fretted instruments, position denotes the hand’s placement along the neck relative to the desired tonality. When the hand rests at the top near the nut, with the index finger positioned a whole step from the open string, this is the natural position. Shifting positions counts diatomic steps away from the nut.
[541] PRELUDE, s. m. Morceau de Symphonie qui sert d'introduction & de préparation à une Piece de Musique. Ainsi les Ouvertures d'Opéra sont des Préludes; comme aussi les Ritournelles qui sont assez souvent au commencement des Scenes ou Monologues.
[541] PRELUDE. A symphonic introduction preparing the listener for a musical work. Opera overtures and scene-opening ritornellos thus qualify as preludes.
Prélude est encore un trait de Chant qui passe par les principales Cordes du Ton, pour l'annoncer, pour vérifier si l'instrument est d'accord, &c. (Voyez l'Article suivant.)
A prelude may also be an improvisatory passage traversing a tonality’s essential chords, serving to establish key, tune the instrument, or orient the performer. (See following article.)
PRÉLUDER, v. n. C'est en général chanter ou jouer quelque trait de fantaisie irrégulier & assez court, mais passant par les cordes essentielles du Ton, soit pour l'établir, soit pour disposer sa Voix ou bien poser sa main sur un Instrument, avant de commencer une Piece de Musique.
PRÉLUDER (To Prelude). Generally, to sing or play a brief, irregular fantasia passing through a tonality’s primary chords, either to fix the key, warm the voice, or position the hands before performing.
Mais sur l'Orgue & sur le Clavecin l'Art de Préluder est plus considérable. C'est composer & jouer impromptu des Pieces chargées de tout ce que la Composition a de plus savant en Dessein, en Fugue, en Imitation, en Modulation, en Harmonie. C'est sur-tout en Préludant, que les grands Musiciens, exempts de cet extrême asservissement aux regles que l'oeil des critiques leur impose sur le papier, sont briller ces Transitions savantes qui ravissent les Auditeurs.
On the organ or harpsichord, however, preluding assumes greater sophistication. It demands extemporaneous composition rich in design, fugue, imitation, modulation, and harmony. Here, liberated from the critic’s scrutinous gaze, master musicians deploy daring transitions that enchant listeners—precisely where theory yields to genius.
C'est-là qu'il ne suffit pas d'être bon Compositeur ni de bien posséder son Clavier ni d'avoir la main bonne & bien exercée, mais qu'il faut encore abonder de ce feu de génie & de cet espritinventif qui font trouver & traiter sur-le-champ les sujets les plus favorables à l'Harmonie & les plus flatteurs à l'oreille. C'est par ce grand Art de Préluder que brillent en France les excellens Organistes, tels que sent maintenant les Sieurs [542] Calviere & Daquin, surpassés toutefois l'un & l'autre par M. le Prince d'Ardore, Ambassadeur de Naples, lequel, pour la vivacité de l'invention & la force de l'exécution, efface les plus illustres Artistes, & fait a Paris l'admiration des connoisseurs.
Here it is not enough to be a skilled Composer nor to thoroughly master one's Keyboard nor to have a good & well-practiced hand, but one must also overflow with that fire of genius & inventive spirit which discover & treat on the spot subjects most favorable to Harmony & most pleasing to the ear. It is through this grand Art of Preluding that the excellent Organists of France shine, such as now are Messrs. [542] Calvière & Daquin, though both surpassed by M. le Prince d'Ardore, Ambassador of Naples, who, in vivacity of invention & strength of execution, eclipses the most illustrious Artists, & inspires admiration among Parisian connoisseurs.
PRÉPARATION, s. f. Acte de préparer la Dissonance. (Voyez PRÉPARER.)
PREPARATION, n. f. The act of preparing a Dissonance. (See TO PREPARE.)
PRÉPARER, v. a. Préparer la Dissonance, c'est la traiter dans l'Harmonie de maniere qu'a la faveur de ce qui précede, elle soit moins dure a l'oreille qu'elle ne seroit sans cette précaution: selon cette définition toute Dissonance veut être préparée. Mais lorsque pour Préparer une Dissonance, on exige que le Son qui la forme, ait fait consonnance auparavant, alors il n'y a fondamentalement qu'une seule Dissonance qui se Prépare; savoir, la Septieme: encore cette Préparation n'est-elle point nécessaire dans l'Accord sensible, parce qu'alors la Dissonance étant caractéristique, & dans l'Accord & dans le Mode, est suffisamment annoncée; que l'oreille s'y attend, la reconnoît, & ne se trompe ni sur l'Accord ni sur son progrès naturel. Mais lorsque la Septieme se fait entendre sur un Son fondamental qui n'est pas essentiel au Mode, on doit la Préparer pour prévenir toute équivoque, pour empêcher que l'oreille de l'écoutant ne s'égare; & comme cet Accord de Septieme se renverse & se combine de plusieurs manieres, de-là naissent aussi diverses manieres apparentes de Préparer, qui, dans le fond, reviennent pourtant toujours à la même.
TO PREPARE, v. a. To prepare a Dissonance is to treat it in Harmony such that, by virtue of what precedes, it becomes less harsh to the ear than it would be without this precaution: by this definition, every Dissonance requires preparation. Yet when preparing a Dissonance demands that the sound forming it first appear as a consonance, then fundamentally only one Dissonance is Prepared: namely, the Seventh. Even this Preparation becomes unnecessary in the leading-tone chord, for there the Dissonance—being characteristic of both the chord & Mode—is sufficiently announced; the ear anticipates it, recognizes it, & errs neither in the chord nor its natural progression. But when the Seventh is heard over a Fundamental not essential to the Mode, it must be Prepared to prevent ambiguity & keep the listener's ear from straying. As this Seventh chord inverts & combines in multiple ways, apparent varieties of Preparation arise, though fundamentally reducible to one.
Il faut considérer trois choses dans la pratique des Dissonances; [543] savoir, l'Accord qui précede la Dissonance, celui où elle se trouve, & celui qui la suit. La Préparation ne regarde que les deux premiers; pour le troisieme, voyez Sauver.
Three elements must be considered in practicing Dissonances: [543] the chord preceding the Dissonance, that containing it, & the subsequent chord. Preparation concerns only the first two; for the third, see RESOLVE.
Quand on veut Préparer régulièrement une Dissonance, il faut choisir pour arriver à son Accord une telle marche de Basse-fondamentale, que le Son qui forme la Dissonance, soit un prolongement dans le Tems fort d'une Consonnance frappée sur le Tems foible dans l'Accord précédent; c'est ce qu'on appelle Syncoper. (Voyez SYNCOPE.)
To Prepare a Dissonance regularly, one must choose such a progression of Fundamental Bass that the dissonant sound persists as a suspension—on the strong beat—from a consonance struck on the weak beat of the prior chord: this is called Syncopating. (See SYNCOPATION.)
De cette Préparation résultent deux avantages; savoir, 1. Qu'il y a nécessairement liaison harmonique entre les deux Accords, puisque la Dissonance elle-même forme cette liaison; & 2. Que cette Dissonance n'étant que le prolongement d'un Son consonnant, devient beaucoup moins duré à l'oreille, qu'elle ne le seroit sur un Son nouvellement frappe. Or c'est-là tout ce qu'on cherche dans la Préparation. (Voyez CADENCE, DISSONANCE, HARMONIE.)
Two advantages result from this Preparation: 1. Harmonic connection between the two chords, since the Dissonance itself forms this link; & 2. The Dissonance, being merely a sustained consonant sound, becomes far less grating than if newly struck. Herein lies the purpose of Preparation. (See CADENCE, DISSONANCE, HARMONY.)
On voit par ce que je viens de dire, qu'il n'y a aucune Partie destinée spécialement à Préparer la Dissonance, que celle même qui la fait entendre: de sorte que si le Dessus sonne la Dissonance, c'est à lui de syncoper; mais si la Dissonance est à la Basse, il faut que la Basse syncope. Quoiqu'il n'y ait rien là que de très-simple, les Maîtres de Composition ont furieusement embrouillé tout cela.
From this it follows that no part is specially tasked to Prepare the Dissonance except that which voices it: thus, if the Treble sounds the Dissonance, it must syncopate; but if the Bass is dissonant, the Bass must syncopate. Though this is simplicity itself, Composition Masters have confounded it beyond measure.
Il y a des Dissonances qui ne se préparent jamais; telle est la Sixte-ajoutée; d'autres qui se préparent fort rarement; telle est la Septieme-diminuée.
Some Dissonances are never prepared—such as the added sixth; others rarely prepared—like the diminished seventh.
[544] PRESTO, adv. Ce mot, écrit à la tête d'un morceau de Musique, indique le plus prompt & le plus animé des principaux Mouvemens établis dans la Musique Italienne. Presto signifie Vite. Quelquefois on marque un Mouvement encore plus pressé par le superlatif Prestissimo.
[544] PRESTO, adv. This word, written at the head of a musical piece, indicates the swiftest and most animated of the principal tempos established in Italian music. Presto signifies "Quick." Sometimes an even more hurried tempo is marked by the superlative Prestissimo.
PRIMA INTENZIONE. Mot technique Italien, qui n'a point de correspondant en François, & qui n'en a pas besoin puisque l'idée que ce mot exprime n'est pas connue dans la Musique Françoise. Un Air, un morceau di Prima intenzione, est celui qui s'est formé, tout d'un coup, tout entier avec toutes ses Parties dans l'esprit dui Compositeur comme Pallas sortit toute armée du cerveau de Jupiter. Les morceaux di Prima intenzione sont de ces rares coups de génie, dont toutes les idées sont si étroitement liées qu'elles n'en sont, pour ainsi dire, qu'une seule, & n'ont pu se présenter à l'esprit l'une sans l'autre. Ils sont semblables à périodes de Cicéron longues, mais éloquentes, dont le sens suspendu pendant toute leur durée, n'est déterminé qu'au dernier mot, & qui, par conséquent, n'ont formé qu'une seule pensée dans l'esprit de l'Auteur. Il y a dans les Arts des inventions produites par de pareils efforts de génie, & dont tous les raisonnemens, intimement unis l'un a l'autre, n'ont pu se faire successivement; mais se sont nécessairement offerts à l'esprit tout à la fois, puisque le premier sans le dernier n'auroit eu aucun sens. Telle est, par exemple, l'invention de cette prodigieuse machine du Métier à bas, qu'on peut regarder, dit le Philosophe qui l'a décrite dans l'Encyclopédie, comme un seul & unique raisonnement dont la [545] fabrication de l'ouvrage est la conclusion. Ces sortes d'opérations de l'entendement, qu'on explique à peine, même par l'analyse, sont des prodiges pour la raison, & ne se conçoivent que par les génies capables de les produire: l'effet en est toujours proportionne à l'effort de tête qu'ils ont coûté, & dans la Musique les morceaux di Prima intenzione sont les seuls qui puissent causer ces extases, ces ravisemens, ces élans de l'ame qui transportent les auditeurs hors d'eux-mêmes: on les sent, on les devine à l'instant, les connoisseurs ne s'y trompent jamais. A la suite d'un de ces morceaux sublimes, faites passer un de ces Airs décousus, dont toutes les Phrases ont été composées l'une après l'autre, ou ne sont qu'une même phrase promenée en différens Tons, & dont l'Accompagnement n'est qu'un remplissage fait après coup; avec quelque goût que ce dernier morceau soit composé, si le souvenir de l'autre vous laisse quelque attention à lui donner, ce ne sera que pour en être glacés, transis, impatientés. Après un Air di Prima intenzione, toute autre Musique est sans effet.
PRIMA INTENZIONE. An Italian technical term having no French equivalent – nor needing one, since the concept it expresses remains foreign to French music. A piece di Prima intenzione is one formed instantaneously and whole, with all its parts springing fully conceived into the composer’s mind, much as Pallas emerged fully armed from Jupiter’s brow. Such works are rare strokes of genius, their ideas so tightly interwoven as to form a single entity, each inseparable from the others. They resemble Cicero’s lengthy yet eloquent periods – suspended in meaning until the final word, thus constituting but a single thought in the author’s mind. In the arts, certain inventions arise through similar feats of genius: their interconnected reasonings, incapable of sequential development, must necessarily present themselves all at once, for the first would hold no meaning without the last. Consider, for example, the invention of that marvelous stocking loom, which the Philosopher who described it in the Encyclopédie regarded as "a single unified syllogism whose conclusion is the fabrication of the work." These intellectual operations – barely explicable even through analysis – are marvels to reason, conceivable only by minds capable of producing them. Their effect always matches the mental effort expended: in music, only pieces di Prima intenzione can induce those ecstasies, raptures, and soulful transports that lift listeners beyond themselves. Connoisseurs recognize them instantly and without fail. Should a sublime work of this order be followed by some disjointed air – patched together phrase by phrase, or recycling a single motif through different keys, its accompaniment mere afterthought – however tastefully composed, the latter will leave one chilled, numb, exasperated. After an Air di Prima intenzione, all other music falls flat.
PRISE. Lepsis. Une des parties de l'ancienne Mélopée. (Voyez MELOPEE.)
PRISE. Lepsis. One component of ancient Melopoeia. (See MELOPOEIA.)
PROGRESSION, s. f. Proportion continue, prolongée au-delà de trois termes. (Voyez PROPORTION.) Les suites d'Intervalles égaux sont toutes en Progressions, & c'est en identifiant les termes voisins de différentes Progressions, qu'on parvient à compléter l'Echelle Diatonique & Chromatique, au moyen du Tempérament. (Voyez TEMPÉRAMENT.)
PROGRESSION, s. f. Continuous proportion extended beyond three terms. (See PROPORTION.) Sequences of equal intervals form Progressions; by aligning adjacent terms from different Progressions, we complete the Diatonic and Chromatic Scales through Temperament. (See TEMPERAMENT.)
[546] PROLATION, s. f. C'est, dans nos anciennes Musiques une maniere de déterminer la valeur des Notes semi-Breves sur celle de la Breve, ou des Minimes sur celle de la semi Breve. Cette Prolation se marquoit après la Clef, & quelquefois après le signe du Mode, par un cercle ou un demi-circle, ponctué ou non ponctué, selon les regles suivantes.
[546] PROLATION, s. f. In early music notation, a method determining the value of semibreves relative to breves, or minims relative to semibreves. This Prolation was indicated after the Clef (and sometimes after the Mode sign) by a circle or semicircle, dotted or undotted, according to the following rules.
Considérant toujours la division sous-triple comme la plus; excellente, ils divisoient la Prolation en parfaite & imparfaite, & l'une & l'autre en majeure & mineure, de même que pour le Mode.
Persisting in their reverence for subtriple division as most excellent, theorists distinguished Prolation as Perfect or Imperfect – each further subdivided into Major and Minor, as with the Mode.
La Prolation parfaite étoit pour la Mesure ternaire, & se marquoit par un Point dans lecercle, quand elle étoit majeure; c'est-à-dire, quand elle indiquoit le rapport de la Breve à la semi-Breve; ou par un Point dans un demi-cercle, quand elle étoit mineure; c'est-à-dire, quand elle indiquoit le rapport de la semi-Breve à la Minime. (Voyez Pl. B. Fig. 9&11.)
Perfect Prolation applied to ternary measure and was indicated by a dot within the circle when major—that is, when denoting the ratio of the Breve to the semi-Breve—or by a dot within a semicircle when minor, signifying the ratio of the semi-Breve to the Minim. (See Pl. B. Figs. 9 & 11.)
La Prolation imparfaite étoit pour la Mesure binaire, & se marquoit comme le Tems par un simple cercle, quand elle étoit majeure; ou par un demi-cercle, quand elle étoit mineure; même Pl. Fig. 10 &12.
Imperfect Prolation corresponded to binary measure and was marked like the Time by a simple circle when major, or by a semicircle when minor—same Pl. Figs. 10 & 12.
Depuis on ajouta quelques autres signes à la Prolation parfaire; outre le cercle & le demi-cercle on se servit du Chiffre 3/1 pour exprimer la valeur de trois Rondes ou semi-Breves, pour celle de la Breve ou Quarré; &'du Chiffre 3/2 pour exprimer la valeur de trois Minimes ou Blanches, pour la Ronde ou semi-Breve.
Later, additional signs were appended to Perfect Prolation: beyond the circle and semicircle, the numeral 3/1 was used to denote three whole notes or semi-Breves equaling a Breve or Square; and 3/2 indicated three Minims or half notes equaling a whole note or semi-Breve.
Aujourd'hui toutes les Prolations sont abolies; la division [547] sous-double l'a emporté sur la sous-ternaire; & il faut avoir recours à des exceptions & à des signes particuliers, pour exprimer le partage d'une Note quelconque en trois autres Notes égales. (Voyez VALEUR DES NOTES.)
Today, all Prolations have fallen into disuse; binary division [547] has supplanted ternary division. Special exceptions and signs are now required to partition any note into three equal subdivisions. (See VALUE OF NOTES.)
On lit dans le Dictionnaire de l'Académie que Prolation signifie Roulement. Je n'ai point lu ailleurs ai oui dire que ce mot ait jamais eu ce sens-là.
The Academy Dictionary claims Prolation signifies "Rolling." I have neither read nor heard this term used thus elsewhere.
PROLOGUE, s. m.
PROLOGUE, n.
Sorte de petit Opera qui précede le grand, l'annonce & lui sert d'introduction. Comme le sujet des Prologues est ordinairement élevé, merveilleux, ampoulé, magnifique & plein de louanges, la Musique en doit être brillante, harmonieuse, & plus imposante que tendre & pathétique. On ne doit point épuiser sur le Prologue les grands mouvemens qu'on veut exciter dans la Piece, & il faut que le Musicien, sans être maussade & plat dans le début, sache pourtant s'y ménager de maniere à se montrer encore intéressant & neuf dans le corps de l'ouvrage. Cette gradation n'est ni sentie, ni rendue par la plupart des Compositeurs; mais elle est pourtant nécessaire, quoique difficile. Le mieux seroit de n'en avoir pas besoin, & de supprimer tout-à-fait les Prologues qui ne sont gueres qu'ennuyer & impatienter les Spectateurs, ou nuire a l'intérêt de la Piece, en usant d'avance les moyens de plaire & d'intéresser. Aussi les Opéra François sont-ils les seuls où l'on ait conservé des Prologues; encore ne les y souffre-t-on que parce qu'on n'ose murmurer contre les fadeurs dont ils sont pleins.
A type of miniature opera preceding the main work, announcing and introducing it. As Prologues typically treat lofty, marvelous, bombastic subjects replete with praise, their Music must glitter with harmony, favoring grandeur over tenderness or pathos. One must not exhaust all grand gestures in the Prologue that are meant to stir the Piece proper. The composer, while avoiding dullness in the overture, must reserve novel and affecting material for the work's core. Most composers neither grasp nor execute this gradation—yet it remains necessary, however challenging. Best to render it superfluous by abolishing Prologues altogether, as they chiefly bore and try the patience of spectators or undermine the Piece by exhausting its means to charm and engage. Thus, French Operas alone retain Prologues—tolerated only because none dare protest their cloying inanities.
PROPORTION, s. F.
PROPORTION, n.
Egalité entre deux rapports. Il y a quatre sortes de Proportion; savoir, la Proportion Arithmétique, [548] la Géométrique, l'Harmonique, & la Contre-Harmonique. Il faut avoir l'idée de ces diverses Proportions, pour entendre les calculs, dont, les Auteurs ont chargé la théorie de la Musique.
Equality between two ratios. Four types exist: Arithmetic Proportion, [548] Geometric, Harmonic, and Counter-Harmonic. Understanding these is essential for deciphering the calculations with which theorists have burdened Music.
Soient quatre termes ou quantités a b c d; si la différence du premier terme a au second b est égale à la différence du troisieme c au quatrieme d, ces quatre termes sont en Proportion Arithmétique. Tels sont, par exemple, les nombres suivans, 2, 4:: 8, 10.
Given four terms or quantities a b c d; if the difference between the first term a and the second b equals that between the third c and fourth d, these terms are in Arithmetic Proportion. Such are the numbers 2, 4:: 8, 10.
Que si, au lieu d'avoir égard à la différence, on compare ces termes par la maniere de contenir ou d'être contenus; si, par exemple, le premier a est au second b comme le troisieme c est au quatrieme d, la Proportion est Géométrique. Telle est celle que forment ces quatre nombres 2, 4:: 8, 16.Dans le premier exemple, l'excès dont le premier terme 2 est surpassé par le second 4, est 2; & l'excès dont le troisieme 8 est surpassé par le quatrieme to est aussi 2. Ces quatre termes sont donc en Proportion Arithmétique.
If, instead of considering the difference, we compare these terms by their containment ratio – for example, if the first term a is to the second b as the third c is to the fourth d – the Proportion becomes Geometric. Such is that formed by these four numbers: 2, 4::8, 16. In the first example, the excess by which the first term 2 is surpassed by the second 4 is 2; and the excess by which the third 8 is surpassed by the fourth 10 is also 2. These four terms are therefore in Arithmetic Proportion.
Dans le second exemple, le premier terme 2 est la moitié du second 4, & le troisieme terme 8 est aussi la moitié du quartrieme 16. Ces quatre termes sont donc en Proportion Géométrique.
In the second example, the first term 2 is half of the second 4, and the third term 8 is likewise half of the fourth 16. These four terms are thus in Geometric Proportion.
Une Proportion soit Arithmétique, soit Géométrique, est dire inverse ou réciproque, lorsqu'après avoir comparé le premier terme au second, l'on compare non le troisieme au quartrieme, comme dans la Proportion directe, mais à rebours le quartrieme au troisieme, & que les rapports ainsi [549] pris se trouvent égaux. Ces quatre nombres 2, 4: 8, 6, sont en Proportion Arithmétique réciproque; & ces quatre 2, 4:: 6, 3, sont en Proportion Géométrique réciproque.
A Proportion – whether Arithmetic or Geometric – is called inverse or reciprocal when, after comparing the first term to the second, we compare not the third to the fourth (as in direct Proportion) but inversely the fourth to the third, such that the ratios thus [549] taken are found equal. These four numbers – 2, 4::8, 6 – are in reciprocal Arithmetic Proportion; and these four – 2, 4::6, 3 – are in reciprocal Geometric Proportion.
Lorsque dans une Proportion directe, le second terme ou le conséquent du premier rapport est égal au premier terme ou à l'antécédent du second rapport; ces deux termes étant égaux, sont pris pour le même, & ne s'écrivent qu'une fois au lieu de deux. Ainsi dans cette Proportion Arithmétique 2, 4: 4, 6; au lieu d'écrire deux fois le nombre 4, on ne l'écrit qu'une fois, & la Proportion se pose ainsi - 2, 4, 6.
When in a direct Proportion, the second term (or consequent of the first ratio) equals the first term (or antecedent of the second ratio), these two equal terms are treated as one and written only once instead of twice. Thus, in this Arithmetic Proportion – 2, 4::4, 6 – instead of writing the number 4 twice, we write it once, and the Proportion is expressed as 2, 4, 6.
De même, dans cette Proportion Géométrique 2, 4: 4, 8, au lieu d'écrire 4 deux fois, on ne l'écrit qu'une, de cette maniere -- 2, 4, 8.
Similarly, in this Geometric Proportion – 2, 4::4, 8 – instead of writing 4 twice, we write it once, as follows: 2, 4, 8.
Lorsque le conséquent du premier rapport sert ainsi d'antécédent au second rapport, & que la Proportion se pose avec trois termes, cette Proportion s'appelle continue, parce qu'il n'y a plus, entre les deux rapports qui la forment, l'interruption qui s'y trouve quand on la pose en quatre termes.
When the consequent of the first ratio thus serves as the antecedent of the second ratio, and the Proportion is expressed with three terms, it is called continuous Proportion, because there is no longer the interruption between the two constituent ratios that exists when expressed in four terms.
Ces trois termes -- 2, 4, 6, sont donc en Proportion Arithmétique continue; & ces trois ci, -- 2, 4, 8, sont en Proportion Géométrique continue.
These three terms – 2, 4, 6 – are therefore in continuous Arithmetic Proportion; and these – 2, 4, 8 – in continuous Geometric Proportion.
Lorsqu'une Proportion continue se prolonge; c'est-à-dire, lorsqu'elle a plus de trois termes, ou de deux rapports égaux, elle s'appelle Progression.
When a continuous Proportion is extended – that is, when it contains more than three terms or two equal ratios – it is called a Progression.
Ainsi ces quatre termes 2, 4, 6, 8 forment une Progression Arithmétique, qu'on peut prolonger autant qu'on veut en ajoutant la différence au dernier terme.
Thus, these four terms – 2, 4, 6, 8 – form an Arithmetic Progression, which may be extended indefinitely by adding the common difference to the last term.
[550] Et ces quatre termes 2, 4, 8, 16, forment une Progression Géométrique, qu'on peut de même prolonger autant qu'on peut en doublant le dernier terme, ou en général, en le multipliant par le quotient du second terme divisé par le premier, lequel quotient s'appelle l' Exposant du rapport, ou de la Progression.
[550] And these four terms – 2, 4, 8, 16 – form a Geometric Progression, which may similarly be extended by doubling the last term or, generally, by multiplying it by the quotient of the second term divided by the first – this quotient being called the exponent of the ratio or Progression.
Lorsque trois termes sont tels que le premier est au troisieme, comme la différence du premier au second est à la différence du second au troisieme, ces trois termes forment une sorte de Proportion appellée Harmonique. Tels sort, par exemple, ces trois nombres 3, 4, 6: car comme le premier 3 est la moitié du troisieme 6, de même l'excès I du second sur le premier, est la moitié de l'excès 2 du troisieme sur le second.
When three terms are such that the first is to the third as the difference between the first and second is to the difference between the second and third, these three terms form a type of Proportion called Harmonic. Such are, for example, these three numbers: 3, 4, 6. For as the first term 3 is half of the third 6, so the excess 1 of the second over the first is half of the excess 2 of the third over the second.
Enfin, lorsque trois termes sont tels que la différence du premier au second est à la différence du second au troisieme, non comme le premier est au troisieme, ainsi que dans la Proportion Harmonique; mais au contraire comme le troisieme est au premier, alors ces trois termes forment entre eux une sorte de Proportion appellée Proportion Contre-Harmonique. Ainsi ces trois nombres 3, 5, 6, sont en Proportion Contre-harmonique.
Lastly, when three terms are such that the difference between the first and second is to the difference between the second and third – not as the first is to the third (as in Harmonic Proportion), but inversely as the third is to the first – then these three terms form a type of Proportion called Counter-Harmonic. Thus, these three numbers – 3, 5, 6 – are in Counter-Harmonic Proportion.
L'expérience a fait connoître que les rapports de trois Cordes sonnant ensemble l'Accord parfait Tierce majeure, formoient entr'elles la sorte de Proportion qu'à cause de cela on anommée Harmonique: mais c'est-là une pure propriété de nombres qui n'a nulle affinité avec les Sons, ni avec leur effet sur l'organe auditif; ainsi la Proportion Harmonique [551] la Proportion. Contre-harmonique n'appartiennent pas plus à l'Art que la Proportion Arithmétique, & la Proportion Géométrique, qui même y sont beaucoup plus utiles. Il faut toujours penser que les propriétés des quantités abstraites ne sont point des propriétés des Sons, & ne pas chercher, à l'exemple des Pythagoriciens ne sais quelles chimériques analogies entre choses de différente nature, qui n'ont entr'elles que des rapports de convention.
Experience has shown that the ratios of three strings sounding together the perfect major third chord form among themselves the sort of Proportion that has therefore been named Harmonic: but this is a mere property of numbers with no affinity to Sounds, nor to their effect on the auditory organ; thus the Harmonic Proportion [551] and Counter-Harmonic Proportion belong no more to Art than Arithmetic Proportion and Geometric Proportion, which are indeed far more useful here. One must always remember that properties of abstract quantities are not properties of Sounds, and not seek, following the Pythagoreans' example, some chimerical analogies between things of differing natures that share only conventional relationships.
PROPREMENT, adv. Chanter ou jouer Proprement, c'est exécuter la Mélodie Françoise avec les ornemens qui lui conviennent. Cette Mélodie n'étant rien par la seule forcé des Sons, & n'ayant par elle-même aucun caractere, n'en prend un que par les tournures affectées qu'on lui donne en l'exécutant. Ces tournures, enseignées par les Maîtres de Goût du Chant, sont ce qu'on appelle les agrémens du Chant François. (Voyez AGRÉMENT.)
PROPREMENT, adv. To sing or play Properly is to execute French Melody with the ornaments suited to it. Since this Melody amounts to nothing through the mere force of Sounds, and having no character of its own, it acquires one only through the affected turns imparted in performance. These turns, taught by Masters of Chant Taste, constitute what are called the ornaments of French Chant. (See AGRÉMENT.)
PROPRETÉ, s. f. Exécution du Chant François avec les ornemens qui lui sont propres, & qu'on appelle agrémens du Chant. (Voyez AGRÉMENT.)
PROPRETÉ, n. f. The execution of French Chant with its proper ornaments, called agréments du Chant. (See AGRÉMENT.)
PROSLAMBANOMENOS. C'étoit, dans la Musique ancienne, le Son le plus grave de tout le Systême, un Ton au-dessous de l'Hypate-Hypaton.
PROSLAMBANOMENOS. In ancient Music, this was the gravest sound in the entire System, a tone below the Hypate-Hypaton.
Son nom signifie Surnuméraire, Acquise, ou parce que la Corde qui rend ce son-là, fut ajoutée au-dessous de tous les Tétracordes pour achever le Diapason ou l'Octave avec la Mèse; & le Diapason ou la Double Octave avec la Nete-hyperboléon, qui étoit la corde la plus aiguë de tout le Systême. (Voyez SYSTEME)
Its name means Supernumerary, Acquired, either because the string producing this sound was added below all Tetrachords to complete the Diapason or Octave with the Mese; and the Diapason or Double Octave with the Nete-hyperboléon, which was the highest-pitched string in the entire System. (See SYSTEM)
[552] PROSODIAQUE, adj. Le Nome Prosodiaque se chantoit en l'honneur de Mars, & fut, dit-on, inventé par Olympus.
[552] PROSODIAQUE, adj. The Prosodiacal Nomos was sung in honor of Mars and was, it is said, invented by Olympus.
PROSODIE, s. f. Sorte de Nome pour les Flûtes, & propre aux Cantiques que l'on chantoit chez les Grecs, à l'entrée des sacrifices. Plutarque attribue l'invention des Prosodies à Clonas, de Tégée selon les Arcadiens, & de Thebes selon les Béotiens.
PROSODIE, n. f. A type of Nomos for flutes, suited to hymns sung by the Greeks at the entrance of sacrifices. Plutarch attributes the invention of Prosodies to Clonas, from Tegea according to the Arcadians, and from Thebes according to the Boeotians.
PROTESIS, s. f. Pause d'un Tems long dans la Musique ancienne, à la différence du Lemme, qui étoit la Paule d'un Tems bref.
PROTESIS, n. f. A pause of a long measure in ancient Music, as opposed to the Lemma, which was the pause of a short measure.
PSALMODIER, v. n. C'est chez les Catholiques chanter ou réciter les Pseaumes & l'Office d'une maniere particuliere, qui tient le milieu entre le Chant & la parole: c'est du Chant, parce que la voix est soutenue; c'est de la parole, parce qu'on garde presque toujours le même Ton.
PSALMODIER, v. n. Among Catholics, to chant or recite Psalms and the Office in a particular manner midway between Song and speech: it is Song because the voice is sustained; it is speech because the same pitch is nearly always maintained.
PYCNI, PYCNOI (Voyez EPAIS.)
PYCNI, PYCNOI (See THICK.)
PYTHAGORICIENS, sub. mas. plur. Nom d'une des deux Sectes dans lesquelles se divisoient les Théoriciens dans la Musique Grecque; elle portoit le nom de Pythagore, son chef, comme l'autre Secte portoit le nom d'Aristoxène. (Voyez ARISTOXENIENS.)
PYTHAGORICIENS, n. m. pl. Name of one of two sects into which Greek Music theorists were divided; it bore the name of Pythagoras, its founder, as the other sect was named after Aristoxenus. (See ARISTOXENIENS.)
Les Pythagoriciens fixoient tous les Intervalles tant Consonnans que Dissonans par le Cacul des rapports. Les Aristoxéniens, au contraire, disoient s'en tenir jugement de l'oreille. Mais au fond, leur dispute n'étoit qu'une dispute de mots, & sous des dénominations plus simples; les moitiés ou les quarts de Ton des Aristoxéniens, ou ne signifioient [553] rien, ou n'exigoient pasde calculs moins composés que ceux des Limma, des Comma, des Apotomes fixés par les Pythagoriciens. En proposant, par exemple, de prendre la moitié d'un Ton, que proposoit un Aristoxénien? Rien sur quoi l'oreille pût porter un jugement fixe. Ou il ne savoit ce qu'il vouloir dire, ou il proposoit de trouver une moyenne proportionnelle entre 8 & 9. Or cette moyenne proportionnelle est la racine quarrée de 72, & cetre racine quarrée est un nombre irrationnel: il n'y avoir aucun autre moyen possible d'assigner cette moitié de Ton que par la Géométrie, & cette méthode Géométrique n'étoit pas plus simple que les rapports de nombre à nombre calculés par les Pythagoriciens. La simplicité des Aristoxéniens n'étoit donc qu'apparente; c'étoit une simplicité semblable à celle du Systême de M. de Boisgelou, dont il sera parlé ci après. (VOY. INTERVALLE, SYSTEME.)
The Pythagoreans determined all Intervals – both consonant and dissonant – through numerical ratios. The Aristoxenians, conversely, claimed to rely solely on aural judgment. Yet fundamentally, their dispute was merely one of terminology. Under simpler denominations, the Aristoxenians' "halves" or "quarters of Tones" either signified [553] nothing or demanded calculations no less complex than the Limma, Comma, and Apotomes established by the Pythagoreans. When proposing, for instance, to take half a Tone, what did an Aristoxenian actually propose? Nothing upon which the ear could render fixed judgment. Either he knew not his own meaning, or he proposed finding a geometric mean between 8 and 9. Now this geometric mean is the square root of 72 – an irrational number. There existed no other means to determine this half-Tone except through Geometry, and this geometric method proved no simpler than the numerical ratios calculated by the Pythagoreans. The Aristoxenians' "simplicity" was thus illusory – akin to the specious simplicity of M. de Boisgelou's system, which shall be discussed hereafter. (SEE INTERVAL, SYSTEM.)
Q
Q
[554] QUADRUPLE-CROCHE, s. f. Note de Musique valant le quart d'une Croche, ou la moitié d'une double-Croche. Il faut soixante-quatre Quadruples-Croches pour une Mesure à quatre Tems; mais on remplit rarement une Mesure & même un Tems de cette espece de Notes. (Voyez VALEUR DES NOTES.)
[554] QUADRUPLE-CROCHE (sixty-fourth note), s. f. A musical note worth a quarter of a crotchet or half a double-crotchet. Sixty-four Quadruple-Croches fill a four-beat measure, though one rarely encounters entire measures – or even single beats – composed of such notes. (SEE NOTE VALUES.)
La Quadruple-Croche est presque toujours liée avec d'autres Notes de pareille ou de différente valeur, & se figure.
The Quadruple-Croche nearly always appears tied to other notes of equal or differing value, distinguished by
traits ou Crochets qu'elle porte.
the strokes or hooks attached to it.
QUANTITÉ. Ce mot, en Musique de même qu'en Prosodie, ne signifie pas le nombre des Notes ou des Syllabes, mais la durée relative qu'elles doivent avoir. La Quantité produit le Rhythme, comme l'Accent produit l'Intonation. Du Rhythme produit & de Intonation résulte la Mélodie. (Voyez MÉLODIE)
QUANTITY. In music as in prosody, this term denotes not the number of notes or syllables, but their relative duration. Quantity produces rhythm, as accent produces intonation. From rhythm realized and intonation achieved arises melody. (SEE MELODY)
QUARRE, adj. On appelloit autrefois B Quarré ou B Dur, le signe qu'on appelle aujourd'hui Béquarre. (Voy. B.)
QUARRE, adj. Formerly called B Quarré or B Dur (hard B), this sign is now termed Béquarre (natural). (SEE B.)
QUARREE ou BREVE, adj. pris substantiv. Sorte de Note faite ainsi II, & qui tire son nom de si figure. Dans nos anciennes Musiques, elle valoit tantôt trois Rondes ou semi-Breves, & tantôt deux, selon que la Prolation étoit parfaite ou imparfaite. (Voyez PROLATION)
QUARREE or BREVE, adj. used substantively. A square-shaped note marked thus 𝅜, deriving its name from this figure. In early music notation, its value fluctuated between three semibreves (under perfect prolation) and two (under imperfect prolation). (SEE PROLATION)
[555] Maintenant la Quarrée vaut toujours deux Rondes, mais en l'emploie fort rarement.
[555] Today the Quarrée consistently equals two whole notes, though it remains seldom used.
QUART-DE-SOUPIR, s. m. Valeur de silence qui, dans la Musique Italienne, se figure ainsi ; dans la Françoise, ainsi & qui marque, comme le porte son nom; la quatrieme partie d'un soupir; c'est-à-dire, l'équivalent d'une double-Croche. (Voyez SOUPER, VALEUR DES NOTES.)
QUART-DE-SOUPIR (sixteenth rest), s. m. A rest value represented in Italian music as 𝄀 and in French as 𝄁, equaling – as its name implies – a quarter of a soupir (eighth rest), i.e., the duration of a double-croche. (SEE REST, NOTE VALUES.)
QUART-DE-TON, f. m. Intervalle introduit dans le Genre Enharmonique par Aristoxène, & duquel la raison est sourde. (Voyez ECHELLE, ENHARMONIQUE, INTERVALLE, PYTHAGORICIENS.)
QUART-DE-TON (quarter-tone), s. m. Interval introduced into the enharmonic genus by Aristoxenus, whose rationale defies aural perception. (SEE SCALE, ENHARMONIC, INTERVAL, PYTHAGOREANS.)
Nous n'avons ni dans l'oreille, ni dans les calculs harmoniques aucun principe qui nous puisse fournir l'Intervalle exact d'un Quart-de-Ton; & quand on considere quelles opérationsGéométriques sont nécessaires pour le déterminer sur le Monocorde, on est bien tenté de soupçonner qu'on n'a peut-être jamais entonné & qu'on n'entonnera peut-être jamais de Quarte-de Ton juste, ni par la Voix, ni sur aucun Instrument.
We possess neither in our ear nor in harmonic calculations any principle that might furnish us with the exact interval of a quarter-tone. When considering the geometric operations required to determine it on the monochord, one is strongly tempted to suspect that a just quarter-tone has perhaps never been intoned – nor ever shall be – whether by voice or any instrument.
Les Musiciens appellent aussi Quart-de-Ton l'Intervalle qui, de deux Notes à un Ton l'une de l'autre, se trouvé entre le Bémol de la supérieure & le Dièse de l'inférieure; Intervalle que le Tempérament fait évanouir, mais que le calcul peut déterminer.
Musicians also designate as quarter-tone the interval found between the flat of an upper note and the sharp of a lower note separated by a whole tone – an interval effaced by temperament, yet determinable through calculation.
Ce Quart-de-Ton est de deux especes; savoir, l'Enharmonique majeur, dans le rapport de 576 à 625, qui est le [556] complément de deux semi-Tons mineurs au Ton majeur, & l'Enharmonique mineur, dans la raison de 125 à 128, qui est le complément des deux mêmes semi-Tons mineurs au Ton mineur.
This quarter-tone exists in two species: the Enharmonic major in the ratio 576:625 – being the [556] complement of two minor semitones in the major tone – and the Enharmonic minor in the ratio 125:128 – complement of the same two minor semitones in the minor tone.
QUARTE, s. f. La troisieme des Consonnances dans l'ordre de leur génération. La Quarte est une Consonnance parfaite; son rapport est de 3 à 4; elle est composée de trois Degrés diatoniques formés par quatre Sons; d'où lui vient le nom de Quarte. Son Intervalle est de deux Tons & demi; savoir, un Ton majeur, un Ton mineur, & un semi-Ton majeur.
FOURTH, s. f. The third consonance in their order of generation. The Fourth is a perfect consonance; its ratio is 3:4. Comprising three diatonic degrees across four sounds – hence its name – its interval spans two and a half tones: specifically, one major tone, one minor tone, and a major semitone.
La Quarte peut s'altérer de deux manieres; savoir, en diminuant son Intervalle d'un semi-Ton, & alors elle s'appelle Quarte diminuée ou fausse-Quarte; ou en augmentant d'un semi-Ton ce même Intervalle, & alors elle s'appelle Quarte--superflue ou Triton, parce que l'Intervalle en est de trois Tons pleins: il n'est que de deux Tons; c'est-à-dire, d'un Ton, & deux semi-Tons dans la Quarte-diminuée; mais ce dernier Intervalle est banni de l'Harmonie, & pratiqué seulement dans le Chant.
The Fourth may be altered in two ways: by diminishing its interval by a semitone – then called a diminished fourth or false fourth – or by augmenting the same interval by a semitone – termed an augmented fourth or tritone, as its interval spans three full tones. The diminished fourth spans but two tones (i.e., one tone and two semitones), yet this latter interval is banished from harmony and permitted only in melody.
Il y a un Accord qui porte le nom de Quarte, ou Quarte & Quinte. Quelques-uns l'appellent Accord de Onzieme: c'est celui où sous un Accord de Septieme on suppose à la Basse un cinquieme Son, une Quinte au-dessous du Fondamental: car alors ce Fondamental fait Quinte, & sa Septieme sait Onzieme avec le Son supposé. (Voyez SUPPOSITION.)
There exists a chord bearing the name Fourth or Fourth-and-Fifth. Some call it the eleventh chord: formed when a seventh chord has its fundamental supplanted by a fifth below – the original fundamental then forming a fifth while its seventh creates an eleventh with the supposed note. (See SUPPOSITION.)
Un autre Accord s'appelle Quarte-superflue ou Triton. [557] C'est un Accord sensible dont la Dissonance est portée à la Basse: car alors la Note sensible fait Triton sur cette Dissonance. (Voyez ACCORD.)
Another chord is called augmented fourth or tritone. [557] This is a leading-tone chord where the dissonance appears in the bass – the leading tone forming a tritone above this dissonance. (See CHORD.)
Deux Quartes justes de suite sont permises en composition, même par Mouvement semblable, pourvu qu'on y ajoute la Sixte: mais ce sont des passages dont on ne doit pas abuser, & que la Basse-fondamentale n'autorise pas extrêmement.
Two consecutive perfect fourths are permissible in composition, even by similar motion, provided a sixth is added. Yet such passages should not be abused, as the fundamental bass does not strongly authorize them.
QUARTER, v.n. C'étoit, chez nos anciens Musiciens, une maniere de procéder dans le Déchant ou Contre-point plutôt par Quartes que par Quintes: c'étoit ce qu'ils appelloient aussi par un mot Latin plus barbare encore que le François, Diatefferonare.
QUARTER, v.n. Among our early musicians, this denoted a method of proceeding in discant or counterpoint favoring fourths over fifths – what they also called, through a Latin term more barbarous than the French, Diatefferonare.
QUATORZIEME, s. f. Réplique ou Octave de la Septieme. Cet Intervalle s'appelle Quatorzieme, parce qu'il faut former quatorze Sons pour passer diatoniquement d'un de ses termes à l'autre.
FOURTEENTH, s. f. The replica or octave of the seventh. This interval is called Fourteenth, as fourteen diatonic steps separate its extremes.
QUATUOR, s. m. C'est le nom qu'on donne aux morceau de Musique vocale ou instrumentale qui font à quatre Parties récitantes. (Voyez Parties.) Il n'y a point de vrais Quatuor , ou ils ne valent rien. Il faut que dans un bon Quatuor les Parties soient presque toujours alternatives, parce que dans tout Accord il n'y a que deux Parties tout au plus qui fassent Chant & que l'oreille puisse distinguer à la fois; les deux autres ne sont qu'un pur remplissage, & l'on ne doit pas mettre de remplissage dans un Quatuor.
QUARTET, n.m. This is the name given to vocal or instrumental musical pieces written for four principal parts. (See PARTS.) There are no true Quartets, or they are worthless. In a good Quartet, the parts must almost always alternate, for in any chord there are at most two parts that create melody and which the ear can distinguish simultaneously; the other two serve merely as filler – and filler has no place in a Quartet.
QUEUE, s. f. On distingue dans les Notes la tête & la [558] Queue. La tête est le corps même de la Note; la Queue est ce trait perpendiculaire qui tient à la tête & qui monte ou descend indifféremment à travers la Portée. Dans le Plain-Chant la plupart des Notes n'ont pas de Queue ; mais dans la Musique il n'y a que la Ronde qui n'en ait point. Autrefois la Breve ou Quarrée n'en avoit pas non plus; mais les différentes positions de la Queue servoient à distinguer les valeurs des autres Notes, & sur-tout de la Plique. (Voyez Plique.)
TAIL, n.f. In musical notation, we distinguish between the head and the [558] tail. The head is the body of the note; the tail is the perpendicular stroke attached to the head, ascending or descending indifferently across the staff. In Plainchant, most notes lack tails; but in measured music, only the Whole Note lacks one. Formerly, the Breve or Square Note also lacked tails; but the varied positions of tails served to distinguish the values of other notes, particularly the Plica. (See PLICA.)
Aujourd'hui la Queue ajoutée aux Notes du Plain-Chant prolonge leur durée; elle l'abrege, au contraire, dans la Musique, puisqu'une Blanche ne vaut que la moitié d'une Ronde.
Today, the tail added to Plainchant notes prolongs their duration; in measured music, however, it abbreviates it, since a Half Note is worth only half a Whole Note.
QUINQUE, s. m. Nom qu'on donne aux morceaux de Musique vocale ou instrumentale qui sont à cinq Parties récitantes. Puisqu'il n'y a pas de vrai Quatuor, à plus forte raison n'y a-t-il pas de véritable Quinque. L'un & l'autre de ces mots, quoique passés de la Langue Latine dans la Françoise, se prononce comme en Latin.
QUINTET, n.m. Name given to vocal or instrumental musical pieces written for five principal parts. If true Quartets do not exist, even less so do genuine Quintets. Both terms, though borrowed from Latin into French, retain their Latin pronunciation.
QUINTE, s. f. La seconde des Consonnances dans l'ordre de leur génération. La Quinte est une Consonnance parfaite; (Voyez Consonnance.) son rapport est de 2 à 3. Elle est composée de quatre Degrés diatoniques, arrivant au cinquieme Son, d'où lui vient le nom de Quinte. Son Intervalle est de trois Tons & demi; savoir, deux Tons majeurs, un Ton mineur, & un semi-Ton majeur.
FIFTH, n.f. The second consonance in order of harmonic generation. The Fifth is a perfect consonance (see CONSONANCE); its ratio is 2:3. It comprises four diatonic degrees spanning five sounds – hence its name. Its interval spans three and a half tones: specifically, two major tones, one minor tone, and one major semitone.
La Quinte peut s'altérer de deux manieres; savoir, en diminuant son Intervalle d'un semi- Ton, & alors elle [559] s'appelle fasse-Quinte, & devroit s'appeller Quinte diminuée; ou en augmentant d'un semi-Ton le même Intervalle, & alors elle s'appelle Quinte-Superflue. De sorte que la Quinte-Superflue a quatre Tons, & la Fausse-Quinte trois seulement, comme le Triton, dont elle ne differe dans nos systêmes que par le nombre des Degrés. (Voyez Fausse-Quinte.)
The Fifth may be altered in two ways: by diminishing its interval by a semitone, [559] becoming a False Fifth (though more properly called a Diminished Fifth); or by augmenting the same interval by a semitone, becoming an Augmented Fifth. Thus the Augmented Fifth spans four whole tones, while the False Fifth spans only three – differing from the Tritone in our systems solely by degree count. (See FALSE FIFTH.)
Il y a deux Accords qui portent le nom de Quinte; savoir, l'Accord de Quinte & Sixte, qu'on appelle aussi grande-Sixte ou Sixte ajoutée, & l'Accord de Quinte-Superflue.
Two chords bear the name "Fifth": the Fifth and Sixth Chord (also called Added Sixth or Major Sixth), and the Augmented Fifth Chord.
Le premier de ces deux Accords se considere en deux manieres; savoir, comme un Renversement de l'Accord de Septieme, la Tierce du Son fondamental étant portée au grave; c'est l'Accord de grande-Sixte; (Voyez Sixte.) ou bien comme un Accord direct dont le Son fondamental est au grave, & c'est alors l'Accord de Sixte-ajoutée. (Voyez Double-emploi.)
The first of these may be considered in two ways: as an inversion of the Seventh Chord, with the fundamental's third moved to the bass (the Major Sixth Chord – see SIXTH); or as a direct chord with the fundamental in the bass, becoming the Added Sixth Chord. (See DOUBLE-EMPLOI.)
Le second se considere aussi de deux manieres, l'une par les François, l'autre par les Italiens. Dans l'Harmonie Françoise la Quinte-Superflue est l'Accord dominant en Mode mineur, au-dessous duquel on fait entendre la Médiante qui fait Quinte-Superflue avec la Note sensible. Dans l'Harmonie Italienne, la Quinte-Superflue ne se pratique que sur la Tonique en Mode majeur, lorsque, par accident, la Quinte est diésée, faisant alors Tierce majeure sur la Médiante & par conséquent Quinte-Superflue sur la Tonique. Le principe de cet Accord, qui paroit sortir du Mode [560] se trouvera dans l'exposition du Systême de M. Tartini. (Voyez Systême.)
The second is also viewed differently by French and Italian traditions. In French Harmony, the Augmented Fifth is the dominant chord in minor mode, below which we hear the Mediant forming an Augmented Fifth with the leading tone. In Italian Harmony, the Augmented Fifth occurs only on the Tonic in major mode when the fifth is sharpened by accident, thus forming a Major Third above the Mediant and consequently an Augmented Fifth above the Tonic. The principle of this chord – which appears to transcend modal boundaries [560] – will be found in Mr. Tartini's System. (See SYSTEM.)
Il est défendu, en composition, de faire deux Quintes de suite par mouvement semblableentre les mêmes Parties: cela choqueroit l'oreille en formant une double Modulation.
In composition, it is forbidden to write two consecutive fifths in similar motion between the same parts: this would offend the ear by creating a double modulation.
M. Rameau prétend rendre raison de cette regle par le défaut de liaison entre les Accords. Il se trompe. Premièrement on peux former ces deux Quintes & conserver la liaison harmonique. Secondement, avec cette liaison, les deux Quintes sont encore mauvaises. Troisièmement, il faudroit, par le même principe, étendre, comme autrefois, la regle aux Tierces majeures; ce qui n'est pas & et ne doit pas être. Il n'appartient pas à nos hypotheses de contrarier le jugement de l'oreille, mais seulement d'en rendre raison.
Mr. Rameau claims to justify this rule through defective chord connections. He errs. First, one may form these two fifths while preserving harmonic continuity. Second, even with such continuity, the fifths remain objectionable. Third, by this same principle, the rule should extend to major thirds as in former times – which is neither current practice nor should it be. Our hypotheses must not contradict the ear's judgment, but only account for it.
Quinte-fausse, est une Quinte réputée juste dans l'Harmonie, mais qui, par la force de la Modulation, se trouve affoibli d'un semi. Ton: telle est ordinairement la Quinte de l'Accord de Septieme sur la seconde Note du Ton en Mode majeur.
Quinte-fausse [false fifth] refers to a fifth considered just in harmony but weakened by a semitone through modulatory force – such as typically occurs in the seventh chord built on the second scale degree in major mode.
La fausse-Quinte est une dissonance qu'il faut sauver: mais la Quinte-fausse peut passer pour Consonnance & être traitée comme telle quand on compose à quatre Parties. (Voyez Fausse- Quinte.)
The fausse-Quinte [false fifth] is a dissonance requiring resolution. However, the Quinte-fausse may pass as a consonance and be treated as such in four-part writing. (See Fausse-Quinte.)
QUINTE, est aussi le nom qu'on donne en France à cette Partie instrumentale de remplissage qu'en Italie on appelle Viola. Le nom de cette Partie a passé à l'Instrument qui la jour.
QUINTE [Fifth] also designates the French term for the instrumental filler part called Viola in Italy. The part's name transferred to the instrument performing it.
[561] QUINTER, v.n. C'étoit, chez nos anciens Musiciens, une maniere de procéder dans le Déchant ou Contre-point plutôt par Quinte que par Quartes. C'est ce qu'ils appelloient aussi dans leur Latin Diapentissare. Muris s'étend fort au long sur les regles convenables pour Quinter ou Quarter à propos.
[561] QUINTER, v.n. Among our early musicians, this described counterpoint procedures favoring fifths over fourths – what they termed Diapentissare in their Latin. Muris expounds at length on proper rules for "quinting" or "quartering" appropriately.
QUINZIEME, s. f. Intervalle de deux Octaves. (Voyez Double-Octave.)
QUINZIEME [Fifteenth], s.f. Interval spanning two octaves. (See Double-Octave.)
R
R
[562] RANZ-DES-VACHES. Air célebre parmi les Suisses, & que leurs jeunes Bouviers jouent sur la Cornemuse en gardant le bétail dans les montagnes. Voy. l'Air noté. PL N. Voyez aussi l'article Musique où il est fait mention des étranges effets de cet Air.
[562] RANZ-DES-VACHES. Celebrated Swiss air played by young herdsmen on the bagpipe while tending cattle in mountain pastures. See notated air PL N. Consult also the Musique entry regarding this melody's remarkable effects.
RAVALEMENT. Le Clavier ou Systême à Ravalement est celui qui, au lieu de se borner à quatre Octaves comme le Clavier ordinaire, s'étend à cinq, ajoutant une Quinte au-dessous de l'ut d'en-bas, une Quarte au-dessus de l'ut d'en haut, & embrassant ainsi cinq Octaves entre deux fa. Le mot Ravalement vient des Facteurs d'Orgue & de Clavecin, & il n'y a gueres que ces Instrumens sur lesquels on puisse embrasser cinq Octaves. Les Instrumens aigus passent même rarement l'ut d'en-haut sans jouer faux, & l'Accord des Basses ne leur permet point de passer l'ut d'en-bas.
RAVALEMENT [Extension]. An extended keyboard system spanning five octaves between two Fs – adding a fifth below low C and a fourth above high C – unlike the standard four-octave range. The term originates from organ and harpsichord makers, as few instruments except these accommodate five octaves. High-register instruments rarely surpass high C without intonation issues, while bass limitations prevent exceeding low C.
RE. Syllabe par laquelle on solfie la seconde Note de la Gamme. Cette Note, au naturel, s'exprime par la lettre D. (Voyez D. & GAMME.)
RE. Solfège syllable for the second scale degree. This natural note corresponds to D. (See D. & GAMUT.)
RECHERCHE, s. f. Espece de Prélude ou de Fantaisie sur l'Orgue ou sur le Clavecin, dans laquelle le Musicien affecte de rechercher & de rassembler les principaux traits d'Harmonie &de Chant qui viennent d'être exécutés, ou qui vont l'être dans un Concert. Cela se fait ordinairement sur-le-champ sans préparation, & demande, par conséquent beaucoup d'habileté.
ELABORATION, n. f. A type of Prelude or Fantasia on the Organ or Harpsichord, in which the Musician affectively explores and gathers the principal harmonic and melodic motifs that have just been performed or are about to be heard in a Concert. This is typically done extemporaneously without preparation, thus requiring considerable skill.
[563] Les Italiens appellent encore Recherches; ou Cadences, ces Arbitrii ou Points d'Orgue que le Chanteur se donne la liberté de faire sur certaines Notes de sa Partie, suspendant la Mesure, parcourant les diverses cordes du Mode, & même en sortant quelquefois, selon les idées de son génie & les routes de son gosier, tandis que tout l'Accompagnement s'arrête jusqu'à ce qu'il lui plaise de finir.
[563] The Italians also call Elaborations or Cadenzas those Arbitrii or Fermatas where the Singer takes liberty on certain notes of their part, suspending the Meter, traversing various degrees of the Mode—even departing from it at times—guided by their genius and vocal agility, while the entire accompaniment pauses until they choose to conclude.
RÉCIT, s. m. Nom générique de tout ce qui se chante à voix seule. On dit, un Récit de Basse, un Récit de Haute-Contre. Ce mot s'applique même en ce sens aux Instrumens. On dit un Récit de Violon, de Flûte, de Hautbois. En un mot Réciter c'est chanter ou jouer seul une Partie quelconque, par opposition au Choeur & à la Symphonie en général, où plusieurs chantent ou jouent la même Partie à l'unisson.
RECITATIVE PART, n. m. A generic term for any solo vocal passage. One speaks of a Bass Recitative Part, a Haute-Contre Recitative Part. This term also applies to instrumental solos: a Violin, Flute, or Oboe Recitative Part. In short, to recite is to sing or play any part alone, as opposed to the Chorus or Symphony, where multiple performers execute the same part in unison.
On peut encore appeller Récit la Partie où regne le Sujet principal, & dont toutes les autres ne sont que l'Accompagnement. On a mis dans le Dictionnaire de l'Académie Françoise, les Récits ne sont point assujettis à la Mesure comme les Airs. Un Récit est souvent un Air, & par conséquent Mesuré. L'Académie auroit-elle confondu le Récit avec le Récitatif?
One may further designate as Recitative Part the line carrying the principal subject, to which all others serve as accompaniment. The Dictionnaire de l'Académie Françoise states: "Recitative Parts are not bound by Meter like Arias." Yet a Recitative Part is often itself an Aria and thus measured. Has the Academy conflated Recitative Part with Recitative?
RECITANT. Partic. Partie Récitante est celle qui se chante par une seule Voix, ou se joue par un seul Instrument; par opposition aux Parties de Symphonie & de Choeur qui sont exécutées à l'unisson par plusieurs Concertans. (V. RECIT.}
RECITER, partic. The Recitative Part is that sung by a single voice or played by a solo instrument, as distinct from Symphony or Chorus parts performed in unison by multiple musicians. (See RECITATIVE PART.)
RÉCITATION, s. f. Action de Réciter la Musique. (Voy. RECITER.)
RECITATION, n. f. The act of performing a Recitative Part. (See TO RECITE.)
[564] RECITATIF, s. m. Discours récité d'un ton musical & harmonieux. C'est une de Chant qui approche beaucoup de la parole, une déclamation en Musique, dans laquelle le Musicien doit imiter, autant qu'il est possible, les inflexions de voix du Déclamateur. Ce Chant est nommé Récitatif, parce qu'il s'applique à la narration, au récit, & qu'on s'en sort dans le Dialogue dramatique. On a mis dans le Dictionnaire de l'Académie, que le Récitatif doit être débité: il y a des Récitatifs qui doivent être débités, d'autres qui doivent être soutenus.
[564] RECITATIVE, n. m. Speech declaimed in a musical and harmonious tone. It is a style of singing approximating speech—a musical declamation in which the Composer must imitate, as closely as possible, the inflections of an orator’s voice. This chant is termed Recitative because it applies to narration, storytelling, and dramatic dialogue. The Dictionnaire de l'Académie states: "Recitative must be briskly delivered." Yet some Recitatives demand briskness, others sustained expression.
La perfection du Récitatif dépend beaucoup du caractere de la Langue; plus la Langue est accentuée & mélodieuse, plus le Récitatif est naturel, & approche du vrai discours il n'est que l'Accent noté dans une Langue vraiment musicale; mais dans une Langue pesante, sourde & sans accent, le Récitatif n'est que du chant, des cris, de la Psalmodie: on n'y reconnoît plus la parole. Ainsi le meilleur Récitatif est celui où Ton chante le moins. Voilà, ce me semble, le: seul vrai principe tiré de la nature de la chose, sur lequel on doive se fonder pour juger du Récitatif, & comparer celui d'une Langue à celui d'une autre.
The perfection of Recitative depends greatly on a language’s character: the more accented and melodious the tongue, the more natural the Recitative becomes, approaching true discourse—it is merely notated accent in a genuinely musical language. But in a heavy, muted, unaccented language, Recitative degenerates into mere song, cries, or psalmody, losing all resemblance to speech. Thus, the finest Recitative is that which least resembles singing. This, it seems to me, is the sole true principle—drawn from the nature of the art—by which Recitative should be judged and compared across languages.
Chez les Grecs, toute la Poésie étoit en Récitatif, parce que la Langue étant mélodieuse, il suffisoit d'y ajouter la Cadence du Mètre & la Récitation soutenue, pour rendre cette Récitation tout-à-fait musicale; d'où vient que ceux qui versifioient appelloient cela chanter. Cet usage, passé ridiculement dans les autres Langues, fait dire encore aux Poètes, je chante, lorsqu'ils ne sont aucune sorte de Chant. [565] Les Grecs pouvoient chanter en parlant; mais chez nous il faut parler ou chanter; on ne sauroit faire à la sois l'un & l'autre. C'est cette distinction même qui nous a rendu le Récitatif nécessaire. La Musique domine trop dans nos Airs, la Poésie y est presque oubliée. Nos Drames lyriques sont trop chantés pour pouvoir l'être toujours. Un Opéraqui ne seroit qu'une suite d'Airs ennuieroit presque autant qu'un seul Air de la même étendue. Il faut couper & séparer les Chants par de la parole ; mais il faut que cette parole soit modifiée par la Musique. Les idées doivent changer, mais la Langue doit rester la même. Cette Langue une fois donnée, en changer dans le cours d'une Piece, seroit vouloir parler moitié François, moitié Allemand. Le passage du discours au Chant, & réciproquement, est trop disparate ; il choque à la fois l'oreille & la vraisemblance : deux interlocuteurs doivent parler ou chanter ; ils ne sauroient faire alternativement l'un & l'autre. Or le Récitatif est le moyen d'union du Chant & de la parole ; c'est lui qui sépare & distingue les Airs, qui repose l'oreille étonnée de celui qui précede, & la dispose à goûter celui qui suit : enfin c'est à l'aide du Récitatif que ce qui n'est que dialogue, récit, narration dans le Drame, peut se rendre sans sortir de la Langue donnée, & sans déplacer l'éloquence des Airs.
Among the Greeks, all Poetry was in Recitative, because their melodious language required only the cadence of Meter and sustained recitation to render it fully musical. Hence poets called versification "singing." This custom, absurdly adopted by other languages, still leads poets to say "I sing" when producing no melody whatsoever. [565] The Greeks could sing while speaking; but we must either speak or sing – never both. This distinction itself necessitated Recitative. Music dominates our Airs too thoroughly, nearly erasing Poetry. Our lyric dramas are oversung to sustain interest. An Opera comprising only Airs would weary as much as a single prolonged Air. Song must be interspersed with speech – yet speech modified by Music. Ideas may shift, but the musical language must remain constant. Changing tongues mid-performance would be like alternating French and German. The abrupt shift between speech and song offends both ear and verisimilence: interlocutors must either converse or sing, never alternate. Thus Recitative bridges song and speech, separates Airs, rests the ear after one melody, and prepares it for the next. Through Recitative, dialogue and narration retain dramatic coherence without abandoning the established musical language or diminishing the Airs' eloquence.
On ne mesure point le Récitatif en chantant : Cette Mesure, qui caractérise les Airs, gâteroit la déclamation récitative. C'est l'Accent, soit grammatical, soit oratoire, qui doit seul diriger la lenteur ou la rapidité des Sons, de même que leur élévation ou leur abaissement. Le Compositeur, [566] en notant le Récitatif sur quelque Mesure déterminée, n'a en vue que de fixer la correspondance de la Basse-continue & du Chant & d'indiquer, à-peu-près, comment on doit marquer la quantité des syllabes, cadencer & scander les vers. Les Italiens ne se servent jamais pour leur Récitatif que de la Mesure à quatre Tems ; mais le François entremêlent le leur de toutes sortes de Mesures.
Recitative is unmeasured in performance: Metrical constraints proper to Airs would corrupt declamatory expression. Only grammatical and oratorical accents should govern syllabic duration and pitch inflection. When [566] notating Recitative within fixed measures, the composer aims solely to align continuo bass with vocal line, approximating syllabic quantity and verse scansion. Italians use exclusively four-beat measures for Recitative, whereas the French employ mixed meters.
Ces derniers arment aussi la Clef de toutes sortes de Transpositions, tant pour le Récitatif que pour les Airs : ce que ne sont pas les Italiens ; mais ils notent toujours le Récitatif au naturel : la quantité de Modulations dont ils le chargent, & la promptitude des Transitions, faisant que la Transposition convenable à un Ton ne l'est plus à ceux dans lesquels on passe, muliplieroit trop les Accidens sur les mêmes Notes, & rendroit le Récitatif presque impossible à suivre, & très- difficile à noter.
The French also transpose the clef extensively for both Recitative and Airs – a practice Italians avoid. Italians notate Recitative at concert pitch, for the abundance of modulations they load it with, and the rapidity of harmonic shifts, would multiply accidentals intolerably under transposition. Such notation would render Recitative nearly unperformable and extraordinarily difficult to transcribe accurately.
En effet, c'est dans le Récitatif qu'on doit faire usage des Transitions harmoniques les plus recherchées, & des plus savantes Modulations. Les Airs n'offrant qu'un sentiment, qu'une image, renfermés enfin dans quelque unité d'expression, ne permettent gueres au Compositeur de s'éloigner du Ton principal ; & s'il vouloit moduler beaucoup dans un si court espace, il n'offriroit que des Phrases étranglées, entassées, & qui n'auroient ni liaison, ni goût, ni Chant. Défaut très-ordinaire dans la Musique Françoise, & même dans l'Allemande.Mais dans le Récitatif, où les expressions, les sentimens; les idées varient à chaque instant, on doit employer des [567] Modulations également variées qui puissent représenter par leurs contextures, les successions exprimées par le discours du Récitant. Les inflexions de la Voix parlante ne sont pas, bornées aux Intervalles musicaux; elles sont infinies & impossibles à déterminer. Ne pouvant donc les fixer avec une certaine précision, le Musicien, pour suivre la parole, doit au moins les imiter le plus qu'il est possible; & afin de porter dans l'esprit des Auditeurs l'idée des Intervalles & des Accens qu'il ne peut exprimer en Notes, il a recours à des. Transitions qui les supposent: si, par exemple, l'Intervalle du semi-Ton majeur au mineur lui est nécessaire, il ne les notera pas, il ne sauroit; mais il vous en donnera l'idée a l'aide d'un passage enharmonique. Une marche de Basse suffit souvent pour changer toutes les idées, & donner au Récitatif l'Accent & l'inflexion que l'Acteur ne peut exécuter.
Indeed, it is in Recitative that one must employ the most refined harmonic transitions and learned modulations. Airs, being confined to a single sentiment or image within a unity of expression, scarcely permit composers to stray from the principal key. Should they attempt excessive modulation within such brief confines, they would produce only constricted phrases - crowded, disjointed, and devoid of melodic grace. This fault proves all too common in French Music, and even in German compositions. But in Recitative, where expressions, sentiments and ideas shift incessantly, one must deploy [567] equally varied modulations whose harmonic textures might mirror the discursive successions of the Reciter. The inflections of speech remain unbounded by musical intervals; they are infinite and indefinable. Since precise notation proves impossible, musicians must at least imitate spoken cadences as closely as possible. To convey intervals and accents beyond notation's reach, they resort to implied transitions. For instance, when requiring the interval between major and minor semitones, the composer cannot notate them directly, but suggests their essence through enharmonic passages. A simple bass progression often suffices to transform the entire character, granting the Recitative accents and inflections beyond the actor's literal execution.
Au reste, comme il importe que l'Auditeur soit attentif au Récitatif, & non pas à la Basse, qui doit faire son effet sans être écoutée, il suit de-là que la Basse doit rester sur la même Note autant qu'il est possible; car c'est au moment qu'elle change de Note & frappe une autre corde, qu'elle se fait écouter. Ces momens étant rares & bien choisis, n'usent point les grands effets; ils distraisent moins fréquemment le Spectateur & le laissent plus aisément dans la persuasion qu'il n'entend que parler, quoique l'Harmonie agisse continuellement sur son oreille. Rien ne marque un plus mauvais Récitatif que ces Basses perpétuellement sautillantes, qui courent de Croche en Croche après la succession harmonique, & sont, sous la Mélodie de la Voix, [568] une maniere de Mélodie sort plate & sort ennuyeuse. Le Compositeur doit savoir prolonger & varier les Accords sur la même Note de Basse & n'en changer qu'au moment où l'inflexion du Récitatif devenant plus vive reçoit plus d'effet par ce changement de Basse & empêche l'Auditeur de le remarquer.
Moreover, as listeners should attend to the Recitative rather than the bass - whose effect must operate without conscious attention - it follows that the bass should sustain single notes whenever possible. For it is precisely when changing notes and striking new chords that the bass demands notice. By making such moments rare and judicious, great effects remain potent; the spectator grows less distracted, more easily persuaded he hears mere speech, though harmony works ceaselessly upon his ear. Nothing betrays wretched Recitative like incessantly hopping basses chasing harmonic sequences eighth note by eighth note - beneath the vocal Melody, [568] these form a sort of flat and tedious counter-melody. The composer must skillfully prolong and vary chords over sustained bass notes, altering them only when the recitative's inflection intensifies - thus masking the bass shift within the dramatic climax.
Le Récitatif ne doit servir qu'à lier la contexture du Drame, à séparer & faire valoir les Airs, à prévenir l'étourdissement que donneroit la continuité du grand bruit; mais quelqu'éloquent que soit le Dialogue, quelqu'énergique & savant que puisse être le Récitatif, il ne doit durer qu'autant qu'il est nécessaire à son objet; parce que ce n'est point dans le Récitatif qu'agit le charme de la Musique, que ce n'est cependant que pour déployer ce charme qu'est institué l'Opéra. Or, C'est en ceci qu'est le tort des Italiens, qui, par l'extrême longueur de leurs scenes, abusent du Récitatif. Quelque beau qu'il soit en lui-même, il ennuie parce qu'il dure trop, & que ce n'est pas pour entendre du Récitatif que l'on va à l'Opéra. Démosthène parlant tout le jour ennuieroit à la fin; mais il ne s'ensuivroit pas de-là que Démosthène fût un Orateur ennuyeux. Ceux qui disent que les Italiens eux-mêmes trouvent leur Récitatif mauvais, le disent bien gratuitement; puisqu'au contraire il n'y a point de partie dans la Musique dont les Connoisseurs fassent tant de cas & sur laquelle ils soient aussi difficiles. Il suffit même d'exceller dans cette seule partie, fût-on médiocre dans toutes les autres, pour s'élever chez eux au rang des plus illustres Artistes, & le célebre Porpora ne s'est immortalisé que par-là.
Recitative should serve solely to bind the drama's fabric, to separate and enhance Airs, to relieve the stupefaction of perpetual clamor. However eloquent the dialogue or learned the Recitative, it must persist only as long as necessary - for musical enchantment resides not here, yet Opera exists precisely to deploy that enchantment. Herein lies the Italians' error: through excessively long scenes, they abuse Recitative. However fine in itself, it wearies through protraction - one attends Opera not to hear Recitative. Demosthenes himself would pall if he spoke all day; yet this would not make Demosthenes a tedious orator. Those claiming Italians themselves dislike their Recitative speak idly; connoisseurs prize no musical element more highly or judge any with greater rigor. Mastery here alone - even mediocrity elsewhere - elevates artists to eminence among them. The celebrated Porpora achieved immortality through this alone.
[569] J'ajoute que, quoiqu'on ne cherche pas communément dans le Récitatif la même énergie d'expression que dans les Airs, elle s'y trouvé pourtant quelquefois; & quand elle s'y trouvé, elle y fait plus d'effet que dans les Airs mêmes. Il y a peu de bons Opéra, où quelque grand morceau de Récitatif n'excite l'admiration des Connoisseurs, & l'intérêt dans tout le Spectacle; l'effet de ces morceaux montre assez que le défaut qu'on impute au genre n'est quedans la maniere de le traiter.
[569] I add that although one does not commonly seek in Recitative the same energy of expression as in Airs, it is nonetheless sometimes found there; and when it is found, it makes a greater effect than even in Airs. There are few good Operas where some grand passage of Recitative does not excite the admiration of Connoisseurs and interest in the entire Spectacle; the effect of these passages sufficiently demonstrates that the defect imputed to the genre lies only in the manner of treating it.
M. Tartini rapporte avoir entendu en 1714, à l'Opéra d'Ancone, un morceau de Récitatif d'une seule ligne, & sans autre Accompagnement que la Basse, faire un effet prodigieux non- seulement sur les Professeurs de l'Art, mais sur tous les Spectateurs. «C'étoit, dit-il, au commencement du troisieme Acte. A chaque représentation un silence profond dans tout le Spectacle annonçoit les approches de ce terrible morceau. On voyoit les visages pâlir, on se sentoit frissonner, & l'on se regardoit l'un l'autre avec une sorte d'effroi: car ce n'étoient ni des pleurs, ni des plaintes; c'étoit un certain sentiment de rigueur âpre & dédaigneuse qui troubloit l'ame, serroit le coeur & glaçoit le sang.» II faut transcrire le passage original; ces effets sont si peu connus sur nos théâtres que notre Langue est peu exercée à les exprimer.
Mr. Tartini relates having heard in 1714, at the Opera of Ancona, a piece of Recitative consisting of a single line and with no other Accompaniment than the bass, produce a prodigious effect not only on the Professors of the Art but on all Spectators. "It occurred," he says, "at the beginning of the third Act. At each performance, a profound silence throughout the Spectacle heralded the approach of this formidable passage. One saw faces pale, felt shivers, and people gazed at each other with a sort of dread: for these were neither tears nor lamentations; it was a certain sentiment of harsh and disdainful severity that troubled the soul, constricted the heart, and chilled the blood." The original passage must be transcribed; such effects being so little known on our stages that our Language is scarcely exercised in expressing them.
L'anno quatordecimo del secolo presente nel Dramma che si rapresentava in Ancona, v'era sull principio dell'Atto terzo una riga di Recitativo non accompagnato da altri stromenti che dal Basso; per cui, tanto in noi professori, quanto negli ascoltanti, [570] si destava una tal e tanta commozione di animo, che tutti si guardavano in faccia l'un l'altro, per la evidente mutazione di colore che si faceva in ciascheduno di noi. L'effetto non era di pianto (mi ricordo benissimo che le parole erano di sdegno,) ma di un certo rigore e freddo nel sangue, che di fatto turbava l'animo. Tredeci volte si recito il Dramma, e sempre segui L'effetto stesso universalmente; di che era segno palpabile il sommo previo silenzio, con cui l'Uditorio tutto si apparecchiava à goderne l'effetto.
L'anno quatordecimo del secolo presente nel Dramma che si rapresentava in Ancona, v'era sull principio dell'Atto terzo una riga di Recitativo non accompagnato da altri stromenti che dal Basso; per cui, tanto in noi professori, quanto negli ascoltanti, [570] si destava una tal e tanta commozione di animo, che tutti si guardavano in faccia l'un l'altro, per la evidente mutazione di colore che si faceva in ciascheduno di noi. L'effetto non era di pianto (mi ricordo benissimo che le parole erano di sdegno,) ma di un certo rigore e freddo nel sangue, che di fatto turbava l'animo. Tredeci volte si recito il Dramma, e sempre segui L'effetto stesso universalmente; di che era segno palpabile il sommo previo silenzio, con cui l'Uditorio tutto si apparecchiava à goderne l'effetto.
RÉCITATIF ACCOMPAGNÉ est celui auquel, outre la Basse-continue, on ajoute un Accompagnement de Violons. Cet Accompagnement, qui ne peut gueres être syllabique, vu la rapidité du débit, est ordinairement formé de longues Notes soutenues sur des Mesures entieres, & l'on écrit pour cela sur toutes les Parties de Symphonie le mot Sostenuto, principalement à la Basse, qui, sans cela, ne frapperoit que des coups secs & détachés à chaque changement de Note, comme dans le Récitatif ordinaire; au lieu qu'il faut alors filer & soutenir les Sons selon toute la valeur des Notes. Quand l'Accompagnement est mesuré, cela forcé de mesurer aussi le Récitatif, lequel alors suit & accompagne en quelque sorte l'Accompagnement.
ACCOMPANIED RECITATIVE is that to which, beyond the continuo bass, one adds an Accompaniment of Violins. This Accompaniment, which can scarcely be syllabic given the rapidity of delivery, is ordinarily formed of long sustained Notes over entire Measures, and for this purpose one writes the word Sostenuto on all Symphonic Parts—principally on the Bass, which otherwise would produce only dry and detached strokes at each Note change, as in ordinary Recitative; whereas here the Sounds must be drawn out and sustained according to the full value of the Notes. When the Accompaniment is measured, this forces the Recitative to be measured as well, the latter then following and in some manner accompanying the Accompaniment.
RECITATIF MESURE. Ces deux mots sont contradictoires. Tout Récitatif où l'on sent quelqu'autre Mesure que celle des vers n'est plus du Récitatif. Mais souvent un Récitatif ordinaire se change tout-d'un-coup en Chant, & prend de la Mesure & de la Mélodie; ce qui se marque en écrivant sur les Parties à Tempo ou à Battuta. Ce contraste, [571] ce changement bien ménagé produit des effets surprenans. Dans le cours d'un Récitatif débité, une réflexion tendre & plaintive prend l'Accent musical & se développe à l'instant par les plus douces inflexions du Chant; puis, coupée de la même maniere par quelqu'autre réflexion vive & impétueuse, elle s'interrompt brusquement pour reprendre à l'instant tout le débit de la parole. Ces morceaux courts & mesurés, accompagnés, pour l'ordinaire, de Flûtes & de Cors de chasse, ne sont pas rares dans les grands Récitatifs Italiens.
MEASURED RECITATIVE. These two words are contradictory. Any Recitative where one senses any Measure other than that of the verse is no longer Recitative. But often an ordinary Recitative abruptly transforms into Song, taking on Measure and Melody; this is indicated by writing Tempo or Battuta on the Parts. This contrast, [571] when well managed, produces astonishing effects. In the course of a delivered Recitative, a tender and plaintive reflection assumes the musical Accent and suddenly unfolds through the sweetest inflections of Song; then, interrupted in the same manner by some other vivid and impetuous reflection, it breaks off abruptly to instantly resume the full delivery of speech. These brief measured passages, usually accompanied by Flutes and Hunting Horns, are not rare in grand Italian Recitatives.
On mesure encore le Récitatif, lorsque l'Accompagnement dont on le charge étant chantant & mesuré.lui-même, oblige le Récitant d'y conformer son débit. C'est moins alors un Récitatif mesuré que, comme je l'ai dit plus haut, un Récitatif accompagnant l'Accompagnement.
Recitative is also measured when the Accompaniment with which it is charged, being itself singing and measured, obliges the Reciter to conform his delivery to it. This is less a measured Recitative than, as I have said above, a Recitative accompanying the Accompaniment.
RECITATIF OBLIGE. C'est celui qui, entremêle de Ritournelles & de traits de Symphonie, oblige pour ainsi dire le Récitant & l'Orchestre l'un envers l'autre, en sorte qu'ils doivent être attentifs & s'attendre mutuellement. Ces passages alternatifs de Récitatif & de Mélodie revêtue de tout l'éclat de l'Orchestre, sont ce qu'il y a de plus touchant, de plus ravissant, de plusénergique dans toute la Musique moderne. L'Acteur agité, transporté d'une passion qui ne lui permet pas de tout dire, s'interrompt, s'arrête, fait des réticences, durant lesquelles l'Orchestre parle pour lui; & ces silences, ainsi remplis, affectent infiniment plus l'Auditeur que si l'Acteur disoit lui-même tout ce que la Musique fait entendre. Jusqu'ici la Musique Françoise n'a su faire aucun usage [572] du Récitatif obligé. L'on a tâché d'en donner quelque idée dans une scene du Devin du Village, & il paroît que le Public a trouvé qu'une situation vive, ainsi traitée, en devenoit plus intéressante. Que ne seroit point le Récitatif obligé dans des scenes grandes & pathétiques, si l'on en peut tirer ce parti dans un genre rustique & badin?
RECITATIF OBLIGÉ. This is a recitative interspersed with ritornellos and orchestral passages that mutually oblige the reciter and orchestra to remain attentive to each other. These alternating passages of recitative and melody enhanced by full orchestral brilliance contain the most moving, enchanting, and vigorous elements in all modern music. The agitated actor, overwhelmed by passion that prevents full expression, pauses mid-speech, creating lacunae filled by the orchestra's eloquence. Such artful silences affect listeners more profoundly than direct speech. French music has yet to employ [572] Obbligato Recitative effectively. A tentative example appears in a scene from The Village Soothsayer, where the public found this treatment heightened dramatic interest. What heights might Obbligato Recitative reach in grand tragic scenes if it enlivens even rustic comedy?
RECITER, v. a. & n. C'est chanter ou jouer seul dans une Musique, c'est exécuter un Récit. (Voyez RECIT.)
RECITER, v. a. & n. To sing or play solo within an ensemble; to perform a recitative. (See RECIT.)
RÉCLAMÉ, s. f. C'est dans le Plain-Chant la partie du Répons que l'on reprend après le verset. (Voyez RÉPONS.)
RÉCLAMÉ, s. f. In plainchant, the portion of the responsory repeated after the verse. (See RÉPONS.)
REDOUBLE, adj. On appelle Intervalle redoublé tout Intervalle simple porté à son Octave. Ainsi la Treizieme, composée d'une Sixte & de l'Octave, est une Sixte redoublée; & la Quinzieme, qui est une Octave ajoutée à l'Octave, est une Octave redoublée. Quand, au lieu d'une Octave, on en ajoute deux, l'Intervalle est triplé; quadruplé, quand on ajoute trois Octaves.
REDOUBLED, adj. A redoubled interval occurs when a simple interval is extended by octave duplication. Thus a thirteenth (comprising a sixth plus octave) becomes a redoubled sixth; a fifteenth (octave doubled) becomes a redoubled octave. Adding two octaves creates a tripled interval; three octaves, a quadrupled one.
Tout Intervalle dont le nom passe sept en nombre, est tout au moins redoublé. Pour trouver le simple d'un Intervalle redoublé quelconque, rejettez sept autant de fois que vous le pourrez du nom de cet Intervalle, & le reste sera le nom de l'Intervalle simple: de treize rejettez sept, il reste fix; ainsi le Treizieme est une Sixte redoublée. De quinze ôtez deux fois sept ou quatorze, il reste un: ainsi la Quinzieme est un Unisson triplé, ou une Octave redoublée.
Any interval exceeding seven degrees is at minimum redoubled. To reduce a redoubled interval: subtract seven repeatedly until remaining within the octave. Thirteen minus seven leaves six - thus a thirteenth is a redoubled sixth. Fifteen minus fourteen leaves one - hence a fifteenth becomes a tripled unison or redoubled octave.
Réciproquement, pour redoubler un Intervalle simple quelconque, ajoutez-y sept, & vous aurez le nom du même Intervalle redoublé. Pour tripler un Intervalle simple, ajoutez-y quatorze, &c. (Voyez
Conversely, to redouble any simple interval: add seven to its degree. To triple: add fourteen, etc. (See
INTERVALLE.)
INTERVAL.)
[573] RÉDUCTION, s. f. Suite de Notes descendant diatoniquement. Ce terme, non plus que son opposé, Déduction, n'est gueres en usage que dans le Plain-Chant.
[573] RÉDUCTION, s. f. A diatonic descending sequence. This term, like its counterpart Déduction, remains chiefly used in plainchant.
REFRAIN. Terminaison & tous les Couplets d'une Chanson par les mêmes paroles & par le même Chant, qui se dit ordinairement deux fois.
REFRAIN. Recurring terminal phrase repeated with identical text and melody in each verse of a song, typically sung twice.
REGLE DE L'OCTAVE. Formule harmonique publiée la premiere fois par le sieur Delaire en 1700, laquelle détermine, sur la marche diatonique de la Basse, l'Accord convenable à chaque degré du Ton, tant en Mode majeur qu'en Mode mineur, & tant en montant qu'en descendant.
RULE OF THE OCTAVE. Harmonic formula first published by Sieur Delaire in 1700, prescribing chord progressions for each degree of the scale in major/minor modes, ascending/descending.
On trouvé, Pl. L. Fig. 6, cette formule chiffrée sur l'Octave du Mode majeur, & Fig. 7, sur l'Octave du Mode mineur.
See Pl. L. Fig. 6 for its major mode application, Fig. 7 for minor mode.
Pourvu que le Ton soit bien déterminé, on ne se trompera pas en accompagnant sur cette Regle, tant que l'Auteur sera resté dans l'Harmonie simple & naturelle que comporte le Mode. S'il sort de cette simplicité par des Accords par supposition ou d'autres licences, c'est à lui d'en avertir par des Chiffres convenables; ce qu'il doit faire aussi à chaque changement de Ton: mais tout ce qui n'est point chiffré doit s'accompagner selon la Regle de l'Octave, & cette Regle doit s'étudier sur la Basse-fondamentale pour en bien comprendre le sens.
Provided the key remains stable, this Rule ensures correct accompaniment within diatonic harmony. Should the composer employ chromaticism or license through supposition chords, proper figuring becomes imperative. Unfigured passages default to the Rule of the Octave, which must be studied through fundamental bass analysis for full comprehension.
Il est cependant fâcheux qu'une formule destinée à la pratique des Regles élémentaires de l'Harmonie, contienne une faute contre ces mêmes Regles; c'est apprendre de bonne heure auxcommençans à transgresser les loix qu'on leur [574] donne. Cette faute est dans l'Accompagnement de la sixieme Note dont l'Accord chiffré d'un 6, péche contre les regles, car il ne s'y trouvé aucune liaison, & la Basse-fondamentale descend diatoniquement d'un Accord parfait sur un autre. Accord parfait; licence trop grande pour pouvoir faire Regle.
It is nevertheless regrettable that a formula intended for practicing elementary Rules of Harmony contains a violation of these very Rules; this teaches beginners from the outset to transgress the laws being [574] imparted to them. This error lies in the accompaniment of the sixth note, where the chord marked with a 6 contravenes the rules, for there is no proper voice-leading, and the Fundamental Bass descends diatonically from one perfect chord to another perfect chord – an excessive liberty to be enshrined as Rule.
On pourroit faire qu'il y dit liaison, en ajoutant une Septieme à l'Accord parfait de la Dominante; mais alors cette Septieme, devenue Octave sur la Note suivante, ne seroit point sauvée, & la Basse-fondamentale, descendant diatoniquement sur un Accord parfait, après un Accord de Septieme, seroit une marche entiérement intolérable.
One might attempt to establish voice-leading by adding a seventh to the perfect chord of the Dominant; but this seventh, becoming an octave on the following note, would remain unresolved. Moreover, the Fundamental Bass descending diatonically to a perfect chord after a seventh chord would constitute wholly intolerable part-writing.
On pourroit aussi donner à cette sixieme Note l'Accord de petite Sixte, dont la Quarte seroit liaison; mais ce seroit fondamentalement un Accord de Septieme avec Tierce mineure, où la Dissonance ne seroit pas préparée; ce qui est encore contre les Regles. (Voyez PRÉPARER.)
One could alternatively assign the minor sixth chord to this sixth note, whose fourth would provide voice-leading. But fundamentally, this would create a seventh chord with a minor third where the dissonance remains unprepared – another breach of the Rules. (See PREPARE.)
On pourroit chiffrer Sixte-Quarte sur cette sixieme Note, & ce seroit alors l'Accord parfait de la Seconde; mais je doute que les Musiciens approuvassent un Renversement aussi mal entendu que celui-là; Renversement que l'oreille n'adopté point, & sur un Accord qui éloigné trop l'idée de la Modulation principale.
One might mark this sixth note with a sixth-fourth chord, which would then constitute the perfect chord of the second degree. Yet I doubt musicians would approve such ill-conceived inversion – an inversion the ear rejects, belonging to a chord that distracts from the principal modulation.
On pourroit changer l'Accord de la Dominante, en lui donnant la Sixte-Quarte au lieu de la Septieme, & alors la Sixte simple iroit très-bien sur la sixieme Note qui suit; mais la Sixte-Quarte iroit très-mal sur la Dominante, à moins qu'elle n'y sût suivie de l'Accord parfait ou de la Septieme; ce qui rameneroit la difficulté. Une Regle qui sert non-seulement [575] dans la pratique, mais de modele pour la pratique, ne doit point se tirer de ces combinaisons théoriques rejettées par l'oreille; & chaque Note, sur-tout la Dominante, y doit porter son Accord propre, lorsqu'elle peut en avoir un.
Were we to alter the Dominant's chord by substituting a sixth-fourth for the seventh, the simple sixth might then follow correctly on the subsequent sixth note. But the sixth-fourth would clash harshly on the Dominant unless followed by a perfect or seventh chord – thereby reintroducing the original difficulty. A Rule intended not merely [575] for practice but as a model for practice must not derive from such theoretical combinations rejected by the ear. Each note – particularly the Dominant – must bear its proper chord where possible.
Je tiens donc pour une chose certaine, que nos Regles sont mauvaises, ou que l'Accord de Sixte, dont on Accompagne la sixieme Note en montant, est une faute qu'on doit corriger, & que pour Accompagner régulierement cette Note, comme il convient dans une formule, il n'y a qu'un seul Accord à lui donner, savoir celui de Septieme; non une Septieme fondamentale, qui, ne pouvant dans cette marche se sauver que d'une autre Septieme, seroit une faute; mais une Septieme renversée d'un Accord de Sixte-ajoutée sur la Tonique. Il est clair que l'Accord de la Tonique est le seul qu'on puisse insérer régulierement entre l'Accord parfait ou de Septieme sur la Dominante, & le même Accord sur la Note sensible qui suit immédiatement. Je souhaite que les gens de l'Art trouvent cette correction bonne; je suis sur au-moins qu'ils la trouveront réguliere.
I therefore maintain as certain that either our Rules are flawed, or that the sixth chord assigned to the ascending sixth note constitutes an error requiring correction. To accompany this note regularly within a formula, only one chord proves suitable: the seventh chord – not a fundamental seventh (which, requiring resolution through another seventh in this progression, would be faulty), but an inverted seventh derived from an added sixth chord on the Tonic. Clearly, the Tonic's chord alone may be properly inserted between the perfect or seventh chord on the Dominant and the same chord on the following leading tone. I hope practitioners find this correction sound; I am at least certain they will find it regular.
RÉGLER LE PAPIER. C'est marquer sur un papier blanc les Portées pour y noter la Musique. (Voyez PAPIER REGLE.)
RULING PAPER. Marking staves on blank paper for musical notation. (See RULED PAPER.)
RÉGLEUR, s. m. Ouvrier qui fait profession de régler les papiers de Musique. (Voyez COPISTE.)
RULER, s.m. Craftsman specializing in ruling musical paper. (See COPYIST.)
RÉGLURE, s. f. Maniere dont est réglé le papier. Cette Réglure est trop noire. Il y a plaisir de Note sur une Réglure bien nette. (Voyez PAPIER REGLE.)
RULING, s.f. Manner in which paper is ruled. "This ruling is too dark." "Pleasing to note upon a clean ruling." (See RULED PAPER.)
RELATION, s. f. Rapport qu'ont entr'eux lus deux Sons [576] qui forment un Intervalle, considéré par le genre de cet Intervalle. La Relation est juste, quand l'Intervalle est juste, majeur ou mineur; elle est fausse, diminué. (Voyez INTERVALLE.)
RELATION, s.f. Connection between two sounds [576] forming an interval, considered through that interval's quality. The relation is just when the interval is perfect, major, or minor; it is false when diminished. (See INTERVAL.)
Parmi les fausses Relations, on ne considere comme telles dans l'Harmonie, que cellesdont les deux Sons ne peuvent entrer dans le même Mode. Ainsi le Triton, qui dans la Mélodie est une fausse Relation, n'en est une dans l'Harmonie que lorsqu'un des deux Sons qui le forment, est une corde étrangere au Mode. La Quarte diminuée, quoique bannie de l'Harmonie, n'est pas toujours une fausse Relation. Les Octaves diminuée & superflue, étant non-seulement des Intervalles bannis de l'Harmonie, mais impraticables dans le même Mode, sont toujours de fausses Relations. Il en est de même des Tierces & des Sixtes diminuée & superflue, quoique la derniere soit admise aujourd'hui.
Among false relations, only those whose two tones cannot coexist within the same mode are considered as such in harmony. Thus the tritone, which constitutes a false relation in melody, becomes one in harmony only when either of its constituent tones lies outside the mode. The diminished fourth, though banished from harmony, does not always constitute a false relation. Diminished and augmented octaves, being not only prohibited intervals in harmony but unattainable within the same mode, invariably form false relations. The same applies to diminished and augmented thirds and sixths, though the latter is now tolerated.
Autrefois les fausses Relations étoient toutes défendues. A présent elles sont presque toutes permises dans la Mélodie, mais non dans l'Harmonie. On peut pourtant les y faire entendre, pourvu qu'un des deux Sons qui forment la fausse Relation, ne soit admis que comme Note de goût, & non comme partie constitutive de l'Accord.
Formerly, all false relations were forbidden. Today they are mostly permitted in melody but not in harmony. They may however appear in harmony provided one of the two tones forming the false relation is admitted merely as an ornamental note rather than a constituent part of the chord.
On appelle encore Relation enharmonique, entre deux cordes qui sont à un l'on d'Intervalle, le rapport qui se trouvé entre le Dièse de l'inférieure & le Bémol de la Supérieure. C'est, pair le Tempérament, la même touche sur l'Orgue & sur le Clavecin; mais en rigueur ce n'est pas le même Son, & il y a entr'eux un Intervalle enharmonique. (Voyez ENHARMONIQUE.)
An enharmonic relation also exists between two tones separated by an interval where the sharp of the lower tone coincides with the flat of the upper. Through temperament, these share the same key on the organ and harpsichord; yet strictly speaking, they are distinct tones separated by an enharmonic interval. (See ENHARMONIC.)
[577] REMISSE, adj. Les Sons Remisses sont ceux qui ont peu de forcé, ceux qui étant fort graves ne peuvent être rendus que par des Cordes extrêmement lâches, ni entendus que de sort prés. Remisse est l'opposé d'Intense, & il y a cette différence entre Remisse & bas ou foible, de même qu'entre Intense & haut ou fort, que bas & haut se disent de la sensation que le Son porte à l'oreille; au lieu qu'Intense & Remisse se rapportent plutôt à la cause qui le produit.
[577] REMISSE, adj. Remisse tones are those of feeble intensity – extremely low-pitched tones requiring slack strings and close proximity to be perceived. "Remisse" opposes "intense," distinguishing itself from "low" or "weak" as "intense" differs from "high" or "loud." While "low" and "high" describe auditory perception, "intense" and "remisse" pertain rather to the physical cause producing the tone.
RENFORCER, v. a. pris en sens neutre. C'est passer du Doux au Fort, ou du Fort au très-Fort, non tout d'un coup, mais par une gradation continue en enflant & augmentant les Sons, soit sur une Tenue, soit sur une suite de Notes, jusqu'à ce qu'ayant atteint celle qui sert de terme au Renforcé, l'on reprenne ensuite le jeu ordinaire. Les Italiens indiquent le Renforcé dans leur Musique par le mot Crescendo, ou par le mot Rinforzando indifféremment.
TO REINFORCE, v. To transition gradually from soft to loud, or loud to very loud, not abruptly but through continuous swelling of sustained or sequential tones until reaching the dynamic climax, after which ordinary playing resumes. Italians denote this reinforcement in scores indifferently as crescendo or rinforzando.
RENTRÉE, s. f. Retour du sujet, sur-tout après quelques Pauses de silence, dans une Fugue, une Imitation, ou dans quelque autre Dessein.
REENTRY, s.f. The return of a principal theme, particularly after rests, within a fugue, imitation, or other contrapuntal design.
RENVERSE. En fait d'Intervalles, Renversé est opposé à Direct. (Voyez DIRECT.) Et en fait d'Accords, il est opposé à Fondamental. (Voyez FONDAMENTAL.)
INVERTED. Regarding intervals, "inverted" opposes "direct." (See DIRECT.) Regarding chords, it opposes "fundamental." (See FUNDAMENTAL.)
RENVERSEMENT, s. m. Changement d'ordre dans les Sons qui composent les Accords, & dans les Parties qui composent l'Harmonie: ce qui se fait en substituant à la Basse, par des Octaves, les Sons qui doivent être au Dessus, ou aux extrémités ceux qui doivent occuper le milieu, & réciproquement.
INVERSION, s.f. The reordering of chordal tones and harmonic parts through octave transpositions – substituting upper voices in the bass register or central tones in outer voices, and vice versa.
[578] Il est certain que dans tout Accord il y a un ordre fondamental & naturel, qui est celui de la génération de l'Accord même: mais les circonstances d'une succession, le goût, l'expression, le beau Chant, la variété, le rapprochement de l'Harmonie, obligent souvent le Compositeur de changer cet ordre en renversant les Accords, & par conséquent la disposition des Parties.
[578] Every chord possesses a natural fundamental order reflecting its harmonic generation. Yet circumstances of progression, aesthetic taste, expressive demands, fine melody, variety, and harmonic cohesion often compel composers to invert chords and redistribute parts.
Comme trois choses peuvent être ordonnées en six manieres, & quatre choses en vingt- quatre manieres, il semble d'abord qu'un Accord parfait devroit être susceptible de six Renversemens, & un Accord dissonant de vingt-quatre; puisque celui-ci est composé de quatre Sons, l'autre de trois, & que le Renversement ne consiste qu'en des transpositions d'Octaves. Mais il faut observer que dans l'Harmonie on ne compte point pour des Renversemens toutes lesdispositions différentes des Sons supérieurs, tant que le même Son demeure au grave. Ainsi ces deux ordres de l'Accord parfait ut mi sol, & sol mi ut, ne sont pris que pour un même Renversement , & ne portent qu'un même nom; ce qui réduit à trois tous les Renversemens de l'Accord parfait, à quatre tous ceux de l'Accord dissonant; c'est-à-dire, à autant de Renversemens qu'il entre de différens Sons dans l'Accord: car les Répliques des mêmes Sons ne sont ici comptées pour rien.
Since three elements can be arranged in six ways, and four elements in twenty-four ways, it might initially appear that a perfect chord should admit six inversions, and a dissonant chord twenty-four — given that the latter comprises four tones and the former three, with inversion consisting solely of octave transpositions. Yet observe that in harmony, different dispositions of upper tones are not considered distinct inversions so long as the same tone remains in the bass. Thus these two orderings of the perfect chord Ut Mi Sol and Sol Mi Ut constitute but a single inversion bearing the same designation. This reduces all inversions of the perfect chord to three, and those of the dissonant chord to four — that is, as many inversions as there are distinct tones within the chord, for replicated tones are here disregarded.
Toutes les fois donc que la Basse-fondamentale se fait entendre dans la Partie la plus grave, ou, si la Basse-fondamentale est retranchée, toutes les fois que l'ordre naturel est gardé dans les Accords, l'Harmonie est directe. Dès que [579] cet ordre est changé, ou que les Sons fondamentaux, sans être au grave, se sont entendre dans quelque autre Partie, l'Harmonie est renversée. Renversement de l'Accord, quand le Son fondamental est transposé; Renversement de l'Harmonie, quand le Dessus ou quelque autre Partie devroit faire la Basse.
Whenever the fundamental bass sounds in the lowest part — or, should the fundamental bass be omitted, whenever the natural ordering of chords is preserved — the harmony remains direct. The moment [579] this order is altered, or when fundamental tones (though not in the bass) resound through other parts, the harmony becomes inverted. We speak of chord inversion when the fundamental tone is transposed, and harmonic inversion when the treble or another part assumes the role of bass.
Par-tout où un Accord direct sera bien placé, ses Renversemens seront bien placés aussi, quant à l'Harmonie; car c'est toujours la même succession fondamentale. Ainsi à chaque Note de Basse-fondamentale, on est maître de disposer l'Accord à sa volonté, & par conséquent de faire à tout moment des Renversemens différens; pourvu qu'on ne change point la succession réguliere & fondamental, que les Dissonances soient toujours préparées & sauvées par les Parties qui les sont entendre, que la Note sensible monte toujours, & qu'on évite les fausses Relations trop dures dans une même Partie. Voilà la Clef de ces différences mystérieuses que mettent les Compositeurs entre les Accords où le Dessus syncope, & ceux où la Basse doit syncoper; comme, par exemple, entre la Neuvieme & la Seconde: c'est que dans premiers l'Accord est direct & la Dissonance dans le Dessus; dans les autres l'Accord est renversé, & la Dissonance à la Basse.
Wherever a direct chord is well-placed, its inversions will likewise succeed harmonically, for the fundamental progression remains unchanged. Thus at each fundamental bass note, one may freely dispose the chord — and consequently vary inversions at will — provided the fundamental progression remains regular; provided dissonances are always prepared and resolved by the parts sounding them; provided the leading tone ascends; and provided harsh false relations within a single part are avoided. Herein lies the key to those mysterious distinctions composers make between chords where the treble syncopates and those requiring bass syncopation — as between the ninth and the second: in the former, the chord is direct with dissonance in the treble; in the latter, the chord is inverted with dissonance in the bass.
A l'égard des Accords par supposition, il faut plus de précautions pour les Renverser. Comme le Son qu'on ajoute Basse est entièrement étranger à l'Harmonie, souvent y est souffert qu'à cause de son grand éloignement des autres Sons, qui rend la Dissonance moins dure, Que si [580] ce Son ajouté vient à être transposé dans les Parties supérieures, comme il l'est quelquefois; si cette transposition n'est faite avec beaucoup d'art, elle y peut produire un très- mauvais effet, & jamais cela ne sauroit se pratiquer heureusement sans retrancher quelque autre Son de l'Accord. V. au mot Accord les cas & le choix de ces retranchemens.
Regarding chords by supposition, greater caution must accompany their inversion. The added bass tone being wholly foreign to the harmony is often tolerated solely through its wide separation from other tones, thereby softening the dissonance. Should [580] this added tone be transposed into upper parts (as occasionally occurs), such displacement — unless executed with consummate skill — may produce grievous effects. Successful implementation invariably requires omitting certain chord tones. (See the entry Accord for cases and principles governing such omissions.)
L'intelligence parfaite du Renversement ne dépend que de l'étude & de l'art: le choix est autre chose; il faut de l'oreille & du goût; il y faut de l'expérience des effets divers, & quoique le choix du Renversement soit indifférent pour le fond de l'harmonie, il ne l'est pas pour l'effet & l'expression. Il est certain que la Basse-fondamentale est faite pour soutenir l'Harmonie & régner au-dessous d'elle. Toutes les fois donc qu'on change l'ordre & qu'on renverse l'Harmonie, on doit avoir de bonnes raisons pour cela; sans quoi, l'on tombera dans le défaut de nos Musiques récentes, où les Dessus chantent quelquefois comme des Basses, & les Basses toujours comme des Dessus, où tout est confus, renversé, mal ordonné, sans autre raison que de pervertir l'ordre établi & de gâter l'Harmonie.
While mastery of inversion depends on study and technique, its judicious application requires a discerning ear and taste — demanding experience in varied effects. Though inversion remains indifferent to harmonic substance, it proves vital to expressive impact. The fundamental bass exists to uphold harmony and reign beneath it. Whenever we subvert this order through inversion, compelling reasons must justify the breach; else we lapse into the flaw of modern compositions where trebles sometimes chant like basses, basses forever scuttle like trebles — all inverted, disordered, confounding, perverting natural hierarchy to harmony's detriment.
Sur l'Orgue & le Clavecin les divers Renversemens d'un Accord, autant qu'une seule main peut les faire, s'appellent faces. (Voyez FACE.)
On the organ and harpsichord, the various inversions of a chord (as far as a single hand may execute them) are termed faces. (See FACE.)
RENVOI, s. m. Signe figuré à volonté, placé communément au-dessus de la Portée, lequel correspondant à un autre signe semblable, marque qu'il faut, d'où est le second, retourner où est le premier, & de-là suivre jusqu'à ce qu'on trouvé le Point final. (Voyez POINT.)
RENVOI, n. m. Sign represented at will, commonly placed above the staff, which corresponds to another similar sign, indicating that from where the second is located, one must return to where the first is, and from there continue until encountering the Final Point. (See POINT.)
[581] RÉPERCUSSION, s. f. Répétition fréquente des même Sons. C'est ce qui arrive dans toute Modulation bien déterminée, où les cordes essentielles du Mode, celles qui composent la Triade harmonique, doivent être rebattues plus souvent qu'aucune des autres. Entre les trois cordes de cette Triade, les deux extrêmes; c'est-à-dire, la Finale & la Dominante, qui sont proprement la Répercussion du Ton, doivent être plus souvent rebattues que celle du milieu qui n'est que la Répercussion du Mode. (Voyez TON & MODE.)
[581] RÉPERCUSSION, n. f. Frequent repetition of the same sounds. This occurs in any well-defined Modulation, where the essential notes of the Mode — those forming the harmonic Triad — must be reiterated more often than any others. Among the three notes of this Triad, the two extremes — namely the Final and the Dominant, which properly constitute the Repercussion of the Tone — must be reiterated more frequently than the middle note, which serves merely as the Repercussion of the Mode. (See TONE & MODE.)
RÉPÉTITION, s, f. Essai que l'on fait en particulier d'une Piece de Musique que l'on veut exécuter en public. Les Répétitions sont nécessaires pour s'assurer que les copies sont exactes, pour que les Acteurs puissent prévoir leurs Parties pour qu'ils se concertent & s'accordent bien ensemble, pour qu'ils saisissent l'esprit de l'ouvrage, & rendent fidélement ce qu'ils ont à exprimer. Les Répétitions servent au Compositeur même pour juger de l'effet de sa Piece, & faire les changemens dont elle peut avoir besoin.
RÉPÉTITION, n. f. Private rehearsal of a musical piece intended for public performance. Répétitions are necessary to verify the accuracy of copies, to allow performers to study their parts, to coordinate and harmonize together, to grasp the spirit of the work, and to faithfully render what they must express. Répétitions also aid the Composer in judging the effect of their piece and making necessary revisions.
RÉPLIQUE, s. f. Ce terme en Musique signifie la même chose qu'Octave. (Voyez OCTAVE.) Quelquefois en composition l'on appelle aussi Réplique l'Unisson de la même Note dans deux Parties différentes. Il y a nécessairement des Répliques à chaque Accord dans toute Musique à plus de quatre Parties. (Voyez UNISSON.)
RÉPLIQUE, n. f. This term in Music signifies the same as Octave. (See OCTAVE.) In composition, it sometimes denotes the Unison of the same note across different parts. Répilques necessarily occur in every chord within music written for more than four parts. (See UNISON.)
RÉPONS, s. m. Espece d'Antienne redoublée qu'on chante dans l'Eglise Romaine après les leçons de Matines ou les Capitules, & qui finit en maniere de Rondeau par une Reprise appellée Réclame.
RÉPONS, n. m. Type of doubled Antiphon sung in the Roman Church after Matins lessons or chapters, concluding in the manner of a Rondeau with a reprise called the Réclame [Recall].
[582] Le Chant du Répons doit être plus orné que celui d'une Antienne ordinaire, sans sortir pourtant d'une Mélodie mâle & grave, ni de celle qu'exige le Mode qu'on a choisi. Il n'est cependant pas nécessaire que le Verset d'un Répons se termine par la Note finale du Mode; il suffit que cette Finale termine le Répons même.
[582] The chant of the Répons must be more ornamented than that of a regular Antiphon, yet without departing from a vigorous and grave Melody, or from the demands of the chosen Mode. However, the Verset of a Répons need not end on the Mode’s Final note; it suffices that this Final note concludes the Répons itself.
RÉPONSE, s. f. C'est, dans une Fugue, la rentrée du sujet par une autre Partie, après que la premiere l'a fait entendre; mais c'est sur-tout dans une Contre-Fugue, la rentrée du sujet renverse de celui qu'on vient d'entendre. (Voyez FUGUE, CONTRE-FUGUE.)
RÉPONSE, n. f. In a Fugue, this denotes the re-entry of the subject by another part after the first has stated it. But in a Counter-Fugue, it specifically refers to the re-entry of the inverted subject. (See FUGUE, COUNTER-FUGUE.)
REPOS, s. m. C'est la terminaison de la phrase, sur laquelle terminaison le Chant se repose plus ou moins parfaitement. Le Repos ne peut s'établir que par une Cadence pleine: si la Cadence est évitée, il ne peut y avoir de vrai Repos; car il est impossible à l'oreille de se reposer sur une Dissonance. On voit par-là qu'il y a précisément autant d'especes de Repos que de sortes de Cadences pleines; (Voyez CADENCE.) & ces différens. Repos produisent dans la Musique l'effet de la ponctuation dans le discours.
REPOS, n. m. The termination of a phrase upon which the melody rests more or less conclusively. Repos can only be established by a full Cadence: if the Cadence is evaded, no true Repos is possible, for the ear cannot rest upon a Dissonance. Thus, there are precisely as many types of Repos as there are kinds of full Cadences (See CADENCE). These distinct Repos produce in Music the effect of punctuation in discourse.
Quelques-uns confondent mal-à-propos les Repos avec les Silences, quoique ces choses soient sort différentes. (Voyez SILENCE.)
Some improperly conflate Repos with Silences, though these are entirely distinct. (See SILENCE.)
REPRISE, s. f. Toute Partie d'un Air, laquelle se répete deux fois, sans être écrite deux sois, s'appelle Reprise. C'est en ce sens qu'on dit que la premiere Reprise d'une Ouverture est grave, & la seconde gaie. Quelquefois aussi l'on n'entend par Reprise que la seconde Partie d'un Air. On dit ainsi [583] que la Reprise du joli Menuet de Dardanus ne vaut rien du tout. Enfin Reprise est encore chacune des Parties d'un Rondeau qui souvent en a trois, & quelquefois davantage, donton ne répete que la premiere.
REPRISE, s. f. Any section of an air that is repeated twice without being written twice is called a Reprise. In this sense, we say the first Reprise of an overture is solemn, and the second lively. Sometimes Reprise refers solely to the second part of an air. Thus [583] it is said that the Reprise of the charming Minuet from Dardanus is entirely without merit. Lastly, Reprise also denotes each section of a Rondeau, which often has three or more parts, of which only the first is repeated.
Dans la Note on appelle Reprise un figue qui marque que l'on doit répéter la Partie de l'Air qui le précede; ce qui évite la peine de la noter deux fois. En ce sens on distingue deux Reprises, la grande & la petite. La grande Reprise se figure à l'Italienne par une double barre perpendiculaire avec deux points en dehors de chaque côté, ou à la Françoise par deux barres perpendiculaires un peu plus écartées, qui traversent toute la Portée, & entre lesquelles on insère un point dans chaque espace: mais cette seconde maniere s'abolit peu-à-peu; car ne pouvant imiter tout-à-fait la Musique Italienne, nous en prenons du moins les mots & les signes; comme ces jeunes gens qui croient prendre le style de M. De Voltaire en suivant son orthographe.
In notation, Reprise refers to a sign indicating that the preceding section of the air should be repeated, thereby avoiding the need to notate it twice. In this sense, we distinguish between the grande Reprise and the petite Reprise. The grande Reprise is rendered in the Italian style by a double perpendicular bar with two dots outside each side, or in the French style by two slightly wider perpendicular bars crossing the entire staff, with a dot inserted in each space between them. Yet this latter method is gradually falling into disuse; for though we cannot fully imitate Italian music, we at least adopt its terms and signs — much like those youths who fancy they emulate M. De Voltaire’s style by merely aping his spelling.
Cette Reprise, ainsi ponctuée à droite & à que ordinairement qu'il faut recommencer deux sois, tant la Partie qui précede que celle qui suit; c'est pourquoi on la trouvé ordinairement vers le milieu des Passe-pieds, Menuets, Gavottes, &c.
This Reprise, marked with dots to the right and left, generally indicates that both the preceding and following sections must be repeated twice. Hence it is commonly found near the middle of Passe-pieds, Minuets, Gavottes, etc.
Lorsque la Reprise a seulement des points à sa gauche, c'est pour la répétition de ce qui précede, & lorsqu'elle a des points à sa droite, c'est pour la répétition de ce qui suit. Il seroit du moins à souhaiter que cette convention, adoptée par quelques-uns, sût tout-à-fait établie; car elle me paroît fort commode. (Voyez Pl. L. Fig. 8.) la figure de ces différentes Reprises.
When the Reprise has dots only to its left, it signals the repetition of what precedes; when marked with dots to the right, it denotes repetition of what follows. It would be most desirable for this convention — adopted by some — to become fully established, for I find it exceedingly practical. (See Pl. L, Fig. 8 for illustrations of these different Reprises.)
[584] La petite Reprise est, lorsqu'après une grande Reprise on recommence encore quelques-unes des dernieres Mesures avant de finir. Il n'y a point de signes particuliers pour la petite Reprise, mais on se sert ordinairement de quelque signe de Renvoi figuré au-dessus de la Portée. (Voyez RENVOI.)
[584] The petite Reprise occurs when, after a grande Reprise, a few final measures are repeated before concluding. There are no specific signs for the petite Reprise; instead, a Renvoi sign is typically placed above the staff. (See RENVOI.)
Il faut observer que ceux qui notent correctement ont toujours soin que la derniere Note d'une Reprise se rapporte exactement, pour la Mesure, & à celle qui commence la même Reprise, & à celle qui commence la Reprise qui suit, quand il y en a une. Que si le rapport de ces Notes ne remplit pas exactement la Mesure, après la Note qui termine une Reprise, on ajoute deux ou trois Notes de ce qui doit être recommencé, jusqu'à ce qu'on ait suffisamment indiqué comment il faut remplir la Mesure. Or, comme à la fin d'une premiere Partie en a premièrement la premiere Partie à reprendre, puis la seconde Partie à commencer, & que cela ne se fait pas toujours dans des Tems ou parties de Tems semblables, on est souvent obligé de noter deux fois la finale de la premiere Reprise, l'une avant le signe de Reprise avec les premieres Notes de la premiere Partie; l'autre après le même signe pour commencer la seconde Partie. Alors on trace un demi-cercle ou chapeau depuis cette premiere finale jusqu'à sa répétition, pour marquer qu'à la seconde fois il faut passer, comme nul, tout ce qui est compris sans le demi-cercle. II m'est impossible de rendre cette explication plus courte, plus claire, ni plus exacte; mais la Figure 9 de la Planche L. suffira pour la faire entendre parfaitement.
It must be observed that careful notators always ensure the final note of a Reprise aligns metrically both with the note beginning the same Reprise and with that initiating the following Reprise (if present). Should these notes not perfectly fill the measure, two or three notes from the recommencing passage are added after the Reprise’s final note to indicate how the measure should be completed. Since the first part must first be repeated and then the second part begun — often in differing beats or subdivisions — one is frequently obliged to notate the final note of the first Reprise twice: once before the Reprise sign with the initial notes of the first part, and again after the sign to begin the second part. A semicircle or "hat" is then drawn from this first finale to its repetition, indicating that upon the second pass, all within the semicircle should be skipped. I find it impossible to render this explanation any shorter, clearer, or more precise; yet Figure 9 of Plate L will suffice to make it perfectly intelligible.
[585] RESONNANCE, s. f. Prolongement ou réflexion du Son, soit par les vibrations continuées des Cordes d'un Instrument, soit par les parois d'un corps sonore, soit par la collision de l'air renfermé dans un Instrument à vent. (Voyez SON, MUSIQUE, INSTRUMENT.)
[585] RESONANCE, s. f. The prolongation or reflection of sound — whether through continued vibrations of an instrument’s strings, the walls of a resonant body, or the collision of air within a wind instrument. (See SOUND, MUSIC, INSTRUMENT.)
Les voûtes elliptiques & paraboliques résonnent, c'est-à-dire, réfléchissent le Son. (Voyez ECHO.)
Elliptical and parabolic vaults resonate — that is, they reflect sound. (See ECHO.)
Selon M. Dodart, le nez, la bouche, ni ses parties, comme le palais, la langue, les dents, les levres ne contribuent en rien au Ton de la Voix; mais leur effet est bien grand pour la Résonnance. (Voyez Voix.) Un exemple bien sensible de cela se tire d'un Instrument d'acier appellé Trompé de Béarn ou Guimbarde; lequel, si on le tient avec les doigts & qu'on frappe sur la languette, nerendra aucun Son; mais si le tenant entre les dents on frappe de même, il rendra un Son qu'on varie en serrant plus ou moins, & qu'on entend d'assez loin, sur-tout dans le bas.
According to M. Dodart, the nose, mouth, or its parts – such as the palate, tongue, teeth, and lips – contribute nothing to the pitch of the voice, yet their effect upon resonance is considerable. (See Voice.) A striking example of this is found in a steel instrument called the Trompé de Béarn or Guimbarde [Jew’s Harp]. If held in the fingers and struck upon its tongue, it will produce no sound; but if gripped between the teeth and similarly struck, it emits a variable tone modulated by pressure, audible at some distance, particularly in lower registers.
Dans les Instrumens à Cordes, tels que le Clavecin, le Violon, le Violoncelle, le Son vient uniquement de la Corde; mais la Résonnance dépend de la caisse de l'Instrument.
In stringed instruments such as the harpsichord, violin, or cello, sound originates solely from the string, while resonance depends upon the instrument’s soundbox.
RESSERRER L'HARMONIE. C'est rapprocher les Parties les unes des autres dans les moindres Intervalles qu'il est possible. Ainsi pour resserrer cet Accord ut sol mi, qui comprend une Dixieme, il faut renverser ainsi ut mi sol, & alors il ne comprend qu'une Quinte. (Voyez ACCORD, RENVERSEMENT.)
TO CONDENSE HARMONY. This entails narrowing the intervals between parts to the smallest possible degree. Thus, to condense the chord ut sol mi – spanning a tenth – one must invert it as ut mi sol, reducing it to a fifth. (See ACCORD, RENVERSEMENT.)
RESTER, v. n. Rester sur une syllabe, c'est la prolonger [586] plus que n'exige la Prosodie, comme on fait sous les Roulades; & Rester sur une Note, c'est y faire une Tenue, ou la prolonger jusqu'à ce que le sentiment de la Mesure toit oublié.
TO LINGER, v.n. Lingering upon a syllable involves prolonging it [586] beyond prosodic requirements, as under melismatic passages; lingering upon a note entails sustaining it until the sense of measure is forgotten.
RHYTHME, s. m. C'est, dans sa définition la plus générale, la proportion qu'ont entr'elles les parties d'un même tout. C'est, en Musique, la différence du mouvement qui résulte de la vitesse ou de la lenteur, de la longueur ou de la brièveté des Tems.
RHYTHM, s.m. In its broadest definition: the proportional relation among parts of a whole. In music: the variation of motion arising from the speed or slowness, length or brevity of temporal units.
Aristide Quintilien devise le Rhythme en trois especes; savoir, le Rhythme des corps immobiles, lequel résulte de la juste proportion de leurs Parties, comme dans une statue bien faite; le Rhythme du Mouvement local, comme la Danse, la démarche bien composée, les attitudes des Pantomimes, & le Rhythme des Mouvemens de la Voix ou de la durée relative des Sons, dans une telle proportion, que soit qu'on frappe toujours la même Corde, soit qu'on varie les Sons du grave à l'aigu, l'on fasse toujours résulter de leur succession des effets agréables par la durée & la quantité. Cette derniere espece de Rhythme est la seule dont j'ai à parler ici.
Aristides Quintilianus divides Rhythm into three species: (1) Rhythm of immobile bodies, arising from the just proportion of their parts, as in a well-sculpted statue; (2) Rhythm of local motion, as in dance, composed gait, or the attitudes of pantomimes; (3) Rhythm of vocal motions or the relative duration of sounds – in such proportion that whether striking the same chord or varying pitches from grave to acute, agreeable effects emerge through duration and quantity. This last species alone concerns us here.
Le Rhythme appliqué à la Voix peut encore s'entendre de la parole ou du Chant. Dans le premier sens, c'est du Rhythme que naissent le nombre & & l'Harmonie dans l'éloquence; la Mesure & la Cadence dans la Poésie: dans le second, le Rhythme s'applique proprement à la valeur des Notes, & s'appelle aujourd'hui Mesure. (Voyez MESURE.) C'est encore à cette seconde acception que doit se borner ce que j'ai à dire ici sur le i des Anciens.
Rhythm applied to the voice may further pertain to speech or song. In the former sense, Rhythm begets number and harmony in oratory, measure and cadence in poetry. In the latter, Rhythm properly governs note values and is now termed Measure. (See MESURE.) To this latter acceptation I must confine my remarks on the ancients’ doctrine.
[587] Comme les syllabes de la Langue Grecque avoient une quantité & des valeurs plus sensibles, plus déterminées que celles de notre Langue, & que les vers qu'on chantoit étoient composés d'un certain nombre de pieds que formoient ces syllabes, longues ou breves, différemment combinées, le Rhythme du Chant suivoit régulièrement la marche de ces pieds, & n'en étoit proprement que l'expression. Il se divisoit, ainsi qu'eux, en deux Tems, l'un frappé, autre levé; l'on en comptoit trois Genres, même quatre & plus, selon les divers rapports de ces Tems. Ces Genres étoient l'Egal, qu'ils appelloient aussi Dactylique, où le Rhythme étoit divisé en deux Tems égaux; le Double, Trochaïque ou lambique, dans lequel la durée de l'un des deux Tems étoit double de celle de l'autre; le Sesquialtère, qu'ils appelloient aussi Péonique, dont la durée de l'un des deux Tems étoit à celle de l'autre en rapport de 3 à 2; & enfin l'Epitrite, moins usité, où le rapport des deux Tems étoit de 3 à 4.Les Tems de ces Rhythmes étoient susceptibles de plus ou moins de lenteur, par un plus grand ou moindre nombre de syllabes ou de Notes longues ou breves, selon le Mouvement, & dans ce sens, un Tems pouvoit recevoir jusqu'à huit degrés différens de Mouvement par le nombre des syllabes qui le composoient: mais les deux Tems conservoient toujours entr'eux le rapport déterminé par le Genre du Rhythme.
[587] Since the syllables of the Greek language possessed a more perceptible and determinate quantity and value than those of our own tongue, and since the verses set to music were composed of a specific number of feet formed by these syllables – whether long or short, variously combined – the Rhythm of Song regularly followed the progression of these feet, being properly their expression. It was divided, like them, into two beats: one struck, the other lifted. They recognized three Genres, even four or more, depending on the diverse ratios of these beats. These Genres were: the Equal, also called Dactylic, where the Rhythm was divided into two equal beats; the Double, Trochaic or Iambic, in which the duration of one beat was double that of the other; the Sesquialtera, also termed Paeonic, where the duration of one beat stood in a 3:2 ratio to the other; and finally the Epitrite, less commonly used, where the ratio between the two beats was 3:4. The beats of these Rhythms could be rendered more or less slow through a greater or lesser number of syllables or long/short notes, depending on the Tempo. In this sense, a single beat could admit up to eight distinct degrees of movement through the number of syllables comprising it. Yet the two beats always maintained between them the ratio determined by the Rhythm’s Genre.
Outre cela, le Mouvement & la marche des syllabes, & par conséquent des Tems & du Rhythme qui en résultoit, [588] étoit susceptible d'accélération & de ralentissement, à la volonté du Poete, selon l'expression des paroles & le caractere des passions qu'il faloit exprimer. Ainsi de ce deux moyens combinés naissoient des foules de modifications possibles dans le mouvement d'un même Rhythme; qui n'avoient d'autres bornes que celles au-deçà ou au-delà desquelles l'oreille n'est plus à portée d'appercevoir les proportions.
Beyond this, the tempo and progression of syllables – and consequently of the beats and resulting Rhythm – [588] were subject to acceleration or deceleration at the poet’s discretion, according to verbal expression and the character of passions to be conveyed. Thus, from these two combined means arose multitudes of possible modifications within the movement of a single Rhythm, bounded only by the thresholds beyond which the ear can no longer perceive proportions.
Le Rhythme, par rapport aux pieds qui entroient dans la Poésie, se partageoit en trois autres Genres. Le Simple, qui n'admettoit qu'une sorte de pieds; le Composé, qui résultoit de deux ou plusieurs especes de pieds; & le Mixte, qui pouvoit se résoudre en deux ou plusieurs Rhythmes, égaux ou inégaux, selon les diverses combinaisons dont il étoit susceptible.
Rhythm, with respect to the feet composing the Poetry, was further divided into three other Genres: the Simple, admitting only one type of foot; the Compound, arising from two or more species of feet; and the Mixed, resolvable into two or more Rhythms – equal or unequal – according to diverse combinatory possibilities.
Une autre source de variété dans le Rythme étoit la différence des marches ou successions de ce même Rhythme, selon l'entrelacement des différens vers. Le Rhythme pouvoit être toujours uniforme; c'est-à-dire, se battre à deux Tems toujours égaux, comme dans les vers Hexametres, Pentametres, Adoniens, Anapestiques, ou toujours inégaux, comme dans les vers purs Iambiques. ou diversifié, c'est-à-dire, mêlé de pieds égaux & d'inégaux, comme dans les Scazons, les Choriambiques, &c. Mais dans tous ces cas les Rhythmes, même semblables ou égaux, pouvoient, comme je l'ai dit, être fort différens en vitesse selon la nature des pieds. Ainsi de deux Rhythmes de même Genre, résultans l'un de deux Spondée, l'autre de [589] deux Pyrriques, le premier auroit été double de l'autre en durée.
Another source of rhythmic variety lay in differing cadences or successions of the same Rhythm, based on the interlacing of diverse verses. The Rhythm could remain uniform – that is, maintain two always-equal beats, as in Hexameter, Pentameter, Adonic, or Anapestic verses – or perpetually unequal, as in pure Iambic lines. Alternatively, it could diversify through mixtures of equal and unequal feet, as in Scazons, Choriambics, etc. Yet even in similar or equal Rhythms, tempi might differ markedly according to foot types. Thus, of two Rhythms of the same Genre – one derived from two Spondees, the other from [589] two Pyrrhics – the former would have lasted twice as long as the latter.
Les silences se trouvoient aussi dans le Rhythme ancien; on pas, à la vérité, comme les nôtres, pour faire taire seulement quelqu'une des Parties, ou pour donner certains caracteres au Chant: mais seulement pour remplir la mesure de ces vers appellés Catalectiques, qui manquoient d'une syllabe: ainsi le silence ne pouvoit jamais se trouver qu'à la fin du vers pour suppléer à cette syllabe.
Silences also featured in ancient Rhythm, though not as ours do – merely muting certain parts or lending particular characters to the Song. Rather, they served only to complete the measure in Catalectic verses lacking a syllable. Hence silences could occur solely at verse-end to supply this deficiency.
A l'égard des Tenues, ils les connoissoient sans doute, puisqu'ils avoient un mot pour les exprimer. La pratique en devoit cependant être fort rare parmi eux; du moins cela peut-il s'inférer de la nature de leur Rhythme, qui n'étoit que l'expression de la Mesure & de l'Harmonie des vers. Il ne paroît pas non plus qu'ils pratiquassent les Roulades, les Syncopes, ni les Points, à moins que les Instrumens ne fissent quelque chose de semblable en accompagnant la Voix; de quoi nous n'avons nul indice.
As for sustained notes (Tenues), the ancients doubtless knew them, having a term to express the practice. Yet such usage must have been rare, as may be inferred from the nature of their Rhythm – itself but the expression of verse Measure and Harmony. Neither do they appear to have employed roulades, syncopations, or dots, unless instruments produced similar effects in vocal accompaniment – a matter on which we lack evidence.
Vossius dans san Livré de Poematum cantu, & viribus Rhythmi, releve beaucoup le Rhythme ancien, & il lui attribue toute la forcé de l'ancienne Musique. Il dit qu'un Rhythme détaché comme le nôtre, qui ne représente aucune image des choses, ne peut avoir aucun effet, & que les anciens nombres poétiques n'avoient été inventés que pour cette fin que nous négligeons. Il ajoute que le langage & la Poésie modernes sont peu propres pour la Musique, & que nous n'aurons jamais de bonne Musique vocale jusqu'à ce que nous fassions des vers favorables pour le Chant; [590] c'est-à-dire, jusqu'à ce que nous réformions notre langage; & que nous luidonnions, à l'exemple des Anciens, la quantité & les Pieds mesurés, en proscrivant pour jamais l'invention barbare de la rime.
Vossius in his De Poematum cantu, & viribus Rhythmi extols the ancient Rhythm greatly, attributing to it the entire power of ancient Music. He argues that a detached Rhythm like ours—which conveys no imagery—cannot produce any effect, and that ancient poetic meters were invented precisely for this neglected purpose. He adds that modern language and Poetry are ill-suited for Music, and that we shall never have good vocal Music until we craft verses favorable for Song; [590] that is, until we reform our language by endowing it—following the Ancients’ example—with quantitative measure and metrical Feet, while banishing forever the barbarous invention of rhyme.
Nos vers, dit-il, sont précisément comme s'ils n'avoient qu'un seul Pied: de forte que nous n'avons dans notre Poésie aucun Rhythme véritable, & qu'en fabriquant nos vers nous ne pensons qu'à y faire entrer un certain nombre de syllabes, sans presque nous embarrasser de quelle nature elles sont. Ce n'est surement pas-la de l'étoffe pour la Musique.
Our verses, he claims, are as if composed of a single Foot: thus our Poetry lacks true Rhythm, and in crafting our verses we think only of cramming in syllables without regard to their nature. This is assuredly poor material for Music.
Le Rhythme est une partie essentielle de la Musique, & sur-tout de l'imitative. Sans lui la Mélodie n'est rien, & par lui-même il est quelque chose, comme on le sent par l'effet des tambours. Mais d'où vient l'impression que sont sur nous la Mesure & la Cadence? Quel est le principe par lequel ces retours tantôt égaux & tantôt variés affectent nos ames, & peuvent y porter le sentiment des passions? Demandez-le au Métaphysicien. Tout ce que nous pouvons dire ici est que, comme la Mélodie tire son caractere des accens de la Langue, le Rhythme tire le sien du caractere de la Prosodie; & alors il agit comme image de la parole: à quoi nous ajouterons que certaines passions ont dans la nature un caractere rhythmique aussi bien qu'un caractere mélodieux, absolu & indépendant de la Langue; comme la tristesse, qui marche par Tems égaux & lents, de même que par Tons remisses & bas; la joie par Tems sautillans & vîtes, de même que par Tons aigus & intenses [591] je présume qu'on pourroit observer dans toutes les autres passions un caractere propre, mais plus difficile à saisir, à cause que la plupart de ces autres passions étant composées, participent, plus ou moins, tant des précédentes que l'une de l'autre.
Rhythm is an essential part of Music, particularly the imitative kind. Without it, Melody is nothing; yet Rhythm alone holds power, as felt in the effect of drums. But whence comes the impression made by Measure and Cadence? What principle allows these returns—now equal, now varied—to stir our souls and convey the sentiment of passions? Let the Metaphysician inquire. Here we may only observe that as Melody draws its character from linguistic accents, Rhythm derives its own from Prosody, thus acting as an image of speech. To this we add that certain passions possess in nature a rhythmic character as absolute as their melodic one—independent of language. Sorrow, for instance, moves in equal, slow Tempi as much as in subdued, low Tones; joy in skipping, swift Tempi as in acute, intense Tones. [591] I suspect one might discern a proper character in all other passions, though more elusive, since most being composite, they partake variably of those aforementioned.
RHYTHMIQUE, s. f. Partie de l'Art musical qui enseignoit à pratiquer les regles du Mouvement & du Rhythme, selon les loix de la Rhythmopée.
RHYTHMIC, adj. f. The branch of musical Art that taught the practice of Movement and Rhythm according to the laws of Rhythmopoeia.
La Rhythmique, pour le dire un peu plus en détail, consistoit à savoir choisir, entre les trois Modes établis par la Rhythmopée, le plus propre au caractere dont il s'agissoit, à connoître & posséder à fond toutes les sortes de Rhythmes, à discerner & employer les plus convenables en chaque occasion, à les entrelacer de la maniere à la fois la plus expressive & la plus agréable, & enfin à distinguer l'Arsis & la Thesis, par la marche la plus sensible & la mieux Cadencée.
Rhythmic Art, to elaborate, consisted in selecting from the three Modes established by Rhythmopoeia that most suited the desired character; in mastering all Rhythms and discerning their aptest uses; in interweaving them expressively and agreeably; and finally, in distinguishing Arsis and Thesis through the most perceptible and well-cadenced progression.
RHYTHMOPEE, s. f. Partie de la Science Musicale qui prescrivoit à l'Art Rhythmique les loix du Rhythme & de tout ce qui lui appartient. (Voyez RHYTHME.) La Rhythmopée étoit à la Rhythmique, ce qu'étoit la Mélopée à la Mélodie.
RHYTHMOPOEIA, s. f. The branch of musical Science that prescribed to Rhythmic Art the laws of Rhythm and its domain. (See RHYTHM.) Rhythmopoeia was to Rhythm what Melopoeia was to Melody.
La Rhythmopée avoir pour objet le Mouvement ou le Tems, dont elle marquoit la mesure, les divisions, l'ordre & le mélange, soit pour les calmer. Elle renfermoit aussi la science des Mouvemens muets, appellés Orchesis, & en général de tous les Mouvemens réguliers. Mais elle se rapportoit [592] principalement à la Poésie; parce qu'alors la Poésie; parce qu'alors la Poésie régloit seule les Mouvemens de la Musique, & qu'il n'y avoit point de Musique purement instrumentale, qui eût un Rhythme indépendant.
Rhythmopoeia concerned itself with Movement or Time—marking its measure, divisions, order, and blendings, whether to calm or excite. It encompassed the science of silent Movements called Orchesis, and of all regular Motions generally. But its focus [592] lay chiefly on Poetry; for then Poetry alone governed Music’s Movements, there being no purely instrumental Music with independent Rhythm.
On sait que la Rhythmopée se partageoit en trois Modes ou Tropes principaux, l'un bas & serré, un autre élevé grand, & le moyen paisible & tranquille; mais du reste les Anciens ne nous ont laissé que des préceptes sort généraux sur cette partie de leur Musique, & ce qu'ils en ont dit se rapporte toujours aux vers ou aux paroles destinées pour le Chant.
We know Rhythmopoeia divided into three principal Modes or Tropes: one low and constrained, another lofty and grand, the middle tranquil and serene. Yet the Ancients left us only broad precepts on this musical branch, their teachings ever tied to verses or lyrics destined for Song.
RIGAUDON, s. m. Sorte de Danse dont l'Air se bat à deux Tems, d'un Mouvement gai, & se devise ordinairement en deux Reprises phrasées de quatre en quatre Mesures, & commençantpar la derniere Note du second Tems.
RIGAUDON, s. m. Type of dance whose music is set in two beats with lively movement, typically divided into two sections phrased in four-measure units, beginning on the last note of the second beat.
On trouvé Rigodon dans le Dictionnaire de l'Académie; mais cette orthographe n'est pas usitée. J'ai ouï dire à un Maître à Danser, que le nom de cette Danse venoit de celui de l'inventeur, lequel s'appelloit Rigaud.
The term Rigodon appears in the Academy's Dictionary, but this spelling is obsolete. I once heard a dancing master claim this dance derived its name from its inventor, one Rigaud.
RIPPIENO, s. m. Mot Italien qui se trouvé assez si fréquemment dans les Musiques d'Eglise, & qui équivaut mot Choeur ou Tous.
RIPPIENO, s. m. Italian term frequently found in church music scores, equivalent to the words Chorus or Tutti.
RITOURNELLE, s, f. Trait de Symphonie qui s'emploie en maniere de Prélude à la tête d'un Air, dont ordinairement il annonce le Chant; ou à la fin, pour imiter & assurer la fin du même Chant; ou dans le milieu, pour reposer la Voix, pour renforcer l'expression ou simplement pour embellir la Piece.
RITOURNELLE, s. f. Passage of symphonic music serving as a prelude before an aria—often foreshadowing its melody—or as a postlude to reinforce closure, sometimes interposed to let the voice rest, amplify expression, or adorn the piece.
[593] Dans les Recueils ou Partitions de vieille Musique Italienne, les Ritournelles sont souvent désignées par les mots si suona, qui signifient que l'Instrument qui accompagne doit répéter ce que la voix a chanté.
[593] In older Italian scores, ritournelles are often marked si suona ("thus play"), instructing accompanying instruments to echo the vocal line.
Ritournelle, vient de l'Italien Ritornello, & signifie petit retour. Aujourd'hui que la Symphonie a pris un caractere plus brillant, & presque indépendant de la vocale, on ne s'en tient plus gueres à de simples répétition; aussi le mot Ritournelle a-t-il vieilli.
The term Ritournelle derives from Italian Ritornello ("little return"). Now that orchestral writing has grown more virtuosic and independent from vocal parts, mere repetitions have waned—and with them, the term itself has aged.
ROLLE, s. m. Le papier séparé qui contient la Musique doit exécuter un Concertant, & qui s'appelle Partie dans un Concert, s'appelle Rolle à l'Opéra. Ainsi l'on doit distribuer une Partie à chaque Musicien, & un Rolle à chaque Acteur.
ROLLE, s. m. In opera, the separated sheet containing a performer's music—called a Part in instrumental ensembles—is termed a Role. Thus, each musician receives a Part, each actor a Role.
ROMANCE, s. f. Air sur lequel on chante un petit Poeme du même nom, divisé par couplets, duquel le sujet est pour l'ordinaire quelque histoire amoureuse & souvent tragique. Comme la Romance doit être écrire d'un style simple, touchant, & d'un goût un peu antique, l'Air doit répondre au caractere des paroles; point d'ornemens, rien de maniéré, une mélodie douce, naturelle, champêtre, & qui produise son effet par elle-même, indépendamment de la maniere de la Chanter. Il n'est pas nécessaire que le Chant soit piquant, il suffit qu'il soit naïf, qu'il n'offusque point la parole, qu'il la fasse bien entendre, & qu'il n'exige pas une grande étendue de voix. Une Romance bien faite, n'ayant rien de saillant, n'affecte pas d'abord; mais chaque couplet ajoute quelque chose à l'effet des précédens, [594] l'intérêt augmente insensiblement, & quelquefois on se trouvé attendri jusqu'aux larmes, sans pouvoir dire où est le charme qui a produit cet effet. C'est une expérience certaine que tout accompagnement d'Instrument affoiblit cette impression. Il ne faut, pour le Chant de la Romance, qu'une Voix juste, nette, qui prononce bien, & qui chante simplement.
ROMANCE, s. f. Air set to a short poem of the same name, divided into stanzas, typically recounting amorous or tragic tales. As romances demand simple, touching, quasi-archaic verse, their melodies must mirror this character: unadorned, unaffected, with rustic naturalness that speaks through intrinsic grace rather than vocal embellishment. The ideal romance melody lies plain-spoken, neither obscuring words nor straining vocal range. A well-wrought romance, though lacking immediate brilliance, accumulates power through successive stanzas; [594] interest swells imperceptibly until listeners find themselves moved to tears, disarmed by its elusive charm. Instrumental accompaniment only blunts this effect. The voice alone—pure, articulate, unpretentious—suffices.
ROMANESQUE, s. f. Air à danser. (Voyez: GAILLARDE.)
ROMANESQUE, s. f. Dance tune. (See: GAILLARDE.)
RONDE, adj. pris subst. Note blanche & ronde, sans queue, laquelle vaut une Mesure entiere à quatre Tems, c'est-à-dire, deux Blanches ou quatre Noires. La Ronde est de toutes les Notes restées en usage celle qui a le plus des valeur. Autrefois, au contraire, elle étoit celle qui en avoit le moins, & elle s'appelloit semi-Breve. (Voyez SEMI-BREVE & VALEUR DES NOTES.)
RONDE, adj. used as n. White, round note without stem, equal to a full four-beat measure (i.e., two half notes or four quarter notes). Among surviving note values, this now holds the longest duration—though paradoxically, it was once the shortest, termed semi-Breve. (See SEMI-BREVE & NOTE VALUES.)
RONDE DE TABLE. Sorte de Chanson à boire, pour l'ordinaire mêlée de galanterie, composée de divers couplets qu'on chante à table chacun à son tour, & sur lesquels tous les Convives sont Chorus en reprenant le Refrain.
RONDE DE TABLE. Drinking song blending revelry and gallantry, composed of verses sung in turn by each guest, with all joining in chorus for the refrain.
RONDEAU, s. m. Sorte d'Air à deux ou plusieurs Reprises, & dont la forme est telle qu'après avoir fini la seconde. Reprise on reprend la premiere, & ainsi de suite, revenant toujours & finissant par cette même premiere Reprise par laquelle on a commencé. Pour cela,on doit tellement conduire la Modulation, que la fin de la premiere Reprise convienne au commencement de tontes les autres; [595] & que la fin de toutes le autres commencement de la premiere.
RONDEAU, s. m. Type of Air with two or more Reprises, structured such that after completing the second Reprise, one returns to the first, and so on, always circling back and ending with the same initial Reprise that began the piece. To achieve this, the Modulation must be handled so that the conclusion of the first Reprise aligns with the commencement of all others; [595] and the end of all others matches the beginning of the first.
Les grands Airs Italiens & toutes nos Ariettes sont en Rondeau, de même que la plus grande partie des Pieces de Clavecin Françoises.
Grand Italian Airs and all our Ariettas follow the Rondeau form, as do most French Clavecin pieces.
Les routines sont des magasins de contre-sens pour ceux qui les suivent sans réflexion. Telle est pour les Musiciens celle des Rondeaux. Il faut bien du discernement pour faire un choix de paroles qui leur soient propres. Il est ridicule de mettre en Rondeau une pensée complexe, divisée en deux membres, en reprenant la premiere incise & finissant par-là. Il est ridicule de mettre en Rondeau une comparaison dont l'application ne se fait que dans le second membre, en reprenant le premier & finissant par-là. Enfin il est ridicule de mettre en Rondeau une pensée générale limitée par une exception relative à l'état de celui qui parle; en sorte qu'oubliant derechef l'exception qui se rapporte à lui, il finisse en reprenant la pensée générale.
Routines become storehouses of absurdities for those who follow them unthinkingly. Such is the case for Musicians regarding Rondeaux. Great discernment is required to select lyrics suited to this form. It is absurd to cast a complex thought—divided into two clauses—into a Rondeau by repeating the first phrase and concluding with it. It is absurd to structure a comparison in Rondeau form when its application only emerges in the second clause, only to return to the first. Finally, it is absurd to frame a general statement in Rondeau when qualified by an exception relative to the speaker’s condition, thereby forgetting the exception upon reiterating the general thought.
Mais toutes les fois qu'un sentiment exprimé dans le premier membre, amene une réflexion qui le renforce & l'appuie dans le second; toutes les fois qu'une description de l'état de celui qui parle, emplissant le premier membre, éclaircit une comparaison dans le second; toutes les fois qu'une affirmation dans le premier membre contient sa preuve & sa confirmation dans le second; toutes les sois, enfin, que le premier membre contient la proposition de faire une chose, & le second la raison de la proposition, dans ces divers cas & dans les semblables le Rondeau est toujours bien placé.
Yet whenever a sentiment expressed in the first clause leads to a reflection that reinforces and supports it in the second; whenever a description of the speaker’s state in the first clause clarifies a comparison in the second; whenever an affirmation in the first clause contains its own proof and confirmation in the second; whenever, in short, the first clause proposes an action and the second provides its rationale—in these and similar cases, the Rondeau is always aptly employed.
La Roulade n'est qu'une imitation de la Mélodie instrumentale dans les occasions où, soit pour les graces du Chant, soit pour la vérité de l'image, soit pour la forcé de l'expression, il est à propos de suspendre le discours & de prolonger la Mélodie: mais il faut, de plus, que la syllabe soit longue, que la voix en soit éclatante & propre à laisser au gosier la facilité d'entonner nettement & légérement les Notes de la Roulade sans fatiguer l'organe du Chanteur, ni, par conséquent, l'oreille des écoutans.
The Roulade is but an imitation of instrumental Melody in moments where—whether for vocal ornamentation, truthful imagery, or heightened expression—it becomes fitting to suspend discourse and prolong the Melody. Furthermore, the syllable must be long, the voice resonant, and the throat capable of cleanly and lightly intoning the Roulade’s notes without straining the singer’s organ or, consequently, the listeners’ ears.
Les voyelles les plus favorables pour faire sortir la voix, sont les a; ensuite les o, les è ouverts: l'i & l'u sont peu sonores; encore moins les diphthongues. Quant aux voyelles nazales, on n'y doit jamais faire de Roulades. La Langue Italienne pleine d'o & d'a est beaucoup plus propre pour les inflexions de voix que n'est la Françoise; aussi les Musiciens Italiens ne les épargnent-ils pas. Au contraire, les François, obligés de composer presque toute leur Musique syllabique, à cause des voyelles peu favorables sont contraints de donner aux Notes une marche lente & posée, ou de faire heurter les consonnes en faisant courir les syllabes; ce qui rend nécessairement le Chant languissant ou dur. Je ne vois pas comment la Musique Françoise pourroit jamais surmonter cet inconvénient.
The vowels most favorable for vocal projection are a, followed by open o and è; i and u are less sonorous, and diphthongs even less so. Nasal vowels should never bear Roulades. The Italian language, rich in o and a, is far better suited to vocal inflections than French; hence Italian Musicians spare no such flourishes. Conversely, the French—constrained to compose mostly syllabic Music due to their unfavorable vowels—must give notes a slow, deliberate progression or clash consonants while rushing syllables, rendering the Singing inevitably languid or harsh. I see no remedy for this inherent flaw in French Music.
C'est un préjugé populaire de penser qu'une Roulade soit toujours hors de place dans un Chant triste & pathétique. Au contraire, quand le coeur est le plus vivement ému, la [597] voix trouvé plus aisément des Accens, que l'esprit ne peut trouver des paroles, & de-là vient l'usage des Interjections dans toutes les Langues. (Voyez NEUME.) Ce n'est pas une moindre erreur de croire qu'une Roulade est toujours bien placée sur une syllabe ou dans un mot qui la comporte, sans considérer si la situation du Chanteur, si le sentiment qu'il doit éprouver la comporte
It is a vulgar prejudice to deem Roulades always misplaced in somber, pathetic Songs. On the contrary, when the heart is most acutely moved, the [597] voice finds Accents more readily than the mind finds words—hence the universal use of Interjections. (See NEUME.) Equally erroneous is the belief that a Roulade is always fitting on a syllable or word that accommodates it, without considering whether the Singer’s situation or the emotion they must convey permits it.
aussi.
as well.
La Roulade est une invention de la Musique moderne. Il ne paroît pas que les Anciens en aient fait aucun usage, ni jamais battu plus de deux Notes sur la même syllabe. Cette différence est un effet de celle des deux Musiques, dont l'une étoit asservie à la Langue, & dont l'autre lui donne la loi.
The Roulade is an invention of modern Music. The Ancients appear never to have used it, nor to have assigned more than two notes to a single syllable. This difference stems from the contrast between two musical traditions: one enslaved to Language, the other dictating to it.
ROULEMENT, s. m. (Voyez ROULADE.)
ROULEMENT, s. m. (See ROULADE.)
S
S
S. Cette lettre écrite seule dans la Patrie récitante d'un Concerto signifie Solo ; & alors elle est alternative avec le T, qui signifie Tutti.
S. This letter, written alone in the solo part of a Concerto, signifies Solo; it alternates with T, which denotes Tutti.
SARABANDE, s. f. Air-d'une Danse grave, portant le même nom, laquelle paroît nous être venue d'Espagne, & se dansoit autrefois avec des Castagnettes. Cette Danse n'est plus en usage, si ce n'est dans quelques vieux Opéra François. L'Air de la Sarabande est à trois Tems lents.
SARABANDE, s. f. Air for a grave Dance of the same name, seemingly originating in Spain and once performed with castanets. This Dance is no longer in use, save in some old French Operas. The Sarabande’s Air is in three slow Beats.
SAUT, f. m. Tout passage d'un Son à un autre par Degrés disjoints est un Saut. Il y a Saut régulier qui se fait toujours sur un Intervalle consonnant, & Saut irrégulier, qui se fait sur un Intervalle dissonant. Cette distinction vient de ce que toutes les Dissonances, excepté la Seconde qui n'est pas un Saut, sont pris difficiles à entonner que les Consonnances. Observation nécessaire dans la Mélodie pour composer des Chants faciles & agréables.
SAUT, s. m. Any passage from one note to another via disjunct degrees is a Leap. There is the regular leap, made over a consonant Interval, and the irregular leap, over a dissonant Interval. This distinction arises because all Dissonances (except the Second, which is not a Leap) are harder to pitch than Consonances—a crucial consideration in Melody for crafting facile, pleasing Songs.
SAUTER, v. n. On fait Sauter le Ton, lorsque donnant trop de vent dans une Flûte, ou dans un tuyau d'un Instrument à vent, on forcé l'air à se diviser & à faire résonner, au lieu du Ton plein de la Flûte ou du tuyau, quelqu'un seulement de ses Harmoniques. Quant le Saut est d'une Octave entiere, cela s'appelle Octavier. (Voyez OCTAVIER.) Il est clair que pour varier les Sons de la Trompette & du Cor de chasse, il faut nécessairement Sauter [599] & ce n'est encore qu'en Sautant qu'on fait des Octaves sur la Flûte.
SAUTER, v. n. To "Leap" the Tone occurs when forcing too much air into a Flute or wind instrument’s pipe, causing the air to divide and resonate a harmonic partial instead of the pipe’s full tone. When the Leap spans an entire Octave, this is called Octaving. (See OCTAVING.) Clearly, to vary Trumpet and Hunting Horn tones, one must Leap [599]; even Flute octaves require Leaping.
SAUVER, v. a. Sauver une Dissonance, c'est la résoudre, selon les regles, sur une Consonnance de l'Accord suivant. Il y a sur cela une marche prescrite, & à la Basse- fondamentale de l'Accord dissonant, & à la Patrie qui forme la Dissonance.
SAUVER, v. a. To "Resolve" a Dissonance is to follow rules by transitioning it to a Consonance in the subsequent chord. This prescribes motion both for the Fundamental Bass of the dissonant chord and for the part creating the Dissonance.
Il n'y a aucune maniere de Sauver qui ne dérive d'un Acte de Cadence : c'est donc par l'espece, de la Cadence qu'on veut faire, qu'est déterminé le Mouvement de la Basse- fondamentale. (Voyez CADENCE.) A l'égard de la Partie qui forme la Dissonance, elle ne doit, ni rester en place, ni marcher par Degrés disjoints, mais elle doit monter ou descendre diatoniquement selon la nature de la Dissonance. Les Maîtres disent que les Dissonances majeures doivent monter, & les mineures descendre ; ce qui n'est pas sans exception, puisque dans certaines cordes d'Harmonie, une Septieme, bien que majeure, ne doit pas monter, mais descendre, si ce n'est dans l'Accord appellé, fort incorrectement, Accord de Septieme superflue. Il vaut donc mieux dire que la Septieme, & toute Dissonance qui en dérive, doit descendre ; &que la Sixte ajoutée, & toute Dissonance qui en dérive, doit monter. C'est-là une regle vraiment générale & sans aucune exception. Il en est de même de la loi de Sauver la Dissonance. Il y a des Dissonances qu'on ne peut préparer; mais il n'y en a aucune qu'on ne doive Sauver.
There is no method of resolving [a dissonance] that does not derive from an Act of Cadence: thus it is by the type of Cadence one wishes to make that the movement of the Fundamental Bass is determined. (See CADENCE.) As for the part forming the Dissonance, it must neither remain in place nor move by disjunct degrees, but rather ascend or descend diatonically according to the nature of the Dissonance. Masters claim that major Dissonances should rise and minor ones descend – a rule not without exception, since in certain harmonic contexts, a Seventh, even when major, must not ascend but descend, except in the chord incorrectly termed the Augmented Seventh chord. It is therefore preferable to state that the Seventh, and all Dissonances derived from it, should descend; while the added Sixth, and all Dissonances derived therefrom, should ascend. This is a truly general rule without exception. The same applies to the law of resolving Dissonances. Some Dissonances cannot be prepared, but none may remain unresolved.
A l'égard de la Note sensible appellée improprement Dissonance [600] majeure, si elle doit monter, c'est moins par la regle de Sauver la Dissonance, que par celle de la marche Diatonique, & de préférer le plus court chemin; & en effet il y a des cas, comme celui de la Cadence interrompue, où cette Note sensible ne monte point.
Regarding the leading tone – improperly called a major Dissonance [600] – if it must ascend, this stems less from the rule of resolving Dissonance than from that of diatonic motion and preference for the shortest path. Indeed, in cases such as the interrupted cadence, this leading tone does not ascend.
Dans les Accords par supposition, un même Accord fournit souvent deux Dissonances, comme la Septieme & la Neuvieme, la Neuvieme & la Quarte, &c. Alors ces Dissonances ont dû se préparer & doivent se Sauver toutes deux: c'est qu'il faut avoir égard à tout ce qui dissone, non-seulement sur la Basse-fondamental, mais aussi sur la Basse-continue.
In chords by supposition, a single chord often yields two Dissonances, such as the Seventh and Ninth, the Ninth and Fourth, etc. Both Dissonances must then be prepared and resolved. For one must account for all dissonant elements, not only against the Fundamental Bass but also the continuo bass.
SCENE, s. f. On distingue en Musique lyrique la Scene du Monologue, en ce qu'il n'y a qu'un seul Acteur dans le Monologue, & qu'il y a dans la Scenes au moins deux Interlocuteurs. Par conséquent dans le Monologue le caractere du Chant doit être un, du moins quant à la personne; mais dans les Scenes le Chant doit avoir autant de caracteres différens qu'il y a d'Interlocuteurs. En effet, comme en parlant chacun garde toujours la même voix, le même accent, le même timbre, & communément le même style, dans toutes les choses qu'il dit; chaque Acteur, dans les diverses passions qu'il exprime, doit toujours garder un caractere qui lui soit propre & qui le distingue d'un autre Acteur. La douleur d'un vieillard n'a pas le même ton que celle d'un jeune homme, la colore d'une femme a d'autres Accens que celle d'un guerrier; un barbare ne dira point je vous aime comme un galant de profession. Il faut donc [601] rendre dans les Scenes, non-seulement le caractere de la passion qu'on veut peindre, mais celui de la personne qu'on fait parler. Ce caractere s'indique en partie par la sorte de voix qu'on approprie à chaque rolle; car le tour de Chant d'une
SCENE, s. f. In lyrical music, the Scene is distinguished from the Monologue by having at least two interlocutors rather than a single actor. Consequently, in the Monologue, the vocal character must remain unified, at least regarding the persona; but in Scenes, the singing must assume as many distinct characters as there are speakers. Just as in speech each person retains the same voice, accent, timbre, and typically the same style across utterances, each actor – through varying passions expressed – must maintain a personal character distinguishing them from others. An old man's grief carries a different tone than a youth's; a woman's anger differs from a warrior's; a barbarian's declaration of love bears no resemblance to a courtier's. Thus in [601] Scenes, one must convey not only the passion depicted but the speaker's individuality. This characterization is partly indicated by vocal types assigned to roles – for a countertenor's melodic turns differ from a bass-baritone's; greater gravity inhabits low treble parts, while higher voices favor lightness. Beyond these distinctions, the skilled composer discovers individual traits that define personages, so one may soon recognize through recitative and aria whether Mandane or Emire, Olinte or Alceste is heard. I concede that only men of genius perceive and mark these distinctions; yet I maintain that illusion arises precisely through such observations.
Haute-Contre est différent de celui d'une Basse-Taille; on met plus de gravité dans les Chants des Bas-Dessus, & plus de légéreté dans ceux des Voix plus aiguës. Mais outre ces différences, l'habille Compositeur en trouvé d'individuelles qui caractérisent ses personnages; en sorte qu'on connoîtra bientôt à l'Accent particulier du Récitatif & du Chant, si c'est Mandane ou Emire, si c'est Olinte ou Alceste qu'on entend. Je conviens qu'il n'y a que les hommes de génie qui sentent & marquent ces différences; mais je dis cependant que ce n'est qu'en les observant d'autres semblables, qu'on parvient à produire l'illusion.
Countertenor differs from bass-baritone; more gravity is placed in low treble chants, and more lightness in higher voices. But beyond these differences, the skilled composer finds individual ones that characterize his personages; so one will soon recognize through the particular accent of the Recitative and Chant whether it is Mandane or Emire, Olinte or Alceste being heard. I admit that only men of genius feel and mark these differences; but I say nonetheless that it is only by observing them that one achieves illusion.
SCHISMA, s. m. Petit intervalle qui vaut la moitié du Comma, & dont, par conséquent, la raison est sourde, puisque, pour l'exprimer en nombres, il faudroit trouver une moyenne proportionnelle entre 80 & 81.
SCHISMA, s. m. Small interval equal to half a Comma, whose ratio remains inexpressible numerically, requiring a mean proportional between 80 and 81.
SCHOENION. Sorte de Nome pour les Flûtes dans l'ancienne Musique des Grecs.
SCHOENION. Type of Nomos for flutes in ancient Greek music.
SCHOLIE ou SCOLIE, s. f. Sorte de Chansons chez les anciens Grecs, dont les caracteres étoient extrêmement diversifies selon les sujets & les personnes. (Voy. CHANSON.)
SCHOLIUM or SCOLIUM, s. f. Type of song among ancient Greeks, whose characteristics were extremely varied by subject and performer. (See SONG.)
[602] II y a quatre sortes de Secondes. La premiere, appellée Seconde diminuée, se fait sur un Ton majeur, dont la Note inférieure est rapprochée par un Dièse, & la supérieure par un Bémol. Tel est, par exemple, l'Intervalle du re Bémol à l'ut Dièse. Le rapport de cette Seconde est de 375 à 384.
[602] There are four types of Seconds. The first, called diminished second, occurs on a major tone where the lower note is raised by a sharp and the upper lowered by a flat. Such is the interval from D flat to C sharp. Its ratio is 375 to 384.
SECONDE, adj. pris substantiv. Intervalle d'un Degré conjoint. Ainsi les marches diatoniques se sont toutes sur les Intervalles de Seconde.Mais elle n'est d'aucun usage, si ce n'est dans le Genre Enharmonique; encore l'Intervalle s'y trouvé-t-il nul en vertu du Tempérament. A l'égard de l'Intervalle d'une Note à son Dièse, que Brossard appelle Seconde diminuée, ce n'est pas une Seconde, c'est un Unisson altéré.
SECOND, adj. used substantively. Interval of a conjunct degree. Thus all diatonic steps proceed through intervals of Second.Yet it holds no practical use except in the Enharmonic genus; even there, the interval becomes nullified through temperament. As for the interval from a note to its sharp, which Brossard calls diminished second, this is not a Second but an altered unison.
La deuxieme, qu'on appelle Seconde mineure, est constituée par le semi-Ton majeur, comme du si à l'ut ou du mi au fa. Son rapport est de 15 à 16.
The second type, called minor Second, is constituted by the major semitone, as from B to C or E to F. Its ratio is 15 to 16.
La troisieme est la Seconde majeure, laquelle forme l'Intervalle d'un Ton. Comme ce Ton peut être majeur ou mineur, le rapport de cette seconde est de 8 à 9 dans le premier cas, & de 9 à 10 dans le second: mais cette différence s'évanouit dans notre Musique.
The third is the major Second, forming the interval of a Tone. As this Tone may be major or minor, the ratio of this second is 8 to 9 in the former case and 9 to 10 in the latter – though this distinction dissolves in our modern music.
Enfin la quatrieme est la Seconde superflue, composée d'un Ton majeur & d'un semi-Ton mineur, comme du fa au sol Dièse: son rapport est de 64 à 75.
Lastly, the fourth is the augmented Second, composed of a major Tone and a minor semitone, as from F to G-sharp: its ratio is 64 to 75.
Il y a dans l'Harmonie deux Accords qui portent le nom de Seconde. Le premier s'appelle simplement Accord de Seconde: c'est un Accord de Septieme renversée, dont la Dissonance est à la Basse; d'où il s'ensuit bien clairement qu'il faut que la Basse syncope pour la préparer. (Voy. PRÉPARER.) Quand l'Accord de Septieme est dominant; c'est-à-dire, quand la Tierce est majeure, l'Accord de Seconde [603] s'appelle Accord de Triton, & la syncope n'est pas nécessaire, parce que la Préparation ne l'est pas.
Harmony recognizes two chords bearing the name Second. The first is simply called Second chord: an inverted Seventh chord with the dissonance in the bass – hence clearly requiring a syncopated bass for its preparation. (See PREPARATION.) When the Seventh chord is dominant (i.e., with a major third), the Second chord [603] becomes the Tritone chord, and syncopation proves unnecessary as preparation is dispensed with.
L'autre s'appelle Accord de Seconde-superflue; c'est un Accord renversé de celui de Septieme diminuée, dont la Septieme elle-même est portée à la Basse. Cet Accord est également bon avec ou sans syncope. (Voyez SYNCOPE.)
The other is called augmented Second chord; an inversion of the diminished Seventh chord, its very Seventh placed in the bass. This chord functions equally well with or without syncopation. (See SYNCOPATION.)
SEMI. Mot emprunté du Latin & qui signifie Demi. On s'en sert en Musique au lieu du Hémi des Grecs, pour composer très-barbarement plusieurs mots techniques, moitié Grecs & moitié Latins.
SEMI. A Latin-derived prefix meaning half. In music, it replaces the Greek Hemi to most barbarously compound technical terms – half Greek, half Latin.
Ce mot, au-devant du nom Grec de quelque Intervalle que ce soit, signifie toujours une diminution, non pas de la moitié de cet Intervalle, mais seulement d'un Semi-Ton mineur. Ainsi Semi-Diton est la Tierce mineure, Semi-Diapente est la Fausse-Quinte, Semi-Diatessaron la Quarte diminuée, &c.
This prefix, preceding any Greek interval name, signifies a reduction not by half the interval, but merely by a minor semitone. Thus Semi-Ditone becomes the minor third, Semi-Diapente the false fifth, Semi-Diatessaron the diminished fourth, &c.
SEMI-BREVE, s. f. C'est, dans nos anciennes Musiques, une valeur de Note ou une Mesure de Tems qui comprend l'espace de deux Minimes ou Blanches; c'est-à-dire, la moitié d'une Breve. La Semi-Breve s'appelle maintenant Ronde, parce qu'elle a cette figure: mais autrefois elle étoit en losange.
SEMI-BREVE, s.f. In our ancient music, a note value or temporal measure comprising two Minims or half notes – that is, half a Breve. The Semi-Breve is now called a Whole Note (from its circular form), though formerly diamond-shaped.
Anciennement la Semi-Breve se divisoit en majeure & mineure. La majeure vaut cieux tiers de la Breve parfaite, & la mineure vaut l'autre tiers de la même Breve: ainsi la Semi-Breve majeure en contient deux mineures.
Formerly, Semi-Breves divided into major and minor. The major equaled two-thirds of a perfect Breve, the minor the remaining third – thus one major Semi-Breve contained two minor.
La Semi-Breve, avant qu'on eût inventé la Minime, étant la Note de moindre valeur, ne se subdivisoit plus. Cette indivisibilité, disoit-on, est, en quelque maniere, indiquée par [604] sa figure en losange terminée en haut, en bas & des deux côtés par des Points. Or, Muris prouve, par l'autorité d'Aristote & d'Euclide, que le point est indivisible; d'où il conclut que la Semi-Breve enfermée entre quatre Points est indivisible comme eux.
Before the Minim's invention, the Semi-Breve – being the smallest value – remained indivisible. This indivisibility was supposedly [604] symbolized by its diamond shape bounded above, below, and on both sides by Points. Now Muris proves through Aristotle's and Euclid's authority that the point is indivisible; hence he concludes the Semi-Breve enclosed by four Points shares their indivisibility.
SEMI-TON, s. m. C'est le moindre de tous les Intervalles admis dans la Musique moderne; il vaut à-peu-près la moitié d'un Ton.Il y a plusieurs especes de Semi-Tons. On en peut distinguer deux dans la pratique. Le Semi- Ton majeur & le Semi-Ton mineur. Trois autres sont connus dans les calculs harmoniques; savoir, le Semi-Ton maxime, le minime & le moyen.
SEMITONE, n. The smallest interval admitted in modern music; approximately half a tone. Several species exist. Two may be distinguished in practice: the major semitone and minor semitone. Three others are known in harmonic calculations: the maximal semitone, minimal semitone, and mean semitone.
Le Semi-Ton majeur est la différence de la Tierce majeure à la Quarte, comme mi fa. Son rapport est de 15 à 16, & il forme le plus petit de tous les Intervalles diatoniques.
The major semitone is the difference between a major third and a fourth, as mi to fa. Its ratio is 15:16, forming the smallest of all diatonic intervals.
Le Semi-Ton mineur est la différence de la Tierce majeure à la Tierce mineure: il se marque sur le même Degré par un Dièse ou par un Bémol. Il ne forme qu'un Intervalle chromatique, & son rapport est de 24 à 25.
The minor semitone is the difference between a major third and a minor third. It is marked on the same degree by a sharp or flat, forming only a chromatic interval with a ratio of 24:25.
Quoiqu'on mette de la différence entre ces deux Semi-Tons par la maniere de les noter, il n'y en a pourtant aucune sur l'Orgue & le Clavecin, & le même Semi-Ton est tantôt majeur & tantôt mineur, tantôt diatonique & tantôt chromatique, selon le Mode où l'on est. Cependant on appelle, dans la pratique, Semi-Tons mineur, ceux qui se marquant par Bémol ou par Dièse, ne changent point le Degré; & Semi-Tons majeur, ceux qui forment un Intervalle de Seconde.
Though distinctions are made between these two semitones through notation, none exist on the organ and harpsichord. The same semitone becomes alternately major or minor, diatonic or chromatic, depending on the Mode. Yet in practice, minor semitones are those marked by flats or sharps without altering the degree, while major semitones form a second interval.
[605] Quant aux trois autres Semi-Tons admis seulement dans la théorie, le Semi-Ton maxime est la différence du Ton majeur au Semi-Ton mineur, & son rapport est de 25 à 27. Le Semi -Ton moyen est la différence du Semi-Ton majeur au Ton majeur, & son rapport est de 128 à 135. Enfin le Semi-Ton minime est la différence du Semi-Ton maxime au Semi-Ton moyen, & son rapport est de 125 à 128.
[605] Of the three theoretical semitones: The maximal semitone (difference between major tone and minor semitone) has a ratio of 25:27. The mean semitone (difference between major semitone and major tone) has 128:135. The minimal semitone (difference between maximal and mean semitones) has 125:128.
De tous ces Intervalles il n'y a que le Semi-Ton majeur qui, en qualité de Seconde, soit quelquefois admis dans Harmonie.
Among these, only the major semitone – as a second – is occasionally admitted in harmony.
SEMI-TONIQUE, adj. Echelle Semi-Tonique ou Chromatique. (Voyez ECHELLE.)
SEMITONIC, adj. Semitonic or Chromatic Scale. (See SCALE.)
SENSIBILITÉ, s. f. Disposition de l'ame qui inspire au Compositeur les idées vives dont il a besoin, à l'Exécutant la vive expression de ces mêmes idées, & à l'Auditeur la vive impression des beautés & des défauts de la Musique qu'on lui fait entendre. (Voyez GOÛT.)
SENSIBILITY, n. A disposition of the soul that inspires composers with vivid ideas, grants performers their lively expression, and enables listeners to keenly perceive music's beauties and flaws. (See TASTE.)
SENSIBLE, adj. Accord Sensible est celui qu'on appelle autrement Accord dominant. (Voyez ACCORD.) Il se pratique uniquement sur la Dominante du Ton; de-là lui. vient le nom d' Accord dominant, & il porte toujours la Note Sensible pour Tierce de cette Dominante; d'où lui vient le nom d'Accord Sensible. (Voyez ACCORD.) A l'égard de la Note Sensible, (voyez NOTE.)
SENSIBLE, adj. The Sensible Chord (also called Dominant Chord) is practiced solely on the Dominant of the Key. It derives its name "Dominant" from this position and "Sensible" from containing the Leading Tone as the Dominant's third. Regarding the Leading Tone, (see NOTE.)
SEPTIEME, adj. pris subst. Intervalle dissonant renverse de la Seconde, & appelle, par les Grecs, Heptachordon, parce qu'il est formé de sept Sons ou de six Degrés diatoniques, Il y en a de quatre sortes.
SEVENTH, n. Dissonant interval, the inversion of a second. Called Heptachordon by the Greeks as it spans seven sounds or six diatonic degrees. Four species exist.
[606] La premiere est la Septieme mineure, composée de quatre Tons, trois majeurs & un mineur, & de deux semi-Tons majeurs, comme de mi à re; & chromatiquement de dix semi-Tons, dont six majeurs & quatre mineurs. Son rapport est de 5 à 9.
[606] 1. Minor Seventh: Four tones (three major, one minor) and two major semitones, e.g., mi to re. Chromatically ten semitones (six major, four minor). Ratio 5:9.
La deuxieme est la Septieme majeure, composée diatoniquement de cinq Tons, trois majeurs & deux mineurs, & d'un semi-Ton majeur; de sorte qu'il ne faut plus qu'un semi-Ton majeur pour faire une Octave, comme d'ut à si; & chromatiquement d'onze semi-Tons, dont six majeurs & cinq mineurs. Son rapport est de 8 à 15.
2. Major Seventh: Five tones (three major, two minor) and one major semitone, lacking only a major semitone to form an octave, e.g., ut to si. Chromatically eleven semitones (six major, five minor). Ratio 8:15.
La troisieme, est la Septieme diminuée: elle est composée de trois Tons, deux mineurs & un majeur, & de trois semi-Tons majeurs, comme de l'ut Dièse au si Bémol. Son rapport est de 75 à 128.
3. Diminished Seventh: Three tones (two minor, one major) and three major semitones, e.g., ut sharp to si flat. Ratio 75:128.
La quatrieme est la Septieme superflue. Elle est composée de cinq Tons, trois mineurs & deux majeurs, un semi-Ton majeur & un semi-Ton mineur, comme du si Bémol au la Dièse; de sortequ'il ne lui manque qu'un Comma pour faire une Octave. Son rapport est de 81 à 160. Mais cette derniere espece n'est point usitée en Musique, si ce n'est dans quelques transitions enharmoniques.
The fourth is the Augmented Seventh. It is composed of five Tones – three minor and two major – a major semitone and a minor semitone, as from B-flat to A-sharp – such that it lacks only a comma to form an Octave. Its ratio is 81:160. However, this last type is not used in Music except in some enharmonic transitions.
Il y a trois Accords de Septieme.
There are three types of Seventh Chords.
Le premier est fondamental, & porte simplement le nom de Septieme: mais quand la Tierce est majeure & la Septieme mineure, il s'appelle Accord Sensible au Dominant. Il se compose de la Tierce, de la Quinte & de la Septieme.
The first is fundamental and bears simply the name "Seventh"; but when the Third is major and the Seventh minor, it is called the Dominant Leading-Tone Chord. It comprises the Third, Fifth, and Seventh.
Le second est encore fondamental, & s'appelle Accord de [607] Septieme diminuée. Il est composé de la Tierce mineure, de la fausse-Quinte & de la Septieme diminuée dont il prend le nom; c'est-à-dire, de trois Tierces mineures consécutives, & c'est le seul Accord qui soit ainsi formé d'Intervalles égaux; il ne se fait que sur la Note sensible. (Voy. ENHARMONIQUE.)
The second is also fundamental and is called the [607] Diminished Seventh Chord. It consists of a minor Third, a diminished Fifth, and the Diminished Seventh from which it takes its name – that is, three consecutive minor Thirds. This is the only chord formed of equal intervals; it occurs solely on the leading tone. (See ENHARMONIC.)
Le troisieme s'appelle Accord de Septieme superflue. C'est un Accord par supposition formé par l'Accord dominant, au-dessous duquel la Basse fait entendre la Tonique.
The third is called the Augmented Seventh Chord. It is a chord by supposition formed from the Dominant Chord, beneath which the Bass sounds the Tonic.
Il y a encore un Accord de Septieme-&-Sixte, qui n'est qu'un renversement de l'Accord de Neuvieme. Il ne se pratique gueres que dans les Points d'Orgue à cause de sa dureté. (Voyez ACCORD.)
There is also a Seventh-and-Sixth Chord, which is merely an inversion of the Ninth Chord. It is rarely used except in fermatas due to its harshness. (See CHORD.)
SÉRÉNADE, s. f. Concert qui se donne la nuit sous les fenêtres de quelqu'un. Il n'est ordinairement composé que de Musique Instrumentale; quelquefois cependant on y ajoute des voix. On appelle aussi Sérénades les Pieces que l'on compose ou que l'on exécute dans ces occasions. La mode des Sérénades est passée depuis long-tems, ou ne dure plus que parmi le Peuple, & c'est grand dommage. Le silence de la nuit, qui bannit toute distraction, fait mieux valoir la Musique & la rend plus délicieuse.
SERENADE, s. f. A nighttime concert given beneath someone’s windows. It typically consists solely of instrumental music, though voices are occasionally added. The term also denotes pieces composed or performed for such occasions. The fashion for Serenades has long faded, surviving only among common folk – which is a great pity. The silence of night, banishing all distraction, heightens Music’s worth and sweetness.
Ce mot, Italien d'origine, vient sans doute de Sereno, ou du Latin Serum, le soir. Quand le Concert se fait sur le matin, ou à l'aube du jour, il s'appelle Aubade.
This word, of Italian origin, likely derives from sereno or the Latin serum (evening). When performed at dawn, it is called an Aubade.
SERRE, adj. Les Intervalles Serrés dans les Genres épais de la Musique Grecque sont le premier & le second de chaque Tétracorde. (Voyez ÉPAIS.)
CONTRACTED, adj. In the dense genres of Greek Music, the Contracted Intervals are the first and second of each Tetrachord. (See DENSE.)
SESQUI. Particule souvent employée par nos anciens Musiciens [608] dans la composition des mots servans à exprimer différentes sortes de Mesures.
SESQUI. A particle frequently used by our early musicians [608] in terms denoting various types of Meter.
Ils appelloient donc Sesqui-alteres les Mesures dont la principale Note valoit une moitié en sus de plus que sa valeur ordinaire; c'est-à-dire, trois des Notes dont elle n'auroit autrement valu que deux; ce qui avoit lieu dans toutes les Mesures triples, soit dans les majeures, où la Breve même sans Points valoir trois semi-Breves; soit dans les mineures, ou la semi-Breve valoir trois Minimes, &c.
They termed Sesqui-altera those Meters where the principal note’s value exceeded its ordinary duration by half – that is, three of such notes where two would otherwise suffice. This applied to all triple Meters, whether major (where even an unpointed Breve equaled three Semibreves) or minor (where a Semibreve equaled three Minims, etc.).
Ils appelloient encore Sesqui-Octave le Triple, marqué par ce signe C 9/8.
They also called Sesqui-Octave the Triple marked by this sign C 9/8.
Double Sesqui-Quarte, le Triple marqué C 9/4, & ainsi des autres. Sesqui-Diton ou Hémi-Diton, dans la Musique Grecque, est l'Intervalle d'une Tierce majeure diminuée d'un semi-Ton; c'est- à-dire, une Tierce mineure.
Double Sesqui-Fourth denoted the Triple marked C 9/4, and so forth. Sesqui-Diton or Hemiditone in Greek Music was the interval of a major Third diminished by a semitone – that is, a minor Third.
SEXTUPLE, adj. Nom donne assez improprement aux Mesures à deux Tems, composées de six Notes égales, trois pour chaque Tems. Ces sortes de Mesures ont été appellées encore plus mal-à-propos par quelques-uns, Mesures à six Tems.
SEXTUPLE, adj. A rather improper name for duple Meters comprising six equal notes – three per beat. These Meters have been even more erroneously termed "six-beat Measures" by some.
On peut compter cinq especes de ces Mesures Sextuples; c'est-à-dire, autant qu'il y a de différentes valeurs de Notes, & depuis celle qui est composée de six Rondes ou semi-Breves, appellée en France Triple de six pour un, & qui s'exprime par ce chiffre 6/1, jusqu'à celle appellée Triple de six pour seize, composée de six doubles-Croches seulement, & qui se marque ainsi 6/16.
One may count five species of these Sextuple Measures; that is to say, as many as there are different note values – from that composed of six whole notes or semibreves (called in France the Triple of Six per One and expressed by the fraction 6/1) to that designated as the Triple of Six per Sixteen (composed of six sixteenth notes and marked as 6/16).
La plupart de ces distinctions sont abolies, & en effet elles [609] sont allez inutiles, puisque toutes ces différentes figures de Notes sont moins des Mesures différentes que des modifications de Mouvement dans la même espece de Mesure; ce qui se marque encore mieux avec un seul mot écrit à la tête de l'Air, qu'avec tous ce fatras de chiffres & de Notes qui ne servent qu'à embrouiller un Art déjà assez difficile en lui-même. (Voyez DOUBLE, TRIPLE, TEMS, MESURE, VALEUR DES NOTES.)
Most of these distinctions are now obsolete, and indeed [609] they were rather superfluous, since all these varied note shapes represent less distinct measures than modifications of tempo within the same species of meter. Such nuances are better indicated by a single tempo marking at the head of the piece than by this jumble of fractions and symbols that only serve to complicate an art already sufficiently challenging in itself. (See DOUBLE, TRIPLE, BEAT, METER, NOTE VALUES.)
SI. Une des sept syllabes dont on se sert en France pour solfier les Notes. Guy Arétin, en composant sa Gamme, n'inventa que six de ces syllabes, parce qu'il ne fit que changer en Hexacordes les Tétracordes des Grecs, quoiqu'au fond sa Gamme fût, ainsi que la nôtre, composée de sept Notes. Il arriva de-là que, pour nommer la septieme, il faloit à chaque instant changer les noms des autres & les nommer de diverses manieres: embarras que nous n'avons plus depuis l'invention du Si, sur la Gamme duquel un Musicien nommé de Nivers fit, au commencement du siecle, un ouvrage exprès.
SI. One of the seven syllables used in France for solmization. When Guido d'Arezzo devised his gamut, he invented only six syllables by adapting Greek tetrachords into hexachords – though his scale, like ours, fundamentally contained seven notes. This led to constant mutations requiring singers to rename notes through various devices – an inconvenience eliminated since the invention of Si. A musician named de Nivers wrote a treatise on this reformed scale at the century's beginning.
Brossard, & ceux qui l'ont suivi, attribuent l'invention du Si à un autre Musicien nommé Le Maire, entre le milieu & la fin du dernier siecle; d'autres en sont honneur à un certain Van-der-Putten; d'autres remontent jusqu'à Jean de Muris, vers l'an 1330; & le Cardinal Bona dit que dès l'onzieme siecle, qui étoit celui de l'Arétin, Ericius Dupuis ajouta une Note aux six de Guy, pour éviter les difficultés des Muances & faciliter l'étude du Chant.
Brossard and his followers credit Le Maire with inventing Si circa mid-to-late last century. Others attribute it to one Van-der-Putten, while some trace it to Jean de Muris (c.1330). Cardinal Bona claims Ericius Dupuis added a seventh note to Guido's six in the 11th century to simplify mutations and chant study. However, setting aside Ericius Dupuis' forgotten innovation (which Bona, writing five centuries later, may have misrepresented), it's evident that Si postdates even Jean de Muris, whose writings show no such concept. Of Van-der-Putten I can say nothing, being unacquainted with his work. As for Le Maire – if inventing means merely introducing the syllable Si into practice, I see little grounds to dispute his claim. But if true invention lies in first recognizing the need for a seventh syllable, Father Mersenne's writings reveal that Gilles Grand-Jean of Sens and others had already proposed such additions – using Ci, Di, Ni, Si, or Za – decades prior. Banchiéri's 1614 Cartella di Musica even prescribes Bi (natural) and Ba (flat), claiming Roman approval. Thus Le Maire's "invention" amounts at most to preferring Si over other syllables – a trivial distinction immortalizing its proponent. Moreover, Si remains peculiar to France; [611] despite Banchiéri's claims, even Italy abandoned it.
Mais, sans s'arrêter à l'invention d'Ericius Dupuis, morte sans doute avec lui, ou sur laquelle Bona, plus récent de [610] cinq siecles, a pu se tromper; il est même aisé de prouver que l'invention du Si est de beaucoup postérieure à Jean de Muris, dans les écrits duquel on ne voit rien de semblable. A l'égard de Van-der-Putten, je n'en puis rien dire, parce que je ne le connois point. Reste Le Maire, en saveur duquel les voix semblent se réunir. Si l'invention consiste à avoir introduit dans la pratique l'usage de cette syllabe Si, je ne vois, pas beaucoup de raisons pour lui en disputer l'honneur. Mais si le véritable inventeur est celui qui a vu le premier la nécessité d'une septieme syllabe, & qui en a ajouté une en conséquence, il ne faut pas avoir fait beaucoup de recherches pour voir que Le Maire ne mérite nullement ce titre: car on trouvé en plusieurs endroits des écrits du P. Mersenne la nécessité de cette septieme syllabe, pour éviter les Muances; & il témoigne que plusieurs avoient inventé ou mis en pratique cette septieme syllabe à-peu-près dans le même tems & entr'autres Gilles Grand-Jean, Maître écrivain de Sens; mais que les uns nommoient cette syllabe Ci, d'autres Di, d'autres Ni, d'autres Si, d'autres Za, &c. Même avant le P. Mersenne, on trouvé, dans un ouvrage de Banchiéri, Moine Olivétan, imprimé en 1614, & intitulé, Cartella di Musica, l'addition de la même septieme syllabe; il l'appelle, Bi par Béquarre, Ba par Bémol, & il assure que cette addition a été tort approuvée à Rome. De sorte que toute la prétendue invention de Le Maire consiste, tout au plus, à écrit ou prononcé Si, au lieu d'écrire ou prononcer Bi ou Ba, Ni ou Di; & voilà avec quoi un homme est immortalisé. Du reste, l'usage du Si n'est connu qu'en France, & [611] malgré ce qu'en dit le Moine Banchiéri, il ne s'est pas même conservé en Italie.
SICILIANA, s. f. A dance air in six-four or six-eight time, with a slower yet more accentuated movement than the Gigue.
SICILIENNE, s. f. Sorte d'Air à danser, dans la Mesure à six-quatre ou six-huit, d'un Mouvement beaucoup plus lent, mais encore plus marqué que celui de la Gigue.
SIGNES, s. m. Ce sont, en général, tous les divers caracteres dont on se sert pour noter laMusique. Mais ce mot s'entend plus particulièrement des Dièses, Bémols, Béquarres, Points, Reprises, Pauses, Guidons & autres petits caracteres détachés, qui, sans être véritables Notes, sont les modifications des Notes & de la maniere de les exécuter.
SIGNS, s. m. These are, in general, all the various characters used to notate music. More specifically, this term refers to sharps, flats, naturals, repeats, rests, pauses, custodes, and other detached symbols which, without being true notes, modify them and their manner of execution.
SILENCES, s. m. Signes répondans aux diverses valeurs lesquels, mis à la place de ces Notes, marquent le tems de leur valeur doit être passé en silence.
RESTS, s. m. Symbols corresponding to various note values which, placed where notes would be, indicate periods of silence equivalent to those values.
Quoiqu'il y ait dix valeurs de Notes différentes, depuis la Maxime jusqu'à la quadruple- Croche, il n'y a cependant que neuf caracteres differens pour les Silences; car celui qui doit correspondre à la Maxime a toujours manqué, & pour en exprimer la durée, on double le Bâton de quatre Mesures équivalant à la Longue.
Though there are ten distinct note values from the Maxima to the quadruple-Croche, there are only nine distinct rest symbols; for the one corresponding to the Maxima has always been lacking, and to express its duration, we double the four-measure bar equivalent to the Long.
Ces divers Silences sont donc: 1. le Bâton de quatre Mesures, qui vaut une Longue: 2. le Bâton de deux Mesures, qui vaut une Breve ou Quarrée: 3. la Pause, qui vaut une semi-Breve ou Ronde: 4. la demi-Pause, qui vaut une Minime ou Blanche: 5. le Soupir, qui vaut une Noire: 6. le demi-Soupir, qui vaut une Croche: 7. le quart-de-Soupir, qui vaut une double-Croche: 8. le demi-quart-de-Soupir, qui vaut une triple-Croche: 9. & enfin le seizieme-de-Soupir, [612] qui vaut une quadruple-Croche. Voyez les figures de tous ces Silences Pl. D. Fig. 9.
These diverse rests are: 1. the four-measure bar, equivalent to a Long; 2. the two-measure bar, equivalent to a Breve or Square; 3. the whole rest, equivalent to a Semibreve or whole note; 4. the half rest, equivalent to a Minim or half note; 5. the quarter rest, equivalent to a quarter note; 6. the eighth rest, equivalent to an eighth note; 7. the sixteenth rest, equivalent to a sixteenth note; 8. the thirty-second rest, equivalent to a thirty-second note; 9. and finally the sixty-fourth rest, [612] equivalent to a sixty-fourth note. See figures of all these rests Pl. D. Fig. 9.
Il faut remarquer que le Point n'a pas lieu parmi les Silences comme parmi les Notes; car bien qu'une Noire & un Soupir soient d'égale valeur, il n'est pas d'usage de pointer le Soupir pour exprimer la valeur d'une Noire pointée: mais on doit, après le Soupir, écrire encore un demi-Soupir. Cependant, comme quelques-uns pointent aussi les Silences, il faut que l'Exécutant soit prêt à tour.
It must be noted that dots are not used with rests as they are with notes; for though a quarter note and a quarter rest share equal value, it is not customary to dot a rest to indicate a dotted quarter note's duration. Instead, one should write a quarter rest followed by an eighth rest. However, as some do dot rests, performers must remain prepared.
SIMPLE, s. f. Dans les Doubles & dans les variations, le premier Couplet ou l'Air original, tel qu'il est d'abord noté, s'appelle le Simple. (Voyez DOUBLE, VARIATIONS.)
SIMPLE, s. f. In variations and doubles, the original air or first verse, as initially notated, is called the Simple. (See DOUBLE, VARIATIONS.)
SIXTE, s. f. La seconde des cieux Consonnances imparfaites, appellée, par les Grecs, Hexacorde, parce que son Intervalle est formé de six Sons ou de cinq Degrés Diatoniques. La Sixte est bien une Consonnance naturelle, mais seulement par combinaison; car il n'y a point dans l'ordre des Consonnances de Sixte simple & directe.
SIXTH, s. f. The second of the imperfect consonances, called Hexachord by the Greeks because its interval spans six sounds or five diatonic degrees. The sixth is indeed a natural consonance, but only through combination; for there exists no simple, direct sixth among fundamental consonances.
A ne considérer les Sixtes que par leurs Intervalles, on en trouvé de quatre sortes; deux consonnantes & deux dissonantes.
Considering sixths purely by their intervals, we find four types: two consonant and two dissonant.
Les Consonnances sont: 1º. la Sixte mineure, composée de trois Tons & deux semi-Tons majeurs, comme mi ut: son rapport est 5 à 8. 2º. la Sixte majeure, composée de quatre Tons & un semi-Ton majeur, comme sol mi; son rapport est de 3 à 5.
The consonant ones are: 1st, the minor sixth, comprising three whole tones and two major semitones (e.g., mi-ut), with a 5:8 ratio; 2nd, the major sixth, comprising four whole tones and one major semitone (e.g., sol-mi), with a 3:5 ratio.
Les Sixtes dissonantes sont: 1º. la Sixte diminue, composée [613] de deux Tons & trois semi- Tons majeurs; comme ut Dièse, la Bémol, & dont le rapport est de 125 à 192. 2º. la Sixte superflue, composée de quatre Tons, un semi-Ton majeur & un semi-Ton mineur, comme si Bémol & sol Dièse. Le rapport de cette Sixte est de 72 à 125.
The dissonant sixths are: 1st, the diminished sixth, comprising [613] two whole tones and three major semitones (e.g., ut#-lab), with a 125:192 ratio; 2nd, the augmented sixth, comprising four whole tones, one major semitone, and one minor semitone (e.g., sib-sol#), with a 72:125 ratio.
Ces deux derniers Intervalles ne s'emploient jamais dans la Mélodie, & la Sixte diminuée ne s'emploie point non plus dans l'Harmonie.
These latter two intervals are never employed in melody, and the diminished sixth finds no use in harmony either.
Il y a sept Accords qui portent le nom de Sixte. Le premier s'appelle simplement Accord de Sixte. C'est l'Accord parfait dont la Tierce est portée à la Basse. Sa place est sur la Médiante du Ton, ou sur la sixieme Note.Le second s'appelle Accord de Sixte-Quarte. C'est encore l'Accord parfait dont la Quinte est portée à la Basse: il ne se fait gueres que sur la Dominante ou sur la Tonique.
There are seven chords bearing the name of Sixth. The first is simply called the Sixth Chord. It is the perfect chord whose third is carried in the bass. Its position is on the Mediant of the key or on the sixth note. The second is called the Sixth-Fourth Chord. This remains the perfect chord whose fifth is carried in the bass: it generally occurs only on the Dominant or the Tonic.
Le troisieme est appellé Accord de petite-Sixte. C'est un Accord de Septieme, dont la Quinte est portée a la Basse. La petite-Sixte se met ordinairement sur la seconde Note du Ton, ou sur la sixieme.
The third is termed the Minor Sixth Chord. It is a seventh chord whose fifth is carried in the bass. The minor sixth is ordinarily placed on the second note of the key or the sixth.
Le quatrieme est l'Accord de Sixte-&-Quinte ou grande-Sixte. C'est encore un Accord de Septieme, mais dont la Tierce est portée à la Basse. Si l'Accord fondamental est dominant, alors l'Accord de grande-Sixte perd ce nom & s'appelle Accord de Fausse-Quinte. (Voyez FAUSSE- QUINTE.) La grande-Sixte ne se met communément que sur la quatrieme Note du Ton.
The fourth is the Sixth-and-Fifth or Major Sixth Chord. This is again a seventh chord, but whose third is carried in the bass. If the fundamental chord is dominant, then the Major Sixth Chord loses this name and becomes the False Fifth Chord. (See FAUSSE-QUINTE.) The Major Sixth is commonly placed only on the fourth note of the key.
Le cinquieme est l'Accord de Sixte-ajoutée: Accord fondamental, [614] composé, ainsi que celui de grande- Sixte, de Tierce, de Quinte, Sixte majeure, & qui se place de sur la Tonique ou sur la quatrieme Note. On ne peut donc distinguer ces deux Accords que par la maniere de les sauver; car si la Quinte descend & que la Sixte reste, c'est l'Accord de grande-Sixte, & la Basse fait une cadence parfaite; mais si la Quinte reste & que la Sixte monte, c'est l'Accord de Sixte-ajoutée, & la Basse-fondamentale fait une cadence irréguliere. Or, comme, après avoir frappé cet Accord, on est maître de le sauver de l'une de ces deux manieres, cela tient l'Auditeur en suspens sur le vrai fondement de l'Accord, jusqu'à ce que la suite l'ait déterminé; & c'est cette liberté de choisir que M. Rameau appelle Douple-emploi. (Voyez DOUBLE-EMPLOI.)
The fifth is the Added Sixth Chord: a fundamental chord [614] composed, like the Major Sixth, of a third, fifth, major sixth, and which is positioned on the Tonic or fourth note. These two chords can only be distinguished by their resolution; for if the fifth descends while the sixth remains, it is the Major Sixth Chord, and the bass makes a perfect cadence; but if the fifth remains while the sixth ascends, it is the Added Sixth Chord, and the Basse-fondamentale makes an irregular cadence. Now, as one may freely resolve this chord in either manner after striking it, this keeps the listener suspended regarding the chord's true foundation until subsequent harmony clarifies it—a liberty of choice that M. Rameau termed Double-emploi (Double Employment). (See DOUBLE-EMPLOI.)
Le sixieme Accord est celui de Sixte-majeure & Fausse-Quinte, lequel n'est autre chose qu'un Accord de petite-Sixte en Mode mineur, dans lequel la Fausse-Quinte est substituée à la Quarte: c'est, pour m'exprimer autrement, un Accord de Septieme diminuée, dans lequel la Tierce est portée à la Basse. Il ne se place que sur la seconde Note du Ton.
The sixth chord is that of the Major Sixth and False Fifth, which is nothing other than a Minor Sixth Chord in the minor mode, where the False Fifth substitutes for the fourth: to phrase it differently, a diminished seventh chord whose third is carried in the bass. It occurs only on the second note of the key.
Enfin, le septieme Accord de Sixte est celui de Sixte superflue. C'est une espece de petite-Sixte qui ne se pratique jamais que sur la sixieme Note d'un Ton mineur descendant sur la Dominante; comme alors la Sixte de cette sixieme Note est naturellement majeure, on la rend quelquefois superflue en y ajoutant encore un Dièse. Alors cette Sixte superflue devient un Accord original, lequel ne se renverse point. (Voyez ACCORD.)
Finally, the seventh Sixth Chord is that of the augmented Sixth. This species of minor sixth is employed exclusively on the sixth note of a descending minor key moving to the Dominant; as the sixth of this note is naturally major, it is sometimes rendered augmented by adding a sharp. This augmented Sixth then becomes an original chord that admits no inversion. (See ACCORD.)
[615] SOL. La cinquieme des six syllabes inventées par l'Arétin'. pour prononcer les Notes de la Gamme. Le sol naturel répond à la lettre G. (Voyez GAMME.)
[615] SOL. The fifth of the six syllables invented by Guido d'Arezzo for vocalizing the notes of the Gamme (gamut). Natural sol corresponds to the letter G. (See GAMME.)
SOLFIER, v. n. C'est, en entonnant des Sons, prononcer en même tems les syllabes de la Gamme qui leur correspondent. Cet exercice est celui par lequel on fait toujours commencer ceux qui apprennent la Musique, afin que l'idée de ces différentes syllabes s'unissant dans leur esprit à celle des Intervalles qui s'y rapportent, ces syllabes leur aident à se rappeller ces Intervalles.
SOLFIER (solfège), v. n. The act of pronouncing Gamme syllables while intoning their corresponding pitches. This exercise remains the foundational practice for music students, uniting mental conceptions of these syllables with their intervallic relationships to reinforce auditory memory.
Aristide Quintilien nous apprend que les Grecs avoient pour solfier quatre syllabes ou dénominations des Notes, qu'ils répétoient à chaque Tétracorde, comme nous en répétons sept à chaque Octave. Ces quatre syllabes étoient les suivantes: Te, Ta, Thé, Tho. La premiere répondu au premier Son ou à l'Hypate du premier Tétracorde & des suivans; la seconde, à la Parhypate; la troisieme, au Lichanos; la quatrieme, à la Nete; & ainsi de suite en recommençant: maniere de solfier qui, nous montrant clairement que leur modulation étoit renfermée dans l'étendue du Tétracorde, & que les Sons homologues, gardant & les mêmes rapports & les mêmes noms d'un Tétracorde à l'autre, étoient censés répétés de Quarte en Quarte, comme chez nous d'Octave en Octave, prouve en même tems que leur génération harmonique n'avoit aucun rapport à lanôtre, & s'établissoit sur des principes tout différens.
Aristides Quintilianus informs us that the Greeks used four syllables or note names for solfaing, which they repeated in each Tetrachord, just as we repeat seven in each Octave. These four syllables were as follows: Te, Ta, Thé, Tho. The first corresponded to the first sound or the Hypate of the first Tetrachord and subsequent ones; the second to the Parhypate; the third to the Lichanos; the fourth to the Nete; and so forth in repetition. This method of solfaing, by clearly showing that their modulation was confined within the compass of the Tetrachord and that homologous sounds retained both the same intervals and names from one Tetrachord to another – being conceptually reiterated from Fourth to Fourth as ours are from Octave to Octave – simultaneously demonstrates that their harmonic system bore no relation to ours and was founded upon entirely different principles.
Guy d'Arezzo ayant substitué son Hexacorde au Tétracorde ancien, substitua aussi, pour le solfier, six autres syllabes [616] aux quatre que les Grecs employoient autrefois. Ces six syllabes sont les suivantes: ut re mi fa sol la, tirées, comme chacun fait, de l'Hymne de Saint Jean-Baptiste. Mais chacun ne fait pas que l'Air de cette Hymne tel qu'on le chante aujourd'hui dans l'Eglise Romaine, n'est pas exactement celui dont l'Arétin tira ses syllabes, puisque les Sons qui les sortent dans cette Hymne ne sont pas ceux qui les portent dans sa Gamme. On trouvé dans un ancien manuscrit conservé dans la Bibliotheque du Chapitre de Sens, cette Hymne, telle, probablement, qu'on la chantoit du tems de l'Arétin, & dans laquelle chacune des six syllabes est exactement appliquée au Son correspondant de la Gamme, comme on peut le voir (Pl. G. Fig.2) où j'ai transcrit cette Hymne en Notes de Plain-Chant.
Guido d'Arezzo, having substituted his Hexachord for the ancient Tetrachord, likewise replaced the four syllables previously used by the Greeks with six others [616] for solfaing. These six syllables – ut re mi fa sol la – are, as everyone knows, drawn from the Hymn to St. John the Baptist. However, not everyone realizes that the melody of this Hymn as currently sung in the Roman Church does not precisely match the one from which Guido derived his syllables, since the pitches assigned to them in this Hymn differ from those in his Gamut. In an ancient manuscript preserved in the Sens Chapter Library, we find this Hymn likely sung as in Guido's time, where each of the six syllables corresponds exactly to its respective Gamut note. This may be observed (Plate G. Fig. 2), where I have transcribed this Hymn in Plainsong notation.
Il paroît que l'usage des six syllabes de Guy ne s'étendit pas bien promptement hors de l'Italie, puisque Muris témoigne avoir entendu employer dans Paris les syllabes Pro to do no tu a, au lieu de celles-là. Mais enfin celle de Guy l'emporterent & surent admises généralement en France comme dans le reste de l'Europe. Il n'y a plus aujourd'hui que l'Allemagne où l'on solfie seulement par les lettres de la Gamme, & non par les syllabes: en sorte que la Note qu'en solfiant nous appellons la, ils l'appellent A; celle que nous appellons ut, ils l'appellent C. Pour les Notes diésées ils ajoutent un s à la lettre & prononcent cet s, is; en sorte, par exemple, que pour solfier re Dièse, ils prononcent Dis. Ils ont aussi ajouté la lettre H pour ôter l'équivoque du si, qui n'est B qu'étant Bémol; lorsqu'il [617] est Béquarre, il est H: ils ne connoissent, en solfiant, de Bémol que celui-là seul; au lieu du Bémol de toute autre Note, ils prennent le Dièse de celle qui est au- dessous; ainsi pour la Bémol ils solfient G s, pour mi Bémol D s, &c. Cette maniere de Solfier est si dure & si embrouillée, qu'il faut être Allemand pour s'en servir, & devenir toutefois grand Musicien.
It appears that the use of Guido's six syllables spread slowly beyond Italy, as Muris attests to having heard the syllables Pro to do no tu a employed in Paris instead. Yet ultimately Guido's syllables prevailed and were universally adopted in France and throughout Europe. Today, only Germany persists in solfaing through Gamut letters rather than syllables: thus, the note we call la in solfaing becomes A for them; our ut becomes their C. For sharped notes, they append an s to the letter and pronounce it as is – hence, for example, D sharp becomes Dis. They have also added the letter H to resolve ambiguity regarding B, which is only B when flatted; when natural [617], it becomes H. In their solfaing, they recognize no flats except this single B; instead of flattening other notes, they take the sharp of the note below. Thus for A flat they solfa G s, for E flat D s, etc. This method of solfaing is so harsh and convoluted that one must be German to employ it – and yet still become a great musician.
Depuis l'établissement de la Gamme de l'Arétin, on a essayé en différens tems de substituer d'autres syllabes aux siennes. Comme la voix des trois premieres est assez sourde, M. Sauveur, en changeant la maniere de noter, avoit aussi changé celle de solfier, & il nommoit les huit Notes de l'Octave par les huit syllabes suivantes: Pa ra ga da so bo lo do. Ces noms n'ont pas plus passé que les Notes; mais pour la syllabe do, elle étoit antérieure à M. Sauveur: les Italiens l'ont toujours employée au lieu d'ut pour solfier, quoiqu'ils nomment ut & non pas do, dans la Gamme. Quant a l'addition du si. (Voyez Si.)
Since the establishment of Guido's Gamut, various attempts have been made to substitute other syllables. Finding the first three syllables rather muffled in vocalization, M. Sauveur altered both notation and solfaing practice, naming the eight notes of the Octave with these eight syllables: Pa ra ga da so bo lo do. These names fared no better than his notes, though the syllable do predated Sauveur: Italians have always used do instead of ut in solfaing, despite retaining ut in Gamut terminology. As for the addition of si (See Si).
A l'égard des Notes altérées par Dièse ou par Bémol, elles portent le nom de la Note au naturel, & cela cause, dans la maniere de solfier, bien des embarras auxquels M. de Boisgelou s'est proposé de remédier en ajoutant cinq Notes pour compléter le systême chromatique & donnant un nom particulier à chaque Note. Ces noms avec les anciens sont, en tout, au nombre de douze, autant qu'il y a de Cordes dans ce systême; savoir, ut de re ma mi sa si sol be la sa si. Au moyen de ces cinq Notes ajoutées, & des noms qu'elles portent, tous les Bémols & les Dièses sont [618] anéantis, comme on le pourra voir au mot Systême dans l'exposition de celui de M. de Boisgelou.
Regarding notes altered by sharps or flats: they retain their natural note names, creating significant complications in solfaing practice. M. de Boisgelou proposed rectifying this by adding five notes to complete the chromatic system and assigning distinct names. These names, combined with traditional ones, total twelve – matching the system's twelve strings: ut de re ma mi sa si sol be la sa si. Through these five added notes and their nomenclature [618], all flats and sharps are abolished, as may be seen under the entry System in the exposition of M. de Boisgelou's method.
Il y a diverses manieres de solfier; savoir, par Muances, par transposition & au naturel. (Voyez MUANCE, NATUREL & TRANSPOSITION.) La premiere méthode est la plus ancienne, la seconde est la meilleure, la troisieme est la plus commune en France. PlusieursNations ont gardé dans les Muances l'ancienne nomenclature des six syllabes de l'Arétin. D'autres en ont encore retranché, comme les, Anglois, qui solfient sur ces quatre syllabes seulement, mi fa sol la. Les François, au contraire, ont ajouté une syllabe pour renfermer sous des noms différens tous les sept Sons diatoniques de l'Octave.
There are various methods of solfège: namely, by mutations, by transposition, and in the natural [system]. (See MUTATION, NATURAL, and TRANSPOSITION.) The first method is the oldest, the second is the best, and the third is the most common in France. Several nations have retained in mutations the ancient nomenclature of Guido d'Arezzo's six syllables. Others have further reduced them, like the English, who sol-fa using only these four syllables: mi, fa, sol, la. The French, conversely, have added a seventh syllable to encompass all seven diatonic notes of the octave under distinct names.
Les inconvéniens de la Méthode dé l'Arétin sont considérables; car faute d'avoir rendu complexe la Gamme des l'Octave, les syllabes de cette Gamme ne signifient ni des touches fixes du Clavier, ni des Degrés du Ton, ni même des Intervalles déterminés. Par les Muances, la fa peut former un Intervalle de Tierce majeure en descendant, ou de Tierce mineure en montant, ou d'un semi-Ton encore en montant, comme il est aisé de voir par la Gamme, &c. (Voyez GAMME, MUANCES.) C'est encore pis par la méthode Angloise: on trouvé à chaque instant différens Intervalles qu'on ne peut exprimer que par les mêmes syllabes, & les mêmes noms de Notes y reviennent à toutes les Quartes, comme parmi les Grecs; au lieu de n'y revenir qu'à toutes les Octaves, selon le systême moderne.
The shortcomings of Guido's method are considerable; for by failing to render the gamut octave-complex, the syllables of this system signify neither fixed keyboard keys, nor scale degrees, nor even determinate intervals. Through mutations, la fa may form a descending major third, an ascending minor third, or even an ascending semitone, as may be readily observed in the gamut, etc. (See GAMUT, MUTATIONS.) The English method is worse still: one constantly encounters different intervals that can only be expressed through identical syllables, with the same note names recurring at every fourth – as among the Greeks – rather than at every octave according to the modern system.
La maniere de solfier établie en France par l'addition du [619] si, vaut assurément mieux que tout cela; car la Gamme se trouvant complete, les Muances deviennent inutiles, & l'analogie des Octaves est parfaitement observée. Mais les Musiciens ont encore gâté cette méthode par la bizarre imagination de rendre les noms des Notes toujours fixes & déterminés sur les touches du Clavier; en sorte que ces touches ont toutes un double nom, tandis que les Degrés d'un Ton transposé n'en ont point. Défaut qui charge inutilement la mémoire de tous les Dièses ou Bémols de la Clef, qui ôte aux noms des Notes l'expression des Intervalles qui leur sont propres, & qui efface enfin, autant qu'il est possible, toutes les traces de la modulation.
The French method of solfège established through the addition of [619] si is assuredly superior to all this; for the gamut being complete, mutations become unnecessary, and octave analogy is perfectly observed. Yet musicians have marred this method through the eccentric notion of fixing note names permanently to keyboard keys, thereby granting each key a dual name while leaving transposed scale degrees nameless. This defect needlessly burdens memory with key signatures, strips note names of their inherent intervalic meaning, and ultimately erases all traces of modulation wherever possible.
Ut ou re ne sont point ou ne doivent point être telle ou telle touche du Clavier; mais telle ou telle Corde du Ton. Quant aux touches fixes, c'est par des lettres de l'Alphabet qu'elles s'expriment. La touche que vous appellez ut, je l'appelle C; celle que vous appellez re, je l'appelle D. Ce ne sont pas des signes que j'invente, ce sont des signes tout établis, par lesquels je détermine très-nettement la Fondamentale d'un Ton. Mais ce Ton une sois déterminé, dites- moi de grace à votre tour, comment vous nommez la Tonique que je nomme ut, & la seconde Note que je nomme re, & la Médiante que je nomme mi? Car ces noms relatifs au Ton & au Mode sont essentiels peur la détermination des idées & pour la justesse des Intonations. Qu'on y réfléchisse bien, & l'on trouvera que ce que les Musiciens François appellent solfier au naturel est tout-à-fait hors de la nature. Cette methode est inconnue chez [620] toute autre Nation, & sûrement ne sera jamais fortune dans aucune: chacun doit sentir au contraire, que rien n'est plus naturel que de Solfier par transposition lorsque le Mode est transposé.
Ut or re are not – nor should they be – fixed keyboard keys, but rather mobile degrees of the tonality. As for fixed keys, they are properly expressed through alphabetical letters. The key you call ut, I call C; what you term re, I name D. These are not arbitrary signs of my invention but established symbols that precisely determine a key's fundamental. Yet once a key is thus fixed, pray tell me in turn: how do you name the tonic I call ut, the second degree I name re, or the mediant I term mi? For these names relative to key and mode are essential for conceptual clarity and intonational accuracy. Let this be pondered deeply, and one shall find that what French musicians call "solfaing in the natural [system]" is utterly contrary to nature. This method remains unknown [620] among other nations and shall surely never prosper elsewhere. All must perceive instead that nothing proves more natural than solfaing by transposition when the mode itself is transposed.
On a, en Italie, un Recueil de leçons à Solfier, appellées Solfeggi. Ce Recueil, composé par le célebre Lé, pour l'usage des commençans, est très-estimé.
In Italy exists a collection of solfège exercises called Solfeggi. This compilation by the celebrated Leo for beginners' use is held in high esteem.
SOLO, adj. pris substantiv. Ce mot Italien s'est dans la Musique, & s'applique à une Piece ou à un morceau qui se chante à Voix seule, ou qui se joue sur un seul Instrument avec un simple Accompagnement de Basse ou de Clavecin; & c'est ce qui distingue le Solo du Récit, qui peut être accompagné de tout l'Orchestre. Dans les Pieces appellées Concerto, on écrit toujours le mot Solo sur la Partie principale, quand elle récite.
SOLO, adj. used substantively. This Italian word has been adopted in music to designate a piece or passage sung by a single voice or played on a solo instrument with simple basso continuo or harpsichord accompaniment – thus distinguishing the Solo from the Recitative, which may employ full orchestral accompaniment. In compositions called Concertos, the term Solo is always marked on the principal part when it takes the lead.
SON, s. m. Quand l'agitation communiquée à l'air par la collision d'un corps frappé par un autre, parvient jusqu'à l'organe auditif, elle y produit une sensation qu'on appelle Bruit. (Voyez BRUIT.) Mais il y a un Bruit résonnant & appréciable qu'on appelle Son. Les recherches sur le Sonabsolu appartiennent au Physicien. Le Musicien n'examine que le Son relatif; il l'examine seulement par ses modifications sensibles, & c'est selon cette derniere idée, que nous l'envisageons dans cet Article.
SOUND, n. m. When agitation communicated to air through the collision of one body striking another reaches the auditory organ, it produces a sensation called Noise. (See NOISE.) But there exists a resonant and measurable Noise termed Sound. Investigations into absolute Sound belong to the Physicist. The Musician examines only relative Sound; he considers it solely through its perceptible modifications, and it is according to this latter conception that we shall examine it in this Article.
Il y a trois objets principaux à considérer dans le Son; le Ton, la forcé & le timbre. Sous chacun de ces rapports le Son se conçoit comme modifiable: 1º. du grave à l'aigu: 2º. du fort au foible: 3º. de l'aigre au doux, ou du sourd à l'éclatant, & réciproquement.
There are three principal attributes to consider in Sound: Tone, intensity, and timbre. Under each of these relations, Sound may be conceived as modifiable: 1º. from grave to acute; 2º. from forte to weak; 3º. from harsh to sweet, or from muffled to brilliant, and vice versa.
[621] Je suppose d'abord, quelle que soit la nature du Son, que son véhicule n'est autre chose que l'air même: premiérement, parce que l'air est le seul corps intermédiaire de l'existence duquel on soit parfaitement assuré, entre le corps sonore & l'organe auditif; qu'il ne faut pas multiplier les êtres sans nécessité; que l'air suffit pour expliquer la formation du Son; & de plus, parce que l'expérience nous apprend qu'un corps sonore ne rend pas de Son dans un lieu tout-à- fait privé d'air. Si l'on veut imaginer un autre fluide, tout ce que je dis de l'air on peut aisément lui appliquer dans cet Article.
[621] I first posit that—regardless of the nature of Sound—its vehicle is nothing other than air itself: firstly, because air is the sole intermediate body whose existence we can fully ascertain between the sounding body and the auditory organ; as one must not multiply entities without necessity; because air suffices to explain the formation of Sound; and further, because experience teaches us that a sounding body produces no Sound in a place entirely devoid of air. Should one wish to imagine another fluid, all I say of air here may easily be applied to it.
La résonnance du Son, ou, pour mieux dire, sa permanence & son prolongement ne peut naître que de la durée de l'agitation de l'air. Tant que cette agitation dure, l'air ébranlé vient sans cessé frapper l'organe auditif & prolonge ainsi la sensation du Son. Mais il n'y a point de maniere plus simple de concevoir cette durée, qu'en supposant l'air des vibrations qui se succedent, & qui renouvellent ainsi à chaque instant l'impression. De plus, de l'air, de quelque espece qu'elle soit, ne peut être produite que par une agitation semblable dans les parties du corps sonore: or, c'est un fait certain que corps sonore éprouvent de telles vibrations. Si l'on touche le corps d'un Violoncelle dans le tems qu'on en tire du Son, on le sent frémir sous la main & l'on voit bien sensiblement durer les vibrations de la Corde jusqu'à ce que le Son s'éteigne. Il en est de même d'une cloche qu'on fait sonner en la frappant du batail; on la sent, on la voit même frémir, [622]& l'on voit sautiller les grains de fable qu'on jette sur la surface. Si la Corde se détend, ou que la cloche se fende, plus de frémissement, plus de Son. Si donc cette cloche ni cette Corde ne peuvent communiquer l'air que les mouvemens qu'elles ont elles- mêmes, on ne sauroit douter le Son produit par les vibrations du corps sonore, ne se propage par des vibrations semblables que ce corps communique à l'air.
The resonance of Sound, or rather its persistence and prolongation, can arise only from the duration of air's agitation. So long as this agitation endures, the disturbed air ceaselessly strikes the auditory organ, thereby prolonging the sensation of Sound. But there is no simpler way to conceive this duration than by supposing that air undergoes successive vibrations, renewing the impression at each instant. Furthermore, such resonance—of whatever kind—can be produced only by a similar agitation within the parts of the sounding body: now, it is certain that sounding bodies experience such vibrations. If one touches the body of a Violoncello while drawing Sound from it, one feels it tremble beneath the hand and observes the vibrations of the String persisting visibly until the Sound fades. The same occurs with a bell struck by its clapper; one feels and even sees it quiver, [622] observing grains of fable tossed upon its surface leap about. Should the String slacken or the bell crack, all trembling ceases, and with it the Sound. Thus, since neither bell nor String can impart to air any motion they themselves lack, we cannot doubt that the Sound produced by the vibrations of a sounding body propagates through similar vibrations communicated by that body to the air.
Tout ceci supposé, examinons premiérement ce qui constitue le rapport des Sons du brave a l'aigu.
This being established, let us first examine what constitutes the relationship between grave and acute Sounds.
I. Théon de Smyrne dit que Lasus d'Hermione, de même que le Pythagoricien Hyppase de Métapont, pour calculer les rapports des Consonnances, s'étoient servis de deux vases semblables & résonnans à l'Unisso; que laissant vide l'un des deux, & remplissant l'autre jusqu'au quart, la percussion de l'un & de l'autre avoit fait entendre la Consonnance de la Quarte; que, remplissant ensuite les second jusqu'au tiers, puis jusqu'à la moitié, la percussion des deux avoit produit la Consonnance de la Quinte puis de l'Octave.
I. Theon of Smyrna relates that Lasus of Hermione, like the Pythagorean Hyppasus of Metapontum, used two similar resonant vases tuned to unison to calculate the ratios of Consonances. Leaving one vessel empty and filling the other to a quarter of its capacity, striking both produced the Consonance of the Fourth. Filling the second vessel to a third, then half its capacity, striking them yielded the Consonance of the Fifth and then the Octave.
Pythagore, au rapport de Nicomaque & de Censorin, s'y étoit pris d'une autre maniere pour calculer les mêmes rapports. Il suspendit, disent-ils, aux mêmes Cordes sonores différens poids, & détermina les rapports des divers Sons sur ceux qu'il trouva entre les poids tendans: mais les calculs de Pythagore sont trop justes pour avoir été faits de cette maniere; puisque chacun fait aujourd'hui, sur les expériences de Vincent Galilée, que les Sons sont entr'eux, [623] non comme les poids tendans, mais en raison sous-double de ces mêmes poids.
Pythagoras, according to Nicomachus and Censorinus, employed another method to calculate these same ratios. They recount that he suspended different weights from sonorous strings and determined sound ratios based on the relationships between these tensioning weights. Yet Pythagoras' calculations are too precise to have been conducted thusly; for we now know from Vincenzo Galilei's experiments that sounds relate to each other [623] not as the tensioning weights, but as the square roots of those same weights.
Enfin l'on inventa le Monocorde, appellé par les Anciens, Canon Harmonicus, parce Deux Cordes du même métal égales & également tendues forment un Unisson parfait en tout sens: si les longueurs sont inégales, la plus courte donnera un Son plus aigu, & sera aussi plus de vibrations dans un tems donne; d'où l'on conclud que la différence des Sons du grave à l'aigu ne procede que de celle: des vibrations faites dans un même espace de tems par les Cordes ou corps sonores qui les font entendre; ainsi l'on exprime les rapports des Sons par les nombres des vibrations qui les donnent.
Ultimately, the monochord was invented – called Canon Harmonicus by the Ancients. When two equal metal strings of equal tension produce perfect unison in every aspect: if their lengths differ, the shorter string yields a higher pitch through more frequent vibrations within a given time. Hence we conclude that pitch variation from low to high arises solely from differing vibration frequencies in sonorous bodies. Thus we express sound relationships through vibration counts.
On fait encore, par des expériences non moins certaines, que les vibrations des Cordes, toutes choses d'ailleurs égales, sont toujours réciproques aux longueurs. Ainsi, une Corde double d'une autre ne sera, dans le même tems, que la moitié du nombre des vibrations de celle-ci; & le rapport des Sons qu'elles feront entendre s'appelle Octave. Si les Cordes sont comme 3 & 2, les vibrations seront comme 2 & 3; & le rapport des Sons s'appellera Quinte, &c. (Voy. INTERVALLE.)
Further experiments confirm that string vibrations (all else being equal) remain inversely proportional to length. A string twice as long as another will execute half as many vibrations in equal time – their acoustic relationship being an Octave. When strings ratio 3:2, vibrations ratio 2:3 – this acoustic relationship being a Fifth, &c. (See INTERVAL.)
On voit par-là qu'avec des Chevalets mobiles il est aise de former sur une seule Corde des divisions qui donnent des Sons dans tous les rapports possibles, soit entr'eux, soit avec la Corde entiere. C'est le Monocorde dont je viens de parler. (Voyez MONOCORDE.)
This demonstrates how movable bridges easily enable single-string divisions producing all possible harmonic relationships – both between partials and with the entire string. This constitutes the aforementioned monochord. (See MONOCHORD.)
[624] On peut rendre des Sons aigus ou graves par d'autres moyens. Deux Cordes de longueur égale ne forment pas toujours l'Unisson; car si l'une est plus grosse ou moins tendue que l'autre, elle sera moins de vibrations en tems égaux, & conséquemment donnera un Son plus grave. (Voyez CORDE.)
[624] Other methods achieve pitch variation. Equal-length strings don't necessarily produce unison: a thicker or slacker string executes fewer vibrations over time, thus sounding lower. (See STRING.)
Il est aisé d'expliquer sur ces principes la construction des Instrumens à Cortes, tels que le Clavecin, le Tympanon, & le jeu des Violons & Basses, qui, par différens accourcissemens des Cordes sous les doigts ou chevalets mobiles, produit la diversité des Sons qu'on tire de ces Instrumens. Il faut raisonner de même pour les Instrumens à vent: les plus longs forment des Sons plus graves, si le vent est égal. Les trous, comme dans les Flûtes & Hautbois, servent à les raccourcir pour rendre les Sons plus aigus. En donnant plus de vent on les fait octave, & les Sons deviennent plus aigris encore. La colonne d'air forme alors le corps sonore, & les divers Tons de la Trompette & du Cor-de-chasse ont les mêmes principes que les Sons harmoniques du Violoncelle & du Violon, &c. (Voyez HARMONIQUES.)
These principles explain string instrument construction – harpsichords, dulcimers, and the violin family's mechanics. Shortening strings via finger pressure or movable bridges (as in violins and basses) produces pitch diversity. Wind instruments follow analogous principles: longer columns of air yield lower pitches under equal breath pressure. Finger holes (as in flutes and oboes) effectively shorten the air column for higher pitches. Increased breath force creates octave leaps through harmonic excitation. The air column becomes the sonorous body here – trumpet and hunting horn harmonics share the same physical basis as violoncello and violin harmonic tones. (See HARMONICS.)
Si l'on fait résonner avec quelque forcé une des grosses Cordes d'une Viole ou d'un Violoncelle, en passant un peu plus près du chevalet qu'à l'ordinaire, on entendra distinctement, pour peu qu'on ait l'oreille exercée & attentive, outre le Son de la Corde entiere, au moins celui de la double-Octave de sa Tierce: on verra même frémir & l'on entendra résonner toutes les Cordes montées à l'Unisson [625] de ces Sons-là. Ces Sons accessoires accompagnent toujours un Son principal quelconque, mais quand ce Son principal est aigu, les autres y sont moins sensibles. On appelle ceux-ci les Harmoniques du Son principal: c'est pareux, selon M. Rameau, que tout Son est appréciable, & c'est en eux que lui & M. Tartini ont cherché le principe de toute Harmonie, mais par des routes directement contraires. (Voyez HARMONIE, SYST@ME.)
If one vigorously vibrates one of the thick strings of a Viola or Violoncello by drawing the bow slightly closer to the bridge than usual, a trained and attentive ear will distinctly hear – alongside the Sound of the entire string – at least the double octave of its third. One may even observe trembling and resonance in all strings tuned to the [625] unison of these subsidiary tones. Such accessory Sounds invariably accompany any principal Sound, though they grow less perceptible when the principal Sound is acute. These are termed the harmonics of the principal Sound. It is through them, according to Mr. Rameau, that every Sound becomes measurable; both he and Mr. Tartini sought in these harmonics the foundation of all Harmony – though by diametrically opposed paths. (See HARMONY, SYSTEM.)
Une difficulté qui reste à expliquer dans la théorie du Son, est de savoir comment deux ou plusieurs Sons peuvent se faire entendre à la sois. Lorsqu'on entend, par exemple, les deux Sons de la Quinte dont l'un fait deux vibrations, tandis que l'autre en fait trois, on ne conçoit pas bien comment la même masse d'air peut fournir dans un même tems ces différens nombres de vibrations distincts l'un de l'autre, & bien moins encore lorsqu'il se fait ensemble plus de deux Sons & qu'ils sont tous dissonans entr'eux. Mengoli & les autres se tirent d'affaire par des comparaisons. Il en est, disent-ils, comme de deux pierres qu'on jette à la fois dans l'eau, & dont les différens cercles qu'elles produisent se croisent sans se confondre. M. de Mairan donne une explication plus philosophique. L'air, selon lui, est divisé en particules de diverses grandeurs, dont chacune est capable d'un Ton particulier & n'est susceptible d'aucun autre: de sorte qu'à chaque Son qui se forme, les particules d'air lui sont analogues s'ébranlent seules, elles & leurs Harmoniques, tandis que toutes les autres restent tranquilles jusqu'à ce qu'elles soient émues à leur tour par les Sons qui leur [626] correspondent. De sorte qu'on entend à la fois deux Sons, comme on voir a la fois deux couleurs, parce qu'étant produits par différentes parties ils affectent l'organe en différens points.
A persisting enigma in the theory of Sound lies in comprehending how two or more Sounds may be perceived simultaneously. When hearing, for instance, the two Sounds of a Fifth – where one completes two vibrations while the other completes three – it strains reason to conceive how the same air mass can sustain distinct vibrational counts within equal time. This perplexity intensifies when multiple dissonant Sounds coexist. Mengoli and others evade the issue through analogy: they liken it to two stones cast into water, their ripples intersecting without merging. M. de Mairan proposes a more philosophical explanation. Air, he contends, comprises particles of varied magnitudes, each predisposed to a specific Tone and impervious to others. Thus, when a Sound arises, only those air particles attuned to it (and their harmonics) vibrate, while others remain inert until stirred by corresponding [626] Sounds. Hence, simultaneous perception of two Sounds mirrors simultaneous vision of two colors – each produced by distinct elements that stimulate separate points of the organ.
Ce systême est ingénieux, mais l'imagination se prête avec peine à l'infinité de particules d'air différentes en grandeur & en mobilité, qui devroient être répandues dans chaque point de l'espace pour être toujours prêtes, au besoin, à rendre en tout lieu l'infinité de tous les Sons possibles. Quand elles sont une fois arrivées au timpan de l'oreille, on conçoit encore moins comment, en le frappant, plusieurs ensemble, elles peuvent y produire un ébranlement capable d'envoyer au cerveau la sensation de chacune en particulier. Il semble qu'on a éloigné la difficulté plutôt que de la resoudre: on allegue en vain l'exemple de la lumiere dont les rayons se croisent dans un point sans confondre les objets: car, outre qu'une difficulté n'en résout pas une autre: la parité n'est pas exacte, puisque l'objet est vu sans exciter dans l'air un mouvement semblable à celui qu'y doit exciter le corps sonore pour être ouï. Mengoli sembloit vouloir prévenir cette objection, en disant que les masses d'air chargées, pour ainsi dire, de différens Sons, ne frappent le timpan que successivement, alternativement, & chacune à son tour; sans trop songer à quoi il occuperoit celles qui sont obligées d'attendre que les premieres aient achevé leur office, ou sans expliquer comment l'oreille, frappée de tant de coups successifs, peut distinguer ceux qui appartiennent à chaque Son.
This system is ingenious, yet the imagination rebels at the notion of infinitely varied air particles – differing in size and mobility – pervading every spatial point to render all conceivable Sounds on demand. When such particles reach the eardrum, it becomes still harder to grasp how their collective impact could transmit distinct sensations to the brain. The difficulty seems displaced rather than resolved. Invoking light rays crossing without blurring objects proves an imperfect parallel, for vision requires no air movement akin to auditory vibration. Mengoli nearly anticipated this objection, suggesting that air masses bearing different Sounds strike the eardrum successively and alternately – yet he neglects to explain how the ear distinguishes these staggered impulses or what occupies particles awaiting their turn.
[627] A l'égard des Harmoniques qui accompagnent un Son quelconque, ils offrent moins une nouvelle difficulté qu'un nouveau cas de la précédente; car si-tôt qu'on expliquera comment plusieurs Sons peuvent être entendus à la fois, on expliquera facilement le phénomene des Harmoniques. En effet, supposons qu'un Son mette en mouvement les particules d'air susceptibles du même Son, & les particules susceptibles de Sons plus aigus à l'infini; de ces diverses particules, il y en aura dont les vibrations commençant & finissant exactement avec celles du corps sonore, seront sans cessé aidées & renouvellées par les siennes: ces particules, seront celles qui donneront l'Unisson. Vient ensuite l'Octave, dont deux vibrations s'accordant avec une du Son principal, en sont aidées & renforcées seulement de deux en deux; par conséquent l'Octave sera sensible, mais moins que l'Unisson: vient ensuite la
[627] As for harmonics accompanying any Sound, they present not a new difficulty but a variation of the prior enigma. Once we explain simultaneous perception of multiple Sounds, harmonics become explicable. Suppose a Sound agitates air particles attuned to itself and to infinitely higher tones. Among these particles, those vibrating precisely with the sonorous body will be perpetually reinforced – producing the Unison. Next comes the Octave, whose two vibrations align with one of the principal Sound, gaining reinforcement every second vibration – thus audible, yet fainter than the Unison. Then follows the
Douzieme ou l'Octave de la Quinte, qui fait trois vibrations précises pendant que le Son fondamental en fait une; ainsi ne recevant un nouveau coup qu'à chaque troisieme vibration, la Douzieme sera moins sensible que l'Octave, qui reçoit ce nouveau coup dès la seconde. En suivant cette même gradation, l'on trouvé le concours des vibrations plus tardif, les coups moins renouvelles, & par conséquent les Harmoniques toujours moins sensibles; jusqu'à ce que les rapports se composent au point que l'idée du concours trop rare s'efface, & que les vibrations ayant le tems de s'éteindre avant d'être renouvellées, l'Harmonique ne s'entend plus du tour. Enfin quand le rapport cessé d'être rationnel, les vibrations ne concourent jamais; celles [628] du Son plus aigu, toujours contrariées, sont bientôt étouffées par celles de la Corde, & ce Son aigu est absolument dissonant & nul. Telle est la raison pourquoi les premiers Harmoniques s'entendent, & pourquoi tous les autres Sons ne s'entendent pas. Mais en voilà trop sur la premiers qualité du Son; passons aux deux autres.
Twelfth or the Octave of the Fifth, which produces three precise vibrations while the fundamental Sound produces one; thus receiving a new impulse only at every third vibration, the Twelfth will be less perceptible than the Octave, which receives this new impulse at the second. Following this same gradation, the concurrence of vibrations becomes more delayed, the impulses less renewed, and consequently the harmonics always less distinct; until the ratios become so compounded that the notion of too infrequent concurrence fades, and the vibrations having time to extinguish before being renewed, the harmonic ceases to be heard altogether. Finally, when the ratio ceases to be rational, the vibrations [628] of the higher Sound, perpetually contradicted, are soon stifled by those of the string, and this acute Sound becomes absolutely dissonant and null. Such is the reason why the first harmonics are audible, and why all other Sounds are not. But enough on the first quality of Sound; let us proceed to the other two.
II. La forcé du Son dépend de celle des vibration, du corps sonore; plus ces vibrations sont grandes & fortes, plus le Son est fort & vigoureux & s'entend de loin. Quand la Corde est assez tendue, & qu'on ne forcé pas trop la voix ou l'Instrument, les vibrations restent toujours isochrones; &, par conséquent, le Ton demeure le même; soit qu'on renfle ou qu'on affoiblisse le Son: mais en reclant trop fort l'archet, en relâchant trop la Corde, en soufflant ou criant trop, on peut faire perdre aux vibrations l'isochronisme nécessaire pour l'identité du Ton; & c'est une des raisons pourquoi, dans la Musique Françoise où le premier mérite est de bien crier, on est plus sujet à. chanter faux que dans l'Italienne où la Voix se modere avec plus de douceur.
II. The force of the Sound depends on the vigor of the vibrations in the sonorous body; the greater and stronger these vibrations, the more powerful and vigorous the Sound, and the farther it carries. When the string is sufficiently tense, and the voice or instrument is not overstrained, the vibrations remain isochronous; consequently, the Tone remains unchanged whether the Sound is amplified or diminished. But by drawing the bow too forcefully, slackening the string excessively, or overblowing or shouting, one may disrupt the isochronism necessary for the identity of the Tone. This is one reason why in French Music — where the foremost merit lies in vigorous projection — singers are more prone to false intonation than in Italian Music, where the Voice is moderated with greater gentleness.
La vitesse du Son qui sembleroit dépendre de sa forcé, n'en dépend point. Cette vîtesse est toujours égale & constante, si elle n'est accélérée ou retardée par le vent: c'est-à-dire que le Son, fort ou foible, s'étendra toujours uniformément, & qu'il sera toujours dans deux secondes le double du chemin qu'il aura fait dans une. Au rapport de Halley & de Flamstéade, le Son parcourt en Angleterre. 1070 pieds de France en une seconde, & au Pérou 174 [629] toises, selon M. de la Condamine. Le P. Mersenne & Gassendi ont assuré que le vent favorable ou contraire n'accéléroit ni ne retardoit le Son: depuis les expériences que Derham & l'Académie des Sciences ont faites sur ce sujet; cela passe pour une erreur.
The velocity of Sound, which might seem to depend on its force, does not. This velocity remains equal and constant unless accelerated or retarded by wind: that is to say, whether strong or weak, Sound will always propagate uniformly, and in two seconds it will cover double the distance it traversed in one. According to Halley and Flamsteed, Sound travels 1070 French feet per second in England, and 174 toises in Peru, as reported by M. de la Condamine. Father Mersenne and Gassendi maintained that favorable or adverse winds neither accelerate nor retard Sound: since the experiments by Derham and the Academy of Sciences on this subject, this is regarded as erroneous.
Sans ralentir sa marche, le Son s'affoiblit en s'étendant & cet affoiblissement, si la propagation est libre, qu'elle ne soit gênée par aucun obstacle ni ralentie par le vent, suit ordinairement la raison du quarré des distances.
Without slackening its course, Sound weakens as it propagates. This weakening, provided the propagation is unimpeded by obstacles or wind, generally follows the ratio of the square of the distances.
III. Quant à la différence qui se trouvé encore entre les Sons par la qualité du timbre, il est évident qu'elle ne tient ni au degré d'élévation, ni même à celui de forcé. Un Hautbois aura beau se mettre à l'Unisson d'une Flûte, il aura beau radoucir le Son au même degré, le Son de la Flûte aura toujours je ne sais quoi de moelleux & de doux; celui du Hautbois je ne sais quoi de rude & d'aigre, qui empêchera que l'oreille ne les confonde; sans parler de la diversité du timbre des voix. (Voyez Voix.) Il n'y a pas un Instrument qui n'ait le sien particulier, qui n'est point celui de l'autre, & l'Orgue seul a une vingtaine de jeux tous de timbre différent. Cependant personne que je sache n'a examiné le Son dans cette partie; laquelle, aussi-bien que les autres, se trouvera peut-être avoir ses difficultés: car la qualité du timbre ne peut dépendre, ni du nombre des vibrations, qui fait le degré du grave à l'aigu, ni de la grandeur ou de la forcé de ces mêmes vibrations, qui fait le degré du fort au foible. Il faudra donc trouver dans le corps sonore une troisieme cause différente de ces deux, pour expliquer [630] cette troisieme qualité du Son & sesdifférencés; ce qui, peut-être, n'est pas trop aisé.
III. As for the distinction between Sounds arising from timbral quality, it evidently stems neither from pitch elevation nor even from intensity. Let an Oboe strive to match a Flute's unison, let it soften its Sound to the same degree – the Flute's tone shall retain an indefinable suppleness and sweetness, the Oboe's a certain harshness and acridity, preventing auditory confusion. This disregards the timbral diversity among voices. (See VOICE.) Every instrument possesses its unique timbre, distinct from all others – the Organ alone boasting twenty stops each with differing sonorities. Yet none to my knowledge has examined Sound in this aspect, which likely presents difficulties equal to its counterparts. For timbral quality cannot depend upon vibrational frequency (determining pitch) nor upon vibration amplitude (governing loudness). We must therefore identify a third cause within sonorous bodies to explain [630] this tertiary quality of Sound and its variations – a task perhaps not easily accomplished.
Les trois qualités principales dont je viens de parler en trent toutes, quoiqu'en différentes proportions, dans l'objet de la Musique, qui est le Son en général.
These three principal qualities – in varying proportions – all pertain to Music's essential matter: Sound in its totality.
En effet, le Compositeur ne considere pas seulement les Sons qu'il emploie doivent être hauts ou bas, graves aigus; mais s'ils doivent être forts ou foibles, aigres doux, sourds ou éclatans; & il les distribue à différens Instrumens, à diverses Voix, en Récits ou en Choeurs, aux extrémités ou dans le Medium des Instrumens ou des Voix, avec des Doux ou des Forts, selon les convenances de tout cela.
Indeed, the Composer considers not merely the relative highness or lowness of employed Sounds, but their required strength or delicacy, their stridency or mellowness, their muffled or brilliant character. He distributes them among diverse Instruments and Voices – in solos or choruses, at the extremities or midrange of vocal/instrumental capabilities – employing pianissimos and fortissimos according to aesthetic congruity.
Mais il est vrai que c'est uniquement dans la comparaison des Sons du grave à l'aigu que consiste toute la science Harmonique: de sorte que, comme le nombre des Sons est infini, l'on peut dire dans le même sens que cette science est infinie dans son objet. On ne conçoit point de bornes précises à l'étendue des Sons du grave à l'aigu, & quelque petit que puisse être l'Intervalle qui est entre deux Son, on le concevra toujours divisible par un troisieme Son: mais la nature & l'art ont limité cette infinité dans la pratique de la Musique. On trouvé bientôt dans les Instrumens les bornes des Sons praticables, tant au grave qu'à l'aigu. Alongez ou raccourcissez jusqu'à un certain point une Corde sonore, elle n'aura plus de Son. L'on ne peut pas non plus augmenter ou diminuer à volonté la capacité d'une Flûte ou d'un tuyau d'Orgue ni sa longueur; il y a des bornes, [631] passé lesquelles ni l'un ni l'autre ne résonne plus. L'inspiration a aussi sa mesure & ses loix. Trop foible, elle ne rend point de Son; trop sorte, elle ne produit qu'un cri perçant qu'il est impossible d'apprécier. Enfin il est constaté par mille expériences que tous les Sons sensibles sont renfermés dans une certaine latitude, passé laquelle, ou trop graves ou trop aigus, ils ne sont plus apperçus ou deviennent inappréciables à l'oreille. M. Euler en a même en quelque sorte fixé les limites, & selon ses observations rapportées par M. Diderot dans ses principes d'Acoustique, tous les Sons sensibles sont compris entre les nombres; 30 & 7552: c'est-à-dire que, selon ce grand Géometre, le Son le plus grave appréciable à notre oreille fait 30 vibrations par seconde, & le plus aigu 7552 vibrations dans la même tems: Intervalle qui renferme à-peu-pris 8 Octaves.
Yet harmonic science resides solely in the comparative relationships between low and high Sounds. As the number of Sounds is infinite, this science might be deemed infinite in scope. No precise boundaries constrain the spectrum from grave to acute pitches; however minute the interval between two Sounds, we can always conceive its division by a third. But Nature and Art have circumscribed this infinity in musical practice. Instruments soon reveal limits to practicable Sounds at both extremes. Extend or contract a string beyond certain thresholds – it ceases to sound. Neither can a Flute's bore nor an Organ pipe's dimensions be arbitrarily modified; [631] beyond specific limits, resonance fails. Breath control too has its measures: too feeble, no tone emerges; too violent, only an unmusical shriek results. Experience confirms that perceptible Sounds occupy a defined range – beyond which, whether too low or high, they become imperceptible or unmusical. Mr. Euler has even quantified these limits: according to Mr. Diderot's acoustic principles, discernible Sounds lie between 30 and 7552 vibrations per second – spanning approximately eight Octaves.
D'un autre côté l'on voit, par la génération harmonique des Sons, qu'il n'y en a dans leur infinité possible qu'un très-petit nombre qui puissent être admis dans le systême harmonieux. Car tous ceux qui ne forment pas des Consonnances avec les Sons fondamentaux, ou qui ne naissent pas, médiatement ou immédiatement, des différences de ces Consonnances, doivent être proscrits du systême. Voilà pourquoi, quelque parfait qu'on suppose aujourd'hui le nôtre, il est pourtant borné à douze Sons seulement dans l'étendue d'une Octave, desquels douze toutes les autres Octaves ne contiennent que des Répliques. Que si l'on veut compter toutes ces Répliques pour autant de Sons différens; en les multipliant par le nombre des Octaves auquel est bornée l'étendue [632] des Son. appréciables, on trouvera 96 en tout, pour le plus grand nombre des Sons praticables dans notre sur un même Son fondamental.
Conversely, harmonic generation reveals that from infinite possible Sounds, only few merit inclusion in the musical system. Those failing to form consonances with fundamental tones, or arising neither mediately nor immediately from such consonances' differentials, must be excluded. Hence our modern system – however perfected – confines itself to twelve Sounds per Octave, all subsequent Octaves containing mere replicas. Should we count these replicas as distinct Sounds, multiplying them by the Octave range of perceptible tones yields 96 practicable Sounds [632] at maximum – all deriving from a single fundamental.
On ne pourroit pas évaluer avec la même précision le nombre des Sons praticables dans l'ancienne Musique. Car les Grecs formoient, pour ainsi dire, autant de systêmes de Musique, qu'ils avoient de manieres différentes d'accorder leurs Tétracordes. Il paroît, par la lecture de leurs traités de Musique, que le nombre de ces manieres étoit grand & peut-être indéterminé. Or chaque Accord particulier changeoit les Sons de la moitié du systême, c'est-à-dire, des deux Cordes mobiles de chaque Tétracorde. Ainsi, l'on voit bien ce qu'ils avoient de Sons dans uneseule maniere d'Accord; mais on ne peut calculer au juste combien ce nombre se multiplioit dans tous les changemens de Genre Mode qui introduisoient de nouveaux Sons.
The number of practicable sounds in ancient music could not be estimated with similar precision. For the Greeks formed, so to speak, as many musical systems as they had distinct ways of tuning their tetrachords. From reading their musical treatises, it appears the number of these tuning methods was large and perhaps indeterminate. Now each particular tuning altered the sounds of half the system — namely, the two movable strings of each tetrachord. Thus, one may discern how many sounds they employed in a single tuning method, but cannot precisely calculate how this number multiplied across all changes of genus and mode that introduced new sounds.
Par rapport à leurs Tétracordes, ils distinguoient les Sons en deux classes générales; savoir, les Sons stables & fixes dont l'Accord ne changeoit jamais, & les Sons mobiles dont l'Accord changeoit avec l'espece du Genre. Les premiers étoient huit en tout, savoir-les deux extrêmes de chaque Tétracorde & la Corde Prostambanomene; les seconds étoient aussi tout au moins au nombre de huit, quelquefois de neuf ou de dix, parce que deux Sons voisins quelquefois se confondoient en un, & quelquefois se séparoient.
Regarding their tetrachords, they divided sounds into two general classes: stable and fixed sounds whose tuning never changed, and mobile sounds whose tuning varied with the species of genus. The former numbered eight in total — the two extremes of each tetrachord and the Proslambanomène string. The latter numbered at least eight, sometimes nine or ten, as neighboring sounds occasionally merged into one or separated.
Ils divisoient derechef, dans les Genres épais, les Sons stables en deux especes, dont l'une contenoit trois Sons appellés Apycni ou non-serrés, parce qu'ils ne formoient au grave [633] grave ni semi-Tons ni moindres Intervalles; ces trois Sons Apycni étoient la Proslambanomene, la Nete-Synnéménon, & la Nete-Hyperboléon. L'autre espece portoit le nom de Sons Barypycni ou sous-serrés, parce qu'ils formoient le grave des petits Intervalles: les Sons Barypycni étoient au nombre de cinq; savoir, l'Hypate-Hypaton, l'Hypate-Méson, la Mèse, la Paramèse & la Nete- Diézeugménon.
In the dense genera, they further subdivided stable sounds into two species. The first contained three Apycni ("uncompressed") sounds, so called because they formed neither semitones nor smaller intervals in the bass [633] register. These three Apycni sounds were the Proslambanomène, Nete Synemmenon, and Nete Hyperbolaion. The second species bore the name Barypycni ("sub-compressed") sounds, as they formed the bass of small intervals. The Barypycni sounds numbered five: Hypate-Hypaton, Hypate-Meson, Mese, Paramese, and Nete Diezeugmenon.
Les Sons mobiles se subdivisoient pareillement en Sons Mésopycni ou moyens dans le serré, lesquels étoient aussi cinq en nombre; savoir, le second, en montant, de chaque Tétracorde; & en cinq autres Sons appellés Oxypycni ou sur-aigus, qui étoient le troisieme, en montant, de chaque Tétracorde. (Voyez TÉTRACORDE.)
Mobile sounds were similarly subdivided into Mésopycni ("mid-compressed") sounds — five in number, being the second ascending note of each tetrachord — and five others called Oxypycni ("acute-compressed") sounds, being the third ascending note of each tetrachord. (See TETRACHORD.)
A l'égard des douze Sons du Système moderne, l'Accord n'en change jamais & ils sont tous immobiles. Brossard prétend qu'ils sont tous mobiles, fondé sur ce qu'ils peuvent être altérés par Dièse ou Bémol: mais autre chose est de changer de Corde, & autre chose de changer l'Accord d'une Corde.
As for the twelve sounds of the modern system, their tuning never changes and all remain fixed. Brossard claims they are all mobile, arguing they may be altered by sharp or flat. But altering a string's tuning differs from changing its fundamental pitch.
SON FIXE, s. m. Pour avoir ce qu'on appelle un Son fixe, il faudroit s'assurer que ce Son seroit toujours le même dans tous les tems & dans tous les lieux. Or il ne faut pas croire qu'il suffise pour cela d'avoir un tuyau, par exemple, d'une longueur déterminée: car, premiérement, le tuyau restant toujours le même, la pesanteur de l'air ne restera pas pour cela toujours la même; le Son changera & deviendra plus grave ou plus aigu, selon que l'air deviendra plus léger ou plus pesant. Par la même raison le Son du même tuyau changera encore avec la colonne de l'atmosphere; [634] selon que ce même tuyau sera porté plus haut ou plus bas, dans les montagnes ou dans les vallées.
FIXED SOUND, n. To obtain what is called a fixed sound, one must ensure this sound remains identical across all times and places. Yet one should not believe a pipe of determined length suffices for this: first, even if the pipe remains unchanged, air density will not remain constant. The sound will vary, growing deeper or sharper as the air becomes lighter or heavier. For the same reason, the sound from this pipe will also change with atmospheric pressure [634] — whether the pipe is carried higher or lower, to mountains or valleys.
En second lieu, ce même tuyau, quelle qu'en soit la matiere, sera sujet aux variations que le chaud ou le froid cause dans les dimensions de tous les corps: le tuyau se raccourcissant ou s'alongeant deviendra proportionnellement plus aigu ou plus grave; & de ces deux causes combinées, vient la difficulté d'avoir un Son fixe, & presque l'impossibilité de s'assurer du même Son dans deux lieux en même tems, ni dans deux tems en même lieu.
Secondly, this same pipe — regardless of material — will be subject to dimensional changes caused by heat or cold. As the pipe contracts or expands, it becomes proportionally sharper or deeper. From these combined causes arises both the difficulty of maintaining a fixed sound and the near-impossibility of securing identical sounds across two locations simultaneously, or across two moments in the same place.
Si l'on pouvoit compter exactement les vibrations que fait un Son dans un tems donne, l'on pourroit, par le même nombre des vibrations, s'assurer de l'identité du Son; mais ce calcul étant impossible, on ne peut s'assurer de cette identité du Son que par celle des Instrumens qui le donnent; savoir, le tuyau, quant à ses dimensions, & l'air, quant à sa pesanteur. M. Sauveur proposa pour cela des moyens qui ne réussirent pas à l'expérience. M. Diderot en a propose depuis de plus praticables, & qui consistent à graduer un tuyau d'une longueur suffisante pour que les divisions y soient justes & sensibles, en le composant de deux parties mobiles parlesquelles on puisse l'alonger & l'accourcir selon les dimensions proportionnelles aux altérations de l'air, indiquées par le Thermometre quant à la température, & par le Barometre quant à la pesanteur. Voyez là-dessus les principes d'Acoustique de cet Auteur.
If one could precisely count the vibrations produced by a Sound within a given duration, the same vibration count might verify the Sound's identity. Yet as such calculation proves impossible, we can only confirm this identity through the constancy of the instruments producing it – namely, the pipe's fixed dimensions and the air's stable density. M. Sauveur proposed methods for this which failed in practice. M. Diderot later suggested more viable means involving a graduated pipe of sufficient length whose divisions could be adjusted via mobile sections, accounting for atmospheric changes indicated by the thermometer (temperature) and barometer (air pressure). Consult this author's Principles of Acoustics for further detail.
SON FONDAMENTAL. (Voyez FONDAMENTAL.)
FUNDAMENTAL SOUND. (See FUNDAMENTAL.)
SONS FLUTES. (Voyez SONS HARMONIQUES.)
FLUTE-LIKE TONES. (See HARMONIC SOUNDS.)
[635] SONS HARMONIQUES ou SONS FLUTES. Espece singuliere de Sons qu'on tire de certains Instrumens, tels que le Violon & le Violoncelle, par un mouvement particulier de l'archet, qu'on approche davantage du Chevalet, & en posant légérement le doigt sur certaines divisions de la Corde. Ces Sons sont fort différens pour le timbre & pour le Ton de ce qu'ils ferment, si l'on appuyoit tout-à-fait le doigt. Quant au Ton, par exemple, ils donneront la Quinte quand ils donneroient la Tierce, la Tierce quand ils donneroient la Sixte, &c. Quant aux timbres, ils sont beaucoup plus doux que ceux qu'on tire pleins de la même division, en faisant porter la Corde sur le manche; & c'est à cause de cette douceur qu'on les appelle Sons flûtés. Il faut, pour en bien juger, avoir entendu M. Mondonville tirer sur son Violon, ou M. Bertaud sur son Violoncelle, des suites de ces beaux Sons. En glissant légèrement le doigt de l'aigu au grave depuis le milieu d'une Corde qu'on touche en même tems de l'archet en la maniere susdite, on entend distinctement une succession de Sons harmoniques du grave à l'aigu, qui étonne fort ceux qui n'en connoissent pas la Théorie.
[635] HARMONIC SOUNDS or FLUTE-LIKE TONES. Singular type of tones produced on instruments like the Violin and Violoncello through particular bowing techniques – drawing the bow nearer the bridge while lightly touching specific string divisions. These tones differ markedly in timbre and pitch from their stopped counterparts. For instance, they yield a Fifth where full stopping would produce a third, a third instead of a sixth, etc. Their timbre proves softer than fully stopped notes, hence their designation as "flute-like." To properly appreciate them, one must hear M. Mondonville's violin or M. Bertaud's cello execute sequences of these exquisite tones. By lightly sliding the finger from treble to bass along a bowed string, a cascade of ascending harmonic tones astonishes the uninitiated listener.
Le principe sur lequel cette Théorie est fondée, est qu'une Corde étant divisée en deux parties commensurables entr'elles, & par conséquent avec la Corde entiere, si l'obstacle qu'on met au point de division n'empêche qu'imparfaitement la communication des vibrations d'une partie à l'autre, toutes les fois qu'on sera sonner la Corde dans cet état, elle rendra non le Son de la Corde entiere, ni celui de sa grande partie, [636] mais celui de la plus petite partie si elle mesure exactement l'autre; ou, si elle ne la mesure pas, le Son de la plus grande aliquote commune à ces deux parties.
The underlying principle holds that when a string divides into commensurate segments (thus proportioned to the whole string), imperfectly obstructed vibrations at the division point produce neither the full string's tone nor its longer segment's [636], but rather the smallest exact aliquot's pitch. Should the segments prove incommensurate, the tone corresponds to their greatest common divisor.
Qu'on devise une Corde 6 en deux parties 4 & 2, le Son harmonique résonnera par la longueur de la petite partie 2, qui est aliquote de la grande partie 4: mais si la Corde 5 cit divisée par 2 & 3; alors, comme la petite partie ne mesure pas la grande, le Sons harmonique ne résonnera que selon la moitié i de cette même petite partie, laquelle moitié est la plus grande commune mesure des deux parties 3 & 2, & de toute la Corde 5.
Dividing a string of six units into 4+2 segments yields harmonic tones from the smaller segment (2), being an aliquot of the larger (4). But dividing a 5-unit string into 2+3 segments – where neither measures the other – produces harmonics from their greatest common divisor (1 unit), which measures both segments and the whole string.
Au moyen de cette loi tirée de l'observation, & conforme aux expériences faites par M. Sauveur à l'Académie des Sciences, tout le merveilleux disparoît. Avec un calcul très-simple on assigne pour chaque degré le Son harmonique qui lui répond. Quant au doigt glissé le long de la Corde, il ne donne qu'une suite de Sons harmoniques qui se succedent rapidement dans l'ordre qu'ils doivent avoir selon celui divisions sur lesquelles on passe successivement le doigt, & les points qui ne forment pas des divisions exactes, ou qui en forment de trop composées, ne donnent aucun Son sensible ou appréciable.
This experimentally verified law (per M. Sauveur's demonstrations at the Academy of Sciences) dispels the phenomenon's mystery. Simple calculation determines each division's harmonic tone. The sliding finger merely triggers rapid successions of these tones according to passed-over divisions, while inexact or overly complex divisions yield no discernible sound.
On trouvera Pl. G. Fig. 3. une Table des Sons harmoniques, qui peut en faciliter la recherche à ceux qui desirent de les pratiquer. La premiere colonne indique les Sons que rendroient les divisions de l'Instrument touchées en plein, & la seconde colonne montre les Sons flûtés correspondans, quand la Corde est touchée harmoniquement.
Pl. G. Fig. 3 provides a Harmonic Sounds Table aiding practical application. The first column shows tones from fully stopped divisions, the second their corresponding flute-like tones when played harmonically.
[637] Après la premiere Octave, c'est-à-dire, depuis le milieu de la Corde en avançant versle Chevalet, on retrouve les mêmes Sons harmoniques dans le même ordre, sur les mêmes divisions de l'Octave aiguë; c'est-à-dire, la Dix neuvieme sur la Dixieme mineure, la Dix- septieme sur la Dixieme majeure, &c.
[637] After the first Octave – that is, from the midpoint of the string advancing toward the bridge – one rediscovers the same harmonic sounds in the same order, upon the same divisions of the upper Octave: namely, the nineteenth upon the minor tenth, the seventeenth upon the major tenth, etc.
Je n'ai fait, dans cette Table, aucune mention des Sons harmoniques relatifs à la Seconde & à la Septieme: premiérement, parce que les divisions qui les forment n'ayant entr'elles que des aliquotes fort petites, en rendroient les Sons trop aigus pour être agréables, & trop difficiles a tirer par le coup d'archet, & de plus, parce qu'il faudroit entrer dans des sous-divisions trop étendues, qui ne peuvent s'admettre dans la pratique: car le Son harmonique du Ton majeur seroit la vingt-troisieme, ou la triple Octave de la Seconde, & l'Harmonique du Ton mineur seroit la vingt-quatrieme, ou la triple Octave de la Tierce mineure: mais quelle est l'oreille assez fine & la main assez juste pour distinguer & toucher à sa volonté un Ton majeur ou un Ton mineur?
In this Table, I have made no mention of harmonic sounds relative to the second and seventh: first, because the divisions forming them having only very small aliquot parts between them would render their sounds too shrill to be agreeable, and too difficult to produce by bowing; moreover, because it would require entering into overly extended subdivisions that cannot be admitted in practice. For the harmonic sound of the Major Tone would be the twenty-third, or triple Octave of the second, and the harmonic of the Minor Tone would be the twenty-fourth, or triple Octave of the minor third. But what ear is sharp enough, and hand steady enough, to distinguish and strike at will a Major Tone or a Minor Tone?
Tout le jeu de la Trompette marine est en Sons harmoniques; ce qui fait qu'on n'en tire pas aisément toute sorte de Sons.
The entire playing technique of the tromba marina consists of harmonic sounds, which explains why it is not easy to draw all manner of tones from it.
SONATE, s. f. Piece de Musique instrumentale composée de trois ou quatre morceaux consécutifs de caracteres différens. La Sonate est à-peu-près pour les Instrumens ce qu'est la Cantate pour les Voix.
SONATA, n. f. A piece of instrumental music composed of three or four consecutive movements of differing character. The Sonata is for instruments approximately what the Cantata is for voices.
La Sonate est faire ordinairement pour un seul Instrument [638] qui récite accompagné d'une Basse-continue; & dans une telle composition l'on s'attache à tout ce qu'il y a de plus favorable pour faire briller l'Instrument pour lequel on travaille, soit par le tour des chants, soit par le choix des Sons qui conviennent le mieux à cette espece d'Instrument, soit par la hardiesse de l'exécution. Il y a aussi des Sonates en Trio, que les Italiens appellent plus communément Sinfonie; mais quand elles passent trois Parties, ou qu'il y en a quelqu'une récitante, elles prennent le nom de Concerto. (Voy. CONCERTO.)
The Sonata is ordinarily written for a single instrument [638] that declaims accompanied by a continuo bass. In such a composition, one strives to employ all that is most favorable for showcasing the instrument for which it is written – whether through melodic turns, the selection of tones best suited to that species of instrument, or the boldness of execution. There are also Trio Sonatas, which the Italians more commonly call Sinfonie; but when they exceed three parts or include any recitative passages, they take the name Concerto. (See CONCERTO.)
Il y a plusieurs sortes de Sonates. Les Italiens les réduisent à deux especes principales. L'une qu'ils appellent Sonate da Camera, Sonates de Chambre, lesquelles sont composées de plusieurs Airs familiers ou à danser, tels à-peu-pris que ces recueils qu'on appelle en France des Quites. L'autre espece est appellée Sonate da Chiesa, Sonates d'Eglise, dans la composition desquelles il doit entrer plus de recherche, de travail, d'Harmonie, & des Chants plus convenables à la dignité du lieu. De quelque espece que soient les Sonates, elles commencent d'ordinaire par un Adagio; &, après avoir passé par deux ou trois mouvemens différens, finissent par un Allegro ou un Presto.
There are several kinds of Sonatas. The Italians reduce them to two principal types. One they call Sonate da Camera (Chamber Sonatas), which are composed of several familiar or dance-like airs, somewhat akin to those collections called Suites in France. The other type is termed Sonate da Chiesa (Church Sonatas), in whose composition there should enter greater refinement, harmonic complexity, and melodies more befitting the dignity of the place. Whatever their type, Sonatas usually begin with an Adagio and, after passing through two or three contrasting movements, conclude with an Allegro or Presto.
Aujourd'hui que les Instrumens sont la partie la plus importante de la Musique, les Sonates sont extrêmement à la mode, de même que toute espece de Symphonie; le Vocal n'en est gueres que l'accessoire, & le Chant accompagne l'accompagnement. Nous tenons ce mauvais goût de ceux qui, voulant introduire le tour de la Musique Italienne dans [639] une Langue qui n'en est pas susceptible, nous ont obligés de chercher à faire avec les Instrumens ce qu'il nous est impossible de faire avec nos Voix. J'ose prédire qu'un goût si peu naturel ne durera pas. La Musique purement Harmonique est peu de chose; pour plaire constamment, & prévenir l'ennui, elle doit s'élever au rang des Arts d'imitation; mais son imitation n'est pas toujours immédiate comme celles de la Poésie & de la Peinture; la parole est le moyen par lequel la Musique détermine le plus souvent l'objet dont elle nous offre l'image, & c'est par les Sons touchans de la voix humaine que cette image éveille au fond du coeur le sentiment qu'elle y doit produire. Qui ne sent combien la pure Symphonie dans laquelle on ne cherche qu'à faire brillerl'Instrument, est loin de cette énergie? Toutes les folies du Violon de M. Mondonville m'attendriront-elles comme deux Sons de la voix de Mademoiselle le Maure? La Symphonie anime le Chant, & ajoute à son expression, mais elle n'y supplée pas. Pour savoir ce que veulent dire tous ces fatras de Sonates dont on est accablé, il faudroit faire comme ce Peintre grossier, qui étoit obligé d'écrire au-dessous de ses figures; c'est un arbre, c'est un homme, c'est un cheval. Je n'oublierai jamais la saillie du célebre Fontenelle, qui se trouvant excédé de ces éternelles Symphonies, s'écria tout haut dans un transport d'impatience: Sonate, que me veux-tu?
In our present age, where instruments constitute the most significant element of Music, Sonatas and all forms of Symphony are exceedingly fashionable, while vocal music has been reduced to a mere accessory. The melody now accompanies its own accompaniment. We inherit this poor taste from those who, seeking to impose Italian musical turns upon [639] a language ill-suited to them, have compelled us to achieve through instruments what remains impossible through our voices. I venture to predict that such unnatural taste shall not endure. Purely harmonic Music holds little merit; to please consistently and stave off tedium, it must ascend to the rank of imitative Arts. Yet its imitation is seldom as direct as that of Poetry or Painting. Words most often serve as the means through which Music specifies the object whose image it presents, and it is through the affecting tones of the human voice that this image stirs within the heart the sentiment it ought to produce. Who cannot perceive how far the mere Symphony—wherein instruments strive only to dazzle—remains from such potency? Shall the follies of M. Mondonville’s violin move me as deeply as two notes from Mademoiselle Le Maure’s voice? The Symphony animates song and heightens its expression but cannot replace it. To decipher the meaning of these sonata-clusters overwhelming us, one must emulate that crude painter forced to label his figures: "Here a tree," "Here a man," "Here a horse." I shall never forget the outburst of the celebrated Fontenelle who, wearied unto exasperation by endless Symphonies, cried aloud: Sonata, what wouldst thou of me?
SONNER, v. a. & n. On dit en composition qu'une Note Sonne sur la Basse, lorsqu'elle entre dans l'Accord & fait Harmonie; à la différence des Notes qui ne sont que de goût, & ne servent qu'à figurer, lesquelles ne Sonnent point. [640] On dit aussi Sonner une Note, un Accord, pour dire, frapper ou faire entendre le Son, l'Harmonie de cette Note ou de cet Accord.
TO SOUND, v. a. & n. In composition, we say a Note Sounds over the Bass when it enters the Chord and contributes to the Harmony—distinct from ornamental notes that merely embellish the figuration and do not Sound. [640] We also say to Sound a Note or Chord, meaning to strike or produce the tone or Harmony of said Note or Chord.
SONORE, adj. qui rend du Son. Un métal sonore. De-là, CORPS sonore. (Voyez CORPS SONORE.)
SONOROUS, adj. That which produces Sound. A sonorous metal. Hence, SONOROUS BODY. (See SONOROUS BODY.)
Sonore se dit particuliérement & par excellence de tout ce qui rend des Sons moelleux, forts, nets, justes, & bien timbrés. Une Cloche Sonore: une Voix Sonore, &c.
Sonorous is used particularly and emphatically for all that emits mellow, strong, clear, just, and well-timbred tones. A Sonorous bell: a Sonorous voice, &c.
SOTTO-VOCE, adv. Ce mot Italien marque, dans les lieux où il est écrit, qu'il ne faut chanter qu'à demi-voix, ou jouer qu'à demi-jeu. Mezzo-Forte & Mezza-Voce signifient la même chose.
SOTTO-VOCE, adv. This Italian term, written where indicated, signifies singing in half-voice or playing with restrained execution. Mezzo-Forte and Mezza-Voce convey the same meaning.
SOUPIR. Silence équivalant à une Noire, & qui se marque par un trait courbe approchant de la figure du 7 de chiffre, mais tourné en sens contraire, en cette sorte L. (Voyez SILENCE, NOTES.)
QUARTER REST. A silence equivalent to a quarter note, marked by a curved stroke resembling the numeral 7 inverted: 𝄽. (See REST, NOTES.)
SOURDINE, s. f. Petit Instrument de cuivre ou d'argent, qu'on applique au chevalet du Violon ou du Violon-celle, pour rendre les Sons plus sourds & plus foibles, en interceptant & gênant les vibrations du corps entier de l'Instrument. La Sourdine, en affoiblissant les Sons, change leur timbre & leur donne un caractere extrêmement attendrissant & triste. Les Musiciens François, qui pensent qu'un jeu doux produit le même effet que la Sourdine, & qui n'aiment pas l'embarras de la placer & déplacer, ne s'en servent point. Mais on en fait usage avec un grand effet dans tous les Orchestres d'Italie, & c'est parce qu'on trouvé souvent ce mot Sordini écrit dans les Symphonies, que j'en ai dû faire un article.
SOURDINE, s. f. A small brass or silver device affixed to the bridge of a Violin or Cello to muffle and weaken tones by obstructing the instrument’s full vibrations. The Sourdine, while softening sounds, alters their timbre, imparting an intensely plaintive and mournful character. French musicians—believing soft playing achieves the same effect as the Sourdine and disdaining the trouble of attaching and removing it—disregard this device. Yet it is employed to great effect in all Italian orchestras. As the term Sordini frequently appears in Symphonies, I deemed it necessary to address here.
[641] Il y a des Sourdines aussi pour les Cors-de-chasse, pour le Clavecin, &c.
[641] Sourdines exist also for hunting horns, harpsichords, &c.
SOUS-DOMINANTE ou SOUDOMINANTE. Nom donne par M. Rameau à la quatrieme Note du Ton, laquelle est, par conséquent, au même Intervalle du la Tonique en descendant, qu'est la Dominante en montant. Cette dénomination vient de l'affinité que cet Auteur trouvé par renversement entre le Mode mineur de la Sous-Dominante, & le Mode majeur de la Tonique. (Voyez HARMONIE.) Voyez aussi l'Article qui suit.
SUB-DOMINANT or SOUDOMINANTE. Term coined by M. Rameau for the fourth note of the key, which lies at the same interval below the Tonic as the Dominant lies above. This designation arises from the affinity this author finds—through inversion—between the minor mode of the Sub-Dominant and the major mode of the Tonic. (See HARMONY.) See also the following Article.
SOUS-MEDIANTE ou SOUMEDIANTE. C'est aussi, dans le Vocabulaire de M. Rameau, le nom de la sixieme Note du Ton. Mais cette sous-Médiante devant être au même Intervalle de la Tonique en dessous, qu'en est la Médiante en dessus, doit faire Tierce majeure sous cette Tonique; & par conséquent Tierce mineure sur la sous-Dominante, & c'est sur cette analogie que le même M. Rameau établit le principe du Mode mineur; mais il s'ensuivroit de-là que le Mode majeur d'une Tonique, & le Mode mineur de sa sous-Dominante devroient avoir une grande affinité; ce qui n'est pas: puisqu'au contraire il est très-rare qu'on passe d'un de ces deux Modes à l'autre, & que l'Echelle presque entiere est altérée par une telle Modulation.
SUB-MEDIANT or SOUMEDIANTE. In M. Rameau's terminology, this also designates the sixth note of the key. But since this Sub-Mediant must lie at the same interval below the Tonic as the Mediant does above, it should form a major third beneath said Tonic – consequently a minor third above the Subdominant. It is upon this analogy that M. Rameau establishes the principle of the minor Mode; though it would follow that the major Mode of a Tonic and the minor Mode of its Subdominant should share great affinity – which they do not, as transitions between these two Modes remain rare, requiring near-total alteration of the scale through such Modulation.
Je puis me tromper dans l'acception des deux mots précédens, n'ayant pas sous les yeux, en écrivant cet Article, les écrits de M. Rameau. Peut-être entend-il simplement, par Sous-Dominante, la Note qui est un Degré au-dessous [642] de la Dominante; &, par Sous-Médiante, la Note qui est un Degré au-dessous de la Médiante. Ce qui me tient en suspens entre ces deux sens, est que, dans l'un & dans l'autre, la sous-Dominante est la même Note fa pour le Ton d'ut: mais il n'en seroit pas ainsi de la Sous-Médiante; elle seroit la dans le premier sens, & re dans le second. Le Lecture pourra vérifier lequel des deux est celui de M. Rameau; ce qu'il y a de sur est que celui que je donne est préférable pour l'usage de la composition.
I may err in interpreting these terms, lacking M. Rameau's texts before me while writing this entry. Perhaps he simply designates as Subdominant the note one degree below [642] the Dominant, and as Sub-Mediant the note one degree below the Mediant. My uncertainty stems from both interpretations yielding fa as Subdominant in C major – yet the Sub-Mediant would be la under the first interpretation and re under the second. Let readers verify M. Rameau's intent; what remains certain is that my interpretation proves more serviceable for compositional practice.
SOUTENIR, v. a. pris en sens neut. C'est faire exactement durer les Sons toute leur valeur sans les laisser éteindre avant la fin, comme sont très-souvent les Musiciens, & sur-tout les Symphonistes.
SUSTAIN, v. n. To prolong sounds precisely through their full value without letting them fade prematurely – a frequent failing among musicians, particularly instrumentalists.
SPICCATO, adj. Mot Italien, lequel, écrit sur la Musique, indique des Sons secs bien détachés.
SPICCATO, adj. Italian term indicating dry, detached notes when marked on music.
SPONDAULA, s. m. C'étoit, chez les Anciens, un Joueur de Flûte ou autre semblable Instrument, qui, pendant qu'on offroit le sacrifice, jouoit à l'oreille du Prêtre quelque Air convenable pour l'empêcher de rien écouter qui pût le distraire.
SPONDAULA, s. m. Among the Ancients, a flute or similar player who performed discreet airs near the priest during sacrifices to prevent distracting thoughts.
Ce mot est formé du Grec [[IMAGE]], & [[IMAGE]]
This term derives from Greek [[IMAGE]] and [[IMAGE]]
SPONDEASME, s. m. C'étoit, dans les plus anciennes Musiques Grecques, une altération dans le Genre harmonique, lorsqu'une Corde étoit accidentellement élevée, de trois Dièses au-dessus de son Accord ordinaire; de sorte que le Spondéasme étoit précisément le contraire de l'Eclyse.
SPONDEASME, s. m. In early Greek music, a harmonic alteration occurring when a string was accidentally raised by three sharps above its normal tuning – thus constituting the inverse of Eclyse.
STABLES, adj. Sons ou Cordes stables: c'étoient, outre [643] la Corde Prosiambanomene, les deux extrêmes de chaque Tétracorde, desquels extrêmes sonnant ensemble le Diatessaron ou la Quarte, l'Accord ne changeoit jamais, comme faisoit celui des Cordes du milieu, qu'on tendoit ou relâchoit suivant les Genres, & qu'on appelloit pour cela Sons ou Cordes mobiles.
STABLE, adj. Stable sounds or strings: Beyond [643] the Proslambanomène string, these included the two extremes of each Tetrachord whose fixed fourth interval (Diatessaron) remained unchanged – unlike the middle strings adjusted through tightening or loosening across musical genera, hence called mobile sounds or strings.
STYLE, s. m. Caractere distinctif de composition ou d'exécution. Ce caractere varie beaucoup selon les pays, le goût des Peuples, le génie des Auteurs.: selon les matieres, les lieux, les tems, les sujets, les expressions, &c.On dit en France le Style de Lully, de Rameau, de Mondonville, &c. En Allemagne, on dit le Style de Hasse, de Gluck, de Graun. En Italie, on dit le Style de Léo, de Pergolèse, de Jomelli, de Buranello. Le Style des Musiques d'Eglise n'est pas le même que celui des Musiques pour le Théâtre ou pour la Chambre. Le Style des compositions Allemandes est sautillant, coupé, mais harmonieux. Le Style des Compositions Françoise est fade, plat ou dur, mal cadence, monotone; celui des compositions Italiennes est fleuri, piquant, énergique.
STYLE, s. m. Distinctive character in composition or performance, varying by nation, popular taste, and authorial genius – shaped by subject matter, locale, era, expression, etc. In France: Lully's style, Rameau's, Mondonville's. In Germany: Hasse's, Gluck's, Graun's. In Italy: Leo's, Pergolesi's, Jomelli's, Buranello's. Church style differs from theater or chamber music styles. German compositions leap and fragment while remaining harmonious. French works grow insipid – flat, harsh, monotonously cadenced. Italian creations bloom with poignant energy.
Style dramatique ou imitatif, est un Style propre à exciter ou peindre les passions. Style d'Eglise, est un Style sérieux, majestueux, grave. Style de Mottet, où l'Artiste affecte de se montrer tel, est plutôt classique & savant qu'énergique ou affectueux. Style Hyporchématique, propre à la joie, au plaisir, à la danse, & plein de mouvemens vifs, gais & bien marqués. Style symphonique ou instrumental. Comme chaque Instrument a sa touche, son doigter, son caractere [644] particulier, il a aussi son Style. Style Mélismatique ou naturel, &qui se présente le premier aux gens qui n'ont point appris. Style de Fantaisie, peu lié, plein d'idées, libre de toute contrainte. Style Choraique ou dansant, lequel se devise en autant de branches différentes qu'il y a de caracteres dans la danse, &c.
Dramatic or imitative style stirs or depicts passions. Ecclesiastical style bears solemn gravity. Motet style showcases academic rigor over emotional force. Hyporchematic style bursts with lively dance rhythms. Symphonic/instrumental style adapts to each instrument's touch, fingering, and [644] particular character. Melismatic/natural style flows instinctively to the untrained. Fantasia style floats free of constraint. Choreic/dance style branches into as many forms as dance itself possesses.
Les Anciens avoient aussi leurs Styles differens. (Voyez MODE & MéLOPÉE.)
The Ancients too cultivated distinct styles. (See MODE & MELOPOEIA.)
SUJET, s. m. Terme de composition: c'est la partie principale du Dessein, l'idée qui sert de fondement à toutes les autres. (Voyez DESSEIN.) Toutes les autres parties ne demandent que de l'art & du travail; celle-ci seule dépend du génie, & c'est en elle que consiste l'invention.
SUBJECT, s. m. Compositional foundation – the generative idea underpinning all others. (See DESIGN.) While other parts demand craft, this alone requires genius through its inventive spark.
Les principaux Sujets en Musique produisent des Rondeaux, des imitations, des Fugues, &c. (Voyez ces mots.) Un Compositeur stérile & froid, après avoir avec peine trouvé quelque mince Sujet, ne fait que le retourner, & le promener de Modulation en Modulation, mais l'Artiste qui a de la chaleur & de l'imagination fait, sans laisser oublier son Sujet, lui donner un air neuf chaque fois qu'il le représente.
Principal subjects yield rondos, imitations, fugues, etc. (See these entries.) Sterile composers laboriously find some meager theme, then merely transpose it through modulations. But inspired artists endlessly renew their subject without ever letting it grow stale.
SUITE, s. f. (Voyez SONATE.)
SUITE, s. f. (See SONATA.)
SUPER-SUS, s. m. Nom qu'on donnoit jadis aux Dessus quand ils étoient très-aigus.
SUPER-SUS, s. m. Obsolete term for extremely high treble parts.
SUPPOSITION, s. f. Ce mot a deux sens en Musique.
SUPPOSITION, s. f. This term holds two musical meanings.
1o. Lorsque plusieurs Notes montent ou descendent diatoniquement dans une Partie sur une même Note d'une autre [645] Partie; alors ces Notes diatoniques ne sauroient toutes faire Harmonie, ni entrer à la fois dans le même Accord: il y en a donc qu'on y compte pour rien, & ce sont ces Notes étrangeres à l'Harmonie, qu'on appelle Notes par supposition.
1o. When multiple notes ascend or descend diatonically in one part against a sustained note [645] in another, such passing tones cannot all harmonize simultaneously. These extraneous notes become supposition notes.
La regle générale est, quand les Notes sont égales, que toutes celles qui frappent sur le Tems fort portent Harmonie; celles qui passent sur le Tems foible sont des Notes de Supposition qui ne sont mises que pour le Chant & pour former des Degrés conjoints. Remarquez que par Tems fort & Tems foible, j'entends moins ici les principaux Tems de la Mesure que les Parties mêmes de chaque Tems. Ainsi, s'il y a deux Notes égales dans un même Tems, c'est la premiere qui porte Harmonie; la seconde est de Supposition. Si le Tems est composé de quatre Notes égales, la premiere & la troisieme portent Harmonie, la seconde & la quatrieme sont les Notes de Supposition, &c.Quelquefois on pervertit cet ordre; on passe la premiere Note par Supposition, & l'on fait porter la seconde; mais alors la valeur de cette seconde Note est ordinairement augmentée par un point aux dépens de la premiere.
The general rule is that when notes are of equal value, all those striking on the strong beat carry harmony; those passing through the weak beat are supposition notes inserted merely for melodic flow and conjunct stepwise motion. Note that by strong beat and weak beat, I refer less here to the primary beats of the measure than to subdivisions within each beat. Thus, if two equal notes occur within a single beat, the first carries harmony while the second is a supposition. If a beat comprises four equal notes, the first and third carry harmony, while the second and fourth are supposition notes, etc. Occasionally this order is inverted: the first note becomes a supposition while the second bears harmony; in such cases, the latter's value is typically augmented by a dot at the former's expense.
Tout ceci suppose toujours une marche diatonique par Degrés conjoints: car quand les Degrés sont disjoints, il n'y a point de Supposition, & toutes les Notes doivent entrer dans l'Accord.
This principle applies exclusively to diatomic motion through conjunct steps. For disjunct intervals, no supposition occurs, as all notes must participate in the chord.
21. On appelle Accords parSupposition ceux où la Basse continue ajoute ou suppose un nouveau Son au-dessous de la Basse-fondamentale; ce qui fait que de tels Accords excedent toujours l'étendue de l'Octave.
2o. Chords by Supposition are those where the continuo bass adds or posits a new tone below the fundamental bass, thereby exceeding the octave's span.
[646] Les Dissonances des Accords par Supposition doivent toujours être préparées par des syncopes, & sauvées en descendant diatoniquement sur des Sons d'un Accord sous lequel la même Basse supposée puisse tenir comme Basse-fondamentale, ou du moins comme Basse-continue. C'est ce qui fait que les Accords par Supposition, bien examinés, peuvent tous passer pour de pures suspensions. (Voyez SUSPENSION.)
[646] Dissonances in Chords by Supposition must always be prepared by suspensions and resolved through diatomic descent onto chord tones where the same assumed bass may function as fundamental bass or at least as continuo bass. This reveals that all properly examined Chords by Supposition may be considered mere suspensions. (See SUSPENSION.)
Il y a trois sortes d'Accords par Supposition; tous sont des Accords de Septieme. La premiere, quand le Son ajouté est une Tierce au-dessous du Son fondamental; tel est l'Accord de Neuvieme: si l'Accord de Neuvieme est formé par là Médiante ajoutée au-dessous de l'Accord sensible en Mode mineur, alors l'Accord prend le nom de Quinte superflue. La seconde espece est quand le Son supposé est une Quinte au-dessous du fondamental, comme dans l'Accord de Quarte ou Onzieme: si l'Accord est sensible & qu'on suppose la Tonique, l'Accord prend le nom de Septieme superflue. La troisieme espece est celle où le Son supposé est au-dessous d'un Accord de Septieme diminuée; s'il est une Tierce au-dessous, c'est-à-dire, que le Son supposé soit la Dominante, l'Accord s'appelle Accord de Seconde mineure & Tierce majeure; il est fort peut usité: si le Son ajouté est une Quinte au-dessous, ou que ce Son soit la Médiante, l'Accord s'appelle Accord de Quarte & Quinte superflue s'il est une Septieme au-dessous, c'est-à-dire la Tonique elle-même, l'Accord prend le nom de Sixte mineure & Septieme superflue. A l'égard des [647] renversemens de ces divers Accords, où le Son supposé se transporte dans les Parties supérieures; n'étant admis que par licence, ils ne doivent être pratiqués qu'avec choix & circonspection. L'on trouvera au mot Accord tous ceux qui peuvent se tolérer.
There exist three types of Chords by Supposition, all being seventh chords. The first occurs when the added tone is a third below the fundamental—this forms the Ninth Chord. When the Ninth Chord arises from adding the mediant below a leading-tone chord in minor mode, it becomes an Augmented Fifth. The second type involves a fifth below the fundamental, as in the Eleventh or Fourth Chord; if this is a leading-tone chord with the tonic assumed, it becomes an Augmented Seventh. The third type occurs when a tone is added below a diminished seventh chord: if a third below (i.e., the dominant), it forms a Minor Second and Major Third chord—rarely used; if a fifth below (the mediant), it becomes a Fourth and Augmented Fifth; if a seventh below (the tonic itself), it forms a Minor Sixth and Augmented Seventh. As for [647] inversions of these chords where the assumed tone moves to upper voices—being admitted only by license—they demand judicious application. All tolerable examples may be found under Chord.
SURAIGUES. Tétracorde des Suraiguës ajouté par l'Arétin.(Voyez SYSTEME.)
SUPRACUTE. The Supraacute tetrachord added by Guido d'Arezzo. (See SYSTEM.)
SURNUMÉRAIRE ou AJOUTÉE, s. f. C'étoit le nom de la plus basse Corde du Systême des Grecs; ils l'appelloient en leur langue Proslambanoménos. (Voyez ce mot.)
SUPERNUMERARY or ADDED, s. f. This was the name for the lowest string in the Greek system, called Proslambanoménos in their language. (See this term.)
SUSPENSION, s. f. Il y a Suspension dans tout Accord sur la Basse duquel on soutient un ou plusieurs Sons de l'Accord précédent, avant que de passer à ceux qui lui appartiennent: comme si, la Basse passant de la Tonique à la Dominante, je prolonge encore quelques instans sur cette Dominante l'Accord de la Tonique qui la précede avant de le résoudre sur le sien, c'est une Suspension.
SUSPENSION, s. f. A suspension occurs when one or more tones from the preceding chord are sustained over a new bass before resolving to their proper chord. For instance, if the bass moves from tonic to dominant while I prolong the tonic chord over this dominant before resolving to the dominant's own chord—this constitutes a suspension.
Il y a des Suspensions qui se chiffrent & entrent dans l'Harmonie. Quand elles sont Dissonantes, ce sont toujours des Accorde par Supposition. (Voyez SUPPOSITION.) D'autres Suspensions ne sont que de goût; mais de quelque nature qu'elles soient, on doit toujours les assujettir aux trois regles suivantes.I. La Suspension doit toujours se faire sur le frappé de la Mesure, ou du moins sur un Tems fort.
There are Suspensions that are figured and integrated into the Harmony. When they are Dissonant, they are always Chords by Supposition. (See SUPPOSITION.) Other Suspensions are matters of taste alone; but whatever their nature, they must always adhere to three rules:
I. The Suspension must always occur on the downbeat of the measure, or at least on a strong beat.
II. Elle doit toujours se résoudre diatoniquement, soit en montant, soit en descendant; c'est-à-dire, que chaque Partie qui a suspendu, ne doit ensuite monter ou descendre que d'un [648] Degré pour arriver à l'Accord naturel de la Note de Basse qui a porté la Suspension.
II. It must always resolve diatonically, whether ascending or descending;
that is, each voice that has suspended must subsequently move only one
[648] step up or down to reach the natural chord of the bass note bearing the Suspension.
III. Toute Suspension chiffrée doit se sauver en descendant, excepté la seule Note sensible qui se sauve en montant.
III. All figured Suspensions must resolve downward, except the leading tone
which resolves upward.
Moyennant ces précautions il n'y a point de Suspension qu'on ne puisse pratiquer avec succès, parce qu'alors l'oreille, pressentant sur la Basse la marche des Parties, suppose d'avance l'Accord qui suit. Mais c'est au goût seul qu'il appartient de choisir & distribuer à propos les Suspensions dans le Chant & dans l'Harmonie.
By observing these precautions, there is no Suspension that cannot be successfully employed, for the ear, anticipating the bass's progression, already presupposes the following chord. But it belongs to taste alone to judiciously select and distribute Suspensions in both Melody and Harmony.
SYLLABE, s. f. Ce nom a été donne par quelques Anciens, & entr'autres par Nicomaque, à la Consonnance de la Quarte qu'ils appelloient communément Diatessaron. Ce qui prouve encore par l'étymologie, qu'ils regardoient le Tétracorde, ainsi que nous regardons comme comprenant tous les Sons radicaux ou composans.
SYLLABLE, s. f. This term was used by some Ancients, notably Nicomachus, to designate the consonance of the Fourth, commonly called Diatessaron. The etymology further confirms that they viewed the Tetrachord, as we do today, as containing all fundamental or constituent tones.
SYMPHONIASTE, s. m. Compositeur de Plain-Chant. Ce terme est devenu technique depuis qu'il a été employé par M. l'Abbé le Beuf.
SYMPHONIASTE, s. m. [Plainchant Composer]. This term became technical after its use by Abbé Lebeuf.
SYMPHONIE, s. f. Ce mot, formé du Grec IIII, avec, & IIII, Son, signifie, dans la Musique ancienne, cette union des Sons qui forme un Concert. C'est un sentiment reçu, & je crois, démontré, que les Grecs ne connoissoient pas l'Harmonie dans le sens que nous donnons aujourd'hui à ce mot. Ainsi, leur Symphonie ne formoit pas des Accords, mais elle résultoit du concours de plusieurs Voix ou de plusieurs Instrumens, ou d'Instrumens mêlés aux Voix chantant ou jouant la même Partie. Cela se faisoit de deux manieres: [649] ou tout concertoit à l'unisson, & alors la Symphonie s'appelloit plus particulièrement Homophonie; ou la moitié des Concertans étoit à l'Octave ou même à la double Octave de l'autre, & cela se nommoit Antiphonie . On trouvé la preuve de ces distinctions dans les Problêmes d'Aristote, Section 19.
SYMPHONY, s. f. Derived from Greek σύν (with) and φωνή (sound), this term signified in ancient music the union of sounds forming a concert. It is a received opinion – and I believe a demonstrated one – that the Greeks knew nothing of Harmony in our modern sense. Thus, their Symphony formed no chords, but resulted from the combination of multiple voices or instruments, or instruments mingled with voices, all performing the same line. This occurred in two ways:
[649] Either all performed in unison, whereupon the Symphony was more specifically called Homophony; or half the ensemble performed at the octave or double octave from the others, termed Antiphony. These distinctions find proof in Aristotle's Problems, Section 19.
Aujourd'hui le mot de Symphonie s'applique à toute Musique Instrumentale, tant des Pieces qui ne sont destinées que pour les Instrumens, comme les Sonates & les Concerto, que de celles où les Instrumens se trouvent mêlés avec les Voix, comme dans nos Opéra & dans plusieurs autres sortes de Musiques. On distingue la Musique vocale en Musique sans Symphonie, qui n'a d'autre accompagnement que la Basse-continue; & Musique avec Symphonie, qui a au moins un Dessus d'Instrumens, Violons, Flûtes ou Hautbois. On dit d'une Piece qu'elle est en grande Symphonie, quand, outre la Basse & les Dessus, elle a encore deux autres Parties Instrumentales; savoir, Taille & Quinte de Violon. La Musique de la Chapelle du Roi, celle de plusieurs Eglises, & celle des Opéra sont presque toujours en grande Symphonie.
Today, the term Symphony applies to all instrumental music: both pieces intended solely for instruments (such as Sonatas and Concertos) and those combining instruments with voices (as in our Operas and other musical forms). Vocal music is distinguished as either "Music without Symphony" (accompanied only by continuo bass) or "Music with Symphony" (featuring at least a treble instrumental part – Violins, Flutes, or Oboes). A piece is said to be in "Grand Symphony" when, beyond bass and treble, it includes two additional instrumental parts: Tenor and Violin Quinte. The music of the Royal Chapel, several churches, and Operas is nearly always in Grand Symphony.
SYNAPHE, s. f. Conjonction de deux Tétracordes, ou, plus précisément, résonnance de Quarte ou Diatessaron, qui se fait entre les Cordes homologues de deux Tétracordes conjoints. Ainsi, il y a trois Synaphes dans le Systême des Grecs: l'une entre le Tétracorde des Hypates & celui des Mèses; l'autre, entre le Tétracorde des Mèses & celui des Conjointes; & la troisieme, entre le Tétracorde des Disjointes & celui des Hyperbolées. (Voyez SYSTEME, TÉTRACORDE.)
SYNAPHE, s. f. [Conjunction of two Tetrachords], or more precisely, the resonant Fourth (Diatessaron) formed between homologous strings of two conjunct Tetrachords. Thus, there are three Synaphes in the Greek System: one between the Hypaton and Meson Tetrachords; another between Meson and Synnemenon; and the third between Diezeugmenon and Hyperbolaion. (See SYSTEM, TETRACHORD.)
[650] SYNAULIE, s. f. Concert de plusieurs Musiciens, qui, dans la Musique ancienne, jouoient & se répondoient alter-nativement sur des Flûtes, sans aucun mélange de Voix.
[650] SYNAULIE, s. f. Concert of musicians in ancient music who played and responded alternately on flutes without vocal accompaniment.
M. Malcolm, qui doute que les Anciens eussent une Musique composée uniquement pour les Instrumens, ne laissé pas de citer cette Synaulie après Athénée, & il a raison: car ces Synaulies n'étoient autre chose qu'une Musique vocale jouée par des Instrumens.
Mr. Malcolm, who doubts whether the Ancients composed purely instrumental music, nevertheless cites this Synaulie after Athenaeus – rightly so, for these Synaulies were nothing other than vocal music rendered through instruments.
SYNCOPE, s. f. Prolongement sur le Tems fort d'un Son commencé sur le Tems foible; ainsi, toute Note syncopée est à contre-tems, & toute suite de Notes syncopées est une marche à contre-tems.
SYNCOPE, s. f. The prolongation of a note begun on a weak beat into the following strong beat. Thus, every syncopated note is off-beat [contre-tems], and any sequence of syncopated notes constitutes an off-beat progression.
Il faut remarquer que la Syncope n'existe pas moins dans l'Harmonie, quoique le Son qui la forme, au lieu d'être continu, soit refrappé par deux ou plusieurs Notes, pourvu que la disposition de ces Notes qui répetent le même bon, soit conforme à la définition.
It must be noted that syncopation exists no less in harmony, even when the sustaining note – instead of being held – is restruck by two or more subsequent notes, provided their arrangement aligns with this definition.
La Syncope a ses usages dans la Mélodie pour l'expression & le goût du Chant; mais sa principale utilité est dans l'Harmonie pour la pratique des Dissonances. La premiere partie de la Syncope sert à la préparation: la Dissonance se frappe sur la Seconde; & dans une succession de Dissonances, la premiere partie de la Syncope suivante sert en même tems à sauver la Dissonance qui précede, & à préparer celle qui suit.
Syncopation serves melodic expression and tasteful phrasing, but its principal utility lies in harmonic practice for handling dissonances. The first half prepares the dissonance, which is struck in the second half. In successive dissonances, the initial half of each syncopation both resolves the preceding dissonance and prepares the next.
Syncope, de, avec, & de, je coupe, je bats; parSympopdaretranche de chaque Tems, heurtant, pour ainsi dire, l'un avec l'autre. M. Rameau veut que ce [651] mot vienne du choc des Sons qui s'entre-heurtent en quel que sorte dans la Dissonance; mais les Syncopes sont antérieures à notre Harmonie, & il y a souvent des Dissonances.
Syncope, from Greek syn (with) and koptein (to cut), implying a "cutting together" of beats. M. Rameau contends this [651] term arises from the clashing of dissonant sounds. Yet syncopation predates our harmonic system and often occurs without dissonance.
SYNNÉMÉNON, gén. plur. fém. Tétracorde Synnéménon ou des Conjointes. C'est le nom que donnoient les Grecs à leur troisieme Tétracorde, quand il étoit conjoint avec le second, & divisé d'avec le quatrieme. Quand au contraire il étoit conjoint au quatrieme & divisé du second, ce même Tétracorde prenoit le nom de Diézeugménon ou des Divisées. Voyez ce mot. (Voyez aussi TÉTRACORDE, SYST@ME.)
SYNNÉMÉNON, gen. pl. fem. Synnemenon Tetrachord or "Conjunct." The Greeks thus named their third tetrachord when conjoined with the second and separated from the fourth. When conversely joined to the fourth and divided from the second, it became the Diezeugmenon or "Disjunct." (See DIEZEUGMENON, TETRACHORD, SYSTEM.)
SYNNÉMÉNON DIATONOS étoit, dans l'ancienne Musique, la troisieme Corde du Tétracorde Synnéménon dans le genre Diatonique; & comme cette troisieme Corde étoit la même que la seconde Corde du Tétracorde des Disjointes, elle portoit aussi dans ce Tétracorde le nom de Trite Diézeugménon. (Voyez TRITE, SYSTEME, TÉTRACORDE.)
SYNNÉMÉNON DIATONOS was, in ancient music, the third string of the Synnemenon Tetrachord in the Diatonic genus. As this third string coincided with the second string of the Disjunct Tetrachord, it also bore the name Trite Diezeugmenon. (See TRITE, SYSTEM, TETRACHORD.)
Cette même Corde, dans les deux autres Genres, portoit le nom du Genre où elle étoit employée; mais alors elle ne se confondoit pas avec la Trite Diézeugménon. (Voyez GENRE.)
This same string, in the Chromatic and Enharmonic genera, took the name of its respective genus without conflating with Trite Diezeugmenon. (See GENUS.)
SYNTONIQUE ou DUR, adj. C'est l'épithete par laquelle Aristoxène distingue celle des deux especes du Genre Diatonique ordinaire, dont le Tétracorde est divisé en un semi-Ton & deux Tons égaux: au lieu que dans le Diatonique mol, après le semi-Ton, le premier Intervalle est de trois quarts-de-Ton, & le second de cinq. (Voyez GENRES, TÉTRACORDES.)
SYNTONIC or HARD, adj. Aristoxenus thus distinguishes the stricter Diatonic species, dividing the tetrachord into a semitone and two equal whole tones – unlike the "soft" Diatonic, which places a 3/4-tone and 5/4-tone after the semitone. (See GENERA, TETRACHORDS.)
[652] Outre le Genre Syntonique d'Aristoxène, appellé aussi Diatono-Diatonique, Ptolomée en établit un autre par lequel il devise le Tétracorde en trois Intervalles: le premier, d'un semi-Ton majeur; le second, d'un Ton majeur; & le troisieme, d'un Ton mineur. Ce Diatonique dur ou Syntonique de Ptolomée nous est relié, & c'est aussi le Diatonique unique de Dydime; à cette différence près, que, Dydime ayant mis ce Ton mineur au grave, & le Ton majeur à l'aigu, Ptolomée renversa cet ordre.
[652] Beyond Aristoxenus’s Syntonic (also called Diatono-Diatonic), Ptolemy established another genus dividing the tetrachord into three intervals: a major semitone, major whole tone, and minor whole tone. Ptolemy’s "Hard" Syntonic aligns with Didymus’s sole Diatonic – save that Didymus placed the minor tone below the major, whereas Ptolemy inverted this order.
On verra d'un coup-d'oeil la différence de ces deux Genres Syntoniques par les rapports desIntervalles qui composent le Tétracorde dans l'un & dans l'autre.
The difference between these two Syntonic Genres may be grasped at a glance through the proportional relationships of the intervals composing the tetrachord in each:
Syntonique d'Arifloxène, 3/20 + 6/20 + 6/20 =3/4
Aristoxenus's Syntonic: 3/20 + 6/20 + 6/20 = 3/4
Syntonique de Ptolomée, 15/16 + 8/9 + 9/10 = 3/4
Ptolemy's Syntonic: 15/16 + 8/9 + 9/10 = 3/4
Il y avoit d'autres Syntoniques encore, & l'on en comptoit quatre especes principales; savoir, l'Ancien, le Réformé, le Tempéré, & l'Egal. Mais c'est perdre son tems, & abuser de celui du Lecteur, que de le promener par toutes ces divisions.
There existed other Syntonic systems as well, with four principal varieties recognized: the Ancient, Reformed, Tempered, and Equal. Yet to parade all these subdivisions before the Reader is but to waste both his time and my own.
SYNTONO-LYDIEN, adj. Nom d'un des Modes de l'ancienne Musique. Platon dit que les Modes Mixo-Lydien, & Syntono-Lydien sont propres aux larmes.
SYNTONO-LYDIAN, adj. Name of one of the Modes in ancient music. Plato observes that the Mixo-Lydian and Syntono-Lydian Modes are particularly suited to lamentation.
On voit dans le premier livré d'Aristide Quintilien une liste des divers Modes qu'il ne faut pas confondre avec les [653] Tons qui portent le même nom, & dont j'ai parlé sous le mot Mode pour me conformer à l'usage Moderne introduit fort mal-à-propos par Glaréan. Les Modes étoient des manieres différentes de varier l'ordre des Intervalles. Les Tons différoient, comme aujourd'hui, par leurs Cordes fondamentales. C'est dans le premier sens qu'il faut entendre le Mode Syntono-Lydien dont parle Platon, & duquel nous n'avons, au reste, aucune explication.
In the first book of Aristides Quintilianus appears a list of diverse Modes which must not be confused with the [653] Tones bearing identical names – a distinction I have addressed under the entry MODE to align with modern usage, however improperly established by Glareanus. The Modes represented varying arrangements of intervals, while the Tones differed (as they do today) through their fundamental pitches. It is in this former sense that we must interpret Plato's Syntono-Lydian Mode, though no precise explanation of it survives.
SYSTEME, s. f. Ce mot ayant plusieurs acceptions dont je ne puis parler que successivement, me forcera d'en faire un très-long article.
SYSTEM, s.m. This term having multiple acceptations which I can only address sequentially, I am compelled to treat it at considerable length.
Pour commencer par le sens propre & technique, je dirai d'abord qu'on donne le nom de Systême à tout Intervalle composé ou conçu comme composé d'autres Intervalles plus petits, lesquels, considérés comme les élémens du Systême, s'appellent Diastème. (Voyez DIASTEME.)
To begin with its proper technical sense: a System denotes any composite interval or interval conceived as composite, formed from smaller intervals called Diastemata (see DIASTEMA), which constitute the elemental units of the System.
Il y a une infinité d'Intervalles différens, & par conséquent aussi une infinité de Systêmes possibles. Pour me borner ici à quelque chose de réel, le parlerai seulement des Systêmes harmoniques, c'est-à-dire, de ceux dont les élémens sont ou des Consonnances, ou des différences des Consonnances, ou des différences de ces différences. (Voyez INTERVALLES.)
As intervals are infinitely diverse, so too are possible Systems. Confining myself to tangible realities, I shall discuss only harmonic Systems – those whose elements are either consonances, differences between consonances, or differences between these differences (see INTERVALS).
Les Anciens divisoient les Systêmes en généraux & particuliers. Ils appelloient Systême particulier tout composé d'au moins deux Intervalles; tels que sont ou peuvent être conçues l'Octave, la Quinte, la Quarte, la Sixte, & même la Tierce. J'ai parlé des Systêmes particuliers au mot Intervalle.
The Ancients divided Systems into General and Particular. A Particular System comprised at least two intervals, such as the Octave, Fifth, Fourth, Sixth, or even Third. I have treated Particular Systems under the entry INTERVAL.
[654] Les Systêmes généraux, qu'ils appelloient plus communément Diagrammes, étoient formés par la somme de tous les Systême particulier, & comprenoient, par conséquent, tous les Sons employés dans la Musique. Je me borne ici l'examen de leur Systême dans le Genre Diatonique; les différences du Chromatique & de l'Enharmonique étant suffisamment expliquées à leurs mots.
[654] General Systems, more commonly termed Diagrams by the Greeks, were formed through the aggregation of all Particular Systems and thus encompassed every pitch employed in music. I shall here limit my examination to their System within the Diatonic Genus, as the distinctions of Chromatic and Enharmonic Genres are sufficiently explained under their respective entries.
On doit juger de l'état des progrès de l'ancien Systême par ceux des Instrumens destinés à l'exécution: car ces Instrumens accompagnant à l'unisson les Voix, & jouant tout ce qu'elles chantoient, devoient former autant de Sons différens qu'il en entroit dans le Systême. Or les Cordes de ces premiers Instrumens se touchoient toujours à vide; il y faloit donc autant de Cordes que le Systême renfermoit de Sons; & c'est ainsi que, dés l'origine de la Musique, on petit, sur le nombre des Cordes de l'Instrument, déterminer le nombre des Sons du Systême.Tout le Systême des Grecs ne fut donc d'abord composé que de quatre Sons tout au plus, qui formoient l'Accord de leur Lyre ou Cythare. Ces quatre Sons, selon quelques-uns, étoient par Degrés conjoints: selon d'autres ils n'étoient pas Diatoniques; mais les deux extrêmes sonnoient l'Octave, & les deux moyens la partageoient en une Quarte de chaque côté & un Ton dans le milieu, de la maniere suivante.
The state of progress in the ancient System may be judged by the instruments designed for its execution: for these instruments, playing in unison with voices and replicating all sung material, required as many distinct sounds as the System contained. Since the strings of these early instruments were always played open, the number of strings necessarily equaled the number of sounds within the System. Thus, from the very origin of music, the number of an instrument's strings reveals the scope of its System. The entire Greek System initially comprised no more than four sounds, forming the accord of their lyre or cithara. These four sounds, according to some, proceeded by conjunct degrees; others claim they were not diatonic but rather arranged with extremes forming an octave and the middle strings dividing it into a fourth on each side with a whole tone between them, as follows:
Ut ----- Trite Diézeugménon.
C ----- Trite Diezeugmenon.
Sol----- Lichanos Méson.
G ----- Lichanos Meson.
Fa----- Parhypate Méson.
F ----- Parhypate Meson.
Ut ------Parhypate Hypaton.
C ----- Parhypate Hypaton.
[655] C'est ce que Boece appelle le Tétracorde de Mercure, quoique Diodore avance que la Lyre de Mercure n'avoit que trois Cordes. Ce Systême ne demeura pas long-tems borné à si peu de Sons: Chorebe, fils d'Athis Roi de Lydie, y ajouta une cinquieme Corde; Hyagnis, une sixieme; Terpandre, une septieme pour égaler le nombre des planetes; & enfin Lychaon de Samos, la huitieme.
[655] This is what Boethius calls the Tetrachord of Mercury, though Diodorus asserts that Mercury's lyre had only three strings. This System did not long remain so limited: Chorebus, son of Athis, King of Lydia, added a fifth string; Hyagnis, a sixth; Terpander, a seventh to match the number of planets; and finally Lychaon of Samos, an eighth.
Voilà ce que dit Boece: mais Pline dit que Terpandre, ayant ajouté trois Cordes aux quatre anciennes, joua le premier de la Cythare à sept Cordes; que Simonide y en joignit une huitieme, & Thimothée une neuvieme. Nicomaque le Gérasénien attribue cette huitieme Corde à Pythagore, la neuvieme à Théophraste de Piérie, puis une dixieme à Hystiée de Colophon, & une onzieme à Timothée de Milet. Phérécrate dans Plutarque fait faire au Systême un progrès plus rapide; il donne douze Cordes à la Cythare de Ménalippide, & autant à celle de Timothée. Et comme Phérécrate étoit contemporain de ces Musiciens, en supposant qu'il a dit en effet ce que Plutarque lui fait dire, son témoignage est d'un grand poids sur un fait qu'il avoit sous les yeux.
Such is Boethius' account. Yet Pliny states that Terpander, adding three strings to the original four, first played a seven-stringed cithara; that Simonides added an eighth, and Timotheus a ninth. Nicomachus of Gerasa attributes the eighth string to Pythagoras, the ninth to Theophrastus of Pieria, a tenth to Histiaeus of Colophon, and an eleventh to Timotheus of Miletus. Pherecrates in Plutarch describes a more rapid expansion: he grants twelve strings to Menalippides' cithara and the same to Timotheus'. As Pherecrates was contemporary with these musicians, his testimony—assuming Plutarch accurately relays it—carries great weight regarding facts he witnessed firsthand.
Mais comment s'assurer de la vérité parmi tant de contradictions, soit dans la doctrine des Auteurs, soit dans l'ordre des faits qu'ils rapportent? Par exemple le Tétracorde de Mercure donne évidemment l'Octave ou le Diapason. Comment donc s'est-il pu faire qu'après l'addition de trois Cordes, tout le Diagramme se soit trouvé diminué d'un Degré & réduit à un Intervalle de Septieme? [656] C'est pourtant ce que sont entendre la plupart des Auteurs, & entr'autres Nicomaque, qui dit que Pythagore trouvant tout le Systême composé seulement de deux Tétracordes conjoints, qui formoient entre leurs extrémités un Intervalle dissonant, il le rendit consonnant en divisant ces deux Tétracordes par l'Intervalle d'un Ton, ce qui produisit l'Octave.
But how can one ascertain the truth amidst so many contradictions in both authors' doctrines and the order of reported events? For instance, the Tetrachord of Mercury clearly yields an octave or diapason. How then could the addition of three strings reduce the entire Diagram by one degree to a seventh interval? [656] Yet this is implied by most authors, including Nicomachus, who claims that Pythagoras, finding the System composed only of two conjunct tetrachords forming a dissonant interval between their extremes, rendered it consonant by dividing them with a whole tone, thereby producing the octave.
Quoi qu'il en soit, c'est du moins une chose certaine que le Systême des Grecs s'étendit insensiblement tant en haut qu'en bas, & qu'il atteignit & passa même l'étendue du Dis- Diapason ou de la double Octave: étendue qu'ils, appellerent Systema perfectum, maximum, immutatum; le grand Systême, le Systême parfait, immuable par excellence: à cause qu'entre ses extrémités, qui formoient entr'elles une Consonnance parfaite, étoient contenues toutes les Consonnances simples, doubles, directes & renversée, tous les Systêmes particuliers, & selon eux, les plus grands Intervalles qui puissent avoir lieu dans la Mélodie.
Regardless, it is certain that the Greek System gradually expanded both upward and downward, reaching and even exceeding the dis-diapason or double octave. This expanse they called Systema perfectum, maximum, immutatum—the great System, the perfect and preeminently immutable System—because between its extremes, forming a perfect consonance, lay all simple and compound consonances, direct and inverted, all particular Systems, and in their view, the greatest intervals permissible in Melody.
Ce Systême entier étoit composé de quatre Tétracordes, trois conjoints & un disjoint, & d'un Ton de plus, qui fut ajouté au-dessous du tout pour achever la double Octave; d'où la Corde qui le formoit prit le nom de Prostambanomene ou d'Ajoutée. Cela n'auroit dû, ce semble, produire que quinze Sons dans le Genre Diatonique: il y en avoit pourtant seize. C'est que la disjonction se faisant sentir, tantôt entre le second & le troisieme Tétracorde, tantôt entre le troisieme & lequatrieme, il arrivoit dans le premier cas, qu'après le Son la, le plus aigu du second [657] Tétracorde, suivoit en montant le si naturel qui commençoit le troisieme Tétracorde; ou bien, dans le second cas, que ce même Son la commençant lui-même le troisieme Tétracorde, étoit immédiatement suivi du si Bémol: car le premier Degré de chaque Tétracorde dans le Genre Diatonique, étoit toujours d'un semi-Ton. Cette différence produisoit donc un seizieme Son à cause du si qu'on avoit naturel d'un côté & bémol de l'autre. Les seize Sons étoient représentés par dix-huit noms: c'est-à-dire que l'ut & le re étant ou les Sons aigus ou les Sons moyens du troisieme Tétracorde, selon ces deux cas de disjonction, l'on donnoit à chacun de ces deux Sons un nom qui déterminoit sa position.
This complete System was composed of four Tetrachords—three conjunct and one disjunct—along with an additional tone added below to complete the double octave. The string forming this addition was named Proslambanomène or "Added." While this should seemingly have produced only fifteen notes in the Diatonic genus, there were nevertheless sixteen. This arose because the disjunction occurred sometimes between the second and third Tetrachords, and sometimes between the third and fourth. In the first case, after the note la (the highest of the second Tetrachord), the ascending B natural began the third Tetrachord; in the second case, the same la initiated the third Tetrachord and was immediately followed by B-flat. For the first degree of each Tetrachord in the Diatonic genus was always a semitone. This discrepancy thus produced a sixteenth note due to the dual identity of si (natural here, flatted there). The sixteen notes were represented by eighteen names: since ut and re, being either the highest or middle notes of the third Tetrachord depending on disjunction, each received a name specifying their position.
Mais comme le Son fondamental varioit selon le Mode, il s'ensuivoit pour le lieu qu'occupoit chaque Mode dans le Systême total une différence du grave à l'aigu qui multiplioit beaucoup les Sons; car si les divers Modes avoient plusieurs Sons communs, ils en avoient aussi de particuliers à chacun ou à quelques-uns seulement. Ainsi, dans le seul Genre Diatonique, l'étendue de tous les Sons admis dans les quinze Modes dénombrés par Alypius est de trois Octaves; &, comme la différence du Son fondamental de chaque Mode à celui de son voisin étoit seulement d'un semi-Ton, il est évident que tout cet espace gradué de semi-Ton en semi-Ton produisoit, dans le Diagramme général, la quantité de 34 Sons pratiqués dans la Musique ancienne. Que si, déduisant toutes les Répliques des mêmes Sons, on se renferme dans les bornes d'une Octave, on la trouvera [658] divisée chromatiquement en douze Sons différens, comme dans la Musique moderne. Ce qui est manifeste par l'inspection des Tables mises par Meibomius à la tête de l'ouvrage d'Alypius. Ces remarques sont nécessaires pour guérir l'erreur de ceux qui croient, sur la soi de quelques Modernes, que la Musique ancienne n'étoit composée en tout que de seize Sons.
But as the fundamental note varied according to the Mode, the placement of each Mode within the total System introduced a grave-to-acute differentiation that multiplied the notes. For while the various Modes shared many notes, each also had unique ones. Thus, within the Diatonic genus alone, the span of all notes admitted across the fifteen Modes enumerated by Alypius extended to three octaves. Since the interval between the fundamental notes of adjacent Modes was merely a semitone, the entire System—graduated semitone by semitone—yielded 34 distinct notes employed in ancient music [658]. If we exclude octave replicas and confine ourselves to a single octave, we find it divided chromatically into twelve distinct notes—as in modern music. This is evident from the tables Meibomius appended to Alypius’s work. These observations correct the error of those who, following certain moderns, believe ancient music contained only sixteen notes.
On trouvera (Pl. H. Fig. 2) une Table du Systême général des Grecs pris dans un seul Mode & dans le Genre Diatonique. A l'égard des Genres Enharmonique & Chromatique, les Tétracordes s'y trouvoient bien divisés selon d'autres proportions; mais comme ils contenoient toujours également quatre Sons & trois Intervalles consécutifs, de même que le Genre Diatonique, ces Sons portoient chacun dans leur Genre le même nom qui leur correspondoit dans celui-ci: c'est pourquoi je ne donne point de Tables particulieres pour chacun de ces Genres. Les Curieux pourront consulter celles que Meibomius a mises à la tête de l'ouvrage d'Aristoxène. On y en trouvera six; une pour le Genre Enharmonique, trois pour le Chromatique, & deux, pour le Diatonique, selon les dispositions de chacun de ces Genres; dans le Systême Aristoxénien.
Readers will find (Pl. H. Fig. 2) a table of the General System of the Greeks within a single Mode and the Diatonic genus. As for the Enharmonic and Chromatic genera, their Tetrachords were divided by different proportions; yet since they always contained four notes and three consecutive intervals (like the Diatonic genus), each note retained its corresponding name across genera. Hence, I provide no separate tables for these genera. The curious may consult those Meibomius included with Aristoxenus’s works—six in total: one for the Enharmonic genus, three for the Chromatic, and two for the Diatonic, reflecting their dispositions within the Aristoxenian System.
Tel fut, dans si perfection, le Systême général des Grecs; lequel demeura à-peu-près dans cet état jusqu'à l'onzieme siecle; tems où Guy d'Arezzo y fit des changemens considérables. Il ajouta dans le bas une nouvelle Corde qu'il appella Hypoprostambanomene, ou Sous-ajoutée, & dans le haut un cinquieme Tétracorde, qu'il appella le Tétracorde [659] des Sur-aiguës. Outre cela, il inventa, dit-on, le Bémol nécessaire pour distinguer la deuxieme Corde d'un Tétracorde conjoint d'avec la premiere Corde du même Tétracorde disjoint: c'est-à-dire qu'il fixa cette double signification de la lettre B, que Saint Grégoire, avant lui, avoit déjà assignée à la Note si. Car puisqu'il est certain que les Grecs avoient, depuis long-tems, ces mêmes conjonctions & disjonctions de Tétracordes, &, par conséquent, des signes pour en exprimer chaque Degré dans ces deux différer cas, il s'ensuit que ce n'étoit pas un nouveau Son introduit dans le Systêmepar Guy, mais seulement un nouveau nom qu'il donnoit à ce Son, réduisant ainsi à un même Degré ce qui en faisoit deux chez les Grecs. Il faut dire aussi de ces Hexacordes substitués à leurs Tétracordes, que ce fut moins un changement au Systême qu'à la méthode, & que tout celui qui en résultoit, étoit une autre maniere de solfier les mêmes Sons. (Voyez GAMME, MUANCES, SOLFIER.)
Such was, in its perfection, the General System of the Greeks; which remained largely unchanged until the 11th century, when Guido of Arezzo introduced substantial modifications. He added a new lower string called the Hypoprostambanomene, or Sub-added, and a fifth tetrachord above, named the Tetrachord [659] of the Super-acutes. Furthermore, he is credited with inventing the necessary flat to distinguish the second string of a conjunct tetrachord from the first string of a disjunct one — that is, he fixed the dual meaning of the letter B, which Pope Gregory I had previously assigned to the note B natural. For since the Greeks had long employed these conjunct and disjunct tetrachord arrangements — and consequently signs to denote each degree in both cases — it follows that Guido did not introduce a new sound into the System, but rather a new name for an existing sound, thereby collapsing into a single degree what the Greeks had treated as two distinct entities. The same applies to his substitution of hexachords for their tetrachords: this constituted less a systemic change than a methodological one, being merely another way of solmizing the same sounds. (See GAMUT, MUTATIONS, SOLFÈGE.)
On conçoit aisément que l'invention du Contre-point, à quelque Auteur qu'elle soit due, dut bientôt reculer encore les bornes de ce Systême. Quatre Parties doivent avoir plus d'étendue qu'une seule. Le Systême fut fixé à quatre Octaves, & c'est l'étendue du Clavier de toutes les anciennes Orgues. Mais on s'est enfin trouvé gêné par des limites, quelque espace qu'elles pussent contenir; on les a franchies, on s'est étendu en haut & en bas; on a fait des Claviers à ravalement; on a démanché sans cessé; on a forcé les Voix & enfin l'on s'est tant donne de carriere à cet égard, quele Systême moderne n'a plus d'autres bornes dans le haut [660] que le chevalet du Violon. Comme on ne peut pas de même démancher pour descendre, la plus basse Corde des Basses ordinaires ne passe pas encore le C sol ut: mais on trouvera également le moyen de gagner de ce côté-là en baissant le Ton du Systême général: c'est même ce qu'on a déjà commencé de faire, & je tiens pour certain qu'en France le Ton de l'Opéra est plus bas aujourd'hui qu'il ne l'étoit du tems de Lully. Au contraire, celui de la Musique instrumentale est monté comme en Italie, & ces différences commencent même à devenir assez sensibles pour qu'on s'en apperçoive dans la pratique.
One readily comprehends how the invention of Counterpoint — regardless of its true originator — must have further expanded this System’s boundaries. Four vocal parts demand greater range than a single line. The System was thus extended to four octaves, corresponding to the compass of all early organ keyboards. Yet even these expansive limits proved constricting: they were breached through extended keyboards, perpetual shifting of hand positions, vocal straining, and ultimately such licentious expansion that the modern System’s upper limit has become the violin’s bridge. While descending shifts remain restricted, the lowest string of standard basses seldom exceeds C sol ut. However, methods to extend downward by lowering the System’s fundamental pitch are emerging; indeed, I hold it as certain that in France, the Opera’s tuning now lies lower than in Lully’s era. Conversely, instrumental music’s pitch has risen to Italian standards, and these discrepancies are becoming sufficiently pronounced to affect performance practice.
Voyez (Planche I. Fig. 1.) une Table générale du grand Clavier à ravalement, & de tous les Sons qui y sont contenus dans l'étendue de cinq Octaves.
See (Plate I. Fig. 1.) a comprehensive table of the extended keyboard encompassing five octaves.
SYSTEME est encore, ou tune méthode de calcul pour déterminer les rapports des Sons admis dans la Musique, ou un ordre de signes établis pour les exprimer. C'est dans le premier sens que les Anciens distinguoient le Systême Pythagoricien & le Systême Aristoxènien. Voyez ces mots). C'est dans le second que nous distinguons aujourd'hui le Systême de Guy, le Systême de Sauveur, de Démos, du P. Souhaitti, &c. desquels il a été parlé au mot Note.
SYSTEM also denotes either a calculative method for determining musical sound ratios or an order of notational signs. The former sense applies to the Ancient distinction between the Pythagorean System and the Aristoxenian System (see respective entries). The latter sense encompasses modern systems like the Guidonian, Sauveur’s, Demos’, Father Souhaitti’s, etc., as discussed under the entry NOTE.
Il faut remarquer que quelques-uns de ces Systêmes portent ce nom dans l'une & dans l'autre acception: comme celui de M. Sauveur, qui donne, à la fois, des regles pour déterminer les rapports des Sons, & des Notes pour les exprimer; comme on peut le voir dans les Mémoires de cet Auteur, répandus dans ceux de l'Académie des Sciences. [661] (V. aussi les mots MERIDE, EPTAMERIDE, DECAMERIDE.)
Notably, some systems bear this designation in both senses: Sauveur’s System, for instance, provides both ratio-calculation rules and notational symbols, as evidenced in his Mémoires within the Academy of Sciences’ publications. [661] (See also MERIDE, EPTAMERIDE, DECAMERIDE.)
Tel est encore un autre Systême plus nouveau, lequel étant demeuré manuscrit & destiné peut-être à n'être jamais vu du Public en entier, vaut la peine que nous cri donnions ici l'extrait, qui nous a été communique par l'Auteur M. Rouille de Boisgelou, Conseiller au Grand-Conseil, déjà cité dans quelques articles de ce Dictionnaire.
Another recent System — remaining in manuscript and perhaps destined for obscurity — merits inclusion here through an extract graciously provided by its author, M. Rouille de Boisgelou, Counselor to the Grand Conseil, previously cited in this Dictionary’s articles.
Il s'agit premiérement de déterminer le rapport exact des Sons dans le Genre Diatonique & dans le Chromatique; ce qui se faisant d'une maniere uniforme pour tous les Tons, fait par conséquent évanouir le tempérament.
This System first proposes to determine exact sound ratios within the Diatonic and Chromatic genera through uniform procedures applicable to all keys, thereby eliminating temperament compromises.
Tout le Systême de M. de Boisgelou est sommairement renfermé dans les quatre formules que je vais transcrire, après avoir rappellé au Lecteur les regles établies en divers endroits de ce Dictionnaire sur la maniere de comparer & composer les Intervalles ou les rapports qui les expriment. On se souviendra donc:
The entire system of M. de Boisgelou is succinctly encapsulated in the four formulas I shall transcribe below, after reminding the Reader of the rules established in various entries of this Dictionary regarding the method of comparing and composing intervals or the ratios that express them. Let us therefore recall:
1. Que pour ajouter un Intervalle à un autre faut en composer les rapports. Ainsi, par exemple, ajoutant la Quinte 2/3, à la Quarte 3/4, on a 6/12, ou 1/2; savoir l'Octave.
1. That to add one interval to another requires composing their ratios. Thus, for example, adding the Fifth 2/3 to the Fourth 3/4 yields 6/12, or 1/2 – namely, the Octave.
2. Que pour ajouter un Intervalle à lui-même, il ne faut qu'en doubler le rapport. Ainsi, pour ajouter une Quinte à une autre Quinte, il ne faut qu'élever le rapport de la Quinte à sa seconde puissance 22/32 = 4/9.
2. That to add an interval to itself, one need only double its ratio. Thus, to add a Fifth to another Fifth, one need only raise the ratio of the Fifth to its second power: 22/32 = 4/9.
3. Que pour rapprocher ou simplifier un Intervalle redoublé tel que celui-ci 4/9, il suffit d'ajouter le petit nombre à lui-même une ou plusieurs sois; c'est-à-dire, d'abaisser les [662] Octaves jusqu'à ce que les deux termes, étant aussi rapprochés qu'il est possible, donnent un Intervalle simple. Ainsi, de 4/9 faisant 8/9, on a pour le produit de la Quinte redoublée le rapport du Ton majeur.
3. That to condense or simplify a compounded interval such as 4/9, it suffices to add the smaller term to itself one or more times – that is, to lower the [662] Octaves until both terms, being as condensed as possible, yield a simple interval. Thus, from 4/9 becomes 8/9, which gives for the product of the compounded Fifth the ratio of the Major Tone.
J'ajouterai que dans ce Dictionnaire j'ai toujours exprimé les rapports des Intervalles par ceux des vibrations, au lieu que M. de Boisgelou les exprime par les longueurs des Cordes, ce qui rend ses expressions inverses des miennes. Ainsi, le rapport de la Quinte par les vibrations étant 2/3, est 3/2 par les longueurs des Cordes. Mais on va voir que ce rapport n'est qu'approché dans le Systême de M. de Boisgelou.
I shall add that in this Dictionary I have always expressed the ratios of intervals through those of vibrations, whereas M. de Boisgelou expresses them through string lengths, rendering his expressions inverses of mine. Thus, while the Fifth's ratio through vibrations is 2/3, through string lengths it becomes 3/2. Yet we shall see that this ratio is merely approximate in M. de Boisgelou’s system.
Voici maintenant les quatre formules de cet Auteur avec leur explication.
Here now are the four formulas of this Author with their explication.
[IMAGES MANQUANTES] [662][663] [664][665]
[MISSING IMAGES] [662][663] [664][665]
[666] REMARQUES SUR LES INTERVALLES.
[666] REMARKS ON INTERVALS.
Un Intervalle d'un nombre donne de semi-Tons, a toujours deux rapports différens; l'un comme venant de Quintes, & l'autre comme, venant de Quartes. La somme des deux valeurs de r dans ces deux rapports égale 12, & la somme des deux valeurs de s égale 7. Celui des deux rapports de Quintes ou de Quartes dans lequel r est le plus petit, est l'Intervalle diatonique, l'autre est l'Intervalle chromatique. Ainsi, l'Intervalle si ut, qui a ces deux rapports 23: n5 & n7: 2 4, est un Intervalle diatonique comme venant de Quartes, & son rapport est 23: n5; mais ce même Intervalle si ut est chromatique comme venant de Quintes, & son rapport est n7: 24. parce que dans le premier cas r = 5 est moindre que il r = 7 du second cas.
An interval comprising a given number of semitones always has two distinct ratios: one as derived from Fifths, the other from Fourths. The sum of the two r values in these ratios equals 12, while the sum of the two s values equals 7. The ratio (whether of Fifths or Fourths) in which r is smaller constitutes the diatonic interval; the other constitutes the chromatic interval. Thus, the interval si ut, which has these two ratios 23:n5 and n7:24, is a diatonic interval when derived from Fourths, with its ratio being 23:n5; yet this same interval si ut becomes chromatic when derived from Fifths, its ratio being n7:24, since in the first case r = 5 is less than the r = 7 of the second.
Au contraire, l'Intervalle sa la qui a ces deux rapports: n 4: 22 & 25: n8, est diatonique dans le premier cas où il vient de Quintes, & chromatique dans le second où il vient de Quartes.
Conversely, the interval sa la, which has these two ratios: n4:22 and 25:n8, is diatonic in the first case (derived from Fifths) and chromatic in the second (derived from Fourths).
L'Intervalle si ut, diatonique, est une seconde mineure; l'Intervalle si ut, chromatique, ou plutôt l'Intervalle si si Dièse car alors ut est pris pour si Dièse) est un Unisson superflu.
The diatonic interval si ut is a minor second; the chromatic interval si ut (or rather si si Dièse, for here ut is taken as si Dièse) becomes a superfluous unison.
L'intervalle fa la, diatonique, est une Tierce majeure; l'Intervalle fa la, chromatique, ou plutôt l'Intervalle mi Dièse la, (car alors fa est pris comme mi Dièse) est une Quarte diminuée, Ainsi des autres. Il est évident, 1º. Qu'à chaque Intervalle diatonique correspond un Intervalle chromatique d'un même nombre de [667] semi-Tons & vice versâ. Ces deux Intervalles de même nombre de semi-Tons, l'un diatonique & l'autre chromatique, sont appellés Intervalles correspondans.
The diatonic interval fa la is a major third; the chromatic interval fa la (or rather mi Dièse la, for here fa is taken as mi Dièse) becomes a diminished fourth. The same applies to others. It is evident, 1º. That each diatonic interval corresponds to a chromatic interval with the same number of [667] semitones, and vice versa. These two intervals – of identical semitone count, one diatonic and the other chromatic – are termed corresponding intervals.
2°. Que quand la valeur de r est égale à un de ces nombres 0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, l'Intervalle est diatonique; soit que cet Intervalle vienne de Quintes ou de Quartes; mais que si r est égal à unde ces nombres, 6, 7, 8,
2°. That when the value of r equals one of these numbers 0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, the Interval is diatonic – whether derived from Fifths or Fourths. But if r equals one of these numbers: 6, 7, 8,
9, 10, 11, 12, l'Intervalle est chromatique.
9, 10, 11, 12, the Interval is chromatic.
3°. Que lorsqu'r = 6, l'Intervalle est en même tems diatonique & chromatique, soit qu'il vienne de Quintes ou de Quartes; tels sont les deux Intervalles fa si, appellé Triton, & si fa, appellé Fausse-Quinte; le Triton fa si est dans le rapport nº: 23. & vient de six Quintes; la Fausse- Quinte si fa est dans le rapport 24: n6. & vient de six Quartes: où l'on voit que dans les deux cas on a r = 6. Ainsi le Triton, comme Intervalle diatonique, est une Quarte majeure; &, comme Intervalle chromatique, une Quarte superflue: la Fausse-Quinte si fa, comme Intervalle diatonique, est une Quinte mineure; comme Intervalle chromatique, une Quinte diminuée. Il n'y a que ces deux Intervalles & leurs Répliques qui soient dans le cas d'être en même tems diatoniques & chromatiques.
3°. That when r = 6, the Interval is simultaneously diatonic and chromatic, whether derived from Fifths or Fourths. Such are the two Intervals fa si (called the Tritone) and si fa (called the false fifth). The Tritone fa si follows the ratio nº: 23 and originates from six Fifths; the false fifth si fa follows the ratio 24: n6 and originates from six Fourths. Here we observe that in both cases r = 6. Thus, the Tritone as a diatonic Interval is a major Fourth, while as a chromatic Interval it becomes an augmented Fourth. The false fifth si fa, as a diatonic Interval, is a minor Fifth; as a chromatic Interval, a diminished Fifth. Only these two Intervals and their replicas can be both diatonic and chromatic simultaneously.
Les Intervalles diatoniques de même nom, & conséquemment de même gradation, se divisent en majeurs & mineurs. Les Intervalles chromatiques se divisent en diminués & superflus. A chaque Intervalle diatonique mineur correspond un Intervalle chromatique superflu, & à chaque Intervalle diatonique majeur correspond un Intervalle chromatique diminué.
Diatonic Intervals of the same name (and thus gradation) divide into major and minor. Chromatic Intervals divide into diminished and augmented. To every minor diatonic Interval corresponds an augmented chromatic Interval, and to every major diatonic Interval corresponds a diminished chromatic one.
[668] Tout Intervalle en montant, qui vient de Quintes, majeur ou diminué, selon que cet Intervalle est diatonique ou chromatique; & réciproquement tout Intervalle majeur ou diminué vient de Quintes.
[668] Any ascending Interval derived from Fifths is major or diminished, depending on whether the Interval is diatonic or chromatic – and conversely, every major or diminished Interval originates from Fifths.
Tout Intervalle en montant, qui vient de Quartes, mineur ou superflu, selon que cet Intervalle est diatonique ou chromatique; & vice versâ tout Intervalle mineur superflu vient de Quartes.
Any ascending Interval derived from Fourths is minor or augmented, depending on whether the Interval is diatonic or chromatic – and reciprocally, every minor or augmented Interval originates from Fourths.
Ce seroit le contraire si l'Intervalle étoit pris en descendant.
The inverse holds for descending Intervals.
De deux Intervalles correspondans, c'est-à-dire, l'un diatonique & l'autre chromatique, & qui, par conséquent, viennent l'un de Quintes & l'autre de Quartes, le plus grand est celui qui vient de Quartes, & il surpasse celui qui vient de Quintes, quant à la gradation, d'une unité; &, quant à l'intonation, d'un Intervalle, dont le rapport est 27: n12; c'est-à-dire, 128, 125. Cet Intervalle est la Seconde diminuée, appellée communément grand Comma ou Quart-de Ton; & voilà la porte ouverte au Genre Enharmonique.
Of two corresponding Intervals (i.e., one diatonic and the other chromatic, hence originating respectively from Fifths and Fourths), the larger is that derived from Fourths. It exceeds the other by one gradational unit and, in intonation, by an Interval whose ratio is 27: n12 – that is, 128:125. This Interval is the diminished Second, commonly called the great Comma or Quarter-Tone – thus opening the gateway to the Enharmonic genus.
Pour achever de mettre les Lecteurs sur la voie des formules propres à perfectionner la théorie de la Musique, je transcrirai, (Pl. I. Fig. 4.) les deux Tables de progressions dressées par M. de Boisgelou, par lesquelles on voit d'un coup d'oeil les rapports de chaque Intervalle & les puissances de termes de ces rapports selon le nombre de Quartes ou Quintes qui les composent.
To further guide Readers through formulas for perfecting musical theory, I shall transcribe (Pl. I. Fig. 4.) M. de Boisgelou's two progression tables. These reveal at a glance the ratios of each Interval and the exponential terms of these ratios based on their constituent Fifths or Fourths.
On voit, dans ces formules, que les semi-Tons sont réellement les Intervalles primitifs & élémentaires qui composent tous les autres; ce qui a engagé l'Auteur à faire, pour [669] ce même Systême, un changement considérable dans les caracteres, en divisant chromatiquement la Portée par Intervalles ou Degrés égaux & tous d'un semi-Ton, au lieu que dans la Musique ordinaire chacun de ces Degrés est tantôt un Comma, tantôt un semi-Ton, tantôt un Ton, & tantôt un Ton & demi; ce qui laissé à l'oeil l'équivoque & à l'esprit le doute de l'Intervalle, puisque les Degrés étant les mêmes, les Intervalles sont tantôt les mêmes & tantôt différens.
These formulas demonstrate that semitones are truly the primal, elemental Intervals composing all others. This insight led the Author to propose [669] a significant notational reform: dividing the staff chromatically into equal Degrees of semitones each. Conventional notation alternates between Commas, semitones, Tones, and sesquitones within identical staff positions – leaving Intervals visually ambiguous and intellectually uncertain, as identical Degrees mask variable Intervals.
Pour cette réforme, il suffit de faire la Portée de dix Lignes au lieu de cinq, & d'assigner à chaque Position une des douze Notes du Clavier chromatique, ci-devant indiqué, selon l'ordre de ces Notes, lesquelles restant ainsi toujours les mêmes déterminent leurs Intervalles avec laderniere précision, & rendent absolument inutiles tous les Dièses, Bémols ou Béquarres, dans quelque Ton qu'on puisse être, & tant à la Clef qu'accidentellement. Voyez la Planche I, où vous trouverez, Figure 6, l'échelle chromatique sans Dièse ni Bémol; &, Figure 7, l'échelle diatonique. Pour peu qu'on s'exerce sur cette nouvelle maniere de noter & de lire la Musique, on sera surpris de la netteté, de la simplicité qu'elle donne à la Note, & de la facilité qu'elle apporte dans l'exécution, sans qu'il soit possible d'y voir aucun autre inconvénient que de remplir un peu plus d'espace sur le papier, & peut-être de papilloter un peu aux yeux dans les vitesses par la multitude des Lignes, sur-tout dans la Symphonie.
For this reform, it suffices to create a staff of ten lines instead of five, assigning each position one of the twelve notes of the chromatic keyboard previously indicated, following the order of these notes. By remaining thus invariable, they determine their intervals with utmost precision and render all sharps, flats, or naturals entirely superfluous — whether in any key signature or as accidentals. See Plate I, where Figure 6 shows the chromatic scale without sharps or flats, and Figure 7 the diatonic scale. With minimal practice in this new notation system, one will marvel at its clarity and simplicity, as well as the ease it brings to performance. The sole inconveniences appear to be occupying slightly more space on paper and perhaps causing visual strain in rapid passages due to the profusion of lines, particularly in orchestral scores.
Mais comme ce Systême de Notes est absolument chromatique, [670] il me paroît que c'est un inconvénient d'y laisser, subsister les dénominations des Degrés diatoniques; & que selon M. de Boisgelou, ut re ne devroit pas être une Seconde, mais une Tierce; ni ut mi une Tierce, mais une Quinte; ni ut ut une Octave, mais une Douzieme: puisque chaque semi-Ton formant réellement un Degré sur la Note, devroit en prendre aussi la dénomination; alors x + 1 étant toujours égal à t dans les formules de cet Auteur, ces formules se trouveroient extrêmement simplifiées. Du reste, ce Systême me paroît également profond & avantageux: il seroit à desirer qu'il fût développé & publié par l'Auteur, ou, par quelque habile Théoricien.
Yet since this notational system is strictly chromatic, [670] I perceive an inconsistency in retaining diatonic degree names. Following M. de Boisgelou's reasoning, ut re should not be a second but a third; ut mi not a third but a fifth; ut ut not an octave but a twelfth. For if each semitone truly constitutes a distinct degree in notation, it should bear its own denomination. In such a system where x + 1 always equals t in this author's formulas, the theoretical framework would achieve remarkable simplification. Overall, this system strikes me as both profound and advantageous. It merits expansion and publication by its inventor or another skilled theorist.
SYSTEME, enfin, est l'assemblage des regles de l'Harmonie, tirées de quelques principes communs qui les rassemblent, qui forment leur liaison, desquels elles découlent, & par lesquels on en rend raison.
SYSTEM, ultimately, is the collection of harmony's rules derived from common principles that unify them, establish their connections, govern their derivation, and provide their rationale.
Jusqu'à notre siecle l'Harmonie, née successivement & comme par hazard, n'a eu que des regles éparses, établies par l'oreille, confirmées par l'usage, & qui paroissoient absolument arbitraires. M. Rameau est le premier qui, par le Systême de la Basse-fondamentale, a donne des principes a ces regles. Son Systême, sur lequel ce Dictionnaire a été composé, s'y trouvant suffisamment développé dans les principaux Articles, ne sera point exposé dans celui-ci, qui n'est déjà que trop long, & que ces répétitions superflues alongeroient encore à l'excès. D'ailleurs, l'objet de cet ouvrage ne m'oblige pas d'exposer tous les Systêmes, mais seulement de bien expliquer ce que c'est qu'un Systême, & [671] d'éclaircir au besoin cette explication par des exemples. Ceux qui voudront voir le Systême de M. Rameau si obscur, si diffus dans ses écrits, exposé avec une clarté dont on ne l'auroit pas cru susceptible, pourront recourir aux élémens de Musique de M. d'Alembert.
Until our century, harmony — born incrementally and almost fortuitously — possessed only scattered rules established by ear, confirmed through practice, and appearing wholly arbitrary. Mr. Rameau first gave these rules foundational principles through his system of the Fundamental Bass. As this system, upon which the present Dictionary was structured, is sufficiently explicated in principal articles, I shall not revisit it here — already overlong and further protracted by such repetitions. Moreover, this work's purpose obliges me not to expound all systems, but rather to clarify what constitutes a system [671] and occasionally illuminate this definition through examples. Those desiring to study Mr. Rameau's system — so obscure and verbose in his own writings, yet rendered with unexpected clarity — may consult Mr. d'Alembert's Elements of Music.
M. Serre de Geneve, ayant trouvé les principes de M. Rameau insuffisans à bien des égards, imagina un autre Systême sur le sien, dans lequel il prétend montrer que toute l'Harmonie porte sur une double Basse-fondamentale; & comme cet Auteur, ayant voyagé en Italie, n'ignoroit pas les expériences de M. Tartini, il en composa, en les joignant avec celles de M. Rameau, un Systême mixte, qu'il fit imprimer à Paris en 1753, sous ce titre: Essais sur les principes de l'Harmonie, &c. La facilité que chacun a de consulter cet ouvrage, & l'avantage qu'on trouvé à le lire est entier, me dispensent aussi d'en rendre compte au public.
Mr. Serre of Geneva, finding Rameau's principles inadequate in many respects, devised an alternative system proposing that all harmony rests upon a double Fundamental Bass. Having traveled in Italy and thus acquainted with Mr. Tartini's experiments, he combined them with Rameau's to create a hybrid system published in Paris (1753) under the title: Essays on the Principles of Harmony, &c. As readers may freely consult this work themselves — and will benefit from doing so — I feel absolved from further commentary here.
Il n'en est pas de même de celui de l'illustre M. Tartini dont il me reste a parler; lequel étant écrit en langue étrangere, souvent profond & toujours diffus, n'est à portée d'être consulté que de peu de gens, dont même la plupart sont rebutés par l'obscurité du Livré, avant d'en pouvoir sentir les beautés. Je ferai, le plus briévement qu'il me sera possible, l'extrait de ce nouveau Systême, qui, s'il n'est pas celui de la Nature, est au moins, de tous ceux qu'on a publiés jusqu'ici, celui dont le principe est le plus simple, & duquel toutes les loix de l'Harmonieparoissent naître le moins arbitrairement.
The same cannot be said of the system by the illustrious Mr. Tartini, which remains for me to discuss. Written in a foreign tongue, often profound yet consistently verbose, it lies within reach of few readers. Most are deterred by the work's obscurity before apprehending its merits. I shall summarize this novel System as concisely as possible – one which, if not Nature’s own, remains among all published theories the most elementary in principle, from whose foundations the laws of Harmony appear least arbitrarily derived.
[672] SYSTEME DE M. TARTINI.
[672] SYSTEM OF MR. TARTINI
Il y a trois manieres de calculer les rapports des Sons.
Three methods exist for calculating sound ratios:
I. En coupant sur le Monocorde la Corde entiere en ses parties par des chevalets mobiles, les vibrations ou les Sons seront en raison inverse des longueurs de la Corde & de ses parties.
I. By dividing the entire string of the Monochord into parts with movable bridges, vibrations (and thus Sounds) will hold inverse proportion to the lengths of the whole string and its segments.
II. En tendant, par des poids inégaux, des Cordes égales, les Sons seront comme les racines quarrées des poids.
II. By tensioning equal strings with unequal weights, Sounds will relate as the square roots of said weights.
III. En tendant, par des poids égaux, des Cordes égales en grosseur & inégales en longueur, ou égales en longueur & inégales en grosseur, les Sons seront en raison inverse des racines quarrées de la dimension où se trouvé la dimension où se trouvé la différence.
III. By tensioning equal weights upon strings either uniform in thickness but varied in length, or uniform in length but varied in thickness, Sounds will hold inverse proportion to the square roots of their dimensional variances.
En général les Sons sont toujours entr'eux en raison inverse des racines cubiques des corps sonores. Or, les Sons des Cordes s'alterent de trois manieres: savoir, en altérant, ou la grosseur, c'est-à-dire le diametre de la grosseur, ou la longueur; ou la tension. Si tout cela est égal, les Cordes sont à l'Unisson. Si l'une de ces choses seulement est altérée, les Sons suivent, en raison inverse, les rapports des altérations. Si deux ou toutes les trois sont altérées, les Sons sont, en raison inverse, comme les racines des rapports composés des altérations. Tels sont les principes de tous les phénomenes qu'on observe en comparant les rapports des Sons & ceux des dimensions des corps sonores.
In general, Sounds always maintain inverse proportion to the cube roots of sonorous bodies. Now, string Sounds are altered through three means: by modifying thickness (i.e., diameter), length, or tension. When all remain equal, strings sound in Unison. If one parameter shifts, Sounds follow inverse ratios of this alteration. Should two or all three parameters shift, Sounds hold inverse proportion to the roots of compounded ratios. Such principles govern all phenomena observed when comparing Sound ratios and dimensional variances in sonorous bodies.
Ceci compris; ayant mis les regîtres convenables, touchez sur l'Orgue la pédale qui rend la plus basse Note marquée [673] dans la Planche 1. Figure 7, toutes les autres Notes marquées au-dessus résonneront en même tems, & cependant vous n'entendrez que le Son le plus grave.
This grasped: having set appropriate stops, depress the organ pedal producing the lowest Note marked [673] in Plate 1. Figure 7. All higher marked Notes shall resonate simultaneously, yet only the gravest Sound shall be perceived.
Les Sons de cette Série confondus dans le Son grave, formeront dans leurs rapports la suite naturelle des fractions 1/1 1/2 1/3 1/4 1/5 1/6, &c., laquelle suite est en progression harmonique.
The Sounds of this Series, merging within the fundamental tone, form through their ratios the natural sequence of fractions 1/1 1/2 1/3 1/4 1/5 1/6, &c., constituting a harmonic progression.
Cette même Série sera celle de Cordes égales tendues par des poids qui seroient comme les quarrés 1/1 1/4 1/9 1/16 1/25 1/36, &c. des mêmes fractions susdites.
This same Series would emerge from equal strings tensioned by weights proportional to the squares 1/1 1/4 1/9 1/16 1/25 1/36, &c. of the aforementioned fractions.
Et les Sons que rendroient ces Cordes sont les mêmes exprimés en Notes dans l'exemple.
The Sounds thus produced by such strings match those notated in the example.
Ainsi donc, tous les Sons qui sont en progression harmonique depuis l'unité, se réunissent pour n'en former qu'un sensible à l'oreille, & tout le Systême harmonique se trouvé dans l'unité.
Hence, all Sounds progressing harmonically from unity coalesce into a single perceptible tone. The entire harmonic System resides within unity itself.
Il n'y a, dans un Son quelconque, que ses aliquotes qu'il fasse résonner, parce que dans toute autre fraction, comme seroit celle-ci 3/5, il se trouvé, après la division de la Corde en parties égales, un reste dont les vibrations heurtent, arrêtent les vibrations des parties égales, & en sont réciproquement heurtées; de sorte que des deux Sons qui en résulteroient, le plus foible est détruit par le choc de tous les autres.
Any given Sound excites only its aliquot parts to resonance. For in non-aliquot fractions (e.g., 3/5), after dividing the string into equal segments, a remainder persists whose vibrations clash against – and are reciprocally disrupted by – those of the equal parts. Thus between two resulting Sounds, the weaker is annihilated by collision with the rest.
Or, les aliquotes étant toutes comprises dans la Série des fractions 1/1 1/2 1/3 1/4, &c. ci-devant donnée, chacune de ces aliquotes est ce que M. Tartini appelle Unité ou Monade harmonique, du concours desquelles résulte un Son. Ainsi, toute [674] l'Harmonie étant nécessairement comprise entre la Monade ou l'Unité composante & le Son plein ou l'Unité composée, il s'ensuit que l'Harmonie a, des deux côtés, l'Unité pour terme, & consiste essentiellement dans l'Unité.
Now, since all aliquots lie within the series 1/1 1/2 1/3 1/4, &c. previously given, each aliquot constitutes what Mr. Tartini terms a harmonic Unity or Monad, whose confluence produces a Sound. Therefore, all [674] Harmony being necessarily contained between the Monad or constituent Unity and the full Sound or composite Unity, it follows that Harmony finds Unity as its boundary on both sides, residing essentially in Unity itself.
L'expérience suivante, qui sert de principe à toute l'Harmonie artificielle, met encore cette vérité dans un plus grand jour.
The following experiment, serving as the foundation for all artificial Harmony, casts further illumination upon this truth.
Toutes les fois que deux Sons forts, justes & soutenus, se sont entendre au même instant, ilrésulte de leur choc un troisieme Son, plus ou moins sensible, à proportion de la simplicité du rapport des deux premiers & de la finesse d'oreille des écoutans.
Whenever two strong, just, and sustained Sounds are heard simultaneously, a third Sound arises from their collision – more or less perceptible depending on the simplicity of the initial interval's ratio and the listener's auditory acuity.
Pour rendre cette expérience aussi sensible qu'il est possible, il faut placer deux Hautbois bien d'accord à quelques pas d'Intervalle, & se mettre entre deux, à égale distance de l'un & de l'autre. A défaut de Hautbois, on peut prendre deux Violons, qui, bien que le Son en soit moins fort, peuvent, en touchant avec forcé & justesse, suffire pour faire distinguer le troisieme Son.
To render this experiment as perceptible as possible, one must position two well-tuned Oboes several paces apart and stand equidistant between them. Should Oboes prove unavailable, two Violins may suffice; though their Sound carries less force, vigorous and precise bowing can render the third Sound discernible.
La production de ce troisieme Son, par chacune de nos Consonnances, est telle que la montre la Table, (Pl. I, Fig. 8.) & l'on peut la poursuivre au-delà des Consonnances, par tous les Intervalles représentés par les aliquotes d l'Unité.
This third Sound's generation through each consonance follows the Table (Pl. I, Fig. 8.), and may be extended beyond conventional harmonies to all Intervals represented by the aliquot parts of Unity.
L'Octave n'en donne aucun, & c'est le seul Intervalle excepté.
The Octave yields none – the sole exception among Intervals.
La Quinte donne l'Unisson du Son grave, Unisson qu'avec de l'attention l'on ne laissé pas de distinguer.
The Fifth produces the Unison of the lower Sound – a Unison which attentive listeners will scarcely fail to distinguish.
[675] Les troisiemes Sons produits par les autres Intervalles, sont tous au grave.
[675] The third Sounds produced by other Intervals are all in the lower register.
La Quarte donne l'Octave du Son aigu.
The Fourth yields the Octave of the upper Sound.
La Tierce majeure donne l'Octave du Son grave, & la Sixte mineure, qui en est renversée, donne la double Octave du Son aigu.
The major third generates the Octave of the lower Sound, while its inverted form (the minor sixth) produces the double Octave of the upper Sound.
La Tierce mineure donne la Dixieme majeure du Son grave ; mais la Sixte majeure, qui en est renversée, ne donne que la Dixieme majeure du Son aigu.
The minor third begets the major Tenth of the lower Sound; yet its inversion (the major sixth) yields only the major Tenth of the upper Sound.
Le Ton majeur donne la Quinzieme ou double-Octave du Son grave.
The major Tone creates the Fifteenth or double octave of the lower Sound.
Le Ton mineur donne la Dix-septieme, ou la double Octave de la Tierce majeure du Son aigu.
The minor Tone forms the Seventeenth – being the double Octave of the upper Sound's major third.
Le semi-Ton majeur donne la Vingt-deuxieme, ou triple Octave du Son aigu.
The major semitone produces the Twenty-second – triple Octave of the upper Sound.
Enfin, le semi-Ton mineur donne la Vingt-sixieme du Son grave.
Lastly, the minor semitone engenders the Twenty-sixth of the lower Sound.
On voit, par la comparaison des quatre derniers Intervalles, qu'un changement peu sensible dans l'Intervalle change très-sensiblement le Son produit ou fondamental. Ainsi, dans le Ton majeur, rapprochez l'Intervalle en abaissant le Son supérieur ou élevant l'inférieur seulement d'un 80/81 ; aussi-tôt le Son produit montera d'un Ton. Faites la même opération sur le semi-Ton majeur, & le Son produit descendra d'une Quinte.
Comparison of these four final Intervals reveals how minimal alterations in tuning drastically transform the resultant or fundamental Sound. Thus in the major Tone: narrow the Interval by flattening the upper Sound or sharpening the lower by merely 80/81 – immediately the generated Sound ascends a whole Tone. Apply this adjustment to the major semitone, and the product descends a Fifth.
Quoique la production du troisieme Son ne se borne pas à ces Intervalles, nos Notes n'en pouvant exprimer de plus composé, il est, pour le présent, inutile d'aller au-delà de ceux-ci.
Though third Sounds arise beyond these Intervals, our notation being incapable of expressing more complex ratios, further exploration proves presently unnecessary.
[676] On voit dans la suite réguliere des Consonnances qui composent cette Table, qu'elles se rapportent toutes à un base commune & produisent toutes exactement le même troisieme Son.
[676] One observes in the regular sequence of consonances composing this Table their universal correspondence to a common foundation – each producing precisely the same third Sound.
Voilà donc, par ce nouveau phénomene, une démonstration physique de l'Unité du principe de l'Harmonie.
Here then, through this novel phenomenon, lies physical demonstration of Harmony's unitary principle.
Dans les sciences Physico-Mathématiques, telles que la Musique, les démonstrations doivent bien être géométriques mais déduites physiquement de la chose démontrée. C'est alors seulement que l'union du calcul à la Physique fournit dans les vérités établies sur l'expérience & démontrées géométriquement, les vrais principes de l'Art. Autrement Géométrie seule donnera des Théoremes certains, mais sans usage dans la pratique ; la Physique donnera des faits particuliers, mais isolés, sans liaison entr'eux & sans aucune loi générale.
In Physico-Mathematical sciences like Music, demonstrations must indeed be geometrical – yet physically deduced from the phenomenon itself. Only through such union of calculation and Physics do we obtain truths grounded in experience yet geometrically proven – the true principles of Art. Mere Geometry yields certain theorems, but sterile in practice; mere Physics offers isolated facts, unconnected and devoid of universal laws.
Le principe physique de l'Harmonie est un, comme nous venons de le voir, & se résout dans la proportion harmonique. Or, ces deux propriétés conviennent au cercle ; car nousverrons bientôt qu'on y retrouve les deux Unités extrêmes de la Monade & du Son; &, quant à la proportion harmonique, elle s'y trouvé aussi; puisque dans quelque point C, (Pl. I. Fig. 9.) que l'on coupe inégalement le Diametre A B, le quarté de l'Ordonnée C D sera moyen proportionnel harmonique entre les deux rectangles des parties A C & C B du Diametre par le rayon: propriété qui suffit pour établir la nature harmonique du Cercle. Car, bien que les Ordonnées soient moyennes géométriques entre [677] les parties du Diametre, les quarrés de ces Ordonnées étant moyens harmoniques entre les rectangles, leurs rapports représentent d'autant plus exactement ceux des Cordes sonores, que les rapports de ces Cordes ou des poids tendans sont aussi comme les quarrés, tandis que les Sons sont comme les racines.
The physical principle of Harmony is singular, as we have just observed, resolving itself into harmonic proportion. Now, these two properties apply to the circle; for we shall soon see that it contains the two extreme unities of the Monad and Sound. As for harmonic proportion, it is also present here; since at whatever point C (Plate I. Fig. 9.) one unequally divides the Diameter AB, the square of the Ordinate CD will be the harmonic mean proportional between the two rectangles formed by the segments AC and CB of the Diameter multiplied by the radius – a property sufficient to establish the harmonic nature of the Circle. For although the Ordinates are geometric means between [677] the segments of the Diameter, the squares of these Ordinates being harmonic means between the rectangles, their ratios represent those of sonorous strings all the more precisely, as the ratios of these strings or their tensile weights also correspond to the squares, while the Sounds correspond to the roots.
Maintenant, du Diametre AB, (Pl. I. Fig. 10.) devisé selon la Série des fractions 1/2 1/3 1/4 1/5 1/6 lesquelles sont en progression harmonique, soient tirées les Ordonnées C, C C; G, G G; c, c c; e, e e; & g, g g.
Now, let the Diameter AB (Plate I. Fig. 10.) be divided according to the series of fractions 1/2, 1/3, 1/4, 1/5, 1/6 – which form a harmonic progression – and let the Ordinates C, CC; G, GG; c, cc; e, ee; and g, gg be drawn.
Le Diametre représente une Corde sonore, qui, divisée en mêmes raisons, donne les Sons indiqués dans l'exemple O de la même Planche, Figure 11.
The Diameter represents a sonorous string which, when divided by these same ratios, yields the Sounds indicated in example O of the same Plate, Figure 11.
Pour éviter les fractions, donnons 60 parties au Diametre, les Sections contiendront ces nombres entiers BC =1/2= 30; BG = 1/3= 20; Bc= 1/4= 15; Be = 1/5 = 12; Bg= 1/6= 10.
To avoid fractions, let us assign 60 parts to the Diameter. The segments will then contain these whole numbers: BC =1/2= 30; BG =1/3= 20; Bc=1/4=15; Be=1/5=12; Bg=1/6=10.
Des points où les Ordonnes coupent le Cercle, tirons de part & d'autre des Cordes aux deux extrémités du Diametre. La somme du quarré de chaque Corde & du quarré de la Corde correspondante, que j'appelle son complément, sera toujours égale au quarré du Diametre. Les quarrés des Cordes seront entr'eux comme les Abscisses correspondantes, par conséquent aussi en progression harmonique, & représenteront de même l'exemple O, à l'exception du premier Son.
From the points where the Ordinates intersect the Circle, let chords be drawn on both sides to the extremities of the Diameter. The sum of the square of each Chord and the square of its corresponding complement – which I shall term its reciprocal – will always equal the square of the Diameter. The squares of the Chords will relate to one another as their corresponding Abscissae, hence also in harmonic progression, and will similarly represent example O, excepting the first Sound.
Les quarrés des Complémens de ces mêmes Cordes seront entr'eux comme les Complémens des Abscisses au Diametre, par conséquent dans les raisons suivantes:
The squares of the reciprocals of these same Chords will relate to one another as the reciprocals of the Abscissae along the Diameter, hence in the following ratios:
[678] AC2=1/2=30. AG2=2/3=40. Ac2=3/4=45. Ae2=4/5=48. Ag2=5/6=50.
[678] AC2=1/2=30. AG2=2/3=40. Ac2=3/4=45. Ae2=4/5=48. Ag2=5/6=50.
& de représenteront les Sons de l'exemple P; sur lequel on doit remarquer en passant, que cet exemple, comparé au suivant Q & au précédent O, donne le fondement naturel de la regle des mouvemens contraires.
These will represent the Sounds of example P; wherein we may note in passing that this example, compared to the subsequent Q and the prior O, furnishes the natural basis for the rule of contrary motions.
Les quarrés des Ordonnées seront au quarré 3600 du Diametre dans les raisons suivantes: A B 2=1=3600. C,CC2=1/4=900. G,GG2=2/9=800. c,cc2=3/16=675. e,ee2=4/25=576. g.gg2=5/36=500.
The squares of the Ordinates will relate to the square 3600 of the Diameter in the following ratios: AB 2=1=3600. C,CC2=1/4=900. G,GG2=2/9=800. c,cc2=3/16=675. e,ee2=4/25=576. g,gg2=5/36=500.
[679] Or, cette derniere Série, qui n'a point d'homologue dans les divisions du Diametre, &
[679] Now, this latter series – which finds no counterpart in the divisions of the Diameter,
& représenteront les Sons de l'exemple Q.sans laquelle on ne sauroit pourtant compléter le Systême harmonique, montre la nécessité de chercher dans les propriétés du Cercle les vrais fondemens du Systême, qu'on ne peut trouver, ni dans la ligne droite, ni dans les seuls nombres abstraits.
& they will represent the Sounds of example Q. Without this, however, the harmonic System cannot be completed, demonstrating the necessity of seeking within the properties of the Circle the true foundations of the System, which cannot be found either in straight lines or in abstract numbers alone.
Je passe à dessein toutes les autres propositions de M. Tartini sur la nature arithmétique, harmonique & géométrique du Cercle, de même que sur les bornes de la Série harmonique donnée par la raison sextuple; parce que ses preuves, énoncées seulement en chiffres, n'établissent aucune démonstration générale; que, de plus, comparant souvent des grandeurs hétérogenes, il trouvé des proportions où l'on ne sauroit même voir de rapport. Ainsi, quand il croit prouver que le quarré d'une ligne est moyen proportionnel d'une telle raison, il ne prouve autre chose, sinon que tel nombre est moyen proportionnel entre deux tels autres nombres car les surfaces & les nombres abstraits n'étant point de même nature, ne peuvent se comparer. M. Tartini sent cette difficulté, & s'efforce de la prévenir; on peut voir ses raisonnemens dans son Livre.
I deliberately omit all other propositions by Mr. Tartini concerning the arithmetic, harmonic, and geometric nature of the Circle, as well as the limits of the harmonic series given by the sextuple ratio. His proofs, expressed merely in numerals, establish no general demonstration; moreover, by comparing heterogeneous quantities, he finds proportions where no true relationship can be discerned. Thus, when he believes he proves that the square of a line is the proportional mean of a given ratio, he proves nothing beyond a numerical correspondence—for surfaces and abstract numbers, being of different natures, cannot be compared. Mr. Tartini senses this difficulty and strives to preempt it; his reasoning may be examined in his treatise.
Cette théorie établie, il s'agit maintenant d'en déduire les faits donnés, & les regles de l'Art Harmonique.
This theory established, we must now deduce from it the given phenomena and the rules of Harmonic Art.
L'Octave, qui n'engendre aucun Son fondamental, n'étant point essentielle à l'Harmonie, peut être retranchée des parties constitutives de l'Accord. Ainsi, l'Accord, réduit à sa plus grande simplicité, doit être considéré sans elle. Alors il est composé seulement de ces trois termes 1 1/3 1/5, lesquels [680] sont en proportion harmonique, & où les deux Monades 1/3 1/5 sont les seuls vrais élémens de l'Unité sonore, qui porte le nom d'Accord parfait: car, la fraction 1/4 est élément de l'Octave 1/2, & la fraction 1 1/3 1/5 est Octave de la Monade 1/3.
The Octave, generating no fundamental Sound and being nonessential to Harmony, may be excluded from the constituent parts of the Chord. Thus, the Chord, reduced to utmost simplicity, must be considered without it. It is then composed solely of three terms: 1, 1/3, 1/5, which [680] form a harmonic proportion, wherein the two Monads 1/3 and 1/5 are the sole true elements of the sonic Unity bearing the name perfect chord. For the fraction 1/4 is an element of the Octave 1/2, and the fraction 1 1/3 1/5 is the Octave of the Monad 1/3.
Cet Accord parfait, 1 1/3 1/5 produit par une seule Corde dont les termes sont en proportion harmonique, est la loi générale de la l'Nature, qui sert de base à toute la science des Tons, loi que la Physique peut tenterd'expliquer, mais dont l'explication est inutile aux regles de 1'Harmonie.
This perfect Chord, 1 1/3 1/5, produced by a single String whose terms form a harmonic proportion, is Nature’s universal law underlying the science of Tones—a law Physics may attempt to explain, though such explanation remains superfluous to the rules of Harmony.
Les calculs des Cordes & des poids tendans servent à donner en nombre les rapports des Sons qu'on ne peut considérer comme des quantités qu'à la faveur de ces calculs.
Calculations of Strings and tensile weights serve to quantify the ratios of Sounds, which can only be treated as quantities through such computations.
Le troisieme Son, engendré par le concours de deux autres, est comme le produit de leurs quantités; & quand, dans une cathégorie commune, ce troisieme Son se trouvé toujours le même, quoiqu'engendré par des Intervalles différens, c'est que les produits des générateurs sont égaux entr'eux.
The third Sound, generated by the concurrence of two others, acts as the product of their quantities; and when, within a common category, this third Sound remains constant despite differing generative Intervals, it is because the products of the generators are equal.
Ceci se déduit manifestement des propositions précédentes.
This follows manifestly from prior propositions.
Quel est, par exemple, le troisieme Son qui résulte de C B & de G B? (Pl. I. Fig. 10.) C'est l'Unisson de C B. Pourquoi? Parce que, dans les deux proportions harmoniques dont les quarrés des deux Ordonnées C, C C, & G, G G, sont moyens proportionnels, les sommes des extrêmes sont égales entr'elles, & par conséquent produisent le même Son commun C B, ou C, CC.
What, for instance, is the third Sound arising from C B and G B? (Pl. I. Fig. 10.) It is the Unison of C B. Why? Because in the two harmonic proportions where the squares of the Ordinates C, CC and G, GG are proportional means, the sums of the extremes are equal, thus producing the same common Sound C B or C, CC.
En effet, la somme des deux rectangles de B C par C, C C, & de A C par C, C C est égale à la somme des deux [681] rectangles de BG par C, C C, & de GA par C, C C car chacune de ces deux sommes est égale à deux fois le quarré du rayon. D'où il suit que le Son C, C C ou C B, doit être commun aux deux Cordes: or, ce Son es't précisément la Note Q de O.
Indeed, the sum of the two rectangles of BC by C, CC and of AC by C, CC equals the sum of the two [681] rectangles of BG by C, CC and of GA by C, CC—for each sum equals twice the square of the radius. Hence, the Sound C, CC or C B must be common to both Strings: now, this Sound is precisely the Note Q of O.
Quelques Ordonnées que vous puissiez prendre dans le Cercle pour les comparer deux à deux, ou même trois à trois, elles engendreront toujours le même troisieme Son représenté parla Note Q; parce que les rectangles des deux parties du Diametre par le rayon donneront toujours des sommes égales.
Whatever Ordinates you select from the Circle to compare in pairs or even trios, they will always generate the same third Sound represented by Note Q—because the rectangles formed by the two parts of the Diameter and the radius will always yield equal sums.
Mais l'Octave X Q n'engendre que des Harmoniques à l'aigu, & point de Son fondamental, parce qu'on ne peut élever d'Ordonnée sur l'extrémité du Diametre, & que par conséquence le Diametre & le rayon ne sauroient, dans leurs proportions harmoniques, avoir aucun produit commun.
But the Octave X Q generates only acute Harmonics, no fundamental Sound, since no Ordinate can be raised at the Diameter’s extremity. Consequently, the Diameter and radius, in their harmonic proportions, share no common product.
Au lieu de diviser harmoniquement le Diametre par les fractions 1/21/3 1/4 1/5 1/6, qui donnent le Systême naturel de l'Accord majeur; si en le devise arithmétiquement en six parties égales, on aura le Systême de l'Accord majeur renversé, & ce renversement donne exactement l'Accord mineur: car (Pl. I Fig. 12.) une de ces parties donnera la Dix-neuvieme, c'est-à-dire, la double Octave de la Quinte; deux donneront la Douzieme, ou l'Octave de la Quinte; trois donneront l'Octave, quatre la Quinte & cinq la Tierce mineure.
Instead of dividing the Diameter harmonically by fractions 1/2 1/3 1/4 1/5 1/6—which yield the natural System of the major Chord—if we divide it arithmetically into six equal parts, we obtain the System of the inverted major Chord, whose inversion produces precisely the minor Chord. For (Pl. I Fig. 12.) one such part yields the Nineteenth (the double Octave of the Fifth); two parts the Twelfth (the Octave of the Fifth); three the Octave; four the Fifth; and five the minor Third.
Mais, si-tôt qu'unissant deux de ces Sons, on cherchera le troisieme Son qu'ils engendrent, ces deux Sons simultanées, au lieu du Son C, (Figure 13) ne produiront [682] jamais pour Fondamentale, que le Son E b; ce qui prouve que, ni l'Accord mineur, ni son Mode, ne sont donnés par la Nature. Que si l'on fait consonner deux ou plusieurs Intervalles de l'Accord mineur, les Sons fondamentaux se multiplieront; &, relativement à ces Sons, on entendra plusieurs Accords majeurs à la fois, sans aucun Accord mineur.
Yet when uniting two such Sounds to seek their generated third Sound, these simultaneous Sounds will never produce ([682] as Fundamental) anything but the Sound E♭ instead of C (Figure 13). This proves that neither the minor Chord nor its Mode are given by Nature. Should two or more Intervals of the minor Chord consonate, the fundamental Sounds multiply; relative to these Sounds, one hears several major Chords simultaneously—but no minor Chord.
Ainsi, par expérience dire en présence de huit célebres Professeurs de Musique, deux Hautbois & un Violon sonnant ensemble les Notes blanches marquées dans la Portée A, (Pl. G. Fig. 5.) on entendoit distinctement les Sons marqués en noir dans la même Figure; savoir, ceux qui sont marqués à part dans la Portée B pour les Intervalles qui sont au-dessus, & ceux marqués dans la Portée C, aussi pour les Intervalles qui sont au-dessus.
Thus, as demonstrated before eight celebrated Music Professors, two Oboes and a Violon sounding together the white Notes marked in Staff A (Pl. G. Fig. 5.) distinctly produced the black Notes shown in the same Figure: specifically, those marked separately in Staff B for upper Intervals and those in Staff C for lower ones.
En jugeant de l'horrible cacophonie qui devoir résulter de cet ensemble, on doit conclure que toute Musique en Mode mineur seroit insupportable à l'oreille, si les Intervalles étoient assez justes & les Instrumens assez forts pour rendre les Sons engendrés aussi sensibles que les générateurs.
Judging the horrid cacophony arising from this ensemble, one must conclude that all Music in the minor Mode would offend the ear—were the Intervals sufficiently precise and the Instruments forceful enough to render the generated Sounds as perceptible as their generators.
On me permettra de remarquer en passant, que l'inverse de deux Modes, marquée dans la Figure 13, ne se borne pas à l'Accord fondamental qui les constitue, mais peut l'étendre à toute la suite d'un Chant & d'une Harmonie qui, notée en sens direct dans le Mode majeur, lorsqu'on renverse le papier & qu'on met des clefs à la fin c'c Lignes devenues le commencement, présente à rebours une autre suite de Chant & d'Harmonie en Mode mineur, exactement [683] inverse de la premiere où les Baffes deviennent les Dessus, & vice versâ. C'est ici la Clef de la maniere de composer ces doubles Canons dont j'ai parlé au mot Canon. M. Serre, ci-devant cité, lequel a très-bien exposé dans son Livré cette curiosité harmonique, annonce une Symphonie de cette espece, composée par M. de Morambert, qui avoit du la faire graver: c'étoit mieux fait assurément que de la faire exécuter. Une composition de cette nature doit être meilleure à présenter aux yeux qu'aux oreilles.Nous venons de voir que de la division harmonique da Diametre résulte le Mode majeur, & de la division arithmétique le Mode mineur. C'est d'ailleurs un fait connu de tous les Théoriciens, que les rapports de l'Accord milieu: se trouvent dans la division arithmétique de la Quinte. Pour trouver le premier fondement du Mode mineur dans le Systême harmonique, il suffit donc de montrer dans ce Systême la division arithmétique dans la Quinte.
I shall be permitted to observe in passing that the inversion of the two modes, indicated in Figure 13, is not confined to the fundamental chord constituting them, but may extend to an entire progression of melody and harmony. When notated in direct orientation within the major mode, upon reversing the paper and placing clefs at what becomes the beginning of these inverted lines, there emerges a counterpoised progression in minor mode – an exact [683] inversion of the former, where basslines become treble parts and vice versâ. Herein lies the key to composing those double canons discussed under the entry Canon. Mr. Serre, previously cited – who has admirably expounded this harmonic curiosity in his treatise – announces a symphony of this type composed by Mr. de Morambert, intended for engraving rather than performance. Such compositions better gratify the eye than the ear. We have seen that the harmonic division of the diameter yields the major mode, while arithmetic division produces the minor mode. Moreover, it is established among theorists that the ratios of the minor triad derive from the arithmetic division of the fifth. To locate the minor mode's foundation within the harmonic system, one need only demonstrate this arithmetic division of the fifth within said system.
Tout le Systême harmonique est fondé sur la raison double, rapport de la Corde entiere à son Octave, ou du Diametre au rayon; & sur la raison sesqui-altere qui donne le premier Son harmonique ou fondamental auquel se rapportent tous les autres.
The entire harmonic system rests upon the double ratio (the octave's proportion between whole string and its division) and the sesquialtera ratio (3:2), which generates the primary harmonic or fundamental sound governing all others.
Or, si, (Pl. I Fig. 11.) dans la raison double on compare successivement la deuxieme Note G, & la troisieme F de la Série P au Son fondamental Q, & à son Octave grave qui est la Corde entiere, on trouvera que la premiere est moyenne harmonique, & la seconde moyenne arithmétique entre ces deux termes.
Now, if (Plate I Fig. 11) in the double ratio we successively compare the second note G and third note F of Series P to the fundamental sound Q and its lower octave (the whole string), we find the former to be the harmonic mean and the latter the arithmetic mean between these two terms.
[684] De même, si dans la raison sesqui-altere on compare successivement la quatrieme Note e, & la cinquieme e b de la même Série à la Corde entiere & à sa Quinte G, on trouvera que la quatrieme e est moyenne harmonique, & la cinquieme e b moyenne arithmétique entre les deux termes de cette Quinte. Donc le Mode mineur étant fondé sur la division arithmétique de la Quinte, & la Note e b, prise dans la Série des Complémens du Systême harmonique donnant cette division, le Mode mineur est fondé sur cette Note dans le Systême harmonique.
[684] Similarly, in the sesquialtera ratio, comparing the fourth note e and fifth note e♭ of the same series to the whole string and its fifth G reveals e as harmonic mean and e♭ as arithmetic mean between this fifth's terms. Thus, since the minor mode depends on the arithmetic division of the fifth, and since note e♭ – drawn from the harmonic system's complementary series – provides this division, the minor mode finds its foundation in this note within the harmonic system.
Après avoir trouvé toutes les Consonnances dans la division harmonique du Diametre donnée par l'exemple O, le Mode majeur dans l'ordre direct de ses Consonnances, le Mode mineur dans leur ordre rétrograde, & dans leurs Complémens représentés par l'exemple P, il nous reste à examiner le troisieme exemple Q, qui exprime en Notes les rapports des quartés des Ordonnées, & qui donne le Systême des Dissonances.
Having identified all consonances through the diameter's harmonic division (Example O), the major mode through direct consonance order, and the minor mode through their retrograde sequence (with complements represented in Example P), we must now examine the third Example Q – expressing ratios through ordinate squares and yielding the dissonance system.
Si l'on joint, par Accords simultanées, c'est-à-dire par Consonnances, les Intervalles successifs de l'exemple O, comme on a fait dans la Figure 8. même Planche I, l'on trouvera que quarrer les Ordonnées c'est doubler l'Intervalle qu'elles représentent. Ainsi, ajoutant un troisieme Son qui représentent le quarré, ce Son ajouté doublera toujours l'lntervalle de la Consonnance, comme on le voit Figure 4. de la Planche G.
If we combine the successive intervals of Example O through simultaneous chords (i.e., consonances) as in Figure 8 of the same Plate I, we find that squaring ordinates doubles their represented intervals. Thus, adding a third sound representing the square perpetually doubles the consonance's interval, as seen in Plate G Figure 4.
Ainsi, (Pl. I Fig. 11.) la premiere Note K de l'exemple Q double l'Octave, premier Intervalle de l'exemple O; la [685] deuxieme Note L double la Quinte, second Intervalle; la troisieme Note M double la Quarte, troisieme Intervalle, &c. & c'est ce doublement d'intervalles qu'exprime la Figure 4. de la Pl. G.
Hence (Plate I Fig. 11), the first note K of Example Q doubles the octave (initial interval of Example O); the [685] second note L doubles the fifth (second interval); the third note M doubles the fourth (third interval), etc. – this interval doubling being exemplified in Plate G Figure 4.
Laissant à par l'Octave du premier Intervalle, qui, n'engendrant aucun Son fondamental, ne doit point passer pour Harmonique, la Note ajoutée L forme, avec les deux qui sont au- dessous d'elle, une proportion continue géométrique en raison sesqui-altere; & les suivantes, doublant toujours les Intervalles, forment aussi toujours ces proportions géométriques.
Disregarding the first interval's octave (which, generating no fundamental sound, cannot be considered harmonic), the added note L forms with its two predecessors a continuous geometric proportion in sesquialtera ratio. Subsequent notes, perpetually doubling intervals, likewise form these geometric proportions.
Mais les Proportions & progressions harmonique & arithmétique qui constituent le Systême Consonnant majeur & mineur sont opposées, par leur nature, à la progression géométrique; puisque celle-ci résulte essentiellement des mêmes rapports, & les autres de rapports toujours différens. Donc, si les deux proportions harmonique & arithmétique sont Consonnantes, la proportion géométrique sera Dissonante nécessairement, &, par conséquent, le Systême qui résulte de l'exemple Q, sera le Systême des Dissonances. Mais ce Systême tiré des quarrés des Ordonnées est lié aux deux précédens tirés des quarrés des Cordes. Donc le Systême dissonantest de même au Systême universel harmonique.
Yet the harmonic and arithmetic proportions constituting the consonant major and minor systems are fundamentally opposed to geometric progression; for whereas the latter arises from identical ratios, the former derive from perpetually divergent relations. Thus, if harmonic and arithmetic proportions remain consonant, geometric proportion must necessarily be dissonant. Consequently, the system derived from example Q becomes the System of Dissonances. But this system, born from the squares of ordinates, remains tethered to the two preceding systems rooted in string lengths. Hence, the dissonant system likewise belongs to the universal harmonic order.
Il fait de-là, I. Que tout Accord sera Dissonant lorsqu'il contiendra deux Intervalles semblables, autres que l'Octave; soit que ces Intervalles se trouvent conjoints ou séparés dans l'Accord. 2°. Que de ces deux Intervalles, celui qui appartiendra au Systême harmonique ou arithmétique sera [686] Consonnant, & l'autre Dissonant. Ainsi, dans les dieux exemples S. T. d'Accords Dissonans, (Pl. G. Fig. 6.) les Intervalles G C & c e sont Consonnans, & les Intervalles C F & e g Dissonans.
From this follows: I. That any chord containing two similar intervals other than the octave—whether consecutive or dispersed—shall be dissonant. 2°. That between these two intervals, the one belonging to the harmonic or arithmetic system remains [686] consonant, while the other becomes dissonant. Thus, in the two examples S. T. of dissonant chords (Pl. G. Fig. 6.), intervals G-C and C-E are consonant, whereas intervals C-F and E-G are dissonant.
En rapportant maintenant chaque terme de la Série Dissonante au Son fondamental ou engendre C de la Série harmonique, on trouvera que les Dissonances qui résulteront de ce rapport seront les suivantes, & les seules directes qu'on puisse établir sur le Systême harmonique.
By correlating each term of the dissonant series to the fundamental tone C in the harmonic series, we discern the following dissonances—the sole direct ones permissible within the harmonic system:
I. La premiere est la Neuvieme ou double Quinte L. (Fig. 4.)
I. The first is the Ninth or doubled Fifth L. (Fig. 4.)
II. La seconde est l'Onzieme qu'il ne faut pas confondre avec la simple Quarte, attendu que la premiere Quarte ou Quarte simple G C, étant dans le Systême harmonique particulier, est Consonnante; ce que n'est pas la deuxieme Quarte ou Onzieme C M, étranger à ce même Systême.
II. The second is the Eleventh, which must not be conflated with the simple Fourth. For the initial Fourth (G-C), residing within the particular harmonic system, remains consonant—unlike the subsequent Fourth or Eleventh C-M, which lies beyond that system.
III. La troisieme est la Douzieme ou Quinte superflue que M. Tartini appelle Accord de nouvelle invention, ou parce qu'il en a le premier trouvé le principe, ou parce que Accord sensible sur la Médiante en Mode mineur, que nous appellons Quinte superflue, n'a jamais été admis en Italie à cause de son horrible dureté. (Voyez Pl. K. Fig. 3.) la pratique du cet Accord à la Françoise, & (Figure 5.) la pratique du même Accord à l'Italienne.
III. The third is the Twelfth or augmented Fifth—termed by Mr. Tartini a "Chord of new invention," either because he first deduced its principle or because this leading-tone chord on the mediant in minor mode (what we call the augmented Fifth) has never been admitted in Italy due to its horrible harshness. (See Pl. K. Fig. 3. for its French practice and Fig. 5. for the Italian treatment.)
Avant que d'achever l'énumération commencée, je dois remarquer que la même distinction des deux Quartes, Consonnante & Dissonante, que j'ai faite ci-devant, se doit entendre de même des deux Tierces majeures de cet Accord & des deux Tierces mineures de l'Accord suivant.
Before completing this enumeration, I must note that the same distinction between consonant and dissonant Fourths applies equally to the two major Thirds in this chord and the two minor Thirds in the subsequent one.
[687] IV. La quatrieme & derniere Dissonance donnée par la Série est la Quatorzieme H, (Pl. G. Fig. 4.) c'est-à-dire, l'Octave de la Septieme; Quatorzieme qu'on ne réduit au simple que par licence & selon le droit qu'on s'est attribué dans l'usage de confondre indifféremment les Octaves.
[687] IV. The fourth and final dissonance furnished by the series is the Fourteenth H (Pl. G. Fig. 4.)—that is, the octave of the Seventh. This Fourteenth is reduced to its simple form only through license, under the customary prerogative of indiscriminately conflating octaves.
Si le Systême dissonant se déduit du Systême harmonique, les regles de préparer & sauver les Dissonances ne s'en déduisent pas moins, & l'on voit, dans la Série harmonique & consonnante, la préparation de tous les Sons de la Série arithmétique. En effet, comparant les trois Séries O. P. Q. on trouvé toujours dans la progression successive des Sons de la Série O, non-seulement, comme on vient de voir, les raisons simples, qui, doublées, donnent les Sons de la Série Q, mais encore les mêmes Intervalles que forment entr'eux les Sons des deux P & Q. De sorte que la Série O prépare toujours antérieurement ce que donnent ensuite les deux Séries P & Q.
If the dissonant system derives from the harmonic system, so too do the rules for preparing and resolving dissonances. Indeed, within the harmonic-consonant series lies the preparation of all tones in the arithmetic series. Comparing the three series O. P. Q., we perpetually find in the successive progression of O's tones not only the simple ratios (which, when doubled, yield Q's tones) but also the very intervals formed between P and Q. Thus, series O invariably prefigures what series P and Q later produce.
Ainsi, le premier Intervalle de la Série O, est celui de la Corde à vide à son Octave, & l'Octave est aussi l'Intervalle ou Accord que donne le premier Son de la Série Q, comparé au premier Son de la Série P.De même, le second Intervalle de la Série O, (comptant toujours de la Corde entiere) est une Douzieme; l'Intervalle ou Accord du second Son de la Série Q, comparé au second Son de la Série P, est aussi une Douzieme. Le troisieme, de part & d'autre, est une double Octave; ainsi de suite.
Thus, the first Interval of Series O is that of the open string to its Octave, and the Octave is also the Interval or Accord produced by the first Sound of Series Q compared to the first Sound of Series P. Similarly, the second Interval of Series O (counting always from the whole string) is a Twelfth; the Interval or Accord of the second Sound of Series Q, compared to the second Sound of Series P, is also a Twelfth. The third, on both sides, is a double Octave; and so forth.
De plus, si l'on compare la Série P à la Corde entiere, (Pl. K. Fig. 6) on trouvera exactement les mêmes Intervalles [688] qui donne antérieurement la Série O, savoir Octave, Quinte, Quarte, Tierce majeure, & Tierce mineure.
Moreover, if we compare Series P to the whole string (Pl. K. Fig. 6), we will find precisely the same Intervals [688] previously given by Series O: namely Octave, Fifth, Fourth, major third, and minor third.
D'où il suit que la Série harmonique particuliere donne avec précision, non-seulement l'exemplaire & le modele des deux Séries arithmétique & géométrique, qu'elle engendre, & qui completent avec elle le Systême harmonique universel; mais aussi prescrit à l'une l'ordre de ses Sons, & prépare à l'autre l'emploi de ses Dissonances.
From this it follows that the particular harmonic series provides with exactitude not only the model and archetype of the two arithmetic and geometric series it generates—which complete with it the universal harmonic system—but also prescribes the order of Sounds for one and prepares the application of dissonances for the other.
Cette préparation, donnée par la Série harmonique, est exactement la même qui st établie dans la pratique: car la Neuvieme, doublée de la Quinte, se prépare aussi par un mouvement de Quinte; l'Onzieme, doublée de la Quarte, se prépare par un mouvement de Quarte; la Douzieme ou Quinte superflue, doublée de la Tierce majeure, se prépare par un mouvement de Tierce majeure; enfin la Quatorzieme ou la Fausse-Quinte, doublée de la Tierce mineure, se prépare aussi par un mouvement de Tierce mineure.
This preparation, provided by the harmonic series, is precisely the same as established in practice: for the Ninth, doubled from the Fifth, is also prepared by a motion of a Fifth; the Eleventh, doubled from the Fourth, is prepared by a motion of a Fourth; the Twelfth or augmented Fifth, doubled from the major third, is prepared by a motion of a major third; finally, the Fourteenth or false Fifth, doubled from the minor third, is likewise prepared by a motion of a minor third.
Il est vrai qu'il ne faut pas chercher ces préparations dans des marches appelles fondamentales dans le Systême de M. Rameau, mais qui ne sont pas telles dans celui de M. Tartini; & il est vrai encore qu'on prépare les mêmes Dissonances de beaucoup d'autres manieres, soit par des Renversemens d'Harmonie, soit par des Basses substituées; mais tout découle toujours du même principe, & ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans le détail des regles.
It is true that one must not seek these preparations in progressions called "fundamental" in Mr. Rameau's system, for they are not such in Mr. Tartini's system; and it is further true that the same dissonances are prepared in many other ways, whether through harmonic inversions or substituted basses. Yet all ultimately derive from the same principle, and this is not the place to elaborate on the minutiae of rules.
Celle de résoudre & sauver les Dissonances naît du même principe que leur préparation; car comme chaque Dissonance est préparée par le rapport antécédent du Systême harmonique, [689] de même elle est sauvée par le rapport conséquent du même Systême.
The rule for resolving and saving dissonances arises from the same principle as their preparation; for just as each dissonance is prepared by the antecedent relation of the harmonic system, [689] so too is it saved by the consequent relation of the same system.
Ainsi, dans la Série harmonique le rapport 2/3; ou le progrès de Quinte étant celui dont la Neuvieme est préparée & doublée, le rapport suivant 3/4 ou progrès de Quarte, est celui dont cette même Neuvieme doit être sauvée: la Neuvieme doit donc descendre d'un degré pour venir chercher dans la Série harmonique l'Unisson de ce deuxieme progrès, & par conséquent l'Octave du Son fondamental. (Pl. G. Fig. 7.)
Thus, in the harmonic series, the ratio 2/3—or the progression by Fifth—being that by which the Ninth is prepared and doubled, the subsequent ratio 3/4—or progression by Fourth—is that by which this same Ninth must be saved: the Ninth must therefore descend one degree to seek in the harmonic series the Unison of this second progression, and consequently the Octave of the fundamental Sound. (Pl. G. Fig. 7.)
En suivant la même méthode, on trouvera que l'Onzieme F doit descendre de même d'un Degré sur l'Unisson E de la Série harmonique selon le rapport correspondant 4/5, que la Douzieme ou Quinte superflue G Dièse doit redescendre sur le même G naturel selon le rapport 5/6; où l'on voit la raison jusqu'ici tout-à-fait ignorée, pourquoi la Basse doit monter pour préparer les Dissonance, & pourquoi le Dessus doit descendre pour les sauver. On peut remarquer aussi que la Septieme qui, dans le Systême de M. Rameau, est la premiere & presque l'unique Dissonance, est la derniere en rang dans celui de M. Tartini; tant il faut que ces deux Auteurs soient opposés en toute chose!
By following the same method, we find that the Eleventh F must similarly descend one degree to the Unison E of the harmonic series according to the corresponding ratio 4/5; that the Twelfth or augmented Fifth G-sharp must descend back to the same G-natural according to the ratio 5/6—where we discern the reason, hitherto utterly overlooked, why the Bass must ascend to prepare dissonances and why the Treble must descend to resolve them. One may also observe that the Seventh, which in Mr. Rameau's system is the first and nearly sole dissonance, ranks last in Mr. Tartini's—so opposed are these two Authors in every matter!
Si l'on a bien compris les générations & analogies des trois Ordres ou Systêmes, tous fondés sur le premier, donne par la nature, & tous représentés par les parties du cercle ou par leurs puissances, on trouvera 1°. Que le Systêmes harmonique particulier, qui donne le Mode majeur, est produit par la division sextuple en progression harmonique du Diametre ou de la Corde entiere, considérée comme l'unité. [690] 2°. Que le Systême arithmétique, d'ou résulte le Modemineur, est produit par la Série arithmétique des Complémens, prenant le moindre terme pour l'unité, & l'élevant de terme, en terme jusqu'à la raison sextuple, qui donne enfin le Diametre ou la Corde entiere. 3°. Que le Systême géométrique ou dissonant est aussi tiré du Systême harmonique particulier, en doublant la raison de chaque Intervalle; d'où il suit que le Systême harmonique du Mode majeur, le seul immédiatement donne par la nature,: sort de principe & de fondement aux deux autres.
If one has properly grasped the generations and analogies of the three Orders or Systems — all founded upon the first, given by nature, and all represented by parts of the circle or their powers — it will be observed: 1°. That the particular harmonic System, which produces the major Mode, arises from the sixfold harmonic division of the Diameter or entire String, considered as unity. [690] 2°. That the arithmetic System, from which the minor Mode results, arises from the arithmetic series of Complements, taking the smallest term as unity and elevating it term by term up to the sixfold ratio, which ultimately yields the Diameter or entire String. 3°. That the geometric or dissonant System is likewise derived from the particular harmonic System by doubling the ratio of each Interval; hence it follows that the harmonic System of the major Mode — the only one immediately provided by nature — serves as principle and foundation for the other two.
Par ce qui a été, dit jusqu'ici, on voit que le Systême harmonique n'est point composé de parties qui se réunissent pour former un tout; mais qu'au contraire, c'est de la division du tout ou de l'unité intégrale que se tirent les parties; que l'Accord ne se forme point des Sons, mais qu'il les donne; & qu'enfin. par-tout où le Systême harmonique a lieu, l'Harmonique ne dérive point de la Mélodie, mais la Mélodie de l'Harmonie.
From what has been stated thus far, it is evident that the harmonic System is not composed of parts reuniting to form a whole; but on the contrary, it is from the division of the whole or integral unity that the parts arise; that the Chord is not formed from Sounds, but rather gives them; and finally, wherever the harmonic System holds sway, Harmony does not derive from Melody, but Melody from Harmony.
Les élémens de la Mélodie diatonique sont contenus dans les Degrés successifs de l'Echelle ou Octave commune du Mode majeur commençant par C, de laquelle se tire aussi l'Echelle du Mode mineur commençant par A.
The elements of diatonic Melody are contained in the successive Degrees of the Scale or common Octave of the major Mode beginning on C, from which is also drawn the Scale of the minor Mode beginning on A.
Cette Echelle n'étant pas exactement dans l'ordre des aliquotes n'est pas non nus celle que donne les divisions naturelles des Cors, Trempettes marines de autres Instrumens semblables; comme on peut le voir dans la Figure 1. de la Planche K. par la comparaison de ces deux Echelles; comparaison qui montre en même tems la cause des Tons faux [691] donnes par ces Instrumens. Cependant l'Echelle commune, pour n'être pas d'accord avec la Série des aliquotes, n'en a pas moins une origine physique & naturelle qu'il faut développer.
This Scale, not being precisely aligned with the order of aliquot parts, is likewise not that which arises from the natural divisions of Horns, Marine Trumpets, and similar Instruments — as may be seen in Figure 1 of Plate K. through a comparison of these two Scales; a comparison which simultaneously reveals the cause of False Tones [691] produced by such Instruments. Nevertheless, the common Scale, though discordant with the series of aliquot parts, retains a physical and natural origin that must be elucidated.
La portion de la premiere Série O, (PI. I. Fig.10.) qui détermine le Systême harmonique est la sesquialtere ou Quinte C G; c'est-à-dire l'Octave harmoniquement divisée. Or, les deux termes qui correspondent à ceux-la dans la Série P des Complémens, (Fig. 11.) sont les Notes G F. Ces deux Cordes sont moyennes, l'une harmonique, & l'autre arithmétique entre la Corde entiere & sa moitié, ou entre le Diametre & le rayon, & ces cieux moyennes G & F se rapportant toutes deux à la même Fondamentale, déterminent le Ton & même le Mode, puisque la proportion harmonique y domine & qu'elles paroissent avant la génération du Mode mineur: n'ayant donc d'autre loi que celle qui est déterminée par la Série harmonique dont elles dérivent, elles doivent en porter l'une & l'autre le caractere; savoir, l'Accord parfait majeur composé de Tierce majeure & de Quinte.
The portion of the first Series O (Pl. I. Fig.10.) that determines the harmonic System is the sesquialtera or Fifth C-G — that is, the Octave divided harmonically. Now, the two terms corresponding to these in Series P of Complements (Fig. 11.) are the Notes G and F. These two Strings are means — the one harmonic, the other arithmetic — between the entire String and its half, or between the Diameter and the radius. Both these means G and F, relating to the same Fundamental, determine the Key and even the Mode, since the harmonic proportion dominates here and they appear prior to the generation of the minor Mode. Governed solely by the law established through the harmonic Series from which they derive, they must each bear its character: namely, the perfect major Chord composed of a major third and a Fifth.
Si donc on rapporte & range successivement, selon l'ordre le plus rapproché, les Notes qui constituent ces trois Accords, on aura très-exactement, tant en Notes musicales qu'en rapports numériques, l'Octave ou Echelle diatonique ordinaire rigoureusement établie.
If one then arranges successively, in closest order, the Notes constituting these three Chords, one obtains with exactitude — both in musical Notes and numerical ratios — the ordinary diatonic Scale or Octave rigorously established.
En Notes, la chose est évidente par la seule opération.
In Notes, this is evident through the operation alone.
En rapports numériques, cela se prouve presque aussi facilement: car supposant 360 pour la longueur de la Corde entiere, ces trois Notes C, G, F, seront comme 180, 240, 270; leurs Accords seront comme dans la Figure 8. Planche G., [692] & l'Echelle entiere qui s'en déduit, sera dans les rapports marqués Planche K. Figure 2; où l'on voit que tous les Intervalles sont justes, excepté l'Accord parfait D F A, dans lequel la Quinte DA est foible d'un Comma de même que la Tierce mineure D F, à cause du Ton mineur D E; mais dans tout Systême ce défaut ou l'équivalent est inévitable.
In numerical ratios, it is proved almost as readily: for assuming 360 as the length of the entire String, these three Notes C, G, F will correspond to 180, 240, 270; their Chords will be as in Figure 8 of Plate G., [692] and the complete Scale derived therefrom will follow the ratios marked in Plate K. Figure 2. Here it is seen that all Intervals are just, except the perfect Chord D F A — in which the Fifth D-A is weak by a comma, as is the minor third D-F due to the minor Tone D-E. Yet in any System, this defect or its equivalent remains unavoidable.
Quant aux autres altérations que la nécessité d'employer les mêmes touches en divers Tons introduit dans notre Echelle, voyez TEMPÉRAMENT.
As for other alterations introduced into our Scale by the necessity of using the same keys in different Keys, see TEMPERAMENT.
L'Echelle une fois établie, le principal usage des trois Notes C, G, F, dont elle est tirée, est la formation des Cadences qui, donnant un progrès de Notes fondamentales de l'une à l'autre, sont la Basse de toute la Modulation. G, étant moyen harmonique, & F moyen arithmétique entre les deux termes de l'Octave, le passage du moyen à l'extrême forme une Cadence qui tire son nom du moyen qui la produit. G C est donc une Cadence harmonique, F C une Cadence arithmétique, & l'on appelle Cadence mixte celle qui, du moyen arithmétique passant au moyen harmonique, se compose des deux avant de se résoudre sur l'extrême.
Once the Scale is established, the principal use of the three Notes C, G, F from which it is derived lies in forming Cadences. These Cadences, by providing a progression of fundamental Notes from one to another, constitute the foundation of all Modulation. G, being the harmonic mean, and F the arithmetic mean between the two terms of the Octave, the passage from the mean to the extreme forms a Cadence named after the mean that produces it. G C is thus a harmonic cadence, F C an arithmetic cadence, and we call a mixed cadence that which, passing from the arithmetic mean to the harmonic mean, combines both before resolving onto the extreme.
(Pl. K. Fig. 4).
(Plate K, Fig. 4).
De ces trois Cadences, l'harmonique est la principale & la premiere en ordre: son effet est d'une Harmonie mâle, forte & terminant un sens absolu. L'arithmétique est foible, douce, & laissé encore quelque chose à desirer. La Cadence mixte suspend le sens & produit à-peu-près l'effet du point interrogatif & admiratif.
Of these three Cadences, the harmonic is the principal and first in order: its effect is of vigorous, strong Harmony that concludes an absolute musical phrase. The arithmetic cadence is weak, gentle, and leaves something still to be desired. The mixed cadence suspends the musical thought and produces approximately the effect of an interrogative or admirative point.
De la succession naturelle de ces trois Cadences telle qu'on [693] la voit même Planche K. Figure 7, résulte exactement la Basse-fondamentale de l'Echelle; & de leurs divers entrelacemens se tire la maniere de traiter un Ton quelconque, & d'y moduler une suite de Chants; car chaque Note de la Cadence est supposée porter l'Accord parfait, comme il a été dit ci-devant.
From the natural succession of these three Cadences as seen in Plate K, Figure 7 [693], arises precisely the Fundamental Bass of the Scale; and from their various interweavings is drawn the manner of treating any Key and modulating a sequence of Melodies therein. For each Note of the Cadence is presumed to bear the perfect Chord, as stated earlier.
A l'égard de ce qu'on appelle la Regle de l'Octave, (voy. ce mot), il est évident que, quand même on admettroit l'Harmonie qu'elle indique pour pure & réguliere, comme on ne la trouvé qu'à forcé d'art & de déductions, elle ne peut jamais être proposée en qualité de principe & de loi générale.
Regarding what is called the Rule of the Octave (see this term), it is evident that even if one were to admit the Harmony it indicates as pure and regular – since it is found only through forced artifice and deductions – it can never be proposed as a principle or universal law.
Les Compositeurs du quinzieme siecle, excellens Harmonistes pour la plupart, employoient toute l'Echelle comme Basse-fondamentale d'autant d'Accords parfaits qu'elle avoit de Notes, excepté la Septieme, à cause de la Quinte fausse; & cette Harmonie bien conduite eût un fort grand effet, si l'Accord parfait sur la Médiante n'eût été rendu trop dur par ses deux fausses Relations avec l'Accord qui le précede & avec celui qui le suit. Pour rendre cette suite d'Accords parfaits aussi pure & douce qu'il est possible, il faut la réduire à cette autre Basse-fondamentale, (Fig. 8.) qui fournit, avec la précédente, une nouvelle source de variétés.
Fifteenth-century Composers, mostly excellent Harmonists, employed the entire Scale as Fundamental Bass for as many perfect Chords as it had Notes, except the Seventh due to the false fifth. This Harmony, when well conducted, would have produced a powerful effect, had not the perfect Chord on the Mediant been rendered too harsh by its two false relations with the preceding and following Chords. To make this sequence of perfect Chords as pure and smooth as possible, it must be reduced to this other Fundamental Bass (Fig. 8), which provides, alongside the former, a new source of variety.
Comme on trouvé dans cette formule deux Accords parfaits en Tierce mineure, savoir, D & A, il est bon de chercher l'analogie que doivent avoir entr'eux les Tons majeurs & mineurs dans une Modulation réguliere.
Since this formula contains two perfect Chords in minor thirds – namely D and A – it is proper to examine the analogy that should exist between Major and minor Keys in regular Modulation.
Considérons (Pl. I. Fig. 11) la Note e b de l'exemple P unie aux deux Notes correspondantes des exemples O & Q [694] prise pour fondamentale, elle se trouvé ainsi base ou fondement d'un Accord en Tierce majeur; mais prise pour moyen arithmétique entré la Corde entiere & sa Quinte, comme dans l'exemple X, (Fig. 13.) elle se trouvé alors Médiante ou seconde base du Mode mineur; ainsi cette même Note considérée sous deux rapports différens, & tous deux déduits du Systême, donne deux Harmonies: d'où il suit que l'Echelle du Mode majeur est d'une Tierce mineure au-dessus de l'Echelle analogue du Mode mineur. Ainsi le Mode mineur analogue à l'Echelle d'ut est celui de la, & le Mode mineur analogue à celui de fa est celui de re. Or, la & re donnent exactement, dans la Base-fondamentale de l'Echelle diatonique, les deux Accords mineurs analogues aux deux Tons d'ut & de fa déterminés par les deux Cadencesharmoniques d'ut à fa & de sol à ut. La Basse-fondamentale ou l'on fait entrer ces deux Accords est donc aussi réguliere & plus variée que la précédente, qui ne renferme que l'Harmonie du Mode majeur.
Let us consider (Pl. I. Fig. 11) the note E-flat from example P, united with the two corresponding notes from examples O and Q [694]. When taken as the fundamental, it becomes the base or foundation of a chord in the major third. But when considered as the arithmetic mean between the whole string and its fifth, as in example X (Fig. 13), it then serves as the Mediant or second foundation of the minor mode. Thus, this same note, viewed under two distinct relationships—both derived from the system—yields two harmonies. It follows that the scale of the major mode lies a minor third above the analogous scale of the minor mode. Therefore, the minor mode analogous to the C scale is that of A, and the minor mode analogous to F is that of D. Now, A and D precisely provide, within the Fundamental Bass of the diatonic scale, the two minor chords analogous to the major keys of C and F, determined by the harmonic cadences from C to F and from G to C. The Fundamental Bass incorporating these two chords is thus as regular and more varied than the preceding one, which contained only the harmony of the major mode.
A égard des deux dernieres Dissonances N & R de l'exemple Q, comme elles sortent du Genre Diatomique, nous n'en parlerons que ci-après.
Regarding the two final dissonances N and R from example Q, as they depart from the Diatonic Genre, we shall address them hereafter.
L'origine de la Mesure, des Périodes, des Phrases & de tout Rhythme musical, se trouvé aussi dans la génération des dans leur suite naturelle, & dans leurs diverses combinaisons. Premiérement, le moyen étant homogene à son extrême, les deux membres d'une Cadence doivent, dans leur premiere simplicité, être de même nature & de valeurs égales: par conséquent les huit Notes qui forment les [695] quatre Cadences,
The origin of Measure, Periods, Phrases, and all musical Rhythm is also found in the generation of cadences through their natural succession and diverse combinations. First, since the mean is homogeneous to its extreme, the two members of a cadence—in their primal simplicity—must share the same nature and equal durations. Consequently, the eight notes forming the [695] four cadences of the Fundamental Bass of the scale are equal among themselves. Each cadence occupying one equal measure, the whole produces a complete sense and a harmonic period. Furthermore, as the entire harmonic system is founded on the double ratio and the sesquialtera (which, due to the octave, merges with the triple ratio), so too must every good and perceptible measure resolve into either two or three beats. All attempts beyond this, though often tried, remain fruitless, incapable of producing any pleasing effect.
Basse-fondamentale de l'Echelle, sont égales entr'elles, & formant aussi quatre Mesures égales, une pour chaque Cadence, le tout donne un sens complet & une période harmonique. De plus, comme tout le Systême harmonique est fondé sur la raison double & sur la sesquialtere, qui, à cause de l'Octave, se confond avec la raison triple; de même toute Mesure bonne & sensible se résout en celle à deux Tems ou en celle à trois: tout ce qui est au-delà, souvent tenté & toujours sans succès, ne pouvant produire aucun bon effet.
From the diverse harmonic foundations provided by the three types of cadences and their interweaving arises the variety of musical sense, phrases, and the entire Melody through which the skilled musician expresses the nuances of discourse and punctuates sounds as precisely as a grammarian does words. From the Measure dictated by cadences also emerges the exact expression of prosody and Rhythm: for just as the short syllable rests upon the long, so the note preparing the cadence on the upbeat resolves onto the note that strikes the downbeat. This divides beats into strong and weak, as syllables into long and short. Herein lies how one might invert prosody and measure everything off-beat—striking short syllables and lifting long ones—while still believing to observe their relative durations and musical values.
Des divers fondemens d'Harmonie donnés par les trois sortes de Cadences, & des diverses manieres de les entrelacer, naît la variété des sens, des phrases & de toute la Mélodie dont l'habile Musicien exprime toute celle des phrases du discours, & ponctue les Sons: aussi correctement que le Grammairien les paroles. De la Mesure donnée par les Cadences résulte aussi l'exacte expression de la prosodie & du Rhythme: car comme la syllabe breve s'appuie sur la longue, de même la Note qui prépare la cadence en levant s'appuie & pose sur la Note qui la résout en frappant; ce qui divisé les Tems en forts & en foibles, comme les syllabes en longues & en breves: cela montre comment on peut, même en observant les quantités, renverser la prosodie & tout mesurer à contre-tems, lorsqu'on frappe les syllabes breves & qu'on leve les longues, quoiqu'on croye observer leurs durées relatives & leurs valeurs musicales.
The use of dissonant notes by conjunct degrees on weak beats [696] is likewise deduced from the principles established above. Suppose the measured diatonic scale marked in Fig. 9 (Pl. K). The sustained or reiterated note in Bass X, replacing the notes of Bass Z, is tolerated only because—returning always on strong beats—it easily escapes our attention on weak beats, and the cadences it substitutes remain implied. This would not hold if dissonant notes shifted position and struck on strong beats.
L'usage des Notes dissonantes par Degrés conjoints dans les Tems foibles de la Mesure, se déduit aussi des [696] principes établis ci-dessus: car supposons l'échelle diatonique & mesurée, marquée Fig. 9 Pl. K. il est évident que la Note soutenue ou rebattue dans la Basse X, au lieu des Notes de la Basse Z, n'est ainsi tolérée que parce que, revenant toujours dans les Tems forts, elle échappe aisément à notre attention dans les Tems foibles, & que les Cadences dont elle tient lieu n'en sont pas moins supposons; ce qui ne pourroit être si les Notes dissonantes changeoient de lieu & se frappoient sur les Tems forts.
Let us now examine which tones may be added or substituted to those of the diatonic scale to form the Chromatic and Enharmonic Genres.
Voyons maintenant quels Sons peuvent être ajoutés ou substitués à ceux de l'échelle diatonique, pour la formation des Genres Chromatique & Enharmonique.
By inserting into their natural order the tones given by the series of dissonances, we first obtain the note G-sharp N (Pl. I. Fig. 11), which enables the Chromatic Genre and the regular transition from the major key of C to its analogous minor.
En insérant dans leur ordre naturel les Sons donnés par la Série des Dissonances, on aura premiérement la Note sol Dièse N. (Pl. I. Fig. 11.) qui donne le Genre Chromatique & le passage régulier du Ton majeur d'ut à son mineur correspondant
Next comes the note R or B-flat, which—together with the aforementioned—yields the Enharmonic Genre (Fig. 11).
Puis on a la Note R ou si Bémol, laquelle, avec celle dont je viens de parler, donne le Genre Enharmonique. (Fig. 11.)
Quoique, eu égard au Diatonique, tout le Systême harmonique soit, comme on a vu, renfermé dans la raison sextuple; cependant les divisions ne sont pas tellement bornées à cette étendue qu'entre la Dix-neuvieme ou triple Quinte 1/6, & la Vingt-deuxieme ou quadrupleOctave 1/8, on ne puisse encore inférer une moyenne harmonique 1/7 prise dans l'ordre des aliquotes, donnée d'ailleurs par la Nature dans les Cors-de-chasse & Trompettes marines, & d'une intonation très-facile sur le Violon.
Although, concerning the Diatonic system, the entire harmonic system is contained within the sixfold ratio as we have seen, these divisions are not so strictly confined that between the nineteenth (triple Fifth 1/6) and twenty-second (quadruple Octave 1/8) partials we cannot still infer a harmonic mean 1/7 taken from the series of aliquot parts – a term naturally produced in hunting horns and tromba marinas, and easily intonated on the violin.
[697] Ce terme 1/7, qui devise harmoniquement l'Intervalle de la Quarte sol ut ou 6/8, ne forme pas avec le sol une Tierce mineure juste, dont le rapport seroit 5/6, mais un Intervalle un peu moindre, dont le rapport est 6/7; de sorte qu'on ne sauroit exactement l'exprimer en Note; car le la Dièse est déjà trop sort: nous le représenterons par la Note si précédée du signe, un peu différent du Bémol ordinaire.
[697] This term 1/7, which harmonically divides the interval of the Fourth G-C (ratio 6/8), does not form a perfect minor Third (ratio 5/6) with G, but a slightly smaller interval of ratio 6/7. Thus it cannot be precisely notated: since A-sharp is already too high, we shall represent it by the note B preceded by a symbol slightly differing from the ordinary flat.
L'Echelle augmentée, ou, comme disoient les Grecs, le Genre épaissi de ces trois nouveaux Sons placés dans leur rang, sera donc comme l'exemple 12, Planche K. Le tout pour le même Ton, ou du moins pour les Tons naturellement analogues.
The augmented scale – or what the Greeks called the Thickened Genre incorporating these three new tones in their proper order – will then appear as in Example 12 (Plate K), all within the same key or at least naturally analogous keys.
De ces trois Sons ajoutés, dont, comme le fait voir M. Tartini, le premier constitue le Genre Chromatique, & le troisieme l'Enharmonique, le sol Dièse & le si Bémol sont dans l'ordre des Dissonances: mais le si ne laissé pas d'être Consonnant, quoiqu'il n'appartienne pas a au Genre Diatonique, étant hors de la progression sextuple qui renferme & détermine ce Genre: car puisqu'il est immédiatement donne par la Série harmonique des aliquotes, puisqu'il est moyen harmonique entre la Quinte & l'Octave du Son fondamental, il s'ensuit qu'il est Consonnant comme eux, & n'a pas besoin d'être ni préparé ni sauvé; c'est aussi ce que l'oreille confirme parfaitement dans l'emploi régulier de cette espece de Septieme.
Of these three added tones – the first constituting the Chromatic Genre and the third the Enharmonic, as Mr. Tartini demonstrates – the G-sharp and B-flat belong to the order of Dissonances. However, the B remains Consonant despite its exclusion from the Diatonic genre, being outside the sixfold progression governing that system. For since it is directly provided by the harmonic series of aliquot parts, and being the harmonic mean between the Fifth and Octave of the fundamental tone, it follows that it shares their consonance – requiring neither preparation nor resolution – a fact confirmed by the ear in the proper use of this species of Seventh.
A l'aide de ce nouveau Son, la Basse de l'Echelle diatonique retourne exactement sur elle- même, en descendant, [698] selon la nature du cercle qui la représente; & la Quatorzieme ou Septieme redoublée se trouvé alors sauvée régulièrement par cette Note sur la Basse-tonique ou fondamentale, comme toutes les autres Dissonances.
Through this new tone, the bass of the diatonic scale completes its cyclical return in descent [698], as befits the circular nature it embodies. The fourteenth (or doubled Seventh) thus finds regular resolution through this note over the tonic bass or fundamental, like all other dissonances.
Voulez-vous, des principes ci-devant posés, déduire les regles de la Molles de la Modulation, prenez les trois Tons majeurs relatifs, ut, sol, fa, & les trois Tons mineurs analogues, la, mi, re; vous aurez six Toniques, & ce sont les seules sur lesquelles on puisse moduler en sortant du Ton principal; Modulations qu'on entrelace à son choix, selon le caractere du Chant & l'expression des paroles: non, cependant, qu'entre ces Modulations il n'y en ait de préférables à d'autres; même ces préférences, trouvées d'abord par le sentiment, ont aussi leurs raisons dans les principes, & leurs exceptions, soit dans les impressions diverses que veut faire le Compositeur, soit dans la liaison plus ou moins grande qu'il veut donner à ses phrases. Par exemple, la plus naturelle & la plus agréable de toutes les Modulations en Mode majeur, est celle qui passe de la Tonique ut au Ton de sa Dominante sol; parce que le Mode majeur étant fondé sur des divisions harmoniques, & la Dominante divisant l'Octave harmoniquement, le passage du premier terme au moyen est le plus naturel. Au contraire, dans le Mode mineur la, fondé sur la proportion arithmétique, le passage au l'on de la quatrieme Note re, qui devise l'Octave arithmétiquement, est beaucoup plus naturel que le passage au Ton mi de la Dominante, qui devise harmoniquement la même Octave; & si l'on y regarde attentivement, on trouvera [699] que les Modulations plus ou moins agréables dépendent toutes des plus grands ou moindres rapports établis dans ce Systême.
To deduce from these principles the rules for modulating into minor modes, take the three relative major keys (C, G, F) and their three analogous minor keys (A, E, D). These six tonics alone permit modulation beyond the principal key – modulations to be interwoven according to the melody's character and the lyrics' expression. Yet certain modulations prove preferable: in major mode C, the most natural and pleasing transition leads to its Dominant G, as major mode's harmonic divisions align with the Dominant's harmonic division of the octave. Conversely, in minor mode A (based on arithmetic proportion), modulation to the fourth note D (arithmetically dividing the octave) flows more naturally than to Dominant E (harmonic division). Close examination reveals [699] that all modulation's aesthetic success depends on how these systematic relations are maximized or minimized.
Examinons maintenant les Accords ou Intervalles particuliers au Mode mineur, qui se déduisent des Sons ajoutés à l'Echelle. (Pl. I. Fig. 12.)
Let us now examine the Chords or Intervals particular to the minor Mode, derived from the added Tones in the Scale. (Pl. I. Fig. 12.)
L'analogie entre les deux Modes donne les trois Accords marqués Fig. 14. de la Planche K. dont tous les Sons ont été trouvés Consonnans dans l'établissement du Mode majeur. Il n'y a que le Son ajouté g dont la Consonnance puisse être disputée.
The analogy between the two Modes yields the three Chords marked Fig. 14 of Plate K, all of whose Tones were previously established as Consonant within the major Mode. Only the added Tone g may have its Consonance disputed.
Il faut remarquer d'abord que cet Accord ne se résout point en l'Accord dissonant de Septieme diminuée qui auroit sol Dièse pour Basse, parce qu'outre la Septieme diminuée sol Dièse & fa naturel s'y trouvé encore une Tierce diminuée sol Dièse & si Bémol, qui rompt, toute proportion; ce que l'expérience confirme par l'insurmontable rudesse de cet Accord. Au contraire, outre que cet arrangement de Sixte superflue plaît à l'oreille & se résout très-harmonieusement, M. Tartini prétend que l'Intervalle est réellement bon, régulier & même consonnant. 1º. Parce que cette Sixte est à très-peu près Quatrième harmonique aux trois Notes Bb, d, f, représentées par les fractions 1/4 1/5 1/6, dont 1/7 est la Quatrieme proportionnelle harmonique exacte. 2º. Parce que cette même Sixte est a très-peu-prés moyenne harmonique de la Quarte fa, si Bémol, formée par la Quinte du Son fondamental & par son Octave. Que si l'on emploie en cette occasion la Note marquée sol Dièse plutôt que la Note marquée [700] la Bémol, qui semble être le vrai moyen harmonique; c'est non-seulement que cette division nous rejetteroit fort loin du Mode, mais encore que cette même Note la Bémol n'est moyenne Harmonique qu'en apparence; attendu que la Quarte fa, si Bémol, est altérée & trop foible d'un Comma; de sorte que sol Dièse, qui a un moindre rapport à fa, approche plus du vrai moyen harmonique que la Bémol, qui a un plus grand rapport au même fa.
It must first be observed that this Chord does not resolve into the dissonant diminished Seventh Chord with G-sharp as Bass, for besides the diminished Seventh G-sharp and natural F, there would also be a diminished Third G-sharp and B-flat, which violates all proportion – a fact confirmed by experience through the insurmountable harshness of this Chord. Conversely, not only does this augmented Sixth arrangement please the ear and resolve harmoniously, but Mr. Tartini asserts that the Interval is genuinely good, regular, and even consonant. 1st: Because this Sixth approximates the fourth harmonic of the three notes Bb, d, f, represented by fractions 1/4, 1/5, 1/6, for which 1/7 is the exact harmonic proportional fourth. 2nd: Because this same Sixth nearly constitutes the harmonic mean of the Fourth F, B-flat, formed by the fundamental Tone’s Fifth and its Octave. If we employ the G-sharp here rather than the [700] A-flat (which might appear the true harmonic mean), it is not only because such division would stray far from the Mode, but also because this A-flat is only apparently the harmonic mean – given that the Fourth F, B-flat is altered and weakened by a Comma. Thus, G-sharp, having a lesser ratio to F, approaches closer to the true harmonic mean than A-flat, which holds a greater ratio to the same F.
Au reste, on doit observer que tous les Sons de cet Accord qui réunissent ainsi en une Harmonie réguliere & simultanée, sont exactement les quatre mêmes Sons fournis ci-devant dans la Série dissonante Q par le complémens des divisions de la Sextuple harmonique: ce qui ferme, en quelque maniere, le cercle harmonieux, & confirme la liaison de toutes les parties du Systême.
Moreover, it must be noted that all Tones in this Chord – which unite in regular simultaneous Harmony – are precisely the same four Tones previously supplied in dissonant Series Q through complements of the harmonic Sextuple divisions. This closes, as it were, the harmonic circle and confirms the interconnection of all parts within the System.
A l'aide de cette Sixte & de tous les autres Sons que la proportion harmonique & l'analogie fournissent dans le Mode mineur, on a un moyen facile de prolonger & varier assez long-tems l'Harmonie sans sortir du Mode, ni même employer aucune véritable Dissonance; comme on peut le voir dans l'exemple de Contre-point donne par M. Tartini dans lequel il prétend n'avoir employé aucune Dissonance, si ce n'est la Quarte-&-Quinte finale.
By means of this augmented Sixth and all other Tones provided through harmonic proportion and analogy in the minor Mode, one may easily prolong and vary Harmony at length without departing from the Mode or employing any true Dissonance – as seen in the Counterpoint example given by Mr. Tartini, where he claims to have used no Dissonance except the final Fourth-&-Fifth.
Cette même Sixte superflue a encore des usages plus importans & plus fins dans les Modulations détournées de passages enharmoniques, en ce qu'elle peut se prendre indifféremment dans la pratique pour la Septieme bémolisée par le signe de laquelle cette Sixte diésée différé très-peu [701] dans le calcul & point du tout sur le Clavier. Alors cette Septieme ou cette Sixte, toujours consonnante, mais marquée tantôt par Dièse & tantôt par Bémol, selon le Ton d'où l'on sort, & celui l'on entre, produit dans l'Harmonie d'apparentes & subites métamorphoses, dont, quoique régulieres dans ce Systême, le Compositeur auroit bien de la peine à rendre raison dans tout autre; comme on peut le voir dans les exemples I, II, III, de la Planche M, surtout dans celui marqué +, où le fa pris pour naturel, & formant une Septieme apparente qu'on ne sauve point, n'est au fond qu'une Sixte superflue formée par un mi Dièse sur le sol de la Basse; ce qui rentre dans la rigueur des regles. Mais il est superflu de s'étendre sur ces finesses de le l'Art, qui n'échappent pas aux grands Harmonistes, & dont les autres neferoient qu'abuser en les employant mal-à-propos. Il suffit d'avoir montré que tour se tient par quelque côté, & que le vrai Systême de la Nature mene aux plus cachés détours de l'Art.
This same augmented sixth also holds more significant and subtler uses in enharmonic modulations through indirect passages, as it may interchangeably serve in practice as a flattened seventh – an interval from which this sharpened sixth differs very little [701] in calculation and not at all on the keyboard. Thus this seventh or sixth, always consonant yet marked alternately by sharp or flat depending on the departing and arriving keys, produces apparent and sudden metamorphoses in harmony. Though regular within this system, such transformations would prove nearly inexplicable under any other framework, as seen in examples I, II, III of Plate M, particularly in the marked (+) instance where F natural – forming an unresolved apparent seventh – fundamentally constitutes an augmented sixth created by E sharp over the G bass note, thereby satisfying strict rules. Yet it proves needless to elaborate upon these artistic refinements, which escape no master harmonist though risk misuse by lesser practitioners. Let it suffice that all connects through nature's threads, and that the true system of Nature guides us through Art's most hidden paths.
T
T
Cette lettre s'écrit quelquefois dans les Partitions pour désigner la Partie de la Taille, lorsque cette Taille prend la place de la Basse & qu'elle est écrite sur la même Portée, la Basse gardant le Tacet.
This letter occasionally appears in scores to designate the tenor part when it assumes the bass position on the same staff, the bass itself remaining silent (Tacet).
Quelquefois dans les Parties de Symphonie le T signifie Tous ou Tutti, & est opposé à la lettre S, ou au mot Seul ou Solo, qui alors doit nécessairement avoir été écrit auparavant dans la même Partie.
In orchestral parts, T sometimes signifies Tutti (all), contrasting with the letter S or the word Solo, which must necessarily have been previously indicated in the same part.
TA. L'une des quatre syllabes avec lesquelles les Grecs solfioient la Musique. (Voyez SOLFIER.)
TA. One of four syllables used by the Greeks for solmization. (See SOLFEGE.)
TABLATURE. Ce mot signifioit autrefois la totalité des sigues de la Musique; de sorte que, qui connoissoit bien la Note & pouvoir chanter à livré ouvert, étoit dit la Tablature.
TABLATURE. Formerly denoting all musical notation collectively, this term described one who read notation fluently and sang at sight as "knowing the Tablature."
Aujourd'hui le mot Tablature se restreint à une certaine maniere de noter par lettres, qu'on emploie pour les Instrumens à Cordes qui se touchent avec les doigts, tels que le Luth, la Guitare, le Cistre, & autrefois le Théorbe & la Viole.
Today Tablature refers specifically to alphabetic notation systems for fingerboard instruments like lute, guitar, cittern – formerly also theorbo and viol.
Pour noter en Tablature, on tire autant de lignes paralleles que l'Instrument a de Cordes. On écrit ensuite sur ces lignes des lettres de l'alphabet, qui indiquent les diverses positions des doigts sur la Corde de semi-Ton en semi-Ton. La lettre a indique la Corde à vide, b indique la premiere Position, c la seconde, d la troisieme, &c.
To notate in Tablature, one draws parallel lines corresponding to the instrument's strings. Letters on these lines indicate finger positions semitone by semitone: a denotes an open string; b the first fret; c the second, etc.
A l'égard des valeurs des Notes, on les marque par des Notes ordinaires de valeurs semblables, toutes placées sur une même ligne, parce que ces Notes ne servent qu'à marquer la valeur & non le Degré. Quand les valeurs sont toujours semblables, c'est-à-dire, que la maniere de scander les Notes est la même dans toutes les Mesures, on se contente de la marquer dans la premiere, & l'on suit.
Note values appear through standard rhythmic symbols aligned on a single staff line, indicating duration rather than pitch. When rhythmic patterns remain consistent across measures, notation appears only in the first measure as a guide.
Voilà tout le mystere de la Tablature, lequel achevera de s'éclaircir par l'inspection de la Figure 4 Planche M où j'ai noté le premier couplet des folies d'Espagne en Tablature pour la Guitare.
Such is the essence of Tablature, further clarified by examining Figure 4, Plate M showing the first verse of "Les Folies d'Espagne" notated in guitar tablature.
Comme les Instrumens pour lesquels on employoit la Tablature sont la plupart hors d'usage, & que, pour ceux dont on joue encore, on a trouvé la Note ordinaire plus commode, la Tablature est presque entiérement abandonnée, ou ne sert qu'aux premieres des écoliers.
As most instruments requiring tablature have fallen into disuse – and standard notation proves more practical for surviving ones – Tablature lies nearly abandoned, surviving only in elementary pedagogy.
TABLEAU. Ce mot s'emploie souvent en Musique pour désigner la réunion de plusieurs objets formant un tout peint par la Musique imitative. Le Tableau de cet Air est bien dessiné; ce Choeur fait Tableau; cet Opéra est plein de Tableaux admirables.
TABLEAU. This term frequently describes musical passages creating vivid imagery through imitation. We say "The tableau of this aria is well-drawn"; "This chorus forms a tableau"; "This opera abounds in admirable tableaux."
TACET. Mot latin qu'on emploie dans la Musique pour indiquer le silence d'une Partie. Quand, dans le cours d'un morceau de Musique, on veut marquer un silence d'un certain tems,on l'écrit avec des Bâtons ou des Pauses: (Voy. ces mots.) Mais quand quelque Partie doit garder le silence durant un morceau entier, on exprime cela par le mot Tacet écrit dans cette Partie au-dessus du nom de l'Air ou des premieres Notes du Chant.
TACET. Latin word used in Music to indicate a part's silence. When marking silence during a musical piece, rests are notated with bars or pauses (See these terms). But when a part must remain silent throughout an entire piece, this is indicated by writing Tacet above the air's title or the chant's opening notes in that part.
[704] TAILLE anciennement TENOR. La seconde des quatre Parties de la Musique, en comptant du grave à l'aigu. C'est la Partie qui convient le mieux à la voix d'homme la plus commune; ce qui fait qu'on l'appelle aussi Voix humaine par excellence.
[704] TAILLE (anciently TENOR). The second of music's four vocal parts, ascending from grave to acute. Best suited to the most common male voice, it is called the human voice par excellence.
La Taille se devise quelquefois en deux autres Parties; l'une plus élevée, qu'on appelle Premiere ou haute-Taille; l'autre plus basse, qu'on appelle Seconde ou basse-Taille. Cette derniere est en quelque maniere une Partie mitoyenne ou commune entre la Taille & la Basse & s'appelle aussi, à cause de cela, Concordant. (Voyez PARTIES.)
The Taille is sometimes divided into two parts: the higher Premiere-Taille or haute-Taille, and the lower Seconde-Taille or basse-Taille. The latter serves as intermediary between Taille and Basse, hence also named Concordant. (See PARTIES.)
On n'emploie presqu'aucun rolle de Taille dans les Opéra François: au contraire les Italiens préferent dans les leurs le Tenor à la Basse, comme une Voix plus flexible, aussi sonore, & beaucoup moins dure.
French opera scarcely employs the Taille role. Contrariwise, Italians favor Tenor over Basse in their operas – valuing its flexibility, equal resonance, and softer edge.
TAMBOURIN. Sorte de Danse fort à la mode aujourd'hui sur les Théâtres François. L'air en est très-gai & se bat à deux Tems vifs. Il doit être sautillant & bien cadencé, à l'imitation du Flutet des Provençaux; & la Basse doit refrapper la mémé Note, à l'imitation du Tambourin ou Galoubé, dont celui qui joue du Flutet s'accompagne ordinairement.
TAMBOURIN. Dance genre now fashionable in French theater. Its airs are lively 2/4 time, requiring springing rhythms imitating the Provençal Flute, while the Basse reiterates single notes mimicking the Tambourin or Galoubé drum typically paired with such flutes.
TASTO SOLO. Ces deux mots Italiens écrits dans une Basse-continue, & d'ordinaire sous quelque Point-d'Orgue, marquent que l'Accompagnateur ne doit faire aucun Accord de la main droite, mais seulement frapper de la gauche la Note marquée, & tout au plus son Octave, sans y rien ajouter, attendu qu'il lui seroit presque impossible de deviner [705] & suivre la tournure d'Harmonie ou les Notes de goût que le Compositeur fait passer sur la Basse durant ce tems-là.
TASTO SOLO. These Italian words in a basso continuo (often under an Organ Point) instruct accompanists to play no right-hand chords, merely striking the left-hand's written note – perhaps its octave – without additions. For how could one divine [705] the composer's harmonic turns or ornamental notes passing over this bass during such passages?
TE. L'une des quatre syllabes par lesquelles les Grecs solfient la Musique. (Voyez SOLFIER.)
TE. One of four syllables used by Greeks for solfège. (See SOLFIER.)
TEMPERAMENT. Opération par laquelle, au moyen d'une légere altération dans les Intervalles, faisant évanouir la différence de deux Sons voisins, on les confond en un, qui, sans choquer l'oreille, forme les Intervalles respectifs de l'un & de l'autre. Par cette opération l'on simplifie l'Echelle, en diminuant le nombre des Sons nécessaires. Sans le Tempérament, au lieu de douze Sons seulement que contient l'Octave, il en faudroit plus de soixante pour moduler dans tous les Tons.
TEMPERAMENT. Process whereby slight interval alterations merge neighboring tones into one – avoiding auditory offense while simplifying the scale. Without temperament, over sixty tones per octave would be needed instead of twelve to modulate through all keys.
Sur l'Orgue, sur le Clavecin, sur tout autre Instrument à Clavier, il n'y a, & il ne peut gueres y avoir d'Intervalle parfaitement d'Accord que la seule Octave. La raison en est que trois Tierces majeure ou quarte Tierces mineures devant faire une Octave juste, celles-ci la passent & les autres n'y arrivent pas. Car 5/4 x 5/4 x 5/4 = 125/64 < 128/64 = 2/1; & 6/5 x 6/5 x 6/5 = 1295/624 > 1296/628 = 2/1. Ainsi l'on est contraint de renforcer les Tierces majeures & d'affoiblir les mineures pour que les Octaves & tous les autres Intervalles se correspondent exactement, & que les mêmes touches puissent être employées sous leurs divers rapports. Dans un moment je dirai comment cela se fait.
On organ, harpsichord, or any keyboard, only octaves can be perfectly tuned. For three major thirds (5/4 × 5/4 × 5/4 = 125/64 < 2/1) fall short of the octave, while three minor thirds (6/5 × 6/5 × 6/5 = 1295/625 > 2/1) exceed it. Thus we must sharpen major thirds and flatten minor ones so octaves align and keys serve multiple functions. I shall presently explain this procedure.
Cette nécessité ne se fit pas sentir tout-d'un-coup, on ne la reconnut qu'en perfectionnant le Systême musical. Pythagore, qui trouva le premier les rapports des Intervalles harmoniques, [706] prétendoit que ces rapports fussent observés dans toute la rigueur mathématique, sans rien accorder à la tolérance de l'oreille. Cette sévérité pouvoir être bonne pour son tems où toute l'étendue du Systême se bornoit encore à un si petit nombre de Cordes. Mais comme laplupart des Instrumens des Anciens étoient composés de Cordes qui se touchoient à vide, & qu'il leur faloit, par conséquent, une Corde pour chaque Son, à mesure que le Systême s'étendit, ils s'apperçurent que la regle de Pythagore, en trop multipliant les Cordes, empêchoit d'en tirer les usages convenables.
This necessity was not felt immediately; it was only recognized through the perfection of the musical system. Pythagoras, who first discovered the ratios of harmonic intervals, [706] insisted these ratios be observed with mathematical rigor, without conceding anything to the ear's tolerance. Such severity might have suited his era, when the entire compass of the system remained confined to so few strings. But as most ancient instruments used open strings—requiring a separate string for each pitch—the expansion of the system revealed that Pythagoras' rule, by excessively multiplying strings, hindered their practical utility.
Aristoxène, disciple d'Aristote, voyant combien l'exactitude des calculs nuisoit aux progrès de la Musique & à la facilité de l'exécution, prit tout-d'un-coup l'autre extrémité; abandonnant presque entiérement le calcul, il s'en remit au seul jugement de l'oreille, & rejetta comme inutile tout ce que Pythagore avoir établi.
Aristoxenus, Aristotle’s disciple, observing how computational exactitude impeded musical progress and performative ease, swung to the opposite extreme. Abandoning calculation almost entirely, he entrusted judgment to the ear alone, dismissing Pythagoras’ framework as superfluous.
Cela forma dans la Musique deux sectes qui ont long-tems divisé les Grecs, l'une des Aristoxéniens, qui étoient les Musiciens de pratique; l'autre des Pythagoriciens, qui étoient les Philosophes. (Voyez Aristoxéniens & PYTHAGORICIENS.)
Thus emerged two factions dividing Greek musical thought: the Aristoxenians, practitioners of music, and the Pythagoreans, its philosophers. (See ARISTOXENIANS & PYTHAGOREANS.)
Dans la suite, Ptolomée & Dydyme, trouvant avec raison, que Pythagore & Aristoxène avoient donne dans deux excès également vicieux, & consultant à la fois les sens & la raison, travaillerent chacun de leur côté à la réforme de l'ancien Systême diatonique. Mais comme ils ne s'éloignerent pas des principes établis pour la division du Tétracorde, & [707] que reconnoissant enfin la différence du Ton majeur au Ton mineur, ils n'oserent toucher à celui-ci pour le partager comme l'autre par une Corde chromatique en deux Parties réputées égales; le Systême demeura encore long-tems dans un état d'imperfection qui ne permettoit pas d'appercevoir le vrai principe du Tempérament.
Later, Ptolemy and Didymus—rightly deeming both Pythagoras and Aristoxenus equally flawed in their extremes—sought to reform the ancient diatonic system by reconciling sensory perception with reason. Yet by adhering to established tetrachord divisions [707] and timidly preserving the minor tone’s integrity rather than partitioning it chromatictically like the major tone, their system long remained imperfect, obscuring temperament’s true principle.
Enfin vint Guy d'Arezzo qui refondit en quelque maniere la Musique & inventa, dit-on, le Clavecin. Or, il est certain que cet Instrument n'a pu exister, non plus que l'Orgue, que l'on n'ait en même tems trouvé le Tempérament, sans lequel il est impossible de les accorder, & il est impossible au moins que la premiere invention ait de beaucoup précédé la seconde; c'est à-peu-près tout ce que nous en savons.
Then came Guido d’Arezzo, who reconceived music’s foundations and is said to have invented the harpsichord. Certainly, neither this instrument nor the organ could exist without temperament—indispensable for their tuning. The two inventions likely arose concurrently. This is nearly all we know of the matter.
Mais quoique la nécessité du Tempérament soit connue depuis long-tems, il n'en est pas de même de la meilleure regle à suivre pour le déterminer. Le siecle dernier, qui fut le siecle des découvertes en tout genre, est le premier qui nous ait donne des lumieres bien nettes sur ce chapitre. Le P. Mersenne & M. Loulié ont fait des calculs; M. Sauveur a trouvé des divisions qui fournissent tous les Tempéramens possibles; enfin, M. Rameau, après tous les autres, a cru développer le premier la véritable théorie du Tempérament, & a même prétendu, sur cette théorie, établir comme neuve une pratique très-ancienne dont je parlerai dans un moment.
Though temperament’s necessity has long been acknowledged, optimal methods for its determination remain contested. The last century—an age of discoveries—first brought clear insights here. Father Mersenne and Loulié devised calculations; Sauveur proposed divisions enabling all possible temperaments; finally, Rameau, claiming to unveil temperament’s true theory, asserted novelty for a practice both ancient and familiar—of which I shall shortly speak.
J'ai dit qu'il s'agissoit pour tempérer les Sons du Clavier, de renforcer les Tierces majeures, d'affoiblir les mineures, [708] & de distribuer ces altérations de maniere à les rendre le moins sensibles qu'il étoit possible. Il faut pour cela répartir sur l'Accord de l'Instrument, & cet Accord se fait ordinairement par Quintes; c'est donc par son effet sur les Quintes que nous avons à considérer le Tempérament.
I have stated that tempering a keyboard’s tones requires strengthening major thirds, weakening minor ones, [708] and distributing these alterations to minimize their perceptibility. This demands their apportionment across the instrument’s tuning—traditionally achieved through fifths. Thus, we must examine temperament through its effect on fifths.
Si l'on accorde bien juste quatre Quintes de suite, comme ut sol re la mi, on trouvera que cette quatrieme Quinte mi sera, avec l'ut d'où l'on est parti, une Tierce majeure discordante, & de beaucoup trop forte; & en effet ce mi, produit comme Quinte de la, n'est pas le même Son qui doit faire la Tierce majeure d'ut. En voici la preuve.Le rapport de la Quinte est 2/3 ou 1/3, à cause des Octaves 1 & 2 prises l'une pour l'autre indifféremment. Ainsi la succession des Quintes formant une progression triple, donnera ut 1, sol 3, re 9, la 27, & mi 81.
If four consecutive Fifths are perfectly tuned – such as C G D A E – one will find that this fourth Fifth E will form a discordant major third with the original C, and will be excessively sharp. For this E, produced as the Fifth of A, is not the same Sound that should form the major third of C. Here is the proof: The ratio of the Fifth is 2/3 or 1/3, accounting for Octaves 1 & 2 used interchangeably. Thus the succession of Fifths forming a triple progression will yield C 1, G 3, D 9, A 27, and E 81.
Considérons à présent ce mi comme Tierce majeure d'ut; son rapport est 4/5 ou 1/5, 4 n'étant que la double Octave d'1. Si d'Octave en Octave nous rapprochons ce mi du précédent, nous trouverons mi 5, mi 10, mi 20, mi 40, & mi 80. Ainsi la Quinte de la étant mi 81, & la Tierce majeure d'ut étant mi 80; ces deux mi ne sont pas le même, & leur rapport est 80/81, qui fait précisément le Comma majeur.
Now consider this E as the major third of C; its ratio is 4/5 or 1/5, with 4 representing only the double Octave of 1. By transposing this E Octave by Octave to compare it with the previous calculation, we find E 5, E 10, E 20, E 40, and E 80. Thus the Fifth of A being E 81, and the major third of C being E 80, these two Es are not identical, their ratio being 80/81 – precisely the syntonic comma.
Que si nous poursuivons la progression des Dièse, nous trouverons la douzieme puissance qui arrive au si Dièse, nous trouverons que ce si excede l'ut dont il devroit faire l'unisson, & qu'il est avec lui dans le rapport de 531441 à 524288, rapport qui donne le Comma de Pythagore. De sorte que par le calcul précédent le si Dièse devroit excéder l'i de trois [709] Comma majeurs; & par celui-ci il l'excede seulement du Comma de Pythagore.
If we continue the progression of sharps to the twelfth power arriving at B♯, we find this B♯ exceeds the C with which it should be unisonous, their ratio being 531441 to 524288 – the Pythagorean comma. Thus by the previous calculation, B♯ should exceed C by three [709] syntonic commas, while by this method it exceeds it only by the Pythagorean comma.
Mais il faut que le même Son mi, qui fait la Quinte de la, serve encore à faire la Tierce majeure d'ut; il faut que le même si Dièse, qui forme la douzieme Quinte de ce même ut, en fasse aussi l'Octave, & il faut enfin que ces différens Accords concourent à constituer le Systême général sans multiplier les Cordes. Voilà ce qui s'exécute au moyen du Tempérament.
Yet the same Sound E that serves as the Fifth of A must also form the major third of C; the same B♯ that forms the twelfth Fifth from this C must also form its Octave. These diverse Chords must coalesce into the general System without multiplying strings – this is achieved through temperament.
Pour cela 1º. on commence par l'ut du milieu du Clavier, & l'on affoiblit les quatre premieres Quintes en montant, jusqu'à ce que la quatrieme mi fasse la Tierce majeure bien juste avec le premier Son ut; ce qu'on appelle la premiere preuve. 2º. En continuant d'accorder par Quintes, dès qu'on est arrivé sur les Dièses, on renforce un peu les Quintes, quoique les Tierces en souffrent, & quand on est arrivé au sol Dièse, on s'arrête. Ce sol Dièse doit faire, avec le mi, une Tierce majeure juste ou du moins souffrable; c'est la seconde preuve. 3º. On reprend l'ut & l'on accorde les Quintes au grave; savoir, fa, si Bémol, &c. foibles d'abord; puis les renforçant par Degrés, c'est-à-dire, affoiblissant les Sons jusqu'à ce qu'on soit parvenu au re Bémol, lequel, pris comme ut Dièse, doit se trouver d'accord & faire Quinte avec le sol Dièse, auquel on s'étoit ci-devant arrêté; c'est la troisieme preuve. Les dernieres Quintes se trouveront un peu fortes, de même que les Tierces majeures; c'est ce qui rend les Tons majeurs de si Bémol & de mi Bémol sombres & même un peu durs. Mais cette dureté sera supportables [710] si la Partition est bien faite, & d'ailleurs ces Tierces, par leur situation, sont moins employées que les premieres, & ne doivent l'être que par choix.
The procedure is thus: 1st. Begin with middle C on the keyboard, weakening the first four ascending Fifths until the fourth E forms a perfectly just major third with the original C – called the first proof. 2nd. Continuing to tune by Fifths, once sharps are reached, slightly strengthen the Fifths even as the thirds suffer, stopping at G♯. This G♯ must form a tolerable major third with E – the second proof. 3rd. Return to C and tune descending Fifths (F, B♭, etc.), initially weak, then gradually strengthening – that is, flattening the Sounds until reaching D♭, which as C♯ must align and form a Fifth with the previously established G♯ – the third proof. The final Fifths will be slightly sharp, as will the major thirds, rendering the Major Keys of B♭ and E♭ somber and somewhat harsh. [710] This harshness remains bearable if the score is well-written, and moreover these thirds, by their position, are less frequently employed than the initial ones, reserved for deliberate effect.
Les Organistes & les Facteurs regardent ce Tempérament comme le plus parfait que l'on puisse employer. En effet, les Tons naturels jouissent par cette méthode de toute la pureté de l'Harmonie, & les Tons transposés, qui forment des modulations moins fréquentes, offrent de grandes ressources au Musicien quand il a besoin d'expressions plus marquées: car il est bon d'observer, dit M. Rameau, que nous recevons des impressions différentes des Intervalles à proportion de leurs différentes altérations. Par exemple, la Tierce majeure, qui nous excite naturellement à la joie, nous imprime jusqu'à des idées de fureur quand elle est trop forte; & la Tierce mineure, qui nous porte à la tendresse & à la douceur, nous attriste lorsqu'elle est trop foible.Les habiles Musiciens, continue le même Auteur, savent profiter à propos de ces différens effets des Intervalles, & sont valoir, par l'expression qu'ils en tirent, l'altération qu'on y pourroit condamner.
Organists and instrument makers consider this Temperament as the most perfect that can be employed. Indeed, Natural Keys retain through this method all the purity of Harmony, while Transposed Keys – which form less frequent modulations – offer great resources to Musicians when requiring more marked expressions: for it is prudent to observe, as M. Rameau notes, that we receive distinct impressions from Intervals in proportion to their varying alterations. For instance, the major third – which naturally excites us toward joy – imprints even ideas of fury when excessively strong; whereas the minor third – inclining us toward tenderness and sweetness – saddens us when overly weak. "Skillful Musicians," continues the same Author, "know how to judiciously exploit these differing effects of Intervals, rendering expressive virtue from the very alterations one might condemn."
Mais, dans si Génération harmonique, le même M. Rameau tient un tout autre langage. Il se reproche sa condescendance pour l'usage actuel, & détruisant tout ce qu'il avoit établi auparavant, il donne une formule d'onze moyennes proportionnelles entre les deux termes de l'Octave, sur laquelle formule, il veut qu'on regle toute la succession du Systême chromatique; de sorte que ce Systême résultant de douze semi-Tons parfaitement égaux, c'est une nécessité [711] que tous les Intervalles semblables qui en seront formés soient aussi parfaitement égaux entr'eux.
Yet in Harmonic Generation, the same M. Rameau adopts wholly different language. Reproaching his earlier condescension to current practice, he overturns all prior establishments by proposing a formula of eleven proportional means between the octave's two termini. Upon this formula he insists the entire Chromatic System's succession be regulated – a system yielding twelve perfectly equal semitones that necessitates [711] all similar Intervals formed therefrom to be equally uniform.
Pour la pratique prenez, dit-il, telle touche du Clavecin qu'il vous plaira; accordez-en d'abord la Quinte juste, puis diminuez-la si peu que rien: procédez ainsi d'une Quinte l'autre, toujours en montant, c'est-à-dire, du grave à l'aigu, jusqu'à la derniere dont le Son aigu aura été le grave de la premiere; vous pouvez être certain que le Clavecin sera bien d'accord.
For practical application: "Take," he instructs, "any harpsichord key you please; first tune its Fifth just, then diminish it ever so slightly. Proceed thus from Fifth to Fifth, always ascending – that is, from grave to acute – until the last Fifth's acute note becomes the grave of the first. Rest assured your harpsichord shall then be well-tuned."
Cette méthode que nous propose aujourd'hui M. Rameau, avoir déjà été proposée & abandonnée par le fameux Couperin. On la trouvé aussi tout au long dans le P. Mersenne, qui en fait Auteur un nommé Gallé, & qui a même pris la peine de calculer les onze moyennes proportionnelles dont M. Rameau nous donne la formule algébrique.
This method now proposed by M. Rameau had previously been advanced and abandoned by the renowned Couperin. It appears in full within P. Mersenne's work – who attributes its invention to one Gallé – and who even undertook calculating the eleven proportional means for which M. Rameau provides the algebraic formula.
Malgré l'air scientifique de cette formule, il ne paroît pas que la pratique qui en résulte ait été jusqu'ici goûtée des Musiciens ni des Facteurs. Les premiers ne peuvent se résoudre à se priver de l'énergique variété qu'ils trouvent dans les diverses affections des Tons qu'occasionne le Tempérament établi. M. Rameau leur dit en vain qu'ils se trompent, que la variété se trouvé dans l'entrelacement des Modes ou dans les divers Degrés des Toniques, & nullement dans l'altération des Intervalles; le Musicien répond que l'un n'exclut pas l'autre, qu'il ne se tient pas convaincu par une assertion, & que les divises affections des Tons ne sont nullement proportionnelles aux différens Degrés de leur finales. Car, disent-ils, quoiqu'il n'y ait qu'un semi-Ton de distance [712] entre la finale de re & celle de mi Bémol, comme entre la finale de la & celle de si Bémol; cependant la même Musique nous affectera très-différemment en A la mi re qu'en B fa, & en D sol re qu'en E la fa; & l'oreille attentive du Musicien ne s'y trompera jamais, quand même le Ton général seroit haussé ou baissé d'un semi-Ton & plus; preuve évidente que la variété vient d'ailleurs que de la simple différente élévation de la Tonique.
Despite this formula's scientific veneer, the resulting practice has found little favor among Musicians or instrument makers. The former cannot reconcile themselves to forfeiting the expressive variety arising from the diverse tonal affections produced by established Temperament. M. Rameau's vain insistence – that variety lies in modal interweaving or tonic degrees rather than Interval alterations – meets the Musician's retort: one does not preclude the other; assertions lack conviction; and tonal affections bear no proportion to their finals' differing degrees. "For," they argue, "though but a semitone lies [712] between the final of re and mi Bémol, or between la and si Bémol – yet music affects us vastly differently in A la mi re versus B fa, or D sol re versus E la fa. The attentive Musician's ear never errs here, even should the general key be raised or lowered a semitone or more – clear proof that variety springs from beyond mere tonic elevation."
A l'égard des Facteurs, ils trouvent qu'un Clavecin accordé de cette maniere n'est point aussi bien d'accord que l'assure M. Rameau. Les Tierces majeures leur paroissent dures & choquantes, & quand on leur dit qu'ils n'ont qu'à se faire à l'altération des Tierces comme ils s'étoient faits ci-devant à celle des Quintes, ils répliquent qu'ils ne conçoivent pas comment l'Orgue pourra se faire à supprimer les battemens qu'on y entend par cette manière de l'accorder, ou comment l'oreille cessera d'en être offensée. Puisque par la nature des Consonnances la Quinte peut être plus altérée que la Tierce sans choquer l'oreille & sans faire des battemens, n'est-il pas convenable de jetter l'altération du côté où elle est le moins choquante, & de laisser plus justes, par préférence, les Intervalles qu'on ne peut altérer sans les rendre discordans?
Regarding organ and harpsichord makers, they find that a harpsichord tuned in this manner is not as well-tuned as M. Rameau claims. The major thirds appear harsh and grating to them, and when told they must grow accustomed to altered thirds as they previously did to altered fifths, they retort that they cannot comprehend how the organ will adapt to eliminating the beats heard through this tuning method, nor how the ear will cease being offended by it. Since by the nature of consonances, the Fifth can be more altered than the Third without offending the ear or producing beats, is it not prudent to cast the alteration toward where it is least jarring, and preferentially leave more precise those intervals which cannot be altered without rendering them discordant?
Le P. Mersenne assuroit qu'on disoit de son tems que les premiers qui pratiquèrent sur le Clavier les semi-Tons, qu'il appelle feintes, accorderent d'abord toutes les Quintes à-peu-près selon l'Accord égal proposé par M. Rameau; mais que leur oreille ne pouvant souffrir la discordance des Tierces majeures nécessairement trop fortes, ils tempérerent l'Accord [713] en affoiblissant les premieres Quintes pour baisser les Tierces majeures. II paroît donc que s'accoutumer à cette maniere d'Accord n'est pas, pour une oreille exercée & sensible, une habitude aisée à prendre.
Father Mersenne asserted that in his time, the first practitioners of semitones on the keyboard—which he calls feintes—initially tuned all Fifths approximately according to the equal temperament proposed by M. Rameau; but as their ears could not endure the discordance of major thirds, necessarily too sharp, they tempered the tuning [713] by flattening the first Fifths to lower the major thirds. It thus appears that accustoming oneself to this tuning method is not, for a trained and sensitive ear, an easy habit to acquire.
Au reste, je ne puis m'empêcher de rappeller ici ce que j'ai dit au mot CONSONNANCE, sur la raison du plaisir que les Consonnances sont à l'oreille, tirée de la simplicité des rapports. Le rapport d'une Quinte tempérée selon la méthode de M. Rameau est celui-ci. Ce rapport cependant plaît à l'oreille; je demande si c'est par sa simplicité?
Moreover, I cannot help but reiterate here what I stated under the entry CONSONANCE regarding the reason for the pleasure consonances bring to the ear, derived from the simplicity of ratios. The ratio of a Fifth tempered according to M. Rameau’s method is as follows. Yet this ratio pleases the ear; I ask whether it is due to its simplicity?
TEMS. Mesure du Son, quant à la durée.
TIME. The measurement of sound with regard to duration.
Une succession de Sons, quelque bien dirigée qu'elle puisse être dans sa marche, dans ses Degrés du grave à l'aigu ou de l'aigu au grave, ne produit, pour ainsi dire, que des effets indéterminés. Ce sont les durées relatives & proportionnelles de ces mêmes Sons qui fixent le vrai caractere d'une Musique, & lui donnent sa plus grande énergie. Le Tems est l'ame du Chant; les Airs dont la mesure est lente, nous attristent naturellement; mais un Air gai, vis & bien cadencé nous excite à la joie, & à peine les pieds peuvent-ils se retenir de danser. Otez la Mesure, détruisez la proportion des Tems, les mêmes Airs que cette proportion vous rendoit agréables, restés sans charme & sans forcé, deviendront incapables de plaire & d'intéresser. Le Tems, au contraire, a sa forcé en lui-même; elle dépend de lui seul, & peut subsister sans la diversité des Sons. Le Tambour nous en offre un exemple, grossier toutefois & très-imparfait, parce que le Son ne s'y peut soutenir.
A succession of sounds, however well-directed in its progression from grave to acute or acute to grave, produces, so to speak, only indeterminate effects. It is the relative and proportional durations of these same sounds that fix the true character of music and grant it its greatest vigor. Time is the soul of melody; airs with slow measure naturally sadden us, yet a lively, brisk, and well-cadenced air excites us to joy, and one’s feet can scarcely refrain from dancing. Remove the measure, destroy the proportion of beats, and the same airs that this proportion rendered agreeable will remain charmless and feeble, becoming incapable of pleasing or moving. Time, conversely, possesses its force within itself; it depends solely on itself and can subsist without diversity of sounds. The drum offers an example of this—crude and imperfect, to be sure, because the sound cannot sustain itself.
[714] On considere le Tems en Musique, ou par rapport au mouvement général d'un Air, &, dans ce sens, on dit qu'il est lent ou vite; (Voyez MESURE, MOUVEMENT.) ou, selon les parties aliquotes de chaque Mesure, parties qui se marquent par des mouvemens de la main ou du pied & qu'on appelle particulièrement des Tems; ou enfin selon la valeur propre de chaque Note. (Voyez VALEUR DES NOTES.)
[714] Time in music is considered either in relation to the general movement of an air—in which sense we speak of it as slow or quick (see MEASURE, MOVEMENT)—or according to the aliquot parts of each measure, marked by hand or foot motions and specifically called beats; or finally according to the inherent value of each note. (See NOTE VALUES.)
J'ai suffisamment parlé, au mot Rhythme, des Tems de la Musique Grecque; il me reste à parler ici des Tems de la Musique moderne.
I have sufficiently discussed the beats of Greek music under the entry RHYTHM; it remains for me here to address the beats of modern music.
Nos anciens Musiciens ne reconnoissoient que deux especes de Mesure ou de Tems; l'une à trois Tems, qu'ils appelloient Mesure parfaite; l'autre à deux, qu'ils traitoient de Mesure imparfaite, & ils appelloient Tems, Modes ou Prolations, les signes qu'ils ajoutoient à la Clef pourdéterminer l'une ou l'autre de ces Mesures. Ces signes ne servoient pas à cet unique usage comme ils sont aujourd'hui; mais ils fixoient aussi la valeur relative des Notes, comme ou a déjà pu voir aux mots Mode & Prolation, par rapport à la Maxim, à la Longue & à la semi-Breve. A l'égard de la Breve, la maniere de la diviser étoit ce qu'ils appelloient plus précisément Tems, & ce Tems étoit parfait ou imparfait.
Our ancient musicians recognized only two types of Measure or Time: one in three beats, which they called perfect measure; the other in two, which they treated as imperfect measure. They designated the signs added to the clef to determine either type as Time, Modes or Prolations. These signs did not serve this sole purpose as they do today but also fixed the relative value of notes, as one may already have seen in the entries for Mode and Prolation concerning the Maxima, Long, and Semibreve. As for the Breve, the manner of dividing it was what they more precisely called Time, and this Time was either perfect or imperfect.
Quand le Tems étoit parfait, la Breve ou Quarrée valoit trois Rondes ou semi-Breves; & ils indiquoient cela par un cercle entier, barré ou non barré, & quelquefois encore par ce chiffre composé 3/x.
When Time was perfect, the Breve or Square equaled three whole notes or Semibreves. They indicated this with a full circle, barred or unbarred, and sometimes also with the composite numeral 3/x.
[715] Quand le Tems étoit imparfait, la Breve ne valoit que deux Rondes; & cela se marquoit par un demi-cercle ou C. Quelquefois ils tournoient le C à rebours; & cela marquoit une diminution de moitié sur la valeur de chaque Note. Nous indiquons aujourd'hui la même chose en barrant le C. Quelques-uns ont aussi appelle Tems mineur cette Mesure du C barré où les Notes ne durent que la moitié de leur valeur ordinaire, & Tems majeur celle du C plein ou de la Mesure ordinaire a quatre Tems.
[715] When Time was imperfect, the Breve equaled only two whole notes, marked by a half-circle or C. Occasionally, they reversed the C, signifying a halving of each note's value. Today we indicate the same by barring the C. Some have called minor Time this barred-C measure, where notes last half their ordinary value, and major Time the full-C or ordinary measure in four beats.
Nous avons bien retenu la Mesure triple des Anciens de même que la double; mais par la plus étrange bizarrerie de leurs deux manieres de diviser les Notes, nous n'avons retenu que la sous-double, quoique nous n'ayons pas moins besoin de l'autre; de sorte que, pour diviser une Mesure ou un Tems en trois parties égales, les signes nous manquent, & à peine sait-on comment s'y prendre. Il faut recourir au chiffre 3 & à d'autres expédiens qui montrent l'insuffisance des signes. (Voyez TRIPLE.)
We have retained the triple measure of the Ancients as well as the duple, but in the strangest peculiarity, of their two methods for dividing notes, we preserved only the sub-duple, though we need the other no less. Thus, for dividing a measure or beat into three equal parts, signs fail us, and one scarcely knows how to proceed. We must resort to the numeral 3 and other expedients that betray the inadequacy of notation. (See TRIPLE.)
Nous avons ajouté aux anciennes Musiques une combinaison de Tems, qui est la Mesure à quatre; mais comme elle se petit toujours résoudre en deux Mesures à deux, on peut dire que nous n'avons absolument que deux Tems & trois Tems pour parties aliquotes de toutes nos différentes Mesures.
We have added to the ancient music a Time combination: the four-beat measure. Yet since this can always be resolved into two duple measures, one might say we have absolutely only two beats and three beats as aliquot parts of all our varied measures.
Il y a autant de différentes valeurs de Tems qu'il y a de sortes de Mesures & de modifications de Mouvement. Mais quand une fois la Mesure & le Mouvement sont déterminés, toutes les Mesures doivent être parfaitement égales, & tous [716] les Tems de chaque Mesure parfaitement égaux entr'eux. Or, pour rendre sensible cette égalité, on frappe chaque Mesure & l'on marque chaque Tems par un mouvement de la main ou du pied,& sur ces mouvemens on regle exactement les différentes valeurs des Notes, selon le caractere de la Mesure. C'est une chose étonnante de voir avec quelle précision l'on vient à bout, à l'aide d'un peu d'habitude, de marquer & de suivre tous les Tems avec une si parfaite égalité, qu'il n'y a point de pendule qui surpasse en justesse la main ou le pied d'un bon Musicien, & qu'enfin le sentiment seul de cette égalité suffit pour le guider & supplée à tout mouvement sensible; en sorte que dans un Concert chacun suit la même Mesure avec la derniere précision, sans qu'un autre la marque & sans la marquer soi-même.
There are as many distinct Time values as there are types of measures and modifications of Tempo. But once measure and Tempo are fixed, all measures must be perfectly equal, and all [716] beats within each measure must match perfectly. To render this equality tangible, one strikes each measure and marks each beat with a hand or foot motion, regulating note values precisely according to the measure's character. It is astonishing to see how, with modest practice, one achieves such exactitude in marking and following beats that no pendulum surpasses the precision of a skilled musician's hand or foot. Indeed, the mere sense of this equality guides them, obviating any visible motion, so that in an Ensemble, all follow the same measure with utmost precision—neither marked by another nor by oneself.
Des divers Tems d'une Mesure, il y en a de plus sensibles, de plus marqués que d'autres, quoique de valeurs égales. Le Tems qui marque davantage s'appelle Tems fort; celui qui marque moins s'appelle Tems foible: c'est ce que M. Rameau, dans son Traité d'Harmonie, appelle Tems bon & Tems mauvais. Les Tems forts sont, le premier dans la Mesure à deux Tems; le premier & le troisieme dans les Mesures à trois & quatre. A l'égard du second Tems, il est toujours foible dans toutes les Mesures, & il en est de même du quatrieme dans la Mesure à quatre Tems.
Among the various beats of a measure, some are more pronounced and emphasized than others, though equal in duration. The more emphatic beat is called the strong beat; the less pronounced one is termed the weak beat. This distinction is what M. Rameau refers to as the good beat and bad beat in his Traité d'Harmonie. In a duple meter, the first beat is strong; in triple and quadruple meters, the first and third beats are strong. The second beat remains weak in all meters, as does the fourth in quadruple meter.
Si l'on subdivise chaque Tems en deux autres parties égales, qu'on peut encore appeller Tem s ou demi-Tems, on aura derechef Tems fort pour la premiere moitié, Tems foible pour la seconde, & il n'y a point de partie d'un Tems [717] qu'on ne puisse subdiviser de la même maniere. Toute Note qui commence sur le Tems foible & finit sur le Tems fort, est une Note à contre-Tems; & parce qu'elle heurte & choque en quelque façon la Mesure, on l'appelle Syncope. (Voyez SYNCOPE.)
If each beat is subdivided into two equal parts—which may themselves be called beats or half-beats—the first half becomes a strong beat, the second a weak beat. This subdivision applies recursively to any portion of a beat [717]. Any note beginning on a weak beat and ending on a strong beat creates a syncopation; by disrupting the metric flow, it is termed a Syncopation. (See SYNCOPE.)
Ces observations sont nécessaires pour apprendre à bien traiter les Dissonances. Car toute Dissonance bien préparée doit l'être sur le Tems foible, & frappée sur le Tems fort; excepté cependant dans des suites de Cadences évitées où cette regle, quoiqu'applicable à la premiere Dissonance, ne l'est pas également aux autres. (Voyez DISSONANCE, PRÉPARER.)
These observations are essential for proper treatment of dissonances. A well-prepared dissonance must be introduced on a weak beat and resolved on a strong beat—except in sequences of evaded cadences, where this rule applies strictly to the initial dissonance but not necessarily to subsequent ones. (See DISSONANCE, PRÉPARER.)
TENDREMENT. Cet adverbe écrit à la tête d'un Air indique un Mouvement lent & doux, des Sons filés gracieusement & animés d'une expression tendre & touchante. Les Italiens se servent du mot Amoroso pour exprimer à-peu-près la même chose: mais le caractere de l' Amoroso a plus d'accent, & respire je ne sais quoi de moins fade & de plus passionné.
TENDERLY. This adverb, inscribed at the head of an aria, indicates a slow, gentle tempo with gracefully sustained tones imbued with tender, poignant expression. The Italians use Amoroso to convey similar sentiment, though their Amoroso carries greater intensity—a passionate quality less prone to cloying sweetness.
TENEDIUS. Sorte de Nome pour les Flûtes dans l'ancienne Musique des Grecs.
TENEDIUS. A type of Nome for flutes in ancient Greek music.
TENEUR, s. f. Terme de Plain-Chant qui marque dans la Psalmodie la partie qui regne depuis la fin de l'Intonation jusqu'à la Médiation, & depuis la Médiation jusqu'à la Terminaison. Cette Teneur, qu'on peut appeller la Dominante de la Psalmodie, est presque toujours sur le même Ton.
TENOR, n. In Gregorian chant, this term denotes the dominant part of psalmody that persists from the end of the Intonation through the Mediation and until the Termination. This Tenor, which functions as the tonal anchor of the psalmody, remains largely fixed on a single pitch.
TENOR. (Voyez TAILLE.) Dans les commencemens [718] du Contré-point, on donnoit le nom de Tenor à la Partie la plus basse.
TENOR. (See TAILLE.) In the early days [718] of counterpoint, the term Tenor designated the lowest voice part.
TENUE, s. f. Son soutenu par une Partie durant deux ou plusieurs Mesures, tandis que d'autres Parties travaillent. (Voyez MESURE, TRAVAILLER.) Il arrive quelquefois, mais rarement, que toutes les Parties sont des Tenues à la fois; & alors il ne faut pas que la Tenue soit si longue que le sentiment de la Mesure s'y laissé oublier.
SUSTAINED NOTE, n. A tone held by one part over multiple measures while other parts develop contrapuntally. (See MEASURE, TRAVAILLER.) Though rare, instances occur where all parts sustain simultaneously; in such cases, the duration must not exceed the listener's ability to retain metric awareness.
TÊTE. La Tête ou le corps d'une Note est cette partie qui en détermine la position, & à laquelle tient la Queue quand elle en a une. (Voyez QUEUE.)
NOTEHEAD. The notehead—or body of a note—determines its position on the staff, to which the stem attaches when present. (See STEM.)
Avant l'invention de l'imprimerie les Notes n'avoient que des Têtes noires: car la plupart des Notes étant quarrées, il eût été trop long de les faire blanches en écrivant. Dans l'impression l'on forma des Têtes de Notes blanches, c'est-à-dire, vides dans le milieu. Aujourd'hui les unes & les autres sont en usage, &, tout le reste égal, une Tête blanche marque toujours une valeur double de celle d'une Tête noire. (Voyez NOTES, VALEUR DES NOTES.)
Before the advent of music printing, notes bore only black noteheads: square notation made white noteheads impractical for scribes. Printed music introduced white noteheads—hollow-centered forms. Both types remain in use, with a white notehead always representing double the duration of a black one, all else being equal. (See NOTES, NOTE VALUES.)
TÉTRACORDE, s. m. C'étoit, dans la Musique ancienne, un ordre ou Systême particulier de Sons dont les Cordes extrêmes sonnoient la Quarte. Ce systême s'appelloit Tétracorde, parce que les Sons qui le composoient, étoient ordinairement au nombre de quatre; ce qui pourtant n'étoit pas toujours vrai.
TÉTRACORDE, n. In ancient music, a four-stringed system whose outer strings produced the interval of a perfect fourth. Despite its name (Tétracorde implying four strings), this system occasionally comprised fewer—as seen in enharmonic Tétracordes that temporarily used three strings.
Nicomaque, au rapport de Boece, dit que la Musique dans sa premiere simplicité n'avoit que quarte Sons ou Cordes dont les deux extrêmes sonnoient le Diapason entr'elles, [719] tandisque les deux moyennes distantes d'un Ton l'une de l'autre, sonnoient chacune la Quarte avec l'extrême dont elle étoit la plus proche, & la Quinte avec celle dont celle étoit la plus éloignée. Il appelle cela le Tétracorde de Mercure, du nom de celui qu'on en disoit l'inventeur.
Nicomachus, according to Boethius, states that music in its primal simplicity had only four sounds or strings whose extremes formed an octave between them, [719] while the two middle strings—separated by a whole tone—each formed a fourth with the nearest extreme and a fifth with the farthest. He calls this the Tetrachord of Mercury, named after its purported inventor.
Boece dit encore qu'après l'addition de trois Cordes faites par différens Auteurs, Lychaon Samien en ajouta une huitieme qu'il plaça entre la Trite & la Paramèse, qui étoient auparavant la même Corde; ce qui rendit l'Octacorde complet & composé de deux Tétracordes disjoints, de conjoints qu'ils étoient auparavant dans l'Eptacorde.
Boethius further relates that after three strings were added by various authors, Lychaon of Samos inserted an eighth between the Trite and Paramese, which had previously been the same string. This completed the octachord by transforming two formerly conjunct tetrachords in the heptachord into two disjoint tetrachords.
J'ai consulté l'ouvrage de Nicomaque, & il me semble qu'il dit ne dit point cela. Il dit au contraire que Pythagore ayant remarqué que bien que le Son moyen des deux Tétracordes conjoints sonnât la Consonnance de la Quarte avec chacun des extrêmes, ces extrêmes comparés entr'eux étoient toutefois dissonans: il inséra entre les deux Tétracordes une huitieme Corde, qui, les divisant par un Ton d'Intervalle, substitua le Diapason ou l'Octave à la Septieme entre leurs extrêmes, & produisit encore une nouvelle Consonnance entre chacune deux Cordes moyennes & l'extrême qui lui étoit opposée.
I have consulted Nicomachus’s work and find no such claim. On the contrary, he states that Pythagoras, observing that while the middle sound of two conjunct tetrachords formed a fourth with each extreme, the extremes themselves compared dissonantly, inserted an eighth string between the tetrachords. By dividing them with a whole tone, he replaced the seventh between their extremes with an octave and created new consonances between each middle string and its opposing extreme.
Sur la maniere dont se fit cette addition, Nicomaque & Boece sont tous deux également embrouillés, & non contens de se contredire entr'eux, chacun d'eux se contredit encore lui- même. (Voyez SYSTEME, TRITE, PARAMESE.)
Regarding the method of this addition, both Nicomachus and Boethius are equally convoluted, not only contradicting each other but themselves. (See SYSTEM, TRITE, PARAMESE.)
Si l'on avoit égard à ce que disent Boece & d'autres plus anciens écrivains, on ne pourroit donner de bornes fixes à [720] l'étendue du Tétracorde: mais soit que l'on compte ou que l'on pese les voix, on trouvera que la définition la plus exacte est celle du vieux Bacchius, & c'est aussi celle que j'ai préférée.
If one were to accept the accounts of Boethius and other ancient writers, the scope of the Tetrachord would lack fixed bounds. Yet whether counting or weighing voices, the most precise definition remains that of old Bacchius—the one I have favored.
En effet, cet Intervalle de Quarte est essentiel au Tétracorde; c'est pourquoi les Sons extrêmes qui forment cet Intervalle sont appellés immuables ou fixes par les Anciens, au lieu qu'ils appelles mobiles ou changeans les Sons moyens, parce qu'ils peuvent s'accorder de plusieurs manieres.
Indeed, this fourth interval is essential to the Tetrachord. Hence the ancients called the extreme sounds forming it immutable or fixed, whereas the middle strings—adjustable in tuning—were termed mobile or variable.
Au contraire le nombre de quatre Cordes d'où le Tétracorde a pris son nom, lui est si peu essentiel, qu'on voit, dans l'ancienne Musique, des Tétracordes qui n'en avoient que trois. Tels furent, durant un tems, les Tétracordes enharmoniques. Tel étoit, selon Meibomius, le second Tétracorde du Systême ancien, avant qu'on y eût inséré une nouvelle Corde.
Contrarily, the number four from which the Tetrachord derives its name is inessential. Ancient music featured Tetrachords with only three strings, such as enharmonic tetrachords of earlier times. According to Meibomius, this was true of the second Tetrachord in the ancient system before a new string was inserted.
Quant au premier Tétracorde, il étoit certainement complet avant Pythagore, ainsi qu'on le voit dans le Pythagoricien Nicomaque; ce qui n'empêche pas M. Rameau d'affirmer que, selon le rapport unanime, Pythagore trouva le Ton, le Diton, le semi-Ton, & que du tout il forma le Tétracorde diatonique; (notez que cela seroit un Pentacorde:) au lieu de dire que Pythagore trouva seulement les raisons de ces Intervalles, lesquels, selon un rapport plus unanime, étoient connus long-tems avant lui.
As for the first Tetrachord, it was undoubtedly complete before Pythagoras, as seen in the Pythagorean Nicomachus. This does not prevent M. Rameau from asserting—against unanimous accounts—that Pythagoras "discovered the whole tone, ditone, semitone, and from these formed the diatonic Tetrachord" (note that this would constitute a pentachord), rather than stating he merely quantified intervals long known empirically.
[721] Tous ces Tétracordes étoient conjoints; c'est-à-dire, que la derniere Corde du premier servoit toujours de premiere Corde au second, & ainsi de suite, excepté seul lieu à l'aigu ou au grave du troisieme Tétracorde, où il y avoit Disjonction, laquelle(voyez ce mot) mettoit un Ton d'Intervalle entre la plus haute Corde du Tétracorde inférieur & la plus basse du Tétracorde supérieur. (Voyez SYNAPHE, DIALEUXIS.) Or, comme cette Disjonction du troisieme Tétracorde se faisoit tantôt avec le second, tantôt avec le quatrieme, cela fit approprier à ce troisieme Tétracorde
[721] All these Tetrachords were conjunct; that is, the last string of one served as the first of the next, except at the acute or grave end of the third Tetrachord, where disjunction (see DISJUNCTION) inserted a whole tone between the highest string of the lower Tetrachord and the lowest of the upper. (See SYNAPHE, DIALEUXIS.) As this disjunction occurred sometimes with the second, sometimes with the fourth tetrachord, the third acquired distinct names based on context.
Les Tétracordes ne resterent pas long-tems bornés au nombre de deux; il s'en forma bientôt un troisieme, puis un quatrieme; nombre auquel le Systême des Grecs demeura fixé.un nom particulier pour chacun de ces deux cas. De sorte que, quoiqu'il n'y eût proprement que quatre Tétracordes, il y avoit pourtant cinq dénominations. (Voyez Pl. H. Fig. 2)
The Tetrachords did not long remain confined to two in number. A third soon formed, then a fourth – the quantity at which the Greek System became fixed. Each of these two cases gave the third Tetrachord a distinct name. Thus, though there were properly only four Tetrachords, there existed five denominations. (See Pl. H. Fig. 2)
Voici les noms de ces Tétracordes. Le plus grave des quatre, &qui se trouvoit placé un Ton au- dessus de la Corde Proslambanomene, s'appelloit le Tétracorde-Hypaton, ou des principales; le second en montant, lequel étoit toujours conjoint au premier, s'appelloit le Tétracorde-Méson, ou des moyennes; le troisieme, quand il étoit conjoint au second & séparé du quatrieme, s'appelloit le Tétracorde Synnéménon, ou des Conjointes; mais quand il étoit séparé du second & conjoint au quatrieme, alors ce troisieme Tétracorde prenoit le nom de Diézeugménon, ou des Divisées. Enfin, le quatrieme s'appelloit le Tétracorde-Hyperboléon, ou des excellentes. L'Arétin ajouta à ce Systême un cinquieme Tétracorde que Meibomius prétend qu'il ne fit que rétablir. Quoi qu'il en soit, les Systêmes particuliers des Tétracordes firent enfin place à celui de l'Octave qui les fournit tous.
These are the names of these Tetrachords. The lowest of the four – positioned one whole tone above the Proslambanomene string – was called the Hypaton Tetrachord or "Principal" tetrachord; the second ascending one, always conjunct with the first, was named the Meson Tetrachord or "Middle" tetrachord; the third, when conjunct with the second and disjunct from the fourth, bore the name Synemmenon Tetrachord or "Conjunct" tetrachord. But when disjunct from the second and conjunct with the fourth, this third Tetrachord took the name Diezeugmenon or "Disjunct" tetrachord. Finally, the fourth was called the Hyperboléon Tetrachord or "Superlative" tetrachord. Guido d'Arezzo added a fifth Tetrachord to this system, which Meibomius claims he merely restored. Be that as it may, the particular systems of Tetrachords eventually gave way to the Octave system that encompasses them all.
[722] Les deux Cordes extrêmes de chacun de ces Tétracordes étoient appellées immuables, parce que leur Accord ne changeoit jamais; mais ils contenoient aussi chacun deux Cordes moyennes, qui, bien qu'accordées semblablement dans tous les Tétracordes, étoient pourtant sujettes, comme je l'ai dit, à être haussées ou baissées selon le Genre & même selon l'espece du Genre; ce qui se faisoit dans tous les Tétracordes également: c'est pour cela que ces Cordes étoient appellées mobiles.
[722] The two extreme strings of each Tetrachord were termed "immutable" because their tuning never changed. Yet each also contained two middle strings that, though identically tuned across all Tetrachords, remained subject – as I have noted – to being raised or lowered according to the Genus and even the species within the Genus. This adjustment occurred uniformly across all Tetrachords, hence these strings were called "mobile."
Il y avoit six especes principales d'Accord, selon les Aristoxéniens; savoir, deux pour le Genre Diatonique, trois pour, le Chromatique, & une seulement pour l'Enharmonique. (Voy. ces mots.) Ptolomée réduit ces six especes à cinq. (Voyez Pl. M. Fig. 5.)
According to the Aristoxenians, there existed six principal species of tuning: two for the Diatonic Genus, three for the Chromatic, and one solely for the Enharmonic. (See these entries.) Ptolemy reduces these six species to five. (See Pl. M. Fig. 5.)
Ces diverses especes, ramenées à la pratique la plus commune, n'en formoient que trois, une par Genre.
These diverse species, reduced to common practice, formed only three – one per Genus.
I. L'Accord diatonique ordinaire du Tétracorde formoit trois Intervalles, dont le premier étoit toujours d'un semi-Ton, & les deux autres d'un Ton chacun, de cette maniere: mi, fa, sol, la.
I. The ordinary Diatonic tuning of the Tetrachord created three intervals: the first always a semitone, the two others each a whole tone, arranged thus: mi, fa, sol, la.
Pour le Genre Chromatique, il faloit baisser d'un semi-Ton la troisieme Corde, & l'on avoit deux semi-Tons consécutifs, puis une Tierce mineure: mi, fa, fa Dièse, la.
For the Chromatic Genus, the third string was lowered by a semitone, producing two consecutive semitones followed by a minor third: mi, fa, fa♯, la.
Enfin pour le Genre Enharmonique, il faloit baisser les deux Cordes du milieu jusqu'à ce qu'on eût deux quarts-de-Ton consécutifs, puis une Tierce majeure: mi, mi demi-Dièse, fa, la; ce qui donnoit entre le mi Dièse & le fa un véritable Intervalle enharmonique.
Finally, for the Enharmonic Genus, both middle strings were lowered to create two consecutive quarter-tones followed by a major third: mi, mi half-sharp, fa, la – this yielding a true enharmonic interval between mi♯ and fa.
[723] Les Cordes semblables, quoiqu'elles se solfiassent par les mêmes syllabes, ne portoient pas les mêmes noms dans tous les Tétracordes, mais elles avoient dans les Tétracordes graves des dénominations différentes de celles qu'elles avoient dans les Tétracordes aigus. On trouvera toutes ces différentes des nominations dans la Fig. 2 de la Pl. H.
[723] Similar strings, though solmizated with the same syllables, bore different names across Tetrachords – grave Tetrachords using distinct denominations from acute ones. All these varied designations may be found in Fig. 2 of Pl. H.
Les Cordes homologues, considérées comme telles, portoient des noms génériques qui exprimoient le rapport de leur position dans leurs Tétracordes respectifs: ainsi l'on donnoit le nom de Barypycni aux premiers Sons de l'Intervalle serré, c'est-à-dire, au Son le plus grave de chaque Tétracorde; de Mésopycni aux seconds ou moyens, d'Oxypycni aux troisiemes ou aigus; & d' Apycni à ceux qui ne touchoient d'aucun côté aux Intervalles serrés. (Voyez Systême.)
Homologous strings, considered as such, carried generic names expressing their positional relationship within respective Tetrachords: thus Barypycni denoted the first tones of compressed intervals (i.e., the lowest tone in each Tetrachord); Mésopycni the second or middle tones; Oxypycni the third or acute tones; and Apycni those untouched by compressed intervals on either side. (See System.)
Cette division du Systême des Grecs par Tétracordes semblables, comme nous divisons le nôtre par Octaves semblablement divisées, prouve, ce me semble, que ce Systême n'avoit été produit par aucun sentiment d'Harmonie, mais qu'ils avoient tâché d'y rendre par des Intervalles plus serrés les inflexions de voix que leur langue sonore & harmonieuse donnoit àleur récitation soutenue, & sur-tout à celle de leur Poésie, qui d'abord fut un véritable Chant; de sorte que la Musique n'étoit alors que l'Accent de la parole & ne devint un Art séparé qu'après un long trait de tems. Quoi qu'il en soit, il est certain qu'ils bornoient leurs divisions primitives à quatre Cordes, dont toutes les autres n'étoient que les Répliques, & qu'ils ne regardoient tous les autres Tétracordes que comme autant de répétitions du premier.
This division of the Greek System into similar Tetrachords, as we divide ours into similarly divided Octaves, proves – it seems to me – that their System arose not from any harmonic sensibility, but from their attempt to render through narrower intervals the vocal inflections required by their sonorous and harmonious language in sustained recitation, particularly in their Poetry, which was originally a true Chant. Thus Music was then merely the accent of speech, becoming a separate art only after a long evolution. Be that as it may, it is certain they confined their primitive divisions to four Strings, with all others being mere replications, regarding subsequent Tetrachords as repetitions of the first.
[724] D'où je conclus qu'il n'y a pas plus d'analogie entre leur Systême & le nôtre qu'entre un Tétracorde & une Octave, & que la marche fondamentale à notre mode, que nous donnons pour base à leur Systême, ne s'y rapporte en aucune façon.
[724] Hence I conclude there is no more analogy between their System and ours than between a Tetrachord and an Octave, and that the fundamental progression of our Mode, which we posit as the basis of their System, bears no relation to it.
1. Parce qu'un Tétracorde formoit pour eux un tout aussi complet que le forme pour nous une Octave.
1. Because a Tetrachord formed for them a complete whole, as an Octave does for us.
2. Parce qu'ils n'avoient que quatre syllabes pour solfier, au lieu que nous en avons sept.
2. Because they had only four solmization syllables, whereas we have seven.
3. Parce que leurs Tétracordes étoient conjoints ou disjoints à volonté; ce qui marquoit leur entiere indépendance respective.
3. Because their Tetrachords could be conjunct or disjunct at will, demonstrating their complete mutual independence.
4. Enfin, parce que les divisions y étoient exactement semblables dans chaque Genre, & se pratiquoient dans le même Mode; ce qui ne pouvoit se faire dans nos idées par aucune Modulation véritablement harmonique.
4. Finally, because divisions were exactly similar in each Genre and practiced within the same Mode – impossible under our notions of truly harmonic Modulation.
TETRADIAPASON. C'est le nom Grec de la quadruple Octave, qu'on appelle aussi Vingt- neuvieme. Les Grecs ne connoissoient que le nom de cet Intervalle; car leur Systême de Musique n'y arrivoit pas. (Voyez SYSTEME.)
TETRADIAPASON. The Greek name for the quadruple Octave, also called a Twenty-ninth. The Greeks knew only the name of this Interval, for their musical System did not reach it. (See SYSTEM.)
TETRATONON. C'est le nom Grec d'un Intervalle de quatre Tons, qu'on appelle aujourd'hui Quinte-superflue. (Voyez QUINTE.)
TETRATONON. The Greek name for a four-Tone Interval, now called an augmented fifth. (See FIFTH.)
TEXTE. C'est le Poeme, ou ce sont les paroles qu'on met en Musique. Mais ce mot est vieilli dans ce sens, & l'on ne dit plus le Texte chez les Musiciens; on paroles. (Voyez PAROLES.)
TEXTE. The poem or libretto set to Music. But this term is archaic in this sense; musicians no longer say "the Texte," but rather "the paroles." (See PAROLES [libretto].)
THE. L'une des quatre syllabes dont les Grecs se servoient pour solfier. (Voyez SOLFIER.)
THE. One of the four syllables Greeks used for solmization. (See SOLMIZATION.)
[725] THESIS, s. f. Abaissement ou position. C'est ainsi qu'on appelloit autrefois le Tems fort ou le frappé de la Mesure.
[725] THESIS, s.f. Lowering or placement. This was the former term for the strong beat or downbeat of the measure.
THO. L'une des quatre syllabes dont les Grecs se servoient pour solfier. (Voyez SOLFIER.)
THO. One of the four syllables Greeks used for solmization. (See SOLMIZATION.)
TIERCE. La derniere des Consonnances simples & directes dans l'ordre de leur génération, & la premiere des deux Consonnances imparfaites.
TIERCE [Third]. The last of the simple, direct consonances in their order of generation, and the first of the two imperfect consonances.
(Voyez CONSONNANCE.) Comme les Grecs ne l'admettoient pas pour Consonnante, elle n'avoir point, parmi eux, de nom générique; mais elle prenoit seulement le nom de l'Intervalle plus ou moins grand, dont elle étoit formée. Nous l'appellons Tierce parce que son Intervalle est toujours composé de deux Degrés ou de trois Sons diatoniques. A ne considérer les Tierces que dans ce dernier sens, c'est-à-dire, par leurs Degrés, on en trouvé de quatre sortes; deux Consonnantes & deux Dissonantes.
(See CONSONANCE.) As the Greeks did not admit it as consonant, it had no generic name among them, taking only the name of the larger or smaller Interval forming it. We call it Tierce [Third] because its Interval always comprises two degrees or three diatonic tones. Considering Tierces solely in the latter sense – that is, by their degrees – we find four types: two consonant and two dissonant.
Les Consonnantes sont: 1º. La Tierce majeure que les Grecs appelloient Diton, composée de deux Tons, comme d'ut à mi. Son rapport est de 4 à 5. 2°. La Tierce mineure appellée par les Grecs Hémiditon, & composée d'un Ton & demi, comme mi sol. Son rapport est de 5 à 6.
The consonant ones are: 1º. The major Third, called Diton [Ditone] by the Greeks, comprising two whole Tones (e.g., C to E). Its ratio is 4:5. 2º. The minor Third, called Hemiditon [Hemiditone] by the Greeks, comprising a Tone and a half (e.g., E to G). Its ratio is 5:6.
Les Tierces dissonantes sont: 1º. La Tierce diminuée, composée de deux semi-Tons majeurs, comme si re Bémol, dont le rapport est de 125 à 144. 2.°. La Tierce superflue, composée de deux Tons & demi, comme fa la Dièse son rapport est 96 à 125.
The dissonant Thirds are: 1º. The diminished Third, comprising two major semitones (e.g., B to D-flat), ratio 125:144. 2º. The augmented Third, comprising two and a half Tones (e.g., F to A-sharp), ratio 96:125.
Ce dernier Intervalle ne pouvant avoir lieu dans un même Mode ne s'emploie jamais, ni dans l'Harmonie, ni dans [726] la Mélodie. Les Italiens pratiquent quelquefois, dans le Chant, la Tiercediminuée, mais elle n'a lieu dans aucune Harmonie, & voilà pourquoi l'Accord de Sixte superflue ne se renverse pas.
This latter interval, being impossible within a single mode, is never used—neither in harmony nor in [726] melody. The Italians occasionally employ the diminished third in vocal lines, but it finds no place in harmonic structures, which explains why the augmented sixth chord cannot be inverted.
Les Tierces consonnantes sont Partie de l'Harmonie, surtout la Tierce majeure, qui est sonore & brillante: la Tierce mineure est plus tendre & plus trille; elle a beaucoup de douceur quand l'Intervalle en est redoublé; c'est-à-dire, qu'elle fait la Dixieme. En général les Tierces veulent être portées dans le haut; dans le bas elles sont sourdes & peu harmonieuses: c'est pourquoi jamais Duo de Basses n'a fait un bon effet.
Consonant thirds form integral parts of harmony, particularly the major third, which is sonorous and brilliant. The minor third carries greater tenderness and vibrato; it acquires added sweetness when doubled—that is, when forming a tenth. Generally, thirds should lie in the upper registers; in lower ranges they grow muffled and dissonant. Hence, no Bass Duet has ever achieved pleasing effect.
Nos anciens Musiciens avoient, sur les Tierces, des loix presqu'aussi séveres que sur les Quintes. Il étoit défendu d'en faire deux de suite, même d'especes différentes, sur-tout par mouvemens semblables. Aujourd'hui qu'on a généralisé par les bonnes Loix du Mode les regles particulieres des Accords, on sait sans faute, par mouvemens semblables ou contraires, par Degrés conjoints ou disjoints, autant de Tierces majeures ou mineures consécutives que la Modulation en peut comporter, & l'on a des Duo fort agréables qui, du commencement à la fin, ne procedent que par Tierces.
Our early musicians imposed nearly as strict rules on thirds as on fifths. Consecutive thirds—even of differing qualities—were forbidden, especially in similar motion. Now that modal principles have generalized the particular laws of chords, we proceed without error through similar or contrary motion, stepwise or leaping, allowing as many consecutive major or minor thirds as modulation permits. Thus, we have charming Duos that proceed entirely by thirds from start to finish.
Quoique la Tierce entre dans la plupart des Accords, elle ne donne son nom à aucun, si ce n'est à celui que quelques-uns appellent Accord de Tierce-Quarte, & que nous connoissons plus communément sous le nom de Petite-Sixte. (Voyez ACCORD, SIXTE.)
Though the third participates in most chords, it lends its name to none—save the so-called third-fourth chord, which we more commonly recognize as the minor sixth. (See ACCORD, SIXTE.)
[727] TIERCE de Picardie. Les Musiciens appellent ainsi, par plaisanterie la Tierce majeure donnée, au lieu de la mineure, à la finale d'un morceau composé en Mode mineur. Comme l'Accord parfait majeur est plus harmonieux que le mineur, on se faisoit autrefois une loi de toujours sur ce premier; mais cette finale, bien qu'harmonieuse avoit quelque chose de mais & de mal-chantant qui l'a fait abandonner. On finit toujours aujourd'hui par l'Accord qui convient au Mode de la Piece, si ce n'est lorsqu'on veut passer du mineur au majeur: car alors la finale du premier Mode porte élégamment la Tierce majeure pour annoncer le second.
[727] PICARDY THIRD. Musicians jocularly apply this term to the substitution of a major third for the minor at the final cadence of a piece composed in a minor mode. Since the major triad is more harmonious than the minor, it was once obligatory to conclude with it. Yet this cadence, though harmonious, bore a clumsy and ill-sung quality that led to its abandonment. Today, we end with the triad proper to the piece’s mode—unless transitioning from minor to major, where the minor mode’s final may elegantly adopt the major third to herald the new key.
Tierce de Picardie; parce due l'usage de cette finale est reste plus long-tems dans la Musique d'Eglise, &, par conséquent en Picardie, où il y a Musique dans un grand nombre de Cathédrales, & d'autres Eglises.
It is called the Picardy Third because this cadential practice lingered longest in church music—and thus in Picardy, where numerous cathedrals and churches maintained active musical traditions.
TIRADE, s. f. Lorsque deux Notes sont séparées par un Intervalle disjoint, & qu'on remplit cet Intervalle de toutes ses Notes diatoniques, cela s'appelle une Tirade. La Tirade différé de la Fusée, en ce que les Sons intermédiaires qui lient les deux extrémités de la Fusée sont très-rapides, & ne sont pas sensibles dans la Mesure, au lieu que ceux de la Tirade, ayant une valeur sensible, peuvent être lents & même inégaux.
TIRADE, n. When two disjunct notes are connected by filling their interval with all intervening diatonic pitches, this constitutes a run. The tirade differs from the fusée in that the intermediate notes linking its extremities—though rapid—retain perceptible rhythmic value within the measure, whereas those of the fusée are fleeting and metrically indistinct.
Les anciens nommoient en Grec , & en latin ductus, ce que nous appellons aujourd'hui Tirade; & ils en distinguoient de trois sortes. 1º. Si les Sons se suivoient en montant, ils appelloient cela , ductus rectus. 2º. Si les suivoient en descendant, c'étoit , ductu revertens. 3º. Que si après avoir monté par Bémol, ils redescendoient par Béquarre, ou réciproquement, cela s'appelloit , ductus circumcurrens. (Voyez EUTHIA, ANACAMPTOS, PERIPHERES.)
The ancients termed this device ductus in Greek and Latin, distinguishing three types: 1º. Ascending stepwise motion (ductus rectus). 2º. Descending stepwise motion (ductus revertens). 3º. Motion ascending via flats and descending via naturals, or vice versa (ductus circumcurrens). (See EUTHIA, ANACAMPTOS, PERIPHERES.)
On auroit beaucoup à faire aujourd'hui que la Musique est si travaillée, si l'on vouloit donner des noms à tous tes différens passages.
In our age of intricate musical elaboration, naming all such passages would prove an endless task.
TON. Ce mot a plusieurs sens en Musique.
TONE. This term bears multiple meanings in music.
1º. Il se prend d'abord pour un Intervalle qui caractérise le Systême & le Genre Diatonique. Dans cette acception il y a deux sortes de Tons; savoir, le Ton majeur, dont le rapport est de 8 à 9,& qui résulte de la différence de la Quarte à la Quinte; & le Ton mineur, dont le rapport est de 9 à 10, & qui résulte de la différence de la Tierce mineure à la Quarte.
1º. First, it is understood as an Interval characterizing the System and Diatonic Genus. In this sense, there are two types of Tones: the Major Tone, whose ratio is 8 to 9, resulting from the difference between the Fourth and the Fifth; and the Minor Tone, whose ratio is 9 to 10, resulting from the difference between the minor Third and the Fourth.
La génération du Ton majeur & celle du Ton mineur se trouvent également à la deuxieme Quinte re commençant par ut: car la quantité dont ce re surpasse l'Octave du premier ut est justement dans le rapport de 8 à 9, & celle dont ce même re est surpassé par mi, Tierce majeure de cette Octave, est dans le rapport de 9 à 10.
The generation of the Major Tone and that of the Minor Tone both occur at the second Fifth starting from ut: for the amount by which this re exceeds the Octave of the initial ut is precisely in the ratio of 8 to 9, while the amount by which this same re is surpassed by mi, the major Third of this Octave, lies in the ratio of 9 to 10.
2º. On appelle Ton le degré d'élévation que prennent les Voix ou sur lequel sont montés les Instrumens, pour exécuter la Musique. C'est en ce sens qu'on dit, dans un Concert, que le Ton est trop haut ou trop bas. Dans les Eglises il y a le Ton du Choeur pour le Plain-Chant. Il y a pour la Musique, Ton de Chapelle & Ton d'Opéra. Ce dernier [729] n'a rien de fixe; mais en France il est ordinairement plus bas que l'autre.
2º. The term Tone denotes the pitch level adopted by voices or instruments for musical performance. It is in this sense that one remarks in a concert whether the Tone is too high or too low. In churches, there exists the Choir Tone for Plainchant. For composed music, there are Chapel Tone and Opera Tone. The latter [729] has no fixed standard; but in France, it is generally lower than the former.
3º. On donne encore le même nom à un Instrument qui sert à donner le Ton de l'Accord à tout un Orchestre. Cet Instrument, que quelques-uns appellent aussi Choriste, est un sifflet, qui, au moyen d'une espece de piston gradué, par lequel on alonge ou raccourcit le tuyau à volonté, donne toujours à-peu-près le même Son sous la même division. Mais cet à-peu-près, qui dépend sous variations de l'air, empêche qu'on ne puisse s'assurer d'un Son fixe qui soit toujours exactement le même. Peut-être, depuis qu'il existe de la Musique, n'a-t-on jamais concerté deux fois sur le même Ton. M. Diderot a donne, dans sus principes d'Acoustique, les moyens de fixer le Ton avec beaucoup plus de précision, en remédiant aux effets des variations de l'air.
3º. The same name is given to an instrument used to set the Tone of the chord for an entire orchestra. This instrument, which some also call a Chorister, is a whistle that—via a graduated piston mechanism allowing the pipe's length to be adjusted at will—produces approximately the same pitch under the same division. However, this approximation, subject to atmospheric variations, prevents assurance of a fixed pitch that remains precisely consistent. Perhaps since music's inception, no two ensembles have ever performed on exactly the same Tone. Mr. Diderot proposed methods in his acoustic principles for fixing the Tone with far greater precision by counteracting air's variable effects.
4º. Enfin, Ton se prend pour une regle de Modulation relative à une Note ou Corde principale qu'on appelle Tonique. (Voyez TONIQUE.)
4º. Finally, Tone refers to a rule of Modulation relative to a principal note or string called the tonic. (See TONIC.)
Sur les Tons des anciens, voyez MODE.
Regarding the Tones of antiquity, see MODE.
Comme notre Systême moderne est composé de douze Cordes ou Son différens, chacun de ces Sons peut servir de fondement à un Ton, c'est-à-dire, en être la Tonique. Ce sont déjà douze Tons; & comme le Mode majeur & le Mode mineur sont applicables à chaque Ton, ce sont vingt-quatre Modulations dont notre Musique est susceptible sur ces douze Tons. (VOYEZ MODULATION.)
As our modern System comprises twelve distinct strings or pitches, each of these may serve as the foundation for a Tone—that is, as its tonic. This already yields twelve Tones; and since both major mode and minor mode apply to each Tone, our music admits twenty-four modulations across these twelve Tones. (SEE MODULATION.)
Ces Tons différent entr'eux par les divers degrés d'élévation [730] entre le grave & l'aigu qu'occupent les Toniques. Ils différent encore par les diverses altérations des Sons & des Intervalles, produites en chaque Ton par le Tempérament; de sorte que, sur un Clavecin bien d'accord, une oreille exercée reconnoît sans peine un Ton quelconque dont on lui fait entendre la Modulation; & ces Tons se reconnoissent également sur des Clavecins accordés plus haut ou plus bas les uns que les autres: ce qui montre que, cette connoissance vient du moins autant des diverses modifications que chaque Ton reçoit de l'Accord total, que du degré d'élévation que la Tonique occupe dans le Clavier.
These Tones differ among themselves both by the varying degrees of elevation [730] between low and high registers occupied by their tonics, and by the diverse alterations of pitches and intervals produced in each Tone through Temperament. Thus, on a well-tuned harpsichord, a trained ear readily recognizes any Tone whose modulation is played; and these Tones remain equally discernible across harpsichords tuned higher or lower relative to one another—demonstrating that this recognition arises at least as much from the distinct modifications each Tone receives from the overall tuning as from the tonic's position on the keyboard.
De-là naît une source de variétés & de beautés dans la Modulation. De-là naît une diversité & une énergie admirable dans l'expression. De-là naît enfin la faculté d'exciter des sentimens différens avec des Accords semblables frappés, en différens Tons. Faut-il du majestueux, du grave? L'F ut sa, & les Tons majeurs par Bémol l'exprimeront noblement.. Faut-il du gai, du brillant? Prenez A mi la, D la re, les Tons majeurs par Dièse. Faut-il du touchant, du rendre? Prenez les Tons mineurs par Bémol. C sol ut mineur porte la tendresse dans l'ame; F ut fa mineur va jusqu'au lugubre & à la douleur. En un mot, chaque Ton, chaque Mode, a son expressionpropre qu'il faut savoir connoître, & c'est là un des moyens qui rendent un habile Compositeur maître, en quelque maniere, des affections de ceux qui l'écoutent: c'est une espece d'équivalent aux Modes anciens, quoique, fort éloigné de leur variété & de leur énergie.
Hence arises a source of variety and beauty in Modulation. Hence arises an admirable diversity and energy in expression. Hence finally emerges the capacity to evoke distinct sentiments through similar chords struck in different Tones. Should one seek majesty and gravity? F ut fa and Major Keys with flats will express it nobly. Should one seek gaiety and brilliance? Take A mi la, D la re, the Major Keys with sharps. Should one seek tenderness and pathos? Take the Minor Keys with flats. C sol ut minor instills tenderness in the soul; F ut fa minor reaches into mournfulness and sorrow. In short, each Tone, each Mode, possesses its own expression—a knowledge essential for the skilled Composer to master, in some manner, the affections of listeners. This serves as a kind of substitute for the ancient Modes, though still far removed from their variety and vigor.
C'est pourtant de cette agréable & riche diversité que M. [731] Rameau voudroit priver la Musique, en ramenant une égalité & une monotonie entiere dans l'Harmonie de chaque Mode, par sa regle du Tempérament; regle déjà si souvent proposée & abandonnée avant lui. Selon cet Auteur, toute l'Harmonie en seroit plus parfaite. Il est certain, cependant, qu'on ne peut rien gagner en ceci d'un côté, qu'on ne perde autant de l'autre; & quand on supposeroit (ce qui n'est pas) que l'Harmonie en général en seroit plus pure; cela dédommageroit-il de ce qu'on y perdroit du côté de l'expression? (Voyez TEMPERAMENT.)
Yet it is precisely this pleasing and rich diversity that M. [731] Rameau sought to strip from Music through his rule of Temperament—a rule often proposed and abandoned before him—which would impose uniformity and monotony upon the Harmony of each Mode. According to this Author, Harmony itself would thereby attain greater perfection. Yet it is certain that any gain in one aspect must entail equal loss in another; and even if we suppose (which is not the case) that Harmony in general might become purer, would this compensate for what is sacrificed in expression? (See TEMPERAMENT.)
TON DU QUART. C'est ainsi que les Organistes & Musiciens d'Eglise ont appellé le Plagal du Mode mineur qui s'arrête & finit sur la Dominante au lieu de tomber sur la Tonique. Ce nom de Ton du Quart lui vient de ce que telle est spécialement la Modulation du quatrieme Ton dans le Plain-Chant.
QUART TONE. Thus do Church Organists and Musicians name the Plagal of the minor Mode that halts and concludes upon the Dominant rather than resolving to the Tonic. This term derives from the specific Modulation of the fourth Tone in Plainchant.
TONS DE L'EGLISE. Ce sont des manieres de Moduler le Plain-Chant sur telle ou telle finale prise dans le nombre prescrit, en suivant certaines regles admises dans toutes les Eglises où l'on pratique le Chant Grégorien.
CHURCH TONES. These are methods of modulating Plainchant upon designated finals, adhering to rules observed in all Churches practicing Gregorian Chant.
On compte huit Tons réguliers, dont quatre authentiques ou principaux, & quatre Plagaux ou Collatéraux. On appelle Tons authentiques ceux où la Tonique occupe à-peu près le plus bas Degré du Chant; mais si le Chant descend jusqu'à trois Degrés plus bas que la Tonique, alors le Ton est Plagal.
Eight Regular Tones are recognized: four Authentic or principal, and four Plagal or Collateral. Authentic Tones are those where the Tonic occupies approximately the lowest Degree of the Chant; but if the Chant descends three Degrees below the Tonic, the Tone is Plagal.
Les quatre Tons authentiques ont leurs finales à un Degré l'une de l'autre selon l'ordre de ces quatre Notes, re mi sa [732] sol. Ainsi le premier de ces Tons répondant au Mode Dorien des Grecs, le second répond au Phrygien, le troisieme à l'éolien (& non pas au Lydien, comme disent les Symphoniastes), & le dernier au Mixo-Lydien. C'est Saint Miroclet Evêque de Milan, ou, selon d'autres, Saint Ambroise, qui vers l'an 370, choisit ces quatre Tons pour en composer le Chant de l'Eglise de Milan; & c'est, à ce qu'on dit, le choix & l'approbation de ces deux Evêques, qui ont fait donner à ces quatre Tons le nom d'Authentiques.
The four Authentic Tones have their finals ascending stepwise according to these four Notes: re mi fa [732] sol. Thus, the first of these Tones corresponds to the Dorian Mode of the Greeks, the second to the Phrygian, the third to the Aeolian (not the Lydian, as Symphony theorists claim), and the last to the Mixolydian. Saint Miroclet, Bishop of Milan—or, according to others, Saint Ambrose—selected these four Tones around the year 370 for the Chant of Milan’s Church; and it is said that the choice and approval of these two Bishops earned these four Tones the name "Authentic."
Comme les Sons, employés dans ces quatre Tons, n'occupoient pas tout le Disdiapason ou les quinze Cordes de l'ancien Systême, Saint Grégoire forma le projet de les employer tous par l'addition de quatre nouveaux Tons qu'on appelle Plagaux, lesquels ayant les mêmes Diapasons que les précédens, mais leur finale plus élevée d'une Quarte, reviennent proprement, à l'Hyper- Dorien, à l'Hyper-Phrygien, à l'Hyper-éolien, & à l'Hyper-Mixo-Lydien. D'autres attribuent à Guy d'Arezzo l'invention de ce dernier.
As the Sounds employed in these four Tones did not occupy the full Disdiapason or fifteen Strings of the ancient System, Saint Gregory proposed to utilize them all by adding four new Tones called Plagal. These, sharing the same Diapasons as their predecessors but with their final raised a Fourth, correspond precisely to the Hyper-Dorian, Hyper-Phrygian, Hyper-Aeolian, and Hyper-Mixolydian. Others attribute the invention of the latter to Guido d’Arezzo.
C'est de-là que les quatre Tons Authentiques ont chacun un Plagal pour collatéral ou supplément; de sorte qu'après le premier Ton, qui est authentique, vient le second Ton, qui est son Plagal; le troisieme Authentique, le quatrieme Plagal, & ainsi de suite. Ce qui fait que les Modes ou Tons Authentiques s'appellent aussi impairs, & les Plagaux pairs, eu égard à leur place dans l'ordre des Tons.
Hence each of the four Authentic Tones has a Plagal as its Collateral or supplement: after the first Tone (Authentic) comes the second (Plagal), the third (Authentic), the fourth (Plagal), and so on. This ordering leads Authentic Modes or Tones to be called "odd," and Plagals "even," in reference to their position within the sequence of Tones.
Le discernement des Tons Authentiques ou Plagaux est indispensable à celui qui donne le Ton du Choeur; car si le Chant est dans un Ton Plagal, il doit prendre la finale à-peu-prés [733] dans le Medium de la Voix; & si le Ton est Authentique, il doit la prendre dans le bas. Faute decette observation, on exposé les voix se forcer ou à n'être pas entendues.
The discernment between Authentic or Plagal Tones is indispensable for the one who pitches the choir's key; for if the chant is in a Plagal Tone, the final should be taken approximately [733] in the middle range of the voice; whereas if the Tone is Authentic, it must be taken in the lower register. Failing this observation, voices risk straining or becoming inaudible.
Il y a encore des Tons qu'on appelle Mixtes; c'est-a-dire, mêlés de l'Authente & du Plagal, ou qui sont en partie principaux & en partie collatéraux; on les appelle aussi Tons ou Modes communs. En ces cas, le nom numéral ou la dénomination du Ton se prend de celui des deux qui domine, ou qui se fait sentir le plus, sur-tout à la fin de la Piece.
There also exist so-called Mixed Tones – that is, blending elements of Authentic and Plagal, or being partly principal and partly collateral; these are also called Common Tones or Modes. In such cases, the numerical name or designation of the Tone derives from whichever of the two predominates, particularly at the piece's conclusion.
Quelquefois on fait dans un Ton des transpositions à la Quinte: ainsi au lieu de re dans le premier Ton, l'on aura la pour finale, si pour mi, ut pour fa; & ainsi de suite. Mais si l'ordre & la Modulation ne changent pas, le Ton ne change pas non plus, quoique pour la commodité des Voix la finale soit transposée. Ce sont des observations à faire pour le Chantre ou l'Organiste qui donne l'Intonation.
Occasionally transpositions at the Fifth occur within a Tone: thus, instead of D in the first Tone, one might have A as final; E becomes C, F becomes D, and so forth. Yet if the order and Modulation remain unchanged, the Tone itself remains unaltered, even when transposing the final for vocal convenience. These are crucial considerations for the Cantor or organist establishing the Intonation.
Pour approprier, autant qu'il est possible, l'étendue de tous ces Tons à celle d'une seule Voix, les Organistes ont cherché les Tons de la Musique les plus correspondans à ceux-là. Voici ceux qu'ils ont établis.
To adapt the range of all these Tones as much as possible to a single voice's compass, organists have sought the Musical Tones most corresponding to them. Below are those they established:
Premier Ton..... Re mineur.
First Tone..... D minor.
Second Ton..... Sol mineur.
Second Tone..... G minor.
Troisieme Ton.... La mineur ou Sol.
Third Tone.... A minor or G.
Quatrieme Ton.... La mineurm finissant sur la Dominante.
Fourth Tone.... A minor ending on the Dominant.
Cinquieme Ton.... Ut majeur ou Re.
Fifth Tone.... C major or D.
[734] Sixieme Ton..... Fa majeur.
[734] Sixth Tone..... F major.
Septieme Ton..... Re majeur.
Seventh Tone..... D major.
Huitieme Ton..... Sol majeur, en faisant sentir le Ton d'Ut.
Eighth Tone..... G major, while emphasizing the C Tone.
On auroit pu réduire ces huit Tons encore à une moindre étendue en mettant à l'Unisson la plus haute Note de chaque Ton, ou, si l'on veut, celle qu'on rebat le plus, & qui s'appelle, en terme de Plain-Chant, Dominante: mais comme on n'a pas trouvé que l'étendue de tous ces Tons ainsi réglés excédât celle de la voix humaine, on n'a pas jugé à propos de diminuer encore cette étendue par des Transpositions plus difficiles & moins harmonieuses que celles qui sont en usage.
These eight Tones could have been further reduced in compass by unifying the highest note of each Tone – or rather, the most reiterated note called the Dominant in Plainchant terminology. Yet since the total range thus regulated does not exceed human vocal capacity, it was deemed unnecessary to further compress it through more arduous and less harmonious transpositions than those in current practice.
Au reste, les Tons de l'Eglise ne sont point asservis aux loix des Tons de la Musique; il n'y est point question de Médiante ni de Note sensible, le Mode y est peu déterminé, & on y laissé les semi-Tons où ils sé trouvent dans l'ordre naturel de l'Echelle; pourvu seulement qu'ils ne produisent ni Triton ni Fausse-Quinte sur la Tonique.
Moreover, Church Tones are not bound by the laws of Musical Tones; they concern neither Mediant nor leading tone, their Mode remains loosely defined, and semitones are left in their natural scalar order – provided they produce neither Tritone nor false fifth against the Tonic.
TONIQUE, s. f. Nom de la Corde principale sur laquelle le Ton est établi. Tous les Airs finissent communément par cette Note, sur-tout à la Basse. C'est l'espece de Tierce que porte la Tonique, qui détermine le Mode. Ainsi l'on peut composer dans les deux Modes sur la même Tonique. Enfin, les Musiciens reconnoissent cette propriété dans la Tonique, que l'Accord parfait n'appartient rigoureusement qu'à elle seule. Lorsqu'on frappe cet Accord sur une autre Note, ou [735] quelque Dissonance est sous-entendue, ou cette Note devient Tonique pour le moment.
TONIC, s.f. Name of the principal note upon which the Tone is established. All melodies conventionally conclude with this note, particularly in the bass. The species of third borne by the Tonic determines the Mode. Thus, one may compose in both Modes upon the same Tonic. Finally, musicians recognize this exclusive property of the Tonic: that the perfect chord strictly belongs to it alone. When this chord is struck upon another note, either [735] some Dissonance is implied, or that note momentarily becomes Tonic.
Par la méthode des Transpositions, la Tonique porte le nom d'ut en Mode majeur, & de la en Mode mineur. (V. TON, MODE, GAMME, SOLFIER, TRANSPOSITION, CLEFS, TRANSPOSÉES.)
Through transposition methods, the Tonic bears the name Ut in major Mode and La in minor Mode. (See TONE, MODE, GAMUT, SOLFÈGE, TRANSPOSITION, TRANSPOSED CLEFS.)
Tonique est aussi le nom donne par Aristoxène à l'une des trois especes de Genre Chromatique dont il explique les divisions, & qui est le Chromatique ordinaire des Grecs, procédant par deux semi-Tons consécutifs, puis une Tierce mineure. (Voyez GENRES.)
Tonique is also the name given by Aristoxenus to one of the three species of the Chromatic Genus whose divisions he explains, being the ordinary Chromatic of the Greeks, proceeding by two consecutive semitones followed by a minor third. (See GENRES.)
Tonique est quelquefois adjectif. On dit Corde tonique, Note tonique, Accord tonique, Echo tonique, &c.
Tonique is sometimes used adjectivally. One speaks of tonic string, tonic note, tonic chord, tonic echo, etc.
TOUS & en Italien TUTTI. Ce mot s'écrit souvent dans les parties de Symphonie d'un Concerto, après cet autre mot Seul ou Solo, qui marque un Récit. Le mot Tous indique le lieu où finit ce Récit, & où reprend tout l'Orchestre.
TOUS (in Italian TUTTI). This word is often written in orchestral parts of a Concerto after the word Seul or Solo, which marks a solo passage. The word Tous indicates where this solo ends and the full orchestra resumes.
TRAIT. Terme de Plain-Chant, marquant la Psalmodie d'un Pseaume ou de quelques versets de Pseaume, traînée ou alongée sur un Air lugubre qu'on substitue en quelques occasions aux Chants joyeux de l'Alleluya & des Proses. Le Chant des Traits doit être composé dans le second ou dans le huitieme Ton; les autres n'y sont pas propres.
TRAIT. A Plainchant term denoting the psalmody of a Psalm or certain psalm verses, drawn out in a mournful air substituted on occasion for the joyful chants of the Alleluia and Proses. The chant of Traits must be composed in the second or eighth Mode; others are unsuited to it.
TRAIT, tractus, est aussi le nom d'une ancienne figure de Note appellée autrement Plique. (Voyez PLIQUE.)
TRAIT (tractus) is also the name of an ancient note figure otherwise called Plique. (See PLIQUE.)
RANSITION, s. f. C'est, dans le Chant, une maniere d'adoucir le saut d'un Intervalle disjoint en inférant des Sons diatoniques entre ceux qui forment cet Intervalle.
TRANSITION, n. f. In melody, a means of softening the leap of a disjunct interval by interpolating diatonic steps between the notes forming this interval.
[736] La Transition est proprement une Tirade non notée; quelquefois aussi elle n'est qu'un Port-de-Voix, quand il s'agit seulement de rendre plus doux le passage d'un Degré diatonique. Ainsi, pour passer de l'ut au re avec plus de douceur, la Transition se prend sur l'ut.
[736] The Transition is properly an unwritten run; sometimes it is merely a port-de-voix when smoothing the passage between diatonic degrees. Thus, to move from C to D more gently, the Transition begins on C.
Transition, dans l'Harmonie, est une marche fondamentale propre à changer de Genre ou de Ton d'une maniere sensible, réguliere, & quelquefois par des intermédiaires. Ainsi, dans le Genre Diatonique, quand la Basse marche de maniere à exiger, dans les Parties, le passage d'un semi-Ton mineur, c'est une Transition chromatique. (Voyez CHROMATIQUE.) Que si l'on passe d'un Ton dans un autre la faveur d'un Accord de Septieme diminuée, c'est une Transition enharmonique. (Voyez ENHARMONIQUE.)
In harmony, Transition is a fundamental progression enabling a perceptible, regular shift between Genres or Keys, sometimes via intermediaries. Thus, in the Diatonic Genus, when the bass moves in such a way as to require chromatic semitone steps in the parts, this constitutes a chromatic transition. (See CHROMATIC.) If passing from one Key to another through a diminished seventh chord, this becomes an enharmonic transition. (See ENHARMONIC.)
TRANSLATION. C'est, dans nos vieilles Musiques, le transport de la signification d'un Point à une Note séparée par d'autres Notes de ce même Point. (Voyez POINT.)
TRANSLATION. In early music practice, this denotes the transfer of a dot's significance to a note separated by intervening notes from said dot. (See DOT.)
TRANSPOSER, v. a. & n. Ce mot a plusieurs sens en Musique.
TRANSPOSE, v. a. & n. This word holds multiple meanings in music.
On Transpose en exécutant, lorsqu'on transpose une Piece de Musique dans un autre Ton que celui où elle est écrite. (Voyez TRANSPOSITION.)
One transposes in performance when rendering a piece in a different key than written. (See TRANSPOSITION.)
On Transpose en écrivant, lorsqu'on Note une Piece de Musique dans un autre Ton que celui. où elle a été composée. Ce qui oblige non-seulement à changer la position de toutes les Notes dans le même rapport, mais encore à armer la Clef différemment selon les regles prescrites à l'article Clef transposée.
One transposes in notation when writing a piece in a different key than originally composed. This requires not only shifting all notes proportionally but also altering the key signature according to rules outlined under transposed clef.
[737] Enfin l'on Transpose en solfiant lorsque, sans avoir égard au nom naturel des Notes, on leur en donne de relatifs au Ton, au Mode dans lequel on chante. (Voyez SOLFIER.)
[737] Finally, one transposes in solfège by assigning relative note names according to the key and mode being sung, disregarding their fixed designations. (See SOLFÈGE.)
TRANSPOSITION. Changement par lequel on transporte un Air ou une Piece de Musique d'un Ton à un autre.
TRANSPOSITION. The process of transferring a melody or musical piece from one key to another.
Comme il n'y a que deux Modes dans notre Musique, Composer en tel ou tel Ton, n'est autre chose que fixer sur telle ou telle Tonique, celui de ces deux Modes qu'on a choisi. Mais comme l'ordre des Sons ne se trouvé pas naturellement disposé sur toutes les Toniques, comme il devroit l'être pour y pouvoir établir un même Mode, on corrige ces différences par le moyen des Dièses ou des Bémols dont on arme la Clef, & qui transporte les deux semi-Tons de la placeoù ils étoient, à celle où ils doivent être pour le Mode & le Ton dont il s'agit. (Voyez CLEF TRANSPOSÉE.)
Since there are only two Modes in our Music, composing in one Tonality or another amounts to fixing upon a chosen Tonic within either of these two Modes. However, as the natural ordering of tones does not align identically across all Tonics for a given Mode, we rectify these discrepancies through sharps or flats added to the Clef. These adjustments relocate the semitones from their natural positions to those required by the selected Mode and Tonality. (See TRANSPOSED CLEF.)
Quand on veut donc transposer dans un Ton un Air composé dans un autre, il s'agit premiérement d'en élever ou abaisser la Tonique & toutes les Notes d'un ou de plusieurs Degrés, selon le Ton que l'on a choisi, puis d'armer la Clef comme l'exige l'analogie de ce nouveau Ton. Tout cela est égal pour les Voix: car en appellant toujours ut la Tonique du Mode majeur & la celle du Mode mineur, elles suivent toutes les affections du Mode, sans même y songer. (Voyez SOLFIER.) Mais ce n'est pas pour un Symphoniste une attention légere de jouer dans un Ton ce qui est noté dans un autre; car, quoiqu'il se guide par les Notes qu'il a sous les yeux, il faut que ses doigts en sonnent [738] de toutes différentes, & qu'il les altere tout différemment selon la différente maniere dont la Clef doit être armée pour le Ton noté, & pour le Ton transposé; de sorte que souvent il doit faire des Dièses où il voit des Bémols, & vice versâ, &c.
When transposing a piece into a new Tonality, one must first raise or lower the Tonic and all notes by the necessary intervals, then adjust the Clef's accidentals according to the new Tonality's requirements. This poses no difficulty for vocalists: by naming the Tonic ut in major Mode and la in minor, singers intuitively follow the Mode's inflections. (See SOLFÈGE.) But for instrumentalists, executing a transposed score demands acute attention. Though guided by the written notes, their fingers must produce entirely different pitches [738], altering accidentals according to both the original and transposed Clefs — often requiring sharps where flats appear, and vice versa.
C'est, ce me semble, un grand avantage du Systême de l'Auteur de ce Dictionnaire de rendre la Musique notée également propre à tous les Tons en changeant une seule lettre. Cela fait qu'en quelque Ton qu'on transpose, les Instrumens qui exécutent, n'ont d'autre difficulté que celle de jouer la Note, sans avoir jamais l'embarras de la Transposition. (Voyez NOTES.)
The system proposed by this Dictionary's Author offers a notable advantage here: by altering a single letter, notation becomes equally adaptable to all Tonalities. Thus, transposition imposes no greater difficulty than playing the notes themselves, freed from the labor of Transposition. (See NOTES.)
TRAVAILLER, v. n. On dit qu'une Partie travaille quand elle fait beaucoup de Notes & de Diminutions, tandis que d'autres Parties sont des Tenues & marchent plus posément.
TRAVAILLER (TO WORK), v.n. A part is said to "work" when executing elaborate figurations and diminutions while other voices sustain notes or proceed more deliberately.
TREIZIEME. Intervalle qui forme l'Octave de la Sixte ou la Sixte de l'Octave. Cet Intervalle s'appelle Treizieme, parce qu'il est formé de douze Degrés diatoniques, c'est-à-dire de treize Sons.
THIRTEENTH. An interval spanning an octave plus a sixth, comprising twelve diatonic degrees (thirteen sounds).
TREMBLEMENT, s. m. Agrément du Chant que les Italiens appellent Trillo, & qu'on désigne plus souvent en François par le mot Cadence. (Voyez CADENCE.)
TREMBLEMENT (TRILL), s.m. Ornament called Trillo by Italians, often designated in French as Cadence. (See CADENCE.)
On employoit aussi jadis le terme de Tremblement, en Italien Tremolo, pour avertir ceux qui jouoient des Instrumens à Archet, de battre plusieurs fois la Note du même coup d'Archet, comme pour imiter le Tremblant de l'Orgue. Le nom ni la chose ne sont plus en usage aujourd'hui.
Historically, the term Tremblement (Italian Tremolo) instructed string players to reiterate a note within a single bow stroke, mimicking the organ's tremulant. Both term and technique have fallen into disuse.
[739] TRIADE HARMONIQUE. s. f. Ce terme en Musique a deux sens différens. Dans le calcul, c'est la proportion harmonique; dans la pratique, c'est l'Accord parfait majeur qui résulte de cette même proportion, & qui est composé d'un Son fondamental, de sa Tierce majeure & de sa Quinte.
[739] HARMONIC TRIAD, s.f. This term holds two meanings. Mathematically, it denotes harmonic proportion; practically, it signifies the major perfect chord arising from this proportion — comprising a fundamental tone, its major third, and fifth.
Triade, parce qu'elle est composée de trois termes.
Triad, from its three components.
Harmonique, parce qu'elle est dans la proportion harmonique, & qu'elle est la source de toute Harmonie.
Harmonic, as it embodies harmonic proportion and serves as the foundation of all Harmony.
TRIHEMITON. C'est le nom que donnoient les Grecs l'Intervalle que nous appellons Tierce mineure; ils l'appelloient aussi quelquefois Hémiditon. (Voy. HEMI OU SEMI.)
TRIHEMITONE. Greek term for our minor third interval, occasionally called Hemiditone. (See HEMI or SEMI.)
TRILL ou Tremblement. (Voyez CADENCE.)
TRILL or Tremblement. (See CADENCE.)
TRIMELES. Sorte de Nome pour les Flûtes dans l'ancienne Musique des Grecs.
TRIMÈLES. A type of Nomos for flutes in ancient Greek music.
TRIMERES. Nome qui s'exécutoit en trois Modes consécutifs; savoir, le Phrygien, le Dorien, & le Lydien. Les uns attribuent l'invention de ce Nome composé à Sacadas Argien, & d'autres à Clonas Thégéate.
TRIMERES. A Nomos performed in three consecutive Modes: namely, the Phrygian, Dorian, and Lydian. Some attribute the invention of this composite Nomos to Sacadas of Argos, others to Clonas of Tegea.
TRIO. En Italien Terzetto. Musique à trois Parties principales ou récitantes. Cette espece de Composition passe pour la plus excellente, & doit être aussi la plus réguliere de toutes. Outre les regles générales du Contre-Point, il y en a pour le Trio de plus rigoureuses dont la parfaite observation tend à produire la plus agréable de toutes les Harmonies. Ces regles découlent toutes de ce principe, que l'Accord parfait étant composé de trois Sons différens, il faut dans chaque Accord, pour remplir l'Harmonie, distribuer ces trois Sons, autant qu'il se peut, aux trois Parties du Trio. [740] A l'égard des Dissonances, comme on ne les doit jamais doubler, & que leur Accord est composé de plus de trois Sons; c'est encore une plus grande nécessité de les diversifier, & de bien choisir, outre la Dissonance, les Sons qui doivent, par préférence, l'accompagner.
TRIO. In Italian, Terzetto. Music written for three principal or solo parts. This species of composition is considered the most excellent, and should likewise be the most rigorously structured. Beyond the general rules of Counterpoint, the Trio demands stricter principles whose perfect observance aims to produce the most agreeable Harmony. These rules all stem from the principle that since the perfect Chord comprises three distinct tones, these three tones must be distributed—as far as practicable—among the three parts of the Trio to complete the Harmony. [740] As for Dissonances, since they must never be doubled and their chord contains more than three tones, there arises an even greater necessity to diversify them and carefully select which tones should preferentially accompany the Dissonance.
De-là, ces diverses regles, de ne passer aucun Accord sans y faire entendre la Tierce ou la Sixte, par conséquent d'éviter de frapper à la fois la Quinte & l'Octave, ou la Quarte & la Quinte; de ne pratiquer l'Octave qu'avec beaucoup de précaution, & de n'en jamais sonner deux de suite, même entre différentes Parties; d'éviter la Quarte autant qu'il se peut: car toutes les Parties d'un Trio, prises deux à deux, doivent former des Duo parfaits. De-là, en un mot, toutes ces petites regles de détail qu'on pratique même sans les avoir apprises, quand on en fait bien le Principe.
Hence these varied rules: never pass a chord without sounding the Third or Sixth; consequently avoid striking the Fifth and Octave simultaneously, or the Fourth and Fifth; employ the Octave only with utmost caution, never sounding two consecutively—even between different parts; avoid the Fourth wherever possible. For every pairing of parts in a Trio must form perfect Duos. In short, all these meticulous rules of detail are instinctively followed by those who grasp their underlying Principle, even without formal instruction.
Comme toutes ces regles sont incompatibles avec l'unité de Mélodie, & qu'on n'entendit jamais Trio régulier & harmonieux avoir un Chant déterminé & sensible dans l'exécution, il s'ensuit que le Trio rigoureux est un mauvais genre de Musique. Aussi ces regles si séveres sont- elles depuis long tems abolies en Italie, où l'on ne reconnoit jamais pour bonne une Musique qui ne chante point, quelque harmonieuse d'ailleurs qu'elle puisse être, & quelque peine qu'elle ait coûtée à composer.
Since all these rules conflict with melodic unity, and since no rigorously harmonious Trio has ever exhibited a determinate and perceptible melody in performance, it follows that the rigorous Trio is a poor genre of Music. Indeed, these severe rules have long been abolished in Italy, where Music is never deemed good unless it sings—however harmonious it may otherwise be, and however laborious its composition.
On doit se rappeller ici ce que j'ai dit au mot Duo. Ces termes Duo & Trio s'entendent seulement des Parties principales & obligées, & l'on n'y comprend ni les Accompagnemens [741] ni les remplissages. De sorte qu'une Musique à quatre ou cinq Parties, peut n'être pourtant qu'un Trio.
Let us recall here my remarks under the entry Duo. The terms Duo and Trio apply solely to principal and obligatory parts, excluding both accompaniments [741] and filler voices. Thus, a composition for four or five parts may yet remain a Trio.
Les François, qui aiment beaucoup la multiplication des Parties, attendu qu'ils trouvent plus aisément des Accords que des Chants, non contens des difficultés du Trio ordinaire, ont encore imaginé ce qu'ils appellent Double-Trio, dont les Parties sont doublées & toutes obligées; ils ont un Double-Trio du sieur Duché, qui passe pour un Chef-d'oeuvre d'Harmonie.
The French—who favor multiplying parts, finding chords easier to devise than melodies—dissatisfied with the difficulties of the ordinary Trio, have further conceived what they call the Double-Trio, wherein all parts are doubled and obligatory. They possess a Double-Trio by Sieur Duché, esteemed as a masterpiece of Harmony.
TRIPLE, adj. Genre de Mesure dans laquelle les Mesures, les Tems, ou les aliquotes des Tems se divisent en trois parties égales.
TRIPLE, adj. A type of Measure in which the Measures, Beats, or aliquot divisions of Beats are subdivided into three equal parts.
On peut réduire à deux classes générales ce nombre infini des Mesures Triples dont Bononcini, Lorenzo, Penna & Brossard après eux, ont surchargé, l'un son Musico pratico, l'autre ses Alberi Musicali, & le troisieme son Dictionnaire. Ces deux Classes sont la Mesure ternaire ou à trois Tems, & la Mesure binaire dont les Tems sont divisés en raison sous-triple.
This infinite variety of Triple Measures—with which Bononcini, Lorenzo, Penna, and later Brossard have overloaded their works (the first his Musico pratico, the second his Alberi Musicali, and the third his Dictionary)—may be reduced to two general classes: ternary Measures comprising three Beats, and binary Measures whose Beats are divided in sub-triple ratio.
Nos anciens Musiciens regardoient la Mesure à trois Tems comme beaucoup plus excellente que la binaire, & lui donnoient, à cause de cela, le nom de Mode parfait. Nous avons expliqué aux mots Modes, Tems, Prolation, les différens signes dont ils se servoient pour indiquerces Mesures, selon les diverses valeurs des Notes qui les remplissoient; mais quelles que fuissent ces Notes, dès que Mesure étoit Triple ou parfaite, il y avoir toujours une espece de Note qui, même sans Point, remplissoit exactement une Mesure, [742] & se subdivisoit en trois autres Notes égales, une pour chaque Tems. Ainsi dans la Triple parfaite, la Breve ou Quarrée valoit, non deux, mais trois semi-Breves ou Rondes; & ainsi des autres especes de Mesures Triples. Il y avoit pourtant un cas d'exception; c'étoit lorsque cette Breve étoit immédiatement précédée ou suivie d'une semi-Breve; car alors les deux ensemble ne faisant qu'une Mesure juste, dont la semi-Breve valoit un Tems, c'étoit une nécessité que la Breve n'en valût que deux; & ainsi des autres Mesures.
Our ancient musicians considered triple meter (three beats) as vastly superior to binary meter, bestowing upon it the title of Perfect Mode. We have previously explained under the entries Modes, Beats, and Prolation the various symbols they employed to denote these meters, contingent upon the note values filling them. Yet regardless of notation, whenever a measure was Triple or perfect, there invariably existed a species of note that precisely occupied one full measure [742] without requiring a dot, subdividing into three equal notes – one for each beat. Thus in perfect Triple meter, the Breve or Quarrée held not two but three semibreves or whole notes, and so forth. An exception arose when this Breve was immediately preceded or followed by a semibreve, for then the two together formed a complete measure where the semibreve counted as one beat, necessitating the Breve to occupy only two beats – a principle applying equally to other meters.
C'est ainsi que se formoient les Tems de la Mesure Triple: mais quant aux subdivisions de ces mêmes Tems, elles se faisoient toujours selon la raison sous-double, & je ne connois point d'ancienne Musique où les Tems soient divisés en raison sous-Triple.
Such was the formation of beats in Triple meter. As for the subdivision of these beats, they always followed duple division. I know of no ancient music employing triple subdivision of beats.
Les Modernes ont aussi plusieurs Mesures à trois Tems, de différentes valeurs, dont la plus simple se marque par un trois, & se remplit d'une Blanche pointée, faisant une Noire pour chaque Tems. Toutes les autres sont des Mesures appellées doubles, à cause que leur signe est composé de deux Chiffres. (Voyez MESURE.)
Modern musicians also employ several triple meters of varying durations. The simplest, marked by a numeral 3, contains a dotted half note per measure with each beat as a quarter note. Others constitute compound meters through dual-numeral signatures. (See MEASURE.)
La seconde espece de Triple est celle qui se rapporte, non au nombre des Tems de la Mesure, mais à la division de chaque Tems en raison sous-Triple. Cette Mesure est, comme je viens de le dire, de moderne invention & se subdivise en deux especes, Mesure a deux Tems & Mesure à trois Tems, dont celles-ci peuvent être considérées comme des Mesures doublement Triples; savoir 1. par les trois tems de la Mesure, & 2º. par les trois parties égales de chaque Tems. Les [743] Triples de cette derniere espece s'expriment toutes en Mesures doubles.
The second type of Triple relates not to the number of beats per measure, but to the triple subdivision of each beat. This modern innovation subdivides into two species: duple-meter measures and triple-meter measures. The latter may be considered doubly triple – first through three beats per measure, second through three equal subdivisions per beat [743]. All such Triples employ compound meter notation.
Voici une récapitulation de toutes les Mesures Triples en usage aujourd'hui. Celles que j'ai marquées d'une étoile ne sont plus gueres usitées.
Below is a recapitulation of current Triple meters. Those marked with an asterisk have fallen into disuse.
I. Triples de la premiere espece; c'est-à-dire, dont la Mesure est à trois tems, & chaque tems divisé en raison sous-double.
I. Primary Triples: Three-beat measures with duple subdivisions
3 3 3 3
*3. I 2 4 16
3 3 3 3
*3. I 2 4 16
II. Triples de la deuxieme espece; c'est-à-dire, dont la Mesure est à deux tems, & chaque tems divisé en raison sous-Triple.
II. Secondary Triples: Two-beat measures with triple subdivisions
6 6 6 12 12
2 4 8 8 16
6 6 6 12 12
2 4 8 8 16
Ces deux dernieres mesures se battent à quatre tems.
These final two meters are conducted in four beats.
II. Triples composé; c'est-à-dire, dont la Mesure à trois tems, & chaque tems encore divisé en trois parties égales.
III. Composite Triples: Three-beat measures with triple subdivisions
9 9 9
4 8 16
9 9 9
4 8 16
Toutes ces Mesures Triples se réduisent encore plus simplement à trois especes, en ne comptant pour telles que celles qui se battent à trois Tems; savoir, la Triple de Blanches, qui contient une Blanche par Tems & se marque ainsi 3/2
All Triple meters simplify further into three principal types when considering only those conducted in three beats:
[744] La Triple de Noires, qui contient une Noire par Tems & se marque ainsi 3/4.
[744] The Triple of Quarter Notes, containing one quarter note per beat, marked as 3/4.
Et la Triple de Croches, qui contient une Croche par Tems ou une Noire pointée par Mesure& se marque ainsi 3/8.
And the Triplet of Eighth Notes, which contains one eighth note per beat or a dotted quarter note per measure, is marked as 3/8.
Voyez au commencement de la Planche B des exemples de ces diverses Mesures Triples.
See examples of these various Triple Meters at the beginning of Plate B.
TRIPLÉ, adj. Un Intervalle Triplé est celui qui est porté à la triple-Octave. (Voyez INTERVALLE.)
TRIPLED, adj. A Tripled Interval is one extended to the triple octave. (See INTERVAL.)
TRIPLUM. C'est le nom qu'on donnoit à la Partie la plus aigus dans les commencemens du Contre-Point.
TRIPLUM. This was the name given to the highest part in the early days of Counterpoint.
TRITE, s. f. C'étoit, en comptant de l'aigu au grave, comme faisoient les Anciens, la troisieme Corde du Tétracorde, c'est-à-dire, la seconde, en comptant du grave à l'aigu. Comme il y avoir cinq différens Tétracordes, il auroit dû y avoir autant de Trites; mais ce nom n'étoit en usage que dans les trois Tétracordes aigus. Pour les deux graves, voyez PARHYPATE.
TRITE, n. This term, counted from high to low as the Ancients did, referred to the third string of the Tetrachord – that is, the second string when counted from low to high. As there were five distinct Tetrachords, there should have been as many Trites; but this name was only used for the three upper Tetrachords. For the two lower ones, see PARHYPATE.
Ainsi il y avoir Trite Hyperboléon, Trite Diézeugménon, & Trite Synnéménon. (Voyez Systême ,TÉTRACORDE.)
Thus there existed Trite Hyperbolaion, Trite Diezeugmenon, and Trite Synemmenon. (See SYSTEM, TETRACHORD.)
Boece dit que, le Systême n'étant encore composé que de deux Tétracordes conjoints, on donna le nom de Trite à la cinquieme Corde qu'on appelloit aussi Paramèse; c'est-à-dire, à la seconde Corde en montant du second Tétracorde: mais que Lychaon Samien ayant inséré une nouvelle Corde entre la Sixieme ou Parante, & la Trite, celle-ci garda le seul nom de Trite & perdit celui de Paramèse, qui fut donne à cette nouvelle Corde. Ce n'est pas-là tout-à-fait ce que dit Boece; mais c'est ainsi qu'il faut l'expliquer pour l'entendre.
Boethius states that when the System still consisted of only two conjunct Tetrachords, the name Trite was given to the fifth string, also called Paramese – that is, the second ascending string of the second Tetrachord. However, when Lychaon of Samos inserted a new string between the sixth or Parante and the Trite, the latter retained only the name Trite while losing that of Paramese, which was transferred to this new string. This is not exactly Boethius' wording, but such is the interpretation required to make sense of it.
[745] TRITON. Intervalle dissonant compose de trois Tons, deux majeurs & un mineur, & qu'on peut appeller Quarte-superflue. (Voyez QUARTE.) Cet Intervalle est égal, sur le Clavier, à celui de la fausse-Quinte: cependant les rapports numériques n'en sont pas égaux, celui du Triton n'étant que de 31 à 45; ce qui vient de ce qu'aux Intervalles égaux, de part & d'autre, le Triton n'a de plus qu'un Ton majeur, au lieu de deux semi-Tons majeurs qu'a la fausse-Quinte. (Voy. FAUSSE-QUINTE.)
[745] TRITONE. A dissonant interval comprising three whole tones – two major and one minor – which may also be termed an augmented fourth. (See FOURTH.) This interval is equivalent on the keyboard to the false fifth, though their numerical ratios differ: the Tritone's ratio being 31:45. This discrepancy arises because, while both intervals span equal distances, the Tritone contains one major tone more than the two major semitones of the false fifth. (See FALSE FIFTH.)
Mais la plus considérable différence de la fausse-Quinte & du Triton est que celui-ci est une Dissonance majeure que les Parties sauvent en s'éloignant; & l'autre une Dissonance mineure que les Parties sauvent en s'approchant.
However, the most significant distinction between the false fifth and the Tritone lies in their resolution: the latter, being a Major Dissonance, resolves by expanding the parts outward; the former, a Minor Dissonance, resolves by contracting them inward.
L'Accord du Triton n'est qu'un renversement de l'Accord sensible dont la Dissonance est portée à la Basse. D'où il suit que cet Accord ne doit se placer que sur la quatrieme Note du Ton, qu'il doit s'accompagner de Seconde & de Sixte, & se sauver de la Sixte. (Voyez SAUVER.)
The Tritone chord is merely an inversion of the leading-tone chord with its dissonance placed in the bass. Hence, this chord should only occur on the fourth degree of the scale, must be accompanied by a second and sixth, and resolve to the sixth. (See RESOLUTION.)
TIMBRE. On appelle ainsi, par métaphore, cette qualité du Son par laquelle il est aigre ou doux, sourd ou éclatant, sec ou moelleux. Les Sons doux ont ordinairement peu d'éclat, comme ceux de la Flûte & du Luth; les Sons éclatans sont sujets à l'aigreur, comme ceux de la Vielle ou du Hautbois. Il y a même des Instrumens, tels que le Clavecin, qui sont à la fois sourds & aigres; & c'est le plus mauvais Timbre. Le beau Timbre est celui qui réunit la douceur à l'éclat. Tel est le Timbre du Violon. (Voyez SON.)
TIMBRE. This metaphorical term denotes that quality of sound by which it is harsh or sweet, muffled or brilliant, dry or mellow. Sweet tones typically lack brilliance, as in the Flute or Lute; brilliant tones tend toward shrillness, as in the Hurdy-Gurdy or Oboes. Some instruments, like the Harpsichord, combine dullness and harshness – the poorest timbre. The finest timbre unites sweetness with brilliance. Such is the Violin's timbre. (See SOUND.)
[U] / V
[U] / V
V. Cette lettre majuscule sert à indiquer les parties du Violon ; & quand elle est double VV, elle marque que le premier & le second sont à l’Unisson.
V. This capital letter serves to indicate Violin parts; when doubled as VV, it signifies that the first and second Violins are in Unison.
VALEUR DES NOTES. Outre la position des Notes, qui en marque le Ton, elles ont toutes quelque figure déterminée qui en marque la durée ou le Tems ; c’est-à-dire, qui détermine la Valeur de la Note.
NOTE VALUES. Beyond their positioning, which indicates pitch, Notes possess defined shapes determining their duration or beat—that is, their temporal Value.
C’est à Jean de Muris qu’on attribue l’invention de ces figures vers l’an 1330 : car les Grecs n’avoient point d’autre Valeur de Notes que la quantité des syllabes ; ce qui seul prouveroit qu’ils n’avoient pas de Musique purement instrumentale. Cependant le P. Mersenne, qui avoit lu les ouvrages de Muris, assure n’y avoir rien vu qui pût confirmer cette opinion, &, après en avoir lu moi-même la plus grande partie, je n’ai pas été plus heureux que lui. De plus, l’examen des manuscrits du quatorzieme siecle, qui sont à la Bibliotheque du Roi, ne porte point à juger que les diverses figures de Notes qu’on y trouvé fussent de si nouvelle institution. Enfin, c’est une chose difficile à croire, que durant trois cents ans & plus, qui se sont écoulés entre Guy Arétin & Jean de Muris, la Musique ait été totalement privée du Rhythme & de la Mesure, qui en sont l’ame & le principal agrément.
Jean de Muris is credited with devising these figures around 1330. The Greeks, lacking purely instrumental music, derived Note values solely from syllabic quantity. Yet Father Mersenne, having studied Muris’s works, found no confirmation of this claim. My own examination of Muris’s manuscripts—and of 14th-century codices in the Royal Library—reveals nothing to suggest such novelty. Indeed, it strains credulity that between Guido d’Arezzo and Muris, music existed for three centuries devoid of Rhythm and Measure, its very soul and chief ornament.
Quoi qu’il en soit, il est certain que les différentes Valeurs [747] des Notes sont de sort ancienne invention. J’en trouvé, dés les premiers tems, de cinq sortes de figures, sans compter la Ligature & le Point. Ces cinq sont, la Maxime, la Longue, la Breve, la semi-Breve, & la Minime. (Pl. D. Fig. 8.) Toutes ces différentes Notes sont noires dans le manuscrit de Guillaume de Machault ; ce n’est que depuis l’invention de l’imprimerie qu’on s’est avisé de les faire blanches, &, ajoutant de nouvelles Notes, de distinguer les Valeurs, par la couleur aussi-bien que par la figure.
However ancient their origin, distinct Note Values [747] undeniably emerged early. I find five primary figures (excluding Ligatures and Dots) dating from the earliest periods: the Maxima, Long, Breve, Semibreve, and Minim. (Plate D. Fig. 8.) In Guillaume de Machaut’s manuscript, all are blackened; whitened Notes arose only with printing, as new forms distinguished Values through both shape and color.
Les Notes, quoique figurées de même, n’avoient pas toujours la même Valeur. Quelquefois la Maxime valoir deux Longues, ou la Longue deux Breves ; quelquefois elle en valoir trois : cela dépendoit du Mode (voyez MODE) : il en croit de même de la Breve, par rapport à la & cela dépendoit du Tems (voyez TEMS) ; de même enfin de la semi-Breve, par rapport à la Minime ; & cela dépendoit de la Prolation. (Voyez PROLATION.)
Identical figures did not always signify identical durations. A Maxima might equal two or three Longs—contingent on the Mode (See MODE). Similarly, a Long could span two or three Breves, depending on the Time (See TIME). A Breve might encompass two or three Semibreves, governed by Prolation (See PROLATION).
Il y avoir donc Longue double, Longue parfaite, Longue imparfaite, Breve parfaite, Breve altérée, semi-Breve majeure, & semi-Breve mineure : sept différentes Valeurs auxquelles répondent quatre figures seulement, sans compter la Maxime ni la Minime, Notes de plus moderne invention, (Voyez ces divers mots.) Il y avoir encore beaucoup d’autres manieres de modifier les différentes Valeurs de ces Notes, par le Point, par la Ligature, & par la position de la Queue. (Voyez LIGATURE, PLIQUE, POINT.)
Thus arose seven distinct Values: Double Long, Perfect Long, Imperfect Long, Perfect Breve, Altered Breve, Major Semibreve, and Minor Semibreve—despite only four core figures (excluding the later Maxima and Minim). Further modifications emerged through Dots, Ligatures, and Tail positions. (See LIGATURE, PLICA, DOT.)
Les figures qu’on ajouta dans la suite à ces cinq ou six premieres furent la Noire, la Croche, la double-Croche, [748] la triple & même la quadruple-Croche ; ce qui seroit onze figures en tout :mais dès qu'on eût pris l'usage de séparer les Mesures par des Barres, on abandonna toutes les figures de Notes qui valoient plusieurs Mesures, comme la Maxime, qui en valoit huit ; la Longue, qui cri valoir quatre ; & la Breve ou quarrée, qui en valoir deux.
The symbols later added to these initial five or six were the quarter note, eighth note, sixteenth note,[748] thirty-second note, and even the sixty-fourth note – totaling eleven distinct symbols. Yet once the practice of separating measures with bar lines became established, all note symbols spanning multiple measures fell into disuse: the Maxima (equivalent to eight measures), the Long (four measures), and the Breve or square note (two measures).
La semi-Breve ou Ronde, qui vaut une Mesure entiere, est la plus longue Valeur de Notes demeurée en usage, & sur laquelle on a déterminé les Valeurs de toutes les autres Notes, & comme la Mesure binaire, qui avoit passé long-tems pour moins parfaite que la ternaire, prit enfin le dessus & seroit de base à toutes les autres Mesures ; de même la division sous-double l'emporta sur la sous-triple qui avoir aussi passé pour plus parfaite ; la Ronde ne valut plus quelquefois trois Blanches, mais deux seulement ; la Blanche deux Noires, la Noire deux Croches, & ainsi de suite jusqu'à la quadruple-Croche, si ce n'est dans les cas d'exception où la division sous-triple fut conservée, & indiquée par le chiffre 3 placé au-dessus ou au-dessous des Notes. (Voyez Pl. F. 8 & 9. les Valeurs & les figures de toutes ces différentes especes de Notes.)
The Semibreve or whole note, lasting an entire measure, remains the longest value still in use. It serves as the foundation for determining all other note values. Just as binary meter – long considered less perfect than ternary – ultimately prevailed to undergird all modern meters, so too did sub-double division supersede the previously favored sub-triple division. The whole note now typically equals two half notes rather than three; the half note two quarters, the quarter two eighths, and so forth to the sixty-fourth note – except in cases preserving sub-triple division, marked by the numeral 3 above or below notes. (See Pl. F. 8 & 9 for values and symbols of all these note types.)
Les Ligatures furent aussi abolies en même tems, du moins quant aux changemens qu'elles produisoient dans les Valeurs des Notes. Les Queues, de quelque maniere qu'elles fussent placées, n'eurent plus qu'un sens fixe & toujours le même ; & enfin la signification du Point sut aussi toujours bornée à la moitié de la Note qui est immédiatement avant lui. Tel est l'état où les figures des Notes ont été mises, [749] quant à la Valeur, & où elles sont actuellement. Les Silences équivalens sont expliqués à l'article SILENCE.
Ligatures were likewise abolished in their capacity to alter note values. Note stems now carry fixed, invariable meanings. The dot’s function became strictly limited to extending its preceding note by half. Thus were note symbols standardized [749] in their temporal values as we know them today. Equivalent rests are explained at SILENCE.
L'Auteur de la Dissertation sur la Musique moderne trouvé tout cela fort mal imaginé. J'ai dit, au mot NOTE, quelques-unes des raisons qu'il allegue.
The author of the Dissertation on Modern Music finds this system ill-conceived. I have addressed some of his arguments at NOTE.
VARIATIONS. On entend sous ce nom toutes les manieres de broder & doubler un Air, soit par des diminutions, soit par des passages ou autres agrémens qui ornent & figurent cet Air. A quelque degré qu'on multiplie & charge les Variations, il faut toujours qu'à travers ces broderies on reconnoisse le fond de l'Air que l'on appelle le simple, & il faut en même tems que le caractere de chaque Variation soit marqué par des différences qui soutiennent l'attention & préviennent l'ennui.
VARIATIONS. This term encompasses all methods of embellishing a melody through diminutions, passagework, or other ornaments. However elaborate the variations, the foundational melody – called the simple – must remain discernible beneath the ornamentation. Each variation should also exhibit distinct character through contrasting figurations that sustain interest and forestall monotony.
Les Symphonistes sont souvent des Variations impromptu ou supposées telles ; mais plus souvent on les note. Les divers Couplets des Folies d'Espagne, sont autant de Variations notées ; on en trouvé souvent aussi dans les Chaconnes Françoises, & dans de petits Airs Italiens pour le Violon ou le Violoncelle. Tout Paris est allé admirer, au Concert spirituel, les Variations des sieurs Guignon & Mondonville, & plus récemment des sieurs Guignon & Gaviniès, sur des Airs du Pont-neuf qui n'avoient d'autre mérite que d'être ainsi variés par les plus habiles Violons de France.
Instrumentalists often improvise variations impromptu or feign spontaneity, though most are precomposed. The successive couplets of the Folies d’Espagne constitute written variations. Such variations frequently appear in French Chaconnes and Italian violin/cello solos. All Paris flocked to the Concert Spirituel to admire variations by Messrs. Guignon and Mondonville – later by Guignon and Gaviniès – on trivial Pont-neuf tunes whose sole merit lay in being adorned by France’s finest violinists.
VAUDEVILLE, Sorte de Chanson à Couplets, qui roule ordinairement sur des Sujets badins ou satyriques. On fait remonter l'origine de ce petit Poeme jusqu'au regne de Charlemagne: mais, selon la plus commune opinion, il fut [750] inventé par un certain Baffelin, Foulon de Vire en Normandie, & comme, pour danser sur ces Chants, on s'assembloit dans le Val-de-Vire, ils furent appelles, dit-on, Vaux-de-Vire, puis par corruption Vaudevilles.
VAUDEVILLE. A strophic song treating whimsical or satirical subjects. While some trace this poetic form to Charlemagne’s reign, common tradition attributes its invention to Baffelin, a fuller from Vire in Normandy. As dancers gathered in the Val-de-Vire to perform these airs, they became known as Vaux-de-Vire, later corrupted to Vaudevilles.
L'Air des Vaudevilles est communément peu Musical. Comme on n'y fait attention qu'aux paroles, l'Air ne sert qu'à rendre la récitation un peu plus appuyée ; du reste on n'y sent pour l'ordinaire ni goût, ni Chant, ni Mesure. Le Vaudeville appartient exclusivement aux François, & ils en ont de très-piquans & de très-plaisans.
The melody of Vaudevilles is generally lacking in musicality. As attention is paid chiefly to the lyrics, the tune serves merely to accentuate the recitation slightly; otherwise, one typically discerns neither taste, melody, nor rhythm. The Vaudeville belongs exclusively to the French, and they possess some that are quite sharp and amusing.
VENTRE. Point du milieu de la vibration d'une Corde sonore, où, par cette vibration, elle s'écarte le plus de la ligne de repos. (Voyez NOEUD.)
ANTINODE. The midpoint in the vibration of a sonorous string where, through this vibration, it deviates most from its position of rest. (See NODE.)
VIBRATION, s. f. Le corps sonore en action sort de son état de repos, par des ébranlemens légers, mais sensibles, fréquens & successifs, dont chacun s'appelle une Vibration. Ces Vibrations, communiquées a l'Air, portent à l'oreille, par ce véhicule, la sensation du Son ; cet ce Son est grave ou aigu, selon que les Vibrations sont plus ou moins fréquentes dans le même tems. (Voyez SON.)
VIBRATION, n. A sonorous body in motion departs from its state of rest through slight yet perceptible, rapid, and successive oscillations, each termed a Vibration. These vibrations, transmitted through air, convey to the ear—via this medium—the sensation of sound. This sound is grave or acute depending on whether the vibrations are more or less frequent within the same duration. (See SOUND.)
VICARIER, v. n. Mot familier par lequel les Musiciens d'Eglise expriment ce que sont ceux d'entr'eux qui courent de Ville en Ville, & de Cathédrale en Cathédrale, pour attraper quelques rétributions, & vivre aux dépens des Maîtres de Musique qui sont sur leur route.
TO VICARIATE, v. A colloquial term by which church musicians denote those among them who wander from town to town, cathedral to cathedral, seeking stipends and subsisting at the expense of music masters along their route.
VIDE. Corde-à-vide, ou Corde-à-jour ; c'est, sur les Instrumens à manche, tels que la Viole ou le Violon, le Son qu'on tire de la Corde dans toute sa longueur, depuis [751] le sillet jusqu'au chevalet, sans y placer aucun doigt.
OPEN STRING. On necked instruments such as the viol or violin, this refers to the sound produced by the string in its full length from [751] the nut to the bridge, without finger placement.
Le Son des Cordes-à-vide est non-seulement plus grave, mais plus résonnant & plus plein que quand on y pose quelque doigt ; ce qui vient de la mollesse du doigt qui gêne & intercepte le jeu des vibrations. Cette différence fait que les bons joueurs de Violon évitent de toucher les Cordes-à-vide pour ôter cette inégalité de Timbre qui fait un mauvais effet, quand elle n'est pas dispensée à propos. Cette maniere d'exécuter exige des positions recherchées, qui augmentent la difficulté du jeu. Mais aussi quand on en a une fois acquis habitude, on est vraiment maître de son Instrument, & dans les Tons les plus difficiles, l'exécution marche alors comme dans les plus aisés.
The tone of open strings is not only deeper but also more resonant and fuller than when stopped by a finger—a consequence of the finger’s softness impeding and intercepting vibrations. This disparity leads skilled violinists to avoid open strings, thereby eliminating timbral unevenness that would otherwise create poor effect unless judiciously employed. Such execution demands intricate positions that heighten technical difficulty. Yet once mastered, one truly commands the instrument, enabling fluent performance even in the most challenging keys.
VIS, vivement. En Italien vivace: ce mot marque un mouvement gai, prompt, animé ; une exécution hardie & pleine de feu.
VIVACE (Lively). In Italian, vivace: this term indicates a cheerful, brisk, animated tempo—a bold execution brimming with fire.
VILLANELLE, s. f. Sorte de Danse rustique dont l'Air doit être gai, marqué, d'une Mesure très-sensible. Le fond de cet Air est ordinairement un Couplet assez simple, sur lequel on fait ensuite des Doubles ou Variations. (Voyez DOUBLE, VARIATIONS.)
VILLANELLE, n. A rustic dance whose melody should be joyous, strongly marked, and rhythmically clear. Its foundation is typically a simple verse followed by doubles or variations. (See DOUBLE, VARIATIONS.)
VIOLE, s. f. C'est ainsi qu'on appelle, dans la Musique Italienne, cette Partie de remplissage qu'on appelle, dans la Musique Françoise, Quinte ou Taille ; car les François doublent souvent cette Partie, c'est-à-dire, en sont deux pour une ; ce que ne sont jamais les Italiens. La Viole sert à lier les Dessus aux Basses, & à remplir, d'une maniere harmonieuse, le trop grand vide qui resteroit entre deux. C'est [752] pourquoi la Viole est toujours nécessaire pour l'Accord du tout, même quand elle ne fait que jouer la Basse à l'Octave, comme il arrive souvent dans la Musique Italienne.
VIOLA, n. In Italian music, this denotes the inner voice termed Quinte or Taille in French practice. The French often double this part (i.e., employ two voices for one), a practice Italians avoid. The viola bridges treble and bass, harmoniously filling the gap between them. This [752] explains its necessity for overall harmony, even when merely doubling the bass at the octave—a common feature in Italian music.
VIOLON. Symphoniste qui joue du Violon dans un Orchestre. Les Violons se divisent ordinairement en premiers, qui jouent le premier Dessus ; & seconds, qui jouent le second Dessus. Chacune des deux Parties a son chef ou guide qui s'appelle aussi le premier ; savoir, le premier des premiers, & le premier des seconds. Le premier des premiers Violons, s'appelle aussi premier Violon tout court ; il est le Chef de tout l'Orchestre ; c'est lui qui donne l'Accord, qui guide tous les Symphonistes, qui les remet quand ils manquent, & sur lequel ils doivent tous se
VIOLIN. A symphonist who plays violin in an orchestra. Violins are typically divided into firsts (playing the upper treble) and seconds (lower treble). Each section has its leader—premier des premiers and premier des seconds. The principal first violinist, simply called premier violon, directs the entire orchestra: setting pitch, guiding performers, correcting errors, and serving as the ensemble’s
régler.
regulate.
VIRGULE. C'est ainsi que nos anciens Musiciens appelloient cette partie de la Note, qu'on a depuis appellée la Queue. (Voyez QUEUE.)
VIRGULE. This is what our early musicians called that part of the note later termed the Tail. (See TAIL.)
VITE. En Italien Presto. Ce mot, à la tête d'un Air, indique le plus prompt de tous les Mouvemens; & il n'a, après lui, que son superlatif Prestissmo, ou Presto assai, très-Vite.
VITE. In Italian Presto. This word at the head of an air indicates the swiftest of all movements, surpassed only by its superlative Prestissimo or Presto assai—"extremely fast."
VIVACE. (Voyez VIF.)
VIVACE. (See VIF.)
UNISSON, s. m. Union de deux Sons qui sont au même Degré, dont l'un n'est ni plus grave ni plus aigu que l'autre, & dont l'Intervalle étant nul, ne donne qu'un rapport d'égalité.
UNISON, n. The union of two sounds at the same pitch, neither graver nor more acute than the other—an interval of nullity, expressing only parity.
Si deux Cordes sont de même matière, égales en longueur, en grosseur, & également tendues, elles seront à l'Unisson. Mais il est faux de dire que deux Sons à l'Unisson [753] se confondent si parfaitement, & aient une telle identité que l'oreille ne puisse les distinguer: car ils peuvent différer de beaucoup quant au Timbre & quant au degré de forcé. Une Cloche peut être à l'Unisson d'une Corde de Guitare, une Vielle à l'Unisson d'une Flûte, & l'on n'en confondra point les Sons.
If two strings are of identical material, equal in length, thickness, and tension, they will be in unison. Yet it is false to claim that [753] unison sounds blend so perfectly as to render them indistinguishable to the ear: they may differ markedly in timbre and intensity. A bell may resonate in unison with a guitar string, a hurdy-gurdy with a flute—yet their sounds remain distinct.
Le zéro n'est pas un nombre, ni l'Unisson un Intervalle; mais l'Unisson est à la série des Intervalles, ce qu'est le zéro à la série des nombres; c'est le terme d'où ils partent, c'est le point de leur commencement.
Zero is not a number, nor unison an interval. Yet unison stands to intervals as zero stands to numerals: the origin point from which all gradations proceed.
Ce qui constitue l'Unisson, c'est l'égalité du nombre des Vibrations faites en tems égaux par deux Sons. Dès qu'il y a inégalité entre les nombres de ces Vibrations, il y a Intervalle entre les Sons qui les donnent. (Voyez CORDE, VIBRATION.)
Unison arises from equality in the number of vibrations produced by two sounds within equal time. The moment inequality enters, an interval emerges. (See STRING, VIBRATION.)
On s'est beaucoup tourmenté pour savoir si l'Unisson étoit une Consonnance. Aristote prétend que non, Muris assure que si, & le P. Mersenne se range à ce dernier avis. Comme cela dépend de la définition du mot Consonnance, je ne vois pas quelle dispute il peut y avoir là-dessus. Si l'on n'entend par ce mot Consonnance qu'une union de deux Sons agréables à loreille, l' Unisson sera Consonnance assurément; mais si l'on y ajoute de plus une différence du grave à l'aigu, il est clair qu'il ne le sera pas.
Much ink has been spilled debating whether unison constitutes a consonance. Aristotle denies it, Muris affirms it, and Father Mersenne sides with the latter. As this hinges on the definition of "consonance," I see no grounds for dispute. If consonance means merely a pleasant union of sounds, unison assuredly qualifies. But if it demands differentiation between grave and acute tones, unison clearly does not.
Une question plus importante, est de savoir quel est le plus agréable à l'oreille de l'Unisson ou d'un Intervalle consonnant, tel, par exemple, que l'Octave ou la Quinte. Tous ceux qui ont l'oreille exercée à l'Harmonie, préferent l'Accord [754] des Consonnances à l'identité de l'Unisson ; mais tous ceux qui, sans habitude de l'Harmonie, n'ont, si j'ose parler ainsi, nul préjugé dans l'oreille, portent un jugement contraire: l'Unisson seul plaît, ou tout au plus l'Octave; tout autre Intervalle leur paroît discordant: d'où il s'ensuivroit, ce me semble, que l'Harmonie la plus naturelle, & par conséquent la meilleure, est à l'Unisson. (Voyez HARMONIE.)
A weightier question: does unison please the ear more than consonant intervals like octaves or fifths? Those schooled in Harmony prefer [754] consonant chords to unison's sameness. Yet listeners unaccustomed to harmonic conventions—whose ears, if I may say, remain unprejudiced—find pleasure only in unison or at most the octave; other intervals strike them as discordant. This suggests, to my mind, that the most natural—and thus superior—Harmony resides in unison. (See HARMONY.)
C'est une observation connue de tous les Musiciens, que celle du frémissement & de la résonnance d'une Corde, au Son d'une autre Corde montée à l'Unisson de la premiere, ou même à son Octave, ou même à l'Octave de sa Quinte, &c.
All musicians know this phenomenon: a string quivers and resonates when another tuned to its unison, octave, or compound fifth sounds nearby.
Voici comme on explique ce phénomene.
The explanation follows thus.
Le Son d'une Corde A met l'air en mouvement. Si une autre Corde B se trouvé dans la sphere du mouvement de cet air, il agira sur elle. Chaque Corde n'est susceptible, dans un Tems donne que d'un certain nombre de Vibrations. Si les Vibrations, dont la Corde B est susceptible, sont égales en nombre à celles de la Corde A, l'air ébranlé par l'une agissant sur l'autre, & la trouvant disposée à un mouvement semblable à celui qu'il a reçu, le lui communique. Les deux Cordes marchant ainsi de pas égal, toutes les impulsions que l'air reçoit de la Corde A, & qu'ilcommunique à la Corde B, sont coincidentes avec les Vibrations de cette Corde, & par conséquent augmenteront son mouvement loin de le contrarier: ce mouvement, ainsi successivement augmenté, ira bientôt jusqu'à un frémissement sensible. Alors la Corde B rendra du Son; car toute Corde [755] sonore qui frémir, sonne; & ce son sera nécessairement à l'Unisson de celui de la Corde A.
The sound of a string A sets the air in motion. If another string B lies within the sphere of this air's movement, it will act upon it. Each string is only capable of a certain number of vibrations within a given time. If the vibrations that string B is capable of are equal in number to those of string A, the air agitated by one acting upon the other—finding it disposed to a movement similar to that which it has received—communicates it. Both strings thus moving in equal measure, all impulses that the air receives from string A and communicates to string B coincide with the vibrations of this latter string, and consequently augment its movement rather than opposing it. This movement, successively increased, will soon reach a perceptible trembling. Then string B will produce sound; for every [755] sonorous string that trembles emits sound; and this sound will necessarily be at the unison of that from string A.
Par la même raison, l'Octave aiguë frémira & résonnera aussi, mais moins fortement que l' Unisson; parce que la coincidence des Vibrations, & par conséquent l'impulsion de l'air, y est moins fréquente de la moitié: elle l'est encore moins dans la Douzieme ou Quinte redoublée, & moins dans la Dix-septieme ou Tierce majeure triplée, derniere des Consonnances qui frémisse & résonne sensiblement & directement: car quant à la Tierce mineure & aux sixtes, elles ne résonnent que par combinaison.
By the same reasoning, the upper octave will also tremble and resonate, though less forcefully than the unison—because the coincidence of vibrations, and consequently the air's impulse, occurs half as frequently. It occurs even less in the twelfth or redoubled fifth, and still less in the seventeenth or tripled major third—the last of the consonances that tremble and resonate perceptibly and directly. As for the minor third and sixths, they only resonate through combination.
Toutes les fois que les nombres des Vibrations dont deux Cordes sont susceptibles en tems égal sont commensurables, on ne peut douter que le Son de l'une ne communique à l'autre quelque ébranlement par l'aliquote commune; mais cet ébranlement n'étant plus sensible au- delà des quatre Accords précédens, il est compté pour rien dans tout le reste.
Whenever the numbers of vibrations that two strings are capable of in equal time are commensurable, we cannot doubt that the sound of one communicates some agitation to the other through their common aliquot part. But since this agitation becomes imperceptible beyond the four preceding chords, it is considered negligible in all others.
(Voyez CONSONNANCE.)
(See CONSONANCE.)
Il paroît, par cette explication, qu'un Son n'en fait jamais résonner un autre qu'en vertu de quelque Unisson; car un Son quelconque donne toujours l'Unisson de ses aliquotes; mais comme il ne sauroit donner l'Unisson de ses multiples, il s'ensuit qu'une Corde sonore en mouvement n'en peut jamais faire résonner ni frémir une plus grave qu'elle. Sur quoi l'on peut juger de la vérité de l'expérience dont M. Rameau tire l'origine du Mode mineur.
This explanation shows that one sound never causes another to resonate except through some unison; for any sound always produces the unison of its aliquot parts. But since it cannot produce the unison of its multiples, it follows that a vibrating sonorous string can never make a lower string resonate or tremble. From this we may judge the veracity of the experiment from which M. Rameau derives the origin of the minor mode.
UNISSONI. Ce mot Italien, écrit tout au long ou en abrégé dans une Partition sur la Portée vide du second [756] Violon, marque qu'il doit jouer à l'Unisson sur la Partie du premier; & ce même mot, écrit sur la Portée vide du premier Violon, marque qu'il doit jouer à l'Unisson sur la Partie du Chant.
UNISSONI. This Italian word, written in full or abbreviated in a score on the empty staff of the second [756] violin, indicates that it should play in unison with the first violin's part. The same word, written on the empty staff of the first violin, signifies that it should play in unison with the vocal melody.
UNITE DE MÉLODIE. Tous les beaux Arts ont quelque Unité d'objet, source du plaisir qu'ils donnent à l'esprit: car l'attention partagée ne se repose nulle part, & quand deux objets nous occupent, c'est une preuve qu'aucun des deux ne nous satisfait. Il y a, dans la Musique, une Unité successive qui se rapporte au sujet, & par laquelle toutes les Parties, bien liées, composent un seul tout, dont on apperçoit l'ensemble & tous les rapports.
UNITY OF MELODY. All fine arts possess some unity of object—a source of the pleasure they give to the mind. For divided attention finds rest nowhere, and when two objects occupy us, it proves that neither satisfies. In music, there exists a successive unity relating to the subject, through which all parts, well connected, compose a single whole whose totality and relations are perceived.
Mais il y a une autre Unité d'objet plus fine, plus simultanée, & d'où naît, sans qu'on y songe, l'énergie de la Musique & la forcé de ses expressions. Lorsque j'entends chanter nos Pseaumes à quatre Parties, je commence toujours par être saisi, ravi de cette Harmonie pleine & nerveuse; & les premiers accords, quand ils sont entonnés bien juste, m'émeuvent jusqu'à frissonner. Mais à peine en ai-je écouté la suite, pendant quelques minutes, que mon attention se relâche, le bruit m'étourdit peu-à-peu; bientôt il me lasse, & je suis enfin ennuyé de n'entendre que des Accords.
But there is another, subtler unity of object—simultaneous—from which arises, unbeknownst to us, music's energy and the force of its expressions. When I hear our Psalms sung in four parts, I am at first gripped, enraptured by this full and vigorous harmony; the opening chords, when well intoned, move me to shivering. Yet scarcely have I listened for a few minutes before my attention wanes. The noise gradually stuns me; soon it wearies me, and I ultimately grow weary of hearing nothing but chords.
Cet effet ne m'arrive point, quand j'entends de bonne Musique moderne, quoique l'Harmonie en soit moins vigoureuse, & je me souviens qu'à l'Opéra de Venise, loin qu'un bel Air bien exécuté m'ait jamais ennuyé, je lui donnois, quelque long qu'il fût, une attention toujours nouvelle, & [757] l'écoutois avec plus d'intérêt à la fin qu'au commencement.
This effect does not occur when I hear good modern music, though its harmony is less robust. I recall that at the Venice Opera, far from ever being bored by a beautifully executed aria, I gave it, however long it might be, an ever-renewed attention, and [757] listened with greater interest at the end than at the beginning.
Cette différence vient de celle du caractere des deux Musiques, dont l'une n'est seulementqu'une suite d'Accords, & l'autre est une suite de Chant. Or le plaisir de l'Harmonie n'est qu'un plaisir de pure sensation, & la jouissance des sens est toujours courte, la satiété & l'ennui la suivent de près mais le plaisir de la Mélodie & du Chant est un plaisir d'intérêt & de sentiment qui parle au coeur, & que l'Artiste peur toujours soutenir & renouveller à forcé de génie.
This difference arises from the contrasting characters of the two musical traditions, one being merely a sequence of chords, the other a sequence of melody. Now the pleasure of harmony is but a pleasure of pure sensation, and sensory enjoyment is always fleeting – satiety and boredom swiftly follow. Yet the pleasure of melody and song is one of emotional engagement, speaking to the heart, which the artist can perpetually sustain and renew through genius.
La Musique doit donc nécessairement chanter pour toucher, pour plaire, pour soutenir l'intérêt & l'attention. Mais comment dans nos Systêmes d'Accords & d'Harmonie, la Musique s'y prendra-t-elle pour chanter? Si chaque Partie a son Chant propre, tous ces Chants, entendus à la fois, se détruiront mutuellement, & ne seront plus de Chant: si toutes les Parties sont le même Chant, l'on n'aura plus d'Harmonie, & le Concert sera tout à l'Unisson.
Music must therefore sing to move, to please, to sustain interest and attention. But how shall music sing within our systems of chords and harmony? If each part has its own melody, these simultaneous melodies will cancel each other, ceasing to be song. If all parts share the same melody, harmony vanishes, leaving mere unison in the ensemble.
La maniere, dont un instinct musical, un certain sentiment sourd du génie, a levé cette difficulté sans la voir, & en a même tiré avantage, est bien remarquable. L'Harmonie, qui devroit étouffer la Mélodie, l'anime, la renforce, la détermine: les diverses Parties, sans se confondre, concourent au même effet; & quoique chacune d'elles paroisse avoir son Chant propre, de toutes ces Parties réunies on n'entend sortir qu'un seul & même Chant. C'est-là ce que j'appelle Unité de Mélodie.
Remarkable is the manner in which musical instinct – a dim genius-sentiment – resolved this unseen difficulty, even deriving advantage from it. Harmony, which should stifle melody, instead animates, reinforces, and defines it. Diverse parts, without confusion, conspire toward one effect: though each seems to have its own melody, from their union emerges a single song. This I call Unity of Melody.
Voici comment l'Harmonie concourt elle-même à cette Unité, loin d'y nuire. Ce sont nos Modes qui caractérisent [758] nos Chants, & nos Modes sont fondés sur notre Harmonie. Toutes les fois donc que l'Harmonie renforce ou détermine le sentiment du Mode & de la Modulation, elle ajoute à l'expression du Chant, pourvu qu'elle ne le couvre pas.
Observe how harmony itself contributes to this unity rather than hindering it. Our modes characterize [758] our melodies, and our modes are founded upon harmony. Whenever harmony intensifies or determines the mode's sentiment and modulation, it amplifies melodic expression – provided it does not obscure it.
L'Art du Compositeur est donc, relativement à l'Unité de Mélodie, 11. Quand le Mode n'est pas assez déterminé par le Chant, de le déterminer mieux par l'Harmonie. 2º. De choisir & tourner ses Accords de maniere que le Son le plus saillant soit toujours celui qui chante, & que celui qui le fait le mieux sortir soit à la Basse. 3º. D'ajouter à l'énergie de chaque passage par des Accords durs si l'expression est dure, & doux si l'expression est douce. 4º. D'avoir égard dans la tournure de l'Accompagnement au Forte-piano de la Mélodie. 5?. Enfin, de faire en sorte que le Chant des autres Parties, loin de contrarier celui de la Partie principale, le soutienne, le seconde, & lui donne un plus vis accent.
The composer's art relative to Unity of Melody thus requires: 1. When the mode is insufficiently defined by melody, to clarify it through harmony. 2. To select and shape chords so the most salient tone remains the singing voice, with the bass supporting its prominence. 3. To energize each passage through harsh chords for severe expressions, soft chords for tender ones. 4. To align accompaniment phrasing with the melody's forte-piano. 5. Finally, to ensure secondary parts sustain and accentuate the principal melody rather than contradicting it.
M. Rameau, pour prouver que l'énergie de la Musique vient toute de l'Harmonie, donne l'exemple d'un même Intervalle qu'il appelle un même Chant, lequel prend des caracteres tout différens, selon les diverses manieres de l'accompagner. M. Rameau n'a pas vu qu'il prouvoit tout le contraire de ce qu'il vouloir prouver; car dans tous les exemples qu'il donne, l'Accompagnement de la Basse ne sert qu'à déterminer le Chant. Un simple Intervalle n'est point un Chant, il ne devient Chant que quand il a si place assignée dans le Mode; & la Basse, en déterminant le Mode [759] & le lieu du Mode qu'occupe cet Intervalle, détermine alors cet Intervalle à être tel ou tel Chant: de sorte que si, par ce qui precede l'Intervalle dans la même Partie, on détermine bien le lieu qu'il a dans sa Modulation, le soutiens qu'il aura son effet sans aucune Basse: ainsi l'Harmonie n'agit, dans cette occasion, qu'en déterminant la Mélodie à être telle ou telle, & c'est purement comme Mélodie que l'Intervalle a différentes expressions selon le lieu du Mode où il est employé.
M. Rameau, seeking to prove music's energy derives entirely from harmony, cites a single interval – which he calls "the same melody" – acquiring distinct characters through varied accompaniments. He failed to see this demonstrates the contrary. The bass accompaniment merely determines the melody. A mere interval is not melody until assigned its modal position. The bass, by fixing the mode [759] and the interval's modal placement, defines it as this or that melody. Were the interval's modal position established by preceding modulations in its own part, it would produce its effect without bass support. Thus harmony here acts solely by determining whether the melody shall be thus or so. The interval's varied expressions depend entirely on its modal position – pure melody, not harmony, creates this diversity.
L'Unité de Mélodie exige bien qu'on n'entende jamais deux Mélodies à la fois, mais non pas que la Mélodie ne passe jamais d'une Partie à l'autre; au contraire, il y a souvent de l'élégance & du goût à ménager à propos ce passage, même du Chant à l'Accompagnement, pourvu que la parole soit toujours entendue. Il y a même des Harmonies savantes & bien ménagées, où laMélodie, sans être dans aucune Partie, résulte seulement de l'effet du tout. On en trouvera (Pl. M. Fig. 7.) un exemple, qui, bien que grossier, suffit pour faire entendre ce que je veux dire.
The Unity of Melody requires that one never hears two Melodies simultaneously, but not that the Melody should never pass from one Part to another; on the contrary, there is often elegance and taste in skillfully managing this transition, even from the Melody to the Accompaniment, provided the discourse remains intelligible. There are even sophisticated and well-crafted Harmonies where the Melody, while not residing in any single Part, emerges solely from the collective effect. An example (see Pl. M. Fig. 7.), though crude, suffices to illustrate my meaning.
Il faudroit un Traité pour montrer en détail l'application de ce principe aux Duo, Trio, Quatour, aux Choeurs, aux Pieces de symphonie. Les hommes de génie en découvriront suffisamment l'étendue & l'usage, & leurs ouvrages en instruiront les autres. Je concluds donc, & je dis, que du principe que je viens d'établir, il s'ensuit premiérement, que toute Musique qui ne chante point est ennuyeuse, quelqu'Harmonie qu'elle puisse avoir: secondement, [760] que toute Musique où l'on distingue plusieurs Chants simultanés est mauvaise, & qu'il en résulte le même effet que de deux ou plusieurs discours prononcés à la fois sur le même Ton. Par ce jugement, qui n'admet nulle exception, l'on voit ce qu'on doit penser de ces merveilleuses Musiques où un Air sert d'Accompagnement à un autre Air.
A Treatise would be required to detail the application of this principle to Duets, Trios, Quartets, Choruses, and Symphonic Works. Men of genius will sufficiently grasp its scope and utility, and their works shall instruct others. I therefore conclude: from the principle I have established, it follows first that all Music which does not sing is tedious, regardless of its Harmony; secondly, [760] that all Music where multiple simultaneous Melodies are discernible is flawed, producing the same effect as two or more discourses uttered at once in the same Tone. By this judgment, which admits no exception, one sees what must be thought of those marvelous Musics where one Air serves as Accompaniment to another.
C'est dans ce principe de l'Unité de Mélodie, que les Italiens ont senti & suivi sans le connoître, mais que les François n'ont ni connu ni suivi; c'est, dis-je, dans ce grand principe que consiste la différence essentielle des deux Musiques: & c'est, je crois, ce qu'en dira tout jugé impartial qui voudra donner à l'une & à l'autre la même attention; si toute fois la chose est possible.
It is in this principle of the Unity of Melody—felt and followed unknowingly by the Italians, but neither known nor followed by the French—that lies the essential difference between the two Musics. This, I believe, will be affirmed by any impartial judge who grants equal attention to both—assuming such attention is possible.
Lorsque j'eus découvert ce principe, je voulus, avant de le proposer, en essayer l'application par moi-même cet essai produisit le Devin du Village; après le succès, j'en parlai dans ma Lettre sur la Musique Françoise. C'est aux Maîtres de l'Art à juger si le principe est bon, & si j'ai bien suivi les regles qui en découlent.
Having discovered this principle, I wished to test its application myself before proposing it. This trial produced The Village Soothsayer. After its success, I discussed it in my Letter on French Music. It is for the Masters of the Art to judge whether the principle is sound and whether I have properly followed the rules deriving from it.
UNIVOQUE, adj. Les Consonnances Univoques sont l'Octave & ses Répliques, parce que toutes portent le même nom. Ptolomée fut le premier qui les appella ainsi.
UNIVOQUAL, adj. Univoqual Consonances are the Octave and its replicas, as all bear the same name. Ptolemy first designated them thus.
VOCAL, adj. Qui appartient au Chant des Voix. Tour de Chants Vocal; Musique Vocale.
VOCAL, adj. Pertaining to the singing of Voices. Vocal passage; Vocal Music.
VOCALE. On prend quelquefois substantivement cet adjectif pour exprimer la partie de la Musique qui s'exécute par des Voix. Les Symphonies d'un tel Opéra sont assez bien faites; mais la Vocale est mauvaise.
VOCALS. This adjective is sometimes used substantively to denote the part of Music executed by Voices. The Symphonies of such an Opera are well-crafted, but the Vocals are poor.
[761] VOIX, s. f. La somme de tous les Sons qu'un homme peut, en parlant, en chantant, en criant, tirer de son organe, forme ce qu'on appelle sa Voix, & les qualités de cette Voix dépendent aussi de celles des Sons qui la forment. Ainsi, l'on doit d'abord appliquer à la Voix tout ce que j'ai dit du Son en général. (Voyez SON.)
[761] VOICE, n.f. The sum of all Sounds a person can produce through speech, song, or cry constitutes what is called their Voice. Its qualities depend on those of the Sounds composing it. Thus, all I have said of Sound in general applies to the Voice. (See SOUND.)
Les Physiciens distinguent dans l'homme différentes sortes de Voix; ou, si l'on veut, ils considerent la même Voix sous différentes faces.
Physicists distinguish different kinds of Voices in humans—or rather, they consider the same Voice under different aspects:
1. Comme un simple Son, tel que le cri des enfans.
1. As a mere Sound, such as a child's cry.
2. Comme un Son articulé, tel qu'il est dans la parole.
2. As an articulated Sound, as in speech.
3. Dans le Chant, qui ajoute à la parole la Modulation & la variété des Tons.
3. In Song, which adds Modulation and tonal variety to speech.
4. Dans la déclamation, qui paroît dépendre d'une nouvelle modification dans le Son & dans la substance même de la Voix; Modification différente de celle du Chant & de celle de la parole, puisqu'elle peut s'unir à l'une & à l'autre, ou en être retranchée.
4. In Declamation, which appears to depend on a new modification of Sound and the Voice's very substance—a modification distinct from Song and speech, as it may unite with either or be absent from them.
On peut voir, dans l'Encyclopédie, à l'article Déclamation des Anciens, d'où ces divisions sont tirées, l'explication que donne M. Duclos de ces différentes sortes de Voix. Je me contenterai de transcrire ici ce qu'il dit de la Voix chantante ou musicale, la seule qui se rapporte à mon sujet.
In the Encyclopédie, under the article Ancient Declamation (from which these divisions are drawn), M. Duclos explains these different kinds of Voices. I shall content myself with transcribing here his remarks on the singing or musical Voice, the only one relevant to my subject.
«Les anciens Musiciens ont établi, après Aristoxène 1º. Que la Voix de Chant passe d'un degré d'élévation ou d'abaissement à un autre degré; c'est-à-dire, d'un Ton à l'autre, par saut,sans parcourir l'Intervalle qui [762] les sépare: au lieu que celle du discours s'éleve & s'abaisse par un mouvement continu. 2°. Que la Voix de Chant se soutient sur le même Ton, considéré comme un point indivisible; ce qui n'arrive pas dans la simple, prononciation.»
"Ancient musicians established, following Aristoxenus: 1º. That the singing voice moves from one degree of elevation or depression to another – that is, from one pitch to another – by leap, without traversing the interval [762] separating them; whereas the speaking voice rises and falls through continuous motion. 2º. That the singing voice sustains itself on the same pitch, considered as an indivisible point – which does not occur in ordinary speech."
«Cette marche par sauts & avec des repos, est en effet celle de la Voix de Chant: mais n'y a-t- il rien de plus dans le Chant? Il y a eu une Déclamation tragique qui admettoit le passage par saut d'un Ton à l'autre, & le repos sur un Ton. On remarque la même chose dans certains Orateurs. Cependant cette Déclamation est encore différence de la Voix de Chant.»
"This progression by leaps and pauses is indeed characteristic of the singing voice. But is there nothing more to song? There existed a tragic declamation that permitted leaps between pitches and sustained tones. The same is observed in certain orators. Yet this declamation remains distinct from the singing voice."
«M. Dodart, qui joignoit à l'esprit de discussion & de recherche la plus grande connoissance de la Physique, de l'Anatomie, & du jeu des parties du corps humain, avoit particulièrement porté son attention sur les organes de la Voix. Il observe, 1°. que tel homme, dont la Voix de parole est déplaisante, a le Chant très-agréable, & au contraire: 2°. que si nous n'avons pas entendu chanter quelqu'un, quelque connoissance que nous ayons de sa Voix de parole, nous ne le reconnoîtrons pas à sa Voix de Chant.»
"M. Dodart, who combined analytical rigor with profound knowledge of physics, anatomy, and human physiology, gave particular attention to vocal organs. He observes: 1º. That a man with disagreeable speaking voice may sing most agreeably, and vice versa; 2º. That though familiar with someone's speaking voice, we cannot recognize their singing voice unless previously heard."
«M. Dodart, en continuant ses recherches, découvrit que, dans la Voix de Chant, il y a de plus que dans celle de la parole, un mouvement de tour le larynx; c'est-à-dire, de la partie de la trachée-artere qui forme comme un nouveau canal qui se termine à la glotte, qui en enveloppe & soutient les muscles. La différence [763] entre les deux Voix vient donc de celle qu'il y a entre le larynx assis & en repos sur ses attaches, dans la parole, & ce même larynx suspendu sur ses attaches, en action & mû par un balancement de haut en bas & de bas en haut. Ce balancement peut se comparer au mouvement des oiseaux qui planent, ou des poissons qui se soutiennent à la même place contre le fil de l'eau. Quoique les aîles des uns & les nageoires des autres paroissent immobiles à l'oeil, elles sont de continuelles vibrations; mais si courtes & si promptes qu'elles sont imperceptibles.»
"Continuing his inquiries, M. Dodart discovered that the singing voice involves an oscillatory motion of the larynx – that portion of the trachea-artery forming a new canal ending at the glottis, which envelops and supports its muscles. The distinction [763] between the two voices thus arises from the larynx being fixed and motionless during speech, versus suspended and oscillating vertically during song. This oscillation resembles the hovering of birds or fish maintaining position against currents – though wings and fins appear motionless to the eye, they vibrate ceaselessly through imperceptibly swift movements."
«Le balancement du larynx produit, dans la Voix de Chant; une espece d'ondulation qui n'est pas dans la simple parole. L'ondulation soutenue & modérée dans les belles Voix se fait trop sentir dans les Voix chevrotantes ou foibles. Cette ondulation ne doit pas se confondre avec les Cadences & les Roulemens qui se sont par des mouvemens très-prompts & très-délicats de l'ouverture de la glotte, & qui sont composés de l'Intervalle d'un Ton ou d'un demi-Ton.»
"This laryngeal oscillation produces in the singing voice a species of undulation absent from ordinary speech. When moderate and sustained in beautiful voices, it becomes excessive in quavering or weak ones. This undulation must not be confused with cadences and trills produced by rapid glottal movements spanning intervals of a tone or semitone."
«La Voix, soit du Chant, soit de la parole, vient toute entiere de la glotte pour le Son & pour le Ton; mais l'ondulation vient entiérement du balancement de tout le larynx; elle ne fait point partie de la Voix, mais elle en affecte la totalité.»
"Both singing and speaking voices derive entirely from the glottis in their tone and pitch. But the undulation arises wholly from laryngeal oscillation – it does not constitute part of the voice, rather modulates its entirety."
«Il résulte de ce qui vient d'être exposé, que la Voix de Chant consiste dans la marche par sauts d'un Ton à un autre, dans le séjour sur les Tons, & dans cette ondulation [764] du larynx qui affecte la totalité & la substance même du Son.»
"From these observations, we conclude that the singing voice consists of: 1. Leaping progression between pitches; 2. Sustained tones; 3. This laryngeal undulation [764] permeating the sound's substance and totality."
Quoique cette explication soit très-nette & très-philosophique, elle laissé, à mon avis, quelque chose à desirer, & ce caractere d'ondulation, donne par le balancement du larynx, à la Voix de Chant, ne me paroît pas lui être plus essentiel que la marche par sauts, & le séjour sur les Tons, qui, de l'aveu de M. Duclos, ne sont pas pour cette Voix des caracteres spécifiques.
Though admirably clear and philosophical, this explanation leaves, in my view, something wanting. The undulatory character imparted by laryngeal motion appears no more essential to the singing voice than its leaping progression and sustained tones – features which, as M. Duclos concedes, lack specificity to this voice type.
Car, premiérement, on peut, à volonté, donner ou ôter à la Voix cette ondulation quand on chante, & l'on n'en chante pas moins quand on file un Son tout uni sans aucune espece d'ondulation. Secondement, les Sons des Instrumens. ne différent en aucune sorte de ceux de la Voix chantante, quant à leur nature de Sons musicaux, & n'ont rien par eux-mêmes de cetteondulation. Troisiémement cette ondulation se forme dans le Ton & non dans le Timbre; la preuve en est que, sur le Violon & sur d'autres Instrumens, on imite cette ondulation, non par aucun balancement semblable au mouvement supposé du larynx, mais par un balancement du doigt sur la Corde, laquelle, ainsi raccourcie & ralongée alternativement & presque imperceptiblement, rend deux Sons alternatifs à mesure que le doigt se recule ou s'avance. Ainsi, l'ondulation, quoi qu'en dite M. Dodart, ne consiste pas dans un balancement très-léger du même Son, mais dans l'alternation plus ou moins fréquente de deux Sons très-voisins, & quand les Sons sont trop éloignés, & que les secousses alternatives sont trop rudes, alors l'ondulation devient chevrottement.
For, first, one can arbitrarily impart or remove this undulation from the Voice when singing, and one sings no less when sustaining a perfectly even Sound without any form of undulation. Secondly, the Sounds of Instruments do not differ in any way from those of the singing Voice regarding their nature as musical Sounds, and possess nothing of this undulation inherently. Thirdly, this undulation occurs within the Tone rather than the Timbre; the proof lies in how, on the Violin and other Instruments, we imitate this undulation not through any oscillation resembling the supposed laryngeal movement, but through a finger's vibration on the String. By thus alternately shortening and lengthening it almost imperceptibly, two alternating Sounds are produced as the finger retreats or advances. Therefore, the undulation – whatever M. Dodart may claim – does not consist of a slight oscillation of the same Sound, but rather in the more or less frequent alternation of two closely neighboring Sounds. When the Sounds are too distant and the alternating jolts too harsh, the undulation becomes bleating.
[765] Je penserois que le vrai caractere distinctif de la Voix de Chant est de former des Sons appréciables dont on peut prendre ou sentir l'Unisson, & de passer de l'un à l'autre par des Intervalles harmoniques & commensurables, au lieu que, dans la Voix parlante, ou les Sons ne sont pas assez soutenus, &, pour ainsi dire, assez uns pour pouvoir être appréciés, ou les Intervalles qui les séparent ne sont point assez harmoniques, ni leurs rapports assez simples.
[765] I would argue that the true distinctive characteristic of the singing Voice lies in forming appreciable Sounds whose Unison can be grasped or felt, and in passing from one to another through harmonic and commensurate Intervals. Conversely, in the speaking Voice, either the Sounds are not sustained enough – nor, so to speak, sufficiently unified to be appreciable – or the Intervals separating them are neither harmonic enough nor their ratios sufficiently simple.
Les observations qu'a fait M. Dodart sur les différences de la Voix de parole, & de la Voix de Chant dans le même homme, loin de contrarier cette explication, la confirment; car, comme il y a des Langues plus ou moins harmonieuses, dont les Accens sont plus ou moins Musicaux, on remarque aussi, dans ces Langues, que les Voix de parole & de Chant se rapprochent ou s'éloignent dans la même proportion. Ainsi, comme la Langue Italienne est plus Musicale que la Françoise, la parole s'y éloigné moins du Chant; & il est plus aisé d'y reconnoître, au Chant, l'homme qu'on a entendu parler. Dans une Langue qui seroit toute harmonieuse, comme étoit au commencement la Langue Grecque, la différence de la Voix de parole à la Voix de Chant seroit nulle; on n'auroit que la même Voix pour parler & pour chanter peut-être est-ce encore aujourd'hui le cas des Chinois.
The observations made by M. Dodart regarding differences between speaking and singing Voices in the same individual, far from contradicting this explanation, confirm it. For just as there exist languages more or less harmonious – whose Accents are more or less Musical – we likewise observe in these languages that speaking and singing Voices converge or diverge in direct proportion. Thus, since the Italian language proves more Musical than the French, speech diverges less from song there; and it becomes easier to recognize in song a man whose speech one has heard. In a language wholly harmonious – as Greek was originally – the distinction between speaking and singing Voices would vanish; one might employ the same Voice for both speech and song. Perhaps this remains true today for the Chinese.
En voilà trop, peut-être, sur les différens genres de Voix; je reviens à la Voix de Chant, & je m'y bornerai dans le reste de cet article.
This may suffice regarding different Voice types; I return now to the singing Voice and shall confine myself to it for the remainder of this entry.
Chaque Individu a si Voix particuliere qui le distingue de toute autre Voix par quelque différence propre, comme un [766] visage se distingue d'un autre; mais il y a aussi de ces différences qui sont communes à plusieurs, & qui, formant autant d'especes de Voix, demandent pour chacune une dénomination particuliere.
Each Individual possesses a particular Voice distinguishing them from all others through some unique trait, much as one [766] face differs from another. Yet there exist differences common to many, forming as many Voice types that each demand specific nomenclature.
Le caractere le plus général qui distingue les Voix, n'est pas celui qui se tire de leur Timbre ou de leur Volume; mais du Degré qu'occupe ce Volume dans le Systême général des Sons.
The most general characteristic distinguishing Voices does not derive from their Timbre or Volume, but rather from the Degree this Volume occupies within the general Sound system.
On distingue donc généralement les Voix en deux Classes; savoir, les Voix aiguës & les Voix graves. La différence commune des unes aux autres, est à-peu-près d'une Octave; ce qui fait que les Voix aiguës chantent réellement à l'Octave des Voix graves, quand elles semblent chanter à l'Unisson.
Voices are thus broadly divided into two Classes: high Voices and low Voices. Their common difference approximates an Octave; hence high Voices truly sing at the Octave of low Voices when they appear to sing in Unison.
Les Voix graves sont les plus ordinaires aux hommes faits; les Voix aiguës sont celles des femmes: les Eunuques & les enfans ont aussi à-peu-près le même Diapason de Voix que les femmes; tous les hommes en peuvent même approcher en chantant le Faucet. Mais de toutes les Voix aiguës, il faut convenir, malgré la prévention des Italiens pour les Castrati, qu'il n'y en a point d'espece comparable à celle des femmes, ni pour l'étendue ni pour la beauté du Timbre. La Voix des enfans a peu de consistance & n'a point de bas; celle des Eunuques, au contraire, n'a d'éclat que dans le haut; & pour le Faucet, c'est le plus désagréable de tous les Timbres de la Voixhumaine: il suffit, pour en convenir, d'écouter à Paris les Choeurs du Concert Spirituel, & d'en comparer les Dessus avec ceux de l'Opéra.
Grave voices are most common among adult men; high voices belong to women. Eunuchs and children also share approximately the same vocal range as women, and all men can approach it through falsetto singing. Yet among all high voices — despite Italian partiality for castrati — none compare to women's voices in either range or timbral beauty. A child's voice lacks substance and lower register; a eunuch's voice, conversely, shines only in its upper range. As for falsetto, it produces the most disagreeable timbre in human vocalization: one need only attend Paris' Concert Spirituel choruses and contrast their trebles with the Opéra's to concur.
Tous ces différens Diapasons, réunis & mis en ordre, [767] forment une étendue générale d'à-peu-prés trois Octaves, qu'on a divisées en quatre Parties, dont trois, appellées Haute- Contre, Taille & Basse, appartiennent aux Voix graves, & la quatrieme seulement qu'on appelle Dessus, est assignée aux Voix aiguës. Sur quoi voici quelques remarques qui se présentent.
These distinct vocal ranges, when combined and ordered, [767] form a total span of roughly three octaves, divided into four parts. Three parts — countertenor (Haute-Contre), tenor (Taille), and bass (Basse) — belong to low voices; the fourth, called treble (Dessus), is assigned to high voices. Here arise several observations:
I. Selon la portée des Voix ordinaires, qu'on peut fixer à-peu-près à une Dixieme majeure, en mettant deux Degrés d'Intervalle entre chaque espece de Voix & celle qui la suit, ce qui est toute la différence qu'on peut leur donner, le Systême général des Voix humaines dans les deux sexes, qu'on fait passer trois Octaves, ne devroit enfermer que deux Octaves & deux Tons. C'étoit en effet à cette étendue que se bornerent les quatre Parties de la Musique, long-tems après l'invention du Contre-Point, comme on le voit dans les Compositions du quatorzieme siecle, où la même Clef, sur quatre positions successives de Ligne en Ligne, sert pour la Basse qu'ils appelloient Tenor, pour la Taille qu'ils appelloient Contratenor, pour la Haute-Contre qu'ils appelloient Mottetus, & pour le Dessus qu'ils appelloient Triplum. Cette distribution devroit rendre, à la vérité, la Composition plus difficile: mais en même tems l'Harmonie plus serrée & plus-agréable.
I. Given ordinary vocal ranges (approximately a major tenth, allowing two scale degrees between successive voice types), the total human vocal system across both sexes — claimed to span three octaves — should logically occupy but two octaves and two tones. Indeed, this was the compass strictly observed in four-part polyphony long after Counterpoint's invention, as seen in 14th-century compositions where a single clef on four successive staff positions designated: bass (then called Tenor), tenor (Contratenor), countertenor (Mottetus), and treble (Triplum). Such restraint doubtlessly increased compositional difficulty, yet simultaneously produced tighter, more pleasing harmony.
II. Pour pousser le Systême vocal à l'étendue de trois Octaves avec la gradation dont je viens de parler, il faudroit six Parties au lieu de quatre; & rien ne seroit plus naturel que cette division, non par rapport à l'Harmonie, qui ne comporte pas tant de Sons différens; mais par rapport [768] aux Voix qui sont actuellement assez mal distribuées. En effet, pourquoi trois Parties dans les Voix d'hommes, & une seulement dans les Voix de femmes, si la totalité de celles-ci renferme une aussi grande étendue que la totalité des autres? Qu'on mesure l'Intervalle des Sons les plus aigus des Voix féminines les plus aiguës aux Sons les plus graves des Voix féminines les plus graves; qu'on faire la même chose pour les Voix d'hommes; & non- seulement on n'y trouvera pas une différence suffisante pour établir trois Parties d'un côté & tire seule de l'autre: mais cette différence même, s'il y en a, se réduira à très-peu de chose. Pour juger sainement de cela, il ne faut pas se borner à l'examen des choses telles qu'elles sont; mais voir encore ce qu'elles pourroient être, & considérer que l'usage contribue beaucoup à former les Voix sur le caractere qu'on veut leur donner. En France, où l'on veut des Basses, des Haute- Contres, & où l'on ne fait aucun cas des Bas-Dessus, les Voix d'hommes prennent différens caracteres, & les Voix de femmes n'en gardent qu'un seul: mais en Italie, où l'on fait autant de cas d'un beau Bas-Dessus que de la Voix la plus aiguë, il se trouvé parmi les femmes de très- belles Voix graves qu'ils appellent Contr'alti, & de très-belles Voix aiguës qu'ils appellent Soprani; au contraire, en Voix d'hommes récitantes, ils n'ont que des Tenori: de sorte que s'il n'y a qu'un caractere de Voix de femmes dans nos Opéra, dans les leurs il n'y a qu'un caractere de Voix d'hommes.
II. To extend the vocal system across three octaves with the aforementioned gradation, six parts would prove more natural than four — not for harmony's sake (which rejects such sonorous multiplicity), but [768] for equitable vocal distribution. Why three male voice parts yet only one female category when women's total range equals men's? Measure the interval between the highest treble and lowest contralto against that between countertenor and bass: not only will you find insufficient disparity to justify three male parts versus one female, but such disparity as exists proves negligible. To judge soundly, we must consider potentialities beyond current practices, acknowledging that training shapes vocal characteristics. In France — where basses and countertenors are prized, while low trebles (Bas-Dessus) are disdained — male voices diversify while female voices remain monolithic. Yet in Italy, where low female voices (Contr'alti) are valued as highly as high sopranos (Soprani), women cultivate both extremes, whereas men's recitative voices settle into uniform Tenori. Thus if our Opéra permits but one female vocal character, theirs allows but one male.
A l'égard des Choeurs, si généralement les Parties en [769] sont distribuées en Italie comme en France, c'est un usage universel, mais arbitraire, qui n'a point de fondement naturel. D'ailleurs n'admire-t-on pas en plusieurs lieux, & singulièrement à Venise, de très-belles Musiques à grand Choeur, exécutées uniquement par de jeunes filles?
Regarding choruses — though part distribution remains uniform across Italy and France [769] — this universal practice rests on arbitrary convention, not natural law. Do we not admire, in Venice particularly, magnificent choral works performed solely by maidens?
III. Le trop grand éloignement des Voix entr'elles, qui leur fait à toutes excéder leur portée,oblige souvent d'en subdiviser plusieurs. C'est ainsi qu'on devise les Basses en Basse-Contres & Balle-Tailles, les Tailles en Haute-Tailles & Concordans, les Dessus en premiers & seconds: mais dans tout cela on n'apperçoit rien de fixe, rien de réglé sur quelque principe. L'esprit général des Compositeurs François est toujours de forcer les Voix pour les faire crier plutôt que chanter: c'est pour cela qu'on paroît aujourd'hui se borner aux Basses & Haute-Contres qui sont dans les deux extrêmes. A l'égard de la Taille, Partie si naturelle à l'homme qu'on l'appelle Voix humaine par excellence, elle est déjà bannie de nos Opéra où l'on ne veut rien de naturel; & par la même raison elle ne tardera pas à l'être de toute la Musique Françoise.
III. The excessive spacing between vocal ranges, forcing all voices beyond their natural compass, often necessitates subdivision. Thus, Basses are divided into Basse-Contres and Basse-Tailles, Tenors into Haute-Tailles and Concordans, Trebles into first and second parts. Yet in all this, one discerns nothing fixed, nothing governed by principle. The general spirit of French composers remains to strain voices into shrieking rather than singing: hence the current preference for Basses and Haute-Contres at both extremes. As for the Tenor—so natural to men that it is called the human voice par excellence—it is already banished from our Operas, where nothing natural is desired; and for this same reason, it will soon vanish from all French Music.
On distingue encore les Voix par beaucoup d'autres différences que celles du grave à l'aigu. Il y a des Voix fortes dont les Sons sont doux & bruyans; des Voix douces dont les Sons sont doux & flûtés; de grandes Voix qui ont beaucoup d'étendue; de belles Voix dont les Sons sont pleins, justes & harmonieux; il y a aussi les contraires de tout cela. Il y a des Voix dures & pesantes; il y a des Voix flexibles & légeres; il y en a dont les beaux Sons sont inégalement [770] distribués, aux unes dans le haut, à d'autres dans le Medium, à d'autres dans le bas; il y a aussi des Voix égales, qui sont sentir le même Timbre dans toute leur étendue. C'est au Compositeur à tirer parti de chaque Voix, par ce que son caractere a de plus avantageux. En Italie, où chaque fois qu'on remet au Théâtre un Opéra, c'est toujours de nouvelle Musique, les Compositeurs ont toujours grand soin d'approprier tous les rolles aux Voix qui les doivent chanter. Mais en France, où la même Musique dure des siecles, il faut que chaque rôle serve toujours à toutes les Voix de même espece, & c'est peut-être une des raisons pourquoi le Chant François, loin d'acquérir aucune perfection, devient de jour en jour plus traînant & plus lourd.
Voices are further distinguished by qualities beyond pitch. Some possess strong, resonant tones; others soft, flute-like timbres; some have great range; others produce full, precise, harmonious sounds—and contrarily, all defects. There are harsh, heavy voices; flexible, agile ones; voices with uneven [770] distribution of beauty—some in the high register, others in the middle or low. Equal voices maintain uniform timbre throughout. The composer must exploit each voice's strengths. In Italy, where every Opera revival demands new music, composers meticulously tailor roles to singers. But in France, where the same music endures for centuries, each role must serve all voices of its type—a reason our French Song, far from perfecting itself, grows daily more sluggish and ponderous.
La Voix la plus étendue, la plus flexible, la plus douce, la plus harmonieuse qui peut-être ait jamais existé, paroît avoir été celle du Chevalier Balthasar Ferri, Pérousin, dans le siecle dernier. Chanteur unique & prodigieux, que s'arrachoient tour-à-tout les Souverains de l'Europe, qui fut comblé de biens & d'honneurs durant si vie, & dont toutes les Muses d'Italie célébrerent à l'envi les talens & la gloire après sa mort. Tous les écrits faits à la louange de ce Musicien célebre respirent le ravissement, l'enthousiasme & l'accord de tous ses contemporains montre qu'un talent si parfait & si rare étoit même au-dessus de l'envie. Rien disent-ils, ne peut exprimer l'éclat de sa Voix ni les grave de son Chant; il avoit, au plus haut degré, tous les caracteres de perfection dans tous les genres; il étoit gai, fier grave, tendre à sa volonté, & les coeurs se fondoient à son [771] pathétique. Parmi l'infinité de tours de forcé qu'il faisoit de sa Voix, je n'en citerai qu'un seul. Il montoit & redescendoit tout d'une haleine deux Octaves pleines par un Trill continuel marqué sur tous les Degrés chromatiques avec tant de justesse, quoique sans Accompagnement, que si l'on venoit à frapper brusquement cet Accompagnement sous la Note où il se trouvoit, soit Bémol, soit Dièse, on sentoit à l'instant l'Accord d'une justesse à surprendre tous les Auditeurs.
The most extensive, flexible, sweet, and harmonious voice ever known appears to have been that of Chevalier Balthasar Ferri, a Perugian of the last century. This prodigious singer, courted by Europe's sovereigns, enriched with honors and wealth during his lifetime, was extolled by Italy's Muses even after death. Writings praising this musician brim with rapture: contemporaries unanimously declared his flawless talent beyond envy. "Nothing," they say, "could express his voice's brilliance or his singing's gravity. He mastered all styles—joyful, proud, solemn, tender at will—and hearts melted at his [771] pathos." Among his vocal feats, one stands out: ascending and descending two full octaves in one breath through continuous trills across chromatic intervals, all perfectly in tune without accompaniment. If accompaniment struck abruptly beneath his current note—whether flat or sharp—the chord’s precision stunned listeners.
On appelle encore Voix les parties vocales & récitantes pour lesquelles une Piece & Musique est composé; ainsi son dit un Mottet à Voix seule, au lieu de dire un Mottet en récit; une Cantate à deux Voix, au lieu de dire une Cantate en Duo ou à deux Parties, &c. (Voyez DUO, TRIO, &c.)
The term voice also denotes vocal or solo parts in a composition. Thus, a Motet for single voice replaces "solo Motet"; a Cantata for two voices replaces "duet" or "two-part Cantata," &c. (See DUO, TRIO, &c.)
VOLTE, s. f. Sorte d'Air à trois Tems propre à une Danse de même nom, laquelle est composée de beaucoup de tours & retours, d'où lui est venu le nom de Volte. Cette Danse étoit une espece de Gaillarde, & n'est plus en usage depuis long-tems.
VOLTE, n. f. A triple-time dance tune named for its many turns and returns, resembling a Gaillarde. This dance has long fallen from use.
VOLUME. Le Volume d'une Voix est l'étendue ou l'Intervalle qui est entre le Son le plus aigu & le Son le plus grave qu'elle peut rendre. Le Volume des Voix les plus ordinaires est d'environ huit à neuf Tons; les plus grandes Voix ne passent gueres les deux Octaves en Sons bien justes & bien pleins.
VOLUME. A voice's Volume is the interval between its highest and lowest attainable notes. Average voices span about eight to nine tones; exceptional ones rarely exceed two octaves in full, precise tones.
UPINGE. Sorte de Chanson consacrée à Diane parmi les Grecs. (Voyez CHANSON.)
UPINGE. A Greek hymn to Diana. (See SONG.)
UT. La premiere des six syllabes de la Gamme de l'Arétin, laquelle répond à la lettre C. Par la méthode des Transpositions, on appelle toujours Ut la Tonique des Modes majeurs & la Médiante des Modes mineurs. (Voyez GAMME, TRANSPOSITION.)
UT. The first syllable in Guido d'Arezzo's hexachord, corresponding to C. Through transposition methods, Ut always denotes the tonic in major modes and the mediant in minor modes. (See GAMUT, TRANSPOSITION.)
Les Italiens trouvant cette syllabe Ut trop sourde, lui substituent, en solfiant, la syllabe Do.
Italians, finding Ut too dull, replace it with Do in solfège.
Z
Z
ZA. Syllabe par laquelle on distingue, dans Chant, le Si Bémol du Si naturel auquel on laissé le nom de Si.
ZA. Syllable distinguishing B-flat from natural B (retaining Si for the latter) in vocal notation.
FIN.
END.